{"id":14948,"date":"2021-09-22T15:40:46","date_gmt":"2021-09-22T13:40:46","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?p=14948"},"modified":"2021-11-07T14:14:46","modified_gmt":"2021-11-07T13:14:46","slug":"winnicott-parle-a-mon-inconscient","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/winnicott-parle-a-mon-inconscient\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Winnicott parle \u00e0 mon inconscient\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Chaque mois, Carnet Psy donne carte blanche \u00e0 un clinicien pour nous pr\u00e9senter, \u00e0 la premi\u00e8re personne, sa rencontre avec une \u0153uvre importante \u00e0 ses yeux. Maurice Corcos a choisi Winnicott et son c\u00e9l\u00e8bre texte sur le r\u00f4le du visage de la m\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"299\" height=\"499\" src=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Capture-de\u0301cran-2021-09-30-a\u0300-21.25.05.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-16154\" srcset=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Capture-de\u0301cran-2021-09-30-a\u0300-21.25.05.png 299w, http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Capture-de\u0301cran-2021-09-30-a\u0300-21.25.05-180x300.png 180w, http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Capture-de\u0301cran-2021-09-30-a\u0300-21.25.05-90x150.png 90w\" sizes=\"auto, (max-width: 299px) 100vw, 299px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Depuis plus de 30 ans, j\u2019organise et anime \u00e0 l\u2019Institut Mutualiste Montsouris un s\u00e9minaire de psychanalyse et litt\u00e9rature \u2013 le s\u00e9minaire Babylone &#8211; o\u00f9 j\u2019invite un psychanalyste \u00e0 venir parler de sa rencontre avec un texte litt\u00e9raire. Nous y avons compris que si un texte nous passionne et nous absorbe, c\u2019est en raison du fait que nous\/j\u2019ai l\u2019impression que l\u2019\u00e9crivain a un dossir complet sur moi\/nous. Non pas un dossier quant \u00e0 mes actes mais une profonde connaissance de mon inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le r\u00f4le de miroir de la m\u00e8re et de la famille \u00bb occupe une place centrale dans l\u2019\u0153uvre de Winnicott. J\u2019ai d\u00fb relire ce texte au moins cinquante fois, seul puis \u00e0 chaque semestre d\u2019internat avec les internes qui rejoignent le service de psychiatrie. Et \u00e0 chaque semestre, je n\u2019exag\u00e8re pas, je tire un nouveau fil, un \u00e9ni\u00e8me fil. Donc si j\u2019ai choisi ce texte c\u2019est parce que Winnicott parle, non pas \u00e9trangement mais bel et bien directement, \u00e0 mon inconscient comme les \u00e9crivains parlent \u00e0 leurs lecteurs\u2026 ou plut\u00f4t laissent dans leur \u0153uvre, par sympathie pour eux, un espace o\u00f9 loger leurs fantasmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, dans le transfert, ce qu\u2019il aimait \u00e0 jouer, c\u2019est \u00e0 \u00eatre le p\u00e8re. Winnicott, dans le transfert, lui, n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 \u00eatre soit la m\u00e8re, soit le b\u00e9b\u00e9 voire m\u00eame \u00e0 \u00eatre une femme. Pourquoi ? Parce qu\u2019il a eu de sacr\u00e9s soucis avec sa m\u00e8re d\u00e9prim\u00e9e. Il a \u00e9crit \u00e0 67 ans un po\u00e8me exceptionnel \u00e0 son sujet, L\u2019arbre, et l\u2019on sait que le nom de famille de sa m\u00e8re est \u00ab Woods \u00bb. Dans ce po\u00e8me, l\u2019arbre en question est un arbre mort. Quand il \u00e9crit \u00ab ma m\u00e8re en larmes, en larmes, en larmes \u00bb, trois fois en larmes, il verse avec elle des larmes (il communie) et en m\u00eame temps, il essaie, nourrisson savant, de r\u00e9parer sa m\u00e8re. La po\u00e9sie de son langage accorde le corps et l\u2019esprit, le son et le sens dans un rythme qui t\u00e9moigne de ce qui lie ces deux dimensions et espaces : soit l\u2019affect et l\u2019inconscient, l\u2019un lestant le second, et ce texte arrive \u00e0 faire \u00e9prouver au lecteur, pas simplement comprendre, mais v\u00e9ritablement conna\u00eetre (na\u00eetre avec) ce dont il est question. De m\u00eame, il y a un dessin de Winnicott, une Madonna Con Bambino, o\u00f9 l\u2019enfant cherche le regard maternel, le visage de celle-ci est blanc, la couleur du plus opaque des deuils. Et il s\u2019accroche \u00e0 elle, tant le holding est d\u00e9faillant\u2026 avec moins de d\u00e9sespoir que d\u00e9j\u00e0 un tr\u00e8s grand s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le premier regard<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a aussi un autre texte majeur o\u00f9 il \u00e9crit \u00ab un b\u00e9b\u00e9 tout seul, \u00e7a n\u2019existe pas \u00bb. En anglais c\u2019est : \u00ab There is no such thing as an infant,\u2026 whenever one finds an infant one finds maternal cure, and without maternal care there would be not infant \u00bb, ce qui signifie qu\u2019un b\u00e9b\u00e9 ne peut pas \u00eatre compris en dehors du lien \u00e0 l\u2019adulte. Et c\u2019est tr\u00e8s important pour tous les cliniciens pour qui, c\u2019est moins le sujet ind\u00e9pendant et autonome, qui les int\u00e9resse que le sujet en relation. Norbert Elias disait : \u00ab<em> un individu ne peut pas \u00eatre compris en dehors du rythme du flux temporel dans lequel il est \u00bb. <\/em>Et en tant que psychanalyste, j\u2019accueille le patient dans l\u2019ensemble de ses configurations, et donc toujours dans le lien \u00e0 son environnement social et familial. Donc si \u00ab un b\u00e9b\u00e9 tout seul, \u00e7a n\u2019existe pas \u00bb, c\u2019est parce que \u00e7a existe en lien avec son environnement et plus pr\u00e9cis\u00e9ment avec son environnement maternel. Pour un enfant qui vient de sortir du ventre de sa m\u00e8re, un premier moment d\u2019excitation, potentiellement traumatique, vient de se produire : la s\u00e9paration. Mais en m\u00eame temps la m\u00e8re et le b\u00e9b\u00e9 ne sont pas vraiment psychiquement s\u00e9par\u00e9s. Quand tout va bien, la m\u00e8re verse dans un \u00e9tat de \u00ab pr\u00e9occupation maternelle primaire \u00bb voire dans la \u00ab folie maternelle primaire \u00bb,\u2026 soit le don de soi, le d\u00e9vouement, la capacit\u00e9 adaptative, l\u2019empathie imaginative. Elle est la musicienne du silence (celui des espaces infinis qui effraient car le monde non plus \u00e7a n\u2019existe pas pour le b\u00e9b\u00e9), la premi\u00e8re grande s\u00e9ductrice et amoureuse du b\u00e9b\u00e9. Un b\u00e9b\u00e9 \u00e7a existe en lien rythmique, pulsionnel, affectif, \u00e9rotique, avec sa m\u00e8re celle-ci \u00e9tant en plus ou moins bonne condition psychique lui permettant d\u2019\u00eatre, suffisamment bonne ou non.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Mother below is weeping<br>weeping<br>weeping<br>Thus I knew her<br>Once, stretched out on her lap<br>As now on dead tree<br>I learned to make her smile<br>To stem her tears<br>To undo her guilt<br>To cure her inward death<br>To enliven her was my living<\/p><cite>Winnicott<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quand on observe les interrelations m\u00e8re-enfant, on voit de tous ses yeux, on voit cette chose exceptionnelle : le b\u00e9b\u00e9 et la m\u00e8re se regardent et \u2026 c\u2019est un regard particulier. Winnicott compare cette rencontre avec le t\u00eate-\u00e0-t\u00eate amoureux adolescent o\u00f9 quand on se regarde de si pr\u00e8s, \u00e7a n\u2019est certes pas pour se voir car \u00e0 cette distance on ne peut pas. Donc il n\u2019y a pas perception, il y a \u00ab a-perception \u00bb (a-privatif), c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on est en train d\u2019halluciner l\u2019autre, de le r\u00eaver, de l\u2019imaginer. Ce que le b\u00e9b\u00e9 voit dans le miroir du visage maternel, en particulier dans les yeux (\u00ab fen\u00eatres de l\u2019\u00e2me \u00bb) mais aussi dans le sourire et dans les \u00e9chotactilies, c\u2019est l\u2019image de lui-m\u00eame tel qu\u2019il est per\u00e7u, aim\u00e9, investi, fantasm\u00e9, par sa m\u00e8re. Si cette m\u00e8re va suffisamment bien, on peut imaginer que sa capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle va lui faire imaginer et dire : \u00ab c\u2019est le plus bel enfant du monde \u00bb. Mais s\u2019il y a une dysharmonie corps-psych\u00e9, un corps maternel ralenti par une d\u00e9pression, un corps qui ne touche pas l\u2019enfant ou qui ne se laisse pas toucher, un corps prisonnier d\u2019une d\u00e9sanimation (ou d\u2019une agitation- excitation d\u00e9sordonn\u00e9e) d\u00e9pressive, un teint cireux, un toucher r\u00e2peux, une odeur particuli\u00e8re, celle du stress, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 ou de la m\u00e9lancolie maternelle, l\u2019enfant ne va pas \u00e9prouver une exp\u00e9rience centrale r\u00e9elle (et non futile) de plaisir dans un climat de s\u00e9curit\u00e9. Andr\u00e9 Green l\u2019a dit : \u00ab un b\u00e9b\u00e9 n\u2019est pas attach\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re, il aime sa m\u00e8re \u00bb. La plus grande s\u00e9curit\u00e9, c\u2019est l\u2019intimit\u00e9, la relation suffisamment \u00e9rotique entre la m\u00e8re et l\u2019enfant. Quand la m\u00e8re touche, caresse, fait \u00e9prouver des \u00e9mois, des chaleurs, des frissons et des pens\u00e9es \u00e0 l\u2019enfant, voil\u00e0 ce qui le fait \u00e9prouver r\u00e9el et g\u00e9n\u00e8re le vrai Self.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 que Winnicott va se distinguer de Freud. L\u2019enfant voit dans les yeux de sa m\u00e8re une image de lui. Image de l\u2019enfant qu\u2019on f\u00fbt au commencement, dont la m\u00e8re va \u00eatre la seule t\u00e9moin, qu\u2019elle va accr\u00e9diter et valider, et avec elle le Self de l\u2019enfant et non uniquement son Moi. Le Self, c\u2019est le moi corporel de l\u2019enfant auquel s\u2019ajoute sa r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure, l\u2019\u00e9prouv\u00e9 int\u00e9rieur, l\u2019\u00e2me refl\u00e9t\u00e9e dans les yeux de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un texte sur la cure analytique<\/h2>\n\n\n\n<p>Enfin, il ne faut pas l\u2019oublier, c\u2019est un texte sur la cure analytique. En le lisant, je suis enthousiasm\u00e9 par le fait que la psychoth\u00e9rapie analytique selon Winnicott, \u00e7a n\u2019est pas l\u2019interpr\u00e9tation qui rend intelligible et compr\u00e9hensible un conflit ou une impasse\u2026 L\u2019analyse, c\u2019est d\u2019abord cr\u00e9er une structure encadrante permettant \u00e0 l\u2019idiosyncrasie, source de la cr\u00e9ativit\u00e9 singuli\u00e8re du sujet de se d\u00e9ployer sans empi\u00e9tement. Avec au pr\u00e9alable la n\u00e9cessit\u00e9 de t\u00e9moigner d\u2019une pr\u00e9sence contenante pour permettre au patient de construire par introjection un objet interne, t\u00e9moin et tuteur, s\u00e9curisant ? Pour cela, l\u2019analyste doit d\u2019abord s\u2019accorder au rythme du patient ; pour \u00e9viter l\u2019enfer, qu\u2019est le rythme de l\u2019autre quand il s\u2019impose \u00e0 vous et d\u00e9rythme le votre.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons un exemple : Lionel Messi \u00e9tait un enfant de petite taille, insuffisante pour pr\u00e9tendre au football de haut niveau. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9march\u00e9, \u00e9loign\u00e9 de son Argentine natale et couv\u00e9 par le club de Barcelone d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 12 ans. On avait dit auparavant \u00e0 ses parents que comme footballeur il ne vaudrait rien et il est parvenu au sommet de l\u2019Olympe. On lui a prescrit de l\u2019hormone de croissance pour qu\u2019il grandisse. Tous les joueurs qui ont v\u00e9cu avec lui l\u2019ont prot\u00e9g\u00e9. A Barcelone, maintenant \u00e0 Paris, tout le monde joue pour le prot\u00e9ger et faciliter son jeu, pour lui permettre de d\u00e9clencher une action dont il a le secret. Une bonne part du temps de jeu, il se pr\u00e9serve, r\u00e9cup\u00e8re, marche, \u00e9tudie les profondeurs de champ et le rythme de l\u2019adversaire\u2026 les autres joueurs vont l\u2019encadrer puis tenter de lui faire la passe juste pour qu\u2019il puisse marquer le but ou faire marquer. Voil\u00e0 une \u00ab structure encadrante \u00bb qui permet \u00e0 l\u2019enfant roi de t\u00e9moigner de sa cr\u00e9ativit\u00e9 dans l\u2019illusion de son omnipotence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Winnicott reconna\u00eet la difficult\u00e9 du m\u00e9tier. Il \u00e9crit : \u00ab Ce n\u2019est pas facile \u00bb. II y a un patient qui vient \u00ab rapporter \u00bb dans le transfert un certain nombre de choses qu\u2019il n\u2019a pas dites quand il \u00e9tait enfant et qu\u2019il rejoue en acte (en actes de paroles ou en actes tout court) dans le transfert. L\u2019analyste et le patient r\u00e9-\u00e9prouvent\u2026 Winnicott le dit dans ce m\u00eame texte quand il \u00e9voque le peintre Francis Bacon : il faut que l\u2019analyste r\u00e9-\u00e9prouve la torsion psychique du sujet, et la rupture de continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre provoqu\u00e9e par le d\u00e9faut de holding, en se demandant si cette torsion est dans la t\u00eate du patient, dans la sienne, ou dans les deux. Donc il faut accepter de s\u2019identifier au patient et \u00e7a, c\u2019est \u00e9prouvant ! L\u2019analyste est l\u00e0 d\u2019abord pour faciliter le jaillissement, la fulgurance, et le travail d\u2019\u00e9laboration. Impossible de dire au patient \u00ab Eureka, c\u2019est votre m\u00e8re, elle \u00e9tait d\u00e9prim\u00e9e \u00bb. Il le r\u00e9alisera par lui-m\u00eame apr\u00e8s que l\u2019analyste ait reconstruit pour lui-m\u00eame ce pass\u00e9 occult\u00e9 car non pens\u00e9 en se mettant \u00e0 la place du patient. Bref l\u2019analyste se rend malade pour (conna\u00eetre) son patient. Pr\u00e9occupation maternelle s\u2019il en est.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00catre affect\u00e9 sans \u00eatre d\u00e9truit<\/h2>\n\n\n\n<p>Je voudrais enfin parler d\u2019une de mes d\u00e9faillances. Un jour, en face \u00e0 face avec une patiente, celle-ci me parle de sa m\u00e8re prostitu\u00e9e, borderline, d\u00e9prim\u00e9e. Je per\u00e7ois \u00e0 un certain moment que je m\u2019\u00e9meus. La patiente me dit : \u00ab Ce n\u2019est pas possible ce que vous faites \u00bb. Autrement dit \u00ab Vous ne pouvez pas vous \u00e9mouvoir, vous devez contenir, survivre \u00e0 toutes les attaques que j\u2019exprime \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ma m\u00e8re car si vous c\u00e9dez, si vous ne survivez pas, on va faire comme la derni\u00e8re fois o\u00f9 ma m\u00e8re n\u2019a pas surv\u00e9cu \u00bb. C\u2019est \u00e9prouvant cela car l\u00e0 elle m\u2019a touch\u00e9 au plus profond. J\u2019\u00e9tais devenu elle et cette m\u00e8re d\u00e9faillante. En m\u00eame temps, il faut faire la diff\u00e9rence entre \u00eatre affect\u00e9 et \u00eatre d\u00e9truit. Pour \u00eatre suffisamment sensible et empathique et survivre au flux d\u2019\u00e9motions g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, il faut un peu \u00eatre affect\u00e9 sans pour autant \u00eatre d\u00e9truit. L\u2019abat-jour de la raison sur l\u2019intelligence sensible, disait Proust. Dans ce sens l\u00e0, ce n\u2019est pas une erreur \u00ab absolue \u00bb mais relative : tout d\u00e9pend ce qu\u2019en fait le couple analytique. Je me souviens \u00e0 ce sujet d\u2019une phrase de Bill Evans : \u00ab In classical music a mistake is a mistake. But in jazz, a mistake can be \u2013 and in fact, should be \u2013 justified by what comes afterwards \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, quelle est notre r\u00e9compense dans ce m\u00e9tier ? Disons qu\u2019\u00e0 la fin de la s\u00e9ance, sans \u00e9changes de paroles, avec des regards qui ne se d\u00e9visagent pas, il y a quelque chose dans l\u2019air qui dit que l\u2019accordage a eu lieu\u2026 ou pas. M\u00eame si cela a \u00e9t\u00e9 terrible et douloureux. \u00c7a n\u2019est que beaucoup plus tard, des ann\u00e9es apr\u00e8s, que lorsque certains patients reviennent me voir et me disent : \u00ab Heureusement que vous avez \u00e9t\u00e9 dur, que vous avez surv\u00e9cu \u00e0 toutes mes attaques et que m\u2019avez hospitalis\u00e9 sous contrainte, que vous avez \u00e9t\u00e9 encadrant, contenant, etc. \u00bb que j\u2019obtiens une forme de gratification. Mais tout cela ne peut avoir lieu qu\u2019une fois que cela a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9, pens\u00e9, \u00e9labor\u00e9 comme exp\u00e9rience vraie, r\u00e9elle et plaisante\u2026 l\u2019exp\u00e9rience \u00ab un constant commerce d\u2019illusion, un acc\u00e8s r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019interaction entre cr\u00e9ativit\u00e9 et ce que le monde a \u00e0 offrir \u00bb. Il faut laisser le processus se d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dit Andr\u00e9 Green \u00ab Commencez \u00e0 parler, on verra bien \u00bb\u2026<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14948?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque mois, Carnet Psy donne carte blanche \u00e0 un clinicien pour nous pr\u00e9senter, \u00e0 la premi\u00e8re personne, sa rencontre avec une \u0153uvre importante \u00e0 ses yeux. Maurice Corcos a choisi Winnicott et son c\u00e9l\u00e8bre texte sur le r\u00f4le du visage&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16481,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[2461],"thematique":[186,659,217],"auteur":[1372],"dossier":[461],"mode":[60],"revue":[2022],"type_article":[454],"check":[2023],"class_list":["post-14948","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","rubrique-un-auteur-une-oeuvre","thematique-amour","thematique-perinatalite","thematique-psychotherapie","auteur-maurice-corcos","dossier-winnicott-et-la-creation-humaine","mode-payant","revue-2022","type_article-entretien","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14948","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14948"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14948\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18340,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14948\/revisions\/18340"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16481"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14948"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=14948"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=14948"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=14948"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=14948"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=14948"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=14948"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=14948"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=14948"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}