{"id":26095,"date":"2022-11-02T10:00:22","date_gmt":"2022-11-02T09:00:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=26095"},"modified":"2022-11-02T10:00:26","modified_gmt":"2022-11-02T09:00:26","slug":"crise-climatique-et-trouble-dans-la-psyche","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/crise-climatique-et-trouble-dans-la-psyche\/","title":{"rendered":"Crise climatique et\u00a0trouble dans la psych\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>On a eu chaud\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les premi\u00e8res fra\u00eecheurs de l\u2019automne colorent nos quotidiens, on peut enfin souffler. Cet \u00e9t\u00e9 surprenant semble d\u00e9j\u00e0 loin et la vague de chaleur intense que nous avons v\u00e9cue se dissipe peu \u00e0 peu dans nos souvenirs. Apr\u00e8s tout, il y en eut d\u2019autres par le pass\u00e9 et ce ne sera pas la derni\u00e8re\u2026 Le pass\u00e9 et son histoire constituent de rassurants rep\u00e8res, pour nous, psychistes de tout ordre. C\u2019est en arri\u00e8re que l\u2019on trouve le sens de ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous dans l\u2019actuel et tout cela n\u2019a finalement rien d\u2019in\u00e9dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces poncifs anxiolytiques, il est d\u00e9sormais n\u00e9cessaire de s\u2019inscrire en faux. Le pire est aussi devant nous. La crise climatique menace de bouleverser radicalement nos \u00e9quilibres psychiques, sociaux-politiques et environnementaux, d\u00e9routant nos habitus de vie quotidienne tout autant que ceux th\u00e9oriques et praticiens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019environnement est en mutation, un environnement qui n\u2019est pas l\u2019objet primaire des premiers liens intersubjectifs, relationnels et familiaux, mais l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global. Un environnement qui n\u2019est pas un entourage, mais dont nous sommes aussi les agents, les acteurs. Il est un milieu auquel nous contribuons \u00e0 chaque instant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les origines anthropiques de ce mal qui vient, d\u00e9sormais incontestables, renvoient le moi individuel face \u00e0 ses responsabilit\u00e9s d\u2019une d\u00e9gradation, lente et engag\u00e9e, de nos conditions de vie \u00e0 venir. Soutenues par les valeurs-phares de nos soci\u00e9t\u00e9s n\u00e9o-lib\u00e9rales, les logiques de croissance \u00e9conomique sans frein, d\u2019aspiration au gain, au pouvoir et au plaisir individuel sans limite, alimentent les faux besoins de nos modes de vie contemporains. Ces logiques pr\u00e9servent \u00e9galement notre culpabilit\u00e9, en assignant \u00e0 nos exc\u00e8s une origine industrielle.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise climatique est aussi un r\u00e9v\u00e9lateur des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Si les d\u00e9r\u00e9gulations de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me produisent des effets sur nos perceptions et conceptions indivi-duelles, elles ne touchent pas avec la m\u00eame intensit\u00e9 les corps, les quotidiens et l\u2019intimit\u00e9 de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment s\u2019adapter aux changements que ces bouleversements imposent ? Doit-on verser dans le d\u00e9ni et le repli, la lutte et l\u2019engagement, la d\u00e9tresse et l\u2019angoisse ? Faut-il choisir entre le catastrophisme ou le relativisme, la croyance ou l\u2019id\u00e9ologie ?<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les fen\u00eatres de nos cabinets d\u2019analystes, pigeons et platanes sont parfois les seuls t\u00e9moins de l\u2019existence d\u2019un univers non humain. Si nos pratiques semblent bien loin de la nature et du sauvage, est-ce pour autant que les psychistes n\u2019auraient rien \u00e0 en dire ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En direct de nos pratiques, les patients nous alertent sur la d\u00e9tresse \u00e9cologique. Des tentatives pour la penser ont commenc\u00e9 \u00e0 voir le jour. \u00c9co-anxi\u00e9t\u00e9, solastalgie, d\u00e9tresse existentielle ouvrent les voies d\u2019une lecture psychopathologique des effets du climat sur les subjectivit\u00e9s individuelles. Mais l\u2019\u00e9co-sensibilit\u00e9 est-elle seulement un sympt\u00f4me ? N\u2019est-elle pas aussi le signe d\u2019une mutation engag\u00e9e du rapport au vivant, au quotidien, \u00e0 l\u2019environnement global ?<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, d\u00e8s lors, explorer ou repenser nos interactions au monde, humain et non humain, anim\u00e9 et inanim\u00e9, afin de formuler de nouveaux horizons d\u2019attente existentiels ? Le temps serait-il venu pour fondamentalement r\u00e9interroger les dialectiques binaires (humain, non-humain, nature-culture, sujet-environnement\u2026) et en venir \u00e0 penser le vivant ?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette crise nous impose une mise au travail, un effort de r\u00e9novation de nos paradigmes cliniques et conceptuels afin d\u2019accompagner les mutations de nos \u00e9cologies psychiques et de nos \u00e9cologies des liens. Elle nous invite \u00e0 penser la vie psychique comme un sujet global, un ensemble complexe \u00e0 appr\u00e9hender dans le d\u00e9passement des points de vue situ\u00e9s et des \u00e9pist\u00e9mologies circonscrites.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette crainte qui provient du futur, il nous revient d\u2019en faire une pr\u00e9occupation de l\u2019actuel. L\u2019ampleur du d\u00e9fi que le vivant nous adresse risque de faire vaciller jusqu\u2019aux fondations de nos th\u00e9ories, mais l\u2019enjeu est crucial. Il est celui de la vie m\u00eame, de ses conditions d\u2019existence et de ses destins potentiels. Si \u00ab rendre la vie supportable est le premier devoir du vivant \u00bb nous dit Freud, alors le devoir des cliniciens de tous bords est de contribuer activement \u00e0 ce projet, en souhaitant que l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde supportable n\u2019ait pas d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 pris la voie d\u2019une illusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaud devant !<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26095?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a eu chaud\u2026 Alors que les premi\u00e8res fra\u00eecheurs de l\u2019automne colorent nos quotidiens, on peut enfin souffler. 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