{"id":20674,"date":"2022-02-02T09:00:00","date_gmt":"2022-02-02T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=20674"},"modified":"2022-02-07T08:40:56","modified_gmt":"2022-02-07T07:40:56","slug":"clinique-du-handicap-ce-qui-a-change-en-dix-ans","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/clinique-du-handicap-ce-qui-a-change-en-dix-ans\/","title":{"rendered":"Clinique du handicap, ce qui a chang\u00e9 en dix ans"},"content":{"rendered":"\n<p>Les situations de handicap dans notre monde moderne sont de plus en plus nombreuses : n\u00e9onatologie, vieillissement, accidents, maladies g\u00e9n\u00e9tiques\u2026 Le domaine du handicap s&rsquo;\u00e9largit et touche un nombre grandissant de professionnels (Korff-Sausse, 2020). On peut dire que le paysage du handicap a radicalement chang\u00e9 pendant cette p\u00e9riode,&nbsp;sous l\u2019influence principalement des \u00e9tudes et des approches venues d\u2019Am\u00e9rique. Si la psychanalyse est classiquement une th\u00e9orie et une m\u00e9thode d&rsquo;investigation et de traitement d&rsquo;une personne, consid\u00e9r\u00e9e comme un patient, \u00e0 partir de sa subjectivit\u00e9 et de sa singularit\u00e9, qu&rsquo;en reste-t-il dans les pratiques et les approches du contexte actuel, o\u00f9 sont privil\u00e9gi\u00e9es les probl\u00e9matiques soci\u00e9tales, les probl\u00e8mes concrets d&rsquo;insertion et o\u00f9 la personne en situation de handicap est situ\u00e9e comme membre d&rsquo;un groupe social minoritaire ? Les outils psychanalytiques peuvent-ils encore s\u2019appliquer ? Et dans ce cas, il faudrait en d\u00e9finir les conditions et les limites.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>DE L\u2019INTEGRATION A l\u2019INCLUSION<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>Un des points principaux de ce changement, c\u2019est le passage du mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration \u00e0 celui d&rsquo;inclusion<\/b>. En effet,&nbsp;nous sortons du&nbsp;mod\u00e8le de l\u2019int\u00e9gration&nbsp;qui correspond \u00e0 une approche qui a caract\u00e9ris\u00e9 la prise en charge du handicap pendant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe&nbsp;si\u00e8cle. Ce qui dominait, c\u2019\u00e9tait l\u2019id\u00e9e de compensation, d\u2019une \u00e9galisation des chances et d\u2019une normalisation, qui se retrouve d\u2019ailleurs dans le mot handicap et son \u00e9tiologie dans le vocabulaire des courses de chevaux (Stiker, 1982). Il s\u2019agissait de mettre en place des dispositifs, des r\u00e9\u00e9ducations, des soins, qui avaient pour but de permettre \u00e0 cette personne de s\u2019adapter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle vivait. L\u2019insertion serait presque le contraire. Ce n\u2019est pas la personne handicap\u00e9e qui doit s\u2019adapter \u00e0 son environnement, mais l\u2019environnement qui doit s\u2019adapter \u00e0 cette personne. La nouvelle terminologie met l\u2019accent sur les potentialit\u00e9s des personnes, \u00ab&nbsp;autrement capables&nbsp;\u00bb, comme le dit Marcel Nuss (2008), et les rapports complexes entre l\u2019individu et l\u2019environnement, qu\u2019analyse tr\u00e8s finement Anne -Lyse Chabert (2017).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Dans le mod\u00e8le de l\u2019int\u00e9gration<u>,<\/u>&nbsp;on vise l\u2019adaptation<\/b> de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e0 ses normes de fonctionnement, en lui procurant des aides individuelles pour lui permettre de suivre l\u2019enseignement donn\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de la classe. Dans une perspective inclusive, on consid\u00e8re que c\u2019est l\u2019\u00e9cole qui doit s\u2019adapter \u00e0 l\u2019enfant, en tenant compte de la singularit\u00e9 de chacun et en apportant des r\u00e9ponses et des solutions pour les besoins sp\u00e9cifiques et les difficult\u00e9s individuelles.&nbsp;&nbsp;L\u2019int\u00e9gration repose ainsi sur une conception individuelle du handicap, consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9ficit auquel il faudra pallier. Les d\u00e9marches et les pratiques consisteront \u00e0 compenser ou r\u00e9parer. Au contraire, la notion d\u2019inclusion fera beaucoup plus part \u00e0 la dimension sociale du handicap. L\u2019impact du handicap d\u00e9pendra largement des conditions environnementales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>D\u2019ailleurs les termes m\u00eames du handicap font l\u2019objet de changements<\/b> importants. On ne dit plus \u00ab&nbsp;personne handicap\u00e9e&nbsp;\u00bb, mais \u00ab&nbsp;personne en situation de handicap&nbsp;\u00bb. Alain Blanc (2006)&nbsp;fait une analyse critique de ce glissement s\u00e9mantique. Avec cette conception environnementaliste qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui partout dans le monde, le handicap est consid\u00e9r\u00e9 comme une situation associant une personne dite \u00ab&nbsp;handicap\u00e9e&nbsp;\u00bb \u00e0 des barri\u00e8res environnementales, et par cons\u00e9quent l\u2019int\u00e9r\u00eat sera port\u00e9 sur le contexte social, mais cela se fait quelquefois au d\u00e9triment de l\u2019individualit\u00e9 du sujet, de sa subjectivit\u00e9.&nbsp;Car il ne suffit pas de changer les mots. Le statut que donne la nomination, peut-il changer si les repr\u00e9sentations ne changent pas&nbsp;? D\u2019embl\u00e9e une pr\u00e9cision s\u2019impose&nbsp;ici : le statut rel\u00e8ve de l\u2019ordre du conscient, alors que les repr\u00e9sentations sont inconscientes. Le d\u00e9calage entre les deux registres est manifeste lorsqu\u2019on constate \u00e0 quel point les pratiques quotidiennes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes handicap\u00e9es mentales sont en contradiction avec les discours officiels et les textes de loi. D\u2019o\u00f9 les difficult\u00e9s persistantes dans le domaine de l\u2019accueil des enfants handicap\u00e9s (Herrou C. et Korff- Sausse S. 1999).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>L\u2019inclusion correspond aux approches anglo-saxonnes des \u00ab <i>disability studies<\/i> \u00bb,<\/b> avec les notions de capabilit\u00e9, <i>empowerment,<\/i> \u00e9galit\u00e9, diversit\u00e9 et participation. Dans cette perspective,&nbsp;le handicap devient l&rsquo;espace \u00e0 partir duquel on peut \u00e9tablir des passerelles avec des questions politiques, les \u00e9tudes coloniales, les <i>gender studies<\/i>, l\u2019environnement,&nbsp;les communaut\u00e9s, les sciences de la sant\u00e9 et les sciences m\u00e9dicales.&nbsp;Dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines, il y a un croisement entre les&nbsp;<i>gender studies<\/i>&nbsp;et les&nbsp;<i>disability studies, <\/i>qui en sont le correspondant dans le domaine du handicap. Les personnes handicap\u00e9es s\u2019affirment comme une minorit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle,&nbsp;exprimant leurs revendications sur le m\u00eame mode que d\u2019autres minorit\u00e9s. Ainsi les personnes sourdes proclament tr\u00e8s fortement leur identit\u00e9 et l\u2019existence d\u2019une culture qui leur est propre, refusant de qualifier leur particularit\u00e9 par le mot de handicap. Dans le m\u00eame mouvement, les <i>gender studies<\/i> am\u00e9ricaines ouvrent des perspectives pour repenser ces cat\u00e9gories autrement qu\u2019en termes binaires et, sur le plan clinique, permettent de se d\u00e9gager des identit\u00e9s ali\u00e9nantes et r\u00e9ductrices. (Korff Sausse, 2011)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>UN CHANGEMENT DE PARADIGME NECESSAIRE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>La critique que l\u2019on peut adresser \u00e0 cette mani\u00e8re de voir,<\/b> c\u2019est qu\u2019on risque de s\u2019\u00e9loigner du point de vue individuel et singulier au profit d\u2019une vision sociale. Et on peut craindre surtout que cette modification ne soit une forme de d\u00e9ni d\u2019une \u00e9tiologie inscrite dans le corps, visant \u00e0 occulter la sp\u00e9cificit\u00e9 de ces situations cliniques du handicap, surtout dans leur d\u00e9terminisme biologique.&nbsp;&nbsp;En m\u00eame temps, les avanc\u00e9es actuelles des neurosciences contribuent \u00e0&nbsp;renouveler le rapport entre corps et psych\u00e9, entre les probl\u00e8mes cognitifs et les relations sociales. Les d\u00e9couvertes r\u00e9centes nuancent et relativisent le devenir irr\u00e9m\u00e9diable du handicap li\u00e9 \u00e0 son inscription organique. La plasticit\u00e9 du cerveau montre qu\u2019il y a une mobilit\u00e9 de l\u2019appareil psychique qui permet des am\u00e9nagements et des compensations \u00e9tonnantes. De plus, les nouvelles approches sur les liens entre g\u00e9n\u00e9tique et environnement, puis les fameuses neurones miroir, et les \u00e9tudes \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9centes bouleversent l\u2019opposition classique inn\u00e9\/acquis, donn\u00e9es biologiques\/donn\u00e9es environnementales et remettent en question l\u2019id\u00e9e d\u2019un programme biologique qui se d\u00e9roule de mani\u00e8re implacable et in\u00e9luctable.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Mais ces \u00e9volutions ont des limites et des contradictions<\/b>.&nbsp;On assiste depuis quelques d\u00e9cennies \u00e0 un mouvement incontestable de reconnaissance du handicap. La position anthropologique de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle reconna\u00eet \u00e0 la personne handicap\u00e9e un statut d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de dignit\u00e9. Il appartient au principe de la d\u00e9mocratie d\u2019offrir \u00e0 ceux qui sont d\u00e9munis les m\u00eames droits qu&rsquo;\u00e0 tous les citoyens et d\u2019assurer la prise en charge de leurs besoins par le jeu de la solidarit\u00e9 sociale. Pourtant tous les chercheurs dans ce domaine s\u2019accordent \u00e0 constater que la situation concr\u00e8te perp\u00e9tue les signes de rejet&nbsp;: insuffisance criante de moyens financiers et persistance de la peur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cet autre, qui est une figure exemplaire de l\u2019inqui\u00e9tante&nbsp;\u00e9tranget\u00e9. Malgr\u00e9 les discours officiels et les bonnes volont\u00e9s affich\u00e9es, celui qui est atteint d\u2019un handicap continue bien souvent \u00e0 \u00eatre expuls\u00e9 du lien social.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Pour aborder les sp\u00e9cificit\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9s<\/b> les cliniciens qui s\u2019occupent de personnes en situation de handicap, les concepts habituels ne sont pas suffisants. Pour s\u2019y retrouver, il faut changer de paradigme.&nbsp;Cette approche s\u2019inscrit dans le courant de la psychanalyse contemporaine,&nbsp;qu\u2019on pourrait qualifier de post-freudienne, et qui privil\u00e9gie de nouvelles notions&nbsp;: l\u2019intersubjectivit\u00e9, l\u2019empathie, la r\u00e9flexivit\u00e9. Une approche qui fait plus place au corps et moins au langage. Une psychanalyse qui postule qu\u2019il y a du psychique non-verbal, ce qui permet de s\u2019occuper de patients sans langage.&nbsp;L\u2019objectif du traitement sera moins de d\u00e9couvrir des processus inconscients qui feront l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation, que de les rendre possibles. L\u2019interpr\u00e9tation ne consistera pas tant \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler des repr\u00e9sentations refoul\u00e9es inconscientes, que d\u2019\u00e9tendre le fonctionnement psychique du patient. Ce nouveau champ clinique du handicap oblige le clinicien \u00e0 envisager une conception qui est \u00e0 l\u2019envers de la m\u00e9thode analytique traditionnelle.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>LA PSYCHANALYSE FACE A LA QUESTION DU HANDICAP<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>Historiquement, l\u2019int\u00e9r\u00eat des psychanalystes pour le handicap<\/b> constitue une nouvelle \u00e9tape de la psychanalyse.&nbsp;Depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, certains psychanalystes se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 de nouvelles situations cliniques&nbsp;: l\u2019enfant, les psychotiques, les malades somatiques, les \u00e9tats limites et maintenant le handicap. On note l\u2019entr\u00e9e des psychologues cliniciens dans les maternit\u00e9s, les prisons, les services de canc\u00e9rologie, les probl\u00e8mes du vieillissement, les soins palliatifs, la drogue et la d\u00e9linquance, la pr\u00e9carit\u00e9. Les nouvelles exp\u00e9riences cliniques au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies ont conduit les psychanalystes \u00e0 revoir leurs hypoth\u00e8ses, \u00e0 modifier la technique, \u00e0 forger de nouveaux concepts, en particulier en proposant de nouvelles mod\u00e9lisations du transfert et du contre-transfert. Plut\u00f4t que de dire que le mod\u00e8le classique du transfert n\u2019est pas applicable ici, il faut rep\u00e9rer les modalit\u00e9s sp\u00e9cifiques, insolites, du transfert. Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s dues au handicap, les psychoth\u00e9rapies montrent que les personnes en situation de handicap am\u00e8nent beaucoup de mat\u00e9riel clinique dans la relation transf\u00e9rentielle qui s\u2019engage avec le psychologue. Ils s\u2019expriment et tentent de comprendre les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments qui composent leur singularit\u00e9, \u00e0 savoir leur anomalie qui les diff\u00e9rencie des autres, les \u00e9v\u00e9nements traumatiques pr\u00e9coces qu&rsquo;ils ont subis, la culpabilit\u00e9 particuli\u00e8re d&rsquo;avoir inflig\u00e9 une blessure narcissique grave \u00e0 leurs proches, la recherche d&rsquo;une causalit\u00e9 pour donner sens \u00e0 leur handicap. Cette \u00e9laboration est \u00e9videmment plus ou moins riche et plus ou moins rep\u00e9rable selon le niveau intellectuel et langagier des personnes, mais je soutiens qu&rsquo;elle existe toujours, ne serait-ce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9bauche ou de potentialit\u00e9, et que son \u00e9ventuelle ou apparente absence n\u2019est pas due \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 du sujet \u00e0 l&rsquo;exprimer, mais plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 de l&rsquo;interlocuteur \u00e0 l&rsquo;entendre.&nbsp;En effet, nous pensons qu\u2019une approche psychanalytique, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme impossible avec ces patients, est possible, \u00e0 condition que le th\u00e9rapeute ait la conviction qu&rsquo;il pourra instaurer un processus psychoth\u00e9rapeutique m\u00eame avec une personne tr\u00e8s d\u00e9munie.&nbsp;Face \u00e0 ces situations souvent in\u00e9dites, peu abord\u00e9es, face \u00e0 ces probl\u00e9matiques \u00e9mergeantes, il faut adapter les dispositifs existants ou en inventer d\u2019autres, car nos cadres th\u00e9oriques et cliniques ne sont ni suffisants, ni pertinents pour y faire face (Gargiulo, Korff-Sausse, Scelles, 2021). Nous sommes en qu\u00eate de nouveaux concepts.&nbsp;Comme le dit Bion, il s\u2019agit de trouver des&nbsp;\u00ab&nbsp;outils de travail con\u00e7us pour aider l\u2019analyste praticien \u00e0 penser quelque chose qui lui est inconnu&nbsp;\u00bb (Bion W.R., 1962, p.109).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Parfois il faut d\u00e9coder le message d\u2019un patient<\/b> qui articule mal et a des difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019exprimer. Mais surtout, le plus souvent, il faut vaincre la sid\u00e9ration qui nous gagne (une personne qui ne parle pas ne pense pas) et la r\u00e9sistance face aux messages exprim\u00e9s, car ce qu\u2019il a \u00e0 nous dire n\u2019est pas forc\u00e9ment ce que nous aimerions entendre. Sa parole d\u00e9range, sa v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre triste. Le psychologue lui-m\u00eame se sent d\u00e9muni.&nbsp;&nbsp;Peu de recherches psychanalytiques ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es \u00e0 ces champs, comme si l&rsquo;impact d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diable et envahissante ou d&rsquo;une corporalit\u00e9 traumatis\u00e9e et traumatisante, dont l&rsquo;effet m\u00e9dusant provoque une sid\u00e9ration ou un rejet, produisaient une but\u00e9e de la pens\u00e9e. De ces cliniques on dit toujours qu&rsquo;elles sont de l&rsquo;ordre de l&rsquo;impensable. Dans la suite des travaux de W.R.Bion, plut\u00f4t que de r\u00e9p\u00e9ter que cette clinique est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;impensable, je pr\u00e9f\u00e8re dire qu&rsquo;elle nous confronte \u00e0 un impens\u00e9 qui se donne \u00e0 penser. Bion nous fait cette proposition \u00e9tonnante et \u00e9nigmatique : il y a des pens\u00e9es \u00e0 la recherche d&rsquo;un penseur.&nbsp;Les psychoth\u00e9rapeutes qui prennent en traitement les patients sont dans la position de ce penseur qui s\u2019offre pour penser des pens\u00e9es non encore pens\u00e9es.&nbsp;L\u2019impensable du handicap se donne \u00e0 penser, mais la personne d\u00e9ficiente ne dispose pas toujours d\u2019un appareil ad\u00e9quat pour faire ce travail de transformation au moyen de la fonction&nbsp;alpha. Il lui faut donc avoir recours \u00e0 un autre appareil \u00e0 penser, la m\u00e8re, l\u2019\u00e9ducatrice, le psychologue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Avec des patients handicap\u00e9s, la question du transfert<\/b> pose des probl\u00e8mes complexes. Le transfert s\u2019exprime de mani\u00e8re indirecte (ou trop directe)&nbsp;que beaucoup de th\u00e9rapeutes ne rep\u00e8rent pas. Agirs, gestes, mimiques, des choses, des images, des jouets, des objets. Tous ceux-ci sont mal vus dans la psychanalyse traditionnelle. Quel usage en fera le patient&nbsp;? Et avec quoi l\u2019analyste re\u00e7oit-il ce transfert&nbsp;? En d\u2019autres termes, dans la clinique du handicap, quel contenant pourra recevoir le transfert de la personne avec handicap mental&nbsp;? Car la r\u00e9ception du transfert est bien la condition pour que le transfert puisse trouver les conditions de son analysibilit\u00e9. Cela d\u00e9pend de la capacit\u00e9 de l\u2019analyste \u00e0 utiliser les outils psychanalytiques dans des conditions inhabituelles (Korff-Sausse, 2021). Sinon la psychoth\u00e9rapie \u00e9choue ou s\u2019arr\u00eate, ou ne commence m\u00eame pas, parce que le th\u00e9rapeute est aux abonn\u00e9s absents. Il ne rep\u00e8re pas le transfert, et il dit donc qu\u2019il ne se passe rien. Ce qui se produit fr\u00e9quemment.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Pour ce qui est du contre-transfert, le handicap suscite des v\u00e9cus particuliers<\/b>. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le contre-transfert occupe une attention grandissante dans la psychanalyse contemporaine, comme un outil essentiel pour comprendre le patient. Longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un obstacle au processus th\u00e9rapeutique, il est devenu avec l\u2019article princeps de Paula Heimann&nbsp;(1955), <i>A propos du contre-transfert<\/i>, l\u2019outil principal de la m\u00e9thode psychanalytique. Or avec un patient handicap\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire peu compr\u00e9hensible, cet outil est encore plus pr\u00e9cieux, on pourra m\u00eame dire indispensable. Plus le transfert est difficile \u00e0 appr\u00e9hender, plus l\u2019analyste sera amen\u00e9 \u00e0 travailler avec son contre-transfert. Moins la personne s\u2019exprime, plus le psychanalyste est amen\u00e9 \u00e0 \u00eatre actif. Ainsi, pour la clinique du handicap, le contre-transfert a une importance particuli\u00e8re, car on ne peut entrer dans une relation th\u00e9rapeutique avec une personne tr\u00e8s d\u00e9munie, que par le moyen du contre-transfert.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Du c\u00f4t\u00e9 des soignants, la clinique du handicap met \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve<\/b> les capacit\u00e9s d&rsquo;identification, mises \u00e0 mal par les aspects d\u00e9shumanisants (Korff-Sausse) et narcissiquement blessants, mais aussi par le risque d&rsquo;une captation sp\u00e9culaire d&rsquo;une horreur m\u00e9dusante.&nbsp;C\u2019est toute la question de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, du m\u00eame et du diff\u00e9rent. Est-ce que l\u2019anomalie fait obstacle \u00e0 toute identification&nbsp;? Ces situations engagent la capacit\u00e9 d\u2019empathie du soignant, c\u2019est \u00e0 dire la capacit\u00e9 de se mettre \u00e0 la place de l\u2019autre, m\u00eame si cet autre vit une exp\u00e9rience qui n\u2019est pas la mienne,&nbsp;car l\u2019empathie sert \u00e0 comprendre ce qui nous est \u00e9tranger chez l\u2019autre.&nbsp;C\u2019est le concept d\u2019empathie qui permet de penser que l\u2019exp\u00e9rience est partageable.&nbsp;Or comment s\u2019identifier \u00e0 une personne qui parle mal, qui a des troubles cognitifs, qui a des difficult\u00e9s dans sa construction identitaire, qui cherche sa place, qui peine \u00e0 se situer par rapport aux autres, aussi bien ceux qui sont valides que ceux qui sont handicap\u00e9s comme lui, qui est confront\u00e9e au regard angoiss\u00e9 ou rejetant des autres, qui est en relation avec des adultes aidants, nombreux, avec lesquels il doit entretenir des relations, qui subit parfois les incoh\u00e9rences des \u00e9quipes soignantes, qui se sent coupable de la blessure narcissique qu\u2019il a inflig\u00e9 \u00e0 sa famille, qui absorbe les projections de l\u2019entourage familial et social, qui doit faire un immense effort pour s\u2019ins\u00e9rer dans le groupe social alors qu\u2019il n\u2019y a pas vraiment sa place, qui s\u2019interroge pour savoir s\u2019il pourra vraiment devenir un homme ou une femme, et plus encore un papa ou une maman (le th\u00e8me du colloque 2021 du Sicclha portait sur \u00ab&nbsp;Parents en situation de handicap).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>QUELQUE CHOSE DIRE, QUELQUE CHOSE A ENTENDRE<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p><b>En r\u00e9alit\u00e9, confront\u00e9e \u00e0 ces multiples questionnements<\/b>,&nbsp;cette personne tr\u00e8s d\u00e9munie d\u00e9tient un savoir sophistiqu\u00e9. Elle en sait long sur la nature humaine, elle qui est confront\u00e9e sans cesse \u00e0 des situations extr\u00eamement complexes et des interrogations m\u00e9taphysiques concernant l\u2019identit\u00e9 et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, la vie et la mort.&nbsp;Ainsi, malgr\u00e9 l&rsquo;impact de la r\u00e9alit\u00e9, le cours des \u00e9v\u00e9nements, la lourdeur de l&rsquo;atteinte corporelle, le silence des chromosomes, les mutations g\u00e9n\u00e9tiques, la privation de langage, l&rsquo;apparente absence d&rsquo;\u00e9motions, le trop-plein de souffrance qui conduit au mutisme, les personnes atteintes d\u2019un handicap ont quelque chose \u00e0 dire et nous avons quelque chose \u00e0 entendre (Ciccone A. 2007).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les nouveaux dispositifs, les textes de loi, les nouvelles pratiques rencontrent encore bien des obstacles. En effet, nul domaine n&rsquo;est atteint \u00e0 ce point-l\u00e0 par la contradiction entre les discours \u00ab\u00a0politiquement corrects\u00a0\u00bb et les r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9cevantes, voire dramatiques. Volont\u00e9 affich\u00e9e d&rsquo;int\u00e9gration, mais refus des enfants dans les \u00e9coles. Discours sur la citoyennet\u00e9 des handicap\u00e9s, mais renvoi des jeunes adultes dans leurs familles. Pr\u00e9vention du handicap, mais peu de moyens pour les handicap\u00e9s qui sont vivants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><b>Les cas cliniques que nous \u00e9tudions ne sont pas typiques<\/b> et ils int\u00e9ressent peu les psychanalystes qui pensent souvent que ce ne sont pas des indications pour la m\u00e9thode psychanalytique. Nous soutenons au contraire que c\u2019est un champ en friche, un domaine \u00e0 explorer et que nous sommes face \u00e0 un d\u00e9fi qu\u2019il faut relever&nbsp;: produire une conceptualisation psychanalytique de la d\u00e9ficience et d\u00e9finir la possibilit\u00e9 et les conditions d\u2019un traitement psychoth\u00e9rapeutique. En quoi la d\u00e9ficience peut \u00eatre un objet pour la pens\u00e9e psychanalytique, c\u2019est \u00e0 dire, selon Freud, un objet d\u2019investigation, de m\u00e9thode, de th\u00e9orie&nbsp;? L\u2019extension de la psychanalyse au patient d\u00e9ficient \u2013 ou, pour le dire autrement, l\u2019inclusion du patient d\u00e9ficient dans le champ de la psychanalyse &#8211; nous am\u00e8ne \u00e0 des remaniements, des ajustements, des approfondissements et des enrichissements de l\u2019ensemble th\u00e9orico-clinique de la psychanalyse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut dire que si cette clinique nous incite \u00e0 des doutes et des remises en cause douloureuses, elle ouvre aussi \u00e0 des innovations passionnantes, o\u00f9 il appara\u00eet, plus que jamais, que la question du handicap, loin d\u2019\u00eatre une probl\u00e9matique un peu ennuyeuse et tr\u00e8s sp\u00e9cifique, est au contraire un paradigme pour les grandes questions psychologiques, sociales, anthropologiques et philosophiques, qu\u2019il nous faut aborder avec une d\u00e9marche r\u00e9solument transdisciplinaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>Bibliographie&nbsp;<\/b><\/h2>\n\n\n\n<p>Paula Heimann&nbsp;(1955), A propos du contre-transfert, in&nbsp;<i>Le Contre-transfert<\/i>, Paris, Navarin Ed.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Blanc A<i>.,&nbsp;Le handicap ou le d\u00e9sordre des apparences<\/i>, PUF, 2006.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bion W.R. (1962),&nbsp;<i>Aux sources de l&rsquo;exp\u00e9rience<\/i>, Paris, PUF 1979.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bion W.R. (1965),&nbsp;<i>Transformations<\/i>, Paris, PUF, 1982&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ciccone A., Korff-Sausse S., Missonnier A., Scelles R.,&nbsp;<i>Cliniques du sujet handicap\u00e9<\/i>,&nbsp;Er\u00e8s, 2007.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Gargiulo, M.,&nbsp;Korff-Sausse, S. &amp;&nbsp;Scelles, R. (2021).&nbsp;<i>Dispositifs psychoth\u00e9rapeutiques&nbsp;: maladies graves et handicaps : Une n\u00e9cessaire cr\u00e9ativit\u00e9<\/i>. Eres, Toulouse<\/p>\n\n\n\n<p>Korff-Sausse S. (2011), <i>Des gender studies aux disability studies : repenser les cat\u00e9gories. <\/i>Rev. Champ Psy, L\u2019esprit du Temps, N\u00b0 58, p.37-53&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Korff-Sausse S., (2020), \u00ab&nbsp;Clinique du handicap&nbsp;: nouveaux territoires pour la psychologie clinique&nbsp;\u00bb. In&nbsp;<i>Psychopathologie et psychologie clinique. Perspectives contemporaines<\/i>.&nbsp;Sous la direction de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Johann-Jung--58570.htm\">Johann Jung<\/a>,&nbsp;<a href=\"applewebdata:\/\/53D7E1D5-EF4B-4F1F-9DC4-4E27B0254BB0\/publications-de-Fran%C3%A7ois-David-Camps--87153.htm\">Fran\u00e7ois-David Camps<\/a>.&nbsp;Dunod,&nbsp;2020. (p 185-195)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Canguilhem G.&nbsp;<i>Essai sur quelques probl\u00e8mes concernant le normal et le pathologique&nbsp;<\/i>(1943\/1966) Paris, PUF, Coll. Quadrige, 1991<b>&nbsp;<\/b><\/p>\n\n\n\n<p>Anne-Lyse Chabert, <i>Transformer le handicap. Au fil des exp\u00e9riences de vie<\/i>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Eres, Toulouse, 2017.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Korff-Sausse S. (1996)&nbsp;<i>Le miroir bris\u00e9. L\u2019enfant handicap\u00e9, sa famille et le psychanalyste<\/i>,&nbsp;Paris, Calmann-L\u00e9vy (2009)<\/p>\n\n\n\n<p>Stiker, H.-J. (1982),&nbsp;Corps infirmes et soci\u00e9t\u00e9s<i>&nbsp;<\/i>(1982)<i>,&nbsp;<\/i>Paris, Dunod, 3\u00e8me \u00e9d., 2005&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20674?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les situations de handicap dans notre monde moderne sont de plus en plus nombreuses : n\u00e9onatologie, vieillissement, accidents, maladies g\u00e9n\u00e9tiques\u2026 Le domaine du handicap s&rsquo;\u00e9largit et touche un nombre grandissant de professionnels (Korff-Sausse, 2020). 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