{"id":26132,"date":"2022-11-02T10:14:07","date_gmt":"2022-11-02T09:14:07","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=26132"},"modified":"2022-11-02T10:14:12","modified_gmt":"2022-11-02T09:14:12","slug":"la-pedopsychiatrie-de-ville-est-elle-possible","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-pedopsychiatrie-de-ville-est-elle-possible\/","title":{"rendered":"La p\u00e9dopsychiatrie de ville est-elle possible ?"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Illustration d&rsquo;un travail conjoint psychiatre-psychologue<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Nous remercions Carnet Psy de nous avoir pos\u00e9 la question suivante : \u00ab La p\u00e9dopsychiatrie de ville est-elle possible ? Difficult\u00e9s, singularit\u00e9s, paysage clinique et liens avec les coll\u00e8gues soignants \u00bb. Nous tenterons d\u2019y r\u00e9pondre \u00e0 deux voix pour illustrer nos modalit\u00e9s de collaboration. Le Dr Marie Touati-Pellegrin, p\u00e9dopsychiatre, re\u00e7oit des b\u00e9b\u00e9s, enfants, adolescents et leurs parents \u00e0 son cabinet. Elle a longtemps travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Necker-Enfants malades et consulte d\u00e9sormais \u00e0 la Maison de Solenn. Mme Ad\u00e8le Assous, psychologue clinicienne et ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Cit\u00e9 re\u00e7oit \u00e9galement des b\u00e9b\u00e9s, enfants, adultes \u00e0 son cabinet dans le cadre de consultations, th\u00e9rapies, bilans. Elles se sont rencontr\u00e9es dans le service de p\u00e9dopsychiatrie de l\u2019h\u00f4pital Necker-Enfants malades et collaborent depuis. Leurs approches compl\u00e9mentaires leur permettent des prises en charge complexes de patients et leurs familles en grande souffrance. Leur discussion s\u2019articule autour d\u2019une r\u00e9flexion g\u00e9n\u00e9rale illustr\u00e9e par des vignettes de leur clinique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dr Marie Touati-Pellegrin&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est plus un secret pour personne, la m\u00e9decine en France va tr\u00e8s mal. La p\u00e9dopsychiatrie, parent pauvre de la psychiatrie adulte, est, elle, dans un \u00e9tat critique. La moyenne d\u2019\u00e2ge des p\u00e9dopsychiatres en France est de 64 ans. En novembre 2021, Claire H\u00e9don, la D\u00e9fenseure des droits, d\u00e9nombrait \u00ab 25 d\u00e9partements fran\u00e7ais sans aucun p\u00e9dopsychiatre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Or la demande de soins est \u00e0 son comble depuis mars 2020. Le confinement a \u00e9t\u00e9 traumatique dans bon nombre de familles o\u00f9 les enfants \u00e9taient jeunes, en demande l\u00e9gitime d\u2019attention avec des parents en t\u00e9l\u00e9travail. La demande de prise en charge des enfants de soignants est \u00e9galement croissante depuis la crise du covid-19. Dans ces familles, les enfants ont \u00e9t\u00e9 de surcro\u00eet en prise avec l\u2019angoisse et la souffrance de leurs parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Les p\u00e9dopsychiatres de ville sont donc aujourd\u2019hui une denr\u00e9e rare. Comme \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, les d\u00e9lais d\u2019attente pour obtenir un premier rendez-vous sont de plusieurs mois, quelle qu\u2019en soit l\u2019urgence. Les d\u00e9lais pour obtenir un lit d\u2019hospitalisation pour nos jeunes patients en souffrance sont \u00e9normes et ne nous permettent plus de travailler, ni sereinement, ni m\u00eame correctement. Les prises en charge sont ajust\u00e9es non pas en fonction des besoins des enfants, mais des possibilit\u00e9s de soins autour de leur domicile.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, nous continuons \u00e0 recevoir chaque jour des enfants et leurs parents. En effet, une des singularit\u00e9s de la clinique p\u00e9dopsychiatrique est d\u2019avoir non pas un patient, mais trois. Nous recevons bien entendu l\u2019enfant seul, mais aussi avec ses parents ensemble ou alternativement selon les constellations familiales. Nos consultations sont n\u00e9cessairement longues et demandent beaucoup de concentration, surtout quand les enfants sont jeunes et agit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque p\u00e9dopsychiatre a sa fa\u00e7on de proc\u00e9der pour un premier rendez-vous. Certains re\u00e7oivent les parents sans l\u2019enfant, d\u2019autres re\u00e7oivent l\u2019enfant seul et ses parents avec lui ensuite. Pour ma part, je re\u00e7ois au premier rendez-vous ensemble, l\u2019enfant et le ou les parents qui l\u2019accompagnent. En effet, dans ma pratique de ville, je re\u00e7ois principalement de jeunes voire de tr\u00e8s jeunes enfants parfois sans langage du fait de leurs difficult\u00e9s. N\u00e9anmoins, je m\u2019adresse toujours en premier \u00e0 l\u2019enfant et uniquement \u00e0 lui (en expliquant tr\u00e8s rapidement \u00e0 ses parents qu\u2019ils auront tout le loisir ensuite de parler). Laisser l\u2019enfant s\u2019exprimer en premier nous permet de lui signifier d\u00e8s les premi\u00e8res minutes que ce lieu est le sien et que son regard sur ce qui le m\u00e8ne \u00e0 consulter est central.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains enfants ont un avis tr\u00e8s tranch\u00e9 sur ce pourquoi ils viennent me voir&nbsp;:&nbsp; \u00ab je fais des col\u00e8res \u00bb, \u00ab je ne suis pas sage \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00bb, \u00ab j\u2019ai des probl\u00e8mes de concentration \u00bb, \u00ab tu vas me donner un m\u00e9dicament \u00bb, \u00ab tu vas m\u2019apprendre \u00e0 dire le mot \u201c accident \u201d \u00bb, \u00ab je ne peux plus marcher \u00bb. D\u2019autres sont plus r\u00e9serv\u00e9s, parfois timides, honteux m\u00eame et commencent par refuser de r\u00e9pondre, et avec quelques encouragements de ma part et de leurs parents (les fameux \u00ab tu peux tout dire \u00e0 la dame \u00bb, \u00ab ici tu as le droit \u00bb) arrivent \u00e0 dire : \u00ab tu vas m\u2019aider pour les accidents de pipi au lit \u00bb, \u00ab je tape Maman \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres ne savent authentiquement pas pourquoi leurs parents les ont conduits dans mon bureau. Cette absence de discussion familiale pr\u00e9alable au rendez-vous t\u00e9moigne de la fa\u00e7on dont les parents ont investi cette consultation \u00ab&nbsp;Ah ! Il fallait le lui dire ? Ah non, on ne lui a rien expliqu\u00e9. C\u2019est la ma\u00eetresse qui pense qu\u2019il a un probl\u00e8me. Mais nous\u2026\u00bb ou encore, plus rare \u00ab On ne lui a rien dit, car on ne sait pas comment le lui dire (et s\u2019en suit un monologue du parent en anglais semi-chuchot\u00e9 expliquant leur motif de consultation, en esp\u00e9rant que leur enfant ne comprenne pas)\u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains parents malgr\u00e9 les consignes tr\u00e8s claires donn\u00e9es par les secr\u00e9taires viennent sans leur enfant au premier rendez-vous de peur de le \u00ab perturber \u00bb. Ces consultations peuvent \u00eatre tout \u00e0 fait int\u00e9ressantes quand il s\u2019agit par exemple de r\u00e9fl\u00e9chir ensemble \u00e0 comment annoncer une situation familiale douloureuse \u00e0 un enfant. Mais d\u2019autres pensent que ce n\u2019est pas n\u00e9cessaire que nous rencontrions leur enfant pour pouvoir poser un diagnostic ou confirmer une absence de diagnostic sur simple description de leur part\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les enfants qui ne parlent pas encore, les interroger sur leurs motifs de venue est tout \u00e0 fait pertinent, car leurs r\u00e9actions et leurs envies de r\u00e9pondre sont des \u00e9l\u00e9ments clefs pour les comprendre d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019entretien. Il est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent de constater que l\u2019enfant va pouvoir regarder l\u2019adulte qui s\u2019adresse \u00e0 lui, s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qu\u2019il lui dit et tenter de lui r\u00e9pondre ou d\u2019observer un enfant qui ne regarde pas celui qui lui parle, ne r\u00e9pond pas \u00e0 son pr\u00e9nom, r\u00e9pond en \u00e9cholalie ou qui se met \u00e0 s\u2019agiter, \u00e0 d\u00e9ambuler sans but pr\u00e9cis, dans le bureau.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de cette premi\u00e8re consultation, je pr\u00e9cise toujours aux parents quand cela est n\u00e9cessaire que je ne pose jamais aucun diagnostic lors du premier rendez-vous et que nous allons avoir besoin de temps pour bien comprendre ce qui se passe pour leur enfant. La plupart du temps, ils disent \u00eatre rassur\u00e9s par cette temporalit\u00e9 et cette pr\u00e9caution.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, \u00e0 l\u2019issue de cette premi\u00e8re consultation, il arrive que j\u2019adresse mes patients \u00e0 une psychologue pour un bilan (psychom\u00e9trique, projectif, d\u2019autisme\u2026). La demande de bilan vient souvent des parents, mais ils attendent que je la formule (\u00ab Pour en avoir le c\u0153ur net ! \u00bb), comme une confirmation que leurs inqui\u00e9tudes \u00e9taient justifi\u00e9es et n\u00e9cessitaient une exploration plus compl\u00e8te des difficult\u00e9s de leur enfant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ad\u00e8le Assous&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Du diagnostic au suivi : place des enjeux psychiques des troubles du langage<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Pendant pr\u00e8s de 10 ans, j\u2019ai travaill\u00e9 au centre r\u00e9f\u00e9rent des troubles des apprentissages et du langage de l\u2019h\u00f4pital Necker. Dans le parcours diagnostique, je rencontrais les enfants notamment pour un bilan psychologique complet. Les tests sont indispensables dans cette clinique de l\u2019enfant pr\u00e9sentant de graves troubles du langage. En effet, ils permettent de mettre en lumi\u00e8re le fonctionnement cognitif et psychique de l\u2019enfant ind\u00e9pendamment du langage. Quand le Dr Touati Pellegrin m\u2019\u00e9voque \u00ab la petite Julie devenue grande \u00bb, je revois imm\u00e9diatement le visage ang\u00e9lique de cette petite fille rencontr\u00e9e \u00e0 ses 4 ans au centre r\u00e9f\u00e9rent. Une suspicion de trouble envahissant du d\u00e9veloppement avait \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e gr\u00e2ce aux bilans (psychologique, orthophonique, en psychomotricit\u00e9, etc.) en faveur d\u2019un trouble sp\u00e9cifique du langage. Une prise en charge instrumentale intensive a \u00e9t\u00e9 mise en place afin de pr\u00e9server les autres apprentissages et une insertion \u00e0 l\u2019\u00e9cole la plus harmonieuse possible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, \u00e2g\u00e9e de 13 ans, les professionnels peuvent enfin acc\u00e9der au d\u00e9sir, pour ne pas dire au besoin,&nbsp;d\u2019arr\u00eater \u2014 sinon suspendre un temps \u2014 les prises en charge. Pourtant, Julie qui dispose enfin de temps libre semble aller mal et ses parents se montrent inquiets et consultent la p\u00e9dopsychiatre rencontr\u00e9e \u00e0 Necker. Julie pourra mettre en mot sa col\u00e8re : \u00ab &nbsp;l\u2019injustice du handicap qui m\u2019a priv\u00e9e de ma vie \u00bb. La rem\u00e9diation instrumentale devait enfin laisser place \u00e0 l\u2019expression d\u2019enjeux psychiques. Nous avons pu percevoir l\u2019importance d\u2019une continuit\u00e9 des interlocuteurs professionnels, t\u00e9moins du lourd parcours de soin. Dans d\u2019autres situations, il est au contraire n\u00e9cessaire pour le patient de rencontrer des soignants diff\u00e9rents aupr\u00e8s de qui il pourra d\u00e9poser une autre r\u00e9alit\u00e9 psychique. Nos connaissances sp\u00e9cifiques du trouble du langage permettent de pr\u00eater attention au sujet dans un \u00e9quilibre difficile \u00e0 trouver entre prise en charge instrumentale et psychoth\u00e9rapeutique. Le transfert qui s\u2019instaure en psychoth\u00e9rapie facilite une compr\u00e9hension du langage oral qui \u00e9loigne le trouble. Nos \u00e9changes entre professionnels me sont indispensables pour rester en prise avec la r\u00e9alit\u00e9 du handicap au quotidien pour le patient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dr Marie Touati-Pellegrin&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ce qui est formidable dans l\u2019exercice de ville est que nous choisissons les coll\u00e8gues avec lesquels nous travaillons et notre fa\u00e7on de travailler avec eux. Ainsi, nous r\u00e9alisons pour chaque patient commun un rendez-vous de restitution ensemble, ce qui apporte une grande richesse dans la prise en charge de cet enfant. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le bilan, le temps de la restitution est essentiel pour l\u2019enfant et ses parents. C\u2019est le moment o\u00f9, en premier lieu, la psychologue va expliquer \u00e0 l\u2019enfant et \u00e0 ses parents ce qui le traverse et l\u2019angoisse tant. C\u2019est le moment o\u00f9 un nom va \u00eatre pos\u00e9 sur sa souffrance. C\u2019est \u00e9galement le moment o\u00f9 nous allons lui proposer des moyens de l\u2019aider.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette consultation conjointe est d\u2019autant plus int\u00e9ressante que le p\u00e9dopsychiatre et le psychologue se connaissent bien, ont l\u2019habitude et appr\u00e9cient travailler ensemble. Cette articulation entre nous permet un positionnement singulier o\u00f9 la psychologue explique des choses tr\u00e8s compliqu\u00e9es en des termes tr\u00e8s techniques aux parents pendant que l\u2019enfant dodeline du chef en faisant mine d\u2019avoir tout compris et \u00e0 la p\u00e9dopsychiatre d\u2019interrompre quand il est trop perdu en disant \u00ab Pour te faire un petit r\u00e9sum\u00e9\u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre deux \u00e0 ces consultations permet aussi de montrer notre d\u00e9termination \u00e0 aider cet enfant dont la souffrance est parfois banalis\u00e9e par ses parents. Il est fr\u00e9quent qu\u2019il faille insister assez lourdement aupr\u00e8s des parents pour leur faire entendre que leur enfant pr\u00e9sente une d\u00e9pression, des troubles s\u00e9v\u00e8res\u2026 et qu\u2019il n\u00e9cessite des soins urgents, r\u00e9guliers et pendant longtemps.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ad\u00e8le Assous&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019expression somatique d\u2019une souffrance psychique<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Kylian est un jeune gar\u00e7on de 9 ans hospitalis\u00e9 en p\u00e9diatrie g\u00e9n\u00e9rale depuis dix jours. Une r\u00e9action dermique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ainsi que des douleurs aux jambes suscitent incompr\u00e9hension et inqui\u00e9tude de l\u2019enfant et de ses parents. Les diff\u00e9rentes explorations somatiques r\u00e9alis\u00e9es conduisent par \u00e9limination au diagnostic d\u2019un trouble psychosomatique. Le docteur Touati-Pellegrin m\u2019adresse Kylian, apr\u00e8s l\u2019avoir re\u00e7u en consultation, et pr\u00e9conise un bilan psychologique complet (cognitif et projectif). La situation est urgente au regard de la souffrance psychique de l\u2019enfant et de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un retour \u00e0 l\u2019\u00e9cole. La rencontre, lors du premier rendez-vous \u00e0 mon cabinet, s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s importante. En effet, \u00e0 distance de l\u2019h\u00f4pital et avec une psychologue, il est possible pour Kylian et ses parents de penser la situation m\u00e9dicale autrement. Les enjeux psychiques peuvent se d\u00e9ployer plus facilement dans ce contexte d\u00e9pris des enjeux m\u00e9dicaux. La passation du bilan permettra de mettre en lumi\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments tels que : une grande pr\u00e9cocit\u00e9 ainsi qu\u2019un trouble d\u00e9pressif s\u00e9v\u00e8re. Lors de la restitution, que nous r\u00e9alisons toujours ensemble avec le Dr Touati-Pellegrin, nous avons annonc\u00e9 ces \u00e9l\u00e9ments diagnostics en ayant \u00e0 c\u0153ur de mettre l\u2019accent sur une souffrance psychique ne pouvant se dire que par des sympt\u00f4mes somatiques. En concertation avec Kylian et ses parents, nous optons pour la mise en place d\u2019une psychoth\u00e9rapie avec moi et d\u2019un suivi familial en consultation avec le Dr Touati-Pellegrin. La fr\u00e9quence sera intensive dans un premier temps, puis all\u00e9g\u00e9e au regard de l\u2019am\u00e9lioration. Nous expliquons \u00e0 l\u2019enfant et ses parents que les deux espaces de soin sont l\u2019occasion d\u2019aborder diff\u00e9rents aspects de la r\u00e9alit\u00e9 psychique et concr\u00e8te de l\u2019enfant. Notre lien entre professionnelles est garant d\u2019une continuit\u00e9 du parcours de soin et se souhaite au plus pr\u00e8s de l\u2019urgence de la situation clinique. En accord pr\u00e9alable avec le jeune patient et sa famille, nous \u00e9changeons r\u00e9guli\u00e8rement avec le Dr&nbsp;Touati-Pellegrin. Nos perceptions d\u2019une m\u00eame situation sont d\u00e9terminantes pour percevoir les effets de diffraction du transfert. En effet, le patient d\u00e9pose dans nos deux lieux de consultations des \u00e9l\u00e9ments diff\u00e9rents. Kylian s\u2019est appuy\u00e9 sur la double prise en charge pour que nous l\u2019accompagnions dans un positionnement psychique d\u00e9licat avec ses parents. La pr\u00e9sence des parents se jouant diff\u00e9remment dans l\u2019espace de psychoth\u00e9rapie et de suivi psychiatrique, il a \u00e9t\u00e9 possible d\u2019aider Kylian \u00e0 \u00e9prouver la pr\u00e9servation de son espace psychique. Nos \u00e9changes entre professionnels sont indispensables pour ne pas tomber dans une urgence o\u00f9 les enjeux psychiques sont rel\u00e9gu\u00e9s au second plan, et ce, sans tomber dans l\u2019\u00e9cueil d\u2019un \u00e9vitement de la r\u00e9alit\u00e9 factuelle du sujet. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dr Marie Touati-Pellegrin<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Un point d\u2019achoppement de la pratique lib\u00e9rale est la solitude du praticien. Or la p\u00e9dopsychiatrie demande des comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques et se fait en \u00e9quipe autour d\u2019un enfant. L\u2019exercice en CMP, CMPP, SESSAD\u2026 avec des temps de synth\u00e8se pour \u00e9voquer les enfants, serait tr\u00e8s efficace s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mis \u00e0 mal par les difficult\u00e9s institutionnelles multiples que nous connaissons tous. Combien de r\u00e9unions pour parler de la r\u00e9partition des bureaux, des postes vacants non remplac\u00e9s ou de la codification de l\u2019activit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ad\u00e8le Assous<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019urgence dans la psychoth\u00e9rapie&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Ludivine, 13 ans, m\u2019est adress\u00e9e par une coll\u00e8gue psychologue du service de cardiologie de l\u2019h\u00f4pital. La maladie cardiaque de Ludivine n\u00e9cessite un suivi depuis sa prime enfance. Le rendez-vous est pris, avec l\u2019accord de la m\u00e8re, par son p\u00e8re avec qui Ludivine vit depuis la s\u00e9paration de ses parents \u00e0 ses 3 ans. Ludivine apparait d\u00e9bordante d\u2019\u00e9nergie et de cr\u00e9ativit\u00e9 (faisant du dessin et de la sculpture). Sa maturit\u00e9 est si \u00e9tonnante qu\u2019il me faut garder \u00e0 l\u2019esprit son \u00e2ge pour ne pas la penser jeune adulte. La psychoth\u00e9rapie s\u2019engage avec comme porte d\u2019entr\u00e9e l\u2019acceptation du traitement cardiaque \u00e0 vie. Pourtant, il en sera tr\u00e8s peu question et il apparait que Ludivine a grand besoin d\u2019un espace \u00e0 elle. Les troubles du comportement alimentaire seront \u00e9voqu\u00e9s au bout de quelque temps. Il lui faudra encore plusieurs s\u00e9ances pour \u00e9voquer les id\u00e9es suicidaires qui l\u2019assaillent \u00ab par crises \u00bb. L\u2019augmentation de la fr\u00e9quence des rendez-vous dans ces phases sera au d\u00e9but une solution. Un jour submerg\u00e9e par sa douleur, Ludivine me demandera \u00ab une aide plus grande \u00bb. Je lui propose alors qu\u2019elle rencontre le Dr Touati-Pellegrin avec ses parents, avec qui la reconnaissance de sa souffrance pourrait \u00eatre abord\u00e9e tout en pr\u00e9servant l\u2019espace de psychoth\u00e9rapie. Un potentiel traitement m\u00e9dical pourrait constituer \u00e9galement une r\u00e9ponse. Les consultations psychiatriques ont permis aux parents de s\u2019impliquer diff\u00e9remment aupr\u00e8s de leur fille en souffrance. Une hospitalisation en p\u00e9diatrie a pu se mettre en place dans l\u2019urgence quand Ludivine d\u00fb faire face \u00e0 un effondrement d\u00e9pressif. Sans ce travail transdisciplinaire en amont, il y a fort \u00e0 penser que la r\u00e9activit\u00e9 face \u00e0 l\u2019urgence n\u2019aurait pas pu \u00eatre la m\u00eame et surtout l\u2019alliance th\u00e9rapeutique tout autre. Avec le Dr Touati-Pellegrin nous avons pu \u00e9laborer la tr\u00e8s grande agressivit\u00e9 du p\u00e8re, tr\u00e8s ambivalent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la prise en charge. Nos discussions, plus ou moins formelles, sont des occasions d\u2019\u00e9laboration de nos positionnements respectifs et communs. Le travail en lib\u00e9ral n\u2019est pas sans g\u00e9n\u00e9rer d\u2019angoisse. La crainte du passage \u00e0 l\u2019acte prend une tonalit\u00e9 diff\u00e9rente sans le cadre hospitalier. Les liens entre nous sont essentiels pour rester en alerte et apporter une r\u00e9ponse ajust\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dr Marie Touati-Pellegrin<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans notre pratique lib\u00e9rale, nous avons donc pris le parti de garder le meilleur de ce que nous avions trouv\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital public. Ainsi, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 un r\u00e9seau important de coll\u00e8gues psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, ergoth\u00e9rapeutes, neuropsychologies, neurop\u00e9diatres avec lesquels nous travaillons en grande confiance autour de nos patients\u2026 La collaboration que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9e avec Mme Ad\u00e8le Assous nous est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse. Elle nous permet ces regards crois\u00e9s sur l\u2019enfant et sa famille si n\u00e9cessaire pour appr\u00e9hender leurs difficult\u00e9s dans leurs globalit\u00e9s et les aider au mieux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ad\u00e8le Assous<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons le plaisir de travailler ensemble avec Marie depuis de nombreuses ann\u00e9es. Notre connaissance du milieu hospitalier constitue un socle d\u00e9terminant dans nos prises en charge communes. Notre collaboration prend diff\u00e9rentes formes : consultations en bin\u00f4me, bilans, concertation en urgence, etc. Il y a probablement autant de mani\u00e8res de travailler en bin\u00f4me qu\u2019il y a de professionnels. Ce que j\u2019appr\u00e9cie tout particuli\u00e8rement dans notre travail conjoint, c\u2019est l\u2019absence d\u2019ascendant d\u2019une perspective sur une autre. \u00c0 l\u2019h\u00f4pital, un rapport hi\u00e9rarchique peut exister entre une urgence m\u00e9dicale et une prise en charge psychique. Nos \u00e9changes, \u00e0 b\u00e2tons rompus, sont l\u2019occasion de penser ensemble et cela est fort pr\u00e9cieux, pour ne pas dire indispensable. Le travail en lib\u00e9ral est rendu difficile par le sentiment de ne pas b\u00e9n\u00e9ficier du cadre hospitalier. Travailler toutes les deux est passionnant et participe du plaisir \u00e0 exercer en lib\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dr Marie Touati-Pellegrin&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nos modalit\u00e9s de collaboration nous sont essentielles dans la prise en charge de nos patients dont la souffrance psychique ne peut \u00eatre contenue, travaill\u00e9e, que dans cette compl\u00e9mentarit\u00e9 des regards et dans cette diffraction des projections. La psychoth\u00e9rapie de l\u2019enfant est indispensable dans ces situations complexes. Elle est rendue possible par ces consultations p\u00e9dopsychiatriques r\u00e9guli\u00e8res parents-enfants qui permettent de pr\u00e9server le lieu de l\u2019enfant en cr\u00e9ant un lieu distinct, contenant, pour la famille. Lors de nos consultations conjointes, nous expliquons tr\u00e8s explicitement \u00e0 nos patients que ces prises en charge sont compl\u00e9mentaires et se potentialisent. Souvent, nous parlons d\u2019une prise en charge \u00e0 deux jambes avec l\u2019une r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019enfant, autour de la question de ses \u00e9motions, de son imaginaire, de ce qui le traverse, l\u2019autre pour les parents et l\u2019enfant, autour du concret de la vie familiale, des liens avec l\u2019\u00e9cole, avec les \u00e9ventuelles institutions.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26132?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Illustration d&rsquo;un travail conjoint psychiatre-psychologue Nous remercions Carnet Psy de nous avoir pos\u00e9 la question suivante : \u00ab La p\u00e9dopsychiatrie de ville est-elle possible ? Difficult\u00e9s, singularit\u00e9s, paysage clinique et liens avec les coll\u00e8gues soignants \u00bb. 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