{"id":23835,"date":"2022-05-13T10:26:47","date_gmt":"2022-05-13T08:26:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=23835"},"modified":"2022-05-13T10:26:49","modified_gmt":"2022-05-13T08:26:49","slug":"la-place-du-psychologue-en-service-daide-medicale-a-la-procreation-amp","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-place-du-psychologue-en-service-daide-medicale-a-la-procreation-amp\/","title":{"rendered":"La place du psychologue en service d&rsquo;aide m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation (AMP)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>CAUSALIT\u00c9 PSYCHIQUE ET ST\u00c9RILITE PSYCHOG\u00c8NE&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 cette \u00e9poque,<\/strong> les premiers psychanalystes \u00e0 s\u2019emparer de ce sujet ram\u00e8nent l\u2019infertilit\u00e9 \u00e0 une causalit\u00e9 psychique. Ils consid\u00e8rent la m\u00e9dicalisation de la conception comme un bio-pouvoir abusif des m\u00e9decins sur les femmes, dont l\u2019infertilit\u00e9 ne serait li\u00e9e qu\u2019\u00e0 un blocage psychologique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En France<\/strong>, des psychanalystes d\u00e9noncent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La m\u00e9decine de la reproduction est devenue subjectivement st\u00e9rilisante&nbsp;<\/em>!&nbsp;(Chatel MM, 1990)&nbsp;; l\u2019infertilit\u00e9 ne serait qu\u2019une punition des d\u00e9sirs \u0153dipiens (Tort M, 1992) ou bien toute infertilit\u00e9 n\u2019est que psychog\u00e8ne (Faure-Pragier S, 1997). Cette approche persiste avec \u00ab&nbsp;<em>Les verrous inconscients de la f\u00e9condit\u00e9 <\/em>\u00bb (Desjardin Simon J, 2010) ouvrage qui sera maintes fois \u00e9dit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aussi, quand une psychologue<\/strong> clinicienne de formation psychanalytique arrive dans un tel service \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90, les m\u00e9decins sont acquis \u00e0 cette approche et les patientes aussi. Je partage alors ce point de vue. Aussi, je re\u00e7ois les premi\u00e8res patientes infertiles tel un d\u00e9tective en qu\u00eate de la causalit\u00e9 psychique de leur sympt\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il aurait fallu se pencher<\/strong> davantage sur Freud et ses \u00e9crits sur l\u2019infertilit\u00e9 du d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Ce dernier n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par le chant des sir\u00e8nes de la causalit\u00e9 psychique de l\u2019infertilit\u00e9. Dans l\u2019analyse psychanalytique de l\u2019\u0153uvre de Macbeth, Freud d\u00e9taille le travail de deuil qui attend Macbeth face \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 de son couple&nbsp;: \u00ab&nbsp;se soumettre au destin&nbsp;\u00bb sous peine de voir appara\u00eetre la \u00ab&nbsp;rage aveugle de celui qui est condamn\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre&nbsp;\u00bb (Freud, 1916) sans descendance. Il explique combien la Reine \u00c9lisabeth subit \u00ab&nbsp;sa r\u00e9action \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 qui la convainc de son impuissance face aux d\u00e9crets de la nature&nbsp;\u00bb. Freud estimait que les consid\u00e9rations qui rapprochent la st\u00e9rilit\u00e9 d\u2019une punition d\u2019un crime ne sont que le fait de la \u00ab&nbsp;<em>justice po\u00e9tique<\/em>&nbsp;\u00bb. En 1921, il rapporte m\u00eame le cas d\u2019une femme gravement n\u00e9vros\u00e9e dont le mari est st\u00e9rile (Freud, 1921). Il explique combien l\u2019incapacit\u00e9 de cette femme \u00e0 quitter son mari dans l\u2019espoir d\u2019une grossesse, la rend malade. Freud abandonnera m\u00eame l\u2019id\u00e9e de causalit\u00e9 psychique au profit du \u00ab&nbsp;sens des sympt\u00f4mes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Influenc\u00e9s par une opposition soci\u00e9tale<\/strong> \u00e0 la PMA et les \u00e9crits de psychanalystes contemporains, psychologues, psychiatres et psychanalystes de ces services d\u2019AMP adh\u00e8rent totalement \u00e0 la causalit\u00e9 psychique de l\u2019infertilit\u00e9, entra\u00eenant dans leur sillage, m\u00e9decins, journalistes et patientes. Les magazines f\u00e9minins regorgent d\u2019articles expliquant aux femmes que l\u2019infertilit\u00e9 se situe avant tout \u00ab&nbsp;dans leur t\u00eate&nbsp;\u00bb&nbsp;! Aussi, le psychologue est tr\u00e8s bien accueilli dans un service d\u2019AMP.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le m\u00e9decin puise dans cette approche<\/strong> la raison de ses \u00e9checs th\u00e9rapeutiques. Il s\u2019en d\u00e9douane en les attribuant \u00e0 la psych\u00e9. Ce ne serait pas tant que les progr\u00e8s en mati\u00e8re de m\u00e9decine et de biologie de la reproduction ne soient pas encore adapt\u00e9s \u00e0 toutes les formes d\u2019infertilit\u00e9, mais plut\u00f4t que cette patiente s\u2019emp\u00eache psychiquement d\u2019\u00eatre enceinte. Puisqu\u2019une partie des inf\u00e9condit\u00e9s conjugales s\u2019av\u00e8re encore inexpliqu\u00e9e, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un \u00ab&nbsp;blocage psychologique&nbsp;\u00bb persiste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le m\u00e9decin propose les bons soins<\/strong> d\u2019une psychologue afin que cette derni\u00e8re l\u00e8ve les emp\u00eachements \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9. Les patientes y trouvent \u00e9trangement un b\u00e9n\u00e9fice. En effet, elles ne souffriraient pas d\u2019infertilit\u00e9 mais d\u2019un blocage inconscient. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, cela encourage des sentiments de culpabilit\u00e9 car elles seraient responsables de ces blocages. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, cela leur donne le sentiment qu\u2019elles sont en mesure de lever cet emp\u00eachement psychique. La motivation \u00e0 la consultation psychologique est de faire advenir magiquement une grossesse. Surtout, cela exclut la possibilit\u00e9 de parler de la cause r\u00e9elle&nbsp;: tubaire, hormonale, g\u00e9n\u00e9tique, f\u00e9minine ou masculine (Oh combien taboue&nbsp;!) de l\u2019infertilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La psychologue y trouve son compte<\/strong> car si une grossesse advient au d\u00e9cours d\u2019un travail psychoth\u00e9rapique, elle s\u2019en octroie le m\u00e9rite. La psychologue s\u2019arroge alors un pouvoir presque identique \u00e0 celui du m\u00e9decin&nbsp;: un pouvoir reproducteur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>LE SENS DU SYMPTOME&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Quelques ann\u00e9es d\u2019exercice<\/strong> au sein d\u2019un service d\u2019AMP auront eu raison de ce positionnement professionnel. Une vignette clinique permet d\u2019\u00e9clairer mon changement de paradigme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000<\/strong>, je re\u00e7ois une femme qui ne parvient pas \u00e0 \u00eatre enceinte malgr\u00e9 des traitements de FIV. Son gyn\u00e9cologue me l\u2019envoie car elle est tr\u00e8s abattue. Je commence cet entretien en qu\u00eate de l\u2019histoire de vie \u00e9clairant le sympt\u00f4me. Je fais le tour de son histoire, explore les relations familiales et conjugales et les \u00e9v\u00e9nements traumatiques. A la fin de l\u2019entretien, rien ne semble \u00e9merger. La patiente me fait part de sa d\u00e9ception et de son m\u00e9contentement. Elle pensait que j\u2019allais lever magiquement le fameux \u00ab&nbsp;verrou inconscient&nbsp;\u00bb de sa f\u00e9condit\u00e9. Je m\u2019aventure alors \u00e0 lui demander les raisons m\u00e9dicales qui l\u2019obligent \u00e0 avoir recours \u00e0 un traitement d\u2019AMP. Cette derni\u00e8re m\u2019explique enfin qu\u2019une infection a endommag\u00e9 ses trompes et qu\u2019elles ont d\u00fb \u00eatre retir\u00e9es. De ce fait, aucune grossesse spontan\u00e9e n\u2019aurait jamais pu advenir, m\u00eame avec une tr\u00e8s longue psychoth\u00e9rapie. Je venais d\u2019\u00eatre prise au pi\u00e8ge de ma propre grille interpr\u00e9tative dont je ne voulais me d\u00e9faire. La r\u00e9alit\u00e9 est revenue en boomerang s\u2019imposer. A ce moment-l\u00e0 de l\u2019entretien, la patiente s\u2019effondre en pleurs. Le pi\u00e8ge \u00e9tait narcissique, je me croyais capable de la rendre enceinte par la parole.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 compter de cette \u00ab&nbsp;m\u00e9saventure&nbsp;\u00bb<\/strong>, j\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 toute vell\u00e9it\u00e9 reproductive dans les entretiens.&nbsp; Les \u00ab&nbsp;enqu\u00eates&nbsp;\u00bb ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es au profit d\u2019une certaine neutralit\u00e9 bienveillante dans l\u2019accueil de la parole de ces femmes, traversant cette \u00e9preuve de l\u2019inf\u00e9condit\u00e9 avec leurs \u00e9motions, leur ambivalence, leur rage, leur tristesse et leurs espoirs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai d\u00e9couvert ainsi<\/strong> tout l\u2019arsenal des pathologies induisant une inf\u00e9condit\u00e9, tant chez l\u2019homme que chez les femmes et j\u2019ai per\u00e7u l\u2019immense blessure que cela provoquait chez les patients. L\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e, l\u2019image du corps, la valorisation narcissique sont bouscul\u00e9es. La jalousie, l\u2019envie, le d\u00e9sespoir sont le lot quotidien de ces consultations psychologiques. La rage, la culpabilisation et le rejet sont pleur\u00e9s dans ce cabinet hospitalier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lorsque la cause de l\u2019infertilit\u00e9<\/strong> est mal d\u00e9finie, la culpabilit\u00e9 conduit la femme \u00e0 chercher le sens de son sympt\u00f4me dans son histoire propre : une interruption volontaire de grossesse (IVG) r\u00e9alis\u00e9e dans le pass\u00e9, une mauvaise relation \u00e0 leur m\u00e8re, etc&#8230; Le psychologue peut entendre le sens que la patiente donne \u00e0 son sympt\u00f4me, sans y adh\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce changement d\u2019attitude<\/strong> dans l\u2019accueil des patientes aux prises avec l\u2019infertilit\u00e9 n\u2019emp\u00eache pas de penser que certains freins psychiques existent dans l\u2019inf\u00e9condit\u00e9. Le recul tardif de l\u2019\u00e2ge de la premi\u00e8re maternit\u00e9 ou le d\u00e9sir d\u2019enfant apparaissant plus de dix ans apr\u00e8s la rencontre conjugale, s\u2019apparentent \u00e0 des formes d\u2019\u00e9vitement de la maternit\u00e9 qui nous interrogent. Les v\u00e9ritables freins psychiques \u00e0 la maternit\u00e9 appartiennent \u00e0 une minorit\u00e9 de sujets. L\u2019entretien psychologique rend davantage compte de l\u2019ambivalence inh\u00e9rente \u00e0 chaque sujet face au d\u00e9sir d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>LES HOMMES EN PMA&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019homme est ignor\u00e9 dans cette approche<\/strong> causaliste, alors m\u00eame que la compr\u00e9hension et les traitements de l\u2019infertilit\u00e9 masculine s\u2019am\u00e9liorent. Seul l\u2019inconscient f\u00e9minin est imagin\u00e9 comme participant \u00e0 l\u2019inf\u00e9condit\u00e9 conjugale. On pr\u00e9suppose que la psych\u00e9 masculine n\u2019entra\u00eene aucun effet somatique. On ne se questionne sur la position subjective et\/ou inconsciente de l\u2019homme face au d\u00e9sir d\u2019enfant, seulement lorsque le recueil de sperme \u00e9choue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette place non acquise des hommes<\/strong> retentit fortement sur la consultation psychologique&nbsp;: nous recevons 90% de femmes alors m\u00eame qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9sir conjugal. D\u2019ailleurs, nous recevons rarement des hommes seuls.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette diff\u00e9rence de traitement<\/strong> s\u2019explique par la sp\u00e9cialisation des m\u00e9decins en PMA&nbsp;: la gyn\u00e9cologie. Les urologues et andrologues sont entr\u00e9s plus tardivement dans ces services. Ils sont peu nombreux alors que l\u2019on estime entre 45 et 50% (Agarwal, 2021&nbsp;; Mahra 2018) le taux d\u2019infertilit\u00e9 masculine dans l\u2019inf\u00e9condit\u00e9 conjugale. Les gyn\u00e9cologues, sp\u00e9cialistes de la fertilit\u00e9 f\u00e9minine, sont habitu\u00e9s \u00e0 s\u2019adresser \u00e0 la femme seule. Ils adressent difficilement les hommes en consultation psychologiques. Sans compter que l\u2019infertilit\u00e9 masculine est socialement taboue (Rozee et Mazuy, 2012).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La psychologue re\u00e7oit des hommes<\/strong> avec leurs compagnes quand le probl\u00e8me est l\u2019absence de sexualit\u00e9 ou bien lorsque le couple a recours \u00e0 un.e donneur.se de gam\u00e8tes. On per\u00e7oit souvent leur malaise. Est-ce le fait que la psychologue soit une femme, les gyn\u00e9cologues aussi et que c\u2019est le corps de leur femme qui est mis \u00e0 forte contribution&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA PAROLE DES SUJETS AUPR\u00c8S D\u2019UN PSYCHOLOGUE HOSPITALIER<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle libert\u00e9 et quel espace<\/strong> d\u2019\u00e9laboration pour les patients lorsqu\u2019ils sont re\u00e7us en entretien psychologique au sein m\u00eame du service o\u00f9 ils sont pris en charge m\u00e9dicalement&nbsp;? Il est patent que les patients s\u2019expriment davantage dans une consultation priv\u00e9e, au point m\u00eame que nous \u00e9chappe sans doute une partie des enjeux psychiques v\u00e9cus par nos patients \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le fait de porter une blouse blanche<\/strong> nous rattache au m\u00e9dical, aux m\u00e9decins. D\u2019ailleurs, nombre de patients nous appellent Docteur dans une confusion des places ou bien nous posent des questions d\u2019ordre m\u00e9dical. Il faudrait le refuser. Mais n\u2019y aurait-il pas un b\u00e9n\u00e9fice narcissique \u00e0 cette confusion ? Un certain nombre de psychologues estime faire partie du corps m\u00e9dical hospitalier. Les patients craignent que leurs dires soient partag\u00e9s avec le reste de l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale. En effet, en participant aux r\u00e9unions m\u00e9dicales d\u00e9cisionnelles, la notion de secret partag\u00e9 s\u2019impose. Que communiquer&nbsp;? Que taire des dires de nos patients&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trois autres situations<\/strong> emp\u00eachent la parole vraie en entretien psychologique en PMA&nbsp;: D\u2019abord, la conflictualit\u00e9 conjugale est \u00e9touff\u00e9e par peur de provoquer l\u2019interruption ou la suspension des traitements. Puis, m\u00eame si la psychologue en PMA n\u2019a pas pour vertu d\u2019\u00e9valuer la capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre de bons parents, cette crainte obstrue aussi le parler vrai. Puis, les troubles sexuels tr\u00e8s tabous pour les couples ont tendance \u00e0 \u00eatre aussi pass\u00e9s aussi sous silence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>LES MEDECINS ET LES PSYCHOLOGUES EN PMA&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Les m\u00e9decins ont pu rencontrer<\/strong> des difficult\u00e9s \u00e0 abandonner cette croyance en la st\u00e9rilit\u00e9 psychog\u00e8ne. Il a fallu peu \u00e0 peu les convaincre de son inefficacit\u00e9. Le fait qu\u2019il soit pr\u00e9f\u00e9rable que la consultation psychologique \u00e9mane de la demande du patient se fraya difficilement un chemin. Cependant, il est toujours efficace que le m\u00e9decin m\u00e8ne son patient vers la consultation psychologique&nbsp;; parce que le patient fait un transfert positif sur son m\u00e9decin, ce dernier peut le convaincre de nous consulter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si la consultation psychologique<\/strong> est impos\u00e9e par le m\u00e9decin, tel que certains chefs de service en PMA auraient souhait\u00e9 g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 tous les couples et \u00e0 toutes les femmes en demande d\u2019AMP, rien ne s\u2019exprime car les patientes craignent qu\u2019on ne les juge. Elles se pr\u00e9sentent alors comme de bonnes futures m\u00e8res. Leur discours est lisse et l\u2019entretien inutile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Certains m\u00e9decins proposent<\/strong> plus fr\u00e9quemment une consultation psychologique que d\u2019autres et deviennent nos interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s&nbsp;; cela d\u00e9pend du regard de ces derniers sur la psychologie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le psychologue est une figure<\/strong>, un objet de projection dans un service. Il peut susciter attraction et r\u00e9pulsion. La psychologue est souvent d\u00e9crite et v\u00e9cue comme \u00ab&nbsp;bonne, gentille, attentive et compr\u00e9hensive&nbsp;\u00bb, \u00e0 tel point que sa fonction se confond avec sa personnalit\u00e9 dans l\u2019esprit de certains.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00eame si hi\u00e9rarchiquement<\/strong> nous sommes attach\u00e9s au directeur de l\u2019h\u00f4pital, nous travaillons dans des \u00e9quipes dirig\u00e9es par un chef de service qui a demand\u00e9 notre pr\u00e9sence. Nos actions et notre autonomie d\u00e9pendent de ce dernier. Notre place est d\u00e9termin\u00e9e par la fa\u00e7on dont ce chef de service nous per\u00e7oit et sa motivation \u00e0 notre pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00catre un \u00e9lectron libre dans un service<\/strong> hospitalier est souvent mal per\u00e7u. Si le chef de service vous inclut dans les recherches, les projets communs avec les m\u00e9decins, vous devenez un collaborateur. Sinon, notre fonction est pens\u00e9e comme exclusivement clinique. Certains m\u00e9decins sont demandeurs d\u2019un \u00e9clairage diff\u00e9rent sur leurs patients dont ils ne peuvent prendre en charge les \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Certains m\u00e9decins n\u2019appr\u00e9cient pas<\/strong> que les dires de leurs patientes restent sous le secret d\u2019alc\u00f4ve de l\u2019entretien psychologique. La raison devrait nous intimer \u00e0 partager le strict minimum avec les m\u00e9decins qui ne veulent d\u2019ailleurs pas s\u2019encombrer des atermoiements psychiques de leurs patients.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que pourrait nous reprocher le m\u00e9decin<\/strong> d\u2019avoir tu&nbsp;? Si le couple n\u2019est plus li\u00e9, ne vit plus sous le m\u00eame toit mais persiste \u00e0 vouloir un enfant ensemble&nbsp;? Si nous mettons \u00e0 jour une pr\u00e9f\u00e9rence fantasmatique homosexuelle ou p\u00e9dophile&nbsp;? Doit-on en faire \u00e9tat&nbsp;? O\u00f9 s\u2019arr\u00eate la neutralit\u00e9 bienveillante&nbsp;? O\u00f9 commence la pr\u00e9occupation \u00e9thique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un glissement r\u00e9cent a lieu<\/strong> dans les services d\u2019AMP \u00e0 propos de la fonction des psychologues. Des questions \u00e9thiques traversent tr\u00e8s fr\u00e9quemment les m\u00e9decins qui s\u2019en d\u00e9chargent sur la psychologue. Elle devient celle qui dit le bien et le mal, le possible ou l\u2019impossible en mati\u00e8re d\u2019\u00e9thique. Or, la psychologue n\u2019est pas vou\u00e9e \u00e0 prendre cette position. Elle n\u2019en a pas la formation. Il existe des philosophes sp\u00e9cialistes de l\u2019\u00e9thique. Les concepts propres \u00e0 la psychologie et \u00e0 l\u2019\u00e9thique diff\u00e8rent. Nous ne connaissons de l\u2019humain que son exp\u00e9rience intime et individuelle, voire conjugale, mais nous ne repr\u00e9sentons pas une autorit\u00e9 supra-clinique qui nous conf\u00e9rerait le droit d\u2019autoriser ou d\u2019interdire une prise en charge m\u00e9dicale. Le chef de service d\u00e9tient ce pouvoir in fine. Des conflits pourraient \u00e9merger entre la psychologue et le reste de l\u2019\u00e9quipe, si cette derni\u00e8re se pose en valeur morale, en totem de l\u2019\u00e9thique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La psychologue en service de PMA<\/strong> ne peut pas non plus contredire un diagnostic m\u00e9dical. Elle ne cherche pas la cause de la st\u00e9rilit\u00e9. Elle accepte le diagnostic donn\u00e9 par les m\u00e9decins et accompagne le sujet dans sa souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En PMA, quand un couple<\/strong> pr\u00e9sente des troubles sexuels, le m\u00e9decin souhaite les r\u00e9soudre afin d\u2019\u00e9viter la m\u00e9dicalisation. Or, on ne peut traiter la sexualit\u00e9 humaine comme un fait m\u00e9dical. La sexualit\u00e9 se fonde sur le d\u00e9sir et l\u2019absence de sexualit\u00e9 est un sympt\u00f4me comme un autre du couple. On nous demanderait bien d\u2019\u00eatre sexologue aussi. Or, comme tout sympt\u00f4me, le trouble sexuel constitue souvent un m\u00e9canisme de d\u00e9fense que nous devons prot\u00e9ger pour la bonne sant\u00e9 psychique de nos patientes. L\u2019h\u00f4pital n\u2019est pas le lieu de la psychoth\u00e9rapie. Nous devons faire avec le sympt\u00f4me, en particulier le vaginisme pour la femme et l\u2019an\u00e9jaculation pour l\u2019homme. Ils peuvent exprimer un refus de parentalit\u00e9 ou bien prot\u00e9ger le patient d\u2019un glissement vers la psychose.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>CONCLUSION&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Pour conclure<\/strong>, on ne pourrait rendre obligatoire l\u2019entretien psychologique en PMA. En effet, ce dernier doit r\u00e9pondre au souhait d\u2019une personne d\u2019\u00eatre entendue dans sa souffrance, ses doutes, ses questionnements. Il ne pourrait non plus \u00eatre obligatoire que le couple vienne forc\u00e9ment ensemble si le probl\u00e8me \u00e9voqu\u00e9 n\u2019est pas conjugal. La pr\u00e9sence de l\u2019autre peut faciliter ou davantage entraver la parole.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Certaines consultations psychologiques<\/strong> sont impos\u00e9es par un m\u00e9decin car la psychologue travaille fr\u00e9quemment au sein d\u2019une \u00e9quipe. Elle est soumise au secret professionnel. Elle ne peut divulguer le contenu d\u2019un entretien. Cependant, elle peut \u00eatre un moyen de trouver une solution \u00e0 une incompr\u00e9hension entre patient et m\u00e9decin de PMA.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour finir<\/strong>, je dirais que je plaide pour un psychologue impliqu\u00e9, pourvoyeur de th\u00e9matiques de recherches transversales (entre m\u00e9decine et psychologie). Je plaide pour une formation continue du psychologue afin d\u2019enrichir sa pratique dans les services o\u00f9 il exerce. Je plaide pour un psychologue pourvoyeur d\u2019id\u00e9es de dispositifs sp\u00e9cifiques autour de la sant\u00e9 psychique du patient. Je plaide pour un psychologue ouvert vers l\u2019ext\u00e9rieur de son service, via les associations de patients, l\u2019universit\u00e9, les formations externes, etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je redoute que l\u2019on demande<\/strong> aux psychologues hospitaliers d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois au service du patient et \u00e0 celui du personnel avec lequel il travaille. Des psychologues d\u00e9di\u00e9s existent maintenant. Ils sont rattach\u00e9s \u00e0 la m\u00e9decine du travail et cela respecte davantage la d\u00e9ontologie de notre m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je plaide pour un psychologue hospitalier<\/strong> impliqu\u00e9 dans le travail d\u2019\u00e9quipe dans le respect des singularit\u00e9s et des comp\u00e9tences de chacun sans d\u00e9bordement dans les fonctions et les expertises professionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Agarwal A, Baskaran S, Parekh, Cho CL, Henkel R, Vij S, Arafa M, Panner Selvam MK, Shah R (2021). Male infertility. <em>Lancet<\/em> 23\/397 (10271), 319-333<\/p>\n\n\n\n<p>Chatel MM (1990). <em>Le magasin des enfants<\/em>. Gallimard, Paris. 73-76<\/p>\n\n\n\n<p>Desjardins-Simon J, Debras S. (2010). <em>Les verrous inconscients de la f\u00e9condit\u00e9,<\/em> Albin Michel<\/p>\n\n\n\n<p>Faure-Pragier S, <em>Les b\u00e9b\u00e9s de l\u2019inconscient, les psychanalystes face aux st\u00e9rilit\u00e9s f\u00e9minines aujourd\u2019hui<\/em>, PUF, Paris, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. [1916] (1985). Quelques types de caract\u00e8res d\u00e9gag\u00e9s, par le travail psychanalytique&nbsp;\u00bb, <em>Inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et autres <\/em>essais. Gallimard, Paris, 153<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. [1921] (1985). Psychanalyse et t\u00e9l\u00e9pathie. <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em> II, PUF, Paris, 17<\/p>\n\n\n\n<p>Mehra BL, Skandhan KP, Prassad BS, Pawankumar G, Singh G, Jaya V. (2018). <em>Urologia<\/em>, <em>85<\/em>(1), 22-24<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Virginie-Roz\u00e9e--77456.htm\">Roz\u00e9e<\/a> V, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Magali-Mazuy--18520.htm\">Mazuy<\/a> M. (2012).L&rsquo;infertilit\u00e9 dans les couples h\u00e9t\u00e9rosexuels&nbsp;: genre et \u00ab&nbsp;gestion&nbsp;\u00bb de l&rsquo;\u00e9chec. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-sciences-sociales-et-sante.htm\"><em>Sciences sociales et sant\u00e9<\/em><\/a><em>, <\/em><a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-sciences-sociales-et-sante-2012-4.htm\"><em>4<\/em> (30)<\/a>, 5-30<\/p>\n\n\n\n<p>Tort M (1992). <em>Le d\u00e9sir froid<\/em>. La d\u00e9couverte, Paris<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23835?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CAUSALIT\u00c9 PSYCHIQUE ET ST\u00c9RILITE PSYCHOG\u00c8NE&nbsp;: \u00c0 cette \u00e9poque, les premiers psychanalystes \u00e0 s\u2019emparer de ce sujet ram\u00e8nent l\u2019infertilit\u00e9 \u00e0 une causalit\u00e9 psychique. 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