{"id":23833,"date":"2022-05-13T10:23:29","date_gmt":"2022-05-13T08:23:29","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=23833"},"modified":"2022-05-13T10:23:31","modified_gmt":"2022-05-13T08:23:31","slug":"etre-psychologue-en-reanimation-a-lepreuve-du-cadre-et-du-corps","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/etre-psychologue-en-reanimation-a-lepreuve-du-cadre-et-du-corps\/","title":{"rendered":"Etre psychologue en r\u00e9animation \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du cadre et du corps"},"content":{"rendered":"\n<p><em>D\u00e9cembre 2020 \u00ab&nbsp;Je rencontre Monsieur M. d\u00e8s son arriv\u00e9e dans notre service pour Covid. Anxieux, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de s\u2019aggraver et de mourir, il pleure, parle de ses enfants, de ses petits-enfants, de son \u00e9pouse. Il raconte la chasse, la cueillette des champignons. Il \u00e9voque le d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re quand il avait 11 ans et sa vie difficile. Il me raconte sa greffe, ses maladies, et il ajoute&nbsp;: \u201cIl faut bien que \u00e7a s\u2019arr\u00eate un jour\u201d. Le lundi suivant, je suis pr\u00e9sente dans la chambre avec l\u2019\u00e9quipe de soignants qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 l\u2019endormir pour l\u2019intuber. Je tente de le r\u00e9conforter, je lui dis que je viendrai lui faire entendre des messages de sa famille, et que je lui passerai les morceaux de musique qu\u2019il aime. Il aime l\u2019accord\u00e9on et danser avec sa femme (larmes). Il nous dit adieu quand l\u2019infirmi\u00e8re le pr\u00e9vient qu\u2019elle lui administre la s\u00e9dation. Nous l\u2019assurons, avec mes coll\u00e8gues, de notre soutien, de notre pr\u00e9sence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endormissement&#8230; Nous tentons de le rassurer. Dans ce temps de restriction des visites, je viens lui faire \u00ab&nbsp;\u00e9couter&nbsp;\u00bb tous les jours des messages de ses proches. Je passe des morceaux de fado, je lui parle et d\u00e9cris ce qui se passe, ce qu\u2019il y a dans la chambre. Peut-\u00eatre mes paroles lui parviennent-elles. Hier, comme \u00e9mue par mes propres mots, par ma pr\u00e9sence, si proche, les larmes me sont venues. \u00c0 la demande de sa femme, je lui passe la chanson sur laquelle ils se sont rencontr\u00e9s. Nous sommes en contact t\u00e9l\u00e9phonique quotidien. Madame r\u00e9ussit \u00e0 venir malgr\u00e9 son angoisse. Ce jour-l\u00e0, elle se dira contente de l\u2019avoir vu et contente de me voir aussi, apr\u00e8s m\u2019avoir entendue si souvent au t\u00e9l\u00e9phone. H\u00e9las, Monsieur se d\u00e9grade\u2026 et meurt\u2026 C\u2019\u00e9tait ma \u00ab&nbsp;premi\u00e8re intubation&nbsp;\u00bb, et avec, le sentiment d\u2019une tromperie. Sentiment aussi quand je me regarde faire \u00e9couter des messages \u00e0 quelqu\u2019un qui ne les entend pas. Sentiment de honte, de col\u00e8re devant tant d\u2019inanit\u00e9, de mensonge \u00e0 moi-m\u00eame, d\u2019espoir ridicule. Sami, un infirmier, quitte le service aujourd\u2019hui. Ses propos r\u00e9sonnent alors \u00e9trangement&nbsp;: \u201cMerci beaucoup, Sabine, merci d\u2019\u00eatre l\u00e0 et pour ce que tu fais\u2026 Au d\u00e9but, franchement j\u2019avais des doutes, mais j\u2019ai compris, merci&nbsp;: \u00e7a d\u00e9leste le c\u0153ur, \u00e7a soulage la peine\u201d.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces lignes, extraites de mon journal clinique, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites en plein c\u0153ur de la deuxi\u00e8me vague Covid, quand les malades que nous accueillions continuaient \u00e0 mourir en nombre. En r\u00e9animation, patients et proches ont leur journal de bord. Le mien m\u2019accompagne depuis quatre ans. Il porte la trace de nombreuses rencontres, celle de mes \u00e9tonnements et de mes incertitudes. Il t\u00e9moigne de ce que fait une psychologue dans cet endroit si peu familier \u00e0 la pr\u00e9sence psy.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 quoi peut aider une psychologue, quand l\u2019urgence est au maintien en vie ? Comment travaille-t-on aupr\u00e8s des patients, des familles et avec les \u00e9quipes ? Comment construire son cadre quand le cadre externe se manifeste sans cesse aussi bruyamment&nbsp;? Comment continuer \u00e0 penser quand les limites s\u2019effacent entre soi et les patients, dans un floutage qui peut \u00eatre exacerb\u00e9, comme ce fut le cas pendant la pand\u00e9mie qui a ou aurait pu faire de nous et de nos proches des patients de r\u00e9animation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose de pr\u00e9senter ici mon travail de clinicienne, d\u2019en interroger les difficult\u00e9s, les limites et les impacts contre-transf\u00e9rentiels, tout autant que la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir un cadre interne qui permette de continuer \u00e0 penser les \u00e9prouv\u00e9s, tout en s\u2019appuyant sur un cadre externe, certes fragilis\u00e9, mais bien pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La m\u00e9decine intensive-r\u00e9animation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine intensive-r\u00e9animation est un service de \u00ab&nbsp;soins critiques&nbsp;\u00bb. C\u2019est une jeune sp\u00e9cialit\u00e9 impliqu\u00e9e dans le diagnostic et la prise en charge de toutes les d\u00e9faillances vitales d\u2019origine m\u00e9dicale. Le service o\u00f9 j\u2019exerce se divise en deux p\u00f4les&nbsp;: la r\u00e9animation et l\u2019unit\u00e9 de surveillance continue (USC). Dans le premier, les soins sont plus lourds, avec intubation et ventilation sous coma artificiel, quand la situation l\u2019impose. Le second assure la surveillance constante de patients dans des situations cliniques mena\u00e7antes et \u00e0 risques d\u2019aggravation. Une centaine d\u2019infimier.e.s et d\u2019aide-soignant.e.s se relaient, r\u00e9parti.e.s en deux \u00e9quipes de jour, deux \u00e9quipes de nuit, auxquels s\u2019ajoutent m\u00e9decins (de l\u2019\u00e9tudiant.e en m\u00e9decine au PUPH), kin\u00e9s, logisticiens, agent.e.s d\u2019entretien, secr\u00e9taire, psychologue\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps de la r\u00e9animation est le temps de l\u2019urgence, de la survie et du risque de d\u00e9c\u00e8s. Les questions autour de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique ou \u00ab&nbsp;obstination d\u00e9raisonnable&nbsp;\u00bb et les r\u00e9flexions sur les \u00ab&nbsp;limitations et arr\u00eats des traitements actifs&nbsp;\u00bb y ont une place pr\u00e9pond\u00e9rante. Notons que lors de la premi\u00e8re p\u00e9riode de Covid, entre mars et juin 2020, le taux de d\u00e9c\u00e8s (40%) a doubl\u00e9 par rapport \u00e0 la moyenne habituelle, au point que nous finissions par oublier que 60% de nos patients sortaient vivants du service. Voil\u00e0 qui invite \u00e0 penser l\u2019impact de ces chiffres et du nombre de morts sur le v\u00e9cu des \u00e9quipes, en termes d\u2019impuissance et de blessure narcissique pour des soignants qui eurent le sentiment de ne plus savoir ni soigner, ni gu\u00e9rir, et de passer leur temps \u00e0 faire des toilettes mortuaires, \u00ab&nbsp;<em>sans jamais avoir le temps de faire [leur] deuil<\/em>&nbsp;\u00bb (Alexandre, un coll\u00e8gue infirmier). Ce sentiment a fluctu\u00e9 lors des vagues suivantes laissant place \u00e0 la lassitude, la routine, la fatigue, le d\u00e9couragement, redoubl\u00e9s par la crise que vit le m\u00e9tacadre&nbsp;: aujourd\u2019hui, l\u2019h\u00f4pital est mourant et se vide de ses forces vives.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une psy en r\u00e9animation&nbsp;: pour quoi faire&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La vie psychique n\u2019est pas au c\u0153ur de la vie de l\u2019h\u00f4pital. Les psychologues hospitaliers travaillent en extraterritorialit\u00e9. Souvent, les patients sont \u00e9tonn\u00e9s de nous voir. Parfois un peu inquiets, souvent satisfaits, rarement m\u00e9fiants. Mais que peut bien faire une psy en r\u00e9animation Dans tous les sens de l\u2019expression&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-elle en mesure de faire&nbsp;? Qu\u2019est-ce qu\u2019elle fabrique&nbsp;?&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019elle fait l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb On conna\u00eet les outils des psychologues&nbsp;: le temps, la pr\u00e9sence, l\u2019\u00e9coute. Une disponibilit\u00e9 particuli\u00e8re qui, dans cet espace limite aux confins du vivant, s\u2019intensifie. Ces quelques outils, on se doit de les adapter \u00e0 l\u2019\u00e9tat du patient, \u00e0 sa douleur, \u00e0 sa fatigue, \u00e0 son sommeil, \u00e0 son rythme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les psychologues ont ici un r\u00f4le de pr\u00e9sence et d\u2019\u00e9coute aupr\u00e8s des patients, familles, soignants, mais aussi un r\u00f4le de maintien du lien, de consolation, de r\u00e9assurance, d\u2019apaisement. Autant de termes qui peuvent surprendre si l\u2019on oublie que l\u2019on est dans un service de soins <em>critiques<\/em>. On se trouve l\u00e0 en soutien face \u00e0 la souffrance morale et physique des patients et des proches, confront\u00e9s au risque de mort et \u00e0 la maladie grave, \u00e0 l\u2019espoir et au d\u00e9sespoir, \u00e0 l\u2019attente et \u00e0 l\u2019incertitude. Le contexte est traumatique&nbsp;; la perspective de la mort imminente, toujours mena\u00e7ante, jamais certaine. T\u00e9moins \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de risques de d\u00e9c\u00e8s, de la d\u00e9tresse et de la douleur des patients et des proches, les soignants courent le risque d\u2019un traumatisme vicariant, ce traumatisme de contagion, provoqu\u00e9 par la confrontation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 des situations traumatiques. La psychologue, soignante parmi les autres, partage ce risque, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019un travail de supervision, d\u2019intervision, d\u2019analyse, ainsi que de temps pour \u00eatre attentive \u00e0 son corps propre&nbsp;et \u00e0 ses ressentis, pour penser, \u00e9crire et partager.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Au chevet des patients<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019entre dans la chambre des patients inconscients, intub\u00e9s, ventil\u00e9s. L\u2019espace est envahi par les bruits des machines et la respiration artificielle. Je m\u2019assois, je me cale sur le rythme de cet artifice et je respire, fermant les yeux quelques instants. Je leur parle, je les couvre de paroles. C\u2019est un manteau pour mes \u00e9paules aussi. Parfois, je ne parle pas, parfois les mots me manquent. Parfois, je ne fais que regarder le ciel et les nuages qui le traversent. Parfois, je r\u00eave. Parfois, je n\u2019entre pas. Parfois, je n\u2019y suis pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Nambinia se r\u00e9veille du coma dans lequel elle est plong\u00e9e depuis plusieurs semaines. Je vais lui parler quotidiennement. Elle s\u2019agite, remue la t\u00eate, bouge ses mains de mani\u00e8re d\u00e9sordonn\u00e9e. Son corps et ses odeurs envahissent l\u2019espace. Voil\u00e0 qui convoque des v\u00e9cus originaires de d\u00e9tresse, bien ant\u00e9rieurs \u00e0 la parole et m\u00eame au cri. Je tente, m\u2019appuyant sur cette empathie identificatoire primaire de dire ce que je vois, ce que j\u2019imagine qu\u2019elle ressent, je lui parle.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame C. est atteinte du syndrome de Guillain-Barr\u00e9, une maladie neurologique auto-immune qui entra\u00eene une paralysie progressive. Un jour, je m\u2019assois pr\u00e8s d\u2019elle, sans parler, je respire en fermant les yeux, puis lui exprime doucement ma r\u00e9serve et ma crainte de la noyer de paroles, mon h\u00e9sitation \u00e0 la toucher, risquant de provoquer des douleurs paresth\u00e9siques.<\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre avec des patients conscients, mais entrav\u00e9s par l\u2019intubation qui les emp\u00eache de parler, me semble souvent la plus difficile. Je d\u00e9cris \u00e0 ces patients ce qui se passe autour d\u2019eux. Il m\u2019arrive de leur lire des extraits de leur journal de bord o\u00f9 sont racont\u00e9s, par les soignants, les soins qui leur sont apport\u00e9s, ainsi que des messages d\u2019encouragement. Je leur prends la main, parfois ils me la tendent spontan\u00e9ment. Certains s\u2019agrippent avec les yeux. Je tente de ne pas me d\u00e9rober \u00e0 ce regard, \u00e0 cet appel. Je retra\u00e7ais ainsi une rencontre dans mon journal : <em>\u00ab\u201cBonjour Monsieur T., vous voil\u00e0 bien r\u00e9veill\u00e9\u2026 (Je parle lentement et doucement, modulant ma voix). Les choses vont dans le bon sens\u2026 C\u2019est encore difficile\u2026 Vous avez un tube dans la gorge pour vous aider \u00e0 respirer. Vous \u00eates en r\u00e9animation \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de\u2026\u201d J\u2019explique les contentions, il serre ma main, ne la l\u00e2che pas. Je lui promets que nous sommes l\u00e0 avec lui, que nous le soutenons, que nous l\u2019aidons \u00e0 combattre la maladie\u2026 J\u2019ai du mal \u00e0 enlever ma main. Idem avec monsieur H. qui me regarde, plonge ses yeux dans les miens, s\u2019accroche \u00e0 ma main, la caresse, la serre, la serre, ne veut pas la l\u00e2cher. Quand on ne peut rien, quand on est impuissant, la fonction maternelle est totale, massive, il ne reste que cela : consoler, soutenir, rassurer. \u00bb<\/em> Quand le d\u00e9sir de communiquer est imp\u00e9ratif, je prends une ardoise, j\u2019\u00e9cris l\u2019alphabet et \u00e9p\u00e8le avec le patient les mots et les phrases pour tenter de saisir ce qu\u2019il veut dire. Parfois, on est abattue&nbsp;: on n\u2019y arrive pas. Parfois, on partage avec le patient, mais aussi avec ses proches et les autres soignants, le soulagement et la joie de comprendre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Raconter, \u00e9couter<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La chambre, le bureau, les couloirs, la salle d\u2019attente, la salle des familles&nbsp;: je marche beaucoup, je dessine des \u00ab&nbsp;lignes d\u2019erre&nbsp;\u00bb (Deligny), comme \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce que je vois. Je me perds. Je prends pour chacun le temps n\u00e9cessaire, une richesse dans un service d\u2019urgence : je suis dans une autre temporalit\u00e9 que mes coll\u00e8gues, m\u00eame si je me sens souvent gagn\u00e9e aussi par l\u2019urgence\u2026 vitale.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux patients en mesure de s\u2019exprimer, je propose un temps d\u2019\u00e9change&nbsp;: je toque \u00e0 la porte, je me pr\u00e9sente, prends une chaise et m\u2019installe pr\u00e8s d\u2019eux. Je demande&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment vous sentez-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Que vous est-il arriv\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb Je regarde rarement les dossiers avant d\u2019entrer. Il arrive que mes coll\u00e8gues m\u2019en parlent. Je pr\u00e9f\u00e8re entendre comment les patients <em>se<\/em> racontent et s\u2019y retrouvent dans ces r\u00e9cits faits \u00e0 une autre qui les \u00e9coute. Factuels, descriptifs, ils retracent les \u00e9tapes de l\u2019hospitalisation et de la maladie. Parfois, ils se font plus intimes. Quelque chose se met \u00e0 r\u00e9sonner dans ce moment traumatique de la survie&nbsp;: un espace de parole s\u2019ouvre qui n\u2019avait pu s\u2019ouvrir ailleurs, un espace ouvert par la peur et le risque de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les patients les plus douloureux, j\u2019ai parfois recours \u00e0 des m\u00e9diations (lectures \u00e0 voix haute, photos, musique\u2026). Il arrive que les rencontres soient sans lendemain&nbsp;: le patient a quitt\u00e9 le service, mort ou vivant. La rencontre n\u2019est souvent qu\u2019un moment de pr\u00e9sence. Et le moment de la s\u00e9paration est toujours d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, contenu dans la rencontre&nbsp;: sortir d\u2019une chambre avec le sentiment d\u2019abandonner le patient \u00e0 son sort peut \u00eatre une douleur, parfois aussi un soulagement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ils m\u2019ont fait un my\u00e9logramme ce matin, me raconte un patient atteint d\u2019un my\u00e9lome, une piq\u00fbre qui vous traverse l\u2019os, je l\u2019ai sentie l\u00e0. Puis je l\u2019ai entendu craquer quand ils ont pouss\u00e9 sur la seringue. Vous imaginez, \u00e7a, dans le cou&nbsp;? Ils m\u2019ont dit qu\u2019il y avait eu une anesth\u00e9sie mais \u00e0 peine, j\u2019ai tout senti. On ne sait jamais ce qu\u2019ils vont faire, on ne sait rien d\u2019une minute \u00e0 l\u2019autre, on n\u2019a pas de rep\u00e8res dans le temps. Et demain, ils veulent recommencer, parce que \u00e7a n\u2019a pas bien march\u00e9. A quoi \u00e7a sert, hein&nbsp;? \u00c0 quoi \u00e7a sert&nbsp;? Pour trouver une maladie irrecevable\u2026&nbsp;? Et vous, \u00e7a va&nbsp;? Vous avancez&nbsp;? Vous trouvez des solutions&nbsp;? Moi&nbsp;: \u2013 Oh, non, je ne trouve pas de solution, je suis plut\u00f4t impuissante. Lui&nbsp;: \u2013 Non, pas tout \u00e0 fait, vous nous \u00e9coutez vous raconter.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Rares sont les patients qui refusent ce moment de pr\u00e9sence et d\u2019\u00e9change avec quelqu\u2019un qui ne leur prodigue aucun traitement et dont le r\u00f4le est de prendre le temps \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, qui peut les \u00e9couter, leur offrant ainsi une place de sujet de ce qui leur arrive. Ils ne sont plus seulement des patients passiv\u00e9s par les soins. Il est peut-\u00eatre l\u00e0 le sens de \u00ab&nbsp;\u00e7a fait du bien de parler&nbsp;\u00bb, entendu maintes fois. \u00c7a fait du bien que quelqu\u2019un s\u2019assoie et prenne le temps d\u2019entendre une histoire. Ne faut-il pas y voir une contribution \u00e0 une restauration narcissique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab&nbsp;Le contre-transfert, c\u2019est quand nous sommes touch\u00e9s au mort.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Hermione pleure et se tord de douleur. Mes coll\u00e8gues s\u2019activent pour poser la morphine, seule en mesure de calmer les douleurs de la crise vaso-occlusive de cette patiente dr\u00e9panocytaire. Je reste dans la chambre, je tente de calmer avec des mots, de masser, de caresser, de promettre que \u00e7a va passer, que je suis l\u00e0 avec elle. Je me surprends \u00e0 la tutoyer, comme pour \u00eatre encore plus proche&nbsp;: <em>\u00ab \u00c7a y est, c\u2019est bient\u00f4t fini, tu vas voir, on va te soulager. \u00bb<\/em> Mais je sais que je bricole avec ce que j\u2019ai sous la main, c\u2019est-\u00e0-dire, dans ce temps-l\u00e0, pas grand-chose. Je me sens d\u00e9bord\u00e9e devant tant de d\u00e9tresse : <em>\u201cJe veux mourir, j\u2019en peux plus, \u00e7a fait trop mal.\u201d<\/em> Dire ici son impuissance de psychologue, c\u2019est \u00eatre en de\u00e7\u00e0 de la r\u00e9alit\u00e9 : dire qu\u2019on ne sert \u00e0 rien serait factuellement plus juste. On voudrait prendre une partie de la douleur pour la d\u00e9charger et ne plus en \u00eatre le t\u00e9moin. On a honte de ne rien ressentir dans son corps \u00e0 soi, on tente de se repr\u00e9senter les \u00ab&nbsp;coups de marteau sur les os&nbsp;\u00bb, souvent d\u00e9crits par les patients dr\u00e9panocytaires. La seule chose qui nous contamine, c\u2019est la d\u00e9tresse et le d\u00e9sespoir. On cherche un sujet, des mots, on regarde dehors, on s\u2019accroche \u00e0 ce qu\u2019on peut, on scrute les gestes de l\u2019infirmi\u00e8re, on n\u2019a aucun recours, on n\u2019est pas assez seule pour bercer, chanter, raconter une histoire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Aupr\u00e8s du patient retourn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019<em>infans<\/em> (celui qui ne peut parler), dans cet \u00e9tat de d\u00e9tresse (<em>Hilflosigkeit<\/em>) (Freud, 1895) qui le renvoie au commencement, au sans-langage archa\u00efque, je suis l\u2019une, avec les autres soignants, de ces \u00eatres-humains-proches (<em>Nebenmensch<\/em>). Je me tiens aux c\u00f4t\u00e9s du patient, t\u00e2chant d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9prouve, inventant des dispositifs pour partager, ou du moins, accueillir son exp\u00e9rience. C\u2019est un retour aux fondamentaux de l\u2019humanit\u00e9 auxquels on ne se d\u00e9robe pas et qui peut provoquer contre-transf\u00e9rentiellement effroi, sid\u00e9ration, saisissement, identification massive, d\u00e9go\u00fbt, haine, angoisse diffuse, angoisses de mort, maux de t\u00eate, douleurs physiques, difficult\u00e9s \u00e0 respirer, fatigue mais aussi joie de la rencontre, moments de rires et de partage, excitation, amour, empathie, tendresse.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 Pontalis d\u00e9finissant le contre-transfert, comme le moment o\u00f9 nous sommes touch\u00e9s au vif, Michel de M\u2019Uzan avait r\u00e9pondu : \u00ab Pas du tout, c\u2019est quand nous sommes touch\u00e9s au mort&nbsp;\u00bb (Pontalis, 1977, p. 225-226). Sur fond d\u2019angoisse de mort partag\u00e9e, le contre-transfert est ici fait d\u2019hypervigilance, d\u2019effacement des limites entre soi et l\u2019autre, d\u2019accroissement libidinal, d\u2019avidit\u00e9, de surench\u00e8re de la pulsion de vie, sorte de <em>furor existendi<\/em> \u00e0 la mesure d\u2019une \u00ab <em>furor<\/em> <em>sanandi<\/em> \u00bb (Freud, 1915, p. 30), frustr\u00e9e, emp\u00each\u00e9e par la mort et la maladie grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Face au corps en exc\u00e8s et \u00e0 l\u2019absence de paroles, il arrive qu\u2019on soit saisie par la laideur, mais aussi par la beaut\u00e9, comme s\u2019il n\u2019y avait pas de place en ce lieu extr\u00eame pour les sentiments ti\u00e8des. Face aux corps d\u00e9munis, il y a des jours d\u2019empathie et des jours d\u2019ennui. Il y a des jours o\u00f9 on n\u2019arrive pas \u00e0 entrer dans la chambre d\u2019un patient dans le coma. Il y a des jours o\u00f9 l\u2019on s\u2019\u00e9puise \u00e0 \u00e9couter avec attention le r\u00e9cit d\u2019un patient, car il n\u2019y a pas beaucoup de place pour l\u2019\u00e9gal suspens et l\u2019\u00e9coute flottante&nbsp;: on est arrim\u00e9s au regard et au corps de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9voquais plus haut des temps de r\u00eaverie, o\u00f9 l\u2019on filtre pour soi-m\u00eame ces \u00ab&nbsp;objets bizarres&nbsp;\u00bb et autres \u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e9ments beta&nbsp;\u00bb (Bion) que sont la maladie, la douleur, l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de corps se gonflant, se vidant, se transformant. Il y a des \u00e9chapp\u00e9es belles pendant les entretiens quand des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9conscients, sur la \u00ab&nbsp;barri\u00e8re de contact&nbsp;\u00bb (Bion), entre conscient et inconscient, s\u2019imposent \u00e0 moi : je me vois choisir des v\u00eatements, je les assortis, je me couvre, je prot\u00e8ge mon corps, ma peau et mes pens\u00e9es, tissant une limite souvent entam\u00e9e, tant les identifications sont puissantes, entre mon moi et celui de l\u2019autre. Je tisse ma propre subjectivit\u00e9 et ma narrativit\u00e9 interne, si importante en retour pour l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre Moi-sujet. Si fondamentale dans ce qui se vit comme une clinique de la pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une illusion r\u00e9paratrice<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Votre voix, votre voix au t\u00e9l\u00e9phone, au milieu du naufrage, vous ne pouvez pas vous imaginer comme c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cieux \u00bb&nbsp;; \u00ab Merci beaucoup, Madame, si vous saviez combien \u00e7a m\u2019aide de vous avoir au t\u00e9l\u00e9phone, vous n\u2019imaginez pas. De pouvoir parler \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre que la famille, quelqu\u2019un qui comprend&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on se verra parce que votre coup de fil m\u2019a beaucoup aid\u00e9e, \u00e7a m\u2019a fait du bien de vous entendre la derni\u00e8re fois alors que j\u2019\u00e9tais au bord du gouffre&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e9norme ce que vous faites, n\u2019arr\u00eatez jamais.&nbsp;\u00bb <\/em>Ces verbatim sont ceux des proches, qui deviennent aussi des patients, malades d\u2019angoisse et d\u2019espoir. J\u2019oscille alors entre une image de moi-m\u00eame pourvoyeuse de soins et une image impuissante, presque ill\u00e9gitime&nbsp;: je me demande ce que je peux apporter \u00e0 ces familles qui attendent surtout qu\u2019on leur rende leur proche vivant. Et pourtant, ces extraits en t\u00e9moignent. Les psychologues ont beaucoup \u00e0 faire \u00e0 l\u2019h\u00f4pital aupr\u00e8s des familles&nbsp;: \u00e9couter les r\u00e9cits des proches, les souvenirs, l\u2019histoire du mourant. Parfois en sa pr\u00e9sence, comme une c\u00e9r\u00e9monie. Je re\u00e7ois des enfants, des fratries, des jeunes m\u00e8res endeuill\u00e9es que j\u2019oriente vers des CMP, des coll\u00e8gues, des associations. Le travail du lien est l\u00e0 aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, les droits de visite ayant \u00e9t\u00e9 restreints, il a fallu pallier ces manques et travailler \u00e0 maintenir les liens entre les patients et leurs familles. Ce r\u00f4le de proche par procuration, de mandataire aupr\u00e8s du patient et de charni\u00e8re a pu produire des effets contre-transf\u00e9rentiels accrus par le sentiment d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 \u00eatre aussi pr\u00e8s, en place de m\u00e8re et de fille, alors qu\u2019elles-m\u00eames ne pouvaient \u00eatre pr\u00e9sentes. Lorsque la situation le permettait, je les rencontrais seule dans mon bureau, dans la salle d\u2019attente ou dans la salle des familles, ou bien avec toute l\u2019\u00e9quipe de soignant.e.s pour des points d\u2019\u00e9tape ou des annonces d\u2019aggravation.&nbsp;Nous <em>portions<\/em> les \u00e9pouses, les maris, les fils, les filles jusqu\u2019aux chambres, mes coll\u00e8gues faisant preuve d\u2019infinies patience et sollicitude. Les proches des patients sont aussi des patients, comme cette jeune femme venant de perdre son mari et qui eut besoin de prendre chacun d\u2019entre nous dans ses bras. Nous <em>les<\/em> portions et nous <em>nous<\/em> portions les uns les autres, comme une famille \u00ab&nbsp;prise dans l\u2019orbite fun\u00e8bre du mourant&nbsp;\u00bb (De M\u2019Uzan, 1977).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un r\u00f4le tangible, une fonction symbolique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Je rencontre aussi les patients et leurs familles sur la suggestion de mes coll\u00e8gues avec lesquels les \u00e9changes sont nombreux, avant et apr\u00e8s les entretiens. Nous travaillons ensemble, partageons nos ressentis, chacun depuis la place o\u00f9 il se trouve. Inquiets, pr\u00e9occup\u00e9s, ils sentent qu\u2019un patient est en difficult\u00e9 et m\u2019en parlent. Est-ce que ma pr\u00e9sence et ma fonction rendent r\u00e9elle, tangible, dicible la souffrance psychique&nbsp;? C\u2019est depuis cette place d\u2019\u00e9coute, d\u00e9cal\u00e9e de la leur, que je peux donner \u00e0 entendre et \u00e0 voir le patient autrement. C\u2019est l\u00e0 que je suis attendue, l\u00e0 o\u00f9 ils et elles ne peuvent pas \u00eatre, dans cet espace-temps diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Au d\u00e9but, je ne comprenais pas trop ce qu\u2019une psy allait faire parmi nous, mais en fait, si c\u2019est \u00e9norme, tu prends une part de ce qu\u2019on doit porter \u00bb<\/em>&nbsp;; <em>\u00ab&nbsp;Tu prends un peu de notre charge morale. Heureusement que tu es l\u00e0, tu prends la charge pour nous&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Tu sais, m\u00eame quand tu n\u2019es pas l\u00e0, ton nom circule, quand \u00e7a ne va pas, on se dit&nbsp;\u201cBon, mais y a Sabine\u201d, on sait que tu es l\u00e0.&nbsp;\u00bb<\/em>Je suis une soignante parmi les soignants, mais mon soin est psychique et non somatique. \u00c0 la fois dedans (je fais partie de l\u2019\u00e9quipe) et dehors (je ne fais pas le m\u00eame travail), ma place est de tiers inclus, et je t\u00e2che de rester consciente de ce qui est projet\u00e9 sur le r\u00f4le de psychologue, investi d\u2019une dimension contraphobique et parexcitante, r\u00f4le major\u00e9 au plus fort de la crise Covid. Mais ici comme ailleurs, les transferts sont lat\u00e9raux, d\u00e9multipli\u00e9s&nbsp;: un patient va peut-\u00eatre pleurer avec une coll\u00e8gue infirmi\u00e8re ou un m\u00e9decin, mais pas avec moi parce que le transfert n\u2019est pas le m\u00eame. C\u2019est une \u00ab&nbsp;constellation transf\u00e9rentielle&nbsp;\u00bb (Delion). Chacun joue un r\u00f4le&nbsp;: le professeur de m\u00e9decine venu revoir (\u00e0 mon invite) telle patiente anorexique qui avait tant appr\u00e9ci\u00e9 sa visite la veille, ou Maria, notre agente d\u2019entretien, qui a un rapport particulier avec les patients qu\u2019elle voit tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Penser cela permet de mod\u00e9rer le puissant fantasme de r\u00e9paration et de dyade r\u00e9paratrice. Mais le mod\u00e9rer seulement, car on n\u2019y \u00e9chappe pas, il est m\u00eame un moteur de l\u2019action th\u00e9rapeutique inh\u00e9rente \u00e0 toute rencontre clinique, particuli\u00e8rement dans les situations extr\u00eames qui convoquent en nous le sujet derri\u00e8re la fonction. Je dirais volontiers que dans un tel cadre, on est &nbsp;seul.e, avec plusieurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour continuer\u2026<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les psychologues-psychanalystes ont un vrai r\u00f4le \u00e0 jouer \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Aux indispensables traitements et soins, apport\u00e9s aux patients par les soignants, s\u2019ajoute, au travers de nos rencontres cliniques, une fonction d\u2019\u00e9tayage psychique par le regard, la parole, la main qui touche ou qui essuie des larmes. Une fonction de soutien qui vient en renfort d\u2019un narcissisme malmen\u00e9 et qui propose d\u2019aller au-devant de quelqu\u2019un qui n\u2019est pas en mesure de le demander. Nous avons quelque chose \u00e0 dire et \u00e0 faire avec la souffrance psychique \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Et cette place demande que nous acceptions d\u2019\u00eatre des t\u00e9moins actifs, engag\u00e9s corporellement et sensoriellement. Cette clinique \u00ab&nbsp;\u00e0 la limite&nbsp;\u00bb exige que nous acceptions d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois fonction et sujet. Malgr\u00e9 la blouse, le cadre, les coll\u00e8gues, l\u2019institution, nous sommes convoqu\u00e9.e.s en tant qu\u2019\u00eatre humain et&nbsp;\u00ab&nbsp;nous devons \u00eatre d\u2019ob\u00e9dience clinique et humaine \u00bb (Letarte, 2018). Mais nous avons aussi besoin de nous en d\u00e9gager et pour cela de porter en nous, ce double qui nous voit agir et sentir, qui nous permet d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois acteur sensible et observateur. Il nous aide \u00e0 percevoir la dimension dramaturgique induite par le risque vital, o\u00f9 chaque soignant a un r\u00f4le \u00e0 jouer. Il nous permet d\u2019avoir conscience de cette position de t\u00e9moin d\u2019un moment sacr\u00e9, afin de nous en d\u00e9centrer, pour nous en prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bion Wilfred R. (1962). <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>. Paris&nbsp;: Puf, 2003.<\/p>\n\n\n\n<p>Delion Pierre, <em>La constellation transf\u00e9rentielle<\/em>. Toulouse : Le Carnet psy, \u00c9r\u00e8s, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>Deligny Fernand (1975). <em>Cahiers de l\u2019immuable<\/em>&nbsp;(Volumes 1- 2-3), revue <em>Recherches<\/em> N\u00b0 18-20 et 24. Paris&nbsp;: CERFI.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1895). <em>Esquisse d\u2019une psychologie scientifique<\/em>. Toulouse : \u00c9r\u00e8s, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1915). \u00ab Observations sur l\u2019amour de transfert \u00bb, <em>La Technique psychanalytique<\/em>. Paris : Puf, 4e \u00e9dition, 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>Letarte Paulette (2018). <em>Entendre la folie<\/em>. Paris&nbsp;: Puf.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019Uzan Michel de (1977). \u00ab&nbsp;Le Travail du tr\u00e9pas&nbsp;\u00bb, <em>De l\u2019Art \u00e0 la mort<\/em>. Paris&nbsp;: Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Pontalis Jean-Bertrand (1977). <em>Entre le r\u00eave et la douleur<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23833?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9cembre 2020 \u00ab&nbsp;Je rencontre Monsieur M. d\u00e8s son arriv\u00e9e dans notre service pour Covid. Anxieux, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de s\u2019aggraver et de mourir, il pleure, parle de ses enfants, de ses petits-enfants, de son \u00e9pouse. Il raconte la chasse, la cueillette&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1245],"thematique":[176,2505],"auteur":[2549],"dossier":[2545],"mode":[60],"revue":[2539],"type_article":[452],"check":[],"class_list":["post-23833","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-soin","thematique-corps","thematique-dispositif","auteur-sabine-sportouch","dossier-le-psychologue-a-lhopital","mode-payant","revue-2539","type_article-dossier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23833","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23833"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23833\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23834,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23833\/revisions\/23834"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23833"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=23833"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=23833"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=23833"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=23833"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=23833"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=23833"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=23833"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=23833"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}