{"id":18775,"date":"2021-11-06T13:16:01","date_gmt":"2021-11-06T12:16:01","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=18775"},"modified":"2021-11-07T13:24:32","modified_gmt":"2021-11-07T12:24:32","slug":"histoire-dechecs-a-la-post-adolescence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/histoire-dechecs-a-la-post-adolescence\/","title":{"rendered":"Histoire d\u2019\u00e9checs \u00e0 la post adolescence"},"content":{"rendered":"\n<p><a name=\"_Hlk83573148\"><\/a>Notre propos portera sur la question de l\u2019\u00e9chec dans le cadre du travail psychoth\u00e9rapique avec des \u00e9tudiants re\u00e7us dans un BAPU (Bureau d\u2019Aide Psychologique Universitaire). La prise en charge y est<i> <\/i>conditionn\u00e9e par le statut \u00e9tudiant, donc limit\u00e9e dans le temps, ce qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur la relation transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut pas parler des \u00e9tudiants, sans les situer dans cette p\u00e9riode de post-adolescence allant de 17 ou 18 ans jusqu\u2019\u00e0 30 ans. \u00c2ge o\u00f9 ces jeunes adultes en qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 sont confront\u00e9s \u00e0 des renoncements et des deuils qui les m\u00e8neront \u00e0 une autonomisation et \u00e0 la s\u00e9paration du milieu familial, \u00e0 des choix professionnels, sentimentaux\u2026 \u00e0 accepter de nouvelles r\u00e8gles et se confronter \u00e0 l\u2019inconnu, dans une paradoxale d\u00e9pendance \u00e0 leurs parents. \u00ab Ces premiers choix n\u00e9cessitent une prise en compte de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure sociale et individuelle qui s\u2019impose alors au sujet et provoque un traumatisme qui inaugure la phase post-adolescente\u2026 Il y a un d\u00e9sillusionnement par rapport aux id\u00e9aux d\u2019adolescents. \u00bb (Kalyane Fejt\u00f6).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre syst\u00e8me universitaire, les \u00e9tudiants sont souvent livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Ils ont peu de contacts avec le corps enseignant, subissent des amphis ou des TD surpeupl\u00e9s et, ces derniers temps, un tr\u00e8s grand isolement avec la pand\u00e9mie que nous traversons. Ces conditions renforcent leur sentiment d\u2019isolement et la sensation d\u2019\u00eatre laiss\u00e9s tomber. Leur narcissisme est mis \u00e0 rude \u00e9preuve par une institution fonctionnant sur un mode binaire r\u00e9ussite-\u00e9chec \u00e0 un examen ou \u00e0 un concours dont les r\u00e9sultats ne refl\u00e8tent pas le travail de toute une ann\u00e9e, pas plus que leurs aptitudes \u00e0 exercer leur futur m\u00e9tier. Comme l\u2019\u00e9crit Henri Danon-Boileau&nbsp;: \u00ab Tout le syst\u00e8me est fait pour susciter une angoisse et mobiliser des affects intenses. Nous pourrions pratiquement parler d\u2019un climat mettant en branle des bouleversements comparables par leur c\u00f4t\u00e9 soudain et incontr\u00f4lable \u00e0 des d\u00e9s\u00e9quilibres renvoyant aux traumatismes\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette p\u00e9riode implique donc un v\u00e9ritable travail psychique qui vient r\u00e9actualiser des angoisses de castration, d\u2019autres plus archa\u00efques telles que la situation primordiale de d\u00e9tresse originaire, la premi\u00e8re limitation de la toute-puissance infantile, la constitution du narcissisme\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les travaux de Freud, le succ\u00e8s peut \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation des d\u00e9sirs \u0153dipiens. Le d\u00e9sir est inoffensif tant qu\u2019il est \u00e0 l\u2019\u00e9tat de fantasmes mais le risque est qu\u2019il se transforme en r\u00e9alit\u00e9 dans une r\u00e9ussite. La r\u00e9alit\u00e9 ne joue plus son r\u00f4le de barri\u00e8re et de contenant \u00e0 la dimension fantasmatique (meurtre ou castration du rival, r\u00e9alisation des d\u00e9sirs incestueux\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cas, l\u2019\u00e9chec a pour fonction de calmer la culpabilit\u00e9 et de r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant la jouissance qui vient de cette r\u00e9alisation, la r\u00e9ussite ayant une signification bien trop angoissante pour l\u2019inconscient. Par exemple, dans une perspective \u0153dipienne, l\u2019\u00e9chec est la preuve que l\u2019\u00e9tudiant n\u2019a pas ch\u00e2tr\u00e9 son p\u00e8re ; dans une perspective pr\u00e9-\u0153dipienne, l\u2019\u00e9chec serait une tentative d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019emprise parentale afin de ne pas perdre son autonomie, son identit\u00e9 et de ne pas devenir ainsi la chose ou le jouet des parents, l\u2019objet f\u00e9cal risquant d\u2019\u00eatre rejet\u00e9-retenu-d\u00e9truit \u00e0 volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe d\u2019autres lectures, telles que&nbsp;: \u00ab\u2009je me punis en te punissant\u2009\u00bb sur le mode \u00ab&nbsp;je te met<s>s<\/s> en \u00e9chec en me mettant en \u00e9chec&nbsp;\u00bb, mani\u00e8re de reprendre le dessus, de ma\u00eetriser. Cela peut amener \u00e0 des conduites perverses, le plaisir \u00e9tant alors de faire souffrir, de se venger, de torturer l\u2019autre, avec tous les b\u00e9n\u00e9fices secondaires que cela procure. Bien souvent nous assistons \u00e0 l\u2019apparition d\u2019un v\u00e9cu d\u00e9pressif li\u00e9 \u00e0 la perte des id\u00e9aux et \u00e0 une difficult\u00e9 \u00e0 composer avec le principe de r\u00e9alit\u00e9 qui devient incontournable. Ainsi en va-t-il de Mathilde et d\u2019Icare.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">MATHILDE&nbsp;: \u00c9CHOUER POUR S\u2019\u00c9CHAPPER&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>En questionnant l\u2019\u00e9chec&nbsp;au sein de notre clinique de jeunes adultes, spontan\u00e9ment, c\u2019est \u00e0 Mathilde d\u2019abord que j\u2019ai pens\u00e9. Aux \u00e9checs successifs qu\u2019elle essuyait depuis qu\u2019elle \u00e9tait \u00e9tudiante et qui \u00e9chappaient \u00e0 sa compr\u00e9hension, au sentiment d\u2019\u00e9chec que j\u2019\u00e9prouvais avec une acuit\u00e9 croissante \u00e0 la fin de nos s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une ann\u00e9e de th\u00e9rapie pour le moins terrassante et d\u00e9concertante, Mathilde est venue en s\u00e9ance m\u2019annoncer qu\u2019elle partait \u00e9tudier \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, accept\u00e9e dans une formation \u00ab&nbsp;personnellement&nbsp;\u00bb choisie. A cette annonce je suis \u00ab&nbsp;tomb\u00e9e de haut&nbsp;\u00bb, ignorant tout de ses intentions et des d\u00e9marches qu\u2019elle avait engag\u00e9es en ce sens. Les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 arrivant tr\u00e8s vite, la th\u00e9rapie a pris fin, sans que je ne sache grand-chose de son nouveau projet, ailleurs. Souvent en repensant \u00e0 elle j\u2019ai eu comme un go\u00fbt amer, le sentiment d\u2019avoir \u00e9chou\u00e9 \u00e0 inscrire notre travail dans la continuit\u00e9, de ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 mobiliser mes pens\u00e9es, de m\u2019\u00eatre laiss\u00e9e engluer dans une sid\u00e9ration passive. Mathilde \u00e9tait partie sans que je n\u2019ai eu le temps de commencer \u00e0 me raconter une histoire, son histoire, notre histoire. Un travail interrompu pr\u00e9matur\u00e9ment, pensais-je. Et pourtant, aujourd\u2019hui, une lecture diff\u00e9rente de ce travail m\u2019appara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde&nbsp;: Une jeune femme au physique discret&nbsp;; ni fine ni ronde, ni grande ni petite&nbsp;; un \u00ab&nbsp;look&nbsp;\u00bb passe partout, rien qui ne retienne l\u2019attention, si ce n\u2019est qu\u2019il est difficile de lui donner son \u00e2ge&nbsp;; elle me semble plus jeune qu\u2019elle ne l\u2019est, de quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En retard toujours, d\u00e8s le premier rendez-vous. Absente souvent. Absences et retards chaque fois longuement justifi\u00e9s par des facteurs externes, \u00ab&nbsp;absolument&nbsp;ind\u00e9pendants de ma volont\u00e9&nbsp;\u00bb dit-elle, et pour lesquels elle me prie de bien vouloir l\u2019excuser \u2026,&nbsp;\u00ab tellement d\u00e9sol\u00e9e&nbsp;\u00bb de n\u2019avoir pas pris le temps de me pr\u00e9venir, de m\u2019avoir laiss\u00e9e une semaine enti\u00e8re sans savoir, avec la crainte que je finisse par \u00eatre en col\u00e8re et que je mette un terme \u00e0 nos rendez-vous auxquels elle tient tant, insiste-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Absente souvent, mais suffisamment pr\u00e9sente pour que la th\u00e9rapie ne s\u2019interrompe pas. En retard, que me donne-t-elle \u00e0 saisir d\u2019elle dans le court moment qu\u2019il reste de la s\u00e9ance&nbsp;? Elle s\u2019assoit face \u00e0 moi et me regarde, presque droit dans les yeux. Presque, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 en fait. Nos regards ne se croisent pas, elle fixe un point\u2026 de fuite&nbsp;? Un regard fuyant que je rencontre rarement, et de mani\u00e8re fugace.<\/p>\n\n\n\n<p>Brillante \u00e9l\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 la fin du lyc\u00e9e, tr\u00e8s performante dans ses activit\u00e9s extra-scolaires, individuelles et en groupe, \u00e0 l\u2019aise et en lien avec les autres, elle n\u2019a plus r\u00e9ussi \u00ab&nbsp;\u00e0 avoir de bons r\u00e9sultats&nbsp;\u00bb d\u00e8s lors qu\u2019elle a entrepris ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 plusieurs reprises elle se r\u00e9oriente, mais chaque fois elle \u00e9choue, sans comprendre. Jusqu\u2019\u00e0 ne plus r\u00e9ussir \u00e0 entrer en classe, puis \u00e0 passer la porte de l\u2019\u00e9cole dans laquelle elle \u00e9tudie. Surprise elle-m\u00eame de \u00ab&nbsp;s\u00e9cher&nbsp;\u00bb. Surprise de ses \u00e9checs successifs.<\/p>\n\n\n\n<p>De ses absences de plus en plus fr\u00e9quentes en cours, de ses journ\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 la maison, immobile sur son lit, du temps \u00ab&nbsp;vide&nbsp;\u00bb qui s\u2019\u00e9tire sans qu\u2019elle ne parvienne \u00e0 se mettre en mouvement, ses parents ne savent rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde s\u2019inqui\u00e8te de ce d\u00e9crochage qui s\u2019impose \u00e0 elle, de la distance qu\u2019elle met avec ses amis de longue date auxquels pourtant elle se sent tr\u00e8s attach\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019adresse alors au BAPU, dans l\u2019espoir de comprendre ce qui la fige, pourquoi elle \u00e9choue. Lors de nos premi\u00e8res rencontres, avec beaucoup d\u2019authenticit\u00e9 et une certaine \u00e9motion, elle d\u00e9crit une enfance sous contrainte, une m\u00e8re tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re, autoritaire, d\u00e9cidant depuis toujours de tout pour elle ; une femme extr\u00eamement exigeante sur le plan scolaire, violente verbalement, d\u00e9valorisante, humiliante. Une m\u00e8re qui depuis son entr\u00e9e au coll\u00e8ge a toujours tout contr\u00f4l\u00e9 de son emploi du temps, ses activit\u00e9s, \u00e0 l\u2019heure pr\u00e8s, \u00ab&nbsp;comme si j\u2019\u00e9tais encore une enfant&nbsp;\u00bb. Une m\u00e8re intrusive qui l\u2019\u00e9crase et ne lui laisse aucun espace. Son p\u00e8re, le plus souvent absent physiquement comme psychiquement de la maison familiale, tout \u00e0 son travail, ne savait pas&nbsp;combien son \u00e9pouse \u00e9tait dure avec sa fille, pense Mathilde. Mais elle ne lui en a jamais touch\u00e9 mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, apr\u00e8s ce premier temps de rencontre, Mathilde se ferme et parle peu. Sa parole devient factuelle, accroch\u00e9e au r\u00e9el, au vide de ses semaines, \u00e0 son apathie d\u00e9sesp\u00e9rante contre laquelle elle ne peut rien. Les s\u00e9ances (celles qui ont lieu) se suivent et se ressemblent, elle d\u00e9crit un quotidien tr\u00e8s pauvre, r\u00e9p\u00e9titif, sur un ton monocorde, sans relief. Sans expression, le visage fig\u00e9. Elle ne fait rien, ne pense rien, me laisse-t-elle croire. Chacune de mes interventions est rejet\u00e9e sur le champ, elle s\u2019y oppose&nbsp;syst\u00e9matiquement par un tr\u00e8s froid \u00ab&nbsp;ah non pas du tout&nbsp;\u00bb qui entra\u00eene chez moi la pens\u00e9e r\u00e9p\u00e9titive que j\u2019aurais mieux fait de \u00ab&nbsp;la fermer&nbsp;\u00bb. De m\u2019\u00e9craser. Elle se sent bloqu\u00e9e, je le suis autant qu\u2019elle. L\u2019ann\u00e9e se d\u00e9roule tr\u00e8s lentement, elle me fait attendre, ne pas savoir, appelle le secr\u00e9tariat pour pr\u00e9venir de son retard mais ne se pr\u00e9sente finalement pas \u00e0 sa s\u00e9ance, elle m\u2019inqui\u00e8te\u2026 puis vient v\u00e9rifier que le suivi tient toujours. Elle m\u2019impose ses retards, ses absences, ses silences. Sa distance. Elle occupe mes pens\u00e9es et me pr\u00e9occupe. Elle me perd, me rend confuse, je crains que son repli et son retrait soient les signes d\u2019un effondrement plus grave qui m\u2019aurait \u00e9chapp\u00e9. Elle me pousse \u00e0 lui poser des questions, quand le silence est trop long, puis m\u2019\u00e9jecte en cinq mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;ah non pas du tout&nbsp;\u00bb. Ces mois me paraissent une \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail me semble fragile, discontinu. Pourtant elle vient, et parfois, au milieu de longs silences ou justifications de ses retards, elle aborde \u00e0 mots couverts l\u2019agressivit\u00e9 massive que lui a fait vivre l\u2019emprise maternelle. Cette agressivit\u00e9 qu\u2019elle per\u00e7oit furtivement peu \u00e0 peu, et qu\u2019elle me laisse entrevoir dans le transfert et dans mon contre-transfert, la fige et me fige. Je me sens &#8211; autant qu\u2019elle &#8211; immobilis\u00e9e, emp\u00each\u00e9e de la penser, de la r\u00eaver. \u00c0 ceci pr\u00e8s qu\u2019elle sait que j\u2019ai entendu ce que sa m\u00e8re lui a fait vivre, qu\u2019elle a pu commencer \u00e0 nommer sa haine envers elle et qu\u2019elle d\u00e9couvre d\u00e9ception et col\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re si longtemps per\u00e7u comme le bon objet. Suis-je alternativement ou simultan\u00e9ment l\u2019enfant d\u00e9valoris\u00e9e par les propos maternels et d\u00e9laiss\u00e9e par son p\u00e8re, qui subit ce qui lui est impos\u00e9, puis le p\u00e8re auquel enfin elle peut dire ce qu\u2019il n\u2019a jamais voulu entendre ni voir, puis la m\u00e8re aux ordres de laquelle elle ne veut plus se plier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre, mais sur le moment je ne le sais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long de cette ann\u00e9e de travail, elle me laisse penser qu\u2019elle s\u2019enfonce dans l\u2019\u00e9chec, que rien ne bouge&nbsp;: elle \u00e9choue \u00e0 ses partiels de mi-ann\u00e9e&nbsp;; elle \u00e9choue \u00e0 venir \u00e0 ses s\u00e9ances, et j\u2019\u00e9choue avec elle \u00e0 penser ce qui lui arrive, ce qui nous arrive. En dehors et entre les s\u00e9ances pourtant, ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 elle me laisse croire que son inertie psychique est totale et que je suis sous l\u2019emprise de cet emp\u00eachement de penser qu\u2019elle m\u2019impose, elle parvient \u00e0 imaginer puis \u00e0 concr\u00e9tiser seule un projet qui est le sien, dont elle ne me dit rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps elle a \u00e9voqu\u00e9 sa crainte que ses parents apprennent qu\u2019elle n\u2019allait plus en cours, imaginant une r\u00e9action tr\u00e8s violente et rejetante de leur part. Longtemps je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9e sans r\u00e9agir et sans soulever la question de la continuit\u00e9 de la th\u00e9rapie au BAPU malgr\u00e9 ses absences nombreuses et ses retards r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, \u00e0 son grand \u00e9tonnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne la punissais pas de ne rien faire, de ne pas venir en s\u00e9ance, d\u2019\u00eatre ailleurs. Je supportais qu\u2019elle m\u2019adresse son agressivit\u00e9, j\u2019acceptais d\u2019\u00eatre son objet d\u2019emprise, son objet f\u00e9cal, un temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Et peut-\u00eatre est-ce avec cela qu\u2019elle a pu penser, r\u00eaver, faire, et partir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens plus aujourd\u2018hui quelles \u00e9tudes elle a choisies. Je n\u2019en ai pas trouv\u00e9 trace dans mes notes. Cela ne viendrait-il pas souligner l\u2019importance qu\u2019elle pense son projet, quel qu\u2019il soit, en dehors du d\u00e9sir de l\u2019autre pour elle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, la question n\u2019\u00e9tait plus&nbsp;: allait-elle r\u00e9ussir ou \u00e9chouer \u00e0 ses partiels&nbsp;? Je n\u2019en ai d\u2019ailleurs rien su non plus au terme de cette ann\u00e9e universitaire. La question \u00e9tait devenue&nbsp;: Mathilde pourrait-elle commencer \u00e0 se frayer un espace pour se d\u00e9gager de l\u2019emprise parentale et advenir \u00e0 elle-m\u00eame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;QUI VA, QUI VIENT, QUI COURT, QUI PERD SES PAS\u2026&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette phrase, tir\u00e9e d\u2019une fable de La Fontaine, m\u2019est venue en \u00e9cho \u00e0 la plainte de ce jeune homme que je re\u00e7ois au BAPU. Un an avant notre rencontre, Icare \u00e9choue \u00e0 un concours prestigieux\u2026 \u00ab&nbsp;Contre toute attente !&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise-t-il, car il y \u00e9tait tellement bien pr\u00e9par\u00e9 : il excellait, au point que les autres \u00e9tudiants redoutaient de passer devant le jury apr\u00e8s lui. Icare semble suspendu \u00e0 cet \u00e9chec qui ressemble bien \u00e0 un moment traumatique ; apr\u00e8s, tout a bascul\u00e9 : il a perdu confiance en lui, se d\u00e9bat dans une agitation anxieuse, il lui arrive de rester prostr\u00e9 toute une journ\u00e9e dans un \u00e9tat de d\u00e9tresse sans comprendre ce qui lui arrive. Il ne se r\u00e9sout pas \u00e0 renoncer \u00e0 ce dipl\u00f4me qu\u2019il pensait m\u00e9riter, \u00e0 accepter cet \u00e9chec qu\u2019il trouve injuste, \u00e0 choisir d\u2019autres \u00e9tudes. Rien ne vient le consoler, encore moins le satisfaire. Cet \u00e9chec reste \u00e9nigmatique, une blessure qui ne se referme pas, qui continue de l\u2019obs\u00e9der, voire m\u00eame de le pers\u00e9cuter, et l\u2019am\u00e8ne dans un premier temps \u00e0 consulter un psychanalyste en lib\u00e9ral. Selon Icare, \u00ab&nbsp;ce travail n\u2019a jamais commenc\u00e9&nbsp;\u00bb et en effet, son psychanalyste me l\u2019adresse au BAPU apr\u00e8s quelques mois infructueux, en me pr\u00e9cisant qu\u2019une th\u00e9rapie n\u2019a pas pu se mettre en place en raison des trop nombreuses absences d\u2019Icare. Sautant d\u2019une id\u00e9e \u00e0 l\u2019autre et parlant dans un flot ininterrompu, Icare ne parvient pas \u00e0 se poser. Entre un pass\u00e9 ressass\u00e9 et d\u00e9cevant (ce qu\u2019il a rat\u00e9, manqu\u00e9, ce qu\u2019il aurait d\u00fb faire, l\u00e0 o\u00f9 il a \u00e9chou\u00e9\u2026) et un avenir qu\u2019il r\u00eave meilleur, il n\u2019est pas dans le pr\u00e9sent. Pas de temps, de la vitesse, une succession de moments v\u00e9cus comme des derni\u00e8res fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les premiers mois de cette cure, je l\u2019attends souvent : il ne vient pas \u00e0 son rendez-vous, il arrive en retard, me trouvant parfois avec mon manteau sur le dos 5 minutes avant la fin de la s\u00e9ance ! Disparitions, r\u00e9apparitions, il investit pourtant des s\u00e9ances o\u00f9 nous avons, l\u2019un comme l\u2019autre, l\u2019impression de manquer de temps\u2026 Quel \u00e9tonnement quand il ne vient pas ! Tenterait-il de se soustraire \u00e0 tout engagement, \u00e0 tout risque de perte ? \u00ab&nbsp;Je n\u2019appartiens \u00e0 personne&nbsp;!&nbsp;\u00bb m\u2019avait-il dit \u00e0 propos des distances qu\u2019il garde avec ses coll\u00e8gues de travail. Commencer, est-ce pour lui le d\u00e9but de la fin ? Quelle est ma place dans ce dispositif ? Bien s\u00fbr, \u00eatre au m\u00eame endroit \u00e0 la m\u00eame heure, spectatrice impuissante de sa fuite en avant. Je lui assure un point d\u2019ancrage stable et fiable, puisqu\u2019apr\u00e8s m\u2019avoir perdue de vue, il me retrouve.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9chec au concours, \u00e9chec de la th\u00e9rapie, mais pas seulement : l\u2019\u00e9chec infiltre son discours, \u00e9maille ses exp\u00e9riences, et appara\u00eet de plus en plus intimement li\u00e9 \u00e0 la perte, se d\u00e9clinant sous diverses formes, d\u2019abord dans son rapport au temps : Icare a souvent l\u2019impression de manquer un \u00e9v\u00e9nement, de rater quelque chose, il se sent perdu dans les temps de passage (les voyages, les nuits du dimanche au lundi\u2026), il a l\u2019impression de perdre du temps, de manquer de temps\u2026 Et lorsqu\u2019il a du temps, il se sent \u00ab&nbsp;perdu dans un vide, sans pens\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019espace : Icare se maintient \u00ab&nbsp;entre deux&nbsp;\u00bb, entre Marseille o\u00f9 vit son amie, et Paris o\u00f9 il est venu \u00e9tudier ; entre ses \u00e9tudes et son activit\u00e9 salari\u00e9e, entre diff\u00e9rents lieux d\u2019habitation, car il tarde \u00e0 s\u2019installer dans un logement. Dans sa fratrie, il est \u00ab&nbsp;celui du milieu&nbsp;\u00bb, entre une s\u0153ur a\u00een\u00e9e et une s\u0153ur cadette. Il lui arrive de v\u00e9rifier plusieurs fois par jour qu\u2019il ne manque pas d\u2019argent sur son compte, il \u00e9tablit de nombreuses listes de choses \u00e0 faire et \u00e0 penser, afin de ne rien oublier\u2026Tout faire, le faire au mieux, \u00eatre partout, avec tout le monde\u2026 Ne rien perdre !<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9chec au concours, s\u2019il constitue un \u00e9v\u00e9nement subi dans la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, vient aussi occuper une place et une fonction bien particuli\u00e8res comme r\u00e9alit\u00e9 psychique&nbsp;: activement investi, ce bouleversement mobilise en lui tellement de pens\u00e9es, une telle \u00e9nergie, que je me demande si Icare n\u2019est pas rassur\u00e9 de sentir qu\u2019il perd&nbsp;quelque chose\u2026 Au moins, il sait ce \u00e0 quoi il a \u00e9chou\u00e9, ce qu\u2019il a perdu \u2026 Peu \u00e0 peu, les s\u00e9ances int\u00e8grent ses sentiments d\u2019\u00e9chec dans un maillage d\u2019\u00e9v\u00e9nements plus anciens qui lui font \u00e9cho ; l\u2019\u00e9chec au concours semble perdre de sa port\u00e9e \/ puissance traumatique ; nous remontons le fil de la perte, qui s\u2019incarne aussi dans la tonalit\u00e9 de plus en plus d\u00e9pressive des s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, alors qu\u2019il me fait part de la torture mentale que lui impose le choix d\u2019aller voir sa petite amie \u00e0 Marseille<s> <\/s>ou bien se rendre \u00e0 une f\u00eate d\u2019amis en restant \u00e0 Paris, il \u00ab&nbsp;l\u00e2che&nbsp;\u00bb : \u00ab&nbsp;Au moins, avec Ariane, on faisait tout ensemble&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Cette Ariane, il n\u2019en avait jusque-l\u00e0 jamais parl\u00e9. Je m\u2019\u00e9tonne : \u00ab&nbsp;Ariane?&nbsp;\u00bb. Pour la premi\u00e8re fois, il \u00e9voque cette relation amoureuse qui a dur\u00e9 plusieurs ann\u00e9es\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 son \u00e9chec au concours\u2026 Concours qu\u2019Ariane, elle, a r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Doublement surprise, car son r\u00e9cit est d\u00e9nu\u00e9 de toute \u00e9motion, je m\u2019entends lui dire qu\u2019il me parle de cette relation comme du chemin qu\u2019il a pris pour venir au BAPU. Il continue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle et moi, on avait les m\u00eames amis, les m\u00eames lectures, les m\u00eames centres d\u2019int\u00e9r\u00eat, on se suffisait \u00e0 nous-m\u00eames\u2026 On faisait tout ensemble\u2026 Un peu comme des fr\u00e8res et s\u0153urs\u2026 M\u00eame le concours, on l\u2019a pr\u00e9par\u00e9 ensemble !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui dis : \u00ab&nbsp;Ariane et vous, vous n\u2019\u00e9tiez jamais s\u00e9par\u00e9s\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Icare, pour la premi\u00e8re fois, reste silencieux, l\u2019\u00e9motion affleure, puis il se met \u00e0 pleurer, et c\u2019est une d\u00e9ferlante de larmes, il est secou\u00e9 de sanglots, je suis moi-m\u00eame tr\u00e8s \u00e9mue et peine \u00e0 mettre fin \u00e0 la s\u00e9ance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi lorsque j\u2019\u00e9nonce&nbsp;la \u00ab&nbsp;s\u00e9paration&nbsp;\u00bb d\u2019avec Ariane, quelque chose se passe, se casse. Masqu\u00e9 jusque-l\u00e0 par l\u2019\u00e9chec au concours et lui faisant \u00e9cran, il y avait l\u2019\u00e9chec amoureux. Cette relation amoureuse ne s\u2019est pas engag\u00e9e \u00e0 n\u2019importe quel moment : Icare, qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 t\u00eate de classe, commen\u00e7ait alors une pr\u00e9pa aussi prestigieuse qu\u2019exigeante ; pour la premi\u00e8re fois de sa vie, non seulement il n\u2019\u00e9tait pas le meilleur, mais, en plus de r\u00e9sultats d\u00e9cevants, il \u00e9tait confront\u00e9 \u00e0 des commentaires n\u00e9gatifs de ses professeurs, des propos ressentis comme humiliants.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il \u00ab&nbsp;plongea&nbsp;\u00bb (ce sont ses termes) dans cette relation avec Ariane.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des s\u00e9ances suivantes, Icare se laisse gagner par des souvenirs d\u2019enfance&nbsp;: ses lectures, ses r\u00eaves et ses r\u00eaveries, ses ambitions et ses aspirations&nbsp;: \u00eatre aristocrate, faire partie de l\u2019\u00e9lite intellectuelle, suivre des \u00e9tudes prestigieuses, exceller professionnellement\u2026 &#8211; \u00ab&nbsp;Briller, avoir une place sp\u00e9ciale&nbsp;\u00bb lui dis-je. Mais il vit dans une famille modeste, ses parents ne sont ni cultiv\u00e9s ni int\u00e9ressants, ont un travail alimentaire\u2026 Il en avait honte, et se demandait parfois s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres souvenirs d\u2019enfance viennent r\u00e9sonner avec ce moment charni\u00e8re de son histoire, cette chute en pleine ascension lorsqu\u2019il a rencontr\u00e9 l\u2019\u00e9chec, puis Ariane.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfant, il d\u00e9bordait d\u2019\u00e9nergie, mais il \u00e9tait aussi maigre et ch\u00e9tif, de petite taille, ce qui provoquait des moqueries r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en famille, des propos d\u00e9valorisants de ses parents, relay\u00e9s par ses s\u0153urs. Il \u00e9tait \u00ab&nbsp;le petit&nbsp;\u00bb, il restait \u00ab&nbsp;le petit&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le nain&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Curieux et vif d\u2019esprit, il avait toujours beaucoup de choses \u00e0 raconter, de questions \u00e0 poser, mais comme r\u00e9action de ses proches, il essuyait des \u00ab Tu nous saoules&nbsp;! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9cole, il triomphait, il parvenait \u00e0 toujours avoir une longueur d\u2019avance sur ses camarades, mais \u00e0 la maison, il restait \u00ab&nbsp;le petit&nbsp;\u00bb ; aim\u00e9, mais d\u00e9nigr\u00e9. Blessure narcissique encore ouverte, surmont\u00e9e puis raviv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance, nous remontons le fil de la perte : de la perte dans la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure (le concours) \u00e0 la perte de l\u2019objet (Ariane), nous cheminons vers la perte du moi. Icare peut se risquer \u00e0 plonger en lui-m\u00eame pour enfin se souvenir, ressentir, dans un mouvement r\u00e9flexif ; le verbe perdre lui-m\u00eame, devient r\u00e9flexif&nbsp;: perdre, c\u2019est se perdre\u2026 Il ne s\u2019agite plus, il agit moins, il g\u00eet litt\u00e9ralement en s\u00e9ance, se d\u00e9prime.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s nous avoir fait vivre des exp\u00e9riences de perte qu\u2019il ne pouvait qu\u2019agir \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir les penser, il vint avec de plus en plus de r\u00e9gularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne nous sommes plus perdus de vue ! Lui qui allait, venait, courait, perdait ses pas, a trouv\u00e9 un chemin, un fil reliant les pertes v\u00e9cues dans son histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ce qui a pu dans le transfert se r\u00e9actualiser avec Icare, le cadre de l\u2019institution pour d\u00e9jouer ses tentatives inconscientes de mise en \u00e9chec a \u00e9t\u00e9 f\u00e9cond \u00e0 plusieurs titres&nbsp;: d\u2019abord, tr\u00e8s concr\u00e8tement, la th\u00e9rapie n\u2019y est pas gratuite mais prise en charge par la s\u00e9curit\u00e9 sociale&nbsp;: pas d\u2019avance des frais, ce qui a \u00e9t\u00e9 important pour ce patient, au vu de son sentiment de pr\u00e9carit\u00e9 et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, notamment financi\u00e8res. Ensuite, pour un patient qui redoutait tout engagement et tout attachement, le BAPU a pu appara\u00eetre comme un lieu symptomatique, allant dans le sens de ses r\u00e9sistances, car le BAPU, c\u2019est une s\u00e9paration annonc\u00e9e&nbsp;: la condition pour y venir est d\u2019avoir le statut \u00e9tudiant, la fin des \u00e9tudes signe l\u2019arr\u00eat de la th\u00e9rapie. Enfin, l\u2019institution permet une diffraction du transfert&nbsp;: sur le lieu, le psychiatre, le secr\u00e9tariat, la salle d\u2019attente, autant de tiers qui ont peut-\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 Icare d\u2019un transfert \u00e0 haut risque, car trop massif, sur la seule personne de son th\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Ainsi ces deux vignettes cliniques illustrent la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9chec peut donner lieu \u00e0 la possibilit\u00e9, pour l\u2019un, de vivre, de traverser la perte, de l\u2019accepter et d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition traumatique ; pour l\u2019autre, de favoriser un renoncement \u00e0 une toute-puissance infantile. L\u2019\u00e9chec \u00e9tant le seul recours trouv\u00e9 pour se d\u00e9finir en tant que soi-m\u00eame, et se d\u00e9gager du d\u00e9sir ali\u00e9nant des parents, au prix d\u2019un v\u00e9cu douloureux de d\u00e9ception, une d\u00e9compensation plus grave a peut- \u00eatre \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9e. Si le th\u00e9rapeute a pu \u00eatre mis \u00e0 mal et vivre lui aussi un \u00e9chec de la th\u00e9rapie jusqu\u2019\u00e0 une remise en cause de son fonctionnement, ce sont les effets mutatifs de l\u2019\u00e9laboration dans le transfert qui ont donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec une vertu salutaire.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18775?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre propos portera sur la question de l\u2019\u00e9chec dans le cadre du travail psychoth\u00e9rapique avec des \u00e9tudiants re\u00e7us dans un BAPU (Bureau d\u2019Aide Psychologique Universitaire). 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