{"id":23837,"date":"2022-05-13T10:29:21","date_gmt":"2022-05-13T08:29:21","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=23837"},"modified":"2022-05-13T10:57:27","modified_gmt":"2022-05-13T08:57:27","slug":"la-fonction-therapeutique-du-psychologue-pour-les-patients-a-risque-de-la-maladie-de-huntington","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-fonction-therapeutique-du-psychologue-pour-les-patients-a-risque-de-la-maladie-de-huntington\/","title":{"rendered":"La fonction th\u00e9rapeutique du psychologue pour les patients \u00e0 risque de la maladie de Huntington"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>L<\/strong><strong>\u2019h\u00f4pital est commun\u00e9ment le lieu du corps<\/strong>. La temporalit\u00e9 hospitali\u00e8re tourne autour du soin corporel. Pour autant, au sein d\u2019un service de neurologie r\u00e9f\u00e9rent de la maladie de Huntington, des patients non malades viennent interroger leur statut g\u00e9n\u00e9tique : \u00ab&nbsp;<em>suis-je porteur de la maladie ?<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour les patients, leur demande concerne leur risque de d\u00e9velopper la maladie, potentiellement comme un ou plusieurs des membres de leur famille ont pu \u00eatre atteints. La maladie de Huntington est une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d\u2019origine g\u00e9n\u00e9tique, de transmission autosomique dominante qui entra\u00eene un certain nombre de sympt\u00f4mes regroup\u00e9s sous forme de triade : cognitifs, comportementaux et psychiatriques avec des manifestations variables d\u2019un patient \u00e0 l\u2019autre. Si un parent porte la mutation g\u00e9n\u00e9tique, ses enfants ont un risque de 50 % d\u2019\u00eatre \u00e9galement porteurs de la mutation. Depuis 1993, un diagnostic pr\u00e9 symptomatique est propos\u00e9 c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est possible de communiquer une information sur le statut g\u00e9n\u00e9tique d\u2019un individu non malade mais dit \u00e0 risque : porteur ou non porteur de la prot\u00e9ine Huntingtine (HTT) mut\u00e9e. Le test pr\u00e9 symptomatique permet de fournir une r\u00e9ponse binaire mais ne permet ni de pr\u00e9dire l\u2019\u00e2ge d\u2019entr\u00e9e dans la maladie, ni sa symptomatologie, ni son \u00e9volution. En d\u00e9pit des avanc\u00e9es de la recherche, aucun traitement curatif n\u2019est encore propos\u00e9. Lorsqu\u2019un patient est porteur, un suivi r\u00e9gulier peut-\u00eatre propos\u00e9 pour pr\u00e9venir l\u2019apparition de sympt\u00f4mes. Pour donner suite aux demandes de test pr\u00e9 symptomatique, les patients rencontrent une psychologue pour \u00eatre accompagn\u00e9s dans la d\u00e9marche. Je choisis volontairement, malgr\u00e9 son importance notoire, de ne pas proposer de r\u00e9flexion sur la d\u00e9marche en tant que telle mais sur l\u2019apr\u00e8s. Je soutiens un propos sur la pratique du psychologue aupr\u00e8s des patients non malades souhaitant conna\u00eetre leur statut g\u00e9n\u00e9tique (porteur ou non porteur de la maladie de Huntington). Nous pouvons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 questionner leur statut : sont-ils des patients&nbsp;? Peut-on proposer un espace th\u00e9rapeutique au sein m\u00eame de l\u2019h\u00f4pital ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En tant que psychologue<\/strong>, accompagner ces personnes dans et apr\u00e8s leur d\u00e9marche de diagnostic pr\u00e9 symptomatique, c\u2019est s\u2019inscrire dans un temps particulier de leur vie. Mon exp\u00e9rience t\u00e9moigne d\u2019une pratique du psychologue comme alli\u00e9e d\u2019une autre sc\u00e8ne pour le patient. Cet ailleurs peut se penser au-del\u00e0 de la r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale. La pratique <em>hospitali\u00e8re<\/em> du psychologue r\u00e9side dans l\u2019accueil de la singularit\u00e9 du patient.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>PORTEUR D\u2019UNE INFORMATION <\/strong><strong><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Avant l<\/strong><strong>\u2019annonce du r\u00e9sultat<\/strong>, la mutation n\u2019est pas connue pour les patients. Lorsque le rendu stipule la pr\u00e9sence du g\u00e8ne, les patients ne deviennent pas malades en sortant du bureau mais ils apprennent la pr\u00e9sence de la mutation du g\u00e8ne. L\u2019annonce, binaire, est donn\u00e9e, le statut se modifie. Une nouvelle assignation se cr\u00e9e : porteur ou non porteur. D\u2019embl\u00e9e, je soutiens l\u2019id\u00e9e que ce rendu correspond \u00e0 un savoir partiel. Ce savoir manquant va \u00eatre porteur d\u2019un savoir sur soi et d\u2019une continuit\u00e9 dans la r\u00eaverie. Le point d\u2019interrogation soulev\u00e9 en fait advenir d\u2019autres. Le test pr\u00e9dictif ne permet pas de pr\u00e9dire et suppose que l\u2019avenir est encore \u00e0 concevoir. C\u2019est dans ce hiatus, dans ce non-su (\u00ab&nbsp;<em>quand vais-je d\u00e9velopper la maladie ? comment ?<\/em>&nbsp;\u00bb) qu\u2019une br\u00e8che va pouvoir \u00eatre ouverte. C\u2019est parce que le patient (et la m\u00e9decine !) ne poss\u00e8de pas l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du savoir, qu\u2019il va \u00eatre possible de se l\u2019approprier.L\u2019annonce m\u00e9dicale n\u2019est pas compl\u00e8te, il va donc \u00eatre possible pour le patient de continuer \u00e0 se raconter.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>UNE ABRASION DE LA CONFLICTUALIT\u00e9 ?<\/strong><strong><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Le sujet cherche sa place<\/strong> dans ses venues \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Chaque patient tente d\u2019investir un lieu aux lumi\u00e8res crues, aux bruits non familiers et aux odeurs antiseptiques. Le milieu hospitalier agit comme le v\u00e9hicule des angoisses de mort et \/ ou de r\u00e9miniscences de perte. Il faut \u00eatre en mesure de se rendre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en d\u00e9pit d\u2019une bonne sant\u00e9. Lors du rendu, on assiste \u00e0 une confusion entre le ressenti corporel et l\u2019annonce du diagnostic pr\u00e9 symptomatique. Le m\u00e9decin nomme quelque chose du corps du patient. Le cach\u00e9, silencieux, est d\u00e9voil\u00e9 au grand jour. La mutation a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente mais la symptomatologie est absente. La vie psychique se mobilise autour de la maladie m\u00eame lorsque celle-ci n\u2019est pas d\u00e9clar\u00e9e. Au regard de cette annonce partielle, l\u2019activit\u00e9 d\u2019\u00e9laboration peut t\u00e9moigner de leur singularit\u00e9. Il va potentiellement \u00eatre possible de parler d\u2019un(e) autre <em>g\u00eane<\/em>, \u00e9voquer d\u2019autres statuts, d\u2019autres r\u00e9p\u00e9titions.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>ELO\u00cfSE<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>Elo<\/strong><strong>\u00efse a 24 ans.<\/strong> Je la rencontre pour la premi\u00e8re fois lors de sa demande de diagnostic pr\u00e9 symptomatique. Cette jeune femme, press\u00e9e, veut rapidement conna\u00eetre son statut pour savoir si elle peut \u00ab&nbsp;se marier et avoir des enfants&nbsp;\u00bb. Elo\u00efse n\u2019a jamais investi de relation amoureuse puisqu\u2019elle \u00ab&nbsp;ne va pas faire vivre ce risque \u00e0 un conjoint&nbsp;\u00bb. De plus, Elo\u00efse se demande si elle ne commence pas \u00e0 avoir un d\u00e9but de maladie puisqu\u2019elle indique rencontrer des difficult\u00e9s \u00e0 se rendre au travail et \u00e0 se sentir performante. Elo\u00efse n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise \u00e0 l\u2019id\u00e9e de venir dans le service, service o\u00f9 sa m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t. Elle n\u2019est jamais revenue depuis. Les patients dans la salle d\u2019attente sont \u00ab&nbsp;chelous&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e7a pue dans les couloirs&nbsp;\u00bb et surtout elle est tr\u00e8s occup\u00e9e. Elo\u00efse accepte de venir me voir \u00e0 l\u2019h\u00f4pital m\u00eame si elle semble \u00e9tonn\u00e9e de mes questionnements sur ce qu\u2019il se passe pour elle \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa d\u00e9marche diagnostique. Pour autant, une r\u00e9gularit\u00e9 des s\u00e9ances s\u2019installe. Elo\u00efse d\u00e9cide d\u2019aller au bout de sa d\u00e9marche de diagnostic pr\u00e9 symptomatique et apprend qu\u2019elle est porteuse de la mutation. Elo\u00efse nous dit qu\u2019elle n\u2019est pas surprise, ce r\u00e9sultat confirme ce qu\u2019elle a toujours senti. Elo\u00efse poursuit une autre d\u00e9marche : celle d\u2019investir l\u2019espace th\u00e9rapeutique que je lui propose.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apr<\/strong><strong>\u00e8s le r\u00e9sultat,<\/strong> toutes les difficult\u00e9s qu\u2019elle rencontre sont entendues du c\u00f4t\u00e9 de ce savoir g\u00e9n\u00e9tique. Elle me dit un jour, \u00ab&nbsp;je serai en d\u00e9pression toute ma vie puisque j\u2019ai cette \u00e9p\u00e9e au-dessus de la t\u00eate donc c\u2019est normal.&nbsp;\u00bb Elo\u00efse m\u2019\u00e9voque son anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e dans des situations o\u00f9 elle se sent envahie par les attentes des autres. Les autres sont toujours trop pr\u00e8s d\u2019elle lui donnant un sentiment d\u2019oppression permanent. \u00c9galement, lors du d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, \u00e0 ses 12 ans, Elo\u00efse s\u2019est promis de ne jamais rencontrer d\u2019hommes pour ne pas prendre le risque de construire sa vie avec quelqu\u2019un pour ensuite \u00ab&nbsp;lui faire vivre la maladie&nbsp;\u00bb. Le travail d\u2019\u00e9laboration se poursuit autour de son v\u00e9cu d\u2019adolescente. Des sc\u00e8nes reviennent r\u00e9guli\u00e8rement autour des bruits de sa m\u00e8re malade qu\u2019Elo\u00efse entendait le soir dans la chambre \u00e0 coucher. Ces bruits lui provoquaient un grand d\u00e9go\u00fbt. Je la questionne autour des bruits de la chambre \u00e0 coucher parentale.&nbsp; \u00ab&nbsp;Ah mais vous n\u2019\u00eates pas la psychologue que de Huntington ?&nbsp;\u00bb me r\u00e9pond-t-elle. Ma possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9coute en dehors de la maladie permet \u00e0 Elo\u00efse de se d\u00e9placer. Les psychologues \u00e0 l\u2019h\u00f4pital peuvent proposer une \u00e9coute qui ne se r\u00e9f\u00e8re pas uniquement au champ de la maladie et de ses r\u00e9percussions. Elo\u00efse investit son discours et ses manifestations inconscientes. Elle s\u2019\u00e9coute me raconter ce que le risque de la maladie a pu freiner dans sa vie. \u00c9galement, Elo\u00efse a pu penser les b\u00e9n\u00e9fices secondaires du risque, notamment au niveau de l\u2019abrasion de ses d\u00e9sirs d\u2019adolescente.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chez Elo<\/strong><strong>\u00efse, en premier lieu<\/strong>, le d\u00e9sir, le travail, l\u2019amour, la sexualit\u00e9 d\u00e9clinent face au risque de la maladie. Pour autant, la maladie ne se substitue pas \u00e0 la conflictualit\u00e9 et l\u2019espace th\u00e9rapeutique qui lui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 a pu lui permettre de s\u2019approprier son histoire avec un autre prisme que celui de la maladie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00caTRE UN PATIENT NON MALADE<\/strong><strong><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Est-ce que l<\/strong><strong>\u2019inconscient tournerait <\/strong>uniquement autour du risque de la maladie ? Les autres conflits seraient-ils \u00e9teints ? Que se passe-t-il \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En travaillant dans cette clinique<\/strong>, nous sommes impr\u00e9gn\u00e9s, professionnels et patients, des termes autour de la g\u00e9n\u00e9tique, du g\u00e8ne, de la r\u00e9p\u00e9tition, du porteur, du statut. Se savoir \u00e0 risque de la maladie de Huntington constitue une premi\u00e8re atteinte. Certains patients peuvent subir depuis plusieurs ann\u00e9es des auto-v\u00e9rifications, des inqui\u00e9tudes concernant la pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes. C\u2019est une observation men\u00e9e autour des signes du corps, examin\u00e9e par les m\u00e9decins, scrut\u00e9e par la famille. En ce sens, la pr\u00e9sence du psychologue suppose un regard diff\u00e9rent. Dans notre bureau, le g\u00e8ne, le coupable, est pr\u00e9sent dans le discours et effraie \u00e0 juste titre. Pour autant, la proposition d\u2019\u00e9coute du psychologue \u00e9tablie d\u2019embl\u00e9e un discours diff\u00e9r\u00e9 du patient.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>REMY<\/em><\/strong><strong><em><\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>Je rencontre R<\/strong><strong>\u00e9my <\/strong>\u00e0 la suite d\u2019une demande de la neurologue, inqui\u00e8te de son anxi\u00e9t\u00e9. R\u00e9my veut faire le test pour confirmer qu\u2019il est porteur. Il se plaint des signes de la maladie et \u00ab&nbsp;pr\u00e9f\u00e8re que l\u2019annonce soit faite plut\u00f4t que d\u2019attendre&nbsp;\u00bb. Je le re\u00e7ois dans mon bureau et, en effet, R\u00e9my donne \u00e0 voir plusieurs mouvements involontaires. R\u00e9my m\u2019indique qu\u2019il a toujours su qu\u2019il allait \u00eatre malade \u00ab&nbsp;comme toute la famille&nbsp;\u00bb. D\u2019ailleurs, il conna\u00eet tr\u00e8s bien le service et le personnel. R\u00e9my a pass\u00e9 de nombreux moments avec plusieurs membres de sa famille et il a l\u2019impression de revenir \u00ab&nbsp;\u00e0 la maison&nbsp;\u00bb me dit-il en plaisantant. Sa lign\u00e9e familiale n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e puisque son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 gravement atteint ainsi que toutes ses tantes. Son fr\u00e8re, plus \u00e2g\u00e9, est \u00e9galement porteur de la mutation. R\u00e9my \u00e9voque une vie rythm\u00e9e par les all\u00e9es et venues dans les h\u00f4pitaux pour voir des membres de sa famille. En riant, R\u00e9my parle de sa famille, \u00ab&nbsp;les Tin-Ton&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer le caract\u00e8re identitaire de la maladie de Huntington. Nos \u00e9changes se portent sur son appartenance familiale et sur sa projection en tant que porteur, mais aussi, en tant que non porteur de la mutation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-<\/strong><strong>\u00eatre l\u2019avez-vous vu venir<\/strong>, R\u00e9my n\u2019est pas porteur de la mutation. Lors du rendu, R\u00e9my adresse spontan\u00e9ment au m\u00e9decin : \u00ab&nbsp;vous pouvez refaire le test ?&nbsp;\u00bb. J\u2019indique \u00e0 R\u00e9my la possibilit\u00e9 de poursuivre nos s\u00e9ances. La proposition est entendue, R\u00e9my se rend chaque semaine dans le service pour rejoindre mon bureau. Il s\u2019agit pour R\u00e9my d\u2019une possibilit\u00e9 de continuer \u00e0 \u00eatre patient \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. En effet, R\u00e9my ne comprend pas ce r\u00e9sultat : \u00ab&nbsp;je ressemble tellement \u00e0 mon p\u00e8re&nbsp;\u00bb ; ou encore : \u00ab&nbsp;comment ma famille va le prendre&nbsp;\u00bb. Ne pas \u00eatre porteur op\u00e8re pour R\u00e9my une v\u00e9ritable trahison dans sa lign\u00e9e familiale. Il en vient m\u00eame \u00e0 se questionner sur son origine : \u00ab&nbsp;est-ce bien mon p\u00e8re biologique ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9tique peut<\/strong>, dans un premier temps, amener l\u2019id\u00e9e d\u2019une subjectivit\u00e9 mise de c\u00f4t\u00e9 mais il n\u2019en est rien. La mutation g\u00e9n\u00e9tique est susceptible de taire l\u2019infantile notamment au niveau de la filiation. Nommer le statut de porteur cr\u00e9e un rapprochement du statut de fils \/ fille : je suis bien le fils, la fille de mon p\u00e8re, de ma m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019information g\u00e9n\u00e9tique <\/strong>peut venir abraser les fantasmes d\u2019adoption et ranimer les fantasmes du semblable. \u00c0 l\u2019inverse, ne pas \u00eatre porteur peut faire vaciller l\u2019appartenance familiale. Le statut g\u00e9n\u00e9tique vient inscrire sa place dans la famille, faire figure d\u2019identification, du c\u00f4t\u00e9 des porteurs ou du c\u00f4t\u00e9 des non porteurs. La binarit\u00e9 du rendu n\u2019am\u00e8ne pas une r\u00e9action unique \u00e0 celui-ci. L\u2019annonce du diagnostic permet d\u2019interroger de nouveau l\u2019histoire infantile du patient. Le m\u00eame et le diff\u00e9rent vont pouvoir coexister dans le travail d\u2019\u00e9laboration avec la psychologue. La poursuite de l\u2019espace th\u00e9rapeutique de R\u00e9my a pu permettre d\u2019investir un ailleurs. Par la suite, il a \u00e9t\u00e9 difficile pour R\u00e9my de continuer \u00e0 se rendre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour nos s\u00e9ances. Cette demande d\u2019orientation en cabinet lib\u00e9ral a pu faire advenir un r\u00e9el tournant th\u00e9rapeutique pour R\u00e9my.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>PSYCHOLOGUE A L\u2019H\u00d4PITAL, PSYCHOLOGUE AU-DEHORS DE L\u2019H\u00d4PITAL <\/strong><strong><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Les psychologues, d\u2019autant plus<\/strong> s\u2019ils travaillent depuis un certain nombre d\u2019ann\u00e9es dans un service hospitalier, ne sont pas ignorants des possibilit\u00e9s de r\u00e9percussions physiques et psychiques qu\u2019entra\u00eenent la maladie. Nous sommes invit\u00e9s, de fait, dans le r\u00e9el. Nous connaissons l\u2019arriv\u00e9e du patient, souvent son histoire familiale et les risques de la maladie. En fonction de la pr\u00e9sence ou de l\u2019absence de la mutation, un certain nombre d\u2019attentes sont prescrites de la part du milieu m\u00e9dical mais \u00e9galement familial et individuel. La nomination du statut g\u00e9n\u00e9tique constitue une des premi\u00e8res modalit\u00e9s de notre rencontre avec les patients. Cependant, cette rencontre ne se situe pas autour du diagnostic mais autour de la place que prend cette information dans l\u2019histoire du patient. Le risque est d\u2019essentialiser le statut g\u00e9n\u00e9tique et de cristalliser le conflit autour de la maladie. Huntington comme carte d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans l<\/strong><strong>\u2019<\/strong><strong>accompagnement des patients<\/strong> pr\u00e9-symptomatiques, le corps est en premier lieu un corps silencieux. Le sympt\u00f4me corporel \u00e9tant par d\u00e9finition absent, le discours recueilli va prendre d\u2019autant plus place. L\u2019ambition est de permettre l\u2019accueil du patient hors de sa r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale tout en l\u2019accueillant chaque semaine \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour proposer un espace th\u00e9rapeutique. On peut parler d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019extraire du lieu et des r\u00e9percussions directes de la maladie. De fait, le psychologue doit par essence \u00eatre hors champ m\u00e9dical. Il s\u2019agit de faire un pas de c\u00f4t\u00e9 afin de laisser place \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 psychique du patient. La fonction th\u00e9rapeutique du psychologue s\u2019enracine dans cette conviction que le patient peut \u00eatre travers\u00e9 par des d\u00e9sirs et par une \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb conflictualit\u00e9. Le psychologue agit comme garant d\u2019une reconnaissance d\u2019une vie psychique mais \u00e9galement d\u2019un inconscient au-del\u00e0 du savoir m\u00e9dical. C\u2019est permettre, m\u00eame au-del\u00e0 de la crainte de la maladie, une \u00e9coute qui milite pour la vie psychique. C\u2019est-\u00e0-dire prendre le parti d\u2019un inconscient actif. Le travail du psychologue propose un ailleurs, un autre langage. L\u2019enjeu de notre travail peut s\u2019ancrer dans la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9introjection de la clinique du normal dans des situations pathologiques. Il s\u2019agit de permettre une narration qui associe sur la vie pulsionnelle. On peut souligner la surprise de certains patients quand on ouvre une autre porte que celle des porte<em>urs<\/em>. Nous supposons que c\u2019est par cette curiosit\u00e9 que le patient va pouvoir se d\u00e9caler.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>CONCLUSION<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>La place du psychologue<\/strong> au sein de l\u2019h\u00f4pital, au service de la singularit\u00e9, permet au patient de se projeter sur une autre sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parfois, la maladie de Huntington<\/strong> n\u2019est plus nomm\u00e9e, n\u2019est plus \u00e9voqu\u00e9e lors des s\u00e9ances. Le risque n\u2019a pas disparu mais il devient possible de sortir du prisme de la maladie. Une continuit\u00e9 du sujet dans l\u2019existence peut advenir. Il s\u2019agit de retrouver sa narration dans une d\u00e9marche de <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>d\u00e9santicipation<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong>. Le savoir manquant de l\u2019information g\u00e9n\u00e9tique peut laisser place \u00e0 d\u2019autres savoirs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette qu<\/strong><strong>\u00eate d\u2019un ailleurs<\/strong> permet un apaisement et une r\u00e9introduction de la r\u00eaverie. Il s\u2019agit d\u2019interroger le corps autrement et de le ramener au c\u0153ur de la vie pulsionnelle. Pour cela, une rencontre doit se faire, une curiosit\u00e9, un questionnement diff\u00e9rent pour d\u00e9placer la demande.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons ajouter que cela permet de travailler sans se plonger dans l\u2019effroi du pronostic. Le conflit, ce qui gratte dans l\u2019organisation psychique est toujours pr\u00e9sent. Le risque de la maladie ne vient pas tout couvrir. Nous pouvons continuer \u00e0 laisser libre court \u00e0 la conflictualit\u00e9 infantile. Cela demande de se laisser impr\u00e9gner de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 du patient mais de garder la possibilit\u00e9 d\u2019un ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je souhaite <\/strong><strong>\u00e9galement favoriser<\/strong> l\u2019id\u00e9e du b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une orientation en cabinet lib\u00e9ral. En tant que psychologue \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, nous pouvons en effet penser notre travail en lien avec les praticiens de ville. M\u00eame si nous pouvons penser que notre fonction \u00e0 l\u2019h\u00f4pital est th\u00e9rapeutique, le milieu hospitalier peut, pour diff\u00e9rentes raisons que nous ne pouvons d\u00e9velopper ici, limiter le d\u00e9ploiement du cadre de la psychoth\u00e9rapie \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb. De ce fait, nous pouvons envisager l\u2019h\u00f4pital non comme un lieu continu pour les patients, mais bien plut\u00f4t intermittent et \u0153uvrer pour que la prise en charge \u00e0 l\u2019h\u00f4pital nourrisse l\u2019app\u00e9tence pour une curiosit\u00e9 autre, en dehors de ses murs, tout en \u00e9tant facilitatrice d\u2019une appropriation d\u2019une demande en lib\u00e9ral, afin que le patient puisse poursuivre son travail d\u2019\u00e9mancipation vis-\u00e0-vis de la maladie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>POUR ALLER PLUS LOIN&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ciccone, A., Korff-Sausse, S., &amp; Missonnier, S. (2021).&nbsp;<em>Et si le handicap n\u2019\u00e9tait pas une trag\u00e9die?<\/em>. Toulouse&nbsp;: \u00c9r\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Gargiulo, M., &amp; Durr, A. (2018). Liminalit\u00e9 apr\u00e8s un diagnostic g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9symptomatique.&nbsp;HIRSCH, E.; HIRSCH, F.<em> Trait\u00e9 de bio\u00e9thique. Toulouse: \u00c9r\u00e8s<\/em>, 237-48.<\/p>\n\n\n\n<p>Hermant, \u00c9. (2019). Huntington: refuser l\u2019in\u00e9luctable pour \u00eatre inventif de sa vie. Hirsch, E. et Brugeron, P-E. <em>Vivre avec une maladie neuro-\u00e9volutive. Enjeux cliniques et soci\u00e9taux.<\/em> Toulouse&nbsp;: Er\u00e8s, 117-123<\/p>\n\n\n\n<p>Laufer, L. (2007). L&rsquo;accompagnement psychanalytique \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital: fantasmes du psychanalyste.&nbsp;<em>Cliniques m\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em>, (2), 19-29.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23837?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019h\u00f4pital est commun\u00e9ment le lieu du corps. La temporalit\u00e9 hospitali\u00e8re tourne autour du soin corporel. 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