{"id":19848,"date":"2021-12-18T19:04:57","date_gmt":"2021-12-18T18:04:57","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=19848"},"modified":"2021-12-21T10:31:44","modified_gmt":"2021-12-21T09:31:44","slug":"le-genre-ou-les-genre-quelle-theorie-du-genre-chez-jean-laplanche","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-genre-ou-les-genre-quelle-theorie-du-genre-chez-jean-laplanche\/","title":{"rendered":"Le genre ou les genre : quelle th\u00e9orie du genre chez Jean Laplanche"},"content":{"rendered":"\n<p>Quelle \u201cth\u00e9orie du genre\u201d faut-il retenir de l\u2019\u0153uvre de Jean Laplanche&nbsp;?<b> <\/b>Il s\u2019est pench\u00e9 en 2003 sur la question&nbsp;: pourquoi introduire le genre&nbsp;en psychanalyse ?<sup>1<\/sup>, et argumente&nbsp;: \u00ab&nbsp;le genre, pour le d\u00e9finir, le terme capital est celui d\u2019 \u201cassignation\u201d, qui souligne le primat de l\u2019autre dans le processus [\u2026] c\u2019est dans le social qu\u2019est inscrite l\u2019assignation [\u2026] c\u2019est le petit groupe des proches qui inscrit dans le social, mais ce n\u2019est pas la Soci\u00e9t\u00e9 qui assigne \u00bb. Or ce \u201cprimat de l\u2019autre\u201d est-il du registre symbolique (le \u201cprimat de l\u2019Autre\u201d) mis en valeur par la th\u00e9orie psychanalytique, ou bien est-ce un primat de registre social, ce que consid\u00e8re la th\u00e9orie du <em>gender<\/em> d\u2019origine am\u00e9ricaine dont la th\u00e8se veut prouver un arbitraire de la d\u00e9signation de l\u2019identit\u00e9 sexuelle traduisant une approche normative de la soci\u00e9t\u00e9, autrement dit une d\u00e9signation s\u2019imposant sans \u00eatre fond\u00e9e depuis le constat corporel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">LA THESE DE L\u2019ASSIGNATION<\/h2>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie du <em>gender<\/em> pr\u00e9tend donner ses lettres de noblesse \u00e0 une r\u00e9volte soci\u00e9tale fort justifi\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine qui pers\u00e9cuta l\u2019homosexualit\u00e9 comme bien des soci\u00e9t\u00e9s anglosaxonnes (ainsi l\u2019Angleterre condamnant Oscar Wilde et Alan Turing). Mais la justesse d\u2019un combat social ne prouve pas la th\u00e9orie plaqu\u00e9e sur lui. La th\u00e8se de l\u2019assignation sous-entend une oppression contre laquelle il serait juste de s\u2019insurger&nbsp;pour contester un tout-pouvoir qui serait d\u00e9volu \u00e0 \u201cl\u2019autre\u201d&nbsp;; cela ne concorde pas avec les travaux psychanalytiques sur le lien parent-enfant, il est vrai ignor\u00e9s par Laplanche&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce domaine est finalement tr\u00e8s mal explor\u00e9, celui du rapport inconscient des parents \u00e0 leurs enfants&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes \u00ab&nbsp;la question de base est celle de l\u2019identit\u00e9 sexuelle&nbsp;; la tendance actuelle est de parler de l\u2019identit\u00e9 de genre et la question est de savoir s\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un simple changement de vocabulaire ou bien si cela est plus profond&nbsp;\u00bb&nbsp;; or il s\u2019agit d\u2019un changement de registre. La contestation politique men\u00e9e par Judith Butler veut \u00e9tablir socialement comme \u201cnormale\u201d une option de vie sexuelle estim\u00e9e \u201cd\u00e9viante\u201d par une soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine normative, classifiant sur des crit\u00e8res comportementaux&nbsp;; cette d\u00e9marche soci\u00e9tale n\u2019a aucune pertinence pour la r\u00e9flexion psychanalytique qui ne formalise aucune norme de vie sexuelle. Il suffit de relire le premier des <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em> de Freud pour constater une attitude d\u2019exploration des options diverses de la vie sexuelle des \u00eatres humains, sans jugement ni rejet disqualifiant l\u2019homosexualit\u00e9, m\u00eame si Freud rappelle que seul le choix d\u2019objet h\u00e9t\u00e9rosexuel ouvre \u00e0 la procr\u00e9ation, ce qui est une \u00e9vidence qui avait une importance sociale \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s humaines se souciaient de la natalit\u00e9, mais n\u2019induit aucune hi\u00e9rarchisation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">DISTINCTION DES GENRES, DIFFERENCE DES SEXES<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c9tudiant en 1980 les th\u00e9ories sexuelles infantiles, Laplanche avait d\u00e9crit <em>une distinction des genres pr\u00e9alable \u00e0 la diff\u00e9renciation des sexes<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Freud admet une sorte de reconnaissance \u201cpr\u00e9castrative\u201d \u2013 ou \u201cpr\u00e9oedipienne\u201d \u2013 d\u2019une diff\u00e9rence ou plut\u00f4t d\u2019une distinction, entre homme et femme, entre p\u00e8re et m\u00e8re \u2026 il y a, dans une \u00e9tape pr\u00e9castrative, une reconnaissance d\u2019une distinction des genres pr\u00e9c\u00e9dant la diff\u00e9rence des sexes&nbsp;[\u2026]&nbsp;Les deux genres (appelons-les ainsi et non pas encore \u201csexes\u201d) sont admis mais leur distinction ne passe pas par la diff\u00e9rence sexu\u00e9e&nbsp;; cette distinction du masculin et du f\u00e9minin, Freud soutient qu\u2019elle ne vient qu\u2019\u00e0 la fin, au moment de la pubert\u00e9<sup>2<\/sup> \u00bb. L\u2019\u00e9tude freudienne relay\u00e9e par Laplanche souligne comment la vie psychique infantile&nbsp;n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes parce que l\u2019enfant est prot\u00e9g\u00e9 de la castration, donc du manque&nbsp;; elle th\u00e9orise une <i>distinction des genres<\/i>, et les deux termes ont leur importance signifiante&nbsp;: <i>genre<\/i> au pluriel renvoie \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration, bref \u00e0 la procr\u00e9ation, t\u00e9moignant un regard de l\u2019enfant soumis \u00e0 l\u2019\u00e9nigme qui lui voile la diff\u00e9rence de sexes des parents, \u00e9nigme que Laplanche a plac\u00e9e au c\u0153ur de sa th\u00e9orie&nbsp;; cependant que <i>distinction<\/i> caract\u00e9rise une palette de termes (par exemple les couleurs de l\u2019arc-en-ciel) qui ne <i>s\u2019inter-d\u00e9finissent pas<\/i> (le bleu n\u2019est pas l\u2019oppos\u00e9 signifiant du rouge) tandis que <i>diff\u00e9rence<\/i> \u00e9tablit deux termes (et deux seulement) dans la coh\u00e9rence d\u2019une opposition signifiante par laquelle ils s\u2019inter-d\u00e9finissent (ainsi homme\/femme, parent\/enfant). Bref l\u2019enfant comprend qu\u2019il y a <i>deux<\/i> genres, le paternel et le maternel, &#8211; il le sait et il le voile&nbsp;: c\u2019est la <i>Verleugnung<\/i> freudienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi la signification am\u00e9ricaine de <i>genre<\/i> au singulier l\u2019emporte-t-elle en 2003\u00a0? Laplanche \u00e9tait avis\u00e9 que le <i>gender<\/i> de la culture am\u00e9ricaine inversait le sens \u00e9tymologique de <i>genre<\/i>, ou tout au moins le modifiait, d\u00e9sormais appliqu\u00e9 aux modes de vie sexuelle \u00e0 distance de la procr\u00e9ation entre les sexes\u00a0: il avait pr\u00e9sid\u00e9 la th\u00e8se soutenue par Agn\u00e8s Oppenheimer, \u00e9dit\u00e9e en un livre de r\u00e9f\u00e9rence<sup>3<\/sup>, qui soulignait les corr\u00e9lations fort lointaines entre le terme anglais (des \u00c9tats-Unis) <i>gender<\/i> et le terme fran\u00e7ais\u00a0; j\u2019ai confirm\u00e9 par la suite cette quasi-inversion de sens<sup>4<\/sup>. L\u2019inversion s\u00e9mantique\u00a0avait \u00e9t\u00e9 t\u00f4t rep\u00e9r\u00e9e, ainsi le juriste Alain Supiot notant : \u00ab\u00a0la notion de genre humain englobait les deux sexes \u2026 elle est devenue incompatible avec le credo contemporain qui r\u00e9duit le sexe \u00e0 la pure biologie. D\u2019o\u00f9 le changement de sens du \u201cgenre\u201d qui pour les <i>gender studies<\/i> d\u00e9signe l\u2019imposition arbitraire d\u2019une condition sexu\u00e9e, masculine ou f\u00e9minine, \u00e0 des individus libres de s\u2019en affranchir. L\u2019horizon ici trac\u00e9 est celui d\u2019un monde o\u00f9, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de la biologie et de la chirurgie, chacun aurait le droit de choisir son sexe et d\u2019en changer\u00a0<sup>5<\/sup>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">LE GENRE AU SINGULIER<\/h2>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas qu\u2019une question de traduction&nbsp;; c\u2019est une question de culture psychologique. Le genre au singulier, donc le <i>gender<\/i>, est l\u2019auto-affirmation d\u2019un pouvoir de d\u00e9cider de son sexe en contestation d\u2019un pouvoir attribu\u00e9 \u00e0 \u201cl\u2019autre\u201d de le d\u00e9cider&nbsp;: ce n\u2019est pas <i>le<\/i> genre, c\u2019est <i>mon<\/i> genre, apoth\u00e9ose de l\u2019individualisme am\u00e9ricain qui nie l\u2019influence premi\u00e8re signifiante de l\u2019Autre comme matrice constitutive de l\u2019identit\u00e9. Les mots anglais (<i>sex<\/i> et <i>gender<\/i>) d\u00e9connectent le <i>gender<\/i> (le sexe psychologique, la conviction d\u2019appartenir au sexe masculin ou f\u00e9minin) du sexe anatomique (<i>sex<\/i>), autonomisant le \u00ab&nbsp;gender&nbsp;\u00bb du coup lib\u00e9r\u00e9 de tout lien avec le corps&nbsp;et livr\u00e9 \u00e0 l\u2019arbitraire social. Les travaux de Stoller avaient \u00e9bauch\u00e9 cette d\u00e9connexion&nbsp;; ils sont longuement cit\u00e9s par Laplanche en 2003, alors que L\u00e9on Kreisler, qui fit conna\u00eetre Stoller en France<sup>6<\/sup>, autant qu\u2019Agn\u00e8s Oppenheimer, avaient mis en garde sur leur validit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le d\u00e9bat ne se r\u00e9sume pas \u00e0 des questions de traduction terme \u00e0 terme, il a sa port\u00e9e de sens, qui fut reconnue&nbsp;: \u00ab&nbsp;on peut pr\u00e9f\u00e9rer \u201cdiff\u00e9rence des sexes\u201d ou \u201crapport sociaux des sexes\u201d \u00e0 <i>genre <\/i>dans le f\u00e9minisme (entendu comme d\u00e9fense politique du groupe social in\u00e9galement trait\u00e9 que repr\u00e9sentent les femmes), ceci pour remplacer <i>gender<\/i> utilis\u00e9 en anthropologie, outre-Atlantique, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960, et qui fut malais\u00e9ment transpos\u00e9 en France pour de nombreuses raisons, dont celle de sa traduction (<i>Sex<\/i> a un champ s\u00e9mantique plus limit\u00e9 en anglais qu\u2019en fran\u00e7ais. Identit\u00e9 sexuelle traduit <i>Gender Identity<\/i>, ce qui provoque une nouvelle \u00e9quivoque). Cette difficult\u00e9 de transposition n\u2019est pas simplement linguistique. La Commission g\u00e9n\u00e9rale de terminologie et de n\u00e9ologie (JO du 25 juillet 2005) d\u00e9conseille l\u2019emploi du terme dans les documents administratifs et les m\u00e9dias au motif qu\u2019il introduit en fran\u00e7ais une confusion, et pr\u00e9conise le seul emploi du mot sexe<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb. La Commission n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suivie&nbsp;; le terme de \u00ab&nbsp;genre&nbsp;\u00bb a depuis envahi les manuels scolaires, l\u2019enseignement en devint obligatoire dans de nombreux \u00e9tablissements, jusqu\u2019\u00e0 une Ministre qui voulut en imposer l\u2019enseignement \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 la raison d\u2019une lutte contre les st\u00e9r\u00e9otypes sexu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment comprendre que Jean Laplanche ait \u00e9volu\u00e9 vers un sens du <i>genre<\/i> qui s\u2019\u00e9carte de l\u2019\u00e9tude psychanalytique&nbsp;au profit d\u2019un combat soci\u00e9tal ? Fallait-il introduire <i>le genre<\/i> au singulier en (mauvaise) traduction de<i> gender<\/i>, alors que <i>les genres<\/i> ont toute leur place en psychanalyse, au pluriel&nbsp;? Le changement de perspective est radical&nbsp;;<i> <\/i>Laplanche semble l\u2019avoir pressenti mais tenir \u00e0 introduire la notion am\u00e9ricaine au travers d\u2019une diversion germanisante vers un <i>sexual <\/i>dont la port\u00e9e heuristique n\u2019est pas claire,&nbsp;pour \u00e9tablir une connexion entre la psychanalyse et les <i>gender studies<\/i>, comme si \u00ab&nbsp;la modernit\u00e9&nbsp;\u00bb l\u2019imposait.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2003, Laplanche s\u2019\u00e9carte de la symbolisation qu\u2019il promouvait avec tant de force en 1980&nbsp;; ainsi il disqualifie la notion freudienne d\u2019 \u00ab&nbsp;identification primitive au p\u00e8re de la pr\u00e9histoire personnelle&nbsp;\u00bb, estimant qu\u2019elle serait contredite par une fameuse note de bas de page qui traite des \u00ab&nbsp;parents&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre que le \u00ab&nbsp;p\u00e8re de la pr\u00e9histoire personnelle&nbsp;\u00bb inscrit la cha\u00eene symbolique de l\u2019identification <i>par-del\u00e0<\/i> la relation <i>directe<\/i> aux parents, au travers du grand-p\u00e8re et de la grand-m\u00e8re d\u2019abord (dont Guy Rosolato a situ\u00e9 la fonction m\u00e9diatrice<sup>8<\/sup>), puis du parrain et de la marraine, \u00e9ponymes terrestres de l\u2019enfant et ensuite des Saint-Patron et Sainte-Patronne, \u00e9ponymes mythiques pour l\u2019enfant, autant de rep\u00e8res terrestres puis \u201cc\u00e9lestes\u201d donn\u00e9s \u00e0 l\u2019enfant en exemple et rep\u00e8res identificatoires&nbsp;(rep\u00e8res sexu\u00e9s puisqu\u2019ils sont d\u2019un sexe ou de l\u2019autre, mais r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 un ordre symbolique paternel que mentionnent identiquement le Saint-<i>Patr<\/i>on et la Sainte-<i>Patr<\/i>onne). L\u2019identification sexu\u00e9e du gar\u00e7on et de la fille est propos\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces figures qui, \u00ab&nbsp;donnant&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019enfant son pr\u00e9nom, c\u2019est-\u00e0-dire son \u00eatre m\u00eame, \u00e9tablissent la cha\u00eene symbolique de la dette et du don qui fonde la filiation<sup>9<\/sup>, scellant un ordre paternel de transmission&nbsp;; en quoi ces \u00e9ponymes \u00e9tablissent le fameux PPP, le p\u00e8re de la pr\u00e9histoire personnelle&nbsp;porteur de l\u2019identification primitive, selon la juste description freudienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Laplanche d\u00e9finit l\u2019identification primitive depuis un \u00ab&nbsp;<i>socius<\/i> de la pr\u00e9histoire personnelle&nbsp;\u00bb, usant d\u2019un terme ambigu qui fait entendre le soci\u00e9tal&nbsp;(m\u00eame racine que <i>socius<\/i>) pour d\u00e9signer la m\u00e8re et les proches&nbsp;; la famille est certes une mini-soci\u00e9t\u00e9 depuis un regard social, mais du point de vue psychanalytique, la sp\u00e9cificit\u00e9 du lien tiss\u00e9 avec la m\u00e8re puis le p\u00e8re est le lien fondateur d\u2019un originaire pour l\u2019enfant (un th\u00e8me pourtant trait\u00e9 par Laplanche au d\u00e9but de son \u0153uvre<sup>10<\/sup>). Sous ce magma du <i>socius<\/i>, Laplanche traite de l\u2019apport des proches en mat\u00e9riau psychique, omettant l\u2019apport symbolique qui est le concours majeur \u00e0 l\u2019inscription de l\u2019enfant dans un ordre \u00e0 la fois g\u00e9n\u00e9alogique et sexu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, Laplanche consid\u00e8re l\u2019interaction inconsciente entre parents et enfant comme des \u00ab&nbsp;messages d\u2019assignation&nbsp;de genre&nbsp;\u00bb&nbsp;; or les messages inconscients des parents \u00e0 leur enfant proposent&nbsp;des significations, non une assignation, m\u00eame si l\u2019enfant peut avoir du mal \u00e0 les avaliser pour lui-m\u00eame, ce qui justifie alors un travail clinique aupr\u00e8s de l\u2019enfant, de l\u2019adolescent et des familles dans une approche psychanalytique. <i>Assigner<\/i> sous-entend <i>contraindre<\/i> (ainsi \u00ab&nbsp;assigner \u00e0 r\u00e9sidence&nbsp;\u00bb)&nbsp;; le lien parent-enfant n\u2019est pas d\u2019assignation mais de signification, m\u00eame au travers de codes qui sont des rep\u00e8res conventionnels et non pas des \u00ab&nbsp;st\u00e9r\u00e9otypes de genre&nbsp;\u00bb d\u00e9nonc\u00e9s par celles et ceux qui sont dans un embarras pour s\u2019en saisir et du coup les id\u00e9alisent et les contestent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de Laplanche n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 par les psychanalystes&nbsp;<sup>11<\/sup>; or la psychanalyse a beaucoup perdu \u00e0 l\u2019importation am\u00e9ricaine \u00ab&nbsp;genderisante&nbsp;\u00bb, et la culture fran\u00e7aise avec elle. L\u2019actuelle invasion par la v\u00e9ritable \u00e9pid\u00e9mie \u00ab&nbsp;transgenre&nbsp;\u00bb le refl\u00e8te&nbsp;: il s\u2019agit l\u00e0 du regard am\u00e9ricain sur la difficult\u00e9 fort anciennement connue d\u2019enfants et adolescents en d\u00e9sarrois d\u2019\u00e9tablir comme une \u00e9vidence leur identit\u00e9 sexu\u00e9e psychique en conformit\u00e9 avec le sexe corporel d\u00e9volu par le hasard. La psychanalyse a \u00e9tudi\u00e9 de fa\u00e7on ancienne l\u2019identit\u00e9 sexuelle, difficile conciliation de la donn\u00e9e corporelle avec la conviction psychologique aboutissant \u00e0 l\u2019\u00e9vidence d\u2019\u00eatre un gar\u00e7on\/une fille, difficile parce qu\u2019int\u00e9grant les attentes de ces \u00ab&nbsp;autres&nbsp;\u00bb que sont les parents, attentes troublant parfois cette \u00ab&nbsp;\u00e9vidence&nbsp;\u00bb qui n\u2019en est pas une objectivement et qu\u2019il faut cr\u00e9er subjectivement. Or le regard am\u00e9ricanisant du \u00ab&nbsp;transgenre&nbsp;\u00bb fait miroiter \u00e0 ces enfants et \u00e0 ces jeunes le mirage d\u2019une travers\u00e9e (dite \u00ab&nbsp;transition&nbsp;\u00bb) vers une autre rive de ce qui serait \u00ab&nbsp;la transidentit\u00e9&nbsp;\u00bb, au prix de d\u00e9g\u00e2ts psychiques occult\u00e9s par la militance actuelle sur ces sujets&nbsp;; alors que l\u2019accompagnement par la mani\u00e8re \u00e9prouv\u00e9e de la culture psychologique fran\u00e7aise apporte un soulagement, au prix d\u2019une approche moins clinquante mais accompagnant la vie psychique jusque dans ses d\u00e9sarrois<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><sup>1<\/sup> \u00ab&nbsp;Le genre, le sexe, le sexual&nbsp;\u00bb, <i>Sexual \u2013 la sexualit\u00e9 \u00e9largie au sens freudien<\/i>, (2003, In Press), Paris, PUF 2007. Les citations sont, sauf mention contraire, extraites de cet article.<\/p>\n\n\n\n<p><sup>2<\/sup> J. Laplanche, <i>Probl\u00e9matiques II, Castration \u2013 Symbolisation<\/i>, PUF 1980, pp 32-33 et p 36<\/p>\n\n\n\n<p><sup>3<\/sup> <i>Le choix du sexe \u2013 \u00c0 propos des th\u00e9ories de R.J. Stoller<\/i>, PUF 1980.Noter la date de publication, contemporaine de l\u2019\u00e9crit de Laplanche pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><sup>4<\/sup> Voir mon livre&nbsp;: <i>La querelle du genre<\/i>, PUF, 2012<\/p>\n\n\n\n<p><sup>5<\/sup> <i>Homo juridicus<\/i>, Seuil, 2005<\/p>\n\n\n\n<p><sup>6<\/sup> \u00ab&nbsp;L\u2019identit\u00e9 sexuelle&nbsp;\u00bb, <i>Psychiatrie de l\u2019enfant<\/i>, XIII, 1970, n\u00b0 1&nbsp;; et \u00ab&nbsp;L\u2019enfant et l\u2019adolescent de sexe ambigu&nbsp;\u00bb, <i>Nouv. Rev. Psychanal.<\/i>, 1973, 7, p 117-133<\/p>\n\n\n\n<p><sup>7<\/sup> J. Grange, \u00ab&nbsp;Genre et sexe&nbsp;: nouvelles cat\u00e9gories \u00e9pist\u00e9mologiques des sciences humaines&nbsp;\u00bb, <i>Cit\u00e9s<\/i>, 2010, 44.<\/p>\n\n\n\n<p><sup>8<\/sup> \u00ab&nbsp;Trois g\u00e9n\u00e9rations d\u2019homme dans le mythe religieux et la g\u00e9n\u00e9alogie&nbsp;\u00bb, in <i>Essais sur le symbolique<\/i>, Gallimard, 1969, p 73<\/p>\n\n\n\n<p><sup>9<\/sup> Voir mes ouvrages&nbsp;: <i>Le d\u00e9sir \u00e0 cache-cache<\/i>, en particulier les chapitres \u00ab&nbsp;la transmission psychique interg\u00e9n\u00e9rationnelle en clinique infanto-juv\u00e9nile&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;le nom, vocable pour une destin\u00e9e \u2013 Parcours d\u2019anthropologie psychanalytique&nbsp;\u00bb, Delachaux et Niestl\u00e9, 1996&nbsp;; et <i>L\u2019infantile, l\u2019enfantin \u2013 destins de la filiation<\/i>, PUF, 2012<\/p>\n\n\n\n<p><sup>10<\/sup> Dans le fameux article co-\u00e9crit avec J.B. Pontalis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Fantasme originaire, fantasme des origines, origine du fantasme&nbsp;\u00bb, paru dans <i>Les Temps modernes<\/i>, n\u00b0 215, 1964&nbsp;; r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par les \u00c9ditions des Grandes T\u00eates Molles de notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><sup>11<\/sup> Roseline Bonnelier lui oppose une critique f\u00e9ministe (\u00ab&nbsp;Sexe et genre en psychanalyse&nbsp;\u00bb, <i>D\u2019un divan l\u2019autre<\/i>, 2018)&nbsp;; Damien Trapin brosse un pan\u00e9gyrique&nbsp;(\u00ab&nbsp;De l\u2019identit\u00e9 sexuelle \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de genre&nbsp;\u00bb, <i>Psychologie clinique et projective<\/i>, 2005, 1 (11).<\/p>\n\n\n\n<p><sup>12<\/sup> Voir mon livre&nbsp;: <i>Aider les enfants \u201ctransgenres\u201d \u2013 Contre l\u2019am\u00e9ricanisation des soins aux enfants<\/i>, Pierre T\u00e9qui \u00c9d., 2021&nbsp;; ainsi que la tribune collective&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/idees-et-debats\/changement-de-sexe-chez-les-enfants-nous-ne-pouvons-plus-nous-taire-face-a-une-grave-derive_2158725.html\">https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/idees-et-debats\/changement-de-sexe-chez-les-enfants-nous-ne-pouvons-plus-nous-taire-face-a-une-grave-derive_2158725.html<\/a><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19848?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle \u201cth\u00e9orie du genre\u201d faut-il retenir de l\u2019\u0153uvre de Jean Laplanche&nbsp;? 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