{"id":22468,"date":"2022-04-03T13:15:00","date_gmt":"2022-04-03T11:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=22468"},"modified":"2022-04-03T14:08:23","modified_gmt":"2022-04-03T12:08:23","slug":"le-detail-qui-tue-paradoxes-de-lecoute-clinique-en-prison","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-detail-qui-tue-paradoxes-de-lecoute-clinique-en-prison\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9tail qui tue : paradoxes de l&rsquo;\u00e9coute clinique en prison"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Paroles de cliniciens<\/em>\u00a0et vous propose de prendre la parole pour partager un \u00ab moment particulier \u00bb de la pratique. Ce mois-ci, Herminie Leca partage avec nous son exp\u00e9rience en prison.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019agitation d\u2019une maison d\u2019arr\u00eat, que peut bien faire un clinicien&nbsp;? Une fois d\u00e9pass\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir un espace de parole dans un lieu d\u2019enfermement o\u00f9 beaucoup viennent \u00e9couter, accompagner et conseiller les d\u00e9tenus, quelles seraient les sp\u00e9cificit\u00e9s du clinicien&nbsp;? Le r\u00e9f\u00e9rentiel psychanalytique ouvre un champ des possibles qui est une source d\u2019exploration inestimable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le clinicien est en \u00e9quipe, li\u00e9 \u00e0 un m\u00e9tacadre hospitalier&nbsp;; il travaille avec et pour d\u2019autres. Dans la d\u00e9tention et dans la psychiatrie, une sorte d\u2019embo\u00eetement complexe s\u2019ajoute aux paradoxes du \u00ab&nbsp;soigner&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos convictions sont mobilis\u00e9es, entra\u00eenant sans cesse une revisite de r\u00e9viser l\u2019\u00e9thique de nos rencontres. Qu\u2019est-ce que j\u2019\u00e9coute&nbsp;? Quelle est mon intention th\u00e9rapeutique derri\u00e8re ma proposition d\u2019entretien&nbsp;? Permettre au sujet d\u2019\u00eatre acteur de ses soins dans un lieu de contrainte&nbsp;? Lui permettre de retourner dans une soci\u00e9t\u00e9 qui imagine que l\u2019amendement de la peine serait valid\u00e9 par le soin psychique pr\u00f4n\u00e9 comme garant d\u2019une \u00e9ventuelle \u00ab&nbsp;r\u00e9-insertion&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Partant d\u2019exp\u00e9riences de rencontres cliniques et de recherche sur ce terrain<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, je propose quelques r\u00e9flexions sur la cr\u00e9ativit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la survie psychique de nos patients-d\u00e9tenus et \u00e0 celle des soignants. Je suivrai comme fil rouge la sensorialit\u00e9 qui se d\u00e9clinera d&rsquo;abord en d\u00e9veloppant quelques enjeux propres \u00e0 l\u2019enfermement, le n\u00e9cessaire travail d\u2019\u00e9quipe et la part traumatique du passage \u00e0 l\u2019acte chez l\u2019auteur et chez les soignants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e9coute de l\u2019enfermement<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Parmi les cons\u00e9quences de l\u2019enfermement, nous pouvons citer la perte des rep\u00e8res temporels, l\u2019absence d\u2019horizon, la promiscuit\u00e9\u2026 L\u2019espace se restreint. Les sens continuellement en \u00e9veil sont focalis\u00e9s sur un ext\u00e9rieur potentiellement dangereux (\u00e9couter les cris, surveiller les cod\u00e9tenus) perdant ainsi une de leur facult\u00e9 premi\u00e8re : la capacit\u00e9 \u00e0 ressentir du plaisir. Je prendrai l\u2019exemple de l&rsquo;odorat qui n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 cette d\u00e9saff\u00e9rentation qui s&rsquo;applique \u00e0 l\u2019ensemble des sens. D\u00e8s les premi\u00e8res pages du livre,&nbsp;<em>le froid p\u00e9nitentiaire<\/em>, S.Buffard (1973) s&rsquo;attarde \u00e0 d\u00e9crire l&rsquo;univers olfactif dans lequel un d\u00e9tenu est plong\u00e9<sup>,<\/sup> mais aussi l\u2019ensemble du personnel. Je n\u2019ai pas franchi une seule fois les portes de la prison&nbsp;sans \u00eatre assaillie par un m\u00e9lange d\u2019odeurs&nbsp;: la javel sur les sols des couloirs, les effluves \u00e9c\u0153urantes des cuisines, le tabac froid. L\u2019interdiction de poss\u00e9der du parfum pour les d\u00e9tenus rend sa pr\u00e9sence si vive que les commentaires relatifs \u00e0 celui-ci sont bien plus fr\u00e9quents que dans la vie quotidienne. Cet investissement de l\u2019ext\u00e9rieur rappelle les observations de P.-C.Racamier&nbsp;(1963) sur l\u2019isolement sensoriel, qui d\u00e9crit l\u2019apparition d\u2019une activit\u00e9 mentale particuli\u00e8re, dans ces lieux, constitu\u00e9e d\u2019\u00e9num\u00e9rations, inventaires, recollections de souvenirs, dont la forme la plus \u00e9labor\u00e9e est la r\u00e9daction d\u2019un journal de bord. En l\u2019absence de cette activit\u00e9 dirig\u00e9e, elle c\u00e8de la place soit \u00e0 un \u00e9tat d\u2019inertie mentale ou d\u2019extr\u00eame r\u00e9duction du champ psychique soit \u00e0 une pens\u00e9e o\u00f9 domine la satisfaction imm\u00e9diate allant jusqu\u2019 \u00e0 l\u2019hallucination.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, priv\u00e9 de ses aliments sensitivo-sensoriels connus, l\u2019isol\u00e9 est plus sensible \u00e0 des perceptions n\u00e9glig\u00e9es habituellement (nuances de couleurs, qualit\u00e9s de silence, de lumi\u00e8re\u2026) et qui deviennent sources d\u2019attention excessive. Une forme d\u2019hyperattention se d\u00e9veloppe, pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 des illusions de pr\u00e9sence. Cette faim de stimuli li\u00e9e \u00e0 une privation dans un domaine sensoriel particulier, peut \u00eatre compens\u00e9e par l\u2019apport d\u2019un autre domaine sensoriel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les enjeux psychiques concernant le dedans\/dehors sont donc mobilis\u00e9s par l\u2019environnement et incitent \u00e0 ne pas minimiser la r\u00e9alit\u00e9 de la prison. Pour les soignants, les missions de cette institution ont \u00e9videmment des cons\u00e9quences dans notre travail. Le rythme de la prison&nbsp;est une exp\u00e9rience d\u2019une temporalit\u00e9 (Ravit, 2008, Bracq-Leca, H. &amp;&nbsp;Pitel-Buttez, M., 2012), &nbsp;marqu\u00e9e par l\u2019attente et son cort\u00e8ge d\u2019angoisses. En subissant sa peine, la pens\u00e9e du d\u00e9tenu est influenc\u00e9e par une situation de soumission et de mise en position d\u2019objet plut\u00f4t que de sujet (Lamothe, 2003). Le psychisme subit l\u2019\u00e9preuve du choc carc\u00e9ral (Lhuilier, 2001) provoqu\u00e9 par la perte des rep\u00e8res habituels, la solitude venant s\u2019ajouter souvent au d\u00e9sarroi. Cette vie en espace clos, sans horizon aux deux sens du terme, interroge donc sur la survie psychique et les organisations psychiques des sujets rencontr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La trace traumatique du passage \u00e0 l\u2019acte&nbsp;: le \u00ab&nbsp;d\u00e9tail qui tue&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Parmi les particularit\u00e9s transf\u00e9rentielles rencontr\u00e9es dans mon parcours, je proposerai de questionner la trace traumatique : le d\u00e9tail sensoriel apparaissant au cours de prises en charge de patients criminels.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces d\u00e9tails sensoriels sont le plus souvent visuels, mais peuvent se r\u00e9f\u00e9rer aux autres sens, ils obstruent la pens\u00e9e&nbsp;et semblent avoir plusieurs points communs&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019images fig\u00e9es, sans mouvement&nbsp;; ils demeurent au premier plan dans la pens\u00e9e du clinicien et ils ont un caract\u00e8re adh\u00e9sif. De plus, ils envahissent des espaces autres que le cadre de la rencontre individuelle (espaces institutionnelles de soin) et ils viennent entraver l\u2019\u00e9coute clinique. Visuels ou non, ces d\u00e9tails focalisent sur un point, sans pouvoir \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans une narration.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la relation, ils entravent les capacit\u00e9s associatives verbales, mais peuvent \u00eatre repris et se diffracter dans des dispositifs favorisant une approche sensorielle. Ceux-ci permettront de replacer le d\u00e9tail au sein d\u2019un paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>A chaque fois, que nous \u00e9voquons en \u00e9quipe M.X., reviennent certains d\u00e9tails associ\u00e9s \u00e0 des images visuelles, d\u00e9tails de la sc\u00e8ne de crime mais aussi de sa vie avant les faits (il est accus\u00e9 d\u2019avoir tu\u00e9 plusieurs personnes). Parmi ces d\u00e9tails visuels ou non, je citerai&nbsp;: l\u2019image de la tombe de ses victimes qu\u2019il m&rsquo;apporte en entretien individuel, et qu\u2019il portera sur lui pendant plusieurs semaines la montrant \u00e0 diff\u00e9rents interlocuteurs&nbsp;; le num\u00e9ro d\u2019urgence, 911, qu\u2019il raconte avoir compos\u00e9 apr\u00e8s ses crimes&nbsp;; la sensation de l\u2019arme dans la poche alors qu\u2019il joue avec ses futures victimes&nbsp;; des images \u00ab&nbsp;glamour&nbsp;\u00bb de sa vie avant les faits visibles sur internet&nbsp;; l\u2019image m\u00e9diatique de son affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9rie de d\u00e9tails a des fonctions particuli\u00e8res. La premi\u00e8re est sans doute une forme d\u2019aveuglement qui semble emp\u00eacher ou du moins ralentir une pens\u00e9e clinique, c\u2019est \u00e0 dire une pens\u00e9e par essence associative.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de l\u2019image de la tombe des victimes revient de fa\u00e7on r\u00e9currente, elle appara\u00eet au cours de la prise en charge et vient occuper une place particuli\u00e8re. Elle s\u2019impose au regard des soignants (affich\u00e9e dans la cellule, ou apport\u00e9e au cours d\u2019entretien). Chez M.X., ces images de tombes semblent proposer une premi\u00e8re figuration de l\u2019absence, sans qu\u2019elle ne puisse ni \u00eatre nomm\u00e9e ni \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans un registre affectif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9tail envahit la pens\u00e9e&nbsp;: un couteau plant\u00e9 dans le sol \u00e0 travers le corps d\u2019une femme, l\u2019arme dans la poche, le 911\u2026 Il peut susciter un besoin de v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est \u00e0 dire d\u2019un r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9. Ce besoin se traduit au sein d\u2019une \u00e9quipe par la recherche de d\u00e9tails visuels v\u00e9ridiques pouvant attester de la vie r\u00e9elle. Est-ce une fa\u00e7on de le r\u00e9humaniser&nbsp;? Le d\u00e9tail doit pouvoir s\u2019int\u00e9grer dans une narration, ce qui n\u2019est pas le cas d\u2019embl\u00e9e.Ces images semblent montrer et dissimuler \u00e0 la conscience ce qu\u2019elle pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette recherche de fragments de la r\u00e9alit\u00e9 des sujets convoque aussi l\u2019id\u00e9e d\u2019un discours mensonger. Diff\u00e9rents registres se m\u00ealent alors&nbsp;: une v\u00e9rit\u00e9 judiciaire, une v\u00e9rit\u00e9 du sujet, une v\u00e9rit\u00e9 du soin. Dans l\u2019\u00e9quipe \u00e9galement, le besoin de chercher des images r\u00e9elles se pose, comme si la question de l\u2019aspect v\u00e9ridique de ce qui lui manquerait se posait.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce besoin de d\u00e9crire ce qui a \u00e9t\u00e9 vu interroge sur les capacit\u00e9s d\u2019introjection au cours du d\u00e9veloppement et le r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 sugg\u00e8re une incapacit\u00e9 \u00e0 garder une part secr\u00e8te. Ce \u00ab&nbsp;<em>besoin du secret&nbsp;<\/em>\u00bb d\u00e9fini par P.Aulagnier&nbsp;(1986), comme un temps primordial dans le d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mal. Ce besoin, qui se constitue avec le besoin de certitude et s\u2019acquiert dans l\u2019exp\u00e9rience corporelle, sugg\u00e8re, encore une fois, toute la d\u00e9route sensorielle v\u00e9cue par ces sujets.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9tails qui semblent fonctionner comme \u00ab&nbsp;des preuves&nbsp;\u00bb (la photo de la tombe des victimes) et que nous pouvons percevoir comme des \u00ab&nbsp;artifices&nbsp;\u00bb, sont \u00e0 replacer dans une logique du sens perdu. Dans un soin psychoth\u00e9rapique, donner sens \u00e0 un d\u00e9tail dans un ensemble est un enjeu. Il s\u2019agit d\u2019accepter de laisser une part de non-sens pour que puisse se d\u00e9ployer une pens\u00e9e paradoxale. En effet, ce d\u00e9tail peut avoir l\u2019allure d\u2019une production issue d\u2019une r\u00e9flexion dans un langage verbal semblant partageable, alors qu\u2019il n\u2019en est rien\u2026 Le statut du d\u00e9tail n\u2019est jamais celui qu\u2019il semble \u00eatre, il est le point d\u2019un reflet d\u2019un miroir d\u00e9formant qui ne donne pas de r\u00e9ponse ou une r\u00e9ponse sans sens, \u00e0 l\u2019origine de la perte irr\u00e9m\u00e9diable du sens.<\/p>\n\n\n\n<p>M.X. appelle le 911&nbsp;: il appelle des secours qui n\u2019existent pas, ou plut\u00f4t qui existent dans des t\u00e9l\u00e9films am\u00e9ricains, c\u2019est \u00e0 dire dans un univers fictionnel. Il appelle mais personne ne vient, mais personne ne peut venir car l\u2019appel est impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 911 entraine vers le feuilleton am\u00e9ricain et vers des identifications \u00e0 des personnages et des histoires visuelles fictives, images que nous retrouvons dans les comportements d\u2019imitation et l\u2019extr\u00eame suggestibilit\u00e9 dont fait preuve ce patient, changeant devant chaque interlocuteur, tentant de nous convaincre \u00e0 chaque fois sur ces id\u00e9es pr\u00e9cises. Il semble se confondre \u00e0 l\u2019interlocuteur pour que ce dernier puisse se confondre \u00e0 lui. Il suit des lignes d\u00e9termin\u00e9es pour chacun (celle de la folie, celle de la recherche d\u2019une femme, celle de l\u2019enfant perdu). Suivi qui a en fond une sc\u00e8ne m\u00e9diatique qui semble happer la pens\u00e9e globale. Des images pour ne pas dire la rage. \u00ab&nbsp;Vous apprendrez la date de mon proc\u00e8s par la t\u00e9l\u00e9vision&nbsp;\u00bb me dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pouvons qu\u2019accepter \u00e0 un moment d\u2019\u00eatre aveugl\u00e9. M.Ravit&nbsp;(2013), nous invite \u00e0 retravailler les enjeux de la fascination, comme un levier dans la compr\u00e9hension dynamique de ces sujets criminels. Le d\u00e9tail captive, il canalise la violence soit par sa contenance m\u00eame, soit au contraire par sa futilit\u00e9, voire son absurdit\u00e9. Il entraine d\u2019autres images comme un kal\u00e9idoscope.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nos situations, il s\u2019agirait d\u2019une forme symptomatique d\u2019une pens\u00e9e paradoxale qui ne peut ni se mettre en mot, ni v\u00e9ritablement en images. Ces d\u00e9tails semblent \u00eatre une forme condens\u00e9e d\u2019un paradoxe propre au sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab&nbsp;J\u2019appelle des secours qui n\u2019existent pas, j\u2019appelle mais je ne suis pas entendu, mon interlocuteur n\u2019existant pas. Ce d\u00e9tail r\u00e9sonne avec&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019ai une arme dans la poche mais je joue \u00e0 un jeu avec mes futures victimes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impensable est condens\u00e9 dans le d\u00e9tail. Il est une partie de la sc\u00e8ne de crime, un \u00e9l\u00e9ment m\u00e9tonymique. Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9tail qui tue. La subjectivit\u00e9 dispara\u00eet chez le sujet et ses interlocuteurs, qui se retrouvent comme spectateurs d\u2019une m\u00eame sc\u00e8ne jou\u00e9e sous le m\u00eame angle.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, ces sujets ne sont pas en situation de pouvoir communiquer et sont litt\u00e9ralement abandonn\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9, par leurs familles et par l\u2019institution psychiatrique qui les confie \u00e0 l\u2019institution p\u00e9nitentiaire. Cette derni\u00e8re donne un toit, applique la loi commune, et interpelle&#8230; l\u2019institution psychiatrique. Celle-ci intervient donc dans ce contexte d\u2019abandon aupr\u00e8s de ces sujets. Il ne leur reste souvent plus que le d\u00e9lire pour \u00eatre en contact avec le reste du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois l\u2019accueil pass\u00e9, le temps s\u2019installe et les difficult\u00e9s commencent dans la prise en charge au long cours. Le lent quotidien de la prison est inflig\u00e9 aux prisonniers mais aussi aux soignants. L\u00e0, toute la cr\u00e9ativit\u00e9 th\u00e9rapeutique est n\u00e9cessaire pour aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre. &nbsp;Diff\u00e9rentes modalit\u00e9s de rencontre peuvent \u00eatre propos\u00e9es dont la coth\u00e9rapie, entretien en bin\u00f4me, le travail d\u2019\u00e9quipe. Au niveau des interventions des th\u00e9rapeutes, l\u2019enjeu est de nommer l\u2019inacceptable, il s\u2019agit de sortir du vide de la pens\u00e9e. Les mots existent mais pas forc\u00e9ment leur sens. La s\u00e9paration entre les repr\u00e9sentations et les \u00e9motions est un signe d\u2019une pens\u00e9e disparue, qui n\u2019a peut-\u00eatre jamais pu se construire. Associer \u00e9prouv\u00e9 physique, situation et \u00e9motion peut favoriser une reconnaissance des mouvements internes. Il s\u2019agit surtout d\u2019\u00e9viter des modalit\u00e9s associatives bas\u00e9es uniquement sur les modalit\u00e9s transf\u00e9rentielles, et des interpr\u00e9tations trop intellectualisantes. Nous pouvons nous r\u00e9f\u00e9rer aux \u00ab&nbsp;<em>figurations parl\u00e9es&nbsp;<\/em>\u00bb de P.Aulagnier (1986) qui offre un mod\u00e8le complexe de prise en consid\u00e9ration de ces diff\u00e9rents niveaux que peuvent \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 physique, situation et \u00e9motion, pour les rassembler dans un court r\u00e9cit imag\u00e9 qui tente d\u2019\u00eatre proche de v\u00e9cus archa\u00efques afin de sortir de l\u2019image traumatique pour offrir une image en mouvement et partageable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>AULAGNIER P. (1986), \u00ab Le droit au secret : condition pour pouvoir penser \u00bb, in :Un interpr\u00e8te en qu\u00eate de sens, Paris, Payot, 1991, p. 299-324.<\/p>\n\n\n\n<p>AULAGNIER P. (1986), \u00ab Du langage pictural au langage de l\u2019interpr\u00e8te\u00bb, in : Un interpr\u00e8te en qu\u00eate de sens, Paris, Payot, 1991, p. 443-482.<\/p>\n\n\n\n<p>BRACQ-LECA H. &amp;&nbsp;PITEL-BUTTEZ M. (2012). Construire et proposer un espace-temps de soin dans un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire pour mineurs.&nbsp;<em>Adolescence<\/em>, 304, 869-879.&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/ado.082.0869\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/ado.082.0869<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>BUFFARD S. (1973), Le froid p\u00e9nitentiaire, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>LECA H. &amp;&nbsp;BRUN A. (2012). Groupe th\u00e9rapeutique \u00e0 m\u00e9diation sensorielle olfactive en milieu carc\u00e9ral.&nbsp;<em>Psychoth\u00e9rapies<\/em>, 32, 137-146.&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/psys.122.0137\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/psys.122.0137<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>LHUILIER D. (2001), Le choc carc\u00e9ral, Paris, Bayard.<\/p>\n\n\n\n<p>RACAMIER P.-C. (1963), \u00ab Le Moi priv\u00e9 des sens \u00bb, La psychanalyse et la psychiatrie, Etudes psychopathologiques, Paris, Payot, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p>RAVIT M. (2008), \u00ab Construire sa peine : temporalit\u00e9 et travail psychique en prison, dans un groupe \u00ab Photolangage \u00bb, Bulletin de psychologie, tome 61 (1), n\u00b0493, p. 63-70.<\/p>\n\n\n\n<p>RAVIT M. (2013), Les logiques du passage \u00e0 l&rsquo;acte violent et criminel \u2013 Perspectives cliniques et m\u00e9tapsychologiques du d\u00e9saxement subjectif, M\u00e9moire d\u2019Habilitation \u00e0 Diriger des Recherches, Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon 2, Institut de Psychologie, CRPPC, Ecole Doctorale EPIC, C.N.U. section 16.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Par exemple, une recherche men\u00e9e sur un groupe th\u00e9rapeutique pr\u00e9sent\u00e9 dans&nbsp;: LECA H. &amp; BRUN A. (2012). Groupe th\u00e9rapeutique \u00e0 m\u00e9diation sensorielle olfactive en milieu carc\u00e9ral. Psychoth\u00e9rapies, 32, 137-146. https:\/\/doi.org\/10.3917\/psys.122.0137<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22468?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paroles de cliniciens\u00a0et vous propose de prendre la parole pour partager un \u00ab moment particulier \u00bb de la pratique. Ce mois-ci, Herminie Leca partage avec nous son exp\u00e9rience en prison. 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