{"id":28102,"date":"2023-01-17T11:18:31","date_gmt":"2023-01-17T10:18:31","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=28102"},"modified":"2023-01-17T11:51:27","modified_gmt":"2023-01-17T10:51:27","slug":"le-photolangage-une-mediation-therapeutique-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-photolangage-une-mediation-therapeutique-2\/","title":{"rendered":"Le photolangage, une m\u00e9diation th\u00e9rapeutique"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous disposons, \u00e0 ce jour, d\u2019un demi-si\u00e8cle de recul sur ce que nous ont apport\u00e9 successivement les grands courants th\u00e9oriques sur les groupes. D\u2019abord, le courant psychosocial nord-am\u00e9ricain qui a tent\u00e9 d\u2019explorer exp\u00e9rimentalement les influences du groupe sur le sujet, avec Kurt Lewin et la notion de dynamique de groupe, qu\u2019il d\u00e9veloppe ainsi que la th\u00e9orie du champ. Suivent le travail de Mayo et Kardiner qui donnent au courant am\u00e9ricain son soubassement th\u00e9orique en r\u00e9f\u00e9rence directe aux mod\u00e8les que proposent les sciences dites exactes. C\u2019est dans cette perspective que s\u2019inscrit Moreno, \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 il va d\u00e9velopper la technique du sociogramme, mais aussi les bases du psychodrame \u00e0 partir des premi\u00e8res intuitions du th\u00e9\u00e2tre spontan\u00e9, qui avait vu le jour en Autriche du temps de Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950, le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9cole anglaise joue un r\u00f4le important dans l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e sur le groupe, car elle s\u2019inscrit, \u00e0 la suite des travaux de M\u00e9lanie Klein dans une prise en compte d\u00e9sormais n\u00e9cessaire de la vie inconsciente et des productions fantasmatiques du groupe. Pendant la guerre de 39-45, l\u2019Angleterre voit se d\u00e9velopper tout un courant de pens\u00e9e, qui s\u2019ancre dans les pratiques groupales des m\u00e9decins militaires, psychiatres et psychanalystes qui interviennent \u00e0 la Tavistock Clinic. Il s\u2019agit de Foulkes, Balint et Bion. Ce dernier fait des propositions th\u00e9oriques originales qui aboutissent \u00e0 la formulation des fameuses hypoth\u00e8ses de base.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la th\u00e9orisation de D.W. Winnicott, psychanalyste d\u2019enfants qui travaille en individuel, va toutefois marquer l\u2019\u00e9volution des id\u00e9es au point de proposer le mod\u00e8le du jeu, qui puisse influencer d\u00e9finitivement le travail des praticiens aussi bien avec les patients difficiles pris en charge individuellement, qu\u2019avec les groupes. C\u2019est dans cette perspective que Ren\u00e9 Ka\u00ebs a d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une analyse transitionnelle appliqu\u00e9e au groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise, dans les ann\u00e9es 1960, s\u2019origine dans les 29 th\u00e8ses du CEFFRAP (Cercle d\u2019\u00c9tudes Fran\u00e7aises en Formation et Recherche Active en Psychologie), il lui revient tout un travail de recherche et de th\u00e9orisation initi\u00e9 par Didier Anzieu. C\u2019est dans ce creuset que l\u2019on trouve le plus important d\u00e9veloppement th\u00e9orique contemporain, celui qui pousse les hypoth\u00e8ses et les recherches th\u00e9oriques dans une nouvelle direction \u00e0 partir du concept d\u2019Appareil psychique groupal, \u00e9labor\u00e9 par Ren\u00e9 Ka\u00ebs. Le groupe n\u2019est plus d\u00e9sormais un objet qu\u2019il faudrait se disputer soit du c\u00f4t\u00e9 de la psychologie sociale, soit du c\u00f4t\u00e9 de la psychologie clinique, il n\u2019est plus temps d\u2019opposer le sujet et le groupe, l\u2019individu et le collectif. L\u2019approche est radicalement nouvelle, elle offre un cadre de pens\u00e9e qui pose tout autrement la question de l\u2019articulation entre l\u2019individuel et le groupal, entre la vie consciente et les productions imaginaires et fantasmatiques du sujet et du groupe. En effet, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un appareil psychique groupal, qui soit commun au sujet et au groupe r\u00e9volutionne les id\u00e9es sur l\u2019articulation du sujet et du groupe, en concevant des productions communes et organisatrices de la vie psychique de l\u2019un et de l\u2019autre intrins\u00e8quement et conjointement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, il nous faut reconna\u00eetre \u00e9galement l\u2019important travail fourni dans un contexte traumatique et post-traumatique, par l\u2019\u00e9cole argentine. En effet, ceux-ci ont connu et subi les effets des pers\u00e9cutions et de la dictature, mais pourtant beaucoup d\u2019entre eux ont continu\u00e9 \u00e0 travailler et \u00e0 th\u00e9oriser pendant \u00ab les ann\u00e9es de plomb \u00bb, comme l\u2019a rappel\u00e9 Marcos Bernard. Une des figures de cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 sans aucun doute Marie Langer qui a d\u00fb \u00e9migrer au Mexique. L\u2019ensemble de ces praticiens \u00e0 la fois attach\u00e9s \u00e0 la pratique de la cure individuelle, mais aussi \u00e0 la pratique du groupe psychanalytique, constitue une r\u00e9f\u00e9rence majeure avec laquelle l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise tisse des liens et des \u00e9changes, tout en gardant sa sp\u00e9cificit\u00e9. Citons pour m\u00e9moire les travaux de J. Bleger sur le cadre psychanalytique, les travaux de A. Eiguer sur le groupe et le couple ainsi que ceux de Janine Puget et&nbsp;Isidoro Berenstein sur la th\u00e9orie du lien. Les deux pratiques cliniques individuelle et groupale, men\u00e9es conjointement par les psychanalystes argentins, leur conf\u00e8rent souvent une certaine avance th\u00e9orico-pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de ce contexte nationalement fort, mais aussi internationalement dense et actif que nous pouvons proposer quelques points de rep\u00e8re, aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9s comme acquis, par l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 des praticiens-chercheurs, psychanalystes de groupe. C\u2019est dans ce contexte que s\u2019inscrivent les pratiques des groupes th\u00e9rapeutiques \u00e0 m\u00e9diation qui sont d\u00e9sormais admises comme une alternative indispensable et performante face aux pathologies contemporaines. Le Photolangage&nbsp;\u00a9 est un de ces dispositifs qu\u2019il me faut pr\u00e9senter afin de permettre au lecteur d\u2019imaginer au plus pr\u00e8s de la situation concr\u00e8te la mani\u00e8re dont se d\u00e9roule une s\u00e9ance Photolangage&nbsp;\u00a9. Cette pr\u00e9sentation du dispositif et de sa sp\u00e9cificit\u00e9 sera pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de quelques mots sur l\u2019historique de la m\u00e9thode, et sur la pr\u00e9sentation des dossiers de photos.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une m\u00e9thode de groupe \u00e0 m\u00e9diation : le Photolangage \u00a9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9thode a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1965 par un groupe de psychologues lyonnais, qui travaillaient avec des adolescents, et propos\u00e8rent de mani\u00e8re totalement intuitive au d\u00e9part, d\u2019utiliser des photos pour servir de support \u00e0 la parole, \u00e0 des jeunes qui rencontraient des difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019exprimer et \u00e0 parler en groupe, de leurs exp\u00e9riences diverses et parfois douloureuses, sur le plan personnel. Quel ne fut pas l\u2019\u00e9tonnement des animateurs de ces premiers groupes, dans lesquels soudain les \u00e9changes se d\u00e9veloppaient et les langues se d\u00e9liaient avec spontan\u00e9it\u00e9 et int\u00e9r\u00eat r\u00e9ciproque !<\/p>\n\n\n\n<p>Hormis le domaine de la formation o\u00f9 le Photolangage&nbsp;\u00a9 trouve classiquement son utilisation, c\u2019est au domaine du soin que je me suis attach\u00e9e \u00e0 appliquer cette m\u00e9thode. Avec les adolescents difficiles, les psychopathes, les toxicomanes, les patients psychotiques, les personnes \u00e2g\u00e9es, dans divers lieux de soin tels que l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, l\u2019h\u00f4pital de jour, les dispensaires, les CATTP (Centre d\u2019Accueil Th\u00e9rapeutique \u00e0 Temps Partiel) et les prisons, se sont implant\u00e9s un nombre qui va croissant de groupes anim\u00e9s par des psychologues cliniciens, qui co-animent le plus souvent avec des infirmiers psychiatriques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Principaux aspects du dispositif<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le domaine de la sant\u00e9 mentale, le nombre des participants est de cinq \u00e0 huit patients qui constituent un groupe hebdomadaire d\u2019une heure ou une heure quinze, anim\u00e9 par le psychologue qui est l\u2019animateur principal.<\/p>\n\n\n\n<p>Les groupes hebdomadaires \u00e0 lieu fixe et heure fixe dans l\u2019institution donnent au groupe sa potentialit\u00e9 th\u00e9rapeutique et ces groupes ne s\u2019arr\u00eatent que quelques semaines par an, lors des grandes vacances. Ce suivi du groupe, de semaine en semaine, permet aux soignants de pr\u00e9parer la s\u00e9ance suivante en fonction de l\u2019\u00e9volution du groupe, des patients et de l\u2019institution. C\u2019est en particulier dans le temps de mise au point de la question, qui sera pos\u00e9e au groupe la semaine suivante, que l\u2019on retrouve toute l\u2019attention apport\u00e9e par les animateurs \u00e0 assurer une continuit\u00e9 dans le fil des associations et des pens\u00e9es du groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>La diversit\u00e9 des pathologies est un souci partag\u00e9 par tous les soignants, les m\u00e9decins psychiatres eux-m\u00eames y contribuent, certains faisant de la participation au groupe Photolangage&nbsp;\u00a9 une prescription, dans le projet th\u00e9rapeutique \u00e9labor\u00e9 \u00e0 propos d\u2019un patient. On comprend ais\u00e9ment l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le groupe qu\u2019il y ait des patients de pathologies diff\u00e9rentes. Chaque s\u00e9ance d\u00e9bute par une question soigneusement pr\u00e9par\u00e9e par l\u2019animateur et qui, une fois pos\u00e9e au groupe, provoque le choix des photos. Chaque semaine en th\u00e9rapie, la question change.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix des photos : la m\u00e9thode Photolangage \u00a9 est constitu\u00e9e d\u2019un ensemble tr\u00e8s pr\u00e9cis de consignes, mais aussi d\u2019un certain nombre de dossiers de 48 photos en noir et blanc. Ces photos sont regroup\u00e9es par th\u00e8me. Par exemple&nbsp;: Corps et Communication\u2009; Des choix personnels aux choix professionnels\u2009; Sant\u00e9 et Pr\u00e9vention\u2009; Adolescence, amour, sexualit\u00e9, sont parmi les dossiers les plus r\u00e9cents.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le d\u00e9roulement d\u2019une s\u00e9ance<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Une s\u00e9ance Photolangage \u00a9 se d\u00e9roule endeux temps :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 un premier temps qui est celui du choix des photos,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 un deuxi\u00e8me temps qui est celui des \u00e9changes en groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier temps, le choix des photos : Apr\u00e8s avoir \u00e9nonc\u00e9 la question qui lance la s\u00e9ance de groupe et qui origine le choix d\u2019une ou plusieurs photos, l\u2019animateur dispose avec soin les photos sur les tables, d\u2019une mani\u00e8re bien agenc\u00e9e, et suffisamment a\u00e9r\u00e9e pour que tous les membres du groupe puissent circuler dans la pi\u00e8ce, passer de table en table, et regarder librement les photos, sans ordre pr\u00e9\u00e9tabli.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019animateur prend soin de pr\u00e9ciser que :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 ce choix se fait dans le silence, afin de respecter la r\u00e9flexion et le choix des autres,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 ce choix se fait du regard, afin de laisser toutes les photos \u00e0 la disposition de tous les participants, car chacun choisit \u00e0 son rythme,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp; il est conseill\u00e9 de signifier \u00e0 l\u2019animateur, en se mettant dans une autre partie de la pi\u00e8ce un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, que l\u2019on a fait son choix, afin qu\u2019il puisse rep\u00e9rer le moment o\u00f9 tout le monde a choisi sa photo,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 il est important de ne pas changer de choix si quelqu\u2019un d\u2019autre a choisi la m\u00eame photo que soi, et la prend \u00e0 la main, lorsque l\u2019animateur invite \u00e0 le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est propos\u00e9 de se laisser interpeller par les photos, de les regarder attentivement, afin de se sensibiliser \u00e0 celles qui nous \u00ab parlent \u00bb le plus. L\u2019animateur dit explicitement au groupe, d\u00e8s l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de toutes ces consignes, que lui-m\u00eame choisit aussi une photo et participe aux \u00e9changes en groupe comme les autres membres. Il est vrai que le fait que l\u2019animateur participe au jeu par son choix de photo est une des sp\u00e9cificit\u00e9s de la m\u00e9thode. Dans le domaine du soin, cette disposition a une influence capitale sur la mani\u00e8re dont ce travail est per\u00e7u par les patients.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le temps des \u00e9changes en groupe<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce temps est limit\u00e9 \u00e0 la dur\u00e9e de la s\u00e9ance, les participants sont invit\u00e9s par l\u2019animateur, \u00e0 partager ce temps groupalement. Il est dit : \u00ab chacun pr\u00e9sentera sa photo quand il le d\u00e9sire, en s\u2019articulant \u00e9ventuellement sur ce qui vient d\u2019\u00eatre dit. Nous \u00e9couterons attentivement celui ou celle qui pr\u00e9sente sa photo. Nous sommes invit\u00e9s, apr\u00e8s cette pr\u00e9sentation, \u00e0 dire ce que nous voyons de semblable ou de diff\u00e9rent sur cette photo \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette consigne d\u00e9termine l\u2019espace d\u2019un \u00e9cart du plus semblable au plus diff\u00e9rent. Le temps de la pr\u00e9sentation par celui qui parle de sa photo permet au sujet de s\u2019approprier son choix, de s\u2019\u00e9couter en train de formuler ce qui fait sa vision personnelle et irr\u00e9ductible de la r\u00e9alit\u00e9, telle qu\u2019il la voit. On remarque, dans cette m\u00e9thode, la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9coute lorsqu\u2019un participant pr\u00e9sente sa photo. Cette dimension contribue au plaisir partag\u00e9 \u00e0 parler et entendre parler des photos. Enfin, la parole prise par ceux des membres du groupe qui souhaitent intervenir sur une photo, contribue \u00e0 alimenter la cha\u00eene associative groupale.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun se reconna\u00eet plus ou moins dans son choix, mais surtout dans ce que les autres en disent \u2014 le regard des autres faisant \u00e9voluer sensiblement sa propre perception de sa photo. D\u2019autres fois, quels que soient les \u00e9changes et les associations qui se d\u00e9ploient sur une photo, celui ou celle qui l\u2019a choisie exprime avec force le caract\u00e8re irr\u00e9ductible de sa perception.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La sp\u00e9cificit\u00e9 du Photolangage&nbsp;\u00a9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Concernant le dispositif, une des particularit\u00e9s de la m\u00e9thode est d\u00e9termin\u00e9e par le fait que l\u2019animateur pose une question qui mobilise la pens\u00e9e en id\u00e9es, \u00e0 laquelle il propose de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019aide d\u2019une photo qui mobilise la pens\u00e9e en id\u00e9es, pens\u00e9e logique, organis\u00e9e et secondaris\u00e9e en vue de r\u00e9pondre \u00e0 une question d\u2019une part, et mobilisation de la pens\u00e9e en images, qui fait r\u00e9agir associativement le sujet \u00e0 partir de ses images int\u00e9rioris\u00e9es et des affects qui les accompagnent selon l\u2019analogie ou plut\u00f4t l\u2019ana-logique du processus primaire, de l\u2019autre. Cette double polarit\u00e9 constitue l\u2019espace de jeu de la m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette particularit\u00e9 de la m\u00e9thode a deux effets majeurs sur le d\u00e9roulement d\u2019une s\u00e9ance. D\u2019une part, l\u2019effet de contention est \u00e9vident, du fait de la consistance de ce que j\u2019appelle souvent \u00ab les deux garde-fous \u00bb, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la question, de l\u2019autre la photo. D\u2019autre part, cette aire de jeu interm\u00e9diaire entre le processus primaire et le processus secondaire favorise les processus de liaison de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre des deux registres ainsi sp\u00e9cifi\u00e9s, assurant la double articulation entre l\u2019intrapsychique et l\u2019intersubjectif.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette double polarit\u00e9, s\u2019ajoute celle du groupe et de l\u2019objet m\u00e9diateur. J\u2019ai d\u00e9fendu l\u2019id\u00e9e que, de ces deux \u00e9l\u00e9ments qui sont constitutifs de ces dispositifs naissait une synergie, c\u2019est-\u00e0-dire une liaison cr\u00e9atrice, une conjonction de forces qui sert de moteur au travail psychique engag\u00e9. Aux capacit\u00e9s du groupe s\u2019ajoutent les capacit\u00e9s de l\u2019objet m\u00e9diateur \u00e0 contenir et \u00e0 transformer, tout particuli\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il nous faut dire que les dispositifs groupaux \u00e0 m\u00e9diation ne sont ni des modes, ni des fantaisies, ni des gadgets. Ce sont de v\u00e9ritables espaces de transformation de la r\u00e9alit\u00e9 psychique inconsciente, qui s\u2019appuient \u00e0 la fois sur toutes les capacit\u00e9s du groupe, la fonction contenante, la fonction conteneur et la fonction de production imaginaire, trois fonctions qui me semblent communes au groupe et \u00e0 l\u2019objet m\u00e9diateur et d\u00e9terminantes dans la fonction de symbolisation. Il faut noter que la conjonction des deux ne produit pas un effet th\u00e9rapeutique, de fa\u00e7on automatique, encore faut-il que le th\u00e9rapeute sache \u00eatre garant du cadre, exerce sa capacit\u00e9 de r\u00eaverie transformatrice en comptant pour cela sur la synergie cr\u00e9atrice entre les comp\u00e9tences du groupe et les potentialit\u00e9s cr\u00e9atrices d\u2019un objet qui a une fonction de transitionalit\u00e9. Le th\u00e9rapeute doit tenir ensemble ces composantes du dispositif et doit veiller \u00e0 les faire \u00e9voluer ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u2022 Anzieu D. (1975). <em>Le groupe et l\u2019inconscient<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Bion W. R. (1962). <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, tr. fr., Paris, PUF, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Duez B. (2002). \u00ab Du partiel au restreint&nbsp;: Photolangage \u00a9 et psychodrame \u00bb, in&nbsp;: Vacheret&nbsp;C. et coll., <em>Pratiquer les m\u00e9diations en groupes th\u00e9rapeutiques<\/em>, Paris, Dunod, p. 133-145.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Freud S. (1923). \u00ab Le Moi et le \u00c7a \u00bb, tr. fr. <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Freud S. (1937). \u00ab Construction dans l\u2019analyse&nbsp;\u00bb, tr. fr., <em>R\u00e9sultats, Id\u00e9es, Probl\u00e8mes II<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Green A. (1982). \u00ab La double limite \u00bb, in : <em>La folie priv\u00e9e<\/em>, Paris, Gallimard, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Janin C. (1996). <em>Figures et destins du traumatisme<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Ka\u00ebs R. (1976). <em>L\u2019appareil psychique groupal : constructions du groupe<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Ka\u00ebs R. (1985). \u00ab La diffraction des groupes internes \u00bb, <em>Revue de psychoth\u00e9rapie psychanalytique de groupe<\/em>, 11, 1988, p. 159-174.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Ka\u00ebs R. (1993). <em>Le groupe et le sujet du groupe. \u00c9l\u00e9ments pour une th\u00e9orie psychanalytique du groupe<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Vacheret C. et coll. (2000). <em>Photo, groupe et soin psychique,<\/em> (sous la direction de), Lyon, PUL.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Vacheret C. et coll. (2002). <em>Pratiquer les m\u00e9diations en groupes th\u00e9rapeutiques<\/em>, (sous la direction de), Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Vacheret C. (2001). \u00ab La figuration du lien et la transformation du transfert \u00bb, <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em>, Communications pr\u00e9-publi\u00e9es, p. 205-212.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Winnicott D.-W. (1971). <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9. L\u2019espace potentiel<\/em>, tr. fr., Paris, Gallimard, 1975.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28102?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous disposons, \u00e0 ce jour, d\u2019un demi-si\u00e8cle de recul sur ce que nous ont apport\u00e9 successivement les grands courants th\u00e9oriques sur les groupes. D\u2019abord, le courant psychosocial nord-am\u00e9ricain qui a tent\u00e9 d\u2019explorer exp\u00e9rimentalement les influences du groupe sur le sujet,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225],"thematique":[2505,577],"auteur":[1671],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[2642],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-28102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","thematique-dispositif","thematique-mediations-therapeutiques","auteur-claudine-vacheret","mode-payant","revue-hors-serie-2022","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28102"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28102\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28112,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28102\/revisions\/28112"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=28102"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=28102"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=28102"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=28102"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=28102"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=28102"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=28102"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=28102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}