{"id":26120,"date":"2022-11-02T10:04:48","date_gmt":"2022-11-02T09:04:48","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=26120"},"modified":"2022-11-02T10:04:51","modified_gmt":"2022-11-02T09:04:51","slug":"le-travail-dun-psychanalyste-de-ville-avec-un-enfant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-travail-dun-psychanalyste-de-ville-avec-un-enfant\/","title":{"rendered":"Le travail d&rsquo;un psychanalyste de ville avec un enfant"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00catre psychanalyste avec l\u2019enfant met face \u00e0 une tr\u00e8s grande responsabilit\u00e9&nbsp;: l\u2019enfant est un \u00eatre par essence immature, en pleine construction psychique, et celui que nous rencontrons est la plupart du temps souffrant. En ville, le psychanalyste avec l\u2019enfant est, en premi\u00e8re intention, seul : \u00e0 l\u2019inverse de ce qu\u2019il vit en institution, il n\u2019a pas de coll\u00e8gue \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate, donc pas d\u2019espace d\u2019\u00e9changes, et pas plus d\u2019espace tierc\u00e9\u00efsant institutionnalis\u00e9 avec les parents de l\u2019enfant. Seul, et en contact d\u2019autant plus direct avec son patient et ses parents.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Connaitre la psychopathologie de l&rsquo;enfant<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019alliance de cette solitude et de cette grande responsabilit\u00e9 lui intime en premier lieu de tr\u00e8s bien conna\u00eetre la psychopathologie de l\u2019enfant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un rappel historique incontournable : ce sont les psychanalystes de l\u2019apr\u00e8s-guerre qui ont construit la p\u00e9dopsychiatrie, conceptuellement et pratiquement. Jusqu\u2019\u00e0 cette p\u00e9riode charni\u00e8re, l\u2019enfant \u00e9tait appr\u00e9hend\u00e9, psychiatriquement parlant, comme un adulte en r\u00e9duction, subissant des traitements inspir\u00e9s de ceux con\u00e7us pour les adultes, ayant \u00e0 souffrir de notions tout \u00e0 fait terribles, dont elle d\u2019incurabilit\u00e9. Gardons \u00e0 l\u2019esprit que quand Michel Soul\u00e9 prend la direction de la Fondation Vall\u00e9e en 1957, il constate que certains enfants, \u00e9tiquet\u00e9s \u00ab arri\u00e9r\u00e9s in\u00e9ducables \u00bb, sont ni plus ni moins attach\u00e9s. C\u2019est \u00e0 ces psychiatres de l\u2019apr\u00e8s-guerre, qui avaient choisi d\u2019\u00eatre psychanalystes, que nous devons d\u2019avoir des mod\u00e8les de compr\u00e9hension de la singularit\u00e9 de la psychopathologie de l\u2019enfant. Ces mod\u00e8les continuent de s\u2019enrichir consid\u00e9rablement, notamment dans la sph\u00e8re des troubles autistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le travail th\u00e9orique sera-t-il pour le psychanalyste avec l\u2019enfant une n\u00e9cessit\u00e9 en tant qu\u2019il donne un sens \u00e0 ce qu\u2019il observe, mais aussi parce qu\u2019il lui fait observer ce qu\u2019il ne ferait que voir. La psychopathologie de l\u2019enfant se r\u00e9v\u00e8le une boussole indispensable, qui plus est protectrice de ce que la clinique avec l\u2019enfant sollicite tr\u00e8s particuli\u00e8rement chez l\u2019analyste : l\u2019\u00e9motion, l\u2019affect, le d\u00e9sir de soigner, voire parfois, de r\u00e9parer, avec bien \u00e9videmment l\u2019aspect possiblement projectif de ce d\u00e9sir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Du sympt\u00f4me \u00e0 l&rsquo;organisation : savoir s&rsquo;inqui\u00e9ter, ou ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il me semble que le psychanalyste avec l\u2019enfant doit, d\u2019une certaine fa\u00e7on, tenir ensemble deux r\u00eanes apparemment contradictoires : ne pas s\u2019inqui\u00e9ter outre mesure d\u2019un sympt\u00f4me, d\u2019un comportement, qui peut avoir \u00e0 ce moment-l\u00e0 de la vie de l\u2019enfant une valeur d\u00e9fensive n\u00e9cessaire, mais ne pas laisser s\u2019installer une organisation qui s\u2019appuie en r\u00e9alit\u00e9 sur un d\u00e9s\u00e9quilibre intrapsychique co\u00fbteux sur le plan de l\u2019\u00e9volution. Un exemple : je rencontre Manon, une petite fille de trois ans, accompagn\u00e9e par ses parents, quelques mois avant qu\u2019elle ne devienne grande s\u0153ur d\u2019un futur petit fr\u00e8re. Les raisons latentes qui soutiennent pour chacun des deux parents cette consultation sont multiples, mais sur le plan manifeste Manon, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e tr\u00e8s harmonieusement, parle vraiment mal. Son expression orale est nettement d\u00e9cal\u00e9e par rapport \u00e0 tout son d\u00e9veloppement global harmonieux. Or elle sera scolaris\u00e9e dans quelques mois et ses parents se soucient, Manon se fera-t-elle comprendre ? Mais Manon parle-t-elle vraiment mal ? En r\u00e9alit\u00e9, elle s\u2019ing\u00e9nie savamment \u00e0 ne pas articuler, ce qui a pour effet que lorsqu\u2019on s\u2019adresse \u00e0 elle, on ne la l\u00e2che pas d\u2019une oreille&nbsp;! Pour autant, en l\u2019\u00e9coutant justement tr\u00e8s attentivement, l\u2019on per\u00e7oit que le langage est tout \u00e0 fait install\u00e9. Ainsi m\u2019a-t-il sembl\u00e9 n\u00e9cessaire de ne pr\u00e9coniser aucune r\u00e9\u00e9ducation pour Manon : cette d\u00e9fense qu\u2019elle a mise en place face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un b\u00e9b\u00e9, gar\u00e7on, qui va passionner Maman et en r\u00e9alit\u00e9 la rendre temporairement moins disponible, a besoin d\u2019\u00eatre respect\u00e9e\u2009; il n\u2019y a aucun souci de communication chez Manon, et pr\u00e9coniser \u00e0 ce moment-l\u00e0 de sa vie une r\u00e9\u00e9ducation du langage aurait des effets n\u00e9gatifs : risque de la soustraire \u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9sire et obtient (qu\u2019on l\u2019\u00e9coute avec une attention extr\u00eamement soutenue)\u2009; risque de donner quitus \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude coupable de ses parents et de l\u2019augmenter (\u00ab Nous avons ab\u00eem\u00e9 notre petite fille en faisant ce second enfant \u00bb)\u2009; enfin, risque de r\u00e9ifier en \u00ab trouble \u00bb ce qui est de l\u2019ordre d\u2019une d\u00e9fense momentan\u00e9e. \u00c0 l\u2019inverse, Fabrice, qui a 7 ans, m\u2019est amen\u00e9 sur un plan manifeste parce qu\u2019il est victime de harc\u00e8lement \u00e0 l\u2019\u00e9cole, o\u00f9 il est, me dit-on, bon \u00e9l\u00e8ve et ne suscite pas d\u2019inqui\u00e9tude. Quand dans le deuxi\u00e8me temps de la consultation je suis seule avec Fabrice, c\u2019est un gar\u00e7on diff\u00e9rent qui se montre : il n\u2019a pas de muscle, me dit-il, puis il s\u2019affaisse au sol, sa parole se d\u00e9fait et le sens se perd, il se parle \u00e0 lui-m\u00eame, produit des chuintements inintelligibles, et se concentre pour faire tomber en le d\u00e9vissant le tableau sur lequel il n\u2019a pas dessin\u00e9, mais inscrit des traits informes tr\u00e8s d\u00e9cal\u00e9s par rapport \u00e0 son \u00e2ge\u2009; il veut me montrer, me dit-il, \u00ab comment \u00e7a tombe \u00bb\u2009; dans les consultations suivantes, une d\u00e9pression de la toute petite enfance se comprend (pr\u00e9cisons que les consultations avec les enfants doivent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une plage horaire longue). Fabrice, tant que sa m\u00e8re est dans sa proximit\u00e9 imm\u00e9diate, tient, se tient, mais s\u2019effondre s\u00e9v\u00e8rement lorsqu\u2019elle est au loin. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la sensibilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019intelligence de cette derni\u00e8re qu\u2019un soin pluridisciplinaire sera mis en place, car Fabrice, qui pourtant n\u2019inqui\u00e9tait personne, h\u00e9las, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 sur un mode dysharmonique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre au fait de la psychopathologie de l\u2019enfant rend possible de distinguer des d\u00e9fenses temporaires n\u00e9cessaires qu\u2019il faut respecter dans une organisation n\u00e9vrotique de bon aloi, d\u2019une organisation dysharmonique suffisamment asymptomatique pour que l\u2019environnement, notamment scolaire dans le cas de Fabrice, ne soit malheureusement pas inquiet. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les parents et le psychanalyste en lib\u00e9ral&#8230;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Encore une fois, en premi\u00e8re intention, le psychanalyste en lib\u00e9ral est le seul interlocuteur de l\u2019enfant et de ses parents. Une question se pose et se pose encore et encore : doit-on recevoir, en premi\u00e8re rencontre, les parents avec leur enfant, les parents seuls, l\u2019enfant seul ? Si cette question n\u2019en finit pas de se poser, c\u2019est que plusieurs r\u00e9ponses sont possibles, entendables, voire processuelles. Dans le fond, bien au-del\u00e0 d\u2019une r\u00e9ponse d\u00e9finitive, ce qui est absolument \u00e0 \u00e9viter, c\u2019est toute situation qui serait traumatique pour qui que ce soit. Imposer \u00e0 des parents qui veulent venir seuls une premi\u00e8re fois de venir avec leur enfant, au nom de l\u2019id\u00e9e que tout ce qui concerne l\u2019enfant r\u00e9clame sa pr\u00e9sence, a une potentialit\u00e9 traumatique pour tous. Le risque est \u00e0 peu pr\u00e8s couru qu\u2019ainsi forc\u00e9s, les parents investiront un \u00ab discours sur l\u2019enfant \u00bb plut\u00f4t qu\u2019une rencontre avec un psychanalyste qui laisse la place \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de nouvelles repr\u00e9sentations, avec toute la relance \u00e9laborative que des parents sont en droit d\u2019attendre de cette rencontre. Des parents peuvent aussi tr\u00e8s bien ressentir eux-m\u00eames que cette premi\u00e8re rencontre a un potentiel traumatique pour leur enfant, pour des raisons que le psychanalyste ignore, mais qu\u2019eux connaissent, m\u00eame inconsciemment. Finalement, c\u2019est toute la question de l\u2019alliance avec les parents qui se pose de fa\u00e7on aig\u00fce dans la situation du psychanalyste en ville, et je pense utile de diff\u00e9rencier \u00e0 cet \u00e9gard la clinique avec l\u2019enfant de celle avec l\u2019adolescent, en m\u00eame temps que le contexte psychopathologique en jeu, c\u2019est \u00e0 dire fonctionnement n\u00e9vrotique ou pas. Ces deux axes doivent se penser concomitamment. L\u2019adolescent est aux prises avec des mouvements conflictuels qui lui font parfois peur \u00e0 lui-m\u00eame et il engage un processus qui peut \u00eatre parfois tr\u00e8s d\u00e9sorganisant et tr\u00e8s douloureux pour lui\u2009; il s\u2019oblige souvent \u00e0 quitter violemment tout ce qui l\u2019avait construit, tout ce qu\u2019il avait aim\u00e9 et qui lui venait de ses parents pour se d\u00e9faire d\u2019une relation qu\u2019il vit maintenant et transitoirement comme une soumission. Dans ces circonstances, le psychanalyste \u2014 ni \u00e9ducateur ni parent \u2014 est parfois le seul adulte que l\u2019adolescent investit et supporte. Ce qu\u2019\u00c9velyne Kestemberg appelait une \u00ab rencontre d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal \u00bb entre le patient adolescent et l\u2019analyste, r\u00e9clame certes une continuit\u00e9, mais aussi l\u2019assurance que la co-d\u00e9couverte des fantasmes inconscients de l\u2019adolescent sera totalement \u00e9tanche \u00e0 tout autre que son analyste et lui-m\u00eame\u2009; d\u2019une certaine fa\u00e7on d\u2019ailleurs, l\u2019analyste lui-m\u00eame a \u00e0 naviguer avec un patient adolescent entre m\u00e9moire et oubli, tant il est vrai que l\u2019adolescence est une \u00e9tape, un passage, et que la m\u00e9moire de l\u2019analyste est au service de son patient, service qui peut aussi comporter l\u2019oubli. Ainsi est-il tr\u00e8s pr\u00e9cieux qu\u2019une fois un traitement engag\u00e9 avec un adolescent, son psychanalyste ne rencontre pas ses parents sans lui, voire ne rencontre pas trop souvent ses parents et seulement \u00e0 leur demande. Se pose ainsi la question du consultant, qui re\u00e7oit les parents seuls, les soutenant \u00e0 soutenir leur enfant, et particuli\u00e8rement \u00e0 vivre l\u2019\u00e9volution de ce dernier au cours de sa psychoth\u00e9rapie, autant voulue que crainte\u2009; un enfant qui \u00e9volue fait n\u00e9cessairement perdre \u00e0 ses parents le type de lien v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent\u2009; cela culpabilise l\u2019enfant comme l\u2019adolescent, et un affect de deuil peut n\u2019\u00eatre jamais tr\u00e8s loin pour les parents, ressenti auquel il faut que le psychanalyste puisse s\u2019identifier. Concernant un enfant, la<\/p>\n\n\n\n<p>donne est relativement diff\u00e9rente, et il faut prendre en compte que la pr\u00e9sence d\u2019un consultant peut bien s\u00fbr soutenir les parents, mais aussi les \u00e9loigner trop du traitement de leur enfant\u2009; je me suis parfois dit qu\u2019un transfert n\u00e9gatif sur moi des parents pouvait \u00eatre plus facile \u00e0 travailler et \u00e0 \u00e9laborer, plus porteur du processus th\u00e9rapeutique engag\u00e9 qu\u2019une fuite de ce transfert, o\u00f9 les parents rencontrant le consultant ne me rencontraient jamais\u2009; le traitement de l\u2019enfant est dans cette situation en risque de devenir pr\u00e9matur\u00e9ment la seule affaire, en apparence, de l\u2019enfant et de son accompagnateur.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pour ma part \u00e0 l\u2019\u00e9gard des parents de mes patients respect et reconnaissance\u2009; comment pourrait-il en \u00eatre autrement face \u00e0 des parents qui se donnent le temps, la disponibilit\u00e9 mat\u00e9rielle, mais aussi psychique, et l\u2019investissement financier, de soutenir leur enfant \u00e0 entreprendre une psychoth\u00e9rapie ? Sans cet investissement des parents, rien ne serait possible. Les parents de nos patients enfants ont leurs r\u00e9sistances\u2009; elles sont normales, et rien n\u2019est pire pour le processus th\u00e9rapeutique d\u2019un enfant que de les interpr\u00e9ter dans une valence agressive, quand ce sont souvent d\u2019autres enjeux, notamment de sentiment douloureux de d\u00e9possession, qui sont convoqu\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le cadre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les psychanalystes connaissent la valeur du cadre\u2009; pourtant la tentation existe, particuli\u00e8rement chez les th\u00e9rapeutes d\u2019enfants, de consid\u00e9rer que s\u2019y soumettre et donc en imposer les \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels aux patients enfants (et, partant, \u00e0 leurs parents) rel\u00e8verait de la \u00ab rigidit\u00e9 \u00bb. Quand un enfant arrive tr\u00e8s en retard \u00e0 sa s\u00e9ance, il arrive que l\u2019analyste soit tent\u00e9 de faire durer celle-l\u00e0 au-del\u00e0 de son terme convenu, pour \u00ab&nbsp;rattraper \u00bb le temps pr\u00e9vu de la s\u00e9ance et ne pas frustrer l\u2019enfant avec une s\u00e9ance raccourcie. La pens\u00e9e sous-jacente est souvent que ce n\u2019est pas de la faute de l\u2019enfant s\u2019il arrive en retard : cela traduit \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019analyste s\u2019engage \u00e0 tort dans la question de la faute. Or la faute n\u2019a pas cours ici : il y a un fait, qui r\u00e9v\u00e8le probablement une r\u00e9sistance, de l\u2019enfant, de ses parents, comme il peut y avoir aussi une raison dans la r\u00e9alit\u00e9. Quoi qu\u2019il en soit, rien n\u2019est plus d\u00e9sorganisant pour l\u2019enfant qu\u2019une s\u00e9ance qui ne respecte pas ses propres crit\u00e8res. Incidemment, le psychanalyste se montrerait dans ce genre de pratique en concurrence d\u00e9loyale avec les parents de son patient : plus gentil que ces derniers, il comblerait son petit patient et lui \u00e9viterait d\u2019\u00eatre frustr\u00e9, ouvrant alors tout le champ de la s\u00e9duction. S\u00e9duire le patient \u00e0 la m\u00e9thode, le psychanalyste le fait en recevant un enfant dans un contexte compl\u00e8tement in\u00e9dit : un adulte se rend disponible \u00e0 lui, sans demande ni attendu pr\u00e9d\u00e9finis, et en se mettant \u00e0 son \u00e9coute, corps et \u00e2me puisque l\u2019inhibition motrice de la cure type n\u2019est plus engag\u00e9e dans la psychanalyse avec l\u2019enfant. Mais s\u00e9duire \u00e0 la m\u00e9thode est justement l\u2019inverse d\u2019une s\u00e9duction directe que le cadre, pr\u00e9cis\u00e9ment, emp\u00eache. Le psychanalyste en ville, sans le \u00ab cadre du cadre \u00bb que constitue de facto une institution, devra \u00e0 mon sens \u00eatre encore plus sensible au respect des \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels du cadre. Il n\u2019est en outre pas \u00e0 n\u00e9gliger que le rapport de l\u2019enfant \u00e0 la frustration dans la r\u00e9alit\u00e9 condense souvent des frustrations affectives issues de temps anciens qui pourront trouver leur interpr\u00e9tation dans ce genre d\u2019occasion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le dispositif en rapport avec l&rsquo;indication<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ne ressort pas non plus de la rigidit\u00e9 de mettre en place un dispositif \u00e0 une s\u00e9ance hebdomadaire, voire deux, voire trois. Aucun processus analytique ni th\u00e9rapeutique ne peut se d\u00e9velopper sans cette continuit\u00e9, et c\u2019est un leurre que pratiquent aujourd\u2019hui nombre d\u2019institutions p\u00e9dopsychiatriques qui intiment l\u2019ordre aux psychologues de recevoir l\u2019enfant toutes les deux ou trois semaines. L\u2019id\u00e9e qu\u2019un enfant n\u2019ayant qu\u2019un l\u00e9ger sympt\u00f4me sera re\u00e7u tous les quinze jours est infond\u00e9e : d\u2019abord parce que la repr\u00e9sentation de but n\u2019a pas cours dans l\u2019indication d\u2019une cure\u2009; on ne propose pas une psychoth\u00e9rapie analytique pour qu\u2019un enfant se d\u00e9barrasse d\u2019un sympt\u00f4me, il perdra de lui-m\u00eame sa n\u00e9cessit\u00e9 quand l\u2019enfant sera r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9 dans le jeu d\u00e9sir\/interdit. La psychoth\u00e9rapie a comme enjeu de r\u00e9\u00e9quilibrer le fonctionnement psychique de l\u2019enfant, quand l\u2019\u00e9quilibre entre les instances moi\/\u00e7a\/surmoi dysfonctionne, que la r\u00e9pression l\u2019emporte sur le refoulement et que tout le jeu des repr\u00e9sentations est abras\u00e9, l\u2019enfant investissant alors le comportement et l\u2019action\u2009; indiqu\u00e9e encore quand le niveau de symbolisation est pr\u00e9caire, quand les fantasmes ne se forment pas et que la mentalisation dysfonctionnelle fait le lit de somatisations. En ce sens, le psychanalyste se doit d\u2019\u00eatre au clair avec sa conception du soin psychique d\u00fb \u00e0 l\u2019enfant : pas de psychoth\u00e9rapie si l\u2019enfant est \u00e9quilibr\u00e9 sur le plan de son fonctionnement mental, ou psychoth\u00e9rapie analytique s\u2019il ne l\u2019est pas, et ici analyste et enfant doivent avoir les moyens de leurs ambitions, et investir un dispositif r\u00e9ellement continu.<\/p>\n\n\n\n<p>Que le psychanalyste avec l\u2019enfant soit seul dans son cabinet le soutient d\u2019autant plus \u00e0 investir une supervision avec un a\u00een\u00e9, indispensable en d\u00e9but d\u2019exercice, car la clinique avec l\u2019enfant pour passionnante qu\u2019elle soit reste complexe. Les intervisions sont aussi des espaces inestimables pour entreprendre \u00e0 plusieurs les lectures incontournables &nbsp;de tous nos a\u00een\u00e9s d\u00e9couvreurs et cr\u00e9ateurs.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26120?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00catre psychanalyste avec l\u2019enfant met face \u00e0 une tr\u00e8s grande responsabilit\u00e9&nbsp;: l\u2019enfant est un \u00eatre par essence immature, en pleine construction psychique, et celui que nous rencontrons est la plupart du temps souffrant. 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