{"id":21709,"date":"2022-03-06T14:20:00","date_gmt":"2022-03-06T13:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=21709"},"modified":"2022-03-06T14:52:57","modified_gmt":"2022-03-06T13:52:57","slug":"comment-qualifier-et-caracteriser-lautisme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/comment-qualifier-et-caracteriser-lautisme\/","title":{"rendered":"Comment qualifier et caract\u00e9riser l\u2019autisme ? Enjeux terminologiques autour d\u2019une probl\u00e9matique contemporaine"},"content":{"rendered":"\n<p><b>S\u2019atteler \u00e0 penser un nouvel \u00e9crit sur l\u2019autisme appelle \u00e0 adopter une perspective prudente <\/b>et suffisamment \u00e9clair\u00e9e, t\u00e2che qui s\u2019av\u00e8re loin d\u2019\u00eatre \u00e9vidente dans un contexte d\u00e9licat, o\u00f9 recherches scientifiques et d\u00e9bats souvent passionn\u00e9s tendent \u00e0 se t\u00e9lescoper et \u00e0 faire parfois perdre une certaine forme de mesure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, certains \u00e9l\u00e9ments doivent cependant nous servir de balises suffisamment fiables et stables. Il ne s\u2019agit donc pas ici de remettre en question le plus que n\u00e9cessaire \u00ab&nbsp;coup de projecteur&nbsp;\u00bb mis actuellement sur cette probl\u00e9matique, indispensable pour continuer \u00e0 sensibiliser les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes et le grand public \u00e0 sa sp\u00e9cificit\u00e9 ainsi qu\u2019aux moyens \u00e0 d\u00e9ployer pour soutenir les prises en charge et les accompagnements des enfants et des familles. Ou encore de vouloir redessiner les contours d\u2019une entit\u00e9 pr\u00e9sentant certes des degr\u00e9s de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 variables mais dont les signes cliniques sont d\u00e9sormais suffisamment bien connus. Pas question non plus de d\u00e9nier l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 des processus qui pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019apparition et au d\u00e9ploiement de l\u2019autisme au cours du d\u00e9veloppement, impliquant avec \u00e9vidence des enjeux neurophysiologiques av\u00e9r\u00e9s mais pluriels, comportant cependant une part d\u2019\u00e9nigme non n\u00e9gligeable. Et encore moins d\u2019oublier qu\u2019au-del\u00e0 de sa simple mention, l\u2019autisme ne saurait juste appeler \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 une maladie ou une affection mais invite bien \u00e0 consid\u00e9rer et donner toute son importance \u00e0 des sujets, des personnes (mais aussi \u00e0 leur famille) et \u00e0 la fa\u00e7on dont elles le vivent \u00ab&nbsp;de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>DE LA PLURALIT<meta charset=\"utf-8\">\u00c9 DES VOCABLES<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>U<\/strong><b>ne fois ces quelques rep\u00e8res pos\u00e9s,<\/b> nous souhaiterions d\u00e9sormais engager une r\u00e9flexion concernant la fa\u00e7on dont plusieurs termes ont pu servir, et servent encore pour certains \u00e0 caract\u00e9riser et qualifier l\u2019autisme. La pluralit\u00e9 des vocables utilis\u00e9s en fonction des courants de pens\u00e9e et des \u00e9poques laisse en effet perplexe voire plonge parfois dans l\u2019embarras, dessinant un \u00e9ventail \u00e9largi et empruntant \u00e0 des registres qui apparaissent souvent connexes. Par exemple, on parlera ici de psychose ou de maladie mentale. Ailleurs de \u00ab&nbsp;Trouble Envahissant du D\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb puis de \u00ab&nbsp;Troubles du Spectre Autistique&nbsp;\u00bb ou encore de handicap. \u00c0 moins que l\u2019on utilise la mention de \u00ab&nbsp;Trouble Neuro-D\u00e9veloppemental&nbsp;\u00bb. Le tout pouvant s\u2019accompagner d\u2019une r\u00e9flexion de fond consid\u00e9rant la nature r\u00e9ellement pathologique ou non de l\u2019autisme, parfois envisag\u00e9 comme une autre fa\u00e7on de se percevoir soi-m\u00eame ainsi que le monde environnant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><b>L\u2019expos\u00e9 pr\u00e9liminaire de ces quelques \u00e9l\u00e9ments provoquera peut-\u00eatre et d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 quelques r\u00e9actions spontan\u00e9es<\/b> chez le lecteur&nbsp;: ce dernier pourra ainsi se sentir proche de certaines notions (qu\u2019il reconna\u00eet comme pertinentes et utilise r\u00e9guli\u00e8rement) mais aussi en d\u00e9saccord avec d\u2019autres qui lui para\u00eetront inutiles, obsol\u00e8tes ou erron\u00e9es. Notre propos ne consistera pas ici \u00e0 valoriser une terminologie plus qu\u2019une autre mais plut\u00f4t de les mettre en tension de fa\u00e7on dialectique, dans le cadre d\u2019une r\u00e9flexion d\u2019ensemble qui s\u2019essaye \u00e0 \u00e9prouver les limites des formules et des mots commun\u00e9ment utilis\u00e9s dans ce domaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la pluralit\u00e9 de ces vocables, nous proposons donc de venir questionner cet \u00e9tat de fait, en soupesant les implications sous-jacentes et en r\u00e9alisant une cartographie qui permette de s\u2019orienter \u00e0 minima et de consid\u00e9rer les propositions plurielles faites dans ce domaine et \u00e0 ce niveau. Comme nous le verrons, il en ressort que la singularit\u00e9 et la complexit\u00e9 de la clinique de l\u2019autisme semble mettre au d\u00e9fi toute tentative de d\u00e9nomination pr\u00e9cise au regard des termes existants, venant par ailleurs \u00e9prouver les limites de chacun d\u2019entre eux&nbsp;: en les \u00e9tudiant de la sorte et dans ce contexte, on s\u2019apercevra que ces derniers dessinent une n\u00e9buleuse aux contours parfois plus flous et plus plastiques qu\u2019il n\u2019y para\u00eet au premier abord.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pr\u00e9cisons que l\u2019\u00e9vocation de terminologies pouvant appara\u00eetre comme d\u00e9su\u00e8tes ou faisant l\u2019objet de critiques parfois vives est ici clairement assum\u00e9, non que nous souhaitions syst\u00e9matiquement les r\u00e9habiliter ou les valoriser, mais surtout pour les inscrire dans la trajectoire de notre r\u00e9flexion et la nourrir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>AUX ORIGINES DE L\u2019AUTISME&nbsp;: LA DOUBLE R<meta charset=\"utf-8\">\u00c9F<meta charset=\"utf-8\">\u00c9RENCE \u00c0 UN TROUBLE PSYCHIATRIQUE ET AU RETARD MENTAL<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>Mentionnons ici que notre propos a \u00e9t\u00e9 \u00e9clair\u00e9 par un certain nombre d\u2019\u00e9crits fondamentaux qui se sont essay\u00e9s \u00e0 reprendre la trajectoire historique du concept d\u2019autisme<\/b> (Hochmann, 2009, Hjalmarsson, 2014).. Si nous n\u2019apporterons pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments nouveaux \u00e0 proprement parler, cela nous servira de bases pour tenter d\u2019appr\u00e9hender certains enjeux de notre sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons donc que l\u2019entit\u00e9 que constitue l\u2019autisme a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e dans le champ de la clinique de l\u2019enfant, non sans que certaines \u00e9tapes pr\u00e9liminaires, parfois confuses, aient \u00e9t\u00e9 travers\u00e9es, avant qu\u2019\u00e9merge une meilleure discrimination le concernant. Cette \u00e9mergence appara\u00eet comme se situant au carrefour de la naissance de la p\u00e9dopsychiatrie et du rep\u00e9rage des retards mentaux chez l\u2019enfant, tels qu\u2019on pouvait commencer \u00e0 les appr\u00e9hender dans le champ de l\u2019\u00e9ducation et de la scolarisation. Dans le premier cas, c\u2019est la mention de la schizophr\u00e9nie infantile qui vient poser un premier jalon&nbsp;: non pas que l\u2019autisme soit ici \u00e0 consid\u00e9rer sous ce vocable mais bien parce qu\u2019il s\u2019agit historiquement d\u2019un des tout premiers troubles psychiatriques \u00e9voqu\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfance. Il est ici \u00e9vident que c\u2019est bien la d\u00e9couverte de la schizophr\u00e9nie chez l\u2019adulte qui a naturellement invit\u00e9&nbsp;les psychiatres de l\u2019\u00e9poque \u00e0 s\u2019interroger sur la pr\u00e9sence d\u2019un syndrome similaire chez les enfants&nbsp;: au travers de cette d\u00e9marche, c\u2019est l\u2019ouverture vers le champ des psychoses infantiles qui prend alors forme. Ce glissement d\u2019une tranche d\u2019\u00e2ge \u00e0 l\u2019autre s\u2019est alors fait sur des modalit\u00e9s certes novatrices, mais aussi balbutiantes et in\u00e9vitablement maladroites, prises dans une r\u00e9flexion fragilis\u00e9e du fait de l\u2019\u00e9mergence de la discipline. Du coup, on peut raisonnablement penser que bon nombre d\u2019enfants ont pu \u00eatre qualifi\u00e9s de la sorte alors qu\u2019ils ne pr\u00e9sentaient pas tous une forme r\u00e9elle de psychose infantile&nbsp;: l\u2019autisme, certains retard mentaux ou affections neurologiques ou g\u00e9n\u00e9tiques ont donc du coup pu \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s p\u00eale-m\u00eale dans cette cat\u00e9gorie. Au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle (et notamment aux USA), on peut s\u2019apercevoir que la notion de schizophr\u00e9nie infantile s\u2019utilise sur des modalit\u00e9s trop \u00e9largies et confuses, fonctionnant \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une \u00ab&nbsp;bulle&nbsp;\u00bb qui ne cesse alors d\u2019enfler. Dans ce contexte, la proposition de Kanner de discriminer l\u2019autisme au milieu de ce fourre-tout a incarn\u00e9 un temps historique d\u2019importance. afin de ne pas rester dans cette situation pr\u00e9judiciable.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Mais il est aussi probable que les premiers enfants autistes aient pu \u00eatre inclus dans une autre cat\u00e9gorie<\/b> tout aussi large&nbsp;: celles des retards mentaux. L\u2019instruction et la scolarisation obligatoires ont de fait permis de rep\u00e9rer certains enfants rencontrant des difficult\u00e9s massives, situ\u00e9es \u00e0 la fois au niveau des apprentissages mais aussi de l\u2019int\u00e9gration \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est alors souvent le niveau de d\u00e9veloppement intellectuel (mis en avant notamment en France par Binet) qui permettait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de tenter de les discriminer. On ne parle alors pas de pathologie psychiatrique mais d\u2019un registre qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 ce qui sera plus tard d\u00e9nomm\u00e9 sous le terme de retard mental. La question du niveau de retard s\u2019av\u00e8re ici centrale et n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre mesur\u00e9e pour tenter de \u00ab&nbsp;classer&nbsp;\u00bb ces enfants&nbsp;: on voit alors appara\u00eetre un certain nombre de termes aujourd\u2019hui disparus des classifications. Il est alors mention par exemple de l\u2019arri\u00e9ration (Ohayon, 2012), de l\u2019idiotie ou de la d\u00e9bilit\u00e9, \u00e9voqu\u00e9es souvent d\u2019une fa\u00e7on d\u2019autant plus p\u00e9jorative que certains cliniciens de l\u2019\u00e9poque consid\u00e8rent ces affections comme p\u00e9rennes et ne pouvant souffrir d\u2019aucune am\u00e9lioration, point de vue qui bien heureusement sera nuanc\u00e9 par d\u2019autres. Il est en tout cas plus que probable que certains enfants autistes aient \u00e9t\u00e9 l\u00e0-aussi inclus par d\u00e9faut dans cette cat\u00e9gorie qui les associant donc \u00e0 la mention d\u2019un retard mental.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que ces jeunes patients aient pu \u00eatre int\u00e9gr\u00e9sde fa\u00e7on confuse \u00e0 ces deux branches historiques (dans le contexte de disciplines \u00e9mergentes \u00e0 la recherche de leur identit\u00e9 et de leur l\u00e9gitimit\u00e9 propre) montre bien comment une premi\u00e8re dialectique se dessine avant m\u00eame que l\u2019autisme soit clairement identifi\u00e9&nbsp;: elle se situe dans la double r\u00e9f\u00e9rence entre pathologie psychiatrique (et maladie mentale donc&nbsp;: nous y reviendrons plus loin) et retard intellectuel, ce qui positionne l\u2019autisme dans un entre-deux d\u00e9licat qui laissera par la suite une empreinte certaine. Cette derni\u00e8re concernera tout \u00e0 la fois la prise en compte de la nature m\u00eame du trouble et l\u2019angle d\u2019approche utilis\u00e9 pour le comprendre et le traiter, mais aussi, par la m\u00eame occasion, les prises de position parfois radicales de plusieurs cliniciens et chercheurs qui privil\u00e9gieront un point de vue au d\u00e9triment de l\u2019autre. Cela a pu s\u2019effectuer avec des arguments plus ou moins solides et \u00e9tay\u00e9s, mais quelquefois sans suffisamment mettre en tension les deux polarit\u00e9s dans une approche critique qui aurait pu nourrir la r\u00e9flexion\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><b>Comme cela est d\u00e9sormais bien connu, les travaux f\u00e9d\u00e9rateurs de Kanner<\/b> (qui utilisera le terme d\u2019autisme en l\u2019empruntant \u00e0 la symptomatologie de la schizophr\u00e9nie chez l\u2019adulte) et d\u2019Asperger dans les ann\u00e9es 40 ont enfin permis de faire \u00e9merger l\u2019autisme comme une entit\u00e9 d\u00e9limit\u00e9e. On notera par contre que les noms de ces deux pionniers ont ensuite \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s de la d\u00e9nomination de ces troubles, pour des raisons \u00e9nigmatiques mais visant peut-\u00eatre \u00e0 rompre avec la tradition m\u00e9dicale d\u00e9j\u00e0 ancienne et selon laquelle le m\u00e9decin qui d\u00e9couvre une maladie lui fait porter son nom.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>L\u2019AUTISME ENVISAG<meta charset=\"utf-8\">\u00c9 COMME UNE PSYCHOSE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>Cette id\u00e9e d\u00e9sormais fort critiqu\u00e9e et remise l\u00e9gitimement en question m\u00e9rite toutefois d\u2019\u00eatre ici consid\u00e9r\u00e9e <\/b>afin de comprendre pourquoi elle a pu trouver une place importante dans le champ de la recherche et de la clinique de l\u2019autisme. On retrouve bien entendu l\u2019h\u00e9ritage de la mention de la schizophr\u00e9nie infantile qui a laiss\u00e9 son empreinte. La d\u00e9finition m\u00eame de la psychose invite par ailleurs \u00e0 questionner ses possibles liens avec l\u2019autisme&nbsp;: il s\u2019agit en effet d\u2019un \u00ab&nbsp;Trouble mental caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9sorganisation de la personnalit\u00e9, la perte du sens du r\u00e9el et la transformation en d\u00e9lire de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue&nbsp;\u00bb (Larousse m\u00e9dical). Si l\u2019on reprend en d\u00e9tail les \u00e9l\u00e9ments de cette proposition, on s\u2019aper\u00e7oit que les mentions d\u2019une personnalit\u00e9 d\u00e9sorganis\u00e9e et la perte du sens du r\u00e9el pourrait \u00e9ventuellement concerner l\u2019autisme&nbsp;: dans le premier cas, on pourrait en effet dire que la personnalit\u00e9 subit en effet l\u2019impact li\u00e9 au trouble et se d\u00e9veloppe parfois sur des modalit\u00e9s caract\u00e9ris\u00e9es par des formes de rupture de toute hom\u00e9ostasie. Dans le second, le repli autistique ainsi que les particularit\u00e9s sensorielles clairement constat\u00e9es dans cette clinique (et qui tronquent au moins partiellement la perception du monde ext\u00e9rieur peuvent \u00eatre partiellement rapproch\u00e9s de la notion de perte de contact avec le r\u00e9el. Les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9lirants apparaissent par contre comme absents, en tout cas au sens qu\u2019on leur donne dans les formes habituelles de psychoses.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Dans la culture p\u00e9dopsychiatrique (notamment en France), l\u2019autisme a ainsi pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une forme particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re de psychose<\/b> (terme ambigu \u00e0 plus d\u2019un titre par ailleurs). Si le degr\u00e9 de gravit\u00e9 pr\u00e9sent dans l\u2019autisme, ainsi que la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments cliniques et psychopathologiques majeurs, peuvent inviter \u00e0 cr\u00e9er des ponts et des liens avec les psychoses infantiles (et notamment du c\u00f4t\u00e9 de la probl\u00e9matique li\u00e9e \u00e0 l\u2019image du corps, tr\u00e8s pr\u00e9gnante dans les deux cas), une d\u00e9limitation nette reste toutefois de rigueur \u00e0 notre sens. Les particularit\u00e9s des enjeux d\u00e9sormais rep\u00e9rables dans les deux cas plaident cliniquement pour prendre en compte cet \u00e9cart, m\u00eame si nous ne pourrons ici nous \u00e9tendre sur le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Reste peut-\u00eatre la possibilit\u00e9 de ne pas exclure tout parall\u00e8le entre les deux entit\u00e9s<\/b> (en maintenant suffisamment stable leur d\u00e9limitation)&nbsp;: le manque de reconnaissance actuelle de la r\u00e9alit\u00e9 de la psychose infantile dans le champ de la clinique (trop souvent envisag\u00e9e comme un TSA mais atypique ou un TED non sp\u00e9cifi\u00e9) emp\u00eache de mener des recherches qui organiseraient une r\u00e9flexion situ\u00e9e autour de cette m\u00eame limite, ce qui permettrait pourtant de mettre au travail les liens entre pathologie psychiatrique et troubles autistiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>L\u2019AUTISME ENVISAG<meta charset=\"utf-8\">\u00c9 COMME UN TROUBLE ENVAHISSANT DU D<meta charset=\"utf-8\">\u00c9VELOPPEMENT<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>C\u2019est au tournant de la publication du DSM-III (puis du DSM-IV) qu\u2019un virage se dessine<\/b> concernant la d\u00e9nomination de l\u2019autisme. Ce virage implique par ailleurs un changement de perspective majeur au travers d\u2019une rupture avec les anciennes versions du DSM (tr\u00e8s largement inspir\u00e9es par la psychanalyse) et dans un contexte d\u2019une crise dans le champ de la psychiatrie, notamment aux USA&nbsp;: cette derni\u00e8re d\u00e9bouchera donc entre autres sur l\u2019id\u00e9e de modifier cette classification pour la rendre soit disant \u00ab&nbsp;ath\u00e9orique&nbsp;\u00bb, en s\u2019orientant clairement dans une logique de rep\u00e9rage m\u00e9dical \u00e9pur\u00e9, qui se borne \u00e0 rep\u00e9rer les entit\u00e9s mais en se privant d\u2019une lecture psychopathologique approfondie (Gonon, 2013). On constate aussi un abrasement de la prise en compte de la sp\u00e9cificit\u00e9 des probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019enfance et \u00e0 l\u2019adolescence, dans une perspective assez \u00ab&nbsp;adultomorphe&nbsp;\u00bb. Cela n\u2019emp\u00eache cependant pas que certaines descriptions cliniques (notamment celles concernant l\u2019autisme) gagnent en pr\u00e9cision et en finesse. C\u2019est dans ce p\u00e9rim\u00e8tre que vient \u00e0 appara\u00eetre et se pr\u00e9ciser le terme de TED (Troubles Envahissants du D\u00e9veloppement), dans lequel l\u2019autisme sera int\u00e9gr\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019autres entit\u00e9s (syndromes d\u2019Asperger et de Rett, trouble d\u00e9sint\u00e9gratif de l\u2019enfance\u2026). Notons au passage que la mention de psychose infantile dispara\u00eet \u00e0 cette occasion, une des seules solutions pour continuer de la d\u00e9nommer restant pour les cliniciens de la consid\u00e9rer comme un TED non sp\u00e9cifique. Pour la HAS en 2010, les TED sont d\u00e9finis \u00ab&nbsp;comme un groupe h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de troubles qui se caract\u00e9risent tous par des alt\u00e9rations qualitatives des interactions sociales r\u00e9ciproques et des modalit\u00e9s de communication et de langage, ainsi que par un r\u00e9pertoire d\u2019int\u00e9r\u00eats et d\u2019activit\u00e9s restreint, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et r\u00e9p\u00e9titif.&nbsp;Ces anomalies qualitatives atteignent de mani\u00e8re envahissante la personne et son fonctionnement, et ce, en toutes situations&nbsp;\u00bb. On remarquera ici, si l\u2019on regarde en d\u00e9tail lesdites alt\u00e9rations mentionn\u00e9es, que m\u00eame si le groupe est d\u00e9crit comme h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, c\u2019est bien la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019autisme qui semble toutefois servir de fil rouge pour penser la discrimination des sympt\u00f4mes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><b>Au regard de ces contenus, le terme pourrait porter \u00e0 critique de par son caract\u00e8re l\u00e0-aussi trop extensif et trop flou<\/b>. Mais c\u2019est bien parce qu\u2019il se heurte (comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 le cas pr\u00e9c\u00e9demment et tel que nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9 plus haut) \u00e0 l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 de devoir \u00e0 la fois rassembler des entit\u00e9s fort diverses (et donc de trouver un vocable g\u00e9n\u00e9rique suffisamment pertinent) mais aussi, et en m\u00eame temps, d\u2019arriver \u00e0 les discriminer. Si l\u2019on d\u00e9compose cette notion de TED, nous voyons qu\u2019elle associe la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des troubles (qui, selon une des d\u00e9finitions possibles, concernent la perturbation d\u2019une fonction psychique ou physique, terme par ailleurs largement usit\u00e9 dans le DSM) mais aussi au d\u00e9veloppement qui se trouverait ici touch\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on non seulement s\u00e9v\u00e8re mais se d\u00e9ployant sur une temporalit\u00e9 \u00e9largie (ce que sugg\u00e8re l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;envahissant&nbsp;\u00bb). Si l\u2019on consid\u00e8re tous ces \u00e9l\u00e9ments, on pourrait se dire que la formule s\u2019approche tout de m\u00eame de fa\u00e7on assez proximale des grands enjeux pr\u00e9sents dans ces entit\u00e9s cliniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est vrai que l\u2019autisme n\u2019y appara\u00eet pas directement en premi\u00e8re ligne&nbsp;: cela lui fait-il perdre du coup sa sp\u00e9cificit\u00e9 au risque de le noyer dans un domaine encore bien trop large&nbsp;? C\u2019est toute la question\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>L\u2019AUTISME AU REGARD DE LA R<meta charset=\"utf-8\">\u00c9F<meta charset=\"utf-8\">\u00c9RENCE AU HANDICAP ET \u00c0 LA MALADIE MENTALE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>Il pourrait para\u00eetre ici \u00e9trange de remettre ici en tension cette double occurrence dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 plus haut. Mais c\u2019est avant tout pour montrer que le d\u00e9bat relatif \u00e0 la mention du handicap et de la maladie mentale a constitu\u00e9 un vrai fil rouge dans l\u2019histoire des id\u00e9es concernant l\u2019autisme<\/b>. On aurait pu en effet le croire \u00e9vacu\u00e9 mais on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il refait r\u00e9guli\u00e8rement surface.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1996, l\u2019autisme est en effet reconnu officiellement comme un handicap, dont la d\u00e9finition, rappelons-le, renvoie \u00e0 une \u00ab&nbsp;limitation d&rsquo;activit\u00e9 ou restriction de la participation \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9 subie par une personne en raison d&rsquo;une alt\u00e9ration d&rsquo;une fonction ou d&rsquo;un trouble de sant\u00e9 invalidant&nbsp;\u00bb (Larousse), ce qui s\u2019applique en effet clairement \u00e0 certains <u>t<\/u>raits de l\u2019autisme<u>.<\/u> Mais le terme de handicap reste aussi fortement associ\u00e9 \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la d\u00e9ficience, soit \u00e0 une atteinte de certaines fonctions. Ainsi, dans le cadre de l\u2019autisme, se pose la question de savoir si toutes les formes cliniques que l\u2019on peut rencontrer t\u00e9moignent syst\u00e9matiquement d\u2019un renvoi \u00e0 la pr\u00e9gnance d\u2019une forme de retard ou de r\u00e9gression au regard des attendus en termes d\u2019\u00e9tapes de d\u00e9veloppement ou bien si, dans certains cas, il s\u2019agirait plut\u00f4t de la modulation d\u2019une fonction, modulation qui pourrait aussi se transformer pour d\u00e9velopper certaines comp\u00e9tences ou capacit\u00e9s. C\u2019est ici que la mention d\u2019une \u00ab&nbsp;alt\u00e9ration&nbsp;\u00bb dans la d\u00e9finition propos\u00e9e plus haut vient prendre toute son importance, afin de contrebalancer ce que le terme de handicap peut parfois v\u00e9hiculer symboliquement du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une atteinte syst\u00e9matique, d\u2019une forme d\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 bien sombre mais aussi d\u2019un ancrage dans un \u00e9tiologie organique av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Parall\u00e8lement, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la maladie mentale est r\u00e9guli\u00e8rement repouss\u00e9e<\/b>, comme s\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9loger la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la psychiatrie dans ce domaine. S\u2019agirait-il, dans ce m\u00eame mouvement, de d\u00e9finitivement tirer un trait sur ce qui liait originellement autisme et psychose&nbsp;? De faire barrage \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence embarrassante \u00e0 la folie et donc \u00e0 ce qui demeure insaisissable et difficilement rep\u00e9rable dans le corps en termes d\u2019\u00e9tiologie&nbsp;? Si l\u2019on choisit d\u2019assumer ce positionnement, il semble toutefois prudent de ne pas oublier que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la maladie mentale comportait au moins cet avantage d\u2019inviter \u00e0 prendre en compte (de par sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une dimension psychopathologique) certains m\u00e9canismes psychiques et mentaux impliqu\u00e9s chez le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons toutefois, si l\u2019on se situe du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9finition de ce qu\u2019est un trouble mental et tel que mentionn\u00e9e dans le DSM, qu\u2019elle invite \u00e0 prendre en compte certains aspects biologiques. Si cela ne constitue pas en soi une passerelle claire avec l\u2019autisme, les limites perdent ici quand m\u00eame de leur caract\u00e8re soi-disant inamovible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour abonder dans ce sens, rappelons que les TED, puis les TSA, dont nous allons parler ci-dessous) restent pleinement int\u00e9gr\u00e9s et ce de longue date dans les diff\u00e9rentes versions du DSM, dont il n\u2019est ici pas inutile de rappeler qu\u2019il rep\u00e8re et classe des d\u00e9sordres clairement qualifi\u00e9s comme mentaux. Si l\u2019on suivait jusqu\u2019au bout la logique visant \u00e0 \u00e9vacuer toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une maladie mentale, il conviendrait donc d\u2019en extraire l\u2019autisme pour l\u2019inclure ailleurs&nbsp;: dans un autre support alors&nbsp;? Et si oui lequel&nbsp;? C\u2019est l\u00e0 toute la question.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons de plus que le DSM mentionne le fait que des troubles psychiatriques (anxieux par exemple) pouvant parfois accompagner l\u2019autisme (comme s\u2019ils se situaient \u00ab&nbsp;en p\u00e9riph\u00e9rie&nbsp;\u00bb et de fa\u00e7on non syst\u00e9matique), ce qui tend l\u00e0-aussi \u00e0 r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart pourtant appel\u00e9 \u00e0 \u00e9loigner ces diff\u00e9rents domaines.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>AUTISME ET TROUBLES DU SPECTRE AUTISTIQUE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>La cinqui\u00e8me et derni\u00e8re version du DSM fait quant \u00e0 elle dispara\u00eetre la mention des TED<\/b> pour n\u2019en conserver qu\u2019une \u00e9vocation tr\u00e8s limit\u00e9e (les fameux TED non sp\u00e9cifi\u00e9s dont nous avons parl\u00e9 plus haut) et en les int\u00e9grant d\u00e9sormais dans les Troubles du Spectre Autistique (TSA). C\u2019est ce dernier vocable qui vient remplacer l\u2019habituelle mention de l\u2019autisme sous sa forme la plus simple. Le tableau clinique d\u00e9crit dans cette cat\u00e9gorie regroupe les deux principaux axes que constituent les troubles des interactions sociales d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les conduites st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et restreintes de l\u2019autre. Les descriptions cliniques fines qui sont ici propos\u00e9es s\u2019enrichissent notamment d\u2019une bien meilleure mise en valeur des particularit\u00e9s sensorielles des personnes autistes (hypo et hyper-sensibilit\u00e9s), curieusement expos\u00e9es cependant dans la cat\u00e9gorie des conduites st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es. La mention d\u2019un \u00ab&nbsp;spectre&nbsp;\u00bb poss\u00e8de ici cet avantage d\u2019inviter \u00e0 consid\u00e9rer diff\u00e9rentes formes d\u2019autisme et d\u2019appr\u00e9hender le concept sur des modalit\u00e9s plus nuanc\u00e9es et subtiles l\u00e0 o\u00f9, auparavant, sa simple mention ne rendait pas justice \u00e0 la pluralit\u00e9 de ces aspects.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la d\u00e9finition (HAS, 2018) : \u00ab&nbsp;Le trouble du spectre de l\u2019autisme est l\u2019un des troubles neurode\u0301veloppementaux (TND). Les crite\u0300res diagnostiques actualise\u0301s par le DSM-5 sont de\u0301finis dans deux dimensions symptomatiques qui sont :<\/p>\n\n\n\n<p>\u25cf Les de\u0301ficits persistants de la communication et des interactions sociales observe\u0301s dans des contextes varie\u0301s ;<\/p>\n\n\n\n<p>\u25cf Le caracte\u0300re restreint et re\u0301pe\u0301titif des comportements, des inte\u0301re\u0302ts ou des activite\u0301s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette de\u0301finition, dimensionnelle, est comple\u0301te\u0301e par un niveau de se\u0301ve\u0301rite\u0301 selon le niveau de l\u2019aide requise&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Son utilisation peut par contre poser certains probl\u00e8mes. Tout d\u2019abord parce que le TSA se trouve convoqu\u00e9 de fa\u00e7on parfois tr\u00e8s lapidaire, rapide et peu \u00e9clair\u00e9e, bas\u00e9 sur le \u00ab&nbsp;simple&nbsp;\u00bb rep\u00e9rage des deux domaines \u00e9voqu\u00e9s plus haut sans plus de prudence ou de comp\u00e9tences dans le domaine. C\u2019est ainsi qu\u2019un enfant pr\u00e9sentant des atteintes plus ou moins importantes dans ces derniers risque d\u2019\u00eatre envisag\u00e9 comme pr\u00e9sentant un TSA, l\u00e0 o\u00f9 les hypoth\u00e8ses pouvant expliquer la pr\u00e9sence de ces signes cliniques peuvent \u00eatre bien plus vastes (on pourrait citer la d\u00e9pression de l\u2019enfant \u00e0 titre d\u2019exemple)&nbsp;: le risque d\u2019erreur diagnostique est alors bien r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble aussi que cette dimension extensive appara\u00eet comme une sorte de \u00ab&nbsp;retour de balancier&nbsp;\u00bb, fonctionnant l\u00e0 aussi \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une bulle, et dans la m\u00eame logique qui avait pr\u00e9sid\u00e9 au caract\u00e8re bien trop \u00e9largi de la mention de la schizophr\u00e9nie infantile il y a des dizaines d\u2019ann\u00e9es. Le signifiant \u00ab&nbsp;TSA&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Autisme&nbsp;\u00bb prend alors le pas sur les autres, devient le \u00ab&nbsp;m\u00e8tre \u00e9talon&nbsp;\u00bb au regard duquel tout trouble grave pr\u00e9sent chez l\u2019enfant doit \u00eatre jaug\u00e9 et mesur\u00e9, au risque d\u2019englober l\u00e0-aussi des entit\u00e9s qui n\u2019ont pas forc\u00e9ment de rapport direct avec ce domaine (psychoses, formes graves de d\u00e9pressions, \u2026).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>AUTISME ET TROUBLES NEURO-D\u00c9VELOPPEMENTAUX<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>Mais le DSM-V introduit dans tous ces derniers changements un autre param\u00e8tre essentiel \u00e0 prendre en compte<\/b>, puisque lesdits TSA sont eux-m\u00eames inclus dans une cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb encore plus large&nbsp;: celle des troubles neurod\u00e9veloppementaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derniers sont envisag\u00e9s de la fa\u00e7on suivante, avec certaines nuances qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre signal\u00e9es, puisque le contenu de leur liste varie en fonction des \u00e9crits et des r\u00e9f\u00e9rences. Si l\u2019on suit le DSM-V, on y retrouve c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te les handicaps intellectuels, les TSA, les TDAH, certains troubles des apprentissages etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><b>On parle aussi parfois de troubles neurologiques du d\u00e9veloppement<\/b>,&nbsp;soit des \u00ab&nbsp;\u2026maladies neurologiques qui affectent l\u2019acquisition, l\u2019assimilation ou l\u2019application d\u2019aptitudes ou d\u2019ensembles d\u2019informations sp\u00e9cifiques. Ils peuvent impliquer un dysfonctionnement de l\u2019attention, la m\u00e9moire, la perception, le langage, la r\u00e9solution de probl\u00e8mes ou l\u2019interaction sociale. Ces troubles peuvent \u00eatre l\u00e9gers et faciles \u00e0 prendre en charge \u00e0 l\u2019aide d\u2019interventions \u00e9ducatives et comportementales, ou ils peuvent \u00eatre plus s\u00e9v\u00e8res et les enfants qui en sont affect\u00e9s sont susceptibles d\u2019exiger davantage d\u2019assistance&nbsp;\u00bb (Sulkes, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p><b>L\u2019appr\u00e9hension d\u2019un si vaste domaine n\u2019est pas l\u00e0 non plus sans poser question et un premier paradoxe se dessine<\/b> d\u00e9j\u00e0&nbsp;: alors que les TSA font d\u00e9sormais l\u2019objet d\u2019une discrimination \u00e0 priori bien plus claire d\u00e9sormais, les voici inclus dans un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, cohabitant avec des probl\u00e9matiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes. L\u2019effet de bulle d\u00e9crit plus haut dans le seul domaine de l\u2019autisme prend ici une ampleur insoup\u00e7onn\u00e9e. La seule r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un substrat neurologique et aux atteintes qu\u2019il produit dans le d\u00e9veloppement appara\u00eet comme autorisant de fait \u00e0 mettre en lien des entit\u00e9s fort diff\u00e9rentes dans leurs incarnations cliniques et leurs logiques de fonctionnement. On retrouve ici l\u2019empreinte des hypoth\u00e8ses li\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence syst\u00e9matique d\u2019un MCD (<i>Minimal Cerebral Disorder<\/i>) dans bon nombre de troubles, soit l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y aurait toujours une l\u00e9sion organique \u00e0 la source, m\u00eame si on ne la rep\u00e8re pas concr\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas tant l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une organicit\u00e9 suppos\u00e9e qui pose ici souci, mais plut\u00f4t la fa\u00e7on dont son maniement radical voit conduit bon nombre d\u2019entit\u00e9s cliniques \u00e0 \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 des maladies \u00ab&nbsp;simplement&nbsp;\u00bb neurologiques. Cela comporte le risque de consid\u00e9rer de nouveau l\u2019autisme sous une forme fort restreinte, mettant de c\u00f4t\u00e9 des aspects psychologiques pourtant majeurs ou r\u00e9duits \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s sous le seul angle des performances cognitives.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>L\u2019AUTISME ENVISAG<\/b>\u00c9<b> COMME AUTRE CHOSE QU\u2019UNE AFFECTION PATHOLOGIQUE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p>Au milieu de tous ces \u00e9l\u00e9ments vient \u00e0 \u00e9merger un autre point de vue renvoyant \u00e0 des r\u00e9flexions \u00e9thiques voire philosophiques d\u2019envergure, que nous proposerons ici afin de compl\u00e9ter nos pr\u00e9c\u00e9dentes descriptions.<\/p>\n\n\n\n<p><b>La question pourrait se poser de la sorte&nbsp;: et si l\u2019autisme n\u2019\u00e9tait finalement ni un trouble ni une maladie&nbsp;? <\/b>Et si ce n\u2019\u00e9tait finalement qu\u2019une autre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre \u00e0 soi-m\u00eame et au monde&nbsp;? La dimension abyssale des ouvertures que g\u00e9n\u00e8re un tel point de vue invite bien entendu bien plus \u00e0 esquisser des questions que de r\u00e9pondre de fa\u00e7on tranch\u00e9e. Certaines personnes autistes d\u00e9fendent en tout cas tr\u00e8s clairement ce point de vue, qui vient bousculer dles id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues o\u00f9 normalit\u00e9 et pathologie seraient clairement s\u00e9par\u00e9es, toujours en lien par ailleurs avec un certain nombre de repr\u00e9sentations sociales (Bournat,&nbsp;Daireaux,&nbsp;Jorand,&nbsp;Schlacther.Stanislawski, 2014) mais aussi Dachez,&nbsp;N\u2019Dobo,&nbsp;Navarro Carrascal, 2016))<\/p>\n\n\n\n<p>Souvenons-nous aussi que ce point de vue a \u00e9t\u00e9 aussi d\u00e9fendu par des cliniciens et des chercheurs, comme par exemple le psychanalyste Donald Meltzer (2013). Cet auteur (\u00e0 l\u2019instar de Franc\u00e8s Tustin, 1989) avait point\u00e9 la fa\u00e7on dont certains m\u00e9canismes psychiques pr\u00e9cis pr\u00e9sents dans l\u2019autisme pouvaient \u00eatre d\u00e9cel\u00e9s dans des probl\u00e9matiques autres, y compris dans les fonctionnements n\u00e9vrotiques (liens effectu\u00e9s par exemple entre les rituels autistiques et ceux pr\u00e9sents dans la n\u00e9vrose obsessionnelle, les TOC).<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est essentiel que ce point de vue ne soit pas \u00e9vacu\u00e9 ou consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, il appara\u00eet par contre utile de se m\u00e9fier de certains \u00e9cueils qui peuvent ici rapidement se dessiner. Le principal serait de m\u00e9conna\u00eetre la tr\u00e8s r\u00e9elle souffrance subjective de certaines personnes autistes, en consid\u00e9rant que chacune d\u2019elle est susceptible de pouvoir composer avec et ce tout au long de leur existence. Si des formes d\u2019\u00e9quilibre et de relative hom\u00e9ostasie peuvent \u00eatre en effet observ\u00e9es, donnant la possibilit\u00e9 de mener une existence sans trop de cahots, cela ne concerne pas toutes les situations et s\u2019obtient parfois de haute lutte et, au prix d\u2019am\u00e9nagements parfois cons\u00e9quents, notamment en termes de suivi et d\u2019accompagnement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>POUR NE PAS CONCLURE\u2026<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p>Comme nous venons de le voir, les diff\u00e9rentes formes d\u2019autisme, de par la complexit\u00e9 tant de leur fonctionnement que de leur \u00e9tiologie, viennent bousculer toute tentative de d\u00e9limitation terminologique, repoussant les limites m\u00eames des d\u00e9finitions des vocables que l\u2019on tente de manier pour en saisir l\u2019essence. Non r\u00e9ductible \u00e0 un \u00ab&nbsp;simple&nbsp;\u00bb handicap ou d\u00e9sordre neuro-d\u00e9veloppemental, non assimilable \u00e0 un trouble psychiatrique ou \u00e0 une maladie mentale, le statut de l\u2019autisme appara\u00eet situ\u00e9 au carrefour d\u2019enjeux biologiques et psychologiques pluriels qui invitent, quel que soit le terme que l\u2019on choisisse pour le qualifier, \u00e0 ne surtout pas perdre de vue l\u2019existence commune et interd\u00e9pendante de tous ces param\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette optique, la part subjective qui nous am\u00e8ne \u00e0 rester attentif \u00e0 comment une personne autiste appr\u00e9hende et se repr\u00e9sente tant sa propre personne que son environnement doit \u00e0 notre sens demeurer au centre des pr\u00e9occupations, notamment en termes de soutien et d\u2019accompagnement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>BIBLIOGRAPHIE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p>BOURNAT, L.,&nbsp;DAIREAUX, C.,&nbsp;JORAND, S.,&nbsp;SCHLACTHER, A. &amp;&nbsp;STANISLAWSKI, L. (2014), <i>L\u2019autisme, une approche de l\u2019a-normalit\u00e9<\/i>.&nbsp;<i>Sp\u00e9cificit\u00e9s<\/i>, 6, 275-291.&nbsp;<u>https:\/\/doi.org\/10.3917\/spec.006.0275<\/u><\/p>\n\n\n\n<p>DACHEZ, J.,&nbsp;N\u2019DOBO, A. &amp;&nbsp;NAVARRO CARRASCAL, O. (2016), <i>Repr\u00e9sentation sociale de l\u2019autisme.<\/i>&nbsp;<i>Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale<\/i>, 112, 477-500.&nbsp;<u>https:\/\/doi.org\/10.3917\/cips.112.0477<\/u><\/p>\n\n\n\n<p>GONON, F. (2013), Quel avenir pour les classifications des maladies mentales&nbsp;? Une synth\u00e8se des critiques anglo-saxonnes les plus r\u00e9centes.&nbsp;<i>L&rsquo;information psychiatrique<\/i>, 89, 285-294.&nbsp;<u>https:\/\/doi.org\/10.3917\/inpsy.8904.0285<\/u><\/p>\n\n\n\n<p>HJALMARSSON, L. (2014), <i>Br\u00e8ve histoire de la notion d&rsquo;autisme<\/i>. Dans : Dominique Yvon \u00e9d.,&nbsp;<i>\u00c0 la d\u00e9couverte de l&rsquo;autisme : Des neurosciences \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9<\/i>&nbsp;(pp. 81-93). Paris: Dunod.&nbsp;<u>https:\/\/doi.org\/10.3917\/dunod.yvon.2014.01.0081&Prime;<\/u><\/p>\n\n\n\n<p>HOCHMANN, J. (2009), <i>Histoire de l\u2019autisme<\/i>, Paris, Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p>MELTZER, D. (2013), <i>Donald Meltzer \u00e0 Paris&nbsp;: Conf\u00e9rences et s\u00e9minaires au GERPEN<\/i>. Larmor-Plage&nbsp;: \u00c9ditions du Hublot.<\/p>\n\n\n\n<p>OHAYON, A. (2012), <i>Histoire des enfants arri\u00e9r\u00e9s<\/i>.&nbsp;<i>Les Grands Dossiers des Sciences Humaines<\/i>, 28, 26-26.&nbsp;<u>https:\/\/doi.org\/10.3917\/gdsh.028.0026<\/u><\/p>\n\n\n\n<p>SULKES, S.B. (2020), <i>D\u00e9finition des troubles du d\u00e9veloppement<\/i>. https:\/\/www.msdmanuals.com\/fr\/accueil\/probl\u00e8mes-de-sant\u00e9-infantiles\/troubles-de-l-apprentissage-et-du-d\u00e9veloppement\/d\u00e9finition-des-troubles-du-d\u00e9veloppement<\/p>\n\n\n\n<p>TUSTIN, F. (1989), <i>Le trou noir de la psych\u00e9<\/i>, Paris&nbsp;: Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>ENCYCLOPEDIE LAROUSSE MEDICAL&nbsp;: d\u00e9finition \u00ab&nbsp;psychose&nbsp;\u00bb. Consult\u00e9 le 25 Janvier 2022 \u00e0 l\u2019adresse https:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/medical\/psychose\/15628<\/p>\n\n\n\n<p>ENCYCLOPEDIE LAROUSSE&nbsp;: <i>d\u00e9finition \u00ab&nbsp;handicap&nbsp;\u00bb<\/i>. Consult\u00e9 le 25 Janvier 2022 \u00e0 l\u2019adresse https:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/medical\/handicap\/13451<\/p>\n\n\n\n<p>HAS (2010), <i>Autisme et autres TED&nbsp;: \u00e9tat des connaisssances<\/i>. https:\/\/www.has-sante.fr\/upload\/docs\/application\/pdf\/2010-03\/autisme_et_autres_ted_etat_des_connaissances_resume.pdf<\/p>\n\n\n\n<p>HAS (2018), <i>TSA : des signes d\u2019alerte \u00e0 la consultation d\u00e9di\u00e9e en soins primaires<\/i>. https:\/\/www.has-sante.fr\/upload\/docs\/application\/pdf\/2018-02\/tsa_-_des_signes_dalerte_a_la_consultation_dediee_en_soins_primaires_1er_ligne_-_synthese.pdf<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21709?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019atteler \u00e0 penser un nouvel \u00e9crit sur l\u2019autisme appelle \u00e0 adopter une perspective prudente et suffisamment \u00e9clair\u00e9e, t\u00e2che qui s\u2019av\u00e8re loin d\u2019\u00eatre \u00e9vidente dans un contexte d\u00e9licat, o\u00f9 recherches scientifiques et d\u00e9bats souvent passionn\u00e9s tendent \u00e0 se t\u00e9lescoper et \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1215,1245],"thematique":[2473],"auteur":[1476],"dossier":[2500],"mode":[60],"revue":[2525],"type_article":[452],"check":[],"class_list":["post-21709","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-psychopathologie","auteur-jerome-boutinaud","dossier-handicap-et-vie-psychique","mode-payant","revue-2525","type_article-dossier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21709","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21709"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21709\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21864,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21709\/revisions\/21864"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21709"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=21709"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=21709"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=21709"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=21709"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=21709"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=21709"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=21709"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=21709"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}