{"id":27113,"date":"2022-12-13T09:50:56","date_gmt":"2022-12-13T08:50:56","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=27113"},"modified":"2022-12-13T09:50:59","modified_gmt":"2022-12-13T08:50:59","slug":"des-berceuses-en-choeur-pour-soigner-la-rencontre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/des-berceuses-en-choeur-pour-soigner-la-rencontre\/","title":{"rendered":"Des berceuses en ch\u0153ur pour soigner la rencontre"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire de rencontres survenant entre deux m\u00e8res et leurs b\u00e9b\u00e9s au cours d\u2019un groupe th\u00e9rapeutique\u2009; elles, troubl\u00e9es de leurs turbulences personnelles et familiales, et nous de nos remous institutionnels. Nous conterons ici les surprises structurantes advenues au c\u0153ur de deux s\u00e9ances pourtant \u00e9prouvantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 deux, Viviane, infirmi\u00e8re et Brigitte, psychologue dans une unit\u00e9 ambulatoire de p\u00e9dopsychiatrie p\u00e9rinatale, nous animons depuis 7 ans un groupe Berceuses, soin propos\u00e9 lors des consultations parents-b\u00e9b\u00e9s \u00e0 des m\u00e8res en souffrance dans leur relation \u00e0 leur nouveau-n\u00e9. Nous accueillons chaque semaine pendant 1&nbsp;heure, une \u00e0 cinq m\u00e8res avec leurs b\u00e9b\u00e9s. \u00ab&nbsp;Ce ch\u0153ur th\u00e9rapeutique relance la vitalit\u00e9 des femmes devenant m\u00e8res, restaure leur voix et soutient leur capacit\u00e9 maternelle envers leur b\u00e9b\u00e9. Accroissant la sensibilit\u00e9 affective tout en la r\u00e9gulant, il propose une aire transitionnelle de rencontre pour la m\u00e8re et le b\u00e9b\u00e9, d\u00e9ployant le jeu n\u00e9cessaire \u00e0 leur relation&nbsp;\u00bb (Borsoni, Lebeau, Tallou, 2018, p.125).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement soumis aux mouvements de continuit\u00e9-discontinuit\u00e9 des familles, il s\u2019est trouv\u00e9 fortement bouscul\u00e9 par les effets de la pand\u00e9mie de COVID et des mesures sanitaires, avec l\u2019arr\u00eat des groupes en 2020 puis leur difficile reprise. Durant 8 mois, nous avons accueilli au plus un b\u00e9b\u00e9 et sa m\u00e8re \u00e0 chaque s\u00e9ance, le groupe s\u2019est m\u00eame trouv\u00e9 \u00ab tourner \u00e0 vide \u00bb tout un mois. Le \u00ab faire groupe \u00bb semblait perdu, atteignant notre d\u00e9sir et le sens de ce travail. Il red\u00e9marre mi-janvier 2022, sur fond d\u2019une nouvelle vague COVID. Nous accueillons Kadi, 7 mois, avec sa jeune m\u00e8re originaire d\u2019Afrique centrale, juste apr\u00e8s un entretien \u00e9cras\u00e9 par la douleur d\u2019un exil marqu\u00e9 de violences, et Harry, 4 mois, avec sa m\u00e8re venue du Laos pour \u00e9tudier voil\u00e0 10 ans, de retour de vacances. Les deux familles viennent en consultations th\u00e9rapeutiques depuis plusieurs semaines avec Brigitte.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e8res s\u2019observent, parlent peu, derri\u00e8re les masques qu\u2019elles ne baissent pas malgr\u00e9 nos invitations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 jouer \u00e0 \u00ab cach\u00e9-coucou \u00bb lorsqu\u2019elles s\u2019adressent \u00e0 leurs b\u00e9b\u00e9s, afin qu\u2019ils conservent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la bouche qui parle et au visage entier de leur m\u00e8re, miroir de l\u2019\u00e2me et des premiers v\u00e9cus de l\u2019enfant (Winnicott, 1975).<\/p>\n\n\n\n<p>Install\u00e9e sur les genoux de sa m\u00e8re, Kadi regarde Harry qui ne manifeste rien, elle tente quelques gazouillis d\u2019appel, des gestes d\u00e9sordonn\u00e9s, sans r\u00e9ponse en retour. Elle se tord en arri\u00e8re pour s\u2019agripper au visage de Viviane install\u00e9e tout pr\u00e8s, qui la regarde et lui sourit. Harry est impassible et lisse comme sa m\u00e8re, silencieuse et raide. Apr\u00e8s le chant de pr\u00e9sentation o\u00f9 chacune a pr\u00e9nomm\u00e9 son enfant, elles-m\u00eames puis nous-m\u00eames, la m\u00e8re de Kadi \u00e9met de petits rires embarrass\u00e9s. Sa fille ponctue de vocalises et mouvements de bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 nos ann\u00e9es d\u2019accordage entre th\u00e9rapeutes, en \u00e9cho de ces m\u00e8res qui ne parlent gu\u00e8re, bougent peu, et ne demandent rien, nous nous sentons h\u00e9sitantes et maladroites dans notre capacit\u00e9 \u00e0 ajuster nos rythmes et nos voix. Nos regards de l\u2019une vers l\u2019autre sont d\u00e9synchronis\u00e9s, nous aussi manquons de mots. Le temps s\u2019\u00e9tire, nous para\u00eet long, marqu\u00e9 de l\u00e2chages dans les mailles relationnelles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Joli b\u00e9b\u00e9 \u00bb : oser sa langue maternelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous questionnons le choix de la langue de la prochaine berceuse en feuilletant notre r\u00e9pertoire de chants, la m\u00e8re de Kadi nous dit en chanter une \u00e0 sa fille\u2026 et entonne volontiers un \u00ab joli b\u00e9b\u00e9 \u00bb accompagn\u00e9 de mots en dialecte, balanc\u00e9s et toniques. Premi\u00e8re surprise&nbsp;: une m\u00e8re n&rsquo;ose que rarement d\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance apporter sa propre berceuse, qui rel\u00e8ve tant de l\u2019intime avec son enfant. Ce chant d\u00e9voile ici une belle force vitale. Son b\u00e9b\u00e9, assise sans bouger sur le tapis, \u00e9coute, tourn\u00e9e vers sa m\u00e8re qui se penche vers elle et lui sourit, son masque glissant sous le nez.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes saisies par la beaut\u00e9 de ce partage. Brigitte reprend espoir d\u2019accordages possibles et retrouve sa confiance th\u00e9rapeutique : dans ce groupe, quelque chose pourrait utilement se passer entre m\u00e8re et b\u00e9b\u00e9<strong><sup>1<\/sup><\/strong>. Viviane revit, transport\u00e9e dans le pays ensoleill\u00e9 de cette m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous demandons \u00e0 la m\u00e8re de Harry si elle aussi a une chanson pour son fils, elle r\u00e9pond lui chanter une ritournelle traditionnelle du Laos.Deuxi\u00e8me surprise&nbsp;: cette m\u00e8re si fig\u00e9e, cale son petit sur la chauffeuse tel&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Sa majest\u00e9 le b\u00e9b\u00e9 \u00bb, s\u2019assied \u00e0 ses pieds, et, derri\u00e8re son masque, lui chante d\u2019une voix l\u00e9g\u00e8re et nostalgique les mots d\u00e9licats de sa langue\u2026 Nous sommes \u00e9tonn\u00e9es que cette m\u00e8re s\u00e9v\u00e8rement d\u00e9prim\u00e9e ait pu elle aussi s\u2019autoriser \u00e0 offrir son chant \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 et au groupe ! Nous savourons\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e8res suivies dans notre unit\u00e9 arrivent souvent silencieuses, en grande difficult\u00e9 pour s\u2019adresser \u00e0 leur b\u00e9b\u00e9. Plusieurs s\u00e9ances groupales sont n\u00e9cessaires avant qu\u2019elles ne retrouvent leur voix. Ici, au-del\u00e0 des diff\u00e9rences de culture et de personnalit\u00e9, la communion d\u2019intention est pr\u00e9sente, le groupe fait son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Explorant le r\u00e9pertoire avec nous, la maman de Kadi choisit \u00ab Moi j\u2019aime ma maman \u00bb. Toutes debout, Viviane chante avec c\u0153ur et se balance avec d\u2019amples mouvements, Brigitte s\u2019accorde \u00e0 son tempo, Kadi est fascin\u00e9e, sa m\u00e8re rit. Harry est raide et silencieux dans les bras de sa m\u00e8re qui le berce deux fois plus vite que nous. Cette chanson rythm\u00e9e et dansante comme une bourr\u00e9e du Berry, notre r\u00e9gion d\u2019origine, nous rappelle des joies enfantines. Nous aimons son effet de revalorisation narcissique, \u00ab&nbsp;en attendant que vos enfants vous le disent un jour \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 d\u00e9faut de propositions des m\u00e8res, Brigitte poursuit le tour du monde en proposant \u00ab Twinkle star \u00bb, l\u2019anglais faisant souvent langue-pont entre les continents. Mais ayant quitt\u00e9 les terres originaires, nous voil\u00e0 seules \u00e0 chanter, les regards des m\u00e8res s\u2019\u00e9loignent, leurs visages s\u2019\u00e9teignent, les b\u00e9b\u00e9s aussi, nous avons le sentiment de les perdre. Kadi, seule assise au tapis, patiente. Harry tenu debout contre la hanche de sa m\u00e8re, peu pr\u00e9sent depuis le d\u00e9but, semble fatiguer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un moment sacr\u00e9 : les baisers d\u00e9vorants du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous proposons alors un changement d\u2019ambiance avec la berceuse \u00ab Dodo, l\u2019enfant Do \u00bb, sur un tempo lent. Pour vitaliser le groupe, Viviane chante de bon c\u0153ur, surprenant Brigitte de sa voix si tonique pour une berceuse. La m\u00e8re de Harry assise raide, a cal\u00e9 son fils dos contre son ventre, avachi, tous deux immobiles, aucun son ne semble sortir du masque port\u00e9 haut. Kadi est install\u00e9e \u00e0 califourchon sur les genoux de sa m\u00e8re, en pleine torpeur. Celle-ci s\u2019affaisse et s\u2019enroule autour de sa fille, l\u2019enveloppant de son corps tout en la ber\u00e7ant lentement et amplement au rythme du chant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil de la r\u00e9p\u00e9tition du chant, nous voyons Kadi embrasser \u00ab&nbsp;amoureusement&nbsp;\u00bb le visage de sa m\u00e8re. Elle la d\u00e9vore de baisers, sur le nez, les joues, les commissures des l\u00e8vres, le menton masqu\u00e9, avec une d\u00e9licatesse et un \u00e9lan qui \u00ab cueillent \u00bb sa m\u00e8re au c\u0153ur\u2026 laquelle se met \u00e0 sourire et couvre \u00e0 son tour sa fille de baisers, elles se c\u00e2linent. Kadi jubile, sa m\u00e8re est radieuse, nous sommes subjugu\u00e9es. Moment sacr\u00e9 : Kadi a trouv\u00e9 sa m\u00e8re. Nous faisons durer le chant, en douceur\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet instant, Brigitte sent la m\u00e8re de Harry pleurer sans bruit sous son masque, bras en croix sur le buste de son fils. Viviane chante, toute \u00e0 la beaut\u00e9 de la rencontre entre Kadi et sa m\u00e8re, Brigitte chante plus doucement, cherchant comment faire place aussi \u00e0 ce qui a lieu pour Harry et sa m\u00e8re. Celle-ci semble vouloir cacher ses pleurs, dont la tonalit\u00e9 nous \u00e9chappe. La chanson finie, son b\u00e9b\u00e9 se met \u00e0 geindre. Madame le tourne contre elle et tente de l\u2019apaiser, premier rapproch\u00e9 qui ne l\u2019apaise gu\u00e8re. Elle reste silencieuse \u00e0 notre invitation \u00e0 \u00e9voquer son ressenti. Brigitte \u00e9nonce qu\u2019ici nous pouvons accueillir toutes les couleurs des \u00e9motions, quelles qu\u2019elles soient\u2026 La m\u00e8re de Kadi est \u00e9mue, embarrass\u00e9e de cet \u00e9moi ind\u00e9chiffrable contrastant avec la tendresse qu\u2019elle vient de vivre avec son b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous entonnons \u00ab Ani Couni \u00bb, notre rituel de fin de groupe, aujourd\u2019hui grave et lent, \u00e9cho de ces \u00e9mois, entre douceur et nostalgie, douleur et silence. Au d\u00e9part du groupe, la m\u00e8re de Harry nous remercie, comme soulag\u00e9e, et confirme qu\u2019elle reviendra la semaine prochaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les battements de notre ch\u0153ur : rebonds !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au groupe suivant, d\u00e8s la salle d\u2019attente, Harry sourit. Il arrive \u00e9veill\u00e9, le teint rose, le regard vif et actif adress\u00e9 \u00e0 chacune, d\u00e8s que nous parlons ou chantons. Le contraste est saisissant. Allong\u00e9 sur le dos sur le tapis, il se tourne vers Kadi assise un peu plus loin et la regarde intens\u00e9ment, ils se d\u00e9couvrent. Quand elle l\u2019appelle, il r\u00e9pond de quelques sons et mouvements des jambes.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions discut\u00e9 en r\u00e9union d\u2019\u00e9quipe de notre effroi de sentir Harry \u00ab gel\u00e9 \u00bb, absent, sans mouvement ni bruit,&nbsp;un retrait s\u00e9v\u00e8re \u00e9voquant un risque de d\u00e9veloppement autistique. Nous le d\u00e9couvrons tout autre, v\u00e9ritable interlocuteur. Il y a quelqu\u2019un&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e8re commence \u00e0 animer son propre corps, sortant et manipulant les hochets qu\u2019elle a apport\u00e9s. Elle regarde son fils au tapis, r\u00e9pond \u00e0 ses sourires par des mouvements de t\u00eate\u2009; visage masqu\u00e9 et sans mot, elle se montre active. Lors des comptines \u00e0 gestes, elle attrape les mains de son b\u00e9b\u00e9, lui font faire les mouvements, m\u00eame si elle ne regarde pas ce qu\u2019il manifeste. Animant le corps de son fils comme une marionnettiste, au moins elle le sollicite, dans une \u00e9bauche de l\u2019indispensable \u00ab&nbsp;pulsion invocante&nbsp;\u00bb (Bentata, Ferorn, Laznik, 2015) d\u2019une m\u00e8re envers son b\u00e9b\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois, elle \u00ab se pr\u00eate au jeu \u00bb, elle a acquis l\u2019id\u00e9e d\u2019un jeu n\u00e9cessaire. Harry, surpris, suit sa m\u00e8re des yeux et esquisse des sourires.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 des mouvements m\u00e9caniquement anim\u00e9s, ce qui est en train d\u2019avoir lieu nous fait sourire\u2026 Dans le m\u00eame temps, la maman de Kadi s\u2019amuse des comptines et fait les gestes avec son propre corps face \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 au tapis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des rythmes appuy\u00e9s : la vie insiste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos chants du jour, nous nous accompagnons inconsciemment de percussions corporelles. Et les mamans nous suivent ! La m\u00e8re de Kadi marque les temps forts en tapant dans ses mains, tels les rebonds cardiaques. La m\u00e8re de Harry fait des mouvements d\u00e9licats de ses mains, petits et l\u00e9gers, non binaires. Brigitte croit reconna\u00eetre des triolets ou une variation rythmique subtile. Viviane est d\u00e9concert\u00e9e. Nous n\u2019arrivons pas \u00e0 percevoir si nous sommes vraiment ensemble. Chacune chante et bat son rythme selon ses propres ressentis, relance du bercement rythmique originaire, un peu \u00ab boiteux&nbsp;\u00bb (G\u00e9rault,&nbsp;2021), mais bien vivant. La composition tient \u00e0 peu pr\u00e8s la route malgr\u00e9 sa forme plurielle, la dynamique groupale est porteuse par le plaisir \u00e0 \u00eatre ensemble.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous vivons une exp\u00e9rience nouvelle, \u00e9trange, \u00e0 la fois \u00e9prouvante et stimulante, avec ces m\u00e8res qui communiquent peu, mais jouent avec nous des rythmes pour leurs b\u00e9b\u00e9s. Peut-\u00eatre pour lutter contre leur \u00e9crasement d\u00e9pressif et le n\u00f4tre en temps de COVID, nous nous surprenons \u00e0 marquer ces percussions corporelles. Comme l\u2019\u00e9crit Odile G\u00e9rault (2021) \u00e0 propos du \u00ab balancement primitif \u00bb, nous voil\u00e0 remont\u00e9es \u00e0 la source universelle de la vie et du langage. Cela relance nos vitalit\u00e9s, pulsation de la vie, des c\u0153urs, de notre ch\u0153ur, en de\u00e7\u00e0 des mots qui font d\u00e9faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, lors de leur entretien individuel bimensuel, Brigitte entendra la m\u00e8re de Harry s\u2019adresser \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 dans sa langue d\u00e8s la salle d\u2019attente. Au lieu de mots rares et atones en fran\u00e7ais, c\u2019est une voix chantante, un vrai mamanais<strong><sup>2<\/sup><\/strong>, qu\u2019elle offre ici et maintenant \u00e0 son b\u00e9b\u00e9. Elle cherche la relation proche avec son b\u00e9b\u00e9, les yeux dans les yeux, l\u2019appelle, ne le laisse plus se perdre au loin. M\u00e8re et b\u00e9b\u00e9 se sont visiblement trouv\u00e9s dans l\u2019intimit\u00e9 de leur maison, en apr\u00e8s-coup de ces deux groupes. La relation va s\u2019ancrer au groupe Massages suivant&nbsp;: cette m\u00e8re fera un beau massage \u00e0 son fils, avec une enveloppe sonore en laotien. Cela fera dire au psychomotricien : \u00ab \u00e7a y est, il a trouv\u00e9 sa m\u00e8re pour la vie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion : La surprise, chatouille de l\u2019\u00e2me (Marcelli,&nbsp;2016)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les mots manquaient, dans les lourdes blessures de l\u2019exil, les v\u00e9cus de vide et d\u2019isolement des mesures anti-COVID, la d\u00e9fiance de l\u2019autre induite par la contamination virale, et aussi l\u2019absence du p\u00e8re du b\u00e9b\u00e9 rest\u00e9 injoignable au pays pour l\u2019une, la disqualification \u00e9crasante par son compagnon pour l\u2019autre. Ces m\u00e8res avaient perdu leurs voix.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quel surgissement de l\u2019impr\u00e9vu (Andr\u00e9,&nbsp;2013) quand les chants et nos paroles, nos mouvements et nos percussions corporelles raniment m\u00e8res et b\u00e9b\u00e9s !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nos berceuses en ch\u0153ur ont remis de l\u2019histoire\/du temps, et une g\u00e9ographie\/des lieux, tant pour ces familles que pour nous th\u00e9rapeutes. Kadi et sa m\u00e8re ont pu se rencontrer tendrement, pr\u00e9cieuse trouvaille dans leur parcours migratoire incertain. Pour Harry, le drame douloureux de ce qui n\u2019advenait pas entre une m\u00e8re qui s\u2019adressait peu \u00e0 son b\u00e9b\u00e9, et lui, qui ne l\u2019appelait pas, a pu faire place \u00e0 des tentatives de communication parfois inadapt\u00e9es, mais visant la rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet \u00ab avant les mots \u00bb de la voix chant\u00e9e et des \u00e9mois partag\u00e9s, des percussions corporelles, des balancements rythmiques, ce groupe si \u00e9trange et singulier, malgr\u00e9 nos ann\u00e9es de pratique, a r\u00e9veill\u00e9 nos ressources internes. Par notre confiance ancienne, nous avons pu accueillir les impr\u00e9vus, les pr\u00e9carit\u00e9s, et nos embarras, de ce fait improviser, comme en musique, une composition groupale bancale et efficiente, enveloppe propice aux n\u00e9cessaires rencontres. Nous aurons tenu notre r\u00f4le th\u00e9rapeutique pour ces familles : \u00eatre t\u00e9moins, jusqu\u2019ici dans cet article, que \u00ab quelque chose d\u2019essentiel est en train de se passer \u00bb\u2026<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27113?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; C\u2019est l\u2019histoire de rencontres survenant entre deux m\u00e8res et leurs b\u00e9b\u00e9s au cours d\u2019un groupe th\u00e9rapeutique\u2009; elles, troubl\u00e9es de leurs turbulences personnelles et familiales, et nous de nos remous institutionnels. Nous conterons ici les surprises structurantes advenues au c\u0153ur&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[2536],"thematique":[298,2505],"auteur":[2628,2629],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[2622],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-27113","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-paroles-de-clinicien","thematique-bebe","thematique-dispositif","auteur-brigitte-borsoni","auteur-viviane-tallou","mode-payant","revue-2622","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27113","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27113"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27113\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":27444,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27113\/revisions\/27444"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27113"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=27113"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=27113"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=27113"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=27113"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=27113"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=27113"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=27113"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=27113"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}