{"id":24191,"date":"2022-06-01T09:01:00","date_gmt":"2022-06-01T07:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=24191"},"modified":"2022-06-01T16:19:57","modified_gmt":"2022-06-01T14:19:57","slug":"pour-une-nouvelle-sensibilite-analytique-ou-que-veux-tu-etre-quand-tu-seras-grand","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/pour-une-nouvelle-sensibilite-analytique-ou-que-veux-tu-etre-quand-tu-seras-grand\/","title":{"rendered":"Pour une nouvelle sensibilit\u00e9 analytique ou \u00ab\u00a0que veux-tu \u00eatre quand tu seras grand ?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p>Thomas H. Ogden est un psychiatre et psychanalyste am\u00e9ricain, n\u00e9 en 1946. Son \u0153uvre, h\u00e9riti\u00e8re des conqu\u00eates postbioniennes, est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus robustes et novatrices de la psychanalyse contemporaine. Il est l\u2019auteur d\u2019une dizaine d\u2019essais psychanalytiques traduits en 18 langues, et de trois romans. Ancien psychiatre \u00e0 la clinique Tavistock, \u00e0 Londres, il est membre de l\u2019Institut psychanalytique de Californie du Nord et de l\u2019Association psychanalytique internationale, co-fondateur et directeur du Center for the Advanced Studies of the Psychoses, \u00e0 San Francisco.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9alis\u00e9 en 2020, cet entretien passionnant et chaleureux, men\u00e9 par Nicolas Gougoulis et Katryn Driffield, est paru en anglais octobre 2021, \u00e0 l\u2019<em>International Forum of Psychoanalysis<\/em>. <em>Carnet psy<\/em> le publie ici \u00e0 l\u2019occasion de la parution du dernier ouvrage de l\u2019auteur, <em>Vers une nouvelle sensibilit\u00e9 psychanalytique. <\/em>Dans ce livre, Ogden plaide pour une pratique d\u00e9cid\u00e9ment tourn\u00e9e vers les capacit\u00e9s th\u00e9rapeutiques et transformatrices de la <em>rencontre<\/em> analytique, v\u00e9cue comme l\u2019outil d\u2019une psychanalyse \u00ab&nbsp;ontologique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La traduction est assur\u00e9e par Jean-Baptiste Desveaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>N. G. &amp; K. D. \u2014<\/strong> <em>Pouvez-vous nous raconter comment vous \u00eates devenu psychanalyste&nbsp;?<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Thomas H. Ogden<\/strong>&nbsp;<strong>\u2014<\/strong> Ma rencontre avec la psychanalyse a eu lieu assez t\u00f4t dans ma vie. Ma m\u00e8re a commenc\u00e9 une analyse lorsque j\u2019avais 3 ans (c\u2019\u00e9tait en 1949). Elle n\u2019a jamais employ\u00e9 des termes ou des concepts psychanalytiques en parlant avec moi, mais, r\u00e9trospectivement, je crois que son analyse lui a donn\u00e9 une capacit\u00e9 d\u2019introspection plus grande qui a eu une influence sur ses mani\u00e8res d\u2019\u00eatre aupr\u00e8s moi. Je me souviens aussi que son analyste \u00e9tait une pr\u00e9sence suppl\u00e9mentaire \u00e0 nos d\u00eeners chaque soir, avec ma m\u00e8re, mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re cadet\u2026 \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 6 ans, j\u2019ai d\u00fb commencer une th\u00e9rapie psychanalytique qui a dur\u00e9 environ 3 ans. J\u2019en ai gard\u00e9 de nombreux souvenirs, et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque j\u2019\u00e9tais tout \u00e0 fait conscient que cela (parler et jouer, tout simplement) m\u2019avait consid\u00e9rablement aid\u00e9 \u00e0 surmonter mes difficult\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s ouvert \u00e0 la discussion, il \u00e9tait plut\u00f4t absorb\u00e9 par son amour des arts, surtout de la peinture et de la musique. Parfois, le soir, je m\u2019endormais en l\u2019\u00e9coutant s\u2019entra\u00eener au piano, reprendre un passage encore et encore d\u2019une mani\u00e8re qui me r\u00e9confortait profond\u00e9ment. Mon p\u00e8re avait servi dans le Pacifique durant 4 ans, \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, et en \u00e9tait revenu avec ce qu\u2019aujourd\u2019hui on appellerait \u00ab&nbsp;syndrome de stress post-traumatique&nbsp;\u00bb et que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on appelait \u00ab&nbsp;ne jamais parler de sa vie de soldat&nbsp;\u00bb. Il a longtemps cherch\u00e9 un analyste susceptible de pouvoir l\u2019aider, puis, apr\u00e8s pas mal d\u2019ann\u00e9es, il a fini par en trouver un, quand j\u2019entrai dans l\u2019adolescence. C\u2019\u00e9tait un analyste chevronn\u00e9, qui poss\u00e9dait cette capacit\u00e9 de faire ce que j\u2019estime \u00eatre le plus important chez un analyste : inventer la psychanalyse pour chaque patient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce ne sont pas vraiment ces premi\u00e8res exp\u00e9riences qui m\u2019ont conduit vers la psychanalyse. C\u2019\u00e9tait en lisant Freud, \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;: je lisais la traduction par Brill de l\u2019<em>Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em> et j\u2019ai imm\u00e9diatement su que je souhaitais \u00eatre psychanalyste \u2013 m\u00eame si je n\u2019avais pas la moindre id\u00e9e de ce qu\u2019\u00e9tait la psychanalyse clinique. Je pense que j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 ce livre moins en raison de son contenu que par la voix que nous donnait \u00e0 entendre son auteur. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par l\u2019\u00e9l\u00e9gance du style de Freud, par son ing\u00e9niosit\u00e9 litt\u00e9raire&nbsp;; l\u2019auteur utilisait un stratag\u00e8me dans lequel on l\u2019entendait s\u2019adresser \u00e0 un auditoire sceptique, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il \u00e9crivait seul \u00e0 son bureau. J\u2019\u00e9tais au lyc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et je baignais dans la litt\u00e9rature, essentiellement, autant que je m\u2019en souvienne, dans les \u0153uvres de Melville, Hemingway et Shakespeare.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon identit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain a commenc\u00e9 \u00e0 se construire lors de ma premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019universit\u00e9, puis l\u2019\u00e9criture est devenue une passion au cours des ann\u00e9es suivantes. \u00c0 la fin de mes ann\u00e9es d\u2019universit\u00e9, j\u2019ai commenc\u00e9 une analyse de neuf ans avec l\u2019un des premiers analystes am\u00e9ricains \u00e0 avoir consid\u00e9r\u00e9 la p\u00e9riode pr\u00e9\u0153dipienne de la vie comme un moment essentiel \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience analytique. La psychanalyse am\u00e9ricaine \u00e9tait tout enti\u00e8re tourn\u00e9e vers l\u2019analyse clinique et th\u00e9orique du complexe d\u2019\u0152dipe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, pour devenir un psychanalyste aux \u00c9tats-Unis il fallait d\u2019abord \u00eatre m\u00e9decin, puis suivre une formation en psychiatrie&nbsp;; ce n\u2019est qu\u2019ensuite qu\u2019on avait acc\u00e8s \u00e0 la formation psychanalytique. J\u2019ai fait ma m\u00e9decine \u00e0 Yale, o\u00f9 il \u00e9tait possible d\u2019int\u00e9grer la fili\u00e8re d\u2019\u00e9tudes psychanalytiques d\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e&nbsp;; j\u2019ai aussi effectu\u00e9 l\u00e0-bas mon internat de psychiatrie, o\u00f9 j\u2019ai travaill\u00e9 avec Roy Schafer, dont la pens\u00e9e concernant le langage et la psychanalyse m\u2019a grandement influenc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant mes \u00e9tudes de m\u00e9decine et de mon internat, entre la fin des ann\u00e9es 1960 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, je me suis beaucoup int\u00e9ress\u00e9 aux auteurs britanniques \u2014&nbsp;Melanie Klein, Donald Winnicott, W. R. Fairbairn, W. R. Bion, M. Masud Kahn et Michael Balint&nbsp;\u2014, qui n\u2019\u00e9taient pas trop connus aux \u00c9tats-Unis. Klein, en particulier, \u00e9tait tenue pour une sorte de folle, puisqu\u2019elle croyait que, aussit\u00f4t n\u00e9s, les b\u00e9b\u00e9s \u00e9taient capables de fantasmer. Winnicott, lui aussi, \u00e9tait tr\u00e8s peu lu ou enseign\u00e9, et Bion occupait une minuscule place au sein de la psychanalyse am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de ma formation m\u00e9dicale et psychiatrique, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tellement d\u00e9courag\u00e9 par la fa\u00e7on dont la psychanalyse am\u00e9ricaine \u00e9tait embourb\u00e9e dans la psychologie du d\u00e9veloppement de Margaret Mahler et d\u2019autres, que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire ma formation \u00e0 l\u2019Institut de psychanalyse de Londres. Ma femme et moi, et notre fils d\u2019un an et demi, avons d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Londres en 1975, pour ce que je pr\u00e9voyais \u00eatre un s\u00e9jour de dix ans. J\u2019ai pris un poste de psychiatre associ\u00e9 \u00e0 la clinique Tavistock. J\u2019y ai travaill\u00e9 avec des analystes des trois \u00ab&nbsp;\u00e9coles&nbsp;\u00bb britanniques \u2014&nbsp;la Kleinienne, l\u2019Annafreudienne et le Middle Group (aujourd\u2019hui appel\u00e9 le groupe des \u00ab&nbsp;Ind\u00e9pendants&nbsp;\u00bb). J\u2019ai rapidement fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019acrimonie qui r\u00e9gnait au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 britannique.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai choisi une analyste formatrice du groupe des Ind\u00e9pendants, Nina Coltart. Au cours des premi\u00e8res semaines d\u2019analyse, j\u2019ai fini par prendre une d\u00e9cision tr\u00e8s douloureuse. J\u2019avais attendu avec impatience ma formation \u00e0 Londres, et j\u2019avais d\u00e9racin\u00e9 notre famille en changeant de continent pour vivre une exp\u00e9rience analytique plus riche que celle que je pouvais trouver en Am\u00e9rique. Or pendant ces premi\u00e8res semaines d\u2019analyse, je me suis mis \u00e0 lutter en moi-m\u00eame comme je ne l\u2019avais jamais fait, puis finalement, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9, avec ma femme, de retourner en Am\u00e9rique. Nous ne savions pas o\u00f9 nous allions vivre ou travailler en Am\u00e9rique (ma femme est avocate et avait travaill\u00e9 dans un cabinet d\u2019avocats pendant que nous \u00e9tions \u00e0 Londres). Apr\u00e8s ma premi\u00e8re exp\u00e9rience analytique de neuf ans aux \u00c9tats-Unis, je savais bien qu\u2019une fois que j\u2019aurais commenc\u00e9 un travail analytique \u00e0 Londres, il serait extr\u00eamement difficile sur le plan \u00e9motionnel d\u2019y mettre fin pr\u00e9matur\u00e9ment pour retourner aux \u00c9tats-Unis. Je suis reconnaissant \u00e0 Nina Coltart de ne pas avoir interpr\u00e9t\u00e9 ma d\u00e9cision de rentrer comme une r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 Londres, nous nous sommes donc install\u00e9s \u00e0 San Francisco, o\u00f9 nous vivons jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. En rentrant, j\u2019ai poursuivi ma formation \u00e0 l\u2019Institut psychanalytique de San Francisco, avec un analyste qui \u00e9vitait l\u2019analyse des r\u00e9sistances, ce qui \u00e9tait assez courant \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mon analyse a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu encombr\u00e9e par les diktats de l\u2019Institut. Du point de vue de la formation, toutefois, il y avait quelque chose de limit\u00e9, dans le sens o\u00f9 \u00e7a n\u2019incluait pratiquement rien de la psychanalyse britannique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ma formation analytique, je travaillais dans un service hospitalier de psychoth\u00e9rapie analytique pour adolescents gravement malades \u2013 le s\u00e9jour moyen \u00e9tait d\u2019environ un an. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que mon int\u00e9r\u00eat pour le travail avec des patients psychotiques s\u2019est affirm\u00e9 et m\u2019a sembl\u00e9 indispensable. En m\u00eame temps que je travaillais dans ce service, je me suis mis \u00e0 \u00e9crire des articles inspir\u00e9s \u00e0 fois de l\u2019exp\u00e9rience que j\u2019y vivais et des r\u00e9flexions que j\u2019avais pu mener durant mon s\u00e9jour \u00e0 Londres. En 1979, j\u2019ai publi\u00e9 \u00ab&nbsp;Sur l\u2019identification projective<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>&nbsp;\u00bb dans l\u2019<em>International Journal of Psychoanalysis<\/em>. Peu de temps apr\u00e8s, j\u2019ai rencontr\u00e9 Bryce Boyer, avec qui j\u2019allais co-diriger un s\u00e9minaire pendant vingt ans. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, James Grotstein et moi sommes devenus amis, et partenaires dans la pens\u00e9e analytique. Pendant plus de trente-cinq ans, je lui ai r\u00e9guli\u00e8rement rendu visite \u00e0 Los Angeles, o\u00f9 nous parlions des heures de psychanalyse en nous promenant dans le parc pr\u00e8s de sa maison, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 2015. Je revenais toujours de ces visites avec le sentiment d\u2019avoir beaucoup appris de nos conversations. Quand j\u2019y repense, ce n\u2019est pas seulement que j\u2019ai immens\u00e9ment appris de nos \u00e9changes, je me suis aussi senti transform\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on impossible \u00e0 d\u00e9crire \u2013 je n\u2019en ai pas les mots&nbsp;\u2013, je me suis senti chang\u00e9 par ce que nous vivions lors de ces rencontres qui duraient toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>&#8230; je suis devenu quelqu\u2019un qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un m\u00e9decin qui travaille en marge de la m\u00e9decine, un psychiatre qui travaille en marge de la psychiatrie, et un psychanalyste qui travaille en marge de la psychanalyse.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c0 y regarder apr\u00e8s-coup, il me semble que je suis devenu quelqu\u2019un qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un m\u00e9decin qui travaille en marge de la m\u00e9decine, un psychiatre qui travaille en marge de la psychiatrie, et un psychanalyste qui travaille en marge de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis une personne plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9e, je ne participe pas aux r\u00e9unions analytiques, je ne me d\u00e9place pas, je ne donne pas de conf\u00e9rences. Mon cabinet de consultation se trouve \u00e0 mon domicile et, tous les ans, je tiens trois s\u00e9minaires hebdomadaires chez moi, dans ma salle \u00e0 manger. Dans deux de ces s\u00e9minaires, nous \u00e9tudions la psychanalyse en lisant des textes (principalement ceux de Winnicott et de Bion)&nbsp;: nous les lisons \u00e0 haute voix, ligne par ligne, ce qui nous prend entre six mois et un an pour \u00e9tudier un seul article. Ces s\u00e9minaires ont commenc\u00e9 il y a environ quarante ans. Le troisi\u00e8me s\u00e9minaire hebdomadaire, celui sur l\u2019\u00e9criture cr\u00e9ative, a d\u00e9marr\u00e9 il y a vingt ans. Je passe beaucoup de temps \u00e0 \u00e9crire&nbsp;: j\u2019\u00e9cris d\u2019articles et de livres sur la psychanalyse, j\u2019\u00e9cris des \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 la litt\u00e9rature (par exemple des textes sur les \u0153uvres de Borges, Kafka, Frost, Stevens, Dickinson, Heaney), et, depuis dix ans, j\u2019\u00e9cris des romans<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Selon le type d\u2019\u00e9criture sur laquelle je travaille, je me consid\u00e8re comme un psychanalyste qui est aussi un \u00e9crivain, ou comme un \u00e9crivain qui est aussi un psychanalyste.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>N. G. &amp; K. D. \u2014<\/strong> <em>Vous avez mentionn\u00e9 l\u2019importance qu\u2019a pour vous le langage, aussi bien quand vous lisez que quand vous \u00e9crivez. Pourriez-vous nous en dire plus sur la mani\u00e8re dont vous avez travaill\u00e9 avec les \u00e9crits de Freud, Klein, Winnicott et d\u2019autres.<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Thomas H. Ogden<\/strong>&nbsp;<strong>\u2014<\/strong> Oui, le langage a jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important dans mon cheminement vers la psychanalyse, puis au sein de celle-ci. Comme je l\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la fa\u00e7on dont Freud a utilis\u00e9 le langage pour raconter son \u00ab&nbsp;histoire&nbsp;\u00bb du fonctionnement de l\u2019esprit dans ses le\u00e7ons d\u2019<em>Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>. En lisant davantage de Freud \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et plus tard, j\u2019ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 intrigu\u00e9 par le mille-feuilles de sens qu\u2019il est capable de cr\u00e9er, par exemple dans \u00ab&nbsp;Au-del\u00e0 du principe de plaisir&nbsp;\u00bb, o\u00f9 la signification du concept de pulsion de mort passe d\u2019un besoin de ma\u00eetrise \u00e0 l\u2019\u00e9quivalent psychique de l\u2019entropie, \u00e0 un besoin de disperser ce qui avait \u00e9t\u00e9 un tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, dans mon parcours, j\u2019ai pris conscience de la richesse de significations occult\u00e9e par la traduction de Freud par James Strachey. Strachey a traduit \u00ab&nbsp;<em>Wo Es war, soll Ich werden<\/em>&nbsp;\u00bb par \u00ab&nbsp;<em>Where Id was, there Ego shall be<\/em> \u00bb. Ce faisant, Strachey n\u2019a pas tenu compte de l\u2019instruction explicite de Freud de se passer de mots grecs pompeux pour traduire <em>das Es<\/em> et <em>das Ich<\/em>. En anglais, une meilleure traduction de l\u2019allemand de Freud serait : \u00ab&nbsp;<em>Where it was,<\/em> <em>there I shall be<\/em> (ou <em>come into being<\/em>) \u00bb. En allemand, la formulation de Freud transmet quelque chose d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 en nous, d\u2019une \u00ab&nbsp;\u00c7a-it\u00e9&nbsp;\u00bb, si je puis me permettre, quelque chose du non moi qui nous habite \u2014&nbsp;en particulier, cette pression des forces biologiques qui, comme le dit Freud, cr\u00e9ent une \u00ab&nbsp;exigence de travail pour la psych\u00e9&nbsp;\u00bb. Les mots de Freud en allemand posent \u00e9galement les bases d\u2019une conception ontologique du changement psychique, c\u2019est-\u00e0-dire un processus dans lequel notre \u00ab&nbsp;\u00c7a-it\u00e9&nbsp;\u00bb, nos aspects \u00ab&nbsp;non moi&nbsp;\u00bb, \u00e9voluent vers une \u00ab&nbsp;je-it\u00e9&nbsp;\u00bb, vers un devenir qui nous rapproche du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et o\u00f9 l\u2019on est davantage soi-m\u00eame. Malgr\u00e9 l\u2019influence du positivisme du XIXe si\u00e8cle et l\u2019approche herm\u00e9neutique pour comprendre la signification symbolique des r\u00eaves, des associations et des sympt\u00f4mes, Freud, comme le refl\u00e8te le langage qu\u2019il utilise dans la phrase que je viens de citer, \u00e9tait \u00e9galement un penseur ontologique pr\u00e9occup\u00e9 par les questions relatives \u00e0 l\u2019\u00eatre et au devenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouve qu\u2019une bonne partie des \u00e9crits de Klein sont lourds (germaniques) et moins int\u00e9ressants que ceux de la plupart des autres grands penseurs psychanalytiques. Mais cela ne la r\u00e9sume pas. Elle \u00e9crit des phrases qui sont pleines de vie. Pour prendre un exemple, elle introduit son concept d\u2019identification projective par un seul paragraphe, dans lequel elle affirme que des parties du nourrisson sont cliv\u00e9es et projet\u00e9es non seulement sur la m\u00e8re, mais <em>dans<\/em> la m\u00e8re. Elle met le mot \u00ab&nbsp;<em>dans<\/em>&nbsp;\u00bb en italiques et, ce faisant, elle op\u00e8re un changement radical dans la pens\u00e9e analytique. Elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des analystes qui a contribu\u00e9 \u00e0 lancer la psychanalyse sur une voie dans laquelle la dimension intersubjective de la relation m\u00e8re-nourrisson \u00e9tait non seulement reconnue, mais \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9e comme primordiale pour la vie pr\u00e9coce du nourrisson et pour toute relation ult\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Paula Heimann, W. R. Bion, Herbert Rosenfeld, Michael Balint, Donald Winnicott, Willy et Madeleine Baranger, Heinrich Racker, Jos\u00e9 Bleger et bien d\u2019autres ont ensuite d\u00e9velopp\u00e9 cette dimension intersubjective de la psychanalyse (Ferenczi, Fairbairn et d\u2019autres avaient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 introduire le niveau intersubjectif de la communication et de la transformation psychique lorsque Klein, en 1946, a introduit le concept d\u2019identification projective). Dans la nouvelle conception intersubjective de la communication m\u00e8re-enfant, le nourrisson est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant incapable de penser et de ressentir des exp\u00e9riences qui sont trop fortes pour lui, il va donc r\u00e9pondre \u00e0 cette situation en exer\u00e7ant une pression sur la m\u00e8re pour qu\u2019elle se mette dans un \u00e9tat d\u2019esprit analogue au sien, afin qu\u2019elle puisse traiter ses pens\u00e9es impensables \u00e0 l\u2019aide de sa personnalit\u00e9 \u00e0 elle, plus large et plus mature, pour enfin, renvoyer au nourrisson ces m\u00eames pens\u00e9es et sentiments mais d\u00e9sormais sous une forme qu\u2019il sera capable de penser et de ressentir. Klein, elle-m\u00eame, ne semblait pas pr\u00eate pour cette r\u00e9volution de la pens\u00e9e analytique qu\u2019elle avait contribu\u00e9 \u00e0 mettre en marche. Elle a rompu avec sa disciple et amie proche, Paula Heimann, qui insistait pour utiliser ce qui \u00e9tait implicite dans le travail de Klein sur l\u2019identification projective. Heimann a \u00e9crit sur le r\u00f4le inconscient du patient dans la formation du contre-transfert de l\u2019analyste et sur le travail psychique que l\u2019analyste doit effectuer avec ces \u00e9tats mentaux suscit\u00e9s en lui, avant qu\u2019il ne retourne au patient, sous forme d\u2019interpr\u00e9tation, une version transform\u00e9e de ce qu\u2019il a v\u00e9cu dans le contre-transfert et de sa compr\u00e9hension de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 du spectre des styles d\u2019\u00e9criture psychanalytiques, j\u2019admire la fa\u00e7on dont Harold Searles utilise le langage. Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire part de ses sentiments. Tant d\u2019exemples d\u2019utilisation astucieuse du langage me viennent \u00e0 l\u2019esprit&nbsp;! Je n\u2019en choisirai qu\u2019un seul. Searles s\u2019occupait d\u2019une femme qui avait une fille schizophr\u00e8ne dont elle \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e depuis de nombreuses ann\u00e9es. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s son analyse, cette patiente a dit \u00e0 Searles qu\u2019elle avait re\u00e7u une lettre de sa fille et a tendu la lettre \u00e0 Searles pour qu\u2019il la lise. Searles \u00e9crit qu\u2019il a essay\u00e9 d\u2019accepter la lettre, mais a dit \u00e0 la patiente qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pour elle et non pour lui. Ce n\u2019\u00e9tait pas une lettre qui lui \u00e9tait destin\u00e9e. Il s\u2019est alors rendu compte que son impression que la lettre ne lui \u00e9tait pas adress\u00e9e refl\u00e9tait \u00e9galement le fait qu\u2019elle n\u2019avait pas non plus \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pour sa patiente, car cette derni\u00e8re, apr\u00e8s des ann\u00e9es de traitement analytique avec Searles, n\u2019\u00e9tait plus la personne \u00e0 qui sa fille \u00e9crivait. Cette fa\u00e7on qu\u2019il a de transposer son sentiment que la lettre ne lui \u00e9tait pas destin\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la lettre n\u2019est pas non plus destin\u00e9e \u00e0 la patiente est, pour moi, \u00e0 couper le souffle&nbsp;! On per\u00e7oit ici (et dans l\u2019\u00e9criture de Searles en g\u00e9n\u00e9ral) une forme d\u2019humour noir qui autorise \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e0 la compr\u00e9hension du dilemme humain une note d\u2019ironie. Certains estiment que Searles est trop sombre et l\u2019estiment d\u00e9daigneux \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses patients. Moi, je per\u00e7ois dans cet humour grin\u00e7ant son affection et sa compassion pour sa propre m\u00e8re schizophr\u00e8ne, j\u2019y vois aussi son propre effort pour faire face aux parties d\u00e9pressives et fragment\u00e9es de lui-m\u00eame et de ses patients. Il a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9reux avec moi lorsque nous nous sommes rencontr\u00e9s dans son bureau&nbsp;; il m\u2019a permis d\u2019\u00e9couter avec lui l\u2019enregistrement d\u2019une s\u00e9ance d\u2019un de ses patients qu\u2019il avait vu plus t\u00f4t dans la journ\u00e9e. Il pleurait pendant que nous l\u2019\u00e9coutions. Je n\u2019avais que trente ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque et je ne savais quoi dire. Un peu plus tard, il m\u2019a dit que j\u2019avais probablement remarqu\u00e9 ses larmes. Il m\u2019a expliqu\u00e9 que le fait d\u2019\u00e9couter cet enregistrement avec moi lui avait rappel\u00e9 la mort r\u00e9cente de Ping-Ni Pao<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, un ami proche, analyste \u00e0 la Chestnut Lodge, avec qui il avait travaill\u00e9 des d\u00e9cennies durant<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Hans Loewald, lui aussi, est l\u2019un de mes auteurs et penseurs psychanalytiques pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Dans son article intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Le d\u00e9clin du complexe d\u2019\u0152dipe<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;\u00bb, publi\u00e9 en 1979, il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si nous ne reculons pas devant la cruaut\u00e9 des mots, dans notre r\u00f4le d\u2019enfants de nos parents, par une authentique \u00e9mancipation, nous tuons pour de bon quelque chose de vital en eux \u2014&nbsp;non pas d\u2019un seul coup ni \u00e0 tous \u00e9gards, mais en contribuant \u00e0 leur mort.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a de la musique dans ce passage \u2013 \u00e7a nous demande une lecture scand\u00e9e qui va rythmer la phrase comme si un battement de tambour indiquait que quelque chose de primitif et de vrai \u00e9tait racont\u00e9. Nous devons faire une pause apr\u00e8s chaque segment, \u00ab&nbsp;mots&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;parents&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e9mancipation&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;eux&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;coup&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e9gards&nbsp;\u00bb et, enfin, \u00ab&nbsp;mort&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e dont on parle est \u00e0 la fois complexe et simple<a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. \u00c0 mesure que nous grandissons, il y a quelque chose en nous et quelque chose chez nos parents qui c\u00e8de \u00e0 la force des g\u00e9n\u00e9rations qui se succ\u00e8dent. En tant qu\u2019enfant, nous tuons quelque chose de vital chez nos parents tandis que, eux, ils se laissent tuer, non pas \u00e0 l\u2019issue d\u2019une bataille acharn\u00e9e (sauf quand nous sommes adolescents), mais du fait de cette pression affectueuse, insistante et implacable, avec laquelle nous, en tant qu\u2019enfants, les poussons vers le bout du \u00ab&nbsp;banc&nbsp;\u00bb de la vie, et ils se laissent faire. Loewald, tout comme Searles, n\u2019\u00e9lude pas le c\u00f4t\u00e9 sombre de la vie \u2014&nbsp;l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 de la mort et le besoin de l\u2019analyste de pouvoir la regarder en face.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>C\u2019est si simple&nbsp;!&#8230; Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on se demande : qu\u2019est-ce que cela signifie d\u2019\u00eatre ni verbal ni non verbal&nbsp;? Winnicott r\u00e9pond \u00e0 cette question impossible par une r\u00e9ponse impossible&nbsp;: c\u2019est comme \u00ab&nbsp;la musique des Sph\u00e8res&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Winnicott est sans \u00e9quivalent parmi les auteurs analytiques \u00e9crivant en anglais. Il m\u2019est presque impossible d\u2019ouvrir un de ses livres sans trouver une phrase qui n\u2019ait la beaut\u00e9 d\u2019un vers de po\u00e8me. Ses phrases semblent d\u2019une grande simplicit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on essaie de les paraphraser. Actuellement, dans un s\u00e9minaire de groupe, nous lisons \u00ab&nbsp;De la communication et de la non-communication, suivi d\u2019une \u00e9tude de certains contraires<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb. Permettez-moi de prendre une seule phrase en exemple, une phrase vers la fin de l\u2019article, o\u00f9 il dit que le noyau central sacr\u00e9 en nous est un isolat, tout \u00e0 fait personnel, \u00e0 jamais silencieux, un lieu o\u00f9, comme la musique des Sph\u00e8res, la communication n\u2019est ni verbale ni non verbale. C\u2019est si simple&nbsp;!&#8230; Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on se demande : qu\u2019est-ce que cela signifie d\u2019\u00eatre ni verbal ni non verbal&nbsp;? Winnicott r\u00e9pond \u00e0 cette question impossible par une r\u00e9ponse impossible&nbsp;: c\u2019est comme \u00ab&nbsp;la musique des Sph\u00e8res&nbsp;\u00bb. Il ne le dit pas, mais l\u2019id\u00e9e de la musique des Sph\u00e8res (ou l\u2019Harmonie c\u00e9leste) est une invention de Pythagore, au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ \u2013 c\u2019est l\u2019id\u00e9e de la musique parfaite, mais inaudible, du mouvement des corps c\u00e9lestes. Comment mieux d\u00e9crire ce qui est au-del\u00e0 des mots qu\u2019en invoquant une conception de la musique qui est \u00e0 la fois parfaite et inaudible&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Bion est lui aussi un auteur analytique dont l\u2019\u0153uvre est \u00e0 mon avis fascinante, voire passionnante. Son \u00e9criture est insaisissable \u2014&nbsp;les significations sont simplement hors d\u2019atteinte, sans jamais se laisser r\u00e9duire. Prenez par exemple la description de la psychose dans <em>Learning from Experience<\/em><a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a> (un titre qui vaut \u00e0 lui seul le prix du livre, car&nbsp;comment mieux d\u00e9crire la sant\u00e9 psychique en trois mots&nbsp;?!)&nbsp;: il dit que le patient psychotique est incapable de r\u00eaver, qu\u2019il ne peut s\u2019endormir et ne peut se r\u00e9veiller. Parmi tout ce que j\u2019ai lu de la litt\u00e9rature analytique, je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 de d\u00e9finition plus simple et plus profonde de la psychose&nbsp;: le patient ne peut ni s\u2019endormir ni se r\u00e9veiller. La vie \u00e0 l\u2019\u00e9tat de veille et la vie \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sommeil sont indiscernables. Tout cela est dit en deux phrases relativement courtes. Cette conception de la psychose am\u00e8ne Bion, dans ses s\u00e9minaires cliniques au Br\u00e9sil<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, \u00e0 faire une r\u00e9ponse que je n\u2019oublierai jamais. \u00c0 un analyste qui d\u00e9clare avoir demand\u00e9 \u00e0 son patient psychotique \u00e0 quoi celui-ci r\u00eavait, Bion r\u00e9pond qu\u2019il aurait pu demander au patient : \u00ab&nbsp;O\u00f9 \u00eates-vous all\u00e9 quand vous \u00eates parti vous coucher hier soir&nbsp;?&nbsp;\u00bb J\u2019entends ici un humour tr\u00e8s anglais dans la fa\u00e7on dont Bion imagine communiquer avec ce patient psychotique, et cette part d\u2019humour dans sa fa\u00e7on de parler donne de la vitalit\u00e9 \u00e0 ses propos.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s plus de soixante ans de lectures, la liste des auteurs analytiques dont j\u2019ai trouv\u00e9 qu\u2019ils faisaient un usage artistique du langage est longue, mais les auteurs que je viens de citer sont ceux que j\u2019aime le plus actuellement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>N. G. &amp; K. D. \u2014<\/strong> Comment s\u2019est-il pass\u00e9 votre travail avec les adolescents \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ? Aussi, ce que vous racontez de votre relation avec James Grotstein et Bryce Boyer a retenu notre attention. Pourriez-vous nous en parler davantage&nbsp;?<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Thomas H. Ogden<\/strong>&nbsp;<strong>\u2014<\/strong> Je vais r\u00e9pondre \u00e0 vos questions une par une, bien qu\u2019elles soient toutes deux li\u00e9es \u00e0 des moments indissociables d\u2019une m\u00eame histoire. J\u2019avais entre vingt et trente ans lorsque j\u2019ai travaill\u00e9 dans ce service d\u2019hospitalisation de longue dur\u00e9e pour adolescents, o\u00f9 les s\u00e9jours des patients duraient environ un an. Je venais de rentrer de mon ann\u00e9e \u00e0 Londres, lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler dans ce service. Faire des psychoth\u00e9rapies \u00e0 raison de cinq s\u00e9ances par semaine avec des adolescents psychotiques a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience des plus formatrices. Je peux vous en transmettre quelque chose en \u00e9voquant mon travail avec Robert, l\u2019un des patients avec lesquels je travaillais. C\u2019\u00e9tait un jeune schizophr\u00e8ne aveugle de 17 ans. Sa m\u00e8re \u00e9tait psychotique et l\u2019avait laiss\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re, ayant d\u00e9cid\u00e9 de partir au Mexique pour enseigner l\u2019h\u00e9breu aux Indiens de la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert \u00e9tait terrifi\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de se laver et ne pouvait se forcer \u00e0 prendre une douche, m\u00eame sous les fortes pressions \u00e9motionnelles et physiques du personnel soignant. J\u2019ai attribu\u00e9 son refus de se laver \u00e0 sa peur de se dissoudre dans la douche et d\u2019\u00eatre emport\u00e9 par les eaux us\u00e9es. Comme il \u00e9tait aveugle, son odeur le rassurait sur son existence. Robert \u00e9tait amen\u00e9 par une infirmi\u00e8re \u00e0 ses s\u00e9ances dans mon cabinet de consultation, lequel, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, se situait dans un b\u00e2timent voisin de celui de l\u2019h\u00f4pital. Robert passait une grande partie des s\u00e9ances en silence, les yeux retourn\u00e9s, de sorte que seuls les blancs \u00e9taient visibles. Il tenait sa t\u00eate en arri\u00e8re, ses longs cheveux gras reposaient sur le haut du dossier du fauteuil dans lequel il s\u2019affalait. Robert a tr\u00e8s peu parl\u00e9 durant les premiers mois de th\u00e9rapie&nbsp;; de temps en temps, il me rapportait quelque chose qui s\u2019\u00e9tait produit dans le service, comme son colocataire qui avait arrach\u00e9 le lavabo de la salle de bains et l\u2019avait tenu au-dessus de la t\u00eate de Robert pendant qu\u2019il dormait, \u00e0 deux doigts de le laisser tomber pour lui fracasser le cr\u00e2ne. J\u2019\u00e9tais incapable de dire si c\u2019\u00e9tait un r\u00eave, une hallucination ou une histoire invent\u00e9e, et je doutais que Robert puisse faire la diff\u00e9rence entre ces diff\u00e9rents registres.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant cette m\u00eame p\u00e9riode, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me pr\u00e9occuper de l\u2019odeur que Robert laissait dans mon bureau apr\u00e8s avoir quotidiennement frott\u00e9 ses cheveux contre le haut du dossier du fauteuil pendant 45 minutes. J\u2019ai achet\u00e9 des produits de nettoyage avec lesquels je r\u00e9curais l\u2019appuie-t\u00eate du fauteuil apr\u00e8s chaque journ\u00e9e de travail et pendant les week-ends. Malgr\u00e9 tous ces efforts, je ne r\u00e9ussissais pas \u00e0 me d\u00e9barrasser de son odeur. Je me suis mis \u00e0 d\u00e9velopper une hypersensibilit\u00e9 aux odeurs corporelles, et je ne pouvais m\u00eame plus aller au cin\u00e9ma puisque le simple fait d\u2019avoir des personnes assises autour de moi m\u2019\u00e9tait insupportable. Je me sentais perm\u00e9able, envahi et d\u00e9pourvu d\u2019une couche de moi-m\u00eame qui devait se trouver entre mes propres entrailles et celles des gens qui m\u2019entouraient. Il m\u2019a fallu un certain temps, tremp\u00e9 dans ce malaise, avant de me rendre compte que je ressentais ce que Robert ressentait lui-m\u00eame \u00e0 chaque instant de sa vie, qu\u2019il soit r\u00e9veill\u00e9 ou endormi (m\u00eame si je pense qu\u2019il ne savait pas quand il \u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 ou endormi). Je ressentais quelque chose d\u2019analogue \u00e0 ce que Robert ressentait avec sa m\u00e8re&nbsp;: il \u00e9tait \u00e0 tel point impr\u00e9gn\u00e9 par son int\u00e9rieur \u00e0 elle qu\u2019il ne pouvait pas faire la diff\u00e9rence entre ce qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui et ce qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle. \u00c0 mesure que je comprenais ce que Robert communiquait, je me suis aper\u00e7u que je souffrais d\u2019une sorte de psychose de contre-transfert, qui, lorsqu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 se r\u00e9soudre, a pris la forme de l\u2019intimit\u00e9 la plus proche que je n\u2019avais jamais v\u00e9cue, dans la mesure o\u00f9 je ne percevais aucune fronti\u00e8re qui s\u00e9parait ma t\u00eate et mon corps des siens. C\u2019\u00e9tait absolument terrifiant. Robert m\u2019a appris ce qu\u2019\u00e9tait l\u2019identification projective, sur laquelle j\u2019ai ensuite \u00e9crit. L\u2019acte d\u2019\u00e9crire m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 me d\u00e9barrasser de la puanteur avec laquelle Robert m\u2019avait envahi, une puanteur qui s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e de moi de l\u2019int\u00e9rieur, une puanteur par laquelle Robert avait demand\u00e9 de l\u2019aide pour des pens\u00e9es et des sentiments qu\u2019il \u00e9tait incapable de penser ou de ressentir. Je pense que, au d\u00e9but, mon propre v\u00e9cu d\u2019envahissement a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 \u00e0 Robert sous la forme de l\u2019odeur des produits d\u00e9tergents que j\u2019avais utilis\u00e9s sur le fauteuil. Je pense que Robert a d\u00fb sentir ces produits, ce qui lui a fait comprendre qu\u2019il m\u2019avait envahi de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il s\u2019\u00e9tait toujours senti envahi. Je n\u2019ai jamais parl\u00e9 \u00e0 Robert de ce que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 en me sentant envahi par l\u2019odeur naus\u00e9abonde \u00e0 cette odeur naus\u00e9abonde \u00e0 laquelle il s\u2019accrochait de peur de perdre le peu de lui-m\u00eame qui lui appartenait. Pour lui, dans cette odeur qui en \u00e9tait venue \u00e0 d\u00e9finir la maigre perception qu\u2019il avait de lui-m\u00eame, il y avait \u00e0 la fois de la terreur et de la violence. Les sentiments violents \u00e9taient probablement la partie la plus saine de son \u00eatre, car ils d\u00e9signaient une lutte contre sa m\u00e8re, un effort pour se lib\u00e9rer d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Aujourd\u2019hui, je parlerai de cette psychose plut\u00f4t comme d\u2019un reflet d\u2019un troisi\u00e8me sujet inconscient, co-cr\u00e9\u00e9 par l\u2019interaction de ma propre vie inconsciente et de celle de Robert. Le \u00ab&nbsp;tiers analytique&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>J\u2019ai dit, plus haut, que la psychose que j\u2019avais v\u00e9cue en travaillant avec Robert \u00e9tait une \u00ab&nbsp;psychose de contre-transfert&nbsp;\u00bb. Aujourd\u2019hui, je parlerai de cette psychose plut\u00f4t comme d\u2019un reflet d\u2019un troisi\u00e8me sujet inconscient, co-cr\u00e9\u00e9 par l\u2019interaction de ma propre vie inconsciente et de celle de Robert. Le \u00ab&nbsp;tiers analytique&nbsp;\u00bb, dans ce cas, \u00e9tait un sujet psychotique \u00ab&nbsp;r\u00eav\u00e9&nbsp;\u00bb par Robert et moi-m\u00eame, qui contenait le potentiel de croissance psychique comme cons\u00e9quence de la totalit\u00e9 de ce que, lui et moi, vivions au sein de la situation analytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je travaillais avec Robert, l\u2019\u00e9criture \u00e9tait une partie substantielle de ce qui pr\u00e9servait ma sant\u00e9 mentale ou m\u2019aidait \u00e0 la retrouver. Dans mon travail avec des patients qui, comme Robert, souffrent d\u2019une psychose flamboyante, ainsi que dans mon travail avec la partie psychotique de tous les autres patients avec lesquels je travaille, il est essentiel que j\u2019\u00e9crive d\u2019une mani\u00e8re qui <em>refl\u00e8te<\/em> ce que je vis avec mes patients, m\u00eame si je n\u2019\u00e9cris pas n\u00e9cessairement <em>sur <\/em>mon travail avec eux. J\u2019ai appris que l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9ative, sous une forme ou une autre, est une partie n\u00e9cessaire de mon travail avec mes patients. Le travail cr\u00e9atif dans lequel je me suis engag\u00e9 tout au long de ma carri\u00e8re d\u2019analyste a, la plupart du temps, pris la forme d\u2019articles sur la pratique de la psychanalyse et la pens\u00e9e implicite dans ma pratique. J\u2019ai \u00e9galement \u00e9crit des essais sur des \u0153uvres litt\u00e9raires. Il y a environ dix ans, la cr\u00e9ativit\u00e9 qui accompagnait mon travail analytique a \u00e9volu\u00e9 pour prendre la forme de l\u2019\u00e9criture de romans. J\u2019en ai publi\u00e9 trois jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. La vie que j\u2019essaie d\u2019insuffler dans la fiction litt\u00e9raire s\u2019inspire largement de mon exp\u00e9rience avec mes patients.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1979, les assurances priv\u00e9es ayant cess\u00e9 de financer les hospitalisations de plus de deux ou trois semaines, le service d\u2019hospitalisation de longue dur\u00e9e a \u00e9t\u00e9 contraint de fermer ses portes, et Bryce Boyer et moi-m\u00eame avons fond\u00e9 le <em>Center for the Advanced Study of the Psychoses<\/em>. Bryce entrait dans sa soixantaine quand nous nous sommes rencontr\u00e9s, et nous avions trente ann\u00e9es de diff\u00e9rence. Il avait une grande connaissance du traitement psychanalytique des patients gravement perturb\u00e9s, et je connaissais la th\u00e9orie britannique des relations d\u2019objet qu\u2019il \u00e9tait impatient d\u2019apprendre. Ensemble, nous avons anim\u00e9 un s\u00e9minaire hebdomadaire pendant plus de vingt ans, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 2000. C\u2019\u00e9tait un homme haut en couleur, \u00e9troitement identifi\u00e9 \u00e0 la tribu indienne Apache avec laquelle lui et sa femme, Ruth, une anthropologue, avaient v\u00e9cu pendant deux ans et avec laquelle ils ont continu\u00e9 \u00e0 vivre pendant des d\u00e9cennies aux mois d\u2019\u00e9t\u00e9. Avec Harold Searles, James Grotstein, Harry Stack Sullivan, Frieda Fromm-Reichmann et d\u2019autres, il a \u00e9t\u00e9 parmi les pionniers en Am\u00e9rique \u00e0 avoir travaill\u00e9 de mani\u00e8re analytique avec des patients psychotiques. Bryce a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers aux \u00c9tats-Unis \u00e0 utiliser le contre-transfert comme outil essentiel pour comprendre le transfert dans le travail avec des patients gravement malades. J\u2019ai beaucoup appris de lui sur le travail avec les patients psychotiques et sur la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab&nbsp;d\u2019avoir l\u2019esprit mal plac\u00e9&nbsp;\u00bb, comme Bryce le disait, lorsqu\u2019il s\u2019agissait de saisir le c\u00f4t\u00e9 sexuel de ce qui se passait. De mon c\u00f4t\u00e9, je lui ai fait d\u00e9couvrir les travaux de Klein, Fairbairn, Winnicott et Bion, ce dont il m\u2019a souvent remerci\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment o\u00f9 j\u2019ai rencontr\u00e9 Bryce, j\u2019ai rencontr\u00e9 Jim Grotstein. En 1979, \u00e0 la parution \u00e0 l\u2019<em>International Journal <\/em>de mon article \u00ab&nbsp;On projective identification&nbsp;\u00bb, Jim m\u2019a \u00e9crit une lettre enthousiaste de deux pages. J\u2019avais besoin d\u2019un ami avec qui partager ma passion pour la th\u00e9orie psychanalytique et le travail clinique avec les patients psychotiques. Je lui ai alors \u00e9crit pour lui demander si je pouvais d\u00e9couvrir le groupe d\u2019\u00e9tudes qu\u2019il mentionnait dans ses articles. Il m\u2019a appel\u00e9 le soir m\u00eame de la r\u00e9ception de ma lettre et m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 venir \u00e0 Los Angeles, \u00e0 assister au groupe d\u2019\u00e9tudes, \u00e0 passer l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 discuter avec lui, \u00e0 d\u00eener avec lui et avec sa femme, puis \u00e0 dormir chez lui la nuit, dans leur chambre d\u2019amis. L\u2019exub\u00e9rance enfantine que je percevais dans sa voix et dans son invitation a perdur\u00e9 tout au long de nos 35 ann\u00e9es d\u2019\u00e9troite amiti\u00e9. Jim d\u00e9bordait d\u2019id\u00e9es. Quand, au d\u00e9but de nos relations, je commentais un article qu\u2019il venait de publier, il disait : \u00ab&nbsp;Je ne crois \u00e0 plus rien de tout cela&nbsp;!&nbsp;\u00bb, puis m\u2019expliquait ce \u00e0 quoi il \u00ab&nbsp;croyait&nbsp;\u00bb \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il \u00e9tait en analyse avec Bion \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Jim n\u2019avait publi\u00e9 que quelques articles au cours des cinquante premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, mais il s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 au cours de son analyse avec Bion et est devenu l\u2019un des auteurs psychanalytiques les plus prolifiques et les plus respect\u00e9s de son temps<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Avec Jim, je n\u2019avais pas l\u2019impression qu\u2019il m\u2019apprenait quelque chose qu\u2019il savait ou, au contraire, que je lui apprenais quelque chose que je savais. Nous apprenions plut\u00f4t ensemble, en \u00e9laborant de nouvelles id\u00e9es alors que nous marchions pendant des heures (qui passaient aussi vite qu\u2019un r\u00eave) autour du parc pr\u00e8s de chez lui. Nous \u00e9tions ouverts l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, confiants et tendres l\u2019un envers l\u2019autre, d\u2019une mani\u00e8re qui nous \u00e9tait propre \u00e0 tous les deux. Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, nous nous parlions au t\u00e9l\u00e9phone chaque dimanche pendant environ une heure, passant toujours une bonne partie du temps \u00e0 discuter telle ou telle id\u00e9e issue de l\u2019\u0153uvre de Bion. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme je l\u2019ai dit tout \u00e0 l\u2019heure, l\u2019\u00e9criture a \u00e9t\u00e9 pour moi une activit\u00e9 cr\u00e9ative qui m\u2019a permis de rester sain d\u2019esprit dans le cadre de mon travail analytique. Mais elle a aussi \u00e9t\u00e9 bien plus que \u00e7a pour moi. L\u2019\u00e9criture est comme un r\u00eave. Je n\u2019ai que des id\u00e9es tr\u00e8s vagues sur ce que je vais \u00e9crire avant de m\u2019asseoir pour r\u00e9diger. Lorsque je m\u2019y mets, j\u2019ai l\u2019impression que les id\u00e9es me viennent dans l\u2019acte m\u00eame d\u2019\u00e9crire, et je suis souvent surpris par ce que j\u2019ai \u00e9crit. Le contenu des id\u00e9es et le style qui nous permet de les transmettre forment un tout indissociable. Les bonnes id\u00e9es sont de bons textes, et les bons textes sont de bonnes pens\u00e9es. Je suis fermement convaincu que l\u2019on ne \u00ab&nbsp;perd&nbsp;\u00bb jamais du temps \u00e0 \u00e9crire, m\u00eame si \u00e0 un certain moment on abandonne le projet sur lequel on travaillait. &nbsp;Chaque tentative d\u2019\u00e9criture, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un article analytique, d\u2019un chapitre de roman ou d\u2019un po\u00e8me, est une exp\u00e9rience de travail sur la t\u00e2che impossible de donner une forme \u00e9crite \u00e0 la vie v\u00e9cue. &nbsp;La vie v\u00e9cue ne peut \u00eatre couch\u00e9e sur le papier. Elle ne se pr\u00e9sente pas sous la forme de mots et est impossible \u00e0 traduire en mots. L\u2019exp\u00e9rience de penser une pens\u00e9e n\u2019est pas la pens\u00e9e qu\u2019on inscrit sur la page. Et pourtant, nous essayons d\u2019inventer des formes de faire cette traduction impossible, qu\u2019il s\u2019agisse du travail analytique avec les patients, de l\u2019invention d\u2019un monde dans l\u2019\u00e9criture d\u2019un roman ou de l\u2019expression d\u2019un sentiment dans un po\u00e8me. George Eliot l\u2019a bien exprim\u00e9 en disant que l\u2019\u00e9criture est \u00ab&nbsp;la chose la plus pr\u00e8s de la vie&nbsp;\u00bb. C\u2019est \u00e0 cela que travaille un \u00e9crivain, \u00e0 \u00e9crire au plus pr\u00e8s de la vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>N. G. &amp; K. D. \u2014<\/strong> <em>Au fil du temps, votre pens\u00e9e psychanalytique s\u2019est rapproch\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, et l\u2019\u00e9criture en tant que telle a pris une grande importance dans votre travail. Vous avez \u00e9crit des romans<\/em><a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a><em>, mais \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 une qualit\u00e9 \u00e9minemment litt\u00e9raire dans vos r\u00e9cits de cas et m\u00eame dans vos textes th\u00e9oriques. Alors, comment articulez-vous votre travail cr\u00e9atif d\u2019\u00e9criture avec la cr\u00e9ation du \u00ab&nbsp;tiers analytique&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;champ analytique&nbsp;\u00bb, et d\u2019autres concepts cruciaux avec lesquels vous travaillez ? Pour le dire simplement&nbsp;: quels rapports faites-vous entre l\u2019\u00e9crivain et l\u2019analyste que vous \u00eates&nbsp;?<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><em>Dans votre dernier ouvrage<\/em><a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a><em>, vous plaidez pour une \u00ab psychanalyse ontologique&nbsp;\u00bb, en d\u00e9crivant un changement de paradigme dans la psychanalyse, \u00e0 partir de la question \u00ab&nbsp;Que veux-tu \u00eatre quand tu seras grand<\/em><a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>&nbsp;<em>?&nbsp;\u00bb Pourriez-vous nous parler de cette \u00e9volution th\u00e9orique et pratique&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thomas H. Ogden<\/strong>&nbsp;<strong>\u2014<\/strong> Il est difficile de savoir par o\u00f9 commencer pour r\u00e9pondre \u00e0 toutes ces questions\u2026 Pour parler du rapport entre ce que je suis en tant qu\u2019analyste et en tant qu\u2019auteur, j\u2019ai le sentiment qu\u2019\u00eatre \u00e9crivain est un mode d\u2019existence qui me permet de devenir davantage moi-m\u00eame. Mes deux fils, lorsqu\u2019ils \u00e9taient enfants \u2014 ce sont maintenant des hommes dans la quarantaine \u2014, pensaient que mon m\u00e9tier \u00e9tait d\u2019\u00eatre \u00e9crivain. Ils me voyaient \u00e9crire pendant les week-ends, pendant les vacances, et imaginaient que c\u2019\u00e9tait ce que je faisais quand je partais au travail le matin, alors qu\u2019ils allaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Je pense que ce n\u2019est que vers l\u2019\u00e2ge de huit ou neuf ans qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 se douter que je faisais autre chose que d\u2019\u00e9crire. Aucun de mes fils n\u2019est devenu psychoth\u00e9rapeute, mais mon cadet est aujourd\u2019hui \u00e9crivain et professeur d\u2019anglais. En 2013, nous avons co-\u00e9crit <em>L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste et le regard du critique&nbsp;: Repenser la critique litt\u00e9raire psychanalytique<\/em><a id=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, un ouvrage tir\u00e9 de nos conversations autour de questions telles que : faut-il que l\u2019\u00e9crivain ait v\u00e9cu quelque chose de ce que vivent ses personnages dans ses romans ou ses nouvelles&nbsp;? De mon avis, il fallait que l\u2019auteur e\u00fbt v\u00e9cu une certaine version de la vie de son personnage, alors que, selon mon fils, c\u2019\u00e9tait au talent de l\u2019\u00e9crivain de cr\u00e9er des personnages cr\u00e9dibles et diff\u00e9rents de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, si l\u2019on revient sur cette relation entre mon exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9criture et le concept de tiers analytique, je n\u2019y vois pas de lien direct. L\u2019\u00e9criture est une activit\u00e9 solitaire, tandis que l\u2019exp\u00e9rience du tiers requiert n\u00e9cessairement une interaction entre les mondes internes de deux personnes, m\u00eame si ces deux personnes ne se vivent pas comme s\u00e9par\u00e9es (comme c\u2019\u00e9tait le cas avec Robert, le patient psychotique dont je vous ai parl\u00e9 plus haut). N\u00e9anmoins, il y a bien un lien entre les changements psychiques que je traverse tandis que j\u2019\u00e9cris et ceux dans ce que je suis et deviens en travaillant avec les analysants. \u00catre \u00e9crivain fait partie du psychanalyste que je suis. \u00c9tant \u00e9crivain je suis peut-\u00eatre aussi plus sensible, en s\u00e9ance, aux choix des mots, aux fautes grammaticales, \u00e0 l\u2019ironie, au talent de raconter des histoires, etc. En disant cela, je ne veux pas dire que je prends la distance d\u2019un journaliste. Au contraire, je suis, autant que possible, en train de vivre ce qui se passe dans la s\u00e9ance, d\u2019en \u00eatre \u00e9mu, d\u2019en \u00eatre chang\u00e9, d\u2019en \u00eatre ennuy\u00e9, de m\u2019y sentir seul, et de vivre tout ce qui peut s\u2019y produire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela peut sembler une digression, mais je me souviens ici d\u2019un \u00e9v\u00e9nement que j\u2019ai pu vivre \u00e0 l\u2019occasion de mes deux analyses (qui ont dur\u00e9 neuf ans chacune et ont eu lieu entre mes 19 et 40 ans). \u00c0 la fin de ma deuxi\u00e8me tranche, je n\u2019avais pas pens\u00e9 \u00e0 offrir un cadeau \u00e0 mon analyste pour notre dernier jour, mais, \u00e0 ma grande surprise, c\u2019est lui qui m\u2019a tendu un livre en d\u00e9but de s\u00e9ance et m\u2019a dit : \u00ab&nbsp;J\u2019ai pens\u00e9 que \u00e7a pourrait vous plaire.&nbsp;\u00bb C\u2019\u00e9tait un vieil exemplaire d\u2019un livre d\u2019Otto Fenichel, dont je savais qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 son analyste. Qu\u2019il m\u2019ait offert ce livre, accompagn\u00e9 de cette parole ce jour-l\u00e0, voil\u00e0 un instant de v\u00e9cu qui ne me quittera jamais. Tant de choses ont \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9es par ce geste qui ne peuvent \u00eatre mises en mots\u2026 et qui ne restent pas en moi sous forme de mots&nbsp;! C\u2019est inscrit en moi comme un \u00e9tat \u00e9motionnel, le sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 reconnu et aim\u00e9, m\u00eame si la fa\u00e7on de parler de l\u2019analyste a \u00e9t\u00e9 un peu abrupte. Si je devais le compter en mots, ce que j\u2019ai \u00ab&nbsp;appris sur moi&nbsp;\u00bb au long de mes 18 ann\u00e9es d\u2019analyse pourrait tenir sur une fiche Bristol.<\/p>\n\n\n\n<p>La question \u00ab&nbsp;Que veux-tu \u00eatre quand tu seras grand ?&nbsp;\u00bb fut omnipr\u00e9sente dans mes deux analyses. Non pas comme interrogation concernant le choix d\u2019une profession, mais comme une enqu\u00eate sur les mani\u00e8res d\u2019\u00eatre que je d\u00e9couvrais en moi, et dont certaines \u00e9taient douloureuses parce que charg\u00e9es de la peine li\u00e9e \u00e0 ce qui avait fait d\u00e9faut dans la famille o\u00f9 j\u2019ai grandi, et de ma crainte que ce m\u00eame manque contamine la famille que j\u2019\u00e9tais en train de cr\u00e9er.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je viens de dire n\u2019est peut-\u00eatre pas tout \u00e0 fait lin\u00e9aire, mais c\u2019est le propre de cet effort pour \u00eatre et pour devenir soi-m\u00eame. Il y a de l\u2019espoir, il y a de la promesse, mais il y a aussi de la peine, et un sentiment d\u2019impossibilit\u00e9, dans l\u2019exp\u00e9rience du devenir. Alors quel rapport entre tout cela et ce que j\u2019appelle la dimension \u00ab&nbsp;ontologique&nbsp;\u00bb de la psychanalyse, ce processus de changement au c\u0153ur de notre discipline que j\u2019ai vu se d\u00e9velopper \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une vague, \u00e9mergeant d\u2019une petite onde lointaine mais gagnant en puissance \u00e0 l\u2019approche du rivage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1940-1950, Donald W. Winnicott et W. R. Bion \u00e9crivaient des articles en franchissant les limites du mod\u00e8le structurel de la deuxi\u00e8me topique (\u00c7a, Moi, Surmoi)&nbsp;; ils ont introduit de nouvelles m\u00e9taphores qui allaient amorcer ce changement paradigmatique dans la psychanalyse, d\u2019ailleurs encore en plein processus. Ce que j\u2019ai v\u00e9cu chez mon analyste lorsqu\u2019il m\u2019a donn\u00e9 le livre \u00e0 notre derni\u00e8re s\u00e9ance n\u2019\u00e9tait pas un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 analyser pour ses significations symboliques&nbsp;: un symbole des g\u00e9n\u00e9rations qui se succ\u00e8dent, un symbole de l\u2019affection d\u2019un p\u00e8re pour son fils, etc. Tout cela \u00e9tait tr\u00e8s bien, certes, mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 qu\u2019il fallait chercher le lieu de la signification : le sens \u00e9tait, et il est demeur\u00e9 comme une chose bien vivante dans, notre v\u00e9cu du moment (un moment intemporel), et ce v\u00e9cu est fait d\u2019un m\u00e9lange de sentiments impossibles \u00e0 traduire en mots ou en groupes de significations symboliques. Winnicott et Bion l\u2019avaient bien compris, qui ont indiqu\u00e9 l\u2019existence d\u2019une dimension de l\u2019exp\u00e9rience allant au-del\u00e0 de la conception analytique qui privil\u00e9gie l\u2019interpr\u00e9tation du transfert comme l\u2019outil par excellence du changement et de la croissance psychique dans le cadre analytique. Cette vision de l\u2019action mutative, qui reste encore la norme pour bien des analystes, a \u00e9t\u00e9 introduite par Freud et Melanie Klein. Un analyste dont la conception du changement psychique diff\u00e9rait de la leur \u00e9tait mis au ban pour longtemps, flanqu\u00e9 du pire que l\u2019on puisse dire d\u2019un clinicien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne fait pas <em>vraiment<\/em> de la psychanalyse.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Aujourd\u2019hui, la direction du changement dans l\u2019exp\u00e9rience analytique vise moins le fait d\u2019apprendre \u00e0 se conna\u00eetre ou \u00e0 se comprendre que l\u2019<em>exp\u00e9rience<\/em> m\u00eame d\u2019apprendre \u00e0 \u00eatre celui que l\u2019on est, celui que l\u2019on peut devenir.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1940, \u00e0 Londres, au cours desdites \u00ab&nbsp;Controverses&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a> au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 britannique, Anna Freud inventa le terme \u00ab&nbsp;kleinien&nbsp;\u00bb pour dire de Klein qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas une freudienne \u2013 pas une \u00ab&nbsp;vraie&nbsp;\u00bb analyste donc. Cette m\u00eame forme de rejet a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Winnicott et de Bion&nbsp;: Winnicott \u00e9tait \u00ab&nbsp;trop gentil&nbsp;\u00bb avec ses patients et Bion, plut\u00f4t que psychanalyste, n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00ab&nbsp;mystique&nbsp;\u00bb. Moi, cependant, je per\u00e7ois Winnicott, Bion, mais aussi Herbert Rosenfeld, comme les acteurs d\u2019un changement important ; ils ont fait bouger la psychanalyse en faisant porter l\u2019accent, non plus sur la recherche de la signification symbolique du jeu et des r\u00eaves, mais sur ce qui peut \u00eatre v\u00e9cu dans le fait m\u00eame de pouvoir jouer et r\u00eaver. Aujourd\u2019hui, la direction du changement dans l\u2019exp\u00e9rience analytique vise moins le fait d\u2019apprendre \u00e0 se conna\u00eetre ou \u00e0 se comprendre que l\u2019<em>exp\u00e9rience<\/em> m\u00eame d\u2019apprendre \u00e0 \u00eatre celui que l\u2019on est, celui que l\u2019on peut devenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, ces deux dimensions de la psychanalyse \u2014&nbsp;l\u2019\u00e9pist\u00e9mologique (conna\u00eetre) et l\u2019ontologique (\u00eatre et devenir) \u2013 ne s\u2019annulent pas entre elles ni n\u2019existent \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur&nbsp;; elles&nbsp;coexistent toujours comme des \u00e9l\u00e9ments en tension dialectique l\u2019un avec l\u2019autre. Pour revenir un instant \u00e0 ma propre exp\u00e9rience d\u2019analysant, je n\u2019ai pas de mots pour d\u00e9crire ce que j\u2019ai v\u00e9cu quand mon analyste m\u2019a offert le livre (\u00e9tait-ce <em>son<\/em> livre qui se transformait en <em>mon<\/em> livre, ou qui se transformait en <em>notre<\/em> livre&nbsp;?) \u2013 il n\u2019emp\u00eache, cette exp\u00e9rience fait toujours partie de la solidit\u00e9 que je ressens en moi quand, par exemple, je m\u2019engage dans un travail analytique avec des patients difficiles. Mon travail avec Robert a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience dans laquelle j\u2019\u00e9tais \u00e0 la fois en train de perdre la t\u00eate et de m\u2019enraciner dans ce que je suis. La question \u00ab&nbsp;Que veux-tu \u00eatre quand tu seras grand ?&nbsp;\u00bb faisait partie int\u00e9grante de ce que j\u2019ai v\u00e9cu avec lui \u2013 une dimension de l\u2019exp\u00e9rience dont je ne prends conscience que maintenant, des d\u00e9cennies apr\u00e8s notre travail. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, Robert se demandait, et me demandait (alors qu\u2019il \u00e9tait perdu dans un \u00e9tat dans lequel il n\u2019\u00e9tait pas encore une personne distincte de moi ou de sa m\u00e8re)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que \u00e7a fait d\u2019\u00eatre adulte, d\u2019\u00eatre une personne \u00e0 part enti\u00e8re&nbsp;? Qu\u2019est-ce que \u00e7a fait d\u2019\u00eatre une personne qui peut tuer, et qui pourrait m\u00eame faire confiance \u00e0 quelqu\u2019un et \u00eatre capable d\u2019aimer&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et moi, \u00e0 ce moment-l\u00e0, je me posais les m\u00eames questions sans le savoir. J\u2019\u00e9tais rong\u00e9 par le besoin de l\u2019emp\u00eacher de m\u2019envahir, de s\u2019emparer de moi, de voler mon \u00e2me et mon corps. Ce besoin \u00e9tait-il conscient&nbsp;? Inconscient&nbsp;? Je dirai les deux, et aucun des deux. Dans ce contexte-l\u00e0, la division conscient\/inconscient n\u2019existait pratiquement pas. Consid\u00e9rer la situation selon les termes de la m\u00e9taphore de Freud (premi\u00e8re topique&nbsp;: Ics-Pcs-Cs), je l\u2019ai compris plus tard, n\u2019\u00e9tait pas adapt\u00e9 \u00e0 cette situation. Les m\u00e9taphores introduites par Winnicott et Bion m\u2019ont sembl\u00e9 mieux fonctionner,&nbsp;par exemple, celles mobilisant des modes d\u2019existence sans division entre les \u00e9tats conscients et inconscients, puisqu\u2019elles parlaient de l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du self.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott savait que le processus analytique demande au th\u00e9rapeute et \u00e0 l\u2019analyste qu\u2019ils en viennent \u00e0 jouer ensemble&nbsp;; si le th\u00e9rapeute en est incapable, il se peut qu\u2019il ait besoin d\u2019une tranche d\u2019analyse personnelle pour pouvoir enfin s\u2019engager dans ce jeu du processus th\u00e9rapeutique. Les patients viennent en analyse parce que, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, ils sont incapables de jouer et ne peuvent grandir tant qu\u2019ils n\u2019ont pas l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019entrer dans le jeu avec l\u2019analyste. De m\u00eame, Bion savait que, dans son travail avec le patient, l\u2019analyste n\u2019utilise pas ce qu\u2019il \u00ab&nbsp;sait&nbsp;\u00bb, plut\u00f4t, il capte <em>la v\u00e9rit\u00e9 de ce qui se passe<\/em>, sans \u00eatre encombr\u00e9 par la m\u00e9moire de ce qui a \u00e9t\u00e9 ou le d\u00e9sir de ce qui sera&nbsp;; il vit enti\u00e8rement dans le pr\u00e9sent intemporel de la s\u00e9ance. Bion soulignait que quand l\u2019analyste est pr\u00eat \u00e0 faire une interpr\u00e9tation, c\u2019est que le changement psychique vis\u00e9 s\u2019est d\u00e9j\u00e0 produit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>K. D. \u2014<\/strong> <em>Une derni\u00e8re s\u00e9rie de question, si vous nous permettez. Vous souvenez-vous d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e9chec&nbsp;\u00bb dans votre pratique analytique (pour autant que l\u2019on puisse utiliser ce terme en mati\u00e8re de psychanalyse), et avez-vous rencontr\u00e9 le m\u00eame sentiment dans votre \u00e9criture&nbsp;? Avez-vous l\u2019impression que vos \u00e9checs, en tant qu\u2019analyste et en tant qu\u2019\u00e9crivain refl\u00e8tent, \u00ab&nbsp;les parties laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9&nbsp;\u00bb (pour reprendre le titre d\u2019un de vos romans<a id=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\"><strong>[17]<\/strong><\/a>) de votre d\u00e9veloppement \u00e9motionnel ?<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Thomas H. Ogden<\/strong>&nbsp;<strong>\u2014<\/strong> Vos questions sont \u00e0 la fois fascinantes et difficiles. Si je comprends bien, vous me demandez s\u2019il y a eu des moments, dans mon travail analytique, o\u00f9 j\u2019ai eu le sentiment d\u2019avoir \u00e9chou\u00e9, et si cette exp\u00e9rience est similaire \u00e0 celle qui peut arriver \u00e0 l\u2019\u00e9crivain. Vous demandez \u00e9galement si mes \u00e9checs, \u00e0 la fois en tant que psychanalyste et \u00e9crivain, refl\u00e8tent des parties de mon existence psychique et\/ou physique qui auraient \u00e9t\u00e9 en quelque sorte laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9 ou qui seraient rest\u00e9es bloqu\u00e9es dans mon d\u00e9veloppement&nbsp;; des parties qui me laisseraient sans mots pour travailler avec le patient avec lequel je me sens en \u00e9chec ou, en tant qu\u2019\u00e9crivain, pour trouver un moyen de me remettre en selle et d\u2019\u00eatre en mesure d\u2019\u00e9crire \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de ma pratique analytique, il y a eu d\u2019innombrables occasions o\u00f9 j\u2019ai pu me sentir en \u00e9chec. Une patiente me vient \u00e0 l\u2019esprit. C\u2019\u00e9tait une femme dont la m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas fiable, rompant ses promesses encore et encore, et retournant la situation contre la patiente d\u2019une mani\u00e8re qui l\u2019humiliait en soulignant sa \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9 implacablement exigeante&nbsp;\u00bb. Il y a eu un moment dans son analyse o\u00f9 j\u2019\u00e9tais un petit peu en retard \u00e0 plusieurs s\u00e9ances d\u2019affil\u00e9e. Ce qui aggravait les choses \u00e9tait que, ces retards \u00e9tant tr\u00e8s brefs, je pouvais prolonger la s\u00e9ance de quelques minutes pour les \u00ab&nbsp;compenser&nbsp;\u00bb. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019un de ces retards, la patiente est entr\u00e9e dans la salle comme une furie. Elle m\u2019a dit : \u00ab&nbsp;Nous \u00e9tions convenus de nous rencontrer \u00e0 une heure pr\u00e9cise chaque jour et vous ne semblez pas prendre cet accord au s\u00e9rieux. Si vous ne respectez pas votre engagement, je vais vous renvoyer.&nbsp;\u00bb Je me suis excus\u00e9 de mon retard, mais cela n\u2019a fait que l\u2019\u00e9nerver davantage : \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e0 croire que vous prenez les excuses pour une baguette magique qui efface ce que vous faites.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode au cours de laquelle la patiente s\u2019est mise \u00e0 me trouver d\u00e9faillant \u00e0 bien des \u00e9gards. Elle a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas me payer les rendez-vous pour lesquels j\u2019\u00e9tais en retard parce qu\u2019elle devait passer la s\u00e9ance \u00e0 parler de moi et de mes probl\u00e8mes, alors qu\u2019elle me payait pour parler d\u2019elle et de ses probl\u00e8mes. Elle ne savait pas, disait-elle, si elle pourrait supporter la souffrance li\u00e9e \u00e0 la haine qu\u2019elle nourrissait \u00e0 mon \u00e9gard. De mon c\u00f4t\u00e9, je me suis senti perdu pendant les longs mois qu\u2019ont dur\u00e9 ses attaques. Certes, j\u2019associais ce qui se passait \u00e0 sa col\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re, une col\u00e8re dont elle n\u2019avait jamais pu faire l\u2019exp\u00e9rience, encore moins exprimer. Cela dit, ces associations me semblaient plut\u00f4t intellectualis\u00e9es, et je n\u2019en ai pas parl\u00e9 \u00e0 la patiente.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon esprit n\u2019a pas beaucoup vagabond\u00e9 au cours de ces s\u00e9ances o\u00f9 j\u2019\u00e9tais malmen\u00e9, mais il m\u2019est arriv\u00e9, durant cette p\u00e9riode, d\u2019avoir eu un moment de r\u00eaverie au cours duquel je regardais mon p\u00e8re et me sentais triste pour lui, un homme qui menait une vie o\u00f9 les mots n\u2019\u00e9taient pas un moyen de cr\u00e9er un lien avec moi, avec lui-m\u00eame ou avec quiconque. En pensant \u00e0 cette r\u00eaverie, il m\u2019est apparu que lui, comme ma patiente, avait v\u00e9cu une guerre. Mon p\u00e8re avait particip\u00e9 \u00e0 une vraie guerre militaire (et peut-\u00eatre \u00e0 d\u2019autres sortes de conflits), et elle \u00e9tait en guerre contre sa m\u00e8re, et d\u00e9sormais contre moi. Je me suis demand\u00e9 pourquoi j\u2019avais \u00e9t\u00e9 si imprudent quant \u00e0 ma promesse de la rencontrer aux heures convenues. Par moments, j\u2019ai song\u00e9 \u00e0 lui dire que \u00e7\u2019en \u00e9tait assez de ses attaques incessantes et que nous devions trouver un autre moyen de communiquer entre nous. Mais il m\u2019a sembl\u00e9 que, pour le bien de sa croissance psychique, ce serait mille fois mieux de la laisser parvenir d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 cet endroit, \u00e0 cet \u00e9tat de conscience. Il fallait qu\u2019elle en vienne \u00e0 me consid\u00e9rer comme une personne distincte, une personne qui pouvait \u00eatre bless\u00e9e par elle, une personne \u00e0 part enti\u00e8re, qui \u00e9prouvait des sentiments tout autant qu\u2019elle, et que je pouvais sentir au plus profond de mon \u00e2me que je l\u2019avais laiss\u00e9e tomber d\u2019une mani\u00e8re atrocement douloureuse pour elle. La fa\u00e7on dont je l\u2019avais l\u00e2ch\u00e9e pourrait \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab&nbsp;l\u00e9tale&nbsp;\u00bb, dans le sens o\u00f9 mon incapacit\u00e9 \u00e0 comprendre \u00e0 quel point il \u00e9tait important que je tienne mes promesses envers elle l\u2019avait priv\u00e9e de toute capacit\u00e9 de renoncer aux d\u00e9fenses qui l\u2019emp\u00eachaient d\u2019exister pleinement dans sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette p\u00e9riode de travail s\u2019est termin\u00e9e tr\u00e8s progressivement. J\u2019ai commenc\u00e9 par remarquer qu\u2019elle me regardait maintenant dans les yeux au d\u00e9but et \u00e0 la fin de nos s\u00e9ances, comme si elle cherchait quelque chose, ou voyait quelque chose qui la rendait curieuse, ou peut-\u00eatre m\u00eame percevait un je-ne-sais-quoi qui la surprenait. Je n\u2019\u00e9tais pas s\u00fbr de ce que cela repr\u00e9sentait mais c\u2019\u00e9tait nouveau et j\u2019ai accueilli le fait favorablement. Je ne lui en ai jamais parl\u00e9, mais ce fut \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 me voir comme une personne r\u00e9elle qui, comme elle, avait des sentiments, pouvait \u00eatre bless\u00e9e, et \u00e9tait capable de ressentir la douleur que j\u2019avais moi-m\u00eame caus\u00e9e en rompant une promesse que j\u2019avais fait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important d\u2019ajouter que ma compr\u00e9hension provisoire de ce qui se passait avec cette patiente est arriv\u00e9e tardivement, et lorsqu\u2019elle est apparue, elle avait \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par l\u2019article de Winnicott, \u00ab&nbsp;L\u2019usage d\u2019un objet<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>&nbsp;\u00bb. Il y traite de la destruction de la m\u00e8re\/analyste par le nourrisson\/analysant, et de la m\u00e8re\/analyste qui survit \u00e0 cette destruction sans riposter. C\u2019est cette exp\u00e9rience de destruction \u2014&nbsp;mue par le sentiment d\u2019une insuffisance abjecte&nbsp;\u2014 qui fait de la m\u00e8re\/analyste un objet r\u00e9el et distinct pour le nourrisson\/patient. En ce sens, je pense que la lecture que je fais d\u2019une th\u00e9orie analytique du type de celle que je d\u00e9couvre chez Winnicott m\u2019est pr\u00e9cieuse parce qu\u2019elle est ins\u00e9parable de ce que je vis dans le cabinet d\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail avec cette patiente s\u2019\u00e9tait concentr\u00e9 sur ma d\u00e9faillance envers elle, sur ses r\u00e9actions \u00e0 mon \u00e9chec et \u00e0 l\u2019\u00e9chec de sa m\u00e8re (dont la patiente \u00e9tait tenue responsable). Je ne sais pas si je dirais que mon \u00e9chec refl\u00e9tait une partie d\u00e9laiss\u00e9e de mon propre d\u00e9veloppement \u00e9motionnel, mais, en tout cas, l\u2019exp\u00e9rience avec cette patiente a contribu\u00e9 \u00e0 ma propre croissance \u00e9motionnelle. En particulier, j\u2019ai d\u00e9couvert que j\u2019avais d\u00e9velopp\u00e9 une plus grande capacit\u00e9 \u00e0 rester pr\u00e9sent et vivant face \u00e0 la douleur que, en \u00e9tant d\u00e9faillant, je pouvais susciter chez certains patients (et chez d\u2019autres personnes). Je ne suis plus jamais arriv\u00e9 en retard \u00e0 une s\u00e9ance d\u2019analyse sans repenser \u00e0 cette analysante.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous demandez si mon \u00e9chec dans mon travail avec un patient poss\u00e8de des similitudes avec les rat\u00e9s dans mon travail d\u2019\u00e9crivain. Ma premi\u00e8re r\u00e9action serait de r\u00e9pondre que non, car lorsque je me trompe en tant qu\u2019analyste, je blesse quelqu\u2019un d\u2019autre, alors que si je me trompe en tant qu\u2019\u00e9crivain, je ne d\u00e9\u00e7ois que moi-m\u00eame. Cela dit, en y r\u00e9fl\u00e9chissant davantage, je constate qu\u2019il existe d\u2019importantes similitudes entre mes \u00e9checs sur ces deux terrains, et le point commun le plus important est l\u2019absence de r\u00eaverie.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00eaverie, le r\u00eave \u00e9veill\u00e9, c\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit absolument fondamental pour mon travail d\u2019analyste et d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Dans le cabinet d\u2019analyse, la r\u00eaverie est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 deux, dans lequel un sujet tiers \u2014&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire la conjonction des inconscients du patient et de l\u2019analyste&nbsp;\u2014 r\u00eave un r\u00eave que ni le patient ni l\u2019analyste n\u2019auraient pu r\u00eaver seuls, un r\u00eave dans lequel s\u2019effectue un travail psychique sur ce qui est en train de se passer dans l\u2019analyse.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le cabinet d\u2019analyse, la r\u00eaverie est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 deux, dans lequel un sujet tiers \u2014&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire la conjonction des inconscients du patient et de l\u2019analyste&nbsp;\u2014 r\u00eave un r\u00eave que ni le patient ni l\u2019analyste n\u2019auraient pu r\u00eaver seuls, un r\u00eave dans lequel s\u2019effectue un travail psychique sur ce qui est en train de se passer dans l\u2019analyse. Sans les r\u00eaveries, je suis tout simplement d\u00e9sorient\u00e9 en tant qu\u2019analyste et en tant qu\u2019\u00e9crivain. En d\u2019autres termes, un travail analytique valable porte la marque des v\u00e9cus offerts par les r\u00eaveries, alors que le travail qui semble improductif est sign\u00e9 par l\u2019absence de r\u00eaverie. Il en va de m\u00eame pour l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le travail avec la patiente dont j\u2019\u00e9tais en retard pour ses s\u00e9ances, j\u2019avais cess\u00e9 de travailler dans la r\u00eaverie. J\u2019avais cess\u00e9 de \u00ab&nbsp;r\u00eaver l\u2019analyse&nbsp;\u00bb pour cette patiente singuli\u00e8re&nbsp;; je travaillais avec un patient imaginaire pour lequel mon retard n\u2019\u00e9tait en rien un \u00e9v\u00e9nement catastrophique. J\u2019avais cess\u00e9 de r\u00eaver et d\u2019\u00eatre l\u2019analyste que la patiente avait besoin que je sois. Je travaillais sans r\u00e9fl\u00e9chir. C\u2019\u00e9tait la r\u00eaverie convoquant ma peine pour mon p\u00e8re et pour son isolement, la r\u00eaverie sur son manque d\u2019acc\u00e8s aux mots pour exprimer ses sentiments, qui a marqu\u00e9 un tournant dans mon travail avec cette patiente. Je pouvais \u00e0 nouveau r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0. J\u2019esp\u00e8re avoir r\u00e9pondu \u00e0 une grande partie \u2013 certainement pas \u00e0 la totalit\u00e9 \u2013 de ce que vous m\u2019avez demand\u00e9. Nicolas et Katryn, ce fut un plaisir pour moi de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 vos questions et vos observations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>N. G. &amp; K. D. \u2014<\/strong> <em>Tom, nous avons le sentiment que cet entretien a \u00e9t\u00e9 une belle occasion de vous rencontrer. Merci pour cet \u00e9change.<\/em><\/h2>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ogden, T.H. (1979). \u201cOn Projective Identification\u201d, <em>Int. J. Psycho-Anal.,<\/em> 60, p. 357-373.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Tous in\u00e9dits en fran\u00e7ais : <em>The Parts Left Out<\/em> (The Karnac Library, 2014), <em>The Hands of Gravity and Chance<\/em> (The Karnac Library, 2016), <em>This Will Do<\/em> (Sphinx, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> N\u00e9 \u00e0 Shanghai et immigr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, le Dr Ping Ni Pao int\u00e8gre l\u2019\u00e9quipe de Chesnut Lodge en 1957, apr\u00e8s sa formation \u00e0 l\u2019Institut psychanalytique de Washington&nbsp;; en 1967, il devient le directeur des traitements psychoth\u00e9rapeutiques de la clinique, poste qu\u2019il gardera jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1981. Il est l\u2019auteur d\u2019innombrables textes sur les psychoses, dont un livre souvent cit\u00e9 par les auteurs am\u00e9ricains, <em>Schizophrenic Disorders,<\/em> <em>Theory and Treatment from a Pychodynamic Point of View<\/em> (International Universities Press, 1979).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Ogden raconte en d\u00e9tail cet \u00e9pisode dans son dernier livre, <em>Vers une nouvelle sensibilit\u00e9 analytique<\/em> (Paris, Ithaque, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u201cThe Waning of the Oedipus Complex\u201d <em>J Psychother Pract Res<\/em>. 2000 Fall; 9(4), p. 239\u2013249.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Ogden \u00e9tudie en d\u00e9tail ce texte de Loewald, <em>in<\/em> \u00ab&nbsp;Lire Loewald&nbsp;: l\u2019\u0152dipe r\u00e9invent\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>Red\u00e9couvrir la psychanalyse,<\/em> Paris, Ithaque, 2020, p. 129-148.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Texte de 1963, paru <em>in <\/em>D. W. Winnicott, <em>Processus de maturation chez l\u2019enfant<\/em>, Paris, Payot, 1989, p. 151-168.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;Apprendre par l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb, paru en fran\u00e7ais sous le titre&nbsp;: <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, Paris, Puf, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> W. R. Bion, <em>S\u00e9minaires cliniques<\/em>, Paris, Ithaque, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Tous in\u00e9dits en fran\u00e7ais : <em>The Parts Left Out<\/em> (The Karnac Library, 2014), <em>The Hands of Gravity and Chance<\/em> (The Karnac Library, 2016), <em>This Will Do<\/em> (Sphinx, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Un seul de ses ouvrages a \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais&nbsp;: <em>Un rayon d\u2019intense obscurit\u00e9. Ce que Wilfred R. Bion a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la psychanalyse,<\/em> Paris, Ithaque, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Ogden a publi\u00e9 trois romans, in\u00e9dits en fran\u00e7ais&nbsp;: <em>The Parts Left Out<\/em> (2014), <em>The Hands of Gravity and Chance<\/em> (2016), <em>This Will Do<\/em> (2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Vers une nouvelle sensibilit\u00e9 analytique. Le vivant (et le mort) dans le cabinet d\u2019analyse,<\/em> Paris, Ithaque, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Ce th\u00e8me constitue l\u2019un des chapitres de son nouveau livre. Voir aussi&nbsp;: T. H. Ogden (2019), \u201cOntological Psychoanalysis or \u2018What Do You Want to Be When You Grow Up?\u2019\u201d, <em>The Psychoanalytic Quarterly<\/em>, 88:4, 661-684.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> In\u00e9dit en fran\u00e7ais : <em>The Analyst\u2019s Ear and the Critic\u2019s Eye: Rethinking Psychoanalytic Literary Criticism<\/em>, Londres, New York, Routledge, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Voir Pearl King &amp; Riccardo Steiner, <em>Les Controverses, Anna Freud-Melanie Klein, 1941 -1945<\/em>, Paris Puf, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>The Parts Left Out,<\/em> in\u00e9dit en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> D. W. Winnicott (1969). \u00ab&nbsp;L\u2019usage d\u2019un objet et le mode de relation \u00e0 l\u2019objet au travers des identifications&nbsp;\u00bb, <em>La Crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques<\/em>, Paris, Gallimard, 2000, p. 231-263.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24191?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Thomas H. Ogden est un psychiatre et psychanalyste am\u00e9ricain, n\u00e9 en 1946. Son \u0153uvre, h\u00e9riti\u00e8re des conqu\u00eates postbioniennes, est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus robustes et novatrices de la psychanalyse contemporaine. 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