{"id":28091,"date":"2023-01-17T11:01:41","date_gmt":"2023-01-17T10:01:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=28091"},"modified":"2023-01-17T11:25:32","modified_gmt":"2023-01-17T10:25:32","slug":"la-precarite-et-ses-effets-sur-la-sante-mentale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-precarite-et-ses-effets-sur-la-sante-mentale\/","title":{"rendered":"La pr\u00e9carit\u00e9 et ses effets sur la sant\u00e9 mentale"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous savons que les psychiatres et les psychologues n\u2019ont pas seuls la l\u00e9gitimit\u00e9 et la capacit\u00e9 de \u00ab faire \u00bb la sant\u00e9 mentale comme nous l\u2019avons soutenu depuis&nbsp;1994, \u00e0 l\u2019Orspere-Samdarra et \u00e0 l\u2019ONSMP&nbsp;: la clinique de la pr\u00e9carit\u00e9 est r\u00e9solument transversale, concernant tous ceux qui sont en lien d\u2019aide ou d\u2019accompagnement. Elle permet d\u2019ailleurs aussi bien de comprendre la souffrance au travail, le burn out, et nombre de probl\u00e9matiques avec les jeunes, sans compter certains mouvements sociaux qui restent illisibles sans cette approche qui est h\u00e9las minoritaire en la mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 n\u2019est pas devenue obsol\u00e8te, au contraire, elle est quasiment au centre du monde. J\u2019ajouterai que le management national et mondial de la pand\u00e9mie au COVID-19 ne peut se comprendre sans le recours aux formes contemporaines de la pr\u00e9carit\u00e9, comme je l\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 dans un ouvrage r\u00e9cent<strong><sup>1<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les effets cliniques de la souffrance psychique d\u2019origine sociale.&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi parler d\u2019effets cliniques&nbsp;? Parce qu\u2019un contexte global, celui de la pr\u00e9carit\u00e9 dans la mondialisation, a des effets psychiques, \u00e0 diff\u00e9rencier absolument d\u2019une psychologisation ou d\u2019une psychiatrisation du monde, \u00e0 \u00e9viter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi \u00ab&nbsp;souffrance&nbsp;\u00bb&nbsp;? Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mot de sens commun qui n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre d\u00e9fini et qui ne se d\u00e9duit pas d\u2019une localisation anatomique\u2009; il s\u2019agit d\u2019une douleur d\u2019existence, d\u2019une souffrance qui peut certes accompagner une douleur organique, mais aussi l\u2019humiliation, le m\u00e9pris social, ou pire l\u2019indiff\u00e9rence, le cynisme. On n\u2019est plus dans l\u2019utopie de&nbsp;1946, o\u00f9 l\u2019OMS parlait de la sant\u00e9 comme d\u2019un \u00ab&nbsp;bien-\u00eatre complet&nbsp;\u00bb bio-psycho-social, mais dans une guerre \u00e9conomique mondiale. Tout centrer sur le \u00ab&nbsp;bien-\u00eatre&nbsp;\u00bb devient quasi ind\u00e9cent, et en tous les cas non pertinent&nbsp;: une guerre, f\u00fbt-elle \u00e9conomique, fait n\u00e9cessairement souffrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette souffrance est-elle \u00ab&nbsp;psychique&nbsp;\u00bb&nbsp;? Parce que soumise au travail psychique, elle peut \u00eatre sid\u00e9r\u00e9e, immobilis\u00e9e, utiliser tel ou tel m\u00e9canisme de d\u00e9fense ou \u00eatre plus ou moins \u00e9labor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi enfin une souffrance \u00ab\u00a0d\u2019origine sociale\u00a0\u00bb\u00a0? Parce qu\u2019un individu isol\u00e9, \u00e7a n\u2019existe pas : on est toujours au moins \u00e0 la marge d\u2019un groupe, avec \u00e0 l\u2019horizon une appartenance ou une exclusion possible qui est, in fine, de nature politique. Dans l\u2019ouvrage <em>Malaise dans la culture<\/em>, Freud \u00e9voque la souffrance d\u2019origine sociale comme le type de souffrance le plus difficile \u00e0 accepter par le sujet humain\u00a0: \u00ab\u00a0La souffrance issue de cette source (les relations avec d\u2019autres hommes), nous la ressentons peut-\u00eatre plus douloureusement que tout autre\u2026\u00a0\u00bb. Il la d\u00e9finit en rapport avec \u00ab\u00a0la d\u00e9ficience des dispositifs qui r\u00e8glent les relations des hommes entre eux\u00a0\u00bb (famille, \u00e9tat, soci\u00e9t\u00e9\u2026)<strong><sup>2<\/sup><\/strong>. Si l\u2019on sait que ces dispositifs ne r\u00e8glent jamais l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des relations interhumaines, des r\u00e9gulations suffisamment bonnes sont pourtant n\u00e9cessaires.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, c\u2019est par le malaise des intervenants que le malaise dans la culture a interpell\u00e9 bon nombre d\u2019entre nous. L\u2019aventure a commenc\u00e9 un jour de\u00a01993, lorsqu\u2019une responsable infirmi\u00e8re de l\u2019H\u00f4pital le Vinatier \u00e0 Lyon-Bron, Jacqueline\u00a0Picard, s\u2019est adress\u00e9e \u00e0 moi en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur\u00a0Furtos, il faut nous aider \u00e0 comprendre\u00a0: il y a de nouveaux patients qui viennent dans les Centres M\u00e9dico-Psychologiques, et nous ne savons pas comment les aider, ils ne souffrent plus comme avant\u00a0\u00bb. Cette professionnelle, \u00e0 forte exigence \u00e9thique, faisait allusion aux difficult\u00e9s du travail psychique avec les ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e, les b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019allocations sociales de type RMI, devenu le RSA, les d\u00e9bout\u00e9s du droit d\u2019asile, et les jeunes en difficult\u00e9 envoy\u00e9s par les missions locales. Toutes ces personnes, orient\u00e9es par des travailleurs sociaux qui ne savaient plus quoi faire en termes de r\u00e9insertion, n\u2019allaient pas bien, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, mais pas forc\u00e9ment dans le cadre d\u2019une\u00a0maladie mentale d\u00fbment authentifi\u00e9e, si ce n\u2019est un mal-\u00eatre vague et certain \u00e0 la fois, une difficult\u00e9 \u00e0 agir color\u00e9e d\u2019une tonalit\u00e9 d\u00e9pressive ou pers\u00e9cutoire, et quelquefois des troubles du comportement. En somme, en premi\u00e8re analyse, l\u2019impuissance professionnelle des travailleurs sociaux constituait le pivot de l\u2019orientation, la gen\u00e8se de ce que nous avons appel\u00e9 par la suite \u00ab\u00a0la clinique psychosociale\u00a0\u00bb, avec un transfert d\u2019impuissance sur d\u2019autres professionnels, les cliniciens, ce qui n\u00e9cessitait un travail en r\u00e9seau.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019en est suivi l\u2019organisation du premier colloque francophone et sans doute mondial, sur la question, en&nbsp;1994, puis la fondation de l\u2019Observatoire R\u00e9gional de la Souffrance Psychique en rapport avec l\u2019Exclusion, Orspere<strong><sup>3<\/sup><\/strong>, qui reste son \u00ab&nbsp;petit nom&nbsp;\u00bb malgr\u00e9 sa transformation en Observatoire National des Pratiques en Sant\u00e9 mentale et Pr\u00e9carit\u00e9, Onsmp, en&nbsp;2000. Notons qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019observer les pratiques, de les penser, avec des professionnels qui expriment simultan\u00e9ment un malaise dans le cadre de leur travail et le refus de baisser les bras, car le risque est celui du renoncement, au motif de refuser le malaise et au nom de l\u2019argument qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un probl\u00e8me politique, ce qui est d\u2019ailleurs rigoureusement vrai. S\u2019agit-il de quelque chose de psychique ou de social&nbsp;? Il s\u2019agit des deux, bien entendu, \u00e0 100&nbsp;% chacun\u2009; mais comment tenir les deux aspects, comment accepter leur m\u00e9tissage sinon d\u2019abord par des \u00e9l\u00e9ments suffisamment coh\u00e9rents de compr\u00e9-hension pour int\u00e9grer et d\u00e9passer le douloureux sentiment d\u2019ind\u00e9termination professionnelle des intervenants de premi\u00e8re ligne&nbsp;: ce sont eux qui portent quelque chose d\u2019important susceptible de nous informer avec pr\u00e9cision sur la clinique comme sur la situation du monde, \u00e0 partir de ceux qui, \u00e0 la marge, y vivent mal. Dans le Rapport Strohl-Lazarus&nbsp;(1995)<strong><sup>4<\/sup><\/strong>, \u00ab&nbsp;ces souffrances qu\u2019on ne peut plus cacher&nbsp;\u00bb, le mal-\u00eatre des intervenants \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le point de d\u00e9part d\u2019une \u00ab&nbsp;urgence objective \u00e0 traiter la question&nbsp;\u00bb. Ce malaise s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9, amplifi\u00e9, et surtout g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la marge au centre de notre soci\u00e9t\u00e9. L\u2019urgence subjective continue de poser un probl\u00e8me collectif, \u00e0 la fois clinique et politique. Cette urgence est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la notion de pr\u00e9carit\u00e9 qui est \u00ab&nbsp;la mis\u00e8re des pays riches&nbsp;\u00bb export\u00e9e par la mondialisation vers les pays pauvres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 ce point, il convient de d\u00e9finir la pr\u00e9carit\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 ne doit pas \u00eatre confondue avec la pauvret\u00e9, elle-m\u00eame \u00e0 ne pas confondre avec la mis\u00e8re. La pauvret\u00e9, c\u2019est avoir peu, et l\u2019on sait qu\u2019il peut y avoir des cultures de la pauvret\u00e9\u2009; si le m\u00e9pris social s\u2019en m\u00eale, dans une culture de la consommation, cela modifie la donne en stigmatisant \u00e0 l\u2019exc\u00e8s le fait d\u2019avoir peu. Le seuil de pauvret\u00e9 varie selon les \u00e9poques, les contextes et les cultures. La pr\u00e9carit\u00e9 est bien diff\u00e9rente : c\u2019est avoir peur de perdre, mais de perdre quoi ? Nous verrons plus loin qu\u2019il s\u2019agit de la perte des \u00ab&nbsp;objets sociaux&nbsp;\u00bb. On peut vivre sans pr\u00e9carit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 pauvre (il est vrai de moins en moins, actuellement), et \u00e0 l\u2019inverse, on peut vivre pr\u00e9caire en gagnant bien sa vie\u2009; par contre, ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;grande pr\u00e9carit\u00e9&nbsp;\u00bb est effectivement synonyme de pauvret\u00e9, voire de mis\u00e8re. Il convient de diff\u00e9rencier la pr\u00e9carit\u00e9 sociale, port\u00e9e par la question des statuts sociaux pr\u00e9caires, de la pr\u00e9carit\u00e9 psychologique et existentielle, en fait psychique \u00e0 100&nbsp;% et sociale \u00e0 100&nbsp;%, d\u2019o\u00f9 le terme de clinique psychosociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a certes une corr\u00e9lation entre la pr\u00e9carit\u00e9 sociale (pr\u00e9carit\u00e9 statutaire et mon\u00e9taire, d\u00e9localisation, acc\u00e9l\u00e9ration des flux, etc.) et la pr\u00e9carit\u00e9 psychique, mais d\u2019une mani\u00e8re non m\u00e9canique. Il convient aussi de distinguer la pr\u00e9carit\u00e9 \u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb, qui se situe sur le versant de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 ordinaire de l\u2019\u00eatre humain, et qui signifie que personne ne peut vivre seul, et la pr\u00e9carit\u00e9 exacerb\u00e9e et pathog\u00e8ne que nous rencontrons aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La pr\u00e9carit\u00e9 \u00ab normale \u00bb est constitutive de l\u2019\u00eatre humain<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019un de ses paradigmes en est celle du b\u00e9b\u00e9 vis-\u00e0-vis des adultes tut\u00e9laires\u00a0: il ne peut rien seul sur le plan physiologique, qui est toujours attach\u00e9 aux besoins affectifs, ce qui aboutit rythmiquement \u00e0 une d\u00e9tresse ordinaire qui en appelle \u00e0 l\u2019autre et qui fonde \u00e0 la fois le lien, le plaisir du lien et son ambivalence\u2009; car la pr\u00e9carit\u00e9 repose \u00e0 l\u2019origine sur la d\u00e9tresse, l\u2019incompl\u00e9tude et l\u2019obligation d\u2019une d\u00e9pendance, ce qui entra\u00eene l\u2019exigence d\u2019une reconnaissance r\u00e9ciproque : \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme digne d\u2019exister dans son groupe d\u2019appartenance (d\u2019abord la famille, elle-m\u00eame englob\u00e9e dans des groupes de plus en plus vastes), et \u00e0 partir de l\u00e0,\u00a0d\u2019exister en humanit\u00e9 et en soci\u00e9t\u00e9. Sur ce plan, nous restons pr\u00e9caires toute notre vie. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 essentielle de l\u2019humain est toujours li\u00e9e \u00e0 la possibilit\u00e9 de sa non-reconnaissance, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019exclusion. Mais lorsqu\u2019elle fonctionne assez bien, la pr\u00e9carit\u00e9 constitutive aboutit \u00e0 une triple confiance : confiance en l\u2019autre qui est l\u00e0 quand on en a besoin, confiance en soi-m\u00eame qui a de la valeur, puisque l\u2019autre s\u2019en pr\u00e9occupe lors des situations de d\u00e9tresse, et confiance dans l\u2019avenir puisque d\u2019autres situations de d\u00e9tresse pourront entra\u00eener le m\u00eame type de lien aidant. L\u2019ensemble donne confiance dans le lien social qui porte la possibilit\u00e9 d\u2019un avenir en soci\u00e9t\u00e9. Cette triple confiance est \u00e0 la racine d\u2019un narcissisme ouvert \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la temporalit\u00e9, non autarcique, c\u2019est-\u00e0-dire sans hyperindividualisme. Dans le contexte actuel et selon l\u2019histoire de chacun, cette pr\u00e9carit\u00e9 normale se transforme volontiers en pr\u00e9carit\u00e9 exacerb\u00e9e, susceptible alors d\u2019entra\u00eener une triple perte de confiance\u00a0: perte de confiance en l\u2019autre qui reconna\u00eet l\u2019existence, perte de confiance en soi-m\u00eame et en sa dignit\u00e9 d\u2019exister, et perte de confiance en l\u2019avenir qui devient mena\u00e7ant, catastrophique, ou m\u00eame qui dispara\u00eet (<em>no future<\/em>, \u00ab\u00a0d\u00e9cadence\u00a0\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 constitutive, ou bonne pr\u00e9carit\u00e9, inclut l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 du cours des choses et des comportements humains sans n\u00e9cessairement rentrer dans une incertitude d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Il faut avoir un bon QI pour vivre suffisamment confiant, QI signifiant quotient d\u2019incertitude\u2026 Au contraire, la mauvaise pr\u00e9carit\u00e9 aboutit \u00e0 un sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui fait subrepticement ou ostensiblement passer de la vie \u00e0 la survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de l\u2019att\u00e9nuation de la confiance, l\u2019obsession collective qui d\u00e9finit une soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9caris\u00e9e devient celle de la perte possible ou av\u00e9r\u00e9e de ce que j\u2019appelle les objets sociaux. Qu\u2019est-ce qu\u2019un objet social&nbsp;? C\u2019est quelque chose de concret comme l\u2019emploi, l\u2019argent, la pension de retraite, le logement, la formation, les dipl\u00f4mes, les troupeaux, les biens. On peut les avoir perdus ou avoir peur de les perdre en les poss\u00e9dant encore, ou de perdre les avantages qu\u2019ils sont susceptibles de procurer. Un objet social est une forme de s\u00e9curit\u00e9, comme l\u2019avait bien d\u00e9crit le rapport Wresinski en&nbsp;1997<strong><sup>5<\/sup><\/strong>, qui est quelque chose d\u2019id\u00e9alis\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, en rapport avec un syst\u00e8me de valeurs qui fait \u00e0 la fois statut et lien. Il permet une reconnaissance d\u2019existence, il autorise des relations\u2009; on peut jouer avec l\u2019objet social comme on joue avec un ballon. Lorsque j\u2019\u00e9voque la perte de l\u2019objet, je n\u2019\u00e9voque pas la perte du ballon en termes d\u2019avoir, car, pour reprendre cette m\u00e9taphore, on peut toujours trouver un autre ballon ou bricoler un ballon de fortune. Je n\u2019\u00e9voque m\u00eame pas la perte du terrain de jeu, car on peut jouer sur n\u2019importe quel espace en d\u00e9cidant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un terrain de foot. Je parle de l\u2019horizon le plus grave, celui de la perte de la capacit\u00e9 \u00e0 jouer pour de vrai \u00e0 l\u2019humain, au travers de m\u00e9diations, en un lieu et avec d\u2019autres humains\u2009; cet horizon est celui de l\u2019exclusion.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de vuln\u00e9rabilit\u00e9, proche de la pr\u00e9carit\u00e9, s\u2019en distingue par le fait qu\u2019elle porte sur un individu capable de <em>vulnus<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire de blessure\u2009; au sens propre, vuln\u00e9rable signifie traumatisable, dans un univers intrins\u00e8quement dangereux, sans rapport \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, au contraire de la pr\u00e9carit\u00e9 : le latin <em>precari <\/em>signifie \u00ab\u00a0prier l\u2019autre pour avoir\u00a0\u00bb. La fragilit\u00e9, c\u2019est encore autre chose\u00a0: \u00e9tymologiquement, fragile signifie \u00ab\u00a0cassable\u00a0\u00bb. Si toutes ces notions sont proches, la pr\u00e9carit\u00e9, qui en appelle \u00e0 l\u2019autre, est pr\u00e9cieuse \u00e0 consid\u00e9rer en ces temps d\u2019atomisation de l\u2019individu. La pr\u00e9carit\u00e9, c\u2019est la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui en appelle \u00e0 l\u2019autre, au lien, au social.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les trois modalit\u00e9s cliniques de la souffrance psychique d\u2019origine sociale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a sans doute pas de souffrance plus grande que celle de l\u2019exclusion. On observe sch\u00e9matiquement trois modalit\u00e9s de la souffrance devant la perte possible ou av\u00e9r\u00e9e des objets sociaux, supports de la s\u00e9curit\u00e9 sociale au sens propre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) <\/strong>La souffrance peut stimuler, aider \u00e0 vivre, comme le \u00ab&nbsp;bon stress&nbsp;\u00bb. Dans ce cas, il faut admettre que le sujet est structur\u00e9 sur la position existentielle suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;quoi qu\u2019il arrive, je m\u2019en sortirai&nbsp;\u00bb, c\u2019est la confiance de la bonne pr\u00e9carit\u00e9. Il y a conscience de la pr\u00e9carit\u00e9 avec conservation du lien, conservation surtout de la demande d\u2019aide en cas de perte et de souffrance, avec des m\u00e9canismes convenables de capacit\u00e9 de deuil, de d\u00e9ception, de d\u00e9sillusion et de nouvelles illusions cr\u00e9atrices d\u2019avenir. Cette position ne repose pas sur la responsabilit\u00e9 du seul sujet, mais sur l\u2019histoire ancienne et actuelle de ses \u00e9tayages sociaux. La souffrance non pathologique, c\u2019est celle qui permet d\u2019agir, de penser, de parler, d\u2019aimer et de se situer dans la suite des g\u00e9n\u00e9rations dans un environnement donn\u00e9 et transformable, avec la capacit\u00e9 de dire \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb \u00e0 ce qui emp\u00eache de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) <\/strong>Le deuxi\u00e8me type de souffrance commence d\u2019emp\u00eacher de vivre. Il a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit dans deux milieux&nbsp;: d\u2019une part, dans le cadre de la souffrance au travail, dans une sorte de clinique psychosociale longtemps invisible car sans perte des objets sociaux\u2009; et d\u2019autre part dans le registre de la pr\u00e9carit\u00e9 sociale, avec des personnes d\u00e9j\u00e0 en difficult\u00e9 sur le plan de la perte des objets sociaux. Cette modalit\u00e9 du souffrir est construite selon le registre existentiel suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;si je perds (ou si j\u2019ai perdu), je suis foutu&nbsp;\u00bb. Dans le cas des personnes encore au travail, \u00e9ventuellement avec une position haute dans la hi\u00e9rarchie, on observe avec surprise une dissociation possible entre la conservation de l\u2019objet social et une perte av\u00e9r\u00e9e de l\u2019objet psychique&nbsp;: quelque chose est psychiquement perdu, irr\u00e9m\u00e9-diablement<strong><sup> 6<\/sup><\/strong>\u2009; nous sommes du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9lancolie, car il peut y avoir une m\u00e9lancolie sociale avec des effets invalidants. On observe aussi souvent un climat de pers\u00e9cution sociale qui, lorsqu\u2019il est malencontreusement valid\u00e9 par le politique, s\u2019appelle \u00ab&nbsp;climat s\u00e9curitaire&nbsp;\u00bb. Cette parano\u00efa sociale prot\u00e8ge de la m\u00e9lancolisation du lien social. L\u2019un des m\u00e9canismes de d\u00e9fense les plus pr\u00e9coces est celui de l\u2019h\u00e9donisme de d\u00e9sen-chantement&nbsp;: devant une souffrance d\u2019exclusion, le sujet d\u00e9cide de ne plus se battre sur ce plan, mais de prendre \u00ab&nbsp;son plaisir&nbsp;\u00bb, seul ou avec ses proches, dans une sorte de rupture sociale implicite. C\u2019est ce que les coll\u00e8gues d\u2019ob\u00e9dience lacanienne observent comme une tendance \u00e0 la jouissance corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9vanescence de la loi du p\u00e8re. Le malaise peut aussi s\u2019exprimer par de l\u2019amertume, de l\u2019agressivit\u00e9 ou de la violence, des affections psychosomatiques diverses. Le lien social est en difficult\u00e9 comme en t\u00e9moigne la capacit\u00e9 de demande qui commence de devenir difficile, tandis que la capacit\u00e9 de deuil et de d\u00e9sillusion est entam\u00e9e, de m\u00eame que la capacit\u00e9 d\u2019agir, de penser, de parler, d\u2019aimer et de se situer dans les g\u00e9n\u00e9rations et dans son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ajoute assez syst\u00e9matiquement un hyperindividualisme, qui est en fait une peur du lien social. C\u2019est comme si \u00ab&nbsp;l\u2019autre&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9tait plus mon prochain. On l\u2019observe jusqu\u2019\u00e0 la caricature dans les transports en commun, dans les trains par exemple : on peut voyager 2 ou 3 heures en face ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de personnes qui ne vous adressent ni paroles ni sourires, comme si l\u2019on n\u2019\u00e9tait pas du m\u00eame monde. Les visages ont un masque sans masque, et sans l\u2019alibi du COVID&nbsp;! C\u2019est comme s\u2019il y avait un virus de dangerosit\u00e9, de ne pas pouvoir faire avec le lien avec le proche, alors que le lointain reste en contact viable par portable ou ordinateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Au passage, on aura compris que la confiance dans le temps long est abolie, avec le r\u00e8gne de l\u2019urgence permanente, de l\u2019hyperactivit\u00e9 ou au contraire de la m\u00e9lancolisation du lien social \u00e9voqu\u00e9e plus haut. On sort du transg\u00e9n\u00e9rationnel, du Grand Temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3) <\/strong>Le troisi\u00e8me type de souffrance s\u2019accompagne des effets psychiques les plus invalidants. Il s\u2019agit d\u2019une souffrance qui emp\u00eache de souffrir sa souffrance, selon la position existentielle suivante \u00ab&nbsp;tout est foutu, vivons-disparaissons&nbsp;\u00bb, ce qui entra\u00eene des logiques de survie\u2009; il s\u2019agit d\u2019un mode de traitement extr\u00eame de la position m\u00e9lancolique d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e. Mais certains des sympt\u00f4mes d\u00e9crits peuvent aussi \u00eatre compris sur le mod\u00e8le d\u2019un stress aigu qui dure. Des signes essentiellement d\u00e9ficitaires sont observ\u00e9s, mais pas exclusivement. On les observe dans tous les lieux de la sc\u00e8ne sociale soumis \u00e0 des processus d\u2019exclusion, avec une attaque du lien et un renoncement \u00e0 la demande. Au maximum, on observera le syndrome d\u2019auto-exclusion, dont on d\u00e9crit des formes abouties et de nombreux \u00e9tats interm\u00e9diaires. Parler de syndrome n\u2019est pas en rajouter \u00e0 la nosographie\u2009; c\u2019est \u00e9voquer le regroupement d\u2019un ensemble de signes r\u00e9colt\u00e9s \u00e0 partir d\u2019observations cliniques. Le syndrome d\u2019auto-exclusion a \u00e9merg\u00e9 dans les \u00e9tudes et recherches de l\u2019Orspere que j\u2019ai publi\u00e9es depuis&nbsp;1999, \u00e0 partir de l\u2019observation de nombreuses situations envisag\u00e9es sur leur versant psychosocial<strong><sup>6<\/sup><\/strong>. Il implique une transversalit\u00e9 et une pluridisciplinarit\u00e9 qui concerne les psy, les somaticiens, les travailleurs sociaux, les \u00e9lus, les bailleurs de logements priv\u00e9s et publics, les associations, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi le terme \u00ab&nbsp;d\u2019auto-exclusion&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ce n\u00e9ologisme introduit une duplicit\u00e9 s\u00e9mantique de psychogen\u00e8se et de sociogen\u00e8se simultan\u00e9e. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019environnement est excluant, tandis que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 le mot \u00ab&nbsp;auto&nbsp;\u00bb renvoie \u00e0 la part du sujet&nbsp;: tout en subissant une situation d\u2019exclusion, le sujet a la capacit\u00e9 d\u2019exercer sur lui-m\u00eame une activit\u00e9 pour s\u2019exclure de la situation, pour ne pas en souffrir, transformant ainsi le subir en agir. Cette activit\u00e9 psychique r\u00e9pond \u00e0 l\u2019environnement social et simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019histoire du sujet, laquelle est toujours elle-m\u00eame li\u00e9e \u00e0 une structuration psychosociale en construction et\/ou en d\u00e9construction\u2009; elle est une mani\u00e8re de reprendre ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par d\u2019autres auteurs sur le versant de la d\u00e9socialisation<strong><sup>7<\/sup><\/strong>. Je ne reprendrais pas ici la s\u00e9m\u00e9iologie et les exemples cliniques du syndrome d\u2019auto-exclusion. Je rappellerai la s\u00e9rie des signes de disparition du sujet, de d\u00e9s-habitation de soi-m\u00eame, avec, en regard, les signes de la r\u00e9apparition paroxystique et violente du sujet\u2009; et dans tous les cas, un inconfort, un malaise de celui ou de celle qui est en face, signifiant la souffrance port\u00e9e par le t\u00e9moin en lieu et place du sujet qui a congel\u00e9 sa souffrance d\u2019exclusion pour ne plus la souffrir. J\u2019insiste sur les comportements paradoxaux qui signent un monde \u00e0 l\u2019envers de l\u2019opinion commune, par exemple, plus on a besoin et moins on demande.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9flexions sur cette clinique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La tendance \u00e0 l\u2019auto-exclusion est une voie commune de l\u2019exclusion, pr\u00e9f\u00e9rable au suicide du point de vue d\u2019une r\u00e9versibilit\u00e9 possible. Elle peut concerner non seulement les gens de la rue,\u00a0mais aussi les malades mentaux, les personnes isol\u00e9es, certaines situations de pathologie au travail, sans oublier la question des catastrophes collectives, notamment politiques\u2009; elle concerne \u00e9galement ceux qui pourraient paraitre \u00ab\u00a0avoir tout pour \u00eatre heureux\u00a0\u00bb, et qui vivent eux aussi dans dans le m\u00eame monde. Ce qui unit ces sc\u00e8nes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, c\u2019est le d\u00e9sespoir de l\u2019exclusion sociale, l\u2019impression de ne plus faire partie de l\u2019humanit\u00e9 dans un groupe social donn\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Deux mod\u00e8les pour cette exclusion : d\u2019une part, la d\u00e9pression anaclitique d\u00e9crit par Spitz en\u00a01947, c\u2019est-\u00e0-dire la maltraitance infantile\u00a0: un nourrisson trait\u00e9 par des mains mercenaires, sans relation affective, va \u00e9voluer vers une d\u00e9pression essentielle avec marasme et <em>in fine <\/em>la mort. Il vit en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 un syndrome d\u2019auto-exclusion parce que, en tant que petite personne, il n\u2019est pas reconnu comme tel. Ce mod\u00e8le est celui du ratage radical de la relation intersubjective de base, r\u00e9versible si le b\u00e9b\u00e9 est confi\u00e9 \u00e0 temps \u00e0 des mains bienveillantes et respectueuses. \u00c0 l\u2019autre extr\u00eame, nous avons le mod\u00e8le des camps de concentration nazis, o\u00f9 l\u2019intention d\u2019exclure de la commune humanit\u00e9 \u00e9tait affich\u00e9e. Ce qui impressionne, c\u2019est de constater aujourd\u2019hui, en dehors d\u2019une maltraitance infantile ou d\u2019une vis\u00e9e d\u2019extermination directe, que les sympt\u00f4mes de l\u2019exclusion existent et font signe d\u2019une mani\u00e8re individuellement r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, \u00e0 une \u00e9chelle qui pose un probl\u00e8me \u00e0 la fois clinique et politique. Il ne s\u2019agit pas seulement de traiter les effets collat\u00e9raux de l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s qui ne concerneraient que la marge et dont le centre serait indemne, mais la marge nous informe de ce qui se passe au centre, une violence froide. Un troisi\u00e8me mod\u00e8le tr\u00e8s actuel est fourni par la relation aidante avec les demandeurs d\u2019asile dans certaines situations de non-reconnaissance administrative r\u00e9p\u00e9t\u00e9e : \u00eatre dans l\u2019entre-deux d\u2019une reconnaissance ind\u00e9finiment report\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la psychose. Les patients psychotiques peuvent pr\u00e9senter des sympt\u00f4mes d\u2019auto-exclusion comme tout le monde\u2009; ces sympt\u00f4mes ne sont pas l\u2019apanage de la psychose, mais peuvent s\u2019observer chez les sujets psychotiques, avec anesth\u00e9sie, repli et retrait, comportements paradoxaux. En r\u00e9alit\u00e9, tous ces signes directs de l\u2019auto-exclusion sont assez superposables \u00e0 ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui les signes n\u00e9gatifs de la schizophr\u00e9nie, \u00e0 diff\u00e9rencier des signes productifs de type d\u00e9lire ou hallucination, et des signes de d\u00e9sorganisation de type troubles de la pens\u00e9e, troubles cognitifs, dissociation. Les troubles n\u00e9gatifs de la schizophr\u00e9nie se marquent classiquement par une aboulie, une anh\u00e9donie, un apragmatisme, qui, au-del\u00e0 du jargon, correspondent assez exactement&nbsp; \u00e0 ce que l\u2019on observe dans le syndrome d\u2019auto-exclusion. Peut-on dire que le syndrome d\u2019auto-exclusion est une forme de psychose ? Ou, \u00e0 l\u2019inverse, que certains signes de psychoses sont attribu\u00e9s par erreur \u00e0 cette entit\u00e9 et seraient plut\u00f4t des signes d\u2019auto-exclusion chez un psychotique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Notre position actuelle, qui est plus qu\u2019une hypoth\u00e8se et moins qu\u2019une certitude, est d\u2019affirmer que le syndrome d\u2019auto-exclusion devrait permettre de revisiter la schizophr\u00e9nie en appro-fondissant le rapport exclusion\/schizophr\u00e9nie : une partie de ce que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;sympt\u00f4mes schizophr\u00e9niques d\u00e9ficitaires&nbsp;\u00bb correspondrait au fait que le schizophr\u00e8ne reste, envers et contre toute classification, un \u00eatre humain capable de d\u00e9sespoir, donc capable de produire un syndrome d\u2019auto-exclusion devant un regard excluant, dans un contexte excluant. \u00c9videmment, dans ce cas, la th\u00e9rapie est compl\u00e8tement diff\u00e9rente, c\u2019est le respect qui soigne, le respect de l\u2019autre dans sa diff\u00e9rence, y compris dans ses logiques de survie. Le fait qu\u2019un certain nombre de signes d\u00e9ficitaires de la schizophr\u00e9nie c\u00e8de assez rapidement lorsque le sujet malade est mis dans des conditions de respect para\u00eet valider cette position. C\u2019est exactement ce qui se passe dans la psychoth\u00e9rapie institutionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce type de r\u00e9flexion conduit \u00e0 une d\u00e9finition renouvel\u00e9e de la sant\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose une d\u00e9finition de la sant\u00e9 mentale qui garde ouvert un d\u00e9bat o\u00f9 la clinique, les sciences humaines, l\u2019\u00e9conomie et le politique tissent une toile complexe, loin des perfections utopiques. Il va de soi que cette notion de Sant\u00e9 mentale inclut les pathologies et les pratiques psychiatriques, mais les d\u00e9passe singuli\u00e8rement.&nbsp; C\u2019est pourquoi il appara\u00eet important de maintenir une distinction entre sant\u00e9 mentale et troubles mentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9finition de la Sant\u00e9 (mentale) ne peut plus correspondre \u00e0 la d\u00e9finition utopique de la sant\u00e9 \u00e9mise par l\u2019OMS en&nbsp;1946&nbsp;: une telle utopie n\u2019est plus utile ni recevable, du fait des coups de boutoir de l\u2019affaire collectivement consciente de \u00ab&nbsp;la souffrance psychique d\u2019origine sociale&nbsp;\u00bb. Cette affaire est le signe du conflit essentiel de notre modernit\u00e9 : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la d\u00e9finition et l\u2019expansion mondiale des droits de l\u2019homme, d\u2019une dignit\u00e9 de la personne \u00e0 respecter absolument, qui est en quelque sorte l\u2019aboutissement du bon c\u00f4t\u00e9 de l\u2019individualisme moderne, bien que r\u00e9cus\u00e9 par nombre de pays. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, on observe une atomisation de l\u2019individu en rapport avec une acc\u00e9l\u00e9ration de la circulation mondiale promue par l\u2019ultra-lib\u00e9ralisme qui, en tant que tel, ne prend en compte ni de pr\u00e8s ni de loin, la question des droits de l\u2019homme, sauf si les lois du march\u00e9 s\u2019en trouvent commercialement affect\u00e9es. Le conflit constitutif de notre modernit\u00e9 se situe entre les droits de l\u2019homme et le n\u00e9olib\u00e9ralisme non r\u00e9gul\u00e9, avec le risque de l\u2019impossibilit\u00e9 de vivre ensemble autrement que branch\u00e9s sur des flux d\u2019\u00eatres humains, d\u2019argent, de produits, d\u2019informations, de culture standardis\u00e9e<strong><sup>8<\/sup><\/strong>. C\u2019est pourquoi il est pertinent et urgent de promouvoir une nouvelle d\u00e9finition de la sant\u00e9 mentale dans la mesure o\u00f9 elle influence des pratiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une sant\u00e9 mentale suffisamment bonne est d\u00e9finie par la capacit\u00e9 de vivre et de souffrir dans un environnement donn\u00e9 et transformable, sans destructivit\u00e9, mais non pas sans r\u00e9volte.&nbsp;\u00bb (J.&nbsp;Furtos,&nbsp;2004)<strong><sup>9<\/sup><\/strong>. Cela revient \u00e0 insister sur la capacit\u00e9 de vivre avec autrui et de rester en lien avec soi-m\u00eame, et de pouvoir investir et cr\u00e9er dans cet environnement, y compris des productions atypiques et non normatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sant\u00e9 absolument bonne est de l\u2019ordre du faux self. Cette d\u00e9finition suppose d\u2019inclure la capacit\u00e9 de souffrir sans dispara\u00eetre. La notion d\u2019un environnement donn\u00e9 et transformable signifie que l\u2019on n\u2019est pas exactement dans le meilleur des mondes, ou, en tout cas, que le meilleur des mondes est toujours la possibilit\u00e9 de le construire\u2009; la destructivit\u00e9 est \u00e0 diff\u00e9rencier de la r\u00e9volte, c\u2019est-\u00e0-dire de la capacit\u00e9 de dire non, qui fait partie d\u2019une bonne sant\u00e9 mentale, qui est, ipso facto, de nature politique. L\u2019homme est \u00ab&nbsp;un animal politique&nbsp;\u00bb (Aristote).<\/p>\n\n\n\n<p>Les politiques de Sant\u00e9 mentale visent des pratiques soutenues par le souci de promouvoir et de maintenir cette capacit\u00e9 de vivre ensemble et avec soi-m\u00eame (perspective de Sant\u00e9 mentale positive), et visent \u00e9videmment \u00e0 \u00e9viter le syndrome d\u2019auto-exclusion ou \u00e0 le rendre r\u00e9versible (perspective pr\u00e9ventive et restauratrice). La clinique de l\u2019auto-exclusion, si l\u2019on consent \u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9passe la relation d\u2019aide, nous permet d\u2019approcher, non sans effroi, le monde dans lequel nous vivons, que nous contribuons \u00e0 construire et \u00e0 d\u00e9construire. La tendance \u00e0 la disparition peut \u00eatre contrecarr\u00e9e par la capacit\u00e9 de dire non, qui peut se manifester d\u2019une mani\u00e8re surprenante, atypique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans ce que certains auteurs appellent \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e8re des soul\u00e8vements&nbsp;\u00bb<strong><sup>10<\/sup><\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Gestion de la pand\u00e9mie au COVID-19 et pr\u00e9carit\u00e9<\/strong><strong><sup>11<\/sup><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La pand\u00e9mie au COVID-19 nous en a appris plus sur le monde dans lequel nous vivons que sur le virus lui-m\u00eame, en particulier ce qu\u2019elle nous dit sur notre rapport au corps, en le situant dans le contexte de la pr\u00e9carit\u00e9 contemporaine et du biopouvoir. Une premi\u00e8re remarque s\u2019est impos\u00e9e : la peur de devenir fou, de perdre la raison, apparue \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge des Lumi\u00e8res, a \u00e9t\u00e9 progressivement remplac\u00e9e par la grande peur de la mauvaise pr\u00e9carit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, celle o\u00f9 domine l\u2019obsession de perdre les objets sociaux\u2009; dans la bonne pr\u00e9carit\u00e9, on n\u2019a pas cette obsession. Mais, chose \u00e9tonnante, avec la pand\u00e9mie, il convient d\u2019ajouter un objet de plus que l\u2019on a l\u2019obsession de perdre&nbsp;: son corps biologique, ou la vie nue, obsession devenue la modalit\u00e9 \u00ab&nbsp;hypermoderne&nbsp;\u00bb de la peur de la mort, pivot du biopouvoir. La mise en exergue de la vie biologique, de la vie nue sans autre qualit\u00e9 que celle de ne pas \u00eatre priv\u00e9e de vie, a certes l\u2019avantage de promouvoir l\u2019hygi\u00e8ne et la m\u00e9decine, mais elle n\u2019est pas suffisante pour d\u00e9finir une existence digne et qualifi\u00e9e, capable d\u2019appara\u00eetre sur la sc\u00e8ne sociale par l\u2019action et la parole. Avoir \u00e0 l\u2019exc\u00e8s peur de perdre son corps, peur de perdre la vie, est bien diff\u00e9rent de la peur de mourir. Pour le dire trivialement, avoir peur de crever n\u2019aide pas \u00e0 vivre et nous transforme de vivants en survivants.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment comprendre cette extension des objets \u00e0 perdre au corps biologique, \u00e0 la vie nue&nbsp;? Par la notion de biopouvoir.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Foucault rappelle que sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, les rois, les empereurs et les princes avaient un droit de vie et de mort sur leurs sujets\u00a0\u2014 dans le cas o\u00f9 ceux-ci \u00e9taient devenus dangereux pour leur pouvoir. Alors le souverain avait effectivement ce droit ou, au minimum, celui de priver les corps de libert\u00e9, de les enfermer, les embastiller, les exiler, les bannir. En revanche, en dehors de ces situations d\u2019exception, le souverain ne se pr\u00e9occupait pas particuli\u00e8rement du corps de ses sujets et les laissait vivre \u00e0 leur guise pourvu qu\u2019ils paient l\u2019imp\u00f4t et qu\u2019ils fassent la guerre quand il le leur demandait. C\u2019est avec la modernit\u00e9 que la notion de population est apparue, une population faite de corps vivants dont le pouvoir politique se soucie en ce qui concerne la sant\u00e9, l\u2019hygi\u00e8ne, la natalit\u00e9, la mortalit\u00e9, la race m\u00eame<strong><sup>12<\/sup><\/strong>. C\u2019est l\u2019\u00e9mergence du biopouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9vidence, il y a des \u00e9l\u00e9ments positifs et salutaires dans le souci sanitaire du corps des gens. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cela que les \u00e9gouts ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s (et ils ont diminu\u00e9 consid\u00e9rablement les infections), que des r\u00e8gles d\u2019hygi\u00e8ne ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9es et que la m\u00e9decine moderne, bas\u00e9e sur le corps biologique, a pu se d\u00e9velopper d\u2019une mani\u00e8re incomparable dans le domaine du traitement des maladies, de la diminution de la mortalit\u00e9 infantile, de la long\u00e9vit\u00e9. Il faut reconna\u00eetre l\u2019utilit\u00e9 de cette r\u00e9duction \u00e0 la vie nue, de cette violence n\u00e9cessaire qui exclut toute autre qualit\u00e9 que la vie biologique, mais \u00e0 la condition qu\u2019elle ne dure pas, ce qui se passe si le patient et ses proches sont respect\u00e9s dans leur humanit\u00e9 pleine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Retour \u00e0 la pand\u00e9mie et pr\u00e9carit\u00e9.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La gestion de la pand\u00e9mie \u00e0 la COVID-19 s\u2019est faite, surtout pendant les premiers mois et au d\u00e9but du second confinement et ensuite, autour de la notion exclusive et excluante d\u2019une vie nue, d\u2019un corps purement biologique. Il n\u2019y avait alors pas d\u2019autre option que d\u2019\u00eatre ou non contamin\u00e9 par le virus\u2009; de tomber malade et de mourir sans l\u2019honneur d\u2019un rituel fun\u00e9raire, de rendre malade et \u00ab&nbsp;de tuer&nbsp;\u00bb ses proches, en particulier les personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9finies uniquement par le seuil de&nbsp;65&nbsp;ans&nbsp;\u2014 ou alors d\u2019en \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 et de prot\u00e9ger ainsi autrui. \u00ab&nbsp;Sauver des vies&nbsp;\u00bb est une belle phrase, un programme noble et pleinement justifi\u00e9, mais sa r\u00e9p\u00e9tition psalmodique peut devenir un verrou, une mani\u00e8re de ne plus penser le compromis vital entre survie et vie. En&nbsp;1969, la mortalit\u00e9 importante de la grippe de Hong-kong (25&nbsp;000 morts en France au seul mois de d\u00e9cembre) n\u2019avait sollicit\u00e9 ni les m\u00e9dias ni les politiques ni l\u2019OMS et les responsables m\u00e9dicaux. Autre temps, autres peurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le contexte de ce biopouvoir dominant s\u2019est situ\u00e9 dans un contexte de mauvaise pr\u00e9carit\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re caricaturale&nbsp;: hyper-individualisme de protection, peur de l\u2019autre par m\u00e9canisme phobique, parano\u00efaque ou schizophr\u00e9nique, et perte du grand temps, avec un temps de l\u2019urgence permanente et la perte d\u2019une perspective positive, sauf dans le d\u00e9ni\u2009; avec un mono\u00efd\u00e9isme centr\u00e9 sur la pand\u00e9mie, r\u00e9gi par principe de pr\u00e9caution qui doit \u00eatre soigneusement diff\u00e9renci\u00e9 du principe de prudence. La prudence est une vertu&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019aime la vie et les vivants, donc je ne fais pas n\u2019importe quoi&nbsp;\u00bb\u2009; le principe de pr\u00e9caution est parano\u00efaque&nbsp;: \u00ab&nbsp;si je ne fais pas ce qu\u2019il faut, \u00e7a va me retomber dessus&nbsp;\u00bb, avec le tribunal permanent des r\u00e9seaux sociaux et de la judiciarisation de la vie sociale, effective.<\/p>\n\n\n\n<p>Savoir dans quel monde nous habitons, revenir dans la vie et le grand temps sans se confiner \u00e0 un corps nu purement biologique, cela nous aide \u00e0 rester prudents sans entrer dans une incertitude d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui ferait de nous des survivants permanents.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>1. <\/strong><em>Pand\u00e9mie et biopouvoir, la nouvell<\/em>e pr\u00e9carit\u00e9 contemporaine, Ed. Rue D\u2019Ulm, mars 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. <\/strong>In : <em>Le malaise dans la culture, \u0153uvre compl\u00e8te<\/em>, tome XVIII, p. 263.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong>Devenu : Orspere-Samdarra \u00e0 mon d\u00e9part \u00e0 la retraite et sa reprise par le Dr.Halima Zeroug-Vial. Cf : &#8211; Actes du Colloque \u00ab D\u00e9qualification Sociale et Psychopathologie, ou Devoirs et limites de la Psychiatrie Publique, Oct-Nov 1994&nbsp;; site de l\u2019Orspere-Samdarra.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. <\/strong>Rapport Strohl-Lazarus., 1995, <em>Une souffrance que l\u2019on ne peut plus cacher, Rapport du groupe de travail \u00ab Ville, sant\u00e9 mentale, pr\u00e9carit\u00e9 et exclusion sociale \u00bb<\/em>, DIV\/DIRMI.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. <\/strong>Wresinski, M.J. \u00ab Grande pauvret\u00e9 et pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique et sociale \u00bb, rapport au conseil \u00e9conomique et social, <em>Journal Officiel<\/em> du 28 f\u00e9vrier 1987.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. <\/strong>Declerck P., <em>Les naufra<\/em>g\u00e9s. Avec les clochards de Paris, Paris, Plon (Terres Humaines), 2001. Et Thelen L., <em>L\u2019exil de soi. Sans-abri d\u2019ici et d\u2019ailleurs<\/em>, Publications des Facult\u00e9s Universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7. <\/strong>Cf. Jean Furtos, <em>Les cliniques de la pr\u00e9carit\u00e9,<\/em> Masson, 2008, Chapitre 11. Et aussi : <em>De la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e0 l\u2019auto-exclusion<\/em>, Ed..La Rue D\u2019Ulm, 2009.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8.<\/strong> Je ne parle pas de la disparition effective et visible des droits de&nbsp; l\u2019homme dans les r\u00e9gimes fascistes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9.<\/strong> J\u2019ai propos\u00e9 cette d\u00e9finition au Congr\u00e8s International de Lyon : \u00ab&nbsp;La sant\u00e9 mentale face aux mutations sociales \u00bb, octobre 2004, Orspere-Samdarra-Onsmp. On peut retrouver cette d\u00e9finition d\u00e9velopp\u00e9e dans La D\u00e9claration de Lyon du 22 octobre 2011, \u00e0 lire dans : la revue <em>Rhizome<\/em>, N\u00b045, Octobre 2012&nbsp;: La mondialisation, pour une \u00e9cologie du lien social, p.62, article 2.8 ; et dans&nbsp;: <em>Pand\u00e9mie et biopouvoir<\/em>, op. cit\u00e9, annexes 1.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10. <\/strong>Michel Maffesoli : <em>L\u2019\u00e8re des soul\u00e8vements<\/em>, Les \u00e9ditions du CERF, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11. <\/strong>Pour approfondir, se r\u00e9f\u00e9rer notre ouvrage : <em>Pand\u00e9mie et biopouvoir<\/em>, op. cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12. <\/strong>M. Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Coll\u00e8ge de France. 1978-1979, p. 323.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28091?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous savons que les psychiatres et les psychologues n\u2019ont pas seuls la l\u00e9gitimit\u00e9 et la capacit\u00e9 de \u00ab faire \u00bb la sant\u00e9 mentale comme nous l\u2019avons soutenu depuis&nbsp;1994, \u00e0 l\u2019Orspere-Samdarra et \u00e0 l\u2019ONSMP&nbsp;: la clinique de la pr\u00e9carit\u00e9 est r\u00e9solument&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215,1245],"thematique":[2620,2473,351],"auteur":[1770],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[2642],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-28091","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-pratique","thematique-psychopathologie","thematique-societe","auteur-jean-furtos","mode-payant","revue-hors-serie-2022","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28091"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28091\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28106,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28091\/revisions\/28106"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=28091"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=28091"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=28091"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=28091"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=28091"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=28091"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=28091"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=28091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}