{"id":28976,"date":"2023-03-06T16:34:23","date_gmt":"2023-03-06T15:34:23","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=28976"},"modified":"2023-03-06T16:34:28","modified_gmt":"2023-03-06T15:34:28","slug":"la-subjectivation-succes-et-sens-dune-notion","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-subjectivation-succes-et-sens-dune-notion\/","title":{"rendered":"La subjectivation : Succ\u00e8s et sens d&rsquo;une notion"},"content":{"rendered":"\n<p>La notion de subjectivation conna\u00eet \u00e0 l\u2019heure actuelle un grand succ\u00e8s, et pourtant son usage est d\u2019apparition r\u00e9cente. On ne la trouve pas dans le Vocabulaire de la Psychanalyse de Laplanche et Pontalis. Dans le Dictionnaire International de la Psychanalyse, \u00e9dit\u00e9 par A. et S.&nbsp;de&nbsp;Mijolla, ouvrage publi\u00e9 en&nbsp;2002, il n\u2019y a pas d\u2019entr\u00e9e pour le terme \u00ab&nbsp;subjectivation&nbsp;\u00bb. En revanche, dans l\u2019entr\u00e9e \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb, ce terme appara\u00eet \u00e0 plusieurs reprises, sous trois formes&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Substantive, dans l\u2019expression \u00ab&nbsp;processus de subjectivation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Adjective, \u00ab&nbsp;subjectivable\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Enfin, lui est attribu\u00e9 un synonyme qui est d\u00e9j\u00e0 une explicitation de la notion, \u00ab&nbsp;appropriation subjective&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se trouve que l\u2019auteur de la rubrique&nbsp; \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb est Raymond Cahn, qui fit en&nbsp;1991 au Congr\u00e8s des Psychanalystes de langue fran\u00e7aise un important rapport sur ce th\u00e8me, et qui a largement contribu\u00e9 \u00e0 la divulgation de la notion de subjectivation. Ayant fait une recherche dans la banque de donn\u00e9es de la Biblioth\u00e8que Sigmund&nbsp;Freud, je n\u2019ai trouv\u00e9 pas moins de&nbsp;65&nbsp;r\u00e9f\u00e9rences comportant comme mot-cl\u00e9 le terme \u00ab&nbsp;subjectivation&nbsp;\u00bb, toutes post\u00e9rieures \u00e0&nbsp;1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux questions peuvent \u00eatre pos\u00e9es&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourquoi ce terme rencontre-t-il tant de succ\u00e8s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quel en est le sens et \u00e0 propos de quoi parle-t-on de subjectivation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi le succ\u00e8s de cette notion&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il semble que le succ\u00e8s de cette notion tient (Wainrib, 1999) \u00e0 ce qu\u2019elle reprend la question du sujet, dans une perspective diff\u00e9rente de celle de Lacan, quoiqu&rsquo;en int\u00e9grant certains de ses apports. Cette orientation \u00e9loigne la th\u00e9orie psychanalytique de ses anciens mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9tiques et d\u00e9veloppementaux, au profit d\u2019une approche qui s\u2019int\u00e9resse davantage \u00e0 la structuration du psychisme, et ce en rapport, peut-\u00eatre, avec les probl\u00e9matiques nouvelles rencontr\u00e9es&nbsp; aujourd\u2019hui dans le travail th\u00e9rapeutique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La question du sujet est importante, parce qu\u2019elle n\u2019est pas seulement une question de&nbsp; th\u00e9orie, mais qu\u2019elle concerne aussi la conception de l&rsquo;analyse et ses implications pratiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La conception de l\u2019analyse<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Rappelons, d\u2019abord, que le sujet freudien n&rsquo;est pas le sujet de la conscience. Cela peut para\u00eetre trivial, dans un colloque psychanalytique. Mais en ces temps o\u00f9 l\u2019on parle beaucoup de nouvelles formes de psychoth\u00e9rapies, il appara\u00eet que certaines d\u2019entre elles reviennent \u00e0 une conception pr\u00e9-freudienne de la ma\u00eetrise et du contr\u00f4le par la conscience des processus psychiques. Ces psychoth\u00e9rapies se proposent en effet de venir \u00e0 bout des pathologies psychiques par le moyen de consignes qui font appel \u00e0 la volont\u00e9 ou \u00e0 l\u2019auto-suggestion. Or, toute la d\u00e9marche freudienne invalide l\u2019illusion d\u2019une ma\u00eetrise. Et si la premi\u00e8re topique va de pair avec une vis\u00e9e de rendre conscient ce qui \u00e9tait inconscient, c\u2019est par la lev\u00e9e du refoulement, ce qui est tout autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, dans le m\u00eame temps, on trouve chez Freud la notion de Subjekt. On la trouve principalement dans Pulsions et destins de pulsions (1915), et pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9voquer d\u2019autres destins de pulsions que le refoulement. En effet, dans ce texte, Freud recourt \u00e0 la notion de Subjekt pour rendre compte \u00e0 la fois du retournement sur soi et du renversement de but, d\u2019actif en passif. Il distingue le sujet narcissique (narzistische Subjekt) de la personne propre&nbsp;: le sujet de l\u2019activit\u00e9 de regarder, de violenter, qui va satisfaire le d\u00e9sir passif d\u2019\u00eatre regard\u00e9, violent\u00e9. On est plus proche ici d\u2019un sujet de la pulsion (sujet assujetti, selon Lacan), que d\u2019un sujet de la conscience.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La pratique aujourd\u2019hui<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Or aujourd\u2019hui, dans la pratique psychanalytique, ce qui m\u00e9rite attention, ce sont des situations o\u00f9 l\u2019on trouve moins ces destins de pulsions propres aux organisations n\u00e9vrotiques, que d\u2019autres destins, comme le d\u00e9ni, le clivage, la d\u00e9r\u00e9alisation, voire le d\u00e9lire. C\u2019est souvent le signe de formations traumatiques, dans lesquelles la question&nbsp; qui se pose n&rsquo;est pas le refoulement de souvenirs ou de repr\u00e9sentations, mais bien plut\u00f4t l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019inscrire un \u00e9v\u00e9nement dans les processus de la repr\u00e9sentation et de la pens\u00e9e, voire d\u2019une symbolisation primaire (Roussillon, 1999). Il n\u2019y a pas souvenir ou repr\u00e9sentation, mais la trace psychique d\u2019un \u00ab&nbsp;quelque chose\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, quelque chose qui a eu lieu, mais n\u2019est pas symbolisable, et qui se traduit par des agirs compulsifs, hors de toute r\u00e9miniscence, de toute possibilit\u00e9 de m\u00e9taphorisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, lorsque la subjectivation se d\u00e9finit&nbsp; comme appropriation subjective, cela n\u2019implique pas seulement le rappel \u00e0 la conscience des souvenirs disparus, des pens\u00e9es qui ont subi le destin&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>du refoulement, cela \u00e9voque aussi des trous, des failles, et une inscription dans le psychisme qui passe par une construction ou une reconstruction.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde topique freudienne apporte une nouvelle conception du travail psychanalytique qu\u2019illustre la c\u00e9l\u00e8bre formulation&nbsp;: Wo es war, soll ich werden. On se souvient de la pol\u00e9mique qui opposa \u00e0 ce sujet Lacan et&nbsp; Nacht. Nacht avait interpr\u00e9t\u00e9 ce texte dans le sens de l\u2019Egopsychology&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Moi doit d\u00e9loger le \u00e7a&nbsp;\u00bb. Lacan traduisait&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 c&rsquo;\u00e9tait, je dois advenir&nbsp;\u00bb. Cette derni\u00e8re traduction est plus rigoureuse, au regard du texte allemand, o\u00f9 ne figure aucun article (ni majuscule) permettant de substantiver le \u00e7a et le Moi (or il arrive \u00e0 Freud de le faire en d\u2019autres lieux, de dire&nbsp;: das Ich, das Es).<\/p>\n\n\n\n<p>On voit bien que l\u2019enjeu de ces traductions est la conception de l\u2019analyse. Pour Nacht, il s\u2019agit de renforcer le contr\u00f4le du Moi sur les pulsions. Lacan a en vue l\u2019assomption subjective des motions inconscientes, l\u2019admission en soi des pens\u00e9es non voulues par exemple. C\u2019est donc aussi le d\u00e9bat entre une psychologie de l\u2019Ego, identifi\u00e9 au Ich, et la conception lacanienne d\u2019un sujet de l\u2019inconscient, sujet qui loin d\u2019\u00eatre ma\u00eetre chez lui, est assujetti \u00e0 ses pulsions. Sujet qui, loin de r\u00e9aliser la vis\u00e9e identitaire et unifiante du Moi, reste in\u00e9vitablement divis\u00e9. Ce point de vue est, me semble-t-il, largement adopt\u00e9 aujourd\u2019hui dans le contexte de la notion de subjectivation. En m\u00eame temps, d\u2019autres cons\u00e9quences en sont tir\u00e9es, comme par exemple l\u2019accent mis sur le caract\u00e8re processuel de la subjectivation, et l\u2019inach\u00e8vement consubstantiel du processus&nbsp; de subjectivation, son caract\u00e8re \u00ab&nbsp;asymptotique&nbsp;\u00bb (Cahn, 1999).<\/p>\n\n\n\n<p>Si donc, nous reprenons la d\u00e9finition de la notion de subjectivation, nous trouvons&nbsp; deux id\u00e9es-cl\u00e9s&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l\u2019id\u00e9e d\u2019une appropriation subjective, non pas seulement au sens d&rsquo;une lev\u00e9e du refoulement, mais plus largement d\u2019une r\u00e9appropriation de ce qui \u00e9tait rest\u00e9 isol\u00e9 ou cliv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L\u2019id\u00e9e d\u2019un processus ind\u00e9fini, inachev\u00e9 par essence.<\/p>\n\n\n\n<p>Une troisi\u00e8me aspect va appara\u00eetre lorsqu\u2019on aborde les domaines \u00e0 propos desquels est \u00e9voqu\u00e9e la subjectivation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 propos de quoi parle-t-on de subjectivation&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le terme de subjectivation vient \u00e0 se pr\u00e9senter dans trois contextes&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le premier est celui des psychoses, l\u00e0 o\u00f9 la subjectivation ne s\u2019\u00e9voque que n\u00e9gativement, par ses \u00e9checs&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le second est celui de l\u2019adolescence, parce que s\u2019y joue l\u2019avenir du sujet, la r\u00e9solution d\u2019une crise ou le basculement dans la psychose&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; enfin, le troisi\u00e8me est le processus de subjectivation dans l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Les rat\u00e9s de la subjectivation<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans son rapport de 1991, R. Cahn interroge les pathologies de la subjectivation. Il d\u00e9crit les \u00e9tats qui oscillent entre le sentiment de vide, de \u00ab&nbsp;blanc&nbsp;\u00bb, et \u00e0 l\u2019inverse ceux qui attestent un sentiment d\u2019intrusion insupportable. Ces \u00e9tats, on ne les opposera pas \u00e0 la psychose, mais on dira que la psychose en est la forme la plus extr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est en question dans ces \u00e9tats, c\u2019est l\u2019impossibilit\u00e9 pour les sujets de trouver un espace psychique qui permette de vivre sans, soit subir l&rsquo;intrusion destructrice d\u2019un objet, soit \u00eatre abandonn\u00e9 par lui et r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant par cette absence m\u00eame. On le voit, cette approche conjoint la prise en compte des pulsions et la probl\u00e9matique des liens (Winnicott, Bion). L\u2019impossibilit\u00e9 de constituer un tel espace psychique sera le signe m\u00eame d\u2019un d\u00e9faut de subjectivation, de l\u2019\u00e9chec de la subjectivation. Selon B. Penot, (Penot,&nbsp;1991) il manque une pi\u00e8ce n\u00e9cessaire au processus de subjectivation, la forclusion du support paternel en \u00e9tant le cas de figure le plus patent.<\/p>\n\n\n\n<p>En parlant de pi\u00e8ce manquante, rendant impossible le processus de subjectivation, Penot fait allusion au d\u00e9lire et \u00e0 la conception que Freud en propose dans Constructions dans l\u2019analyse (Freud,&nbsp;1937). Dans ce texte, Freud consid\u00e8re qu\u2019il y a un hiatus, une pi\u00e8ce manquante dans l\u2019histoire du sujet, et que le d\u00e9lire vient ici combler ce vide. Mais cette pi\u00e8ce n\u2019est pas constitu\u00e9e de n\u2019importe quoi, elle contient un \u00ab&nbsp;noyau de v\u00e9rit\u00e9 historique&nbsp;\u00bb. Le travail de l\u2019analyse ne consiste pas \u00e0 convaincre le patient de la folie de son d\u00e9lire, ou de ce qu\u2019il contredit la r\u00e9alit\u00e9, mais de retrouver l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du noyau de v\u00e9rit\u00e9 qui le constitue. Ainsi, la subjectivation deviendrait possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Penot, il s\u2019agirait de quelque chose&nbsp; d\u2019historique qui aurait \u00e9t\u00e9 non pas oubli\u00e9, refoul\u00e9, mais ne serait pas advenu symboliquement pour le sujet, et qui fait retour dans la n\u00e9o-formation du d\u00e9lire. Cet auteur fait ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la conception winicottienne de certains effondrements&nbsp;: quelque chose a eu&nbsp; lieu dans la vie du patient, qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni \u00e9prouv\u00e9 ni v\u00e9cu, on pourrait ajouter ni repr\u00e9sent\u00e9, ni subjectiv\u00e9. Cela \u00e9voque du traumatique non symbolisable. Il s\u2019agit de retrouver le noyau de v\u00e9rit\u00e9 \u00ab&nbsp;historique&nbsp;\u00bb et de lui donner les chances d\u2019une symbolisation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La question de l&rsquo;adolescence<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence aussi conna\u00eet des obstacles \u00e0 la subjectivation. R. Cahn \u00e9voque les pathologies adolescentes aujourd\u2019hui, en relation avec les messages envoy\u00e9s par l\u2019environnement familial ou social. Troubles des conduites alimentaires, toxicomanies, tentatives de suicide sont pour lui \u00e0 mettre en relation avec la remise en cause de la fonction paternelle, l\u2019hyper-investissement des enfants par les parents, et en m\u00eame temps leur id\u00e9alisation, enfin la remise en cause du potentiel identificatoire des parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces circonstances, dit-il, favorisent les troubles narcissiques-identitaires, l\u2019envahissement du psychisme par l\u2019excitation. Tout cela constitue des obstacles \u00e0 l\u2019instauration \u00ab&nbsp;d\u2019un espace psychique suffisant pour un&nbsp; fonctionnement de plus en plus autonome en m\u00eame temps qu\u2019ouvert au monde&nbsp;\u00bb (Cahn, 1998). L\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 assumer ce processus am\u00e8ne certains adolescents \u00e0 en faire leur identit\u00e9 m\u00eame. On trouve alors le narcissisme moral (Green, 1983) o\u00f9 domine asc\u00e9tisme, renoncement pulsionnel, r\u00eaveries narcissiques&nbsp;; et&nbsp; la personnalit\u00e9 narcissique (Kernberg, 1973) o\u00f9 coexistent grandeur hautaine, timidit\u00e9, sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, d\u00e9ni de la d\u00e9pendance, d\u00e9valorisation permanente des autres. Cela, pour \u00e9viter le danger de sollicitations pulsionnelles, de la rencontre avec l&rsquo;autre, et refuser toute introjection, toute identification, v\u00e9cue comme empi\u00e8tement et intrusion de l\u2019objet. C\u2019est, dit Cahn, une&nbsp; perturbation de la fonction sujet, qui oscille entre saturation de sens, suppression de toute interrogation et remise en question,&nbsp; d\u2019une part, et d\u2019autre part, absence de sens, qu\u00eate vaine et ind\u00e9finie des sens manquants.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence lui para\u00eet \u00eatre par excellence&nbsp; le temps organisateur de l\u2019\u00e9quilibre entre&nbsp; investissements narcissiques et objectaux,&nbsp; qui va jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant dans les d\u00e9liaisons-reliaisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019abord de la psychose et de l\u2019adolescence, on approche un nouveau sens de la &nbsp; subjectivation, d\u00e9finie comme la possibilit\u00e9 de constituer un espace psychique permettant le jeu et l\u2019\u00e9quilibre narcissisme\/pulsions, liaison\/d\u00e9liaison, donc d\u00e9finie \u00e0 partir de la structuration psychique m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette probl\u00e9matique est \u00e0 rapprocher des travaux de S. Lebovici sur le narcissisme primaire, (Lebovici, 1998), \u00e9galement de ceux de F. Pasche sur les M\u00e8res archa\u00efques (Pasche, 1992). La m\u00e8re archa\u00efque est un fantasme originaire&nbsp;: \u00e0 la diff\u00e9rence de&nbsp; Winnicott qui insiste sur la d\u00e9tresse et l\u2019agonie li\u00e9es \u00e0 l\u2019absence de l\u2019objet, \u00e0 sa non-r\u00e9ponse en situation de manque de l\u2019objet,&nbsp; F. Pasche \u00e9rige une figure de la m\u00e8re archa\u00efque envahissante, intrusive, privant le sujet de tout espace psychique propre.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est M\u00e9duse, la Gorgone \u00e0 l\u2019injection \u00ab&nbsp;min\u00e9ralisante&nbsp;\u00bb. Face \u00e0 cette m\u00e8re sid\u00e9rante, le bouclier de Pers\u00e9e instaure une distanciation, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019effet de miroir qu\u2019il permet par le polissement de l\u2019airain. Et cette mise \u00e0 distance ouvre un espace psychique pour le sujet, et par l\u00e0 rend possible une subjectivation. De m\u00eame, le cadre analytique&nbsp; \u00ab&nbsp;oppose aux motions pulsionnelles des&nbsp; parois immat\u00e9rielles, sur lesquelles ces motions butent, rebondissent, se r\u00e9fl\u00e9chissent&nbsp;\u00bb, ce qui a un effet de pare-excitation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette interpr\u00e9tation par Pasche du mythe de&nbsp; M\u00e9duse nous incite \u00e0 \u00e9tendre la notion de subjectivation \u00e0 ce qui s\u2019accomplit dans l\u2019analyse. C\u2019est aussi l\u2019id\u00e9e de R. Cahn (Cahn, 1998), que le processus de subjectivation \u00e0 l\u2019adolescence est une m\u00e9taphore du&nbsp; processus de subjectivation en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier dans l\u2019analyse&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; d\u2019une part, les d\u00e9faillances de la subjectivation \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte renvoient souvent \u00e0&nbsp; une d\u00e9faillance de la subjectivation \u00e0 l\u2019adolescence,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; d\u2019autre part, ces m\u00eames enjeux se retrouvent dans le processus de l&rsquo;analyse. \u00ab&nbsp;(&#8230;) Ma propre approche des \u00e9closions psychotiques et des \u00e9tats limites \u00e0 l\u2019adolescence l\u2019a conduit \u00e0 mettre l\u2019accent sur les impasses ou sur l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019ach\u00e8vement du processus de subjectivation, soit plus pr\u00e9cis\u00e9ment de ce processus d\u2019appropriation subjective courant depuis la naissance jusqu\u2019\u00e0 cette phase conclusive et permettant ou non l\u2019instauration d\u2019un espace psychique personnel, la possibilit\u00e9 d\u2019un travail interne de transformation et de cr\u00e9ation. En effet, quelle que soit l\u2019ampleur des m\u00e9connaissances et distorsions concernant notre propre r\u00e9alit\u00e9&nbsp; psychique consubstantielle au refoulement qui nous r\u00e9git, transformation et cr\u00e9ation&nbsp; constituent la condition m\u00eame, \u00e0 cet \u00e2ge et pour le reste de la vie, du d\u00e9ploiement possible d\u2019un processus analytique (&#8230;)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nombre d\u2019auteurs aujourd\u2019hui, le mouvement qui s\u2019accomplit dans l\u2019analyse peut \u00eatre d\u00e9crit comme un \u00ab&nbsp;processus de subjectivation&nbsp;\u00bb (Wainrib, 1999). Wainrib d\u00e9signe par le terme de \u00ab&nbsp;m\u00e9ta-subjectivation&nbsp;\u00bb ce qu\u2019il y a de sp\u00e9cifique dans la subjectivation en situation d\u2019analyse, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9mergence d\u2019un Je charg\u00e9 d\u2019\u00eatre saisi par la r\u00e9alit\u00e9 psychique. L\u2019\u00e9mergence d\u2019un tel Je ne pouvant advenir de la simple d\u00e9couverte de ses contenus inconscients qui viendrait s\u2019ajouter \u00e0 d\u2019autres connaissances du sujet&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, je soulignerai deux points&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; la notion de subjectivation rencontre un ind\u00e9niable succ\u00e8s parce qu\u2019elle r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e au niveau de la pratique&nbsp;: ce sont les probl\u00e8mes pos\u00e9s par certaines structures psychiques, et le cort\u00e8ge de sympt\u00f4mes qui en sont les caract\u00e9ristiques&nbsp;: \u00e9tats dits limites, psychoses, probl\u00e9matiques narcissiques-identitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ces consid\u00e9rations am\u00e8nent une r\u00e9ouverture de la question du sujet, au-del\u00e0 des cat\u00e9gories freudiennes de la n\u00e9vrose et du refoulement.&nbsp; La notion de subjectivation se d\u00e9finit, par pr\u00e9cisions successives, comme&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Une appropriation subjective, par opposition au d\u00e9ni, au clivage, et aux diff\u00e9rents modes de mise \u00ab&nbsp;hors sujet&nbsp;\u00bb d\u2019une partie de la r\u00e9alit\u00e9 psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La possibilit\u00e9 de constitution d\u2019un espace psychique dans lequel le sujet peut admettre en soi le pulsionnel, ou l\u2019excitation cr\u00e9\u00e9e par l\u2019objet, par son absence, synonyme d\u2019abandon et de d\u00e9r\u00e9liction, ou au contraire son exc\u00e8s de pr\u00e9sence, son intrusion, synonyme d\u2019envahissement et de sid\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp; Enfin, le processus de l\u2019analyse et les possibilit\u00e9s de transformation qu\u2019il ouvre. Ce qui fait l\u2019unit\u00e9 de ces d\u00e9finitions, c\u2019est la probl\u00e9matique o\u00f9 s\u2019origine cette notion&nbsp;: au-del\u00e0 de la probl\u00e9matique n\u00e9vrotique du refoulement, les atteintes narcissiques, les traumas, l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un espace psychique propre. Sans ce rappel, le risque est de donner \u00e0 ce terme une trop grande extension et de perdre par l\u00e0 ce qui fait sa pertinence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp; Cahn, R. (1991). \u00ab&nbsp;Rapport au Cinquante-et-uni\u00e8me Congr\u00e8s des Psychanalystes de langue fran\u00e7aise, Du Sujet&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse, vol LV, 6.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Cahn, R. (1997). \u00ab&nbsp;Le processus de subjectivation \u00e0 l&rsquo;adolescence&nbsp;\u00bb , Perret Catipovic, M., et Ladame, F., (dir) <em>Adolescence et psychanalyse&nbsp;: une histoire.<\/em> Delachaux et Niestl\u00e9, Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp; Cahn, R. (1998). <em>L\u2019adolescent dan<\/em>s la psychanalyse&nbsp;: l\u2019aventure de la subjectivation. Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Green, A. (1988). <em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort.<\/em> Paris, Ed. de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Green, A. (1990). <em>La folie priv\u00e9e. <\/em>Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Lebovici, S. (1997). \u00ab&nbsp;D\u00e9fense et illustration du concept de narcissisme primaire. Les avatars du narcissisme primaire et le processus de subjectivation&nbsp;\u00bb, <em>Psychiatrie de l\u2019enfant, 1997, Vol 40,<\/em> N\u00b0 2, 429-463.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Pasche, F. (1993). \u00ab&nbsp;M\u00e8res archa\u00efques et subjectivation&nbsp;\u00bb , <em>Devenir, vol 5,<\/em> N\u00b04, 67-77.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Penot, B. (1991). \u00ab&nbsp;La psychose subjectiv\u00e9e&nbsp;\u00bb , <em>Adolescence, 1991, vol 9,<\/em> N\u00b0 2, 217-234.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Penot, B. (1999). \u00ab&nbsp;Subjectiver le d\u00e9lire&nbsp;\u00bb , <em>in Psychoses. II, Aux fronti\u00e8res de la clinique et de la th\u00e9orie, Paris, PUF, 75-90.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Wainrib, S. (1994). \u00ab&nbsp;Changement et subjectivation en analyse&nbsp;\u00bb,<em> Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Paris, N\u00b0 34,<\/em> 109-125.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Wainrib, S. (1999). \u00ab&nbsp;Le processus de m\u00e9tasubjectivation&nbsp;\u00bb, <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris, N\u00b0 52<\/em>, 152-167.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28976?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La notion de subjectivation conna\u00eet \u00e0 l\u2019heure actuelle un grand succ\u00e8s, et pourtant son usage est d\u2019apparition r\u00e9cente. On ne la trouve pas dans le Vocabulaire de la Psychanalyse de Laplanche et Pontalis. 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