{"id":24646,"date":"2022-07-11T14:01:40","date_gmt":"2022-07-11T12:01:40","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=24646"},"modified":"2022-07-11T14:01:43","modified_gmt":"2022-07-11T12:01:43","slug":"pionnieres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/pionnieres\/","title":{"rendered":"Pionni\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e de l\u2019exposition, on est accueilli par des images d\u2019archives de femmes au travail en 1914. On les voit qui exercent les activit\u00e9s et m\u00e9tiers habituellement masculins, les hommes \u00e9tant partis au front. Une grande force se d\u00e9gage de ces images, qui nous font entrer dans le vif du sujet. Ces femmes sont solides, elles agissent avec \u00e9nergie et dext\u00e9rit\u00e9, et m\u00eame une certaine joie de vivre. Loin de la coquetterie traditionnellement attribu\u00e9e aux femmes, le spectateur est confront\u00e9 \u00e0 une autre image de la femme. Et c\u2019est bien le fil directeur de cette remarquable exposition&nbsp;: montrer une autre vision de la femme d\u00e8s lors qu\u2019elle est regard\u00e9e et peinte ou sculpt\u00e9e par une femme, et non pas par un homme. Le regard n\u2019est pas le m\u00eame. La femme n\u2019est pas la m\u00eame non plus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le mus\u00e9e du Luxembourg nous pr\u00e9sente donc le travail de&nbsp;45&nbsp;artistes, 45 peintres, sculptrices, cin\u00e9astes, chanteuses, designers&#8230; Les&nbsp;\u0153uvres sont nombreuses et elles s\u2019inscrivent dans des courants artistiques vari\u00e9s&nbsp;: fauvisme, abstraction, cubisme ou surr\u00e9alisme, danse, architecture, design, litt\u00e9rature, et m\u00eame sciences.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces pionni\u00e8res, comme Tamara de&nbsp;Lempicka, Sonia Delaunay, Sophie Taueber-Arp, ou encore Chana Orloff,&nbsp;n\u00e9es \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> ou au tout d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, peuvent dans les ann\u00e9es&nbsp;1920, \u00e0 l\u2019issue de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, acc\u00e9der aux grandes \u00e9coles d\u2019art jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9es aux hommes. Beaucoup d\u2019entre elles s\u00e9journent dans le Paris des ann\u00e9es folles, o\u00f9 elles sont pr\u00e9sentes dans de nombreux domaines. C\u2019est pourquoi elles demandent \u00e0 \u00eatre reconnues non seulement comme des artistes, mais comme des entrepreneurs. Est-ce parce qu\u2019elles sont moins pay\u00e9es que les hommes qu\u2019elles investissent d\u2019autres secteurs et d\u00e9ploient beaucoup d\u2019\u00e9nergie et d\u2019esprit d\u2019entreprise pour des productions tr\u00e8s diversifi\u00e9es&nbsp;? Elles ont un atelier \u00e0 elles, une galerie ou une maison d\u2019\u00e9dition, elles dirigent des ateliers dans des \u00e9coles d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles n\u2019h\u00e9sitent pas, avec une certaine audace, \u00e0 repr\u00e9senter des corps nus, qu\u2019ils soient masculins ou f\u00e9minins. Mais ces corps vus par une femme t\u00e9moignent de l\u2019\u00e9mancipation&nbsp;des femmes, \u00e9chappant en quelque sorte au d\u00e9sir masculin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait ce qu\u2019on appelait les \u00ab&nbsp;gar\u00e7onnes&nbsp;\u00bb, d\u2019apr\u00e8s le roman \u00e9ponyme de Victor Margueritte publi\u00e9 en 1922, qui a connu un immense succ\u00e8s. Les gar\u00e7onnes sont une figure iconique, elles raccourcissent leurs cheveux et leurs jupes. Elle est incarn\u00e9e par des personnalit\u00e9s telles \u00ab&nbsp;Coco&nbsp;\u00bb Chanel (dont on voit un tr\u00e8s beau portrait peint par Marie Laurencin), Jos\u00e9phine Baker ou le mod\u00e8le Kiki de Montparnasse, sans oublier les riches \u00e9trang\u00e8res attir\u00e9es par la Ville Lumi\u00e8re, lieu de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9mancipation pour les femmes. Ces femmes s\u2019habillent comme elles l\u2019entendent, changent de pr\u00e9nom. Elles se r\u00e9inventent une nouvelle image du corps f\u00e9minin, qu\u2019elles s\u2019approprient. Ce sont les premi\u00e8res, d\u00e9livr\u00e9es des pudeurs victoriennes, de vivre leur sexualit\u00e9 quelle qu\u2019elle soit, de choisir leur \u00e9poux ou de ne pas se marier.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce que dit Claude Cahun, photographe, auteur de nombreux autoportraits qui jouent sur une interrogation du genre. \u00ab&nbsp;Masculin&nbsp;? F\u00e9minin&nbsp;? Mais \u00e7a d\u00e9pend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On parle aussi \u00e0 cette \u00e9poque de \u00ab&nbsp;troisi\u00e8me sexe&nbsp;\u00bb, qui est le titre du roman de Willy, \u00e9poux de Colette, tr\u00e8s proche de ces pionni\u00e8res&nbsp;: homosexualit\u00e9, travestisme, orientations sexuelles changeantes, qui anticipent sur les th\u00e9ories du genre.<\/p>\n\n\n\n<p>On d\u00e9couvre dans cette exposition de tr\u00e8s beaux tableaux de peintres peu ou pas connues, en particulier des portraits de femmes. Comme dans la Famille tsigane, de Mela Muter, une femme tenant un b\u00e9b\u00e9 endormi dans ses bras, le regard d\u00e9tourn\u00e9 du spectateur, semble plong\u00e9e dans un monde interne sombre et inqui\u00e9tant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les \u0153uvres qui vont accrocher le regard du spectateur, il y en a de fort belles, souvent connues, de Suzanne Valadon, Ghana Orloff, Marie Laurencin et \u00e9videmment Tamara de&nbsp;Lempicka, artiste sulfureuse, qui a peint <em>Les Deux amies<\/em>, o\u00f9 s\u2019affiche clairement son homosexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le tr\u00e8s beau tableau,<em> La Chambre bleue<\/em> de Suzanne Valadon, on voit une odalisque, loin des crit\u00e8res esth\u00e9tiques habituels. Une femme avachie, plut\u00f4t grosse, v\u00eatue d\u2019un pantalon de pyjama ray\u00e9, et fumant une cigarette, est allong\u00e9e sur un lit dans un d\u00e9cor bleu. Rien d\u2019\u00e9rotique dans cette vision, et les deux livres pos\u00e9s sur la couverture indiquent que cette femme a d\u2019autres pr\u00e9occupations d\u2019ordre plus intellectuel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition se termine par une immense toile de Juliette Roche, qui r\u00e9interpr\u00e8te <em>La Danse <\/em>de Matisse, en y introduisant le m\u00e9lange ou l\u2019indiff\u00e9renciation de l\u2019identit\u00e9 sexuelle, et la diversit\u00e9 raciale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dire que ces pionni\u00e8res sont tr\u00e8s actuelles et qu\u2019on se demande pourquoi elles ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart pendant des d\u00e9cennies, et reviennent en masse maintenant.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24646?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e de l\u2019exposition, on est accueilli par des images d\u2019archives de femmes au travail en 1914. 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