{"id":22460,"date":"2022-04-03T09:34:00","date_gmt":"2022-04-03T07:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=22460"},"modified":"2022-04-05T15:40:39","modified_gmt":"2022-04-05T13:40:39","slug":"moi","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/moi\/","title":{"rendered":"Moi"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Je est un autre<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour Georges Steiner<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> \u00ab\u00a0<em>le sc\u00e9nario tripartie de la psych\u00e9 (\u00e7a, moi, surmoi) est une image<\/em> <em>transparente de (respectivement) la cave, les pi\u00e8ces de s\u00e9jour, et le grenier charg\u00e9 de m\u00e9moire de la maison bourgeoise<\/em>\u00a0\u00bb. Les tr\u00e9sors enfouis et les secrets inavouables au grenier, les v\u00e9rit\u00e9s impensables que seul l\u2019inconscient conna\u00eet \u00e0 la cave\u2026 \u00a0Si l\u2019on soulevait le voile des refoulements et des d\u00e9nis, quel visage aurait donc le moi social dans lequel s\u2019\u00e9pancherait par le haut et le bas le moi priv\u00e9 ? Et que n\u2019entendrait-on\u00a0? On n\u2019agit d\u2019habitude pas comme \u00e7a en soci\u00e9t\u00e9\u00a0!&#8230; mais je vous assure qu\u2019il n\u2019est pas du tout comme \u00e7a dans l\u2019intimit\u00e9\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Notons le pluriel des chambres de s\u00e9jour du moi\u2026 le moi est en effet pour Freud \u00ab\u00a0<em>une \u00e9tendue\u2026 et il n\u2019en sait rien<\/em><strong>\u00bb<a href=\"#_ftn2\"><strong>[2]<\/strong><\/a>,<\/strong> compos\u00e9 de multiples <em>chez soi<\/em> ob\u00e9issants aux lieux norm\u00e9s et aux pr\u00eats \u00e0 penser dict\u00e9s par les lois du moment, qui co-locationnent et colloquent plus ou moins harmonieusement, discutent ou s\u2019invectivent int\u00e9rieurement\u2026 le tout \u00e0 l\u2019ego. C\u2019est que <em>Je<\/em> est <em>un autre<\/em> et m\u00eame <em>plusieurs autres<\/em>. Il y a l\u00e0 le moi le plus priv\u00e9 des toilettes o\u00f9 l\u2019on exon\u00e8re, celui intime de la salle de bain o\u00f9 l\u2019on nettoie, celui du salon o\u00f9 l\u2019on cause, de la salle \u00e0 manger o\u00f9 <em>manger c\u2019est s\u2019exprimer<\/em>. Et bien s\u00fbr celui de la chambre \u00e0 et o\u00f9 coucher,\u00a0o\u00f9 l\u2019investissement libidinal du moi (narcissisme) est investissement de la pulsion sexuelle et sa corpor\u00e9isation : de l\u2019ut\u00e9rus (womb) \u00e0 la tombe (tomb) en passant par toutes les chambres (rooms) o\u00f9 le moi aura \u00e0 dormir seul ou en compagnie, chambres du moi qui en anglais sonnent toutes caverneuses.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire aussi \u00e0 la suite de cette sentence de Georges Steiner que l\u2019Homme est un animal (voil\u00e0 pour le \u00e7a) intelligent en tant qu\u2019il peut rapidement d\u00e9velopper une conscience r\u00e9flexive (l\u2019esprit \u00e9mergeant du psych\u00e9-soma, le moi est self-conscious pour Winnicott) sup\u00e9rieure aux ordinateurs les plus sophistiqu\u00e9s (voil\u00e0 pour le contr\u00f4le plus ou moins surmo\u00efque de la raison<ins>,<\/ins> int\u00e9grant plus ou moins les logiciels, moi-id\u00e9al et id\u00e9al-du moi, et leur impact sur la m\u00e9moire). Mais il(s) est (sont) ce (ces) diff\u00e9rent(s) Moi(s)], plus que \u00e7a et au-dessus\u2026 voil\u00e0 pourquoi l\u2019\u00e9thologie et les neurosciences doivent \u00eatre compl\u00e9t\u00e9es par la psychanalyse qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la dialectique (alchimie et \u00e9conomie) entre soi et l\u2019objet et, plus profond\u00e9ment (avec la notion d\u2019inconscient), entre le \u00e7a (le moi pulsionnel corporel au plus pr\u00e8s du pr\u00e9natal) et le surmoi (fait des projections, des injonctions, exigences, protection de l\u2019Autre) pour qu\u2019advienne un (plusieurs) moi(s) \u00e9quilibr\u00e9(s). C\u2019est que nous sommes faits (bien ou mal) de nos investissements d\u2019objet, ils nous r\u00eavent et nous pensent, et in fine, nous constituent. Notre moi change donc en fonction des objets \u00e9lus et de ceux rejet\u00e9s. Dit autrement et, fort de ses \u00e9tant multiples, le sujet suffisamment sain se sent partout chez lui\u2026 tandis que c\u2019est plus difficile pour le sujet souffrant de la maladie d\u2019un pass\u00e9 empli de remords et de regrets. Il suffit pour s\u2019en convaincre d\u2019oser se parler vraiment \u00e0 soi-m\u00eame\u00a0; quand \u00e7a s\u2019impose, dans l\u2019horreur ou dans l\u2019extase, dans le bruit ou dans le silence, ou quand on le choisit en d\u00e9cidant de s\u2019allonger, et en se disant ses quatre v\u00e9rit\u00e9s (plus ou moins teint\u00e9es d\u2019erreurs, y compris\u00a0et surtout des \u00ab\u00a0erreurs\u00a0non fausses\u00a0\u00bb, celles de nos autofictions), et d\u2019alors se demander\u2026 mais en fait \u00e0 quel moi parlons nous vraiment\u00a0? le moi social ou l\u2019un de ces autres moi moins masqu\u00e9s, que l\u2019on ne sait porter en nous que lorsqu\u2019ils s\u2019imposent \u00e0 nous, dans un moment de d\u00e9personnalisation\u00a0? Sommes-nous des figures, des clich\u00e9s, qui font un tour sur le ring de la vie jouant au mieux leur r\u00f4le (jamais le vrai drame de leur vie) et puis s\u2019en vont\u00a0? des personnages en qu\u00eate d\u2019auteur et de combat\u00a0? Des caricatures-pastiches de nous-m\u00eames\u00a0dans une soci\u00e9t\u00e9 du spectacle et de la parodie ? Sommes-nous vrais et donc \u00e0 vif, ou faux-self, fait de trop de f\u00e9tiches-oripeaux de la modernit\u00e9, dans un para\u00eetre comme ultime rem\u00e8de cosm\u00e9tique au d\u00e9sespoir de n\u2019\u00eatre pas\u2026 ou peu\u2026 ou rien.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Moi je <\/h2>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Ces derniers temps, il n&rsquo;est pas un jour o\u00f9 je me souvienne que j\u2019ai jamais acc\u00e8s \u00e0 mon v\u00e9ritable moi, peut \u00eatre parce que je ne l\u2019ai pas\u00a0model\u00e9 comme une essence stable s\u00fbre d\u2019elle mais comme la recherche conflictuelle et inachev\u00e9e d\u2019une v\u00e9rit\u00e9\u00a0fuyante\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Enrique Vila Matas sait pourtant bien que le v\u00e9ritable moi, le vrai-self n\u2019est que rarement accessible\u2026 qu\u2019il n\u2019y \u00e0 que des projections imaginaires de \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb (et que peut \u00eatre m\u00eame, \u00e0 part pour quelques \u00ab\u00a0\u00e9lus\u00a0\u00bb illumin\u00e9s (et bien malheureux souvent) qui connaissent quelques \u00ab\u00a0sacr\u00e9es\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e9lations, pour tout un chacun, les seuls moments de v\u00e9rit\u00e9 sont ceux o\u00f9 ils s\u2019aper\u00e7oivent que celle-ci leur \u00e9chappera toujours. Fluante comme la vie qui est mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce (ce moi) le <em>je est un autre<\/em> pulsionne<strong>l<\/strong> en diable et implacable, si proche du \u00e7a, qui vit plus qu\u2019il ne pense ou parle\u2026 n\u2019est-ce pas d\u2019ailleurs ce qu\u2019il y a de plus exceptionnel et litt\u00e9ralement merveilleux avec le \u00e7a c\u2019est qu\u2019il agit dans l\u2019h\u00e9ro\u00efsme ou l\u2019ignominie sans avoir besoin de penser\u2026 comme le moi du r\u00eaveur (si moi il y a quand on r\u00eave), o<ins>\u00f9<\/ins><del>u<\/del> on est visit\u00e9 par les fant\u00f4mes de nos moi(s) d\u2019antan.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce le moi silencieux de mon jumeau paraphr\u00e9nique<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, ce moi plus b\u00eate que m\u00e9chant, et sosie invers\u00e9e de mon moi supr\u00eame, le pr\u00e9tentieux qui lui est plus m\u00e9chant que b\u00eate\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce le moi n\u00e9gatif qui dit non \u00e0 tout ce que je pense et&nbsp;m\u2019englue d\u2019ambivalence&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce le moi passionnel absolutiste de l\u2019adolescent mort au champ d\u2019horreur ou d\u2019honneur, laissant place, apr\u00e8s une transition-transmutation plus ou moins d\u00e9personnalisante, \u00e0 la naissance d\u2019un moi adulte, \u00e0 la fois vivant, sentant et d\u00e9sirant, mais d\u00e9j\u00e0\u00a0civilis\u00e9, soit quelque peu absent de son soi (profond sauvage) \u00ab\u00a0syphilis\u00e9\u00a0\u00bb disait Jacques Brel et spectateur plus ou moins ironique de sa \u00ab\u00a0chienne de vie\u00a0\u00bb \u00e0 venir. Est-ce enfin le moi gardien du temple, le v\u00e9ritable moi, le vrai self inaccessible, le noyau incommunicable qu\u2019il\u00a0est illusoire de penser pouvoir tromper\u00a0? Le vrai-self c\u2019est de pouvoir dire <em>moi-je<\/em> en se rapportant \u00e0 un pr\u00e9dicat central soit un moi consistant et stable. <em>Moi je<\/em> l\u2019auteur et non l\u2019acteur ou le prestataire de service. Mais Narcisse (Moi-je) devrait pouvoir se penser Prot\u00e9e (multiples \u00e9tants). Ce moi l\u00e0, narcissique, devrait pouvoir prendre <em>sur soi<\/em>\u2026 c\u2019est-\u00e0-dire oser renoncer \u00e0 la dictature de l\u2019absolu et de la totalit\u00e9 et donc accepter la victoire comme la d\u00e9faite, devenir le moi (bienveillant) de son moi. Et aussi (c\u2019est l\u00e0 l\u2019objet de la cure) s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ses moi pass\u00e9s, pour mieux s\u2019accepter dans l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de sa (ses) configuration(s) \u2013 \u00ab\u00a0<em>quel ange n\u2019est d\u00e9mon<\/em>\u2026 ces deux dimensions de la nature humaine sont compl\u00e9mentaires et indispensables \u00e0 une certaine harmonie et, en s\u2019inventant rena\u00eetre \u00e0 soi\u2026 sans rien oublier pour autant. Et ce moi l\u00e0 revisitant dans l\u2019inconscient, le d\u00e9sir n\u00e9 de la libido refluant dans l\u2019\u00eatre, soit le chainon manquant, le medium entre les deux moteurs que sont le corps et l\u2019esprit, peut favoriser l\u2019irruption de l\u2019\u00e9v\u00e8nement ext\u00e9rieur qui pourrait l\u2019apaiser, et cesser de ne se pr\u00e9occuper que de lui-m\u00eame au risque de verser dans la morosit\u00e9 de n\u2019\u00eatre qu\u2019avec soi, de n\u2019\u00eatre que soi. Car alors Je n\u2019est plus un ou plusieurs autres (\u00ab\u00a0<em>soi-m\u00eame toujours plusieurs, singulier pluriel et pluriel singulier<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crivait Jean Luc Nancy), il n\u2019est qu\u2019un autre. Ou pire\u00a0exacerbant ce que le sujet a de plus t\u00e9n\u00e9breux en lui et faute de satisfaction purgative, le moi peut verser dans la violence narcissique identitaire ou le sadomasochisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La m\u00e9thode d\u00e9pressive du vide <\/h2>\n\n\n\n<p>Freud soulignait que \u00ab\u00a0<em>le moi est avant tout un moi corporel, ce n\u2019est pas seulement un \u00eatre de surface, mais m\u00eame la projection d\u2019une surface\u00a0(\u2026) le moi est fondamentalement d\u00e9riv\u00e9 des sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps\u2026 il peut \u00eatre ainsi consid\u00e9r\u00e9 comme une projection mentale de la surface du corps, et de plus il repr\u00e9sente la surface de l\u2019appareil mental<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. N\u2019est-ce pas l\u00e0 plut\u00f4t une d\u00e9finition du soi (l\u2019\u00ab<em>anima<\/em>\u00bb, l\u2019\u00e2me), la part du moi la plus intime et la plus priv\u00e9e, celle qui est au plus pr\u00e8s du corps. Tandis que le moi serait une autre part, pouvant prendre de la hauteur en m\u00eame temps que du recul (sans (se) casser la figure) et retrouver\u00a0du jeu dans une position m\u00e9ta, serait<ins>&#8211;<\/ins><del> <\/del>elle, et de ce fait m\u00eame, plus sociable et communicante. Jusqu\u2019\u00e0 un certain point, et d\u2019une certaine fa\u00e7on donc, une grande partie du moi profond resterait inaccessible tant au sujet qu\u2019\u00e0 son (ses) objet(s). Dans la\u00a0gnose bouddhiste, \u00ab\u00a0<em>on<\/em>\u00a0\u00bb porterait tous une multitude de masques (sociaux)\u2026 le dernier \u00e9tant le plus coll\u00e9 au corps, ou plut\u00f4t \u00e0 la chair\u2026et derri\u00e8re ce dernier masque, tel \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9pluchage d\u2019un\u00a0oignon&#8230; il n\u2019y aurait Rien\u2026 Personne. Le moi-profond, le soi, serait inaccessible d\u2019\u00eatre absent, comme Dieu, comme la v\u00e9rit\u00e9, comme la r\u00e9alit\u00e9, et nul miracle cr\u00e9atif ne serait \u00e0 attendre dans ce summum du vide, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les actions combin\u00e9es du surmoi et de l\u2019id\u00e9al du moi, ou par l\u2019expression des pulsions destructrices du \u00e7a attaquant les processus de liaison qui permettent \u00e0 tout un chacun de prendre conscience de la r\u00e9alit\u00e9.\u00a0Le moi, la psych\u00e9, ne serait peut<ins>&#8211;<\/ins><del> <\/del>\u00eatre selon Pierre Fedida<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> que \u00ab\u00a0<em>la m\u00e9taphore d\u00e9pressive du vide<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 <em>loin de se concevoir comme souffle vital, ne se d\u00e9signerait-elle pas comme immobilit\u00e9 du corps ou m\u00eame comme corps enti\u00e8rement devenu lieu de l\u2019absence<\/em>\u00a0\u00bb.<del> <\/del>\u00a0Le soi, le self n\u2019existe donc pas d\u2019embl\u00e9e, il se s\u00e9cr\u00e8te et se cr\u00e9e, se cherche, se trouve et s\u2019invente, \u00e0 partir d\u2019un moi primitif animal et temp\u00e9ramental, le moi profond corporel, qui est la premi\u00e8re <em>personne<\/em> (dans toute la polys\u00e9mie du terme\u2026multiples signifi\u00e9s d\u2019un signifiant) qui est en nous, et comme le paradis de l\u2019enfance, il est perdu dans le jadis et ne se rencontrera plus. \u00ab\u00a0<em>Mon nom est personne<\/em>\u00a0\u00bb ne peut que dire Ulysse \u00e0 un certain terme de son voyage r\u00e9gressif avant de s\u2019unir \u00e0 P\u00e9n\u00e9lope voulant dire que l\u2019on porte toujours un masque\u2026 \u00ab\u00a0<em>je ne suis pas un num\u00e9ro<\/em>\u00a0\u00bb dit le num\u00e9ro 6 dans la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00ab\u00a0<em>le prisonnier<\/em>\u00a0\u00bb en s\u2019apercevant qu\u2019il est le num\u00e9ro un qui s\u2019ignorait. Et toute une vie n\u2019est peut<ins>&#8211;<\/ins><del> <\/del>\u00eatre pas suffisante pour se r\u00e9concilier<del> <\/del>\u00a0avec ce moi d\u2019essence infantile encore en \u00e9troite proximit\u00e9 avec le \u00e7a qui, en pleine inconscience, (en) veut encore et encore plus, refuse tout compromis, ne veut pas mourir, veut \u00eatre aim\u00e9 comme il le d\u00e9sire et en a besoin, et n\u2019abdique pas, avant que les dons qui lui ont \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9s s\u2019accomplissent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pas de moi sans objet<\/h2>\n\n\n\n<p>Avec Winnicott\u00a0rappelons nous qu\u2019il n\u2019y a pas, d\u00e8s l\u2019origine, de moi sans objet\u2026 de contenu sans contenant plus ou moins conteneur c\u2019est-\u00e0-dire nourrissant\u00a0et surface de projection offerte aux identifications, ! Les auto\u00e9rotismes du moi de l\u2019enfant ont-ils \u00e9t\u00e9 assez nourris de l\u2019objet telle est la premi\u00e8re question \u00e0 se poser si on veut \u00e9valuer la substance psychique d\u2019un sujet. Il n\u2019est pas possible selon Winnicott<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> de d\u00e9crire un b\u00e9b\u00e9 sans prendre en compte les soins apport\u00e9s par la m\u00e8re (Int\u00e9gration du Moi au cours du d\u00e9veloppement de l\u2019enfant). Ajoutons avec Wilfried Bion, dans la continuit\u00e9 de Freud, que \u00ab\u00a0<em>les \u00e9motions naissent du corps et sont m\u00e8re de toute pens\u00e9e\u00a0<\/em>\u00bb. M\u00e8re de toute pens\u00e9e\u2026 la magie de la pens\u00e9e de Bion faisant ressortir le signifiant m\u00e8re, soit le premier lieu, celui de l\u2019origine du monde et du self (l\u2019\u00e2me pour Winnicott\u00a0n\u00e9e au miroir du visage maternel), nous fait associer \u00e0 celle de Francis Pasche\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la m\u00e8re n\u2019est pas seulement ce qui gratifie ou frustre, ce qui s\u2019ajuste plus ou moins aux d\u00e9sirs, c\u2019est aussi une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, une surface de peau, la peau du monde<\/em>\u00a0\u00bb. Elle est de fait la premi\u00e8re demeure de tout homme, sa maison natale. Dans la relation narcissique trans-corporelle m\u00e8re-enfant dans l\u2019\u00e9dification du moi du sujet, pas de localisation\u2026 une substantialit\u00e9 particuli\u00e8re\u2026 de la m\u00eame \u00e9toffe que celle du r\u00eave. Et dans la qualit\u00e9 de l\u2019intersubjectivit\u00e9 primaire m\u00e8re-enfant, se trouve le fondement pour le sujet de l\u2019objectivit\u00e9 du monde comme le disait Pierre Fedida.<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande part de ce que nous croyons \u00eatre nous, et tout particuli\u00e8rement ce que nous croyons \u00eatre nos valeurs ou notre sens (conscience) moral(e) n\u2019est donc que la douloureuse et ou rassurante perception \u2013 conscience qu\u2019on, qu\u2019un objet, qu\u2019un couple parental, qu\u2019un homme ou qu\u2019une femme, que les autres, qu\u2019un th\u00e9rapeute, nous regardent, nous observent, nous fixent\u2026 et mieux nous pensent, et nous r\u00eavent\u2026 et&nbsp;\u00e9videmment nous touchent et nous parlent. L\u2019objet&nbsp;: fa\u00e7on de parler de l\u2019impact qu\u2019un sujet singulier d\u00e9sirant a sur nous&nbsp;; l\u2019aura qui s\u2019en d\u00e9gage, son intentionnalit\u00e9 ou son indiff\u00e9rence, sa sympathie ou sa haine consciente et inconsciente, le processus de d\u00e9sir qu\u2019il enclenche en nous en regard du processus de d\u00e9sir qu\u2019on d\u00e9clenche en lui. C\u2019est l\u2019autre qui en tout \u00e9tat de cause fait \u00ab&nbsp;briller&nbsp;\u00bb notre moi ou l\u2019assombrit. Pour s\u2019en convaincre\u2026 le sentiment qu\u2019une version de nous-m\u00eame a disparu avec la perte de l\u2019objet, et la nostalgie pour ce fant\u00f4me de nous m\u00eame, tel et en tant qu\u2019il \u00e9tait aim\u00e9 par l\u2019objet, \u2026 \u00ab&nbsp;<em>la m\u00eame sensation que celle de l\u2019amput\u00e9 qu\u2019un membre disparu<\/em> <em>(fant\u00f4me)<\/em> <em>obs\u00e8de<\/em> <em>douloureusement<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9crit Thomas Pynchon.<del><\/del><\/p>\n\n\n\n<p>Si le contact de soi \u00e0 soi permanent, la conscience r\u00e9flexive, qui est l\u2019essence de l\u2019esp\u00e8ce humaine, qui conduit l\u2019homme du fait psychique au fait moral (le conflit et donc l\u2019angoisse, le dilemme et donc la culpabilit\u00e9), et contribue ainsi \u00e0 ce qu\u2019il puisse se supporter lui-m\u00eame en regard de ce qu\u2019il s\u2019emp\u00eache de faire aux autres et de dire non, s\u2019\u00e9vapore progressivement, il rendra toute chose possible \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle est justifi\u00e9e, l\u00e9gitim\u00e9e par les nouvelles lois en application mais pour autant, au grand jamais non l\u00e9gitime au regard de la loi humaine. Cette pr\u00e9sence \u00e0 soi dans ses pens\u00e9es et ses actes qui cr\u00e9e ontologiquement la culpabilit\u00e9 et pr\u00e9serve de la honte, cette dimension narcissique, (l\u2019honneur, la dignit\u00e9 plut\u00f4t que l\u2019opprobre) avant que d\u2019\u00eatre une valeur morale (le surmoi, la conscience morale est d\u2019abord protectrice du narcissisme en limitant son expansion absolutiste, celle du moi id\u00e9al), est un liant fondamental du tissu social. Rendons gr\u00e2ce aux objets de nous accorder par leur pr\u00e9sence, la gr\u00e2ce d\u2019une tr\u00eave d\u2019avec nous-m\u00eames, et de nous aider \u00e0 nous d\u00e9barrasser de ce moi qui nous esseule en nous faisant rencontrer les autres de nos moi, les inconnus et \u00e9trangers de l\u2019int\u00e9rieur, ceux qu\u2019il nous r\u00e9v\u00e8le dans leur fa\u00e7on singuli\u00e8re de nous aimer. <sup>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/sup><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Georges Steiner&nbsp;: <em>R\u00e9elles pr\u00e9sences&nbsp;<\/em>; Les arts du sens&nbsp;; Gallimard, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> S. Freud.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Enrique Vila Matas&nbsp;; <em>Chet Baker pense \u00e0 son&nbsp;art<\/em>&nbsp;; Ed Mercure de France&nbsp;; 1984.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Michel de M\u2019Uzan&nbsp;; \u00ab&nbsp;<em>le jumeau paraphr\u00e9nique<\/em>&nbsp;\u00bb in \u00ab&nbsp;<em>la chim\u00e8re des inconscients<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; Coll. Connaissance de l\u2019inconscient. Paris. Gallimard&nbsp;; 2001. pp 127-142<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Sigmund Freud&nbsp;; <em>Le moi et le \u00e7a. <\/em>Petite biblioth\u00e8que Payot. 1972<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Pierre Fedida&nbsp;; <em>L\u2019absence<\/em>&nbsp;; Folio&nbsp;; gallimard&nbsp;; 1994.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Donald Winnicott&nbsp;; \u00ab&nbsp;<em>Le d\u00e9veloppement affectif primaire&nbsp;<\/em>\u00bb. 1945. Payot. in processus de maturation chez l\u2019enfant d\u00e9veloppement affectif et environnement.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22460?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je est un autre Pour Georges Steiner[1] \u00ab\u00a0le sc\u00e9nario tripartie de la psych\u00e9 (\u00e7a, moi, surmoi) est une image transparente de (respectivement) la cave, les pi\u00e8ces de s\u00e9jour, et le grenier charg\u00e9 de m\u00e9moire de la maison bourgeoise\u00a0\u00bb. 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