{"id":18831,"date":"2021-11-06T17:06:19","date_gmt":"2021-11-06T16:06:19","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=18831"},"modified":"2021-11-07T13:22:27","modified_gmt":"2021-11-07T12:22:27","slug":"lechec-dans-le-lien-amoureux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lechec-dans-le-lien-amoureux\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9chec dans le lien amoureux"},"content":{"rendered":"\n<p><i> <\/i>\u00ab <i>En ce monde, il n\u2019y a que deux trag\u00e9dies. La premi\u00e8re est de ne pas obtenir ce que l\u2019on veut, et la seconde est de l\u2019obtenir. La derni\u00e8re est de beaucoup la pire, la derni\u00e8re est une vraie trag\u00e9die.<\/i> \u00bb Oscar Wilde.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nombre de demandes de consultations se justifient par les d\u00e9sordres de la vie amoureuse (difficult\u00e9s \u00e0 aimer, \u00e0 se laisser aimer, \u00e0 d\u00e9sirer l\u2019\u00eatre aim\u00e9, \u00e0 aimer la personne d\u00e9sir\u00e9e, \u00e0 s\u2019attacher, se s\u00e9parer, \u00e0 vivre seul, \u00e0 survivre au couple ou \u00e0 la rupture\u2026) \u00e9crire sur l\u2019\u00e9chec dans le lien amoureux demeure une entreprise complexe pour le clinicien. Car il est bien difficile de savoir ce qu\u2019un amour heureux veut dire dans l\u2019\u00e9volution d\u2019une vie humaine. Le psychanalyste, confront\u00e9 aux manifestations de la vie amoureuse n\u2019oublie pas que les sensations de manque, de tourment et de souffrance, que les exp\u00e9riences d\u2019illusion, de confusion, voire d\u2019hallucination ou de douleur physique, sont des constituants \u00ab&nbsp;normaux&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9tat amoureux. L\u2019entr\u00e9e \u00ab&nbsp;amour&nbsp;\u00bb ne figure pas dans le <i>Vocabulaire de Psychanalyse<\/i> de Laplanche et Pontalis. On lui pr\u00e9f\u00e8re les termes \u00ab&nbsp;objet&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;relation d\u2019objet&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;choix d\u2019objet&nbsp;\u00bb ou m\u00eame la divinit\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00c9ros&nbsp;\u00bb. Pourtant, en mati\u00e8re d\u2019amour et de liens amoureux le psychanalyste est au front, ne serait-ce d\u2019abord par l\u2019amour de transfert qui l\u2019expose aux al\u00e9as de folies amoureuses et haineuses construites depuis longtemps, qu\u2019il s\u2019agira d\u2019accueillir, d\u2019analyser, et de supporter. Dans la vie comme dans l\u2019analyse, l\u2019amour peut tout autant constituer un levier formidable qu\u2019une r\u00e9sistance tenace. Freud d\u00e8s 1915 \u00e9crivait \u00e0 propos&nbsp;de l\u2019amour de transfert : \u00ab&nbsp;l\u2019amour qui devient manifeste dans le transfert ne m\u00e9rite-t-il pas d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un amour v\u00e9ritable&nbsp;? [\u2026 Il faut ajouter que dans bien des cas, l\u2019amour de transfert constitue une voie royale vers l\u2019\u00e9tat amoureux. V\u00e9ritable laboratoire d\u2019analyse des liens et des d\u00e9liens humains, l\u2019exp\u00e9rience analytique invite l\u2019analysant \u00e0 \u00eatre attentif aux bruits d\u2019\u00c9ros et \u00e0 ceux plus sourds de Thanatos. Lorsque coup de foudre, rupture brutale, miracles et catastrophes, enchantement et chagrin\u2026 rythment l\u2019\u00e9volution des liens, c\u2019est souvent dans l\u2019apr\u00e8s coup qu\u2019il est plus facile de m\u00e9diter sur les figures de l\u2019\u00e9chec dans le lien amoureux. Ainsi, selon les contextes, une rupture amoureuse peut \u00eatre v\u00e9cue comme un \u00e9chec torturant ou bien au contraire comme un passage lib\u00e9ratoire pour sortir d\u2019un lien \u00e9touffant que l\u2019amour avait quitt\u00e9. Si la blessure est toujours vive pour l\u2019\u00eatre qui se sent abandonn\u00e9, celui qui rompt est bien souvent tout aussi d\u00e9chir\u00e9 que l\u2019\u00eatre quitt\u00e9. Et souvent, quels que soient les d\u00e9terminants de la s\u00e9paration amoureuse, l\u2019\u00eatre disparu de l\u2019actualit\u00e9 de notre r\u00e9el quotidien restera un personnage important dans notre r\u00e9alit\u00e9 psychique&nbsp;; pouvant m\u00eame parfois \u00eatre v\u00e9cu comme un membre fant\u00f4me \u2013 partie amput\u00e9e de notre corps susceptible de continuer \u00e0 nous faire mal m\u00eame lorsqu\u2019elle n\u2019est plus visible. Cette part absente, v\u00e9ritable ombre de l\u2019objet tomb\u00e9e sur le moi, est susceptible de modifier notre perception du monde&nbsp;: les paysages semblent ternes, les discussions futiles, les saveurs fades\u2026 L\u2019<i>\u00e9chou\u00e9 de l\u2019amour <\/i>a souvent l\u2019impression de n\u2019\u00eatre plus qu\u2019un figurant dans le th\u00e9\u00e2tre de la vie. L\u2019absence est bien l\u00e0, pr\u00e9sente, rendant le monde quotidien comme irr\u00e9el, fantomatique, terne, priv\u00e9 du scintillement des lueurs perdues. En plus du chagrin, la perte d\u2019un amour attaque le sentiment d\u2019identit\u00e9, du sens de la vie, et ravive les angoisses d\u2019an\u00e9antissement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">VIOLENCES AMOUREUSES<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019humain peut \u00ab&nbsp;tomber&nbsp;\u00bb en amour, tout autant qu\u2019il peut s\u2019effondrer apr\u00e8s une rupture, c\u2019est que le monde de l\u2019amour n\u2019est pas un monde forc\u00e9ment doux. L\u2019expression \u00ab&nbsp;coup de foudre&nbsp;\u00bb rappelle qu\u2019un regard suffit pour provoquer la chute, \u00e9lectriser, captiver. Dans d\u2019autres langues, on parle d\u2019amour \u00e0 premi\u00e8re vue (<i>love at first sight, amor a primer vista<\/i>). Le fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e8re la m\u00e9taphore de l\u2019orage (tonnerre, magn\u00e9tisme, fulgurance de l\u2019\u00e9clair) pour dire la violence et la soudainet\u00e9 de ce \u00ab&nbsp;coup&nbsp;\u00bb qui renverse la souverainet\u00e9 du moi. Stendhal rappelle que la foudre ne perce jamais un ciel serein. Verticale, elle s\u2019abat sur un objet conductible et peut provoquer l\u2019incendie. Chez l\u2019humain, lorsqu\u2019il fend et illumine l\u2019existence, l\u2019\u00e9clair passionnel brise la routine, la fatigue, l\u2019ennui \u2013 emportant sur son passage la raison comme le doute. L\u2019id\u00e9alisation r\u00e8gne sur cette passion maniaque&nbsp;qui ne veut rien savoir de l\u2019attente : tout scintille \u00e0 l\u2019heure des retrouvailles, m\u00eame la chambre d\u2019h\u00f4tel la plus glauque. Le coup de foudre fait de l\u2019origine d\u2019un couple un moment h\u00e9ro\u00efque. Mythe pour certains, miracle pour d\u2019autres, le coup de foudre s\u00e9duit les amoureux de l\u2019amour. Quelque chose de la violence haineuse s\u2019entend dans l\u2019amour. Cela n\u2019avait pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Freud (1929) qui notait dans <i>Malaise dans la civilisation<\/i> : \u00ab&nbsp;l\u2019agression constitue le s\u00e9diment qui se d\u00e9pose au fond de tous les sentiments de tendresse et d\u2019amour unissant les \u00eatres humains.&nbsp;\u00bb. Lacan prolonge cette id\u00e9e en utilisant le n\u00e9ologisme \u00ab&nbsp;hainamoration&nbsp;\u00bb au lieu d\u2019\u00e9namoration. Il \u00e9nonce m\u00eame cette phrase en 1954&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes bien tous d\u2019accord que l\u2019amour est une forme de suicide.&nbsp;\u00bb Si l\u2019amour ensorcelle, fait d\u00e9couvrir \u00e9merveillement et sensations enchanteresses, on peut se demander comment ces sensations flirtent avec quelque chose d\u2019un suicide pour le Moi. Dans ces heures pleines o\u00f9 l\u2019amour fait taire l\u2019hypocondrie du Moi, lorsque le bonheur et le plaisir d\u00e9bordent les \u00eatres accoupl\u00e9s, que le nirvana semble atteignable, beaucoup d\u2019amants en viennent \u00e0 se dire qu\u2019\u00e0 ce moment pr\u00e9cis, ils pourraient mourir, ensemble, heureux, combl\u00e9s. Peut-\u00eatre parce qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019illusion de fusion est si vive qu\u2019elle induit la pens\u00e9e d\u2019une possibilit\u00e9 de ne pas mourir seul. Ces sentiments extr\u00eames, vertiges, transes, vacillements ne s\u2019oublient pas dans une vie. S\u2019apparentent-ils \u00e0 l\u2019amour ou \u00e0 la passion&nbsp;? L\u00e0 encore, il est difficile pour l\u2019amoureux de r\u00e9pondre \u00e0 cette question <i>in vivo<\/i>. Car si l\u2019\u00e9tat amoureux impose l\u2019aveu d\u2019un sentiment d\u2019incompl\u00e9tude ouvrant sur le d\u00e9sir sexuel, la passion se caract\u00e9rise davantage par l\u2019app\u00e9tence mortif\u00e8re et le besoin de souffrir pour se sentir vivant. Et souvent la passion m\u00e9conna\u00eet ce que l\u2019amour parvient \u00e0 faire conna\u00eetre&nbsp;: l\u2019amour et la tendresse aussi pour les fragilit\u00e9s de l\u2019autre diff\u00e9rent. Si le propos de Lacan est radical, il ne laisse aucune ambigu\u00eft\u00e9 pour approcher l\u2019id\u00e9e selon laquelle une rencontre amoureuse arrache \u00e0 la vie d\u2019avant. L\u2019amoureux d\u00e9couvre en lui un soi m\u00e9connu, se red\u00e9couvre dans cette naissance \u00e0 l\u2019amour de l\u2019autre. Tomber en amour produirait en quelque sorte une premi\u00e8re rupture&nbsp;: rompre avec son ancienne vie, reconfigurer les liens avec ses premiers objets. L\u2019\u00e9namoration autorise \u00e0 \u00eatre tent\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience de \u00ab&nbsp;dispara\u00eetre de soi&nbsp;\u00bb, \u00e0 s\u2019extraire du monde ext\u00e9rieur, se d\u00e9faire des contraintes sociales, des responsabilit\u00e9s de l\u2019identit\u00e9 (familiales, professionnelles\u2026) qui nous enferment dans un personnage social. Ne penser plus qu\u2019\u00e0 l\u2019autre permet de s\u2019oublier soi pour servir l\u2019id\u00e9alit\u00e9 d\u2019un objet bien ind\u00e9pendamment de ses qualit\u00e9s propres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">SOUFFRANCES ET ANGOISSES AMOUREUSES<\/h2>\n\n\n\n<p>En contrepoint aux illuminations et illusions que l\u2019\u00e9tat amoureux est susceptible de g\u00e9n\u00e9rer \u00e0 ses d\u00e9buts, les feux de la passion amoureuse peuvent \u00e9galement poss\u00e9der, d\u00e9vaster, d\u00e9molir\u2026 Comme le rappelle Freud (1929) dans <i>Malaise dans la Culture&nbsp;<\/i>: \u00ab&nbsp;Nous ne sommes jamais aussi mal prot\u00e9g\u00e9s contre la souffrance que lorsque nous aimons, jamais plus irr\u00e9m\u00e9diablement malheureux que si nous avons perdu la personne aim\u00e9e et son amour.&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>. Pourquoi&nbsp;? Parce que si l\u2019amour est la principale technique amenant au bonheur, l\u2019homme s\u2019appr\u00eate \u00e0 souffrir puisqu\u2019en aimant un objet, l\u2019homme donne \u00e0 cet objet le pouvoir de le faire souffrir. Et s\u2019il rend confuses les limites entre Moi et l\u2019autre, \u00e0 l\u2019instar de pathologies psychiques qui font dispara\u00eetre les d\u00e9limitations entre le Moi et l\u2019objet, il risque de perdre le Moi dans la m\u00e9lancolie, lorsque l\u2019objet d\u2019amour est perdu dans le monde ext\u00e9rieur. Mais pleurer quelqu\u2019un qui dispara\u00eet de sa vie, c\u2019est aussi affronter qui on est. Entre le d\u00e9sir d\u2019aimer \u00e0 nouveau ses r\u00e9sistances \u00e0 l\u2019amour, il n\u2019est h\u00e9las gu\u00e8re possible de savoir ce que l\u2019on attendait avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u. L\u2019amour, comme la folie, peut tuer. Aimer, c\u2019est en quelque sorte donner \u00e0 la personne que vous aimez le pouvoir de vous tuer. On entend ici mieux l\u2019id\u00e9e de <i>suicide<\/i> (Lacan) ou celle du crime que d\u00e9veloppe Jean-Claude Lavie (2002) dans son bel ouvrage&nbsp;<i>L\u2019amour est un crime parfait<\/i>&nbsp;:<i> <\/i>\u00ab&nbsp;Et \u00e0 quoi s&rsquo;expose-t-on quand on aime ? Au pire, \u00e9videmment ! De l&rsquo;autre comme de soi.&nbsp;\u00bb (\u2026) \u00ab&nbsp;Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on vous veut, quand on vous dit : \u00ab&nbsp;Je t&rsquo;aime&nbsp;\u00bb. La d\u00e9claration ne d\u00e9clare gu\u00e8re ce qu&rsquo;elle d\u00e9clare. Pas m\u00eame si elle est de l&rsquo;offre ou de la demande.&nbsp;\u00bb Comment donc s\u2019en sortir&nbsp;? La cr\u00e9ation artistique constituerait-elle une voie de d\u00e9gagement&nbsp;? On songe \u00e0 l\u2019amour embras\u00e9 mais chaste de Francisco P\u00e9trarque (1304-1374) pour Laure, femme qu\u2019il entraper\u00e7oit le 6 avril 1327 dans l\u2019\u00e9glise Sainte-Claire \u00e0 Avignon, et \u00e0 qui il consacre 366 po\u00e8mes (sonnets, chansons, sextines, ballades et madrigaux) compos\u00e9s en italien. Plus r\u00e9cemment, Sandra, amoureuse depuis plus de 20 ans de son meilleur ami,&nbsp;dit en s\u00e9ance&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019avantage de l\u2019amour \u00e0 sens unique, c\u2019est qu\u2019il ne tombe pas, il ne vieillit pas, ne meurt jamais.&nbsp;\u00bb. Il n\u2019est pas dit que Sandra vive son amour unilat\u00e9ral comme un \u00e9chec. Elle le porte, le ma\u00eetrise, le fa\u00e7onne \u00e0 son rythme. Son amour \u00e0 elle pour lui est suffisant. Si son amoureux se s\u00e9pare fr\u00e9quemment de ses amoureuses, elle \u2013 telle une m\u00e8re irrempla\u00e7able \u2013 demeure. Comme l\u2019\u00e9crit Jean-Claude Lavie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le principal c\u2019est d\u2019attendre. Si on n\u2019attend rien, il n\u2019arrive rien&nbsp;\u00bb. Aimer c\u2019est aussi r\u00eaver. Or, ne plus r\u00eaver comme le souligne J.-B. Pontalis, \u00ab&nbsp;c\u2019est \u00eatre \u00e0 demi mort, c\u2019est faire de la r\u00e9alit\u00e9 sa seule loi&nbsp;\u00bb. Comment r\u00e9animer quelque chose du r\u00eave apr\u00e8s une s\u00e9paration douloureuse qui semble liquider toute illusion de retrouver cet \u00e9tat&nbsp;? L\u2019absence oblige parfois \u00e0 regarder le monde depuis une autre rive. Mais, sauf peut-\u00eatre chez les sujets engag\u00e9s dans un travail psychique \u00e0 deux ou en groupe, l\u2019analyse de ses \u00e9checs amoureux reste une entreprise complexe, difficile, voire tabou. Il arrive fr\u00e9quemment que l\u2019<i>\u00e9chou\u00e9 de l\u2019amour<\/i> s\u2019enlise davantage dans la r\u00e9p\u00e9tition compulsive de sch\u00e9mas relationnels et conflictuels qui ont pr\u00e9sid\u00e9 aux diff\u00e9rentes ruptures dans une jouissance mortif\u00e8re paradoxalement rassurante. Mieux vaut ainsi r\u00e9p\u00e9ter dans la paresse masochiste le ronron d\u2019une m\u00eame souffrance que de s\u2019aventurer dans une configuration non connue exigeant une d\u00e9pense plus vive d\u2019\u00e9nergie pulsionnelle pour soutenir les processus de changements. Comment accomplir une grande distance sans jamais arriver nulle part&nbsp;? En tournant en rond\u2026 Et parfois, en d\u00e9pit des d\u00e9sirs ou des d\u00e9clarations manifestes, \u00ab&nbsp;chaque nouveau d\u00e9part r\u00e9veille les pi\u00e9tinements du d\u00e9butant qu\u2019on croyait avoir laiss\u00e9s derri\u00e8re soi&nbsp;\u00bb. Chez les hommes, dit-on souvent plus attach\u00e9s \u00e0 la dimension sensuelle, il serait plus facile de remplacer l\u2019objet apr\u00e8s sa perte. L\u2019\u00e9trange formule prononc\u00e9e par les proches se fera r\u00e9entendre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un(e) de perdue, dix de retrouv\u00e9(e)s&nbsp;! \u00bb. Comme si la quantit\u00e9 pouvait remplacer une qualit\u00e9 unique&nbsp;; comme si le retour dans la ribambelle ind\u00e9finie des objets venait rappeler le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la vie et de \u00eatres&nbsp;; comme si cet objet perdu venait faire red\u00e9couvrir dans son envol qu\u2019il \u00e9tait d\u2019abord un objet construit par nous-m\u00eames, par nos attentes, nos espoirs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019issue de cette pr\u00e9sentation ph\u00e9nom\u00e9nologique, il importe de nous pencher sur les textes m\u00e9tapsychologiques fondamentaux pour d\u00e9chiffrer les \u00e9nigmes de la vie amoureuse humaine. La psychanalyse invite \u00e0 entendre comment les d\u00e9chirements de la vie amoureuse v\u00e9cus comme actuels prennent leur source dans des temps pass\u00e9s, maintenus pr\u00e9sents par le caract\u00e8re intemporel des processus inconscients.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00c9TAPSYCHOLOGIE DU LIEN ET DE LA VIE AMOUREUSE&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019\u0153uvre de Freud, trois articles des <i>Contributions \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la psychologie amoureuse<\/i>&nbsp;donnent des bases pour penser analytiquement la question de l\u2019amour. En 1910, dans l\u2019article \u00ab&nbsp;D\u2019un type particulier de choix d\u2019objet chez l\u2019homme&nbsp;\u00bb, Freud revient sur les effets du complexe d\u2019\u0152dipe dans la vie affective et amoureuse de l\u2019homme. Il rel\u00e8ve un type de choix d\u2019objet \u00e9nigmatique, mettant en relief la pr\u00e9gnance persistante de la figure du <i>tiers l\u00e9s\u00e9 <\/i>laquelle peut m\u00eame devenir<b><i> <\/i><\/b>une condition du choix d\u2019objet dans la vie amoureuse de l\u2019adulte. Dans cet essai, Freud insiste sur la part d\u2019insatisfaction de la pulsion sexuelle li\u00e9e \u00e0 la dissociation du courant tendre (l\u2019amour et l\u2019admiration pour la sainte, la m\u00e8re) du courant sexuel (l\u2019attraction \u00e9rotique pour la catin) et sur le fantasme de sauvetage. Freud rep\u00e8re chez ces hommes les caract\u00e9ristiques suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le besoin d\u2019\u00eatre \u00e0 la place du tiers l\u00e9s\u00e9&nbsp;: l\u2019homme choisit une femme qui n\u2019est pas libre&nbsp;; Freud pr\u00e9cise que cette femme peut tout \u00e0 fait passer inaper\u00e7ue tant qu\u2019elle se trouve \u00ab&nbsp;libre&nbsp;\u00bb, tandis qu\u2019elle devient l\u2019objet d\u2019une passion enflamm\u00e9e d\u00e8s qu\u2019elle est \u00ab&nbsp;prise&nbsp;\u00bb par un autre homme&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019attraction compulsive pour cette femme s\u2019accompagne d\u2019un mouvement d\u2019id\u00e9alisation qui la sur\u00e9value ;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tandis que la jalousie ne s\u2019exerce pas vis-\u00e0-vis de l\u2019homme qui \u00ab poss\u00e8de \u00bb la femme, une jalousie f\u00e9roce peut se faire jour si la femme a de nouveaux amants ;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin est relev\u00e9 un d\u00e9sir de \u00ab sauver \u00bb cette femme de sa mauvaise vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fixation \u0153dipienne peut aussi \u00eatre v\u00e9cue du c\u00f4t\u00e9 des liens fraternels. Si la m\u00e8re, le p\u00e8re, la s\u0153ur ou le fr\u00e8re peuvent constituer un objet d\u2019amour id\u00e9alis\u00e9 auquel le sujet ne peut renoncer, le clivage des courants tendre et sensuel peut appara\u00eetre comme r\u00e9sultant de cette fixation.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1912, dans le texte <i>Du rabaissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la vie amoureuse<\/i>, Freud poursuit son investigation sur ces formes de choix d\u2019objet cliv\u00e9s. En \u00e9tudiant la domestication de la vie amoureuse par la civilisation, il se penche sur le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019impuissance psychique. Il d\u00e9gage plusieurs modalit\u00e9s du fonctionnement psychique impliqu\u00e9es dans ces \u00ab&nbsp;pannes&nbsp;\u00bb masculines. Les organes qui ex\u00e9cutent la sexualit\u00e9 refusent d\u2019accomplir l\u2019acte sexuel en d\u00e9pit du d\u00e9sir conscient de r\u00e9aliser celui-ci. Freud note que l\u2019homme per\u00e7oit souvent en lui une forme de \u00ab&nbsp;contre-volont\u00e9&nbsp;\u00bb qui parvient \u00e0 entraver son intention consciente. Pour lui, le contenu pr\u00e9valent de ce mat\u00e9riel pathog\u00e8ne tient souvent dans la fixation incestueuse non surmont\u00e9e \u00e0 la m\u00e8re ou \u00e0 la s\u0153ur. On retrouve l\u2019opposition des deux courants (tendre et sensuel) qui ne parviennent pas \u00e0 se r\u00e9unir&nbsp;: le courant tendre qui est le plus ancien, provient de l\u2019enfance, de l\u2019attachement aux membres de la famille, il correspond au choix d\u2019objet infantile primaire&nbsp;et, d\u2019autre part, le courant sensuel qui, lui, appara\u00eet plus clairement lors de la pubert\u00e9, ce courant-l\u00e0 ne m\u00e9conna\u00eet pas ses buts.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud lance cette \u00e9trange formule, \u00e0 l\u2019instar d\u2019une \u00e9nigme \u00e0 \u00e9lucider&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 ils aiment ils ne d\u00e9sirent pas, et l\u00e0 o\u00f9 ils d\u00e9sirent, ils ne peuvent aimer \u00bb. Et pour d\u00e9sirer ces femmes, ces hommes ont parfois besoin de les rabaisser. Freud tente d\u2019analyser l\u2019\u00e9mergence et les effets du ph\u00e9nom\u00e8ne de survalorisation et de d\u00e9valorisation de l\u2019objet. \u00c9trangement, Freud n\u2019\u00e9voque pas la haine de ces hommes pour ces femmes. La figure du rabaissement de la femme pourrait en effet \u00eatre relue \u00e0 la faveur de l\u2019ambivalence des composantes de la pulsion. En ce sens, les figures de la sainte et de la putain, de la tendresse et du d\u00e9sir sexuel, de l\u2019attraction ou de la r\u00e9pulsion, pourraient \u00eatre associ\u00e9es \u00e0 un seul et m\u00eame objet. On aper\u00e7oit pourtant en lisant entre les lignes, comment sainte et putain peuvent se condenser dans un m\u00eame objet&nbsp;: la m\u00e8re&nbsp;; cette sainte qui a pourtant trahi avec d\u2019autres personnes (p\u00e8re, fr\u00e8re, s\u0153ur\u2026) l\u2019amour exclusif de l\u2019enfant. Rabaisser la femme, c\u2019est \u00e9galement mieux se pr\u00e9munir du pouvoir de son sexe (au pouvoir d\u2019engendrement) dont l\u2019homme est castr\u00e9. Pour Freud, le rabaissement de l\u2019objet amoureux permet de s\u2019\u00e9loigner dans l\u2019\u00e9conomie manifeste et actuelle du commerce sexuel de la fixation libidinale maternelle premi\u00e8re. Il permet de repousser le d\u00e9sir inconscient refoul\u00e9 de l\u2019inceste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions sur la psychanalyse de la vie amoureuse sont remises sur le m\u00e9tier en 1918 avec le texte <i>Le tabou de la virginit\u00e9<\/i>. Dans cet essai, Freud \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019homme redoute d\u2019\u00eatre affaibli par la femme, d\u2019\u00eatre contamin\u00e9 par sa passivit\u00e9, du fait de l\u2019effet endormissant (ou apaisant) du co\u00eft. Tandis qu\u2019il se fatigue, elle est susceptible d\u2019en redemander. L\u2019homme se rend compte que la femme, forte des plaisirs qu\u2019elle lui procure, d\u00e9tient ce pouvoir de l\u2019influencer. Face au danger de cette domination f\u00e9minine, le rabaissement de la femme constitue une man\u0153uvre efficace des d\u00e9fenses narcissiques pour l\u2019homme peureux de perdre son pouvoir et sa puissance phallique. On peut s\u2019interroger aujourd\u2019hui sur les liens d\u2019articulation du rabaissement de la femme au narcissisme de mort. Car dans une perspective m\u00e9lancolique, rabaisser l\u2019objet, c\u2019est aussi bien rabaisser son propre Moi. Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019organiser un rabaissement pour se prot\u00e9ger du rabaissement, d\u2019insulter par peur de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur, on entend combien certains hommes tentent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de reprendre le dessus sur la premi\u00e8re castratrice, et sur l\u2019agressivit\u00e9 de la femme sur l\u2019enfant, premi\u00e8re menace authentique qui explique l\u2019impuissance. Dans ces logiques du renversement m\u00e9lancolique confondant Moi et objet, retournant la passivit\u00e9 en activit\u00e9, couper les liens de tendresse (battre, insulter une femme) peut se concevoir comme une mani\u00e8re paradoxale de se pr\u00e9munir de l\u2019angoisse de ne plus \u00eatre aim\u00e9 d\u2019elle. Au sein de cette configuration m\u00e9lancolique, l\u2019homme transf\u00e8re par retournement ses angoisses dans la situation amoureuse. Il se prot\u00e8ge d\u2019une d\u00e9ception essentielle \u00e9manant de l\u2019objet. \u00c0 l\u2019instar de ce qui se passe dans la m\u00e9lancolie, \u00ab&nbsp;l\u2019ombre de l\u2019objet tombe sur le moi.&nbsp;\u00bb. Une part de la mort en soi est venue coloniser le Soi vivant. Si ces r\u00e9flexions nous introduisent dans la psychopathologie de la vie quotidienne de la vie amoureuse, il importe \u00e9galement de dire combien certaines organisations psychopathologiques sont construites pour fuir, neutraliser ou d\u00e9truire les liens \u00e9rotiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">FIGURES PSYCHOPATHOLOGIQUES ENNEMIES DU LIEN AMOUREUX<\/h2>\n\n\n\n<p>Sans pouvoir exhaustivement d\u00e9finir les figures de l\u2019\u00e9chec dans le lien amoureux, le clinicien est en mesure de percevoir plus clairement les ennemis du lien amoureux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les m\u00e9galomanies du Moi (manie, m\u00e9lancolie) et les narcissismes mortif\u00e8res ;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les maladies de l\u2019amour de la haine, de la m\u00e9fiance, de l\u2019emprise, de la jalousie d\u00e9lirante, (la parano\u00efa, l\u2019\u00e9rotomanie)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les maladies de la domination, de la destructivit\u00e9, de la cruaut\u00e9 froide, qui d\u00e9shumanisent et instrumentalisent l\u2019autre (perversion, psychopathie), en faisant dispara\u00eetre les sentiment d\u2019empathie et de culpabilit\u00e9&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les pathologies narcissiques identitaires, la haine de soi \u2013 qui ne permet pas d\u2019aimer l\u2019autre&nbsp;; l\u2019utilisation de l\u2019autre comme proth\u00e8se aux angoisses du vide ou comme solution anti-esseulement, l\u2019autre comme drogue, comme objet consommable interchangeable, l\u2019oubli de soi dans l\u2019autre (personnalit\u00e9s <i>as if<\/i> d\u2019Helen Deutsch)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Certains m\u00e9canismes de d\u00e9fense <i>borderline<\/i> (le clivage tout bon\/tout mauvais&nbsp;; l\u2019id\u00e9alisation\/la d\u00e9valorisation primitive, les angoisses anaclitiques) qui n\u2019aident en rien \u00e0 la constance des investissements relationnels&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les maladies du repli autocratique (n\u00e9vrose obsessionnelle, jusqu\u2019\u00e0 certaines figures de l\u2019autisme)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La vis\u00e9e m\u00e9lancolique qui avale et ensevelit en soi l\u2019objet aim\u00e9 (perdu) pour d\u00e9nier la mort, la perte, et transformer l\u2019\u00eatre en un tombeau mort-vivant&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et n\u2019oublions pas les trop fortes fixations amoureuses aux objets oedipiens (ne pas pouvoir d\u00e9sinvestir l\u2019amour pour les parents pour l\u2019investir dans un autre objet amoureux \u2013 l\u2019oedipe m\u00e9lancolique).<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019issue de cette liste, on peut se demander non sans humour s\u2019il reste une solution pour esp\u00e9rer se d\u00e9gager de ces entraves&nbsp;? L\u2019espoir ne r\u00e9siderait-il que dans l\u2019amour de transfert&nbsp;ou dans la sublimation&nbsp;? Mais aussi dans les rencontres de la vie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce stade de notre d\u00e9veloppement sur les figures de l\u2019\u00e9chec dans les liens amoureux, nous n\u2019avons pas v\u00e9ritablement approch\u00e9 la d\u00e9finition de ce que pourrait \u00eatre un lien amoureux r\u00e9ussi. Au-del\u00e0 de celui qui se vit comme \u00ab&nbsp;r\u00e9ussi&nbsp;\u00bb dans chaque r\u00e9alit\u00e9 psychique singuli\u00e8re, peut-\u00eatre pourrait-on proposer&nbsp;une configuration approximative&nbsp;: un lien amoureux r\u00e9ussi implique le partage d\u2019une entente psychique, d\u2019une intimit\u00e9, d\u2019une attraction charnelle et\/ou spirituelle, le d\u00e9sir de cheminer ensemble, de faire \u00e9quipe. Ce lien d\u00e9passe les \u00e2ges, abolit le temps. Il existe d\u2019abord dans la fid\u00e9lit\u00e9 de la m\u00e9moire humaine, dans le d\u00e9sir de se reconna\u00eetre dans le regard et l\u2019esprit de l\u2019autre diff\u00e9rent. Si Ulysse choisit de retourner \u00e0 Ithaque pour retrouver P\u00e9n\u00e9lope, ce n\u2019est pas parce que P\u00e9n\u00e9lope est plus belle que Calypso, mais plut\u00f4t parce qu\u2019elle constitue une part de l\u2019identit\u00e9 d\u2019Ulysse. Avec P\u00e9n\u00e9lope il y a l\u2019entente, la bonne intelligence partag\u00e9e, que le grec traduit par \u00ab&nbsp;homoprosyn\u00ea&nbsp;\u00bb (<i>homoios,<\/i> m\u00eame&nbsp;; <i>phron<\/i>, esprit, intelligence), une communaut\u00e9 d\u2019esprit. Dans la tradition grecque antique, cette qualit\u00e9 est indispensable \u00e0 la r\u00e9ussite d\u2019une relation entre deux personnes. S\u2019il y a certes l\u2019entente des esprits et des corps, il me semble essentiel de ne pas oublier la part du r\u00eave. Romain Gary nous rappelle \u00e0 ce propos que \u00ab&nbsp;s\u2019il est une part humaine qui ne peut se passer d\u2019imaginaire c\u2019est notre part d\u2019amour. Tu ne peux pas aimer une femme, un homme sans les avoir d\u2019abord invent\u00e9s (\u2026) parce qu\u2019une belle histoire d\u2019amour ce sont deux \u00eatres qui s\u2019inventent (\u2026) Ce que l\u2019on appelait jadis le \u00ab&nbsp;grand amour&nbsp;\u00bb, c\u2019est le d\u00e9vouement pendant toute une vie et souvent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame vieillesse de deux \u00eatres \u00e0 cette \u0153uvre d\u2019imagination qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9e ensemble et r\u00e9ciproquement, deux \u00eatres qui se sont d\u2019abord invent\u00e9s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><\/a>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18831?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab En ce monde, il n\u2019y a que deux trag\u00e9dies. 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