{"id":26137,"date":"2022-11-02T10:15:22","date_gmt":"2022-11-02T09:15:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=26137"},"modified":"2022-11-02T10:15:26","modified_gmt":"2022-11-02T09:15:26","slug":"pourriez-vous-voir-ma-fille-qui-a-14-ans","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/pourriez-vous-voir-ma-fille-qui-a-14-ans\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Pourriez-vous voir ma fille qui a 14 ans ?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Pourriez-vous voir ma fille qui a 14 ans ? \u00bb. Le premier contact avec ma future patiente se fait avec sa m\u00e8re. Pour le dire vite, voil\u00e0 pour moi la grande diff\u00e9rence entre le travail en institution et celui en lib\u00e9ral lorsque l\u2019on re\u00e7oit des adolescents : la pr\u00e9sence des parents, qu\u2019on les rencontre ou pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La demande : des parents au patient<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La demande manifeste n\u2019est pas toujours celle du patient, parfois c\u2019est le parent qui la porte, parfois c\u2019est la demande d\u2019un tiers (instituteur, etc.). Lorsque la sollicitation \u00e9mane d\u2019un adulte, elle lui donne une place sp\u00e9cifique dans la prise en charge. Les parents se montrent souvent tr\u00e8s inquiets pour leur adolescent et les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 cet \u00e2ge r\u00e9veillent parfois des souvenirs de leur propre jeunesse, o\u00f9 ils ont eu des conduites de mise en danger, ce qui suscite \u00e0 la fois l\u2019angoisse et le besoin de r\u00e9paration. Se pose alors la question de qui est convoqu\u00e9 fantasmatiquement dans la demande parentale : l\u2019adolescent actuel ou celui que le parent a \u00e9t\u00e9 ? Ils peuvent parfois intervenir et \u00eatre tr\u00e8s intrusifs, voulant donner des informations, mais aussi avoir des recommandations sur l\u2019attitude \u00e0 tenir, sans prendre en compte le risque de mettre leur enfant encore plus \u00e0 distance en agissant ainsi. Il s\u2019agit pour nous de nous d\u00e9faire de la tentation de la r\u00e9assurance ou de la d\u00e9culpabilisation. Les demandes de conseils sont fr\u00e9quentes, nous mettant en situation d\u2019\u00e9ducateurs, ce qui nous sort du r\u00f4le de th\u00e9rapeutes et met en p\u00e9ril, parfois en \u00e9chec, l\u2019alliance th\u00e9rapeutique avec le patient qui est, rappelons-le, l\u2019adolescent. Souvent \u00e0 la recherche d\u2019une solution miracle et rapide aux probl\u00e8mes de leur enfant et surtout parfois \u00e0 leur propre angoisse, ils nous demandent de prendre leur place. Il faut pouvoir l\u2019entendre : leur proposer une prise en charge avec un coll\u00e8gue afin de laisser l\u2019espace et le champ libre au travail fait avec le patient. Si je rencontre les parents avec l\u2019adolescent dans une premi\u00e8re s\u00e9ance (surtout les jeunes adolescents), je pr\u00e9cise devant eux que le contenu des s\u00e9ances ne sort pas de la s\u00e9ance et que je n\u2019en ferai pas \u00e9tat aux parents, libre \u00e0 l\u2019adolescent de le faire. C\u2019est un mineur et je le souligne. Les parents sont donc aussi mes interlocuteurs, m\u00eame s\u2019ils ne sont pas mes patients \u2014 distinction que je trouve importante \u00e0 communiquer. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019adolescent la demande na\u00eetra de et dans la rencontre avec l\u2019analyste, le patient faisant l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9coute de ses souffrances, non banalis\u00e9es. Tout le contraire d\u2019un discours du type \u00ab ce n\u2019est rien, \u00e7a va passer \u00bb, \u00ab ce n\u2019est pas grave&nbsp;\u00bb. La question de la demande soul\u00e8ve celle de la d\u00e9pendance de l\u2019adolescent au parent, de l\u2019interd\u00e9pendance des deux et de la situation \u00e0 trois, toujours en jeu en th\u00e9rapie d\u2019adolescent. Lorsque celui-ci ne veut pas venir, \u00e0 qui appartient la r\u00e9sistance ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un entretien avec la m\u00e8re et la fille, la maman dit \u00ab elle ne veut plus venir. D\u2019ailleurs depuis qu\u2019elle vient vous voir, avant de se coucher elle vient s\u2019assoir sur mon lit elle me dit que je suis sa th\u00e9rapeute, car elle me raconte tout. \u00bb. Cela \u00e9veille la rivalit\u00e9 entre la m\u00e8re et moi\u2026 C\u2019est le seul moment o\u00f9 la fille voit sa m\u00e8re, mani\u00e8re d\u2019attirer son attention, de la valoriser, de la rassurer quant \u00e0 ce que nous \u00ab faisons \u00bb ensemble. Est-ce que je suis une meilleure m\u00e8re ? Pourquoi est-ce qu\u2019on me raconte des choses alors que sa fille se montre souvent silencieuse et en retrait \u00e0 la maison ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si la demande n\u2019\u00e9mane pas de l\u2019adolescent, il faudra la travailler avec lui. Pourquoi vient-il ? Qu\u2019attend-il ? M\u00eame si les r\u00e9ponses seront du c\u00f4t\u00e9 du manifeste, cela permet au patient de pouvoir faire sienne la d\u00e9marche, seule condition pour que le travail ait un sens. Dans le film Good Will Hunting<sup>1 <\/sup>(le h\u00e9ros s\u2019appelle Will Hunting, mais c\u2019est un jeu de mots sur \u00ab good will \u00bb qui signifie \u00ab bonne volont\u00e9 \u00bb) : le gar\u00e7on d\u2019environ 18 ans est sous obligation de soin apr\u00e8s avoir vandalis\u00e9 une classe. Le rapport qu\u2019il \u00e9tablit avec son th\u00e9rapeute repose sur la provocation, mais aussi sur une identification qui lui permet de se d\u00e9partir d\u2019un certain nombre de d\u00e9fenses et d\u2019interroger ce qui l\u2019emp\u00eache de r\u00e9ussir, ici la peur de quitter son entourage (ici ses amis, car la famille est d\u00e9faillante). Avec les s\u00e9ances, il pourra le comprendre, le d\u00e9passer et partir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour quel motif les adolescents consultent-ils ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ma pratique est d\u2019orientation analytique et je re\u00e7ois un adolescent quand celui-ci se trouve entrav\u00e9, plus ou moins gravement, dans son d\u00e9veloppement de telle sorte qu\u2019il ne peut exploiter les ressources qui sont les siennes, lui permettant d\u2019avoir suffisamment de libert\u00e9 pour jouer, penser, travailler et grandir. Il ne s\u2019agit pas juste de d\u00e9chiffrer les probl\u00e8mes du patient, son monde interne et de lui rendre intelligible, mais de se laisser \u00ab utiliser \u00bb par lui : il peut tranf\u00e9rentiellement nous mettre \u00e0 diff\u00e9rentes places et, dans le cadre neutre de la s\u00e9ance, projeter ses motions pulsionnelles agressives et libidinales sur nous. \u00c0 partir de l\u00e0 nous pouvons lui restituer quelque chose de ce qui se passe pour lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les motifs de consultation sont divers, mais souvent sp\u00e9cifiques de l\u2019adolescence&nbsp;: troubles de l\u2019alimentation, d\u00e9pression, consommation de drogues, retrait social, troubles du comportement, troubles de l\u2019attention, mais aussi \u00e9pisodes psychotiques, parfois transitoires, parfois non. Depuis quelques ann\u00e9es, les probl\u00e9matiques de trans-identit\u00e9s sont aussi tr\u00e8s fr\u00e9quentes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La nature de la pathologie n\u2019est pas forc\u00e9ment la m\u00eame en lib\u00e9ral o\u00f9 l\u2019on travaille avec des patients susceptibles d\u2019associer, ce qui n\u2019est pas toujours le cas \u00e0 l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 les sympt\u00f4mes sont plus lourds, entravant souvent dans un premier temps leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9changer. La question se posera parfois de savoir \u00e0 quel moment le travail en lib\u00e9ral ne suffit plus et qu\u2019il est temps de faire appel \u00e0 une hospitalisation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre seul face au patient, voil\u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 du lib\u00e9ral. Il n\u2019y a pas de tiers, et le plus souvent pas d\u2019autres intervenants professionnels, ou s\u2019il y en a, on ne les connait pas forc\u00e9ment. Si cette situation peut \u00eatre plus \u00ab fragile \u00bb, elle a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre claire : le cadre est un contrat entre l\u2019adolescent et le th\u00e9rapeute (et les parents).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019absence de l\u2019institution est aussi une donn\u00e9e importante : en cas de danger, qui pr\u00e9venir ? Quelle est la limite que l\u2019on se fixe avant de contacter les parents&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui marque la dangerosit\u00e9 ? Peut-on travailler lorsque l\u2019on a peur pour son patient ? La neutralit\u00e9 et la confidentialit\u00e9 sont essentielles au d\u00e9ploiement de la relation th\u00e9rapeutique, mais il faut aussi pouvoir \u00eatre claire sur les limites que l\u2019on ne d\u00e9passera pas. Trouver les r\u00e8gles de cette limite fait partie de l\u2019instauration du cadre, particuli\u00e8rement important avec les adolescents qui peuvent remettre en question, voire attaquer ces limites. L\u2019exemple du cannabis, et des drogues en g\u00e9n\u00e9ral, est particuli\u00e8rement flagrant. Les adolescents ne parleront de leur consommation que s\u2019ils se sentent en confiance. Ne pas aborder cette question serait laisser de c\u00f4t\u00e9 un pan entier de l\u2019organisation de leur vie psychique. Mais il faut se montrer vigilant \u00e0 ne pas donner la sensation d\u2019\u00eatre complice de leur prise de risque et de leur mise en danger. Nous ne sommes pas les parents de nos patients ni leurs \u00e9ducateurs. Toutefois, \u00eatre l\u2019adulte \u00e0 qui l\u2019on peut dire ce que l\u2019on ne dit pas aux autres comporte le danger de la s\u00e9duction dont il faut avoir conscience afin d\u2019en \u00e9viter l\u2019\u00e9cueil. Il peut \u00eatre int\u00e9ressant d\u2019\u00e9tablir un contrat au d\u00e9part avec l\u2019adolescent afin qu\u2019il sache qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019une certaine mise en danger je pr\u00e9viendrais ses parents, tout en l\u2019en informant.<\/p>\n\n\n\n<p>La bonne distance est toujours un exercice complexe avec les patients, mais particuli\u00e8rement avec les adolescents. Cela explique pourquoi il y a un cadre, car la prise en charge n\u2019est supportable que de fa\u00e7on limit\u00e9e et ponctuelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les parents : questions techniques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>James Gammill, psychanalyste d\u2019enfant qui a travaill\u00e9 avec M\u00e9lanie Klein, estime \u00ab qu\u2019il n\u2019est pas souhaitable que les parents aient une compr\u00e9hension trop pouss\u00e9e de la vie psychique de leur enfant que celui-ci pourrait vivre de mani\u00e8re intrusive \u00bb. Les parents et les th\u00e9rapeutes ne sont pas dans les m\u00eames r\u00f4les.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un certain nombre de questions techniques qui se posent d\u2019embl\u00e9e : \u00e0 quelle fr\u00e9quence les re\u00e7oit-on ? \u00c0 partir de quel \u00e2ge arr\u00eate-t-on de les recevoir ? Ces points tr\u00e8s concrets peuvent avoir des impacts importants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les parents avec lesquels nous travaillons modifient le rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Avec les adultes, nous ne rencontrons pas les personnes dont il est question, mais nous les rencontrons dans le mat\u00e9riel apport\u00e9 par le patient. En s\u00e9ance, nous travaillons avec le parent fantasm\u00e9 par le patient : on peut \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 du contraste qu\u2019il y a entre le parent \u00ab racont\u00e9 \u00bb par l\u2019adolescent et le parent qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous. Notre capacit\u00e9 \u00e0 entendre la r\u00e9alit\u00e9 psychique du patient peut \u00eatre entrav\u00e9e par une rencontre r\u00e9elle avec la personne dont il est question. Lorsque dans la s\u00e9ance apparaissent des fantasmes autour d\u2019une imago maternelle d\u00e9vorante par exemple et qu\u2019une charmante femme se pr\u00e9sente, la r\u00e9alit\u00e9 risque de nous emp\u00eacher de suivre ce fantasme apport\u00e9 par l\u2019adolescent et de le travailler avec lui. Connaitre les parents dans la r\u00e9alit\u00e9, est-ce que cela fait une diff\u00e9rence pour une \u00e9coute neutre ? Leur intervention peut s\u2019av\u00e9rer compliqu\u00e9e : les parents d\u2019Olivia, 13 ans l\u2019accompagnent. C\u2019est elle qui a demand\u00e9 de voir une psychologue, \u00ab comme sa s\u0153ur \u00bb qui a 16 ans. Le p\u00e8re m\u2019explique que celle-ci est d\u00e9prim\u00e9e depuis un an et que c\u2019est difficile \u00e0 vivre pour toute la famille, mais qu\u2019Olivia semble particuli\u00e8rement affect\u00e9e. Lorsque je re\u00e7ois Olivia toute seule, elle s\u2019effondre. Elle est la confidente de sa grande s\u0153ur qui lui raconte ses angoisses et les automutilations qu\u2019elle s\u2019inflige, ainsi que les vomissements auxquels elle a recourt pour l\u2019aider \u00e0 supporter ce qu\u2019elle ressent, sans que les parents soient au courant. Pour cette jeune fille, le poids est lourd. Une fois le travail engag\u00e9, la m\u00e8re m\u2019appelle tr\u00e8s angoiss\u00e9e : Olivia serait anorexique et s\u2019automutilerait\u2026 Olivia a en quelque sorte pris le relais de sa s\u0153ur, d\u00e9veloppant selon les dires de sa m\u00e8re la m\u00eame symptomatologie alors que celle-ci n\u2019est pas au courant des conduites de sa fille ain\u00e9e. Que faire de cette information ? Comment faire part de cet appel \u00e0 la patiente ? Que se joue-t-il entre Olivia, sa m\u00e8re et sa s\u0153ur dans un jeu d\u2019identification circulaire ? Et que dit cette circulation des sympt\u00f4mes entre les trois ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>De l\u2019importance du cadre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Winnicott<sup>3<\/sup> distingue le cadre qui se r\u00e9f\u00e8re comme pour un tableau (the frame) \u00e0 ce qui encadre, qui permet de d\u00e9finir un dedans et un dehors spatialement, le lieu de la s\u00e9ance, mais c\u2019est aussi une notion temporelle qui d\u00e9termine un avant, un pendant et un apr\u00e8s. Cette enveloppe permet \u00e0 la th\u00e9rapie de se d\u00e9velopper.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jos\u00e9 Bleger a une notion plusconceptuelle, plus abstraite du cadre &nbsp;: c\u2019est le non-processus qui permet le processus, dit-il, celui-ci concernant tout ce qui se passe entre le patient et l\u2019analyste. Le cadre concret (horaire, lieu, etc.) n\u2019est pas processuel selon lui, mais on peut questionner cette vision&nbsp;: le cadre fait d\u00e9j\u00e0 partie du processus et n\u2019est pas seulement la condition du travail. Winnicott distingue le \u00ab&nbsp;setting \u00bb (am\u00e9nagement) qu\u2019il d\u00e9finit comme la somme de tous les d\u00e9tails du \u00ab management \u00bb. Le setting est une application du holding (maintien), terme qui d\u00e9signe l\u2019ensemble des soins de la m\u00e8re donn\u00e9s \u00e0 l\u2019enfant pour r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins. Sans \u00eatre dans un maternage qui comporte des risques de d\u00e9pendance, pouvoir \u00ab tenir \u00bb l\u2019adolescent s\u2019av\u00e8re parfois une n\u00e9cessit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le cadre c\u2019est aussi un contrat qui permet au patient de savoir ce qu\u2019il peut attendre du th\u00e9rapeute, en minimisant l\u2019incertitude et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9. Tout changement peut perturber la confiance de l\u2019adolescent dans la situation th\u00e9rapeutique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si la s\u00e9ance est un lieu o\u00f9 les exigences du monde ext\u00e9rieur n\u2019ont plus lieu d\u2019\u00eatre, tout peut s\u2019y dire. Les imp\u00e9ratifs de l\u2019\u00e9cole, des parents, de la soci\u00e9t\u00e9 sont suspendus. Mais ce n\u2019est pas pour autant qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e8gles : on vient \u00e0 une heure fixe, on peut tout dire, mais pas tout faire. Bien au contraire, c\u2019est parce qu\u2019il y a des r\u00e8gles que l\u2019on peut tout dire. Le cadre est donc ce qui nous permet de travailler, de d\u00e9limiter cet int\u00e9rieur de l\u2019ext\u00e9rieur. Et dans ce cadre on peut avoir acc\u00e8s, construire, ouvrir les voies de sa sc\u00e8ne psychique int\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l\u2019exemple des patients qui ont des choses tr\u00e8s int\u00e9ressantes \u00e0 raconter au dernier moment, juste avant que la s\u00e9ance ne se termine : sait-on jamais, la s\u00e9ance pourrait \u00eatre prolong\u00e9e pour lui, rien que pour lui. Cela peut \u00eatre un moment qui ouvrira sur l\u2019expression de ses conflits : vouloir \u00eatre la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, ne pas partager sa chambre avec sa s\u0153ur, avoir plus de temps seul avec son p\u00e8re, sa m\u00e8re\u2026 Si l\u2019on r\u00e9pond \u00e0 cette demande en rallongeant la s\u00e9ance, on modifie le cadre&nbsp;: le risque est celui de la s\u00e9duction, le cadre \u00e9tant aussi un cadre pour l\u2019analyste en le prot\u00e9geant de mouvements trop r\u00e9parateur ou agressif.<\/p>\n\n\n\n<p>Jos\u00e9 Bleger rajoute que le cadre analytique est le lieu o\u00f9 la folie est contenue : le patient et le th\u00e9rapeute peuvent avoir un lieu o\u00f9 penser et sentir, m\u00eame si c\u2019est douloureux, cela devient tenable.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott&nbsp; parlait de la violence de la fin de la s\u00e9ance : on arr\u00eate de donner, mais c\u2019est la condition du travail qui serait insupportable sinon. Le cadre c\u2019est aussi la limite entre soi et l\u2019autre, entre le patient et l\u2019analyste, et c\u2019est important que l\u2019adolescent sache qu\u2019il y a une limite \u00e0 ce qui peut \u00eatre donn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une question \u00e9pineuse est celle de l\u2019absence. Comment la r\u00e9guler ? Faire payer une s\u00e9ance manqu\u00e9e n\u2019a pas la m\u00eame valeur pour un adolescent dont ce n\u2019est pas l\u2019argent. Fran\u00e7oise Dolto proposait que les patients payent une partie de leur s\u00e9ance quel que soit leur \u00e2ge, mais ce n\u2019est pas \u00e9vident \u00e0 pratiquer. Et certaines absences sont inqui\u00e9tantes, ou du moins peuvent \u00e9veiller notre inqui\u00e9tude. Pr\u00e9vient-on alors les parents si l\u2019adolescent ne vient pas ? Ceci peut \u00eatre v\u00e9cu comme une trahison, le th\u00e9rapeute se retrouvant assimil\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole qui notifie quand un cours est \u00ab s\u00e9ch\u00e9 \u00bb. C\u2019est aussi sortir du cadre et faire intervenir les parents alors qu\u2019on cherche \u00e0 cr\u00e9er un espace pour l\u2019adolescent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La question du paiement est aussi int\u00e9ressante. Ce sont les parents qui payent, mais qui l\u2019apporte concr\u00e8tement&nbsp;? Est-ce que le parent fait suffisamment confiance \u00e0 son enfant pour lui confier l\u2019argent ? Si ce sont des esp\u00e8ces va-t-il le perdre ou le d\u00e9penser ? Que pense-t-il de cette somme allou\u00e9e par ses parents alors que le plus souvent il vient parler d\u2019eux et pas forc\u00e9ment dans des termes sympathiques ? Depuis le confinement, les r\u00e8glements se font de plus en plus par virement, ce qui facilite les choses, mais aussi \u00e9vacue une question qui peut se r\u00e9v\u00e9ler int\u00e9ressante. Pour les adolescents, l\u2019utilisation du t\u00e9l\u00e9phone portable est aussi un enjeu de taille : d\u2019un point de vue pratique leur communique-t-on notre num\u00e9ro personnel ? Comment cela est-il v\u00e9cu dans le transfert ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le processus<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il ne joue plus, ne dessine plus, mais il n\u2019est pas encore allong\u00e9. Ceci n\u2019est pas un d\u00e9tail, car son corps fait partie du travail th\u00e9rapeutique et, en fonction de son \u00e2ge, on sait que celui-ci s\u2019exprimera plus ou moins. Le corps de l\u2019adolescent est un \u00e9l\u00e9ment important au moment des changements pubertaires. L\u2019apparence est souvent surinvesti, marquant des signes de ralliement identificatoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace de la rencontre se cr\u00e9e entre un patient et son th\u00e9rapeute, il faut du temps, et ne pas vouloir interpr\u00e9ter trop vite, ou encore moins vouloir transmettre ce que l\u2019on a compris.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9gression est une question qui se traite de mani\u00e8re particuli\u00e8re pour l\u2019adolescent qui se trouve sur un axe d\u00e9veloppemental. Le besoin de r\u00e9gresser peut-\u00eatre v\u00e9cu comme mena\u00e7ant ou r\u00e9confortant au regard de l\u2019envie et du besoin d\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>Iris m\u2019avoue un transfert positif massif. Quelque chose de plus pr\u00e9sent du c\u00f4t\u00e9 de la s\u00e9duction ? On est seule dans une pi\u00e8ce. Les parents divorcent : derri\u00e8re la tristesse, r\u00e9elle, surgit le triomphe d\u2019\u00eatre finalement seule avec son p\u00e8re\u2026 en \u00e9cho avec moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quelle place est-on pour le patient ? Qui est-on pour le patient ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la psychanalyse, c\u2019est \u00e0 une m\u00e9thode dont le proc\u00e9d\u00e9 fait appel \u00e0 la libre association des id\u00e9es. Cela permet de passer des associations telles qu\u2019elles \u00e9mergent \u00e0 la conscience, \u00e0 ce qui est refoul\u00e9. Avec les adolescents, c\u2019est souvent le quotidien qui nous sert de point d\u00e9part. Le sens inconscient cach\u00e9 \u00e9chappe et s\u2019exprime dans les associations libres, les lapsus, actes manqu\u00e9s, oublis\u2026, l\u2019analyste accueille tout ce qui est dit, sans accorder a priori plus d\u2019attention \u00e0 un mat\u00e9riel en particulier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9thode de traitement psychique vise un changement en vue d\u2019une am\u00e9lioration : il s\u2019agit d\u2019abolir les r\u00e9sistances qui entravent les investissements du sujet, pour \u00e9pargner la d\u00e9pense psychique consacr\u00e9e aux conflits internes. La lev\u00e9e des sympt\u00f4mes n\u2019est pas la seule vis\u00e9e : la th\u00e9rapie \u0153uvre \u00e0 la modification des modalit\u00e9s de traitement des conflits psychiques qui ont pr\u00e9sid\u00e9 aux expressions symptomatiques. Un sympt\u00f4me peut dispara\u00eetre rapidement apr\u00e8s un d\u00e9but de traitement sans que les conflits internes qui ont conduit aux sympt\u00f4mes soient r\u00e9solus, le sympt\u00f4me peut alors prendre d\u2019autres formes. Ainsi, la vis\u00e9e n\u2019est pas seulement la disparition des sympt\u00f4mes (qui \u00e9videmment sera aussi l\u2019effet du traitement), mais des modifications dans les voies de liaisons, de traitement des conflits et des angoisses. Ceci est important par rapport aux r\u00e9sistances de certains parents qui veulent mettre fin aux s\u00e9ances d\u00e8s que \u00e7a va mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019adolescence, c\u2019est le d\u00e9sinvestissement des premiers objets d\u2019amour qui constitue le travail psychique principal. Se s\u00e9parer des parents et trouver d\u2019autres int\u00e9r\u00eats, et construire la relation \u00ab adulte \u00bb avec ses parents est la marque d\u2019un travail accompli. Parfois, les adolescents partent sans dire au revoir, cette s\u00e9paration de la relation th\u00e9rapeutique \u00e9tant trop en \u00e9cho avec le travail de r\u00e9am\u00e9nagement interne qu\u2019ils op\u00e8rent. C\u2019est souvent \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une ann\u00e9e scolaire, marquant tr\u00e8s nettement la dimension de l\u2019\u00e2ge : ils ont chang\u00e9 de classe, sont pass\u00e9s \u00e0 autre chose. Se dire au revoir est toujours un moment d\u00e9licat\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>1.<\/strong> Film de Gus Van Sant, sorti en 1997.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. <\/strong>D.W.Winnicott, (1947), La haine dans le contre-transfert<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26137?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Pourriez-vous voir ma fille qui a 14 ans ? \u00bb. Le premier contact avec ma future patiente se fait avec sa m\u00e8re. 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