{"id":20740,"date":"2022-02-02T09:00:00","date_gmt":"2022-02-02T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=20740"},"modified":"2022-02-07T11:27:36","modified_gmt":"2022-02-07T10:27:36","slug":"baselitz-la-retrospective","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/baselitz-la-retrospective\/","title":{"rendered":"Baselitz. La R\u00e9trospective"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image001.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-20741\" width=\"220\" height=\"221\" srcset=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image001.png 246w, http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image001-150x150.png 150w, http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/image001-100x100.png 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><figcaption>Cr\u00e9dit&nbsp;: Georg Baselitz, \u00ab Die M\u00e4dchen von Olmo II \u00bb, 1981 \u00a9 Georg Baselitz Photo \u00a9 Bertrand Pr\u00e9vost &#8211; Centre Pompidou, Mnam-Cci \/ Dist. RMN-GP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Baselitz. La R\u00e9trospective<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au 7 mars 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>Centre Pompidou<\/p>\n\n\n\n<p><b>\u00ab&nbsp;Je suis n\u00e9 dans un ordre d\u00e9truit, un paysage d\u00e9truit, un peuple d\u00e9truit, une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9truite.<\/b> Et je n\u2019ai&nbsp;pas voulu r\u00e9instaurer un ordre ; j\u2019avais vu assez de soi-disant ordre. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 contraint de tout remettre en question, d\u2019\u00eatre&nbsp;na\u00eff, de repartir de z\u00e9ro. (\u2026) Je suis brutal, na\u00eff et gothique.&nbsp;\u00bb Tout est dit avec ces quelques phrases de Baselitz, n\u00e9 en RDA et qui a connu deux r\u00e9gimes totalitaires, le nazisme et le communisme. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il a construit une \u0153uvre profond\u00e9ment rebelle, provocante, et qui pousse la peinture jusqu\u2019au bout de ses possibilit\u00e9s expressives, car Baselitz est peintre avant tout, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la peinture semblait d\u00e9pass\u00e9e. Dans tous les tableaux, aussi tragiques soient-ils, on est saisi par la richesse de la mati\u00e8re picturale et la beaut\u00e9 des couleurs. Baselitz est un coloriste extraordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p><b>L\u2019exposition suit un fil chronologique.<\/b> Plusieurs salles exposent des \u0153uvres de jeunesse, qui sont particuli\u00e8rement impressionnantes. Quand on p\u00e9n\u00e8tre dans la salle qui expose une s\u00e9rie de pieds immenses, roses sanguinolents, on est saisi par l\u2019angoisse que d\u00e9gage ces morceaux de chair. Quant \u00e0 la s\u00e9rie des <i>Helden <\/i>, on dirait des \u0153uvres de schizophr\u00e8ne, sorties d\u2019un atelier d\u2019h\u00f4pital psychiatrique. Corps dissoci\u00e9s, tortur\u00e9s, sans visage ou plut\u00f4t aux visages d\u00e9form\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la limite de la mutilation. Des organes \u00e9tal\u00e9s, sans enveloppe. Des sexes disproportionn\u00e9s, qui pendent ou se dressent, sortent quasiment du cadre du tableau. Ces corps dissoci\u00e9s, morcel\u00e9s, \u00e9voquent ce que Gisela Pankoff d\u00e9crit de l\u2019exp\u00e9rience psychotique du corps. Les organes rendus visibles ou recouverts de noir. Des troncs massifs et des membres rapetiss\u00e9s, filiformes, sans bout. Un univers de fou, qui t\u00e9moigne du d\u00e9bordement des angoisses d\u00e9formantes, mutilantes.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Vers la fin des ann\u00e9es 1960, il commence \u00e0 repr\u00e9senter les figures \u00e0 l\u2019envers<\/b>, la t\u00eate en bas. Quel est le sens de ce renversement&nbsp;? Qu\u2019advient-il alors de la verticalit\u00e9&nbsp;? Cela \u00e9voque bien s\u00fbr la naissance et le d\u00e9placement du centre de gravit\u00e9. J\u2019ai compris Baselitz le jour o\u00f9 d\u00e9bouchant, en haut d\u2019un escalier, dans une salle de mus\u00e9e, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisie par un grand tableau repr\u00e9sentant un personnage la t\u00eate en bas. J\u2019ai eu un \u00e9prouv\u00e9 corporel particulier&nbsp;: je me suis sentie bascul\u00e9e, ne sachant trop si moi je basculais ou si le monde qui m\u2019entourait basculait. Un vacillement du haut et du bas. Un changement radical du sentiment de l\u2019espace et donc du point de vue de celui qui s\u2019y trouve. A partir du jour o\u00f9 Baselitz a renvers\u00e9 ses personnages, il a ouvert de nouvelles lignes de force de l\u2019espace. C\u2019est de cette exp\u00e9rience que parlent ses tableaux.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Est-ce que le fait, l\u2019acte, le geste, de mettre la figure vers le bas a sauv\u00e9 Baselitz de la folie&nbsp;?<\/b> De la destruction du corps&nbsp;? De son an\u00e9antissement&nbsp;? Le corps ne peut continuer \u00e0 vivre, \u00e0 garder son int\u00e9grit\u00e9 (et aussi l\u2019int\u00e9grit\u00e9 psychique) qu\u2019\u00e0 condition d\u2019\u00eatre redress\u00e9. Le renversement effectu\u00e9 par Baselitz est un retour \u00e0 la position f\u0153tale. Le foetus est en \u00e9tat d\u2019apesanteur. Pour na\u00eetre, le f\u0153tus doit avoir la t\u00eate en bas. Puis on le redresse. Est-ce de ce moment traumatique&nbsp;que rendent compte les toiles de Baselitz&nbsp;? Retourner \u00e0 un avant du redressement, de la verticalit\u00e9 pour retrouver l\u2019\u00e9tat pr\u00e9natal.<\/p>\n\n\n\n<p><b>Baselitz, actuellement tr\u00e8s \u00e2g\u00e9,<\/b> reprend depuis quelques ann\u00e9es ses \u0153uvres anciennes, pour les refaire, les r\u00e9interpr\u00e9ter dans une s\u00e9rie intitul\u00e9e <i>Remix<\/i>. Il porte un nouveau regard sur lui-m\u00eame et son \u0153uvre, r\u00e9alise de grands autoportraits, qui ne cachent pas la destruction du corps due au vieillissement. Est-ce une \u0153uvre de fin de vie marqu\u00e9e par le retour&nbsp;? O\u00f9 les capacit\u00e9s d\u2019invention s\u2019\u00e9puisent et s\u2019att\u00e9nuent, parce que les processus de cr\u00e9ation sont enti\u00e8rement requis par cet \u00e9ternel travail de retour et de r\u00e9p\u00e9tition. Ou, comme il le dit lui-m\u00eame, le chemin du retour peut \u00eatre aussi int\u00e9ressant que le chemin de l\u2019aller, et ouvrir l\u00e0 encore sur de nouvelles perspectives, ce que Baselitz n\u2019a cess\u00e9 de faire, tout au long de sa vie de peintre.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20740?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Baselitz. La R\u00e9trospective Jusqu\u2019au 7 mars 2022. Centre Pompidou \u00ab&nbsp;Je suis n\u00e9 dans un ordre d\u00e9truit, un paysage d\u00e9truit, un peuple d\u00e9truit, une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9truite. 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