{"id":10761,"date":"2021-08-22T07:32:41","date_gmt":"2021-08-22T05:32:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-terreur-de-la-dependance-comme-experience-fondatrice-du-maternel-2\/"},"modified":"2021-10-03T09:16:53","modified_gmt":"2021-10-03T07:16:53","slug":"la-terreur-de-la-dependance-comme-experience-fondatrice-du-maternel","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-terreur-de-la-dependance-comme-experience-fondatrice-du-maternel\/","title":{"rendered":"La terreur de la d\u00e9pendance comme exp\u00e9rience fondatrice du maternel."},"content":{"rendered":"\n<p>Aborder le maternel nous place dans de multiples paradoxes qui font osciller les repr\u00e9sentations entre des points extr\u00eames&nbsp;: ainsi les figures de m\u00e8res terrifiantes ne manquent pas dans la litt\u00e9rature et la mythologie. L. Abensour, dans le rapport du r\u00e9cent congr\u00e8s du CPLF sur le maternel<sup>1<\/sup> mettait en \u00e9vidence \u00ab&nbsp;une ombre derri\u00e8re toutes les figures de m\u00e8res&nbsp;\u00bb, et la part de sauvagerie maternelle li\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;ce pouvoir exorbitant de donner la vie comme la mort&nbsp;\u00bb. M\u00e8re terrifiante donc, figure de sauvagerie et de toute puissance, d\u2019un c\u00f4t\u00e9&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026et de l\u2019autre, image fragile de \u00ab&nbsp;femme au bord de la crise de nerfs&nbsp;\u00bb pour qui la folie est la norme, si l\u2019on prend pour base le paradoxe de Winnicott, fondement incontest\u00e9 de tous les travaux sur la parentalit\u00e9 et sur la dite \u00ab&nbsp;d\u00e9pression du <em>post-partum<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I \u2013 D\u00e9pression <em>post-partum<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Cette entit\u00e9 clinique a largement d\u00e9bord\u00e9 le cadre des consultations et de la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e. Le <em>baby-blues<\/em> a connu un large succ\u00e8s m\u00e9diatique, vraisemblablement fond\u00e9 sur l\u2019universalit\u00e9 de cet \u00e9tat, \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 des degr\u00e9s divers par toute jeune m\u00e8re&nbsp;: dans les suivis des grossesses, il n\u2019est pas rare que les futures m\u00e8res soient pr\u00e9venues par leur m\u00e9decin, dans une intention prophylactique, de la survenue probable du <em>baby-blues<\/em> quelques jours apr\u00e8s l\u2019accouchement. On pourrait dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;vous serez d\u00e9prim\u00e9e, c\u2019est normal&nbsp;!&nbsp;\u00bb Un paradoxe donc.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Paradoxe de la folie normale<\/h3>\n\n\n\n<p><em>La pr\u00e9occupation maternelle primaire<\/em>, article bien connu de Winnicott<sup>2<\/sup>, est souvent cit\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence, mais il me semble important de le reprendre dans ses d\u00e9tails. Pour que le b\u00e9b\u00e9 se d\u00e9veloppe de fa\u00e7on satisfaisante, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tablissement de son moi doit reposer sur un sentiment continu d\u2019exister&nbsp;\u00bb qui ne peut \u00eatre procur\u00e9 par la m\u00e8re qu\u2019\u00e0 la condition qu\u2019elle \u00ab&nbsp;parvienne \u00e0 cette maladie normale qui lui permet de s\u2019adapter aux tous premiers besoins du petit enfant avec d\u00e9licatesse et sensibilit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 171).<\/p>\n\n\n\n<p>Une m\u00e8re \u00ab&nbsp;normalement d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 son enfant&nbsp;\u00bb doit \u00eatre \u00ab&nbsp;capable d\u2019atteindre ce stade d\u2019hypersensibilit\u00e9\u2026 pour s\u2018en remettre ensuite&nbsp;\u00bb (p. 170)&nbsp;: c\u2019est \u00e0 cette condition qu\u2019elle pourra s\u2019identifier \u00e0 son enfant et s\u2019adapter de la fa\u00e7on la plus \u00e9troite \u00e0 ses besoins. \u00catre normale, c\u2019est \u00eatre dans cet \u00e9tat pathologique. Mais Winnicott va plus loin en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9tat psychiatrique tr\u00e8s particulier de la m\u00e8re&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>qu\u2019il se d\u00e9veloppe graduellement pour atteindre un degr\u00e9 de sensibilit\u00e9 accrue pendant la grossesse et sp\u00e9cialement \u00e0 la fin<\/li><li>qu\u2019il dure encore quelques. semaines apr\u00e8s la naissance de l\u2019enfant&nbsp;;<\/li><li>que les m\u00e8res ne s\u2019en souviennent que difficilement lorsqu\u2019elles en sont remises&nbsp;; j\u2019irais m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9tendre, dit-il, qu\u2019elles ont tendance \u00e0 en refouler le souvenir. Cet \u00e9tat organis\u00e9 (qui serait une maladie, n\u2019\u00e9tait la grossesse) pourrait \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 un \u00e9tat de retrait, \u00e0 un \u00e9tat de dissociation, \u00e0 une fuite, ou m\u00eame \u00e0 une perturbation se produisant \u00e0 un niveau plus profond, tel qu\u2019un \u00e9pisode schizo\u00efde dans lequel un certain aspect de la personnalit\u00e9 prend temporairement le dessus. (J\u2019introduis le terme de \u00ab&nbsp;maladie&nbsp;\u00bb parce qu\u2019une femme doit \u00eatre en bonne sant\u00e9 pour, \u00e0 la fois d\u00e9velopper cet \u00e9tat et en sortir lorsque l\u2019enfant l\u2019en d\u00e9livre. Si l\u2019enfant venait \u00e0 mourir, l\u2019\u00e9tat de la m\u00e8re se r\u00e9v\u00e8lerait brusquement pathologique). Le paradoxe est fort, et les mots choisis par Winnicott aussi&nbsp;: le b\u00e9b\u00e9 a besoin pour \u00eatre normal que sa m\u00e8re soit folle&nbsp;; si elle ne l\u2019est pas, ce n\u2019est pas normal\u2026 et c\u2019est le b\u00e9b\u00e9 qui rend cette folie normale. Il me semble utile de nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019ensemble des positions de Winnicott que j\u2019ai rappel\u00e9es assez largement, car elles me paraissent souvent consid\u00e9r\u00e9es, et cit\u00e9es, comme des \u00e9nonc\u00e9s dont le sens n\u2019est pas forc\u00e9ment bien compris.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Je vais <em>expliciter ce paradoxe folie\/normalit\u00e9<\/em> \u00e0 l\u2019aide de quelques exemples qui nous feront entrer dans ce sens et en percevoir la r\u00e9alit\u00e9 clinique car <em>il ne s\u2019agit pas chez Winnicott d\u2019une figure de style, mais d\u2019une description clinique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le \u00ab&nbsp;normal&nbsp;\u00bb de la jeune parentalit\u00e9 est l\u2019\u00ab&nbsp;anormal&nbsp;\u00bb de toute autre relation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je dis en regardant mon interlocuteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais qu\u2019est-ce qu\u2019il veut&nbsp;? Pourquoi il me regarde de cette fa\u00e7on&nbsp;? Pourquoi met-il ses doigts comme \u00e7a&nbsp;? Est-ce que \u00e7a veut dire qu\u2019il m\u2019en veut, qu\u2019il est f\u00e2ch\u00e9 contre moi&nbsp;? Il pense du mal de moi&nbsp;? Il pense que je lui ai fait du mal, que je ne lui donne pas ce dont il a besoin&nbsp;? Il a froid, ou il a faim, ou il voudrait \u00eatre ailleurs&nbsp;? Il ne veut pas de moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Tout un chacun va imm\u00e9diatement penser que je suis \u00ab&nbsp;parano&nbsp;\u00bb, terme arriv\u00e9 dans le domaine public et le vocabulaire courant. Un psychiatre va se demander si je commence un d\u00e9lire psychiatrique, chercher \u00e0 savoir depuis quand cela a commenc\u00e9, si cela a \u00e9volu\u00e9 ou augment\u00e9 et essayer d\u2019\u00e9valuer \u00e0 partir de quel moment il faudra penser \u00e0 m\u2019hospitaliser&nbsp;; il cherchera \u00e0 estimer quel lien est maintenu avec la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 \u00e9valuer s\u2019il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9lire d\u2019interpr\u00e9tation, de pers\u00e9cution, ou si je suis dans un \u00e9tat chronique de parano\u00efa sensitive&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, si je scrute attentivement mon interlocuteur en me demandant ce qu\u2019il me veut et si j\u2019interpr\u00e8te tout comportement comme un signe qui m\u2019est adress\u00e9, on va \u00e0 coup s\u00fbr penser que ce n\u2019est pas normal&nbsp;! Mais si je suis une jeune maman qui se demande si, quand son b\u00e9b\u00e9 pleure de cette fa\u00e7on ou se tortille, cela veut dire qu\u2019il a froid, ou faim, si son lait est responsable du mal au ventre de son b\u00e9b\u00e9, et qui scrute les moindres expressions de son visage pour les interpr\u00e9ter, on va au contraire se dire que c\u2019est bien normal, qu\u2019elle fait son travail psychique de maman qui apprend \u00e0 conna\u00eetre son b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on si je reviens 20 fois v\u00e9rifier que j\u2019ai bien ferm\u00e9 la porte, ou \u00e9teint le gaz, on va me trouver hyper-anxieuse. Un psychiatre va essayer d\u2019\u00e9valuer s\u2019il s\u2019agit d\u2019une n\u00e9vrose obsessionnelle, estimer quelle restriction de la vie sociale ou affective cela entra\u00eene (si par exemple je ne sors plus de chez moi de peur d\u2019avoir oubli\u00e9 de fermer le gaz). Mais si je suis une jeune maman qui va 20 fois v\u00e9rifier que son b\u00e9b\u00e9 dort, ou respire encore, on va trouver cela tellement normal qu\u2019on va m\u2019offrir en cadeau de naissance un <em>audi-baby<\/em> pour que je puisse rester branch\u00e9e en permanence sur mon b\u00e9b\u00e9&nbsp;; et on trouvera bien normal que toute vie sociale soit interrompue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame si je me mets \u00e0 vouloir st\u00e9riliser les boutons de porte, \u00e0 \u00e9valuer l\u2019environnement en termes de contamination on parlera de \u00ab&nbsp;folie de la m\u00e9nag\u00e8re&nbsp;\u00bb ou de n\u00e9vrose phobique Alors que bien \u00e9videmment l\u2019extr\u00eame pr\u00e9caution sanitaire des jeunes mamans et l\u2019assainissement de l\u2019environnement sont consid\u00e9r\u00e9s comme normaux, (pour ne pas parler de la prescription de st\u00e9rilisation des biberons), et font au contraire l\u2019objet des recommandations des professionnels.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Si on est absorb\u00e9 exclusivement par un seul sujet ou une seule personne, on va parler, d\u2019obsession, de probl\u00e9matique monomaniaque\u2026 Mais bien s\u00fbr on consid\u00e8rera comme normal qu\u2019une jeune maman soit exclusivement pr\u00e9occup\u00e9e par son tout jeune b\u00e9b\u00e9 et enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 lui.<\/li><li>Les modifications d\u2019humeur sont tellement connues et admises comme normales chez la femme enceinte et ensuite chez la jeune m\u00e8re qu\u2019elles ont un nom, on ne les appelle pas \u00ab&nbsp;caprices&nbsp;\u00bb comme dans le vocabulaire courant, ou troubles caract\u00e9riels ou dysthymiques comme dans le vocabulaire sp\u00e9cialis\u00e9. On les appelle \u00ab&nbsp;envies&nbsp;\u00bb de la femme enceinte, on les consid\u00e8re comme normales\u2026 tout le monde sait qu\u2019elles existent et qu\u2019il faut les respecter&nbsp;!<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Les exemples peuvent \u00eatre multipli\u00e9s \u00e0 l\u2019infini de ce chevauchement du normal et du pathologique o\u00f9 l\u2019on va s\u2019inqui\u00e9ter pour la sant\u00e9 psychique d\u2019une personne pr\u00e9sentant certains comportements qui seront consid\u00e9r\u00e9s comme normaux chez la jeune m\u00e8re. Selon le chanteur Renaud<sup>3<\/sup> \u00ab&nbsp;m\u00eame le chat p\u00e9p\u00e8re elle en dit du mal sous pr\u00e9texte qu\u2019il perd ses poils\u2026 depuis qu\u2019elle est en cloque&nbsp;\u00bb. Cette \u00ab&nbsp;maladie normale de la m\u00e8re&nbsp;\u00bb n\u2019est pas seulement contingente, elle est indispensable, car elle correspond \u00e0 la n\u00e9cessaire modification du champ perceptif et \u00e0 l\u2019\u00e9largissement des moyens de communication vers une prise en compte du langage corporel non-verbal.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vraie folie est li\u00e9e au fait que le corps devient habit\u00e9 et habitacle pour un autre corps qui s\u2019y d\u00e9veloppe&nbsp;: un corps \u00e9tranger et faisant partie de soi. Tous les films de science-fiction type <em>Alien<\/em> parlent de cette terreur de prise de possession de l\u2019int\u00e9rieur par un autre, et d\u2019un \u00e9tranger qui s\u2019y d\u00e9veloppe.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accouchement, quelles que soient les conditions r\u00e9elles de la naissance, est toujours d\u2019une extr\u00eame violence&nbsp;: m\u00eame sans douleur, m\u00eame \u00ab&nbsp;normal&nbsp;\u00bb, c\u2019est physiquement un arrachement violent et brutal, s\u2019apparentant \u00e0 une amputation. L\u2019accouchement confronte \u00e0 une exp\u00e9rience \u00e9minemment traumatique de perte des limites du soi&nbsp;: il va s\u2019agir d\u2019expulser une partie de soi, qui est un autre, un \u00e9tranger qui a pris possession de l\u2019int\u00e9rieur et dont il faut se d\u00e9barrasser sous peine de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on essayait de penser une m\u00e9tapsychologie psychanalytique de l\u2019accouchement, on pourrait dire que les deux temps de l\u2019accouchement (travail et expulsion) renvoient \u00e0 2 niveaux de fonctionnement psychique&nbsp;: le temps du travail confronte au travail du corps, \u00e9ventuellement \u00e0 la douleur, en lien avec les niveaux n\u00e9vrotiques de l\u2019organisation psychique), le temps de l\u2019expulsion renvoie \u00e0 des niveaux psychotiques de la personnalit\u00e9, il est vital et urgent sous peine de mort d\u2019 expulser, d\u2019arracher une partie de soi\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Paradoxe qui percute vie et mort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on peut avoir acc\u00e8s aux repr\u00e9sentations associ\u00e9es \u00e0 la premi\u00e8re perception du b\u00e9b\u00e9, ce qui est assez rare car elles font l\u2019objet d\u2019un refoulement massif, il s\u2019agit le plus souvent de repr\u00e9sentations \u00ab&nbsp;folles&nbsp;\u00bb, aux confins du vivant et du non vivant, de l\u2019humain et de l\u2019animal&nbsp;: par exemple l\u2019image d\u2019une poup\u00e9e blanch\u00e2tre et d\u00e9sarticul\u00e9e, d\u2019un b\u00e9b\u00e9 \u00e0 t\u00eate d\u2019aubergine, un b\u00e9b\u00e9-aubergine, vision d\u2019un b\u00e9b\u00e9 chat ensanglant\u00e9\u2026 et autres visions effrayantes d\u2019un monde de cauchemars o\u00f9 des monstres pourraient sortir de ce chaudron de sorci\u00e8re o\u00f9 se fabriquent les b\u00e9b\u00e9s. On voit bien comment les sc\u00e9narios d\u00e9lirants peuvent se construire sur ce v\u00e9cu&nbsp;: les bouff\u00e9es d\u00e9lirantes, trois fois plus fr\u00e9quentes dans la population des r\u00e9centes accouch\u00e9es que dans la population g\u00e9n\u00e9rale, ont re\u00e7u le nom sp\u00e9cifique de \u00ab&nbsp;psychoses puerp\u00e9rales&nbsp;\u00bb. Elles sont l\u2019illustration de cette folie \u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb que l\u2019exp\u00e9rience psychique de la grossesse et de l\u2019accouchement peut faire basculer dans la \u00ab&nbsp;vraie&nbsp;\u00bb folie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9pression<\/h3>\n\n\n\n<p>Des travaux nombreux ont essay\u00e9 de pr\u00e9ciser le tableau clinique&nbsp;: leurs r\u00e9sultats sont globalement concordants entre beaucoup de travaux am\u00e9ricains (Tronick, Field, Murray\u2026) et les travaux fran\u00e7ais (Gu\u00e9deney, Le Nestour, Rosemblum, Cramer\u2026). Une rapide synth\u00e8se permet d\u2019\u00e9valuer, suivant les travaux, entre 10 et 30&nbsp;% de taux des \u00e9tats d\u00e9pressifs sp\u00e9cifiques du <em>post-partum<\/em>, avec un pic dans le premier trimestre et globalement la 1<sup>\u00e8re<\/sup> ann\u00e9e du b\u00e9b\u00e9. Sur cette \u00ab&nbsp;estimation&nbsp;\u00bb, on \u00ab&nbsp;estime&nbsp;\u00bb \u00e0 seulement 3&nbsp;% les \u00e9tats d\u00e9pressifs reconnus comme tels et donc trait\u00e9s. Le tableau clinique n\u2019est pas si diff\u00e9rent des tableaux de d\u00e9pression n\u00e9vrotique mais la th\u00e9matique exprim\u00e9e englobe le b\u00e9b\u00e9 et la position maternelle&nbsp;: anxi\u00e9t\u00e9, tristesse, larmes, d\u00e9bordement, crainte de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur, d\u2019\u00eatre une mauvaise m\u00e8re, sentiment d\u2019\u00e9puisement, insomnies\u2026 Les manifestations d\u00e9pressives plus l\u00e9g\u00e8res concernent, elles, pr\u00e8s de 70&nbsp;% des nouvelles mamans<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines semblent mieux arm\u00e9es que d\u2019autres pour y r\u00e9sister, et dans cette rubrique il est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de constater l\u2019impact des conditions ext\u00e9rieures, ou des facteurs pr\u00e9disposants&nbsp;: l\u2019absence de formation professionnelle, l\u2019arr\u00eat du travail d\u00e9finitif avant la naissance, un cong\u00e9 maternel de courte dur\u00e9e, la s\u00e9paration du b\u00e9b\u00e9 et de la maman juste apr\u00e8s la naissance, un faible niveau socio-\u00e9conomique (1\/3 des m\u00e8res \u00e0 bas revenus\u2026), l\u2019absence de support familial, des relations conflictuelles avec le partenaire, l\u2019absence de figures substitutives pouvant s\u2019occuper du b\u00e9b\u00e9, un d\u00e9m\u00e9nagement r\u00e9cent\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une vignette clinique permet d\u2019illustrer un impact ext\u00e9rieur venant faire \u00e9cho \u00e0 une faille int\u00e9rieure qui se trouve ainsi durablement renforc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une s\u00e9ance de d\u00e9but de th\u00e9rapie pour une patiente qui a 2 enfants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Elle parle de l\u2019impression de tristesse que lui laisse son enfance, sans pouvoir la raccrocher \u00e0 des traumatismes ou des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9terminants. Elle \u00e9tait fille unique, et se souvient surtout de gris et d\u2019ennui\u2026 Elle pensait qu\u2019avoir des enfants serait avoir une harmonie. Elle souhaitait une proximit\u00e9 affective et se reproche d\u2019avoir tout g\u00e2ch\u00e9\u2026 Elle voulait tellement que ce soit diff\u00e9rent pour ses enfants de ce qu\u2019elle a gard\u00e9 comme impression de sa propre enfance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je souligne la tr\u00e8s grande importance pour elle d\u2019avoir des enfants, une famille, et lui demande combien elle voulait d\u2019enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle dit qu\u2019elle en aurait voulu 4 \u2026et fait un commentaire d\u2019auto-d\u00e9rision sur le fait qu\u2019elle s\u2019en sort si mal avec seulement 2.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dis que c\u2019est comme si elle avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9\u00e7ue&nbsp;? Et comme elle approuve vivement, je lui demande \u00e0 quel moment elle a ressenti cette d\u00e9ception. Elle raconte alors une premi\u00e8re grossesse heureuse, mais \u00ab&nbsp;Marc a \u00e9t\u00e9 chouineur tout de suite \u00e0 la naissance&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle avait l\u2019impression de ne jamais pouvoir le satisfaire\u2026 Elle a \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9e de reprendre son boulot et se souvient de sa culpabilit\u00e9 lorsqu\u2019elle tra\u00eenait pour rentrer a la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Je demande sur quoi portait cette d\u00e9ception. Elle me raconte alors un accouchement \u00e0 7 mois 1\/2, pour un b\u00e9b\u00e9 de 2 kg 4 n\u2019ayant pas n\u00e9cessit\u00e9 de couveuse&nbsp;; mais l\u2019allaitement a \u00e9t\u00e9 difficile, il t\u00e9tait 2 coups puis s\u2019endormait \u00e9puis\u00e9\u2026 elle se d\u00e9battait avec des bouts de sein qu\u2019on lui avait donn\u00e9s \u00e0 la maternit\u00e9, elle ne sait pas pourquoi\u2026 pour faciliter s\u00fbrement&nbsp;? Elle se souvient d\u2019une pu\u00e9ricultrice qui avait dit que si elle n\u2019y arrivait pas, c\u2019est que \u00ab&nbsp;au fond, elle ne voulait pas&nbsp;\u00bb\u2026 Elle s\u2019en souvient comme d\u2019une matrone qui lui paraissait \u00e9norme et avait l\u2019air de tout savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9e en pleurs et \u00e9tait pass\u00e9e au biberon en tirant son lait\u2026 Que pouvait-elle faire avec ses doutes face \u00e0 cette certitude\u2026 qui la jugeait incapable au fond&nbsp;? Les deux fois, elle est sortie de la maternit\u00e9 en se sentant incapable et diff\u00e9rente des autres m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Je demande d\u2019o\u00f9 venait ce mod\u00e8le maternel chaleureux diff\u00e9rent de son exp\u00e9rience personnelle qui lui avait donn\u00e9 envie d\u2019avoir une famille nombreuse&nbsp;? Elle ne sait pas, \u00ab&nbsp;peut-\u00eatre des amies, peut-\u00eatre la litt\u00e9rature\u2026&nbsp;\u00bb, puis elle se souvient que chez sa grand-m\u00e8re paternelle il y avait beaucoup d\u2019enfants&nbsp;; son p\u00e8re avait 12 fr\u00e8res et s\u0153urs, il y avait plein de petits enfants, c\u2019\u00e9tait super chaleureux\u2026 pour elle, les enfants c\u2019\u00e9tait la f\u00eate\u2026 on disait dans le village \u00ab&nbsp;quand Julie chante, c\u2019est qu\u2019elle est enceinte&nbsp;\u00bb\u2026. sa grand-m\u00e8re, rien ne semblait lui poser probl\u00e8me \u2026 \u00e0 la diff\u00e9rence de sa m\u00e8re pour qui tout pesait et qui n\u2019avait aucun enthousiasme. D\u2019ailleurs la grand-m\u00e8re faisait des r\u00e9flexions \u00e0 la cantonade qui blessaient s\u00fbrement sa m\u00e8re&nbsp;; elle disait par exemple qu\u2019 \u00ab&nbsp;avoir un seul enfant, c\u2019est comme n\u2019en avoir aucun&nbsp;\u00bb. Je lui fais remarquer que c\u2018est comme un jugement qui dirait que \u00ab&nbsp;dans le fond&nbsp;\u00bb un et aucun, c\u2019est pareil&nbsp;; comme avoir des difficult\u00e9s pour allaiter un b\u00e9b\u00e9, n\u00e9 un peu trop t\u00f4t et fatigable dans cette performance physique que cela repr\u00e9sente pour le b\u00e9b\u00e9, c\u2019est \u00ab&nbsp;dans le fond&nbsp;\u00bb ne pas avoir envie d\u2019allaiter.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Je dis qu\u2019en somme elle se serait trouv\u00e9e confront\u00e9e \u00e0 la maternit\u00e9 \u00e0 une grand-m\u00e8re matrone, qui lui aurait dit qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas faite pour avoir des enfants, qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas capable. C\u2019est ce qui l\u2019a emp\u00each\u00e9e de penser simplement que cette personne, m\u00eame pu\u00e9ricultrice, disait des b\u00eatises\u2026 car elle y a vu sa grand-m\u00e8re. Dans cet exemple, on peut dire que la rencontre entre l\u2019attaque ext\u00e9rieure de la \u00ab&nbsp;matrone&nbsp;\u00bb et l\u2019image int\u00e9rieure de la grand-m\u00e8re met l\u2019attaque \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Tout se passe comme si la grand-m\u00e8re qui a servi de mod\u00e8le maternel id\u00e9alis\u00e9 se retournait contre la jeune m\u00e8re&nbsp;: contre cela, il n\u2019y a plus de d\u00e9fense possible.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II \u2013 Une impressionnante crise d\u2019identit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Toute exp\u00e9rience de la vie entra\u00eene des modifications psychiques, et donc une crise d\u2019identit\u00e9 relative, mais aucune ne suppose un changement aussi radical de position que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parentalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la m\u00e8re, cela fait suite \u00e0 d\u2019autres mutations brutales&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>la <em>grossesse<\/em> repr\u00e9sente un changement corporel extr\u00eamement rapide sans aucun \u00e9quivalent dans l\u2019histoire biologique normale d\u2019une personne. L\u2019exp\u00e9rience de la grossesse et de son d\u00e9roulement constitue une nouveaut\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire biologique normale d\u2019un individu. Dans ce temps extraordinairement court de 9 mois, la femme va voir son corps se transformer d\u2019une fa\u00e7on radicale, pour se transformer \u00e0 nouveau apr\u00e8s l\u2019accouchement, dont on vient de voir qu\u2019il repr\u00e9sente une exp\u00e9rience \u00e9minemment traumatique.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>\u00catre enceinte, c\u2019est <em>se confronter \u00e0 l\u2019 \u00ab&nbsp;incroyable mais vrai<\/em>&nbsp;\u00bb gard\u00e9 au fond de soi depuis les ann\u00e9es d\u2019enfance&nbsp;: quand tout enfant se demande comment on fait les b\u00e9b\u00e9s, il \u00e9labore ce que les psychanalystes appellent ses \u00ab&nbsp;th\u00e9ories sexuelles infantiles&nbsp;\u00bb. La grossesse est la v\u00e9ritable \u00e9tape suivante de ces questionnements anciens, qui ont \u00e9t\u00e9 diversement \u00e9labor\u00e9s suivant les avatars de l\u2019histoire personnelle de chacun, et se trouvent alors mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 (sous tout d\u00e9sir de faire un enfant se cache le d\u00e9sir de v\u00e9rifier et de voir \u00ab&nbsp;comment on fait&nbsp;\u00bb, de v\u00e9rifier cet incroyable).<\/p>\n\n\n\n<p>Les sympt\u00f4mes durant la grossesse, ou la fa\u00e7on d\u2019en vivre et supporter les d\u00e9sagr\u00e9ments, auront bien souvent un lien avec la survivance de ces anciennes th\u00e9ories infantiles qui ont une incidence directe sur les troubles de la naissance&nbsp;: derri\u00e8re les blocages dits \u00ab&nbsp;faux travail&nbsp;\u00bb, on va pouvoir retrouver les anciennes th\u00e9ories, de b\u00e9b\u00e9-caca par exemple&nbsp;; derri\u00e8re les dites \u00ab&nbsp;envies&nbsp;\u00bb se dissimulent les anciennes th\u00e9ories orales sur la naissance. Les troubles de la grossesse chez la femme, mais \u00e9galement ceux d\u00e9crits comme \u00ab&nbsp;couvade&nbsp;\u00bb chez l\u2019homme (prendre du poids, douleurs intestinales, fistules anales et autre h\u00e9morro\u00efdes) remettent \u00e0 l\u2019ordre du jour les anciennes th\u00e9ories sexuelles infantiles car cette \u00e9tape en constitue la derni\u00e8re phase, l\u2019ultime observation confront\u00e9e aux th\u00e9ories anciennes.<\/p>\n\n\n\n<p>La grossesse est donc \u00e0 la fois un bouleversement physique et psychique, qui se traduit obligatoirement par la fragilit\u00e9 \u00e9motionnelle de la jeune femme \u00e0 cette p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre point d\u2019extr\u00eame fragilit\u00e9 dans ce bouleversement \u00e9motionnel est que l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouveau b\u00e9b\u00e9, dans l\u2019ensemble de la constellation familiale, <em>va bouleverser la totalit\u00e9 de la cha\u00eene g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/em>. Les r\u00eaves de la future jeune m\u00e8re peuvent \u00eatre tr\u00e8s clairs dans leur contenu apparemment morbide et traumatisant du fait de l\u2019abaissement des r\u00e9sistances que M. Bydlowski appelle \u00ab&nbsp;transparence psychique&nbsp;\u00bb&nbsp;: ainsi le r\u00eave de mort de la m\u00e8re est tr\u00e8s fr\u00e9quent chez les femmes enceintes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il me semble utile de consid\u00e9rer le r\u00eave non pas seulement classiquement, comme la r\u00e9alisation d\u2019un d\u00e9sir, mais comme le signe d\u2019un travail d\u2019\u00e9laboration&nbsp;: une tentative de traduire en langage du r\u00eave les pens\u00e9es concernant cette nouvelle situation psychique. Le r\u00eave de mort de la m\u00e8re devient ainsi la mise en langage du r\u00eave de ce qui se passe sur un plan symbolique lorsque la jeune femme, enfant jusque-l\u00e0 de sa m\u00e8re, va devenir m\u00e8re \u00e0 son tour et prendre cette place de m\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e9cis\u00e9ment de sa m\u00e8re, et ainsi la tuer (elle sera d\u00e9sormais la grand-m\u00e8re). Je consid\u00e8re qu\u2019il est, dans ces cas, toxique d\u2019interpr\u00e9ter des fantasmes meurtriers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re est aussi confront\u00e9 \u00e0 ses anciennes th\u00e9ories sexuelles infantiles, pour lui aussi la cha\u00eene g\u00e9n\u00e9rationnelle se repositionne, pour les enfants d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 aussi\u2026 et nous avons donc <em>une extraordinaire configuration de crise<\/em>&nbsp;! (Esther Bick a d\u00e9crit ce qui se passe pour l\u2019ensemble des membres de la famille en termes de crise d\u2019identit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces id\u00e9es ont \u00e9t\u00e9, depuis Winnicott, bien connues et explor\u00e9es et constituent le socle que je tenais \u00e0 rappeler avant d\u2019exposer <em>des id\u00e9es plus personnelles<\/em> et de proposer quelques hypoth\u00e8ses et propositions cliniques qui en d\u00e9coulent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">III \u2013 Impact de la d\u00e9pendance<\/h2>\n\n\n\n<p>Winnicott origine la peur de la femme dans la non reconnaissance que \u00ab&nbsp;le b\u00e9b\u00e9 est sous la d\u00e9pendance absolue de la m\u00e8re et de sa capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre en \u00e9tat de pr\u00e9occupation&nbsp;\u00bb. Mais les femmes l\u2019\u00e9prouvent \u00e9galement, tout particuli\u00e8rement les m\u00e8res, et selon moi cette peur peut aller jusqu\u2019\u00e0 la terreur&nbsp;: <em>cette peur de la d\u00e9pendance concerne toutes les jeunes m\u00e8res et constitue le point de d\u00e9part oblig\u00e9 des mutations psychiques de la maternit\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le traumatisme de la naissance pour les parents<sup>5<\/sup><\/h3>\n\n\n\n<p>La rencontre avec le b\u00e9b\u00e9 constitue une exp\u00e9rience traumatique d\u00e9bordant les capacit\u00e9s du psychisme pour y faire face&nbsp;: cela n\u00e9cessite pour la m\u00e8re un r\u00e9am\u00e9nagement fondamental et imm\u00e9diat de tout son fonctionnement psychique. Cette d\u00e9couverte de la d\u00e9pendance est brutale, il n\u2019y a pas de gradation, ni d\u2019apprentissage, ou d\u2019\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui plus est, \u00e0 la d\u00e9pendance physique se rajoute la <em>d\u00e9pendance psychique absolue, \u00e0 laquelle seule l\u2019exp\u00e9rience de la parentalit\u00e9 confronte<\/em>&nbsp;: le b\u00e9b\u00e9 d\u00e9pend de sa m\u00e8re pour se construire psychiquement, pour devenir une personne. Le b\u00e9b\u00e9 est obligatoirement pr\u00e9matur\u00e9 et cette d\u00e9couverte de la d\u00e9pendance absolue et totale du b\u00e9b\u00e9 vis-\u00e0-vis des soins de ses parents pour sa survie est \u00e9galement brutale et sans pr\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience de la d\u00e9pendance absolue d\u2019un autre vis-\u00e0-vis de soi, \u00e0 la fois physique et psychique, est <em>une exp\u00e9rience unique dans la vie et un choc traumatique<\/em> pour la m\u00e8re ou toute personne qui occupe la n\u00e9cessaire fonction maternelle. On n\u2019est pas \u00ab&nbsp;un peu&nbsp;\u00bb parent, on le devient d\u2019un coup, brutalement, quand on a le b\u00e9b\u00e9 dans les bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 va se construire en fonction de ce qu\u2019est sa m\u00e8re, ce qui se manifestera \u00e0 travers ce qu\u2019elle fait avec lui et pour lui&nbsp;: le sentiment de responsabilit\u00e9 de la jeune m\u00e8re est \u00e0 juste titre \u00e9crasant<sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire face \u00e0 cette situation enti\u00e8rement nouvelle et singuli\u00e8re <em>suppose une mutation profonde du psychisme parental<\/em>, et psychiquement un changement d\u2019\u00e9tat&nbsp;: il n\u2019y a pas de pr\u00e9paration possible, pas d\u2019adaptation, du fait de cette transformation par l\u2019exp\u00e9rience il deviendra radicalement diff\u00e9rent de ce qu\u2019il \u00e9tait auparavant, et par cons\u00e9quent, diff\u00e9rent de celui des non-parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon hypoth\u00e8se personnelle est que ce que j\u2019appelle \u00ab&nbsp;traumatisme de la naissance pour les parents&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9couverte de la d\u00e9pendance totale du b\u00e9b\u00e9, constitue le point commun sous-jacent \u00e0 tous les troubles du <em>post-partum<\/em>&nbsp;: du \u00ab&nbsp;<em>baby-blues<\/em>&nbsp;\u00bb banal, \u00e0 la psychose puerp\u00e9rale en passant par la d\u00e9pression post-natale s\u00e9v\u00e8re, il s\u2019agit de la manifestation de cette identit\u00e9 vol\u00e9e en \u00e9clat, et des tentatives pour y survivre, en mettant en place des syst\u00e8mes d\u00e9fensifs qui vont \u00e0 leur tour \u00eatre invalidants. Tout cela traduit le bouleversement et l\u2019impossibilit\u00e9, ou la difficult\u00e9, du psychisme \u00e0 se r\u00e9organiser pour faire face aux nouveaux aspects de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: c\u2019est la d\u00e9finition m\u00eame du traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9actions de la m\u00e8re apr\u00e8s la naissance d\u2019un b\u00e9b\u00e9 peuvent \u00eatre envisag\u00e9es sous cet angle comme la traduction d\u2019un bouleversement de l\u2019organisation psychique. Cette transformation est une v\u00e9ritable mutation psychique li\u00e9e au saut dans l\u2019inconnu que repr\u00e9sente l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un b\u00e9b\u00e9. Mais, lors d\u2019un saut dans l\u2019inconnu on va mobiliser aussi tous les moyens d\u00e9fensifs que l\u2019on a \u00e0 sa disposition&nbsp;: pens\u00e9e magique, recours \u00e0 des principes, rigidit\u00e9, garde-fou, structures pr\u00e9-pens\u00e9es en fonction des d\u00e9fenses et non des besoins internes. Je parle ici de la naissance dite normale, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 terme et sans probl\u00e8me&nbsp;: on n\u2019a pas de mal \u00e0 y rajouter le poids du traumatisme d\u2019une naissance pathologique, pr\u00e9matur\u00e9e par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>traumatisme<\/em> d\u00e9fini par Laplanche et Pontalis<sup>7<\/sup> est un \u00ab&nbsp;\u00e9v\u00e9nement de la vie du sujet qui se d\u00e9finit par son intensit\u00e9, l\u2019incapacit\u00e9 o\u00f9 se trouve le sujet d\u2019y r\u00e9pondre ad\u00e9quatement, le bouleversement et les effets pathog\u00e8nes durables qu\u2019il provoque dans l\u2019organisation psychique. Il se caract\u00e9rise par un afflux d\u2019excitations qui est excessif relativement \u00e0 la tol\u00e9rance du sujet et sa capacit\u00e9 de ma\u00eetriser et d\u2019\u00e9laborer psychiquement ces excitations&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les r\u00e9actions de la m\u00e8re<\/em> sont la traduction d\u2019un d\u00e9bordement de son organisation psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les aspects nouveaux externes peuvent alors faire l\u2019objet de diff\u00e9rentes formes de d\u00e9ni pour que puisse \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e la survie de la construction psychique interne.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Dans les formes cliniques extr\u00eames des psychoses puerp\u00e9rales, cela peut aller jusqu\u2019\u00e0 la construction d\u2019un d\u00e9lire qui vient prendre la place de cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 incluant le b\u00e9b\u00e9.<\/li><li>Dans les formes psychopathiques, le lien avec la r\u00e9alit\u00e9 sera maintenu mais toutes les formes de rejet actif du b\u00e9b\u00e9, de la maltraitance \u00e0 l\u2019abandon, manifesteront l\u2019incapacit\u00e9 de la m\u00e8re \u00e0 concevoir le b\u00e9b\u00e9 comme un \u00eatre dont il faut prendre soin.<\/li><li>Il est enfin de multiples situations cliniques o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 devient le support des projections de la m\u00e8re dans un renversement de la relation de d\u00e9pendance ayant une fonction de d\u00e9ni.<\/li><li>Dans les situations moins pathologiques, ou consid\u00e9r\u00e9es comme normales, les sentiments de responsabilit\u00e9, de d\u00e9bordement, d\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e0 la hauteur de la t\u00e2che, d\u2019enfermement et de solitude, avec des degr\u00e9s variant de l\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 la panique, sont une constante des th\u00e8mes abord\u00e9s par les jeunes m\u00e8res. Ils sont l\u2019expression des r\u00e9actions \u00e0 l\u2019impact de la d\u00e9pendance.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Pourquoi m\u2019appesantir tellement sur ces points, peut-\u00eatre de simple \u00e9vidence&nbsp;? Simplement pour rappeler que lorsque nous recevons des jeunes parents (peu importe leur \u00e2ge r\u00e9el, en tant que parents ils ont l\u2018\u00e2ge de leur b\u00e9b\u00e9), nous avons affaire \u00e0 des personnes traversant une crise d\u2019identit\u00e9 majeure, venant de vivre un bouleversement d\u2019une extr\u00eame violence. La prise en consid\u00e9ration de cet aspect traumatique nous am\u00e8ne alors, lorsque nous recevons de jeunes parents, \u00e0 estimer l\u2019aspect de crise psychique comme majeur&nbsp;: <em>la clinique de la naissance de la famille, ainsi con\u00e7ue, s\u2019apparente \u00e0 une clinique post-traumatique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">IV \u2013 Paradoxe de la parentalit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Th. Benedek<sup>8<\/sup> parle d\u00e8s 1949 de la <em>parentalit\u00e9 comme \u00ab&nbsp;nouvelle phase de d\u00e9veloppement<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: tout faire pour son b\u00e9b\u00e9 pourra entra\u00eener la m\u00e8re \u00e0 \u00ab&nbsp;en rajouter&nbsp;\u00bb dans sa responsabilit\u00e9, en ne lui laissant plus la possibilit\u00e9, ou en ne le pensant plus capable de se d\u00e9brouiller seul pour quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis devenue peureuse, alors qu\u2019avant je n\u2019avais peur de rien&nbsp;\u00bb est le t\u00e9moignage de nombreuses femmes \u00e0 partir de la maternit\u00e9. La peur de faire du mal au b\u00e9b\u00e9, ou qu\u2019\u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb lui fasse du mal, traduit l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde devenu dangereux du fait de la perception de sa d\u00e9pendance et de la responsabilit\u00e9 totale de la m\u00e8re dans sa mission de le prot\u00e9ger. Les situations, \u00e9galement courantes, de peur d\u2019oublier le b\u00e9b\u00e9, ou de lui faire du mal peuvent aller jusqu\u2019\u00e0 des phobies d\u2019impulsion tr\u00e8s impressionnantes pour les parents.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9couverte brutale du croisement de la d\u00e9pendance du b\u00e9b\u00e9 et de la responsabilit\u00e9 parentale ouvre sur <em>la terreur d\u2019un pouvoir de vie et de mort&nbsp;: les phobies d\u2019impulsion<\/em> traduisent le choc de cette d\u00e9couverte, beaucoup plus qu\u2019une agressivit\u00e9 inconsciente vis-\u00e0-vis du b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cas de phobies d\u2019impulsion que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 traiter se sont trouv\u00e9s rapidement r\u00e9solus par le travail sur la terreur et le sentiment d\u2019une responsabilit\u00e9 exacerb\u00e9e par la perception d\u2019une d\u00e9pendance extr\u00eame. <em>Montrer aux parents<\/em> que ce qu\u2019ils prennent eux-m\u00eames pour incomp\u00e9tence ou agressivit\u00e9 inconsciente est en r\u00e9alit\u00e9 une preuve d\u2019amour excessive, d\u00e9form\u00e9e par leur angoisse de \u00ab&nbsp;mal faire&nbsp;\u00bb, d\u00e9tourn\u00e9e en \u00ab&nbsp;faire du mal&nbsp;\u00bb, permet de leur restituer une confiance en eux-m\u00eames. Se croyant trop mauvais, ils se d\u00e9couvrent trop bons, ce qui est plus facile sur le plan narcissique. Il est aussi utile pour le clinicien de se souvenir que, quelle que soit la pathologie de la famille ou de la personne, nous avons affaire \u00e0 une surcharge du fait du traumatisme de la naissance en tant que parent, et que la pathologie est la norme \u00e0 cette p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela suppose de <em>ne pas chercher du c\u00f4t\u00e9 de la haine inconsciente<\/em>, ce qui dans ces conditions me para\u00eet contre-indiqu\u00e9<sup>9<\/sup> (de m\u00eame que dans les r\u00eaves des femmes enceintes que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9s plus haut), mais de s\u2019appuyer sur l\u2019observation des manifestations spontan\u00e9es du b\u00e9b\u00e9, en particulier sur ses possibilit\u00e9s d\u2019action autonome, et de les montrer aux parents.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat du travail conjoint parent-b\u00e9b\u00e9 est de pouvoir utiliser la sc\u00e8ne agie entre les protagonistes comme une sc\u00e8ne fantasmatique suscitant des associations et un mat\u00e9riel porteur de sens. Cela suppose que th\u00e9rapeute et parents puissent regarder ensemble le b\u00e9b\u00e9 avec attention et que les parents \u00e9tayent leur capacit\u00e9 d\u2019observation sur celle du clinicien et les d\u00e9veloppent.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quadrature du cercle de la parentalit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Selon mes propres conceptions<sup>10<\/sup>, l\u2019entr\u00e9e dans le processus de parentalit\u00e9 concerne en premier lieu l\u2019\u00e9laboration et la transformation de ces premiers ressentis de terreur et l\u2019acceptation de la d\u00e9pendance absolue du b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 2<sup>\u00e8me<\/sup> aspect, signe la \u00ab&nbsp;mission impossible&nbsp;\u00bb de la parentalit\u00e9, car cette acceptation de la d\u00e9pendance doit s\u2019accompagner, dans le m\u00eame temps, de la reconnaissance des possibilit\u00e9s autonomes du b\u00e9b\u00e9&nbsp;: il s\u2019agit \u00e0 nouveau d\u2019une confrontation paradoxale.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, <em>\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de sa grande d\u00e9pendance, le b\u00e9b\u00e9 a d\u00e8s le d\u00e9but des secteurs o\u00f9 il peut se d\u00e9brouiller seul<\/em>&nbsp;: ils se d\u00e9velopperont durant sa croissance psychique, c\u2019est-\u00e0-dire tout au long de sa vie. Mais, on ne peut penser qu\u2019il y aurait d\u2019abord un temps de d\u00e9pendance exclusive, pour ensuite voir advenir l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019activit\u00e9. Les deux sont pr\u00e9sents d\u00e8s le d\u00e9but, dans des proportions qui \u00e9volueront vers davantage d\u2019ind\u00e9pendance. Encore faut-il que la notion \u00ab&nbsp;d\u2019ind\u00e9pendance&nbsp;\u00bb ait \u00e9t\u00e9 reconnue comme fonction et soutenue dans son d\u00e9veloppement. Il n\u2019y a pas un temps \u00ab&nbsp;x&nbsp;\u00bb o\u00f9 cela va pouvoir commencer, c\u2019est pr\u00e9sent d\u00e9s le d\u00e9but&nbsp;: ainsi, le nouveau-n\u00e9 qui t\u00eate sa l\u00e8vre dans son sommeil met en place, de fa\u00e7on autonome, un m\u00e9canisme qui lui permet de continuer \u00e0 dormir. Si quelqu\u2019un faisait cela pour lui, ce serait dommageable car cela handicaperait gravement la construction de cette fonction et la construction parall\u00e8le de son image de lui, son identit\u00e9 profonde, li\u00e9e \u00e0 la confiance qu\u2019il peut avoir en lui-m\u00eame et en ses propres capacit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la maman de Sandra n\u2019en peut plus, elle est \u00e9puis\u00e9e par les soins continus qu\u2019exige son b\u00e9b\u00e9 de 2 mois&nbsp;; elle ne sait plus quoi faire pour l\u2019\u00e9veiller, se transforme en superproductrice de spectacles, mais s\u2019\u00e9puise, ne trouve plus rien \u00e0 faire ni \u00e0 dire. Tout est devenu si lourd qu\u2019elle n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 se coucher d\u00e8s que Sandra est couch\u00e9e, \u00e0 la confier en cr\u00e8che et \u00e0 reprendre son travail, mille fois moins fatigant que celui de maman. La maman dont tout d\u00e9pend ne se sent plus \u00e0 la hauteur de cette tache&nbsp;: elle a mal au dos, des crampes dans les bras, ne peut plus sortir seule, ni accomplir seule les taches dont elle s\u2019\u00e9tait fait une joie avant la naissance (habiller Sandra, la nourrir\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne s\u2019all\u00e8gera consid\u00e9rablement lorsque nous comprendrons qu\u2019elle s\u2019\u00e9puise \u00e0 produire des spectacles de plus en plus int\u00e9ressants pour Sandra, dans l\u2019id\u00e9e que Sandra ne peut les produire elle-m\u00eame. La d\u00e9couverte que Sandra peut aussi \u00eatre active par elle-m\u00eame et s\u2019int\u00e9resser \u00e0 sa propre activit\u00e9 plus qu\u2019aux performances de l\u2019objet, lui permettra de voir une force et une solidit\u00e9 inconnues chez son b\u00e9b\u00e9&nbsp;: elle pourra ainsi lui faire davantage confiance, et du m\u00eame coup restaurer sa confiance en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mamans terrifi\u00e9es et hyper-anxieuses vont consid\u00e9rer que le b\u00e9b\u00e9 ne peut rien r\u00e9aliser sans elles et <em>confondre toute difficult\u00e9 ou toute frustration du b\u00e9b\u00e9 avec une manifestation de souffrance<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La maman de Carole est hyper-anxieuse. Elle consid\u00e8re que son b\u00e9b\u00e9 ne peut rien r\u00e9aliser sans elle et elle veut lui \u00e9pargner toute souffrance, mais aussi toute difficult\u00e9 ou toute frustration, et m\u00eame tout effort, confondu pour elle avec une souffrance. Carole est ainsi devenue experte dans l\u2019art de faire bouger sa m\u00e8re. Elle est tr\u00e8s passive, ne prend pas les objets, ne joue pas avec ses mains et, \u00e0 6 mois, ne manifeste aucune vell\u00e9it\u00e9 pour s\u2019asseoir, ni pour bouger ou se d\u00e9placer d\u2019aucune fa\u00e7on. Lorsqu\u2019elle est mise assise et souhaite changer de position, elle se laisse simplement couler sur le c\u00f4t\u00e9 et attend que sa m\u00e8re l\u2019installe dans une meilleure position. Sa maman avait arr\u00eat\u00e9 de travailler pour s\u2019occuper d\u2019elle&nbsp;: avec ce syst\u00e8me, elle est occup\u00e9e \u00e0 temps plein et au-del\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil de nos rendez-vous, elle apprend \u00e0 se rendre compte de ce qu\u2019elle agit elle-m\u00eame, et \u00e0 voir ce que fait son b\u00e9b\u00e9. Elle commence \u00e0 pouvoir laisser un temps de latence avant d\u2019intervenir, et nous voyons Carole commencer \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qu\u2019elle fait elle-m\u00eame. Elle d\u00e9pend moins des spectacles de hochets, nounours etc. que sa m\u00e8re organisait pour elle en permanence.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous d\u00e9couvrons que leur vie est jalonn\u00e9e de rituels complexes qui occupent tout le temps de la maman. Ainsi, elle endort Carole, lui entourant la t\u00eate de certaines peluches, recouvertes d\u2019un lange doudou, qu\u2019elle frotte sur son nez. La maman m\u2019explique ce rituel au cours d\u2019une s\u00e9ance o\u00f9 Carole a manifestement sommeil. Elle attrape une peluche faisant partie du mat\u00e9riel des s\u00e9ances, la frotte sur son nez et la rejette avec un hurlement de rage. La maman est catastroph\u00e9e et \u00e9cras\u00e9e de culpabilit\u00e9 de n\u2019avoir pas pris ses peluches habituelles sans lesquelles elle pense qu\u2019elle ne pourra parvenir \u00e0 l\u2019endormir. Mais nous remarquons, et je le commente, que Carole a attrap\u00e9 un autre jouet, un cube en mousse molle recouvert de tissu. Il semble mieux convenir et elle le frotte sur son nez en fermant les yeux. La maman comprend alors avec mon aide que Carole a la capacit\u00e9 autonome de s\u2019endormir&nbsp;: elle cherche activement \u00e0 reconstituer ses conditions minimales habituelles, qui lui permettront de s\u2019endormir en trouvant un objet aux caract\u00e9ristiques tactiles similaires \u00e0 celles de ses peluches d\u2019endormissement. Elle n\u2019a nul besoin que sa m\u00e8re \u00ab&nbsp;l\u2019endorme&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle est dans une \u00ab&nbsp;prison dor\u00e9e&nbsp;\u00bb o\u00f9 tous ses d\u00e9sirs sont satisfaits avant m\u00eame d\u2019\u00eatre exprim\u00e9s. Elle n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 renoncer, y compris \u00e0 les ressentir, et s\u2019en remettre \u00e0 sa m\u00e8re pour toute satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est <em>un cercle vicieux qui s\u2019installe tr\u00e8s vite<\/em>, car la passivit\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 renforce la m\u00e8re dans l\u2019illusion qu\u2019elle est indispensable, et son b\u00e9b\u00e9 incapable. De fait il le deviendra vite car c\u2019est toute sa construction psychique qui sera ainsi entrav\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Devenir parent suppose donc de pouvoir faire en m\u00eame temps une chose<\/em>&nbsp;: percevoir et accepter la d\u00e9pendance, ce qui va dans le sens du <em>holding<\/em>, \u00ab&nbsp;tenir&nbsp;\u00bb, et son contraire, percevoir et encourager l\u2019ind\u00e9pendance, ce qui va dans le sens de \u00ab&nbsp;l\u00e2cher&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 nouveau <em>un paradoxe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9soudre le paradoxe de la double composante indispensable pour le b\u00e9b\u00e9, d\u2019un objet qui \u00e0 la fois tienne et s\u2019offre \u00e0 \u00eatre tenu, passe par le regard et l\u2019articulation des exp\u00e9riences de tenu\/l\u00e2ch\u00e9 en continu dans les \u00e9changes relationnels entre les deux partenaires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attention port\u00e9e \u00e0 l\u2019autre permet d\u2019ajuster le l\u00e2chage au moment o\u00f9 l\u2019enfant est pr\u00eat \u00e0 se saisir lui-m\u00eame. <em>L\u2019attention est ce qui permet de l\u00e2cher sans l\u00e2cher<\/em>, de l\u00e2cher tout en continuant \u00e0 tenir. C\u2019est l\u2019attention qui permet de maintenir un lien souple et s\u00fbr et permet l\u2019articulation dans un rythme souple et ajust\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y a pas d\u2019intrusion, d\u2019invasion de l\u2019espace de l\u2018autre, pas de contention.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela suppose que le partenaire de la relation soit pr\u00e9sent et actif sur un mode particulier&nbsp;: \u00eatre actif \u00e9motionnellement et psychiquement ne signifie pas obligatoirement agir. Il faut pour cela que la m\u00e8re soit suffisamment solide pour ne pas avoir besoin d\u2019\u00eatre tenue par le b\u00e9b\u00e9 dans un renversement des r\u00f4les. Suffisamment \u00ab&nbsp;hors d\u00e9pression&nbsp;\u00bb, comme on dit \u00ab&nbsp;hors d\u2019eau&nbsp;\u00bb, car si on se noie soi-m\u00eame et si on ne sait pas nager on ne peut porter secours \u00e0 personne. La capacit\u00e9 indispensable de l\u2019objet est donc de participer activement sur un plan interne \u00e9motionnel, qui va constituer le guide de ces \u00e9changes rythmiques s\u2019apparentant \u00e0 une danse et une musique op\u00e9rant comme un fil continu entre m\u00e8re et b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019attention permet de r\u00e9soudre le paradoxe de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre actif sans action<\/em><sup>11<\/sup> et d\u2019\u00e9viter le recours \u00e0 des objets-proth\u00e8ses permettant le d\u00e9placement de la confiance manquante dans ses propres capacit\u00e9s et qui constituent de v\u00e9ritables entraves au d\u00e9veloppement de cette nouvelle phase du psychisme. Matelas de bain, <em>baby relax<\/em>, si\u00e8ges en tout genre\u2026 \u00e9vitent l\u2019angoisse des parents, par exemple de laisser le b\u00e9b\u00e9 se noyer, mais ne lui permettent pas de faire cette mutation psychique qui permet de prendre confiance dans les capacit\u00e9s du b\u00e9b\u00e9 et dans les siennes propres en tant que parents&nbsp;; probl\u00e9matique s\u00e9curitaire d\u2019entrave \u00e0 l\u2019autonomie et de d\u00e9responsabilisation que l\u2019on voit se poursuivre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019adolescence<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">V \u2013 Sur le plan intrapsychique<\/h2>\n\n\n\n<p>Je vais m\u2019appuyer sur les r\u00e9cents d\u00e9veloppements qu\u2019a propos\u00e9s Julia Kristeva \u00e0 travers le concept de reliance<sup>13<\/sup>&nbsp;: cette conception d\u2019un \u00e9rotisme maternel sp\u00e9cifique issu de l\u2019exp\u00e9rience de la maternit\u00e9, permet un \u00e9clairage et un approfondissement de mes propres propositions<sup>14<\/sup>. Sur le plan intrapsychique, la proposition de reliance, nous permet de pr\u00e9ciser que la m\u00e8re est confront\u00e9e \u00e0 une <em>modification de son \u00e9conomie pulsionnelle qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9ployer un \u00e9rotisme sp\u00e9cifique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Julia Kristeva parle dans l\u2019exp\u00e9rience de la maternit\u00e9 d\u2019une \u00ab&nbsp;fulgurance&nbsp;\u00bb, d\u2019un \u00ab&nbsp;surgissement&nbsp;\u00bb, d\u2019une \u00ab&nbsp;saisie imm\u00e9diate&nbsp;\u00bb qui correspond \u00e0 ce que je traite comme traumatisme et d\u00e9bordement par le paradoxe, c\u2019est-\u00e0-dire les aspects profond\u00e9ment contradictoires de l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019\u00e9nergie sous-tendant la reliance est ancr\u00e9e dans le clivage originaire. Elle d\u00e9finit \u00ab&nbsp;<em>une \u00e9conomie sp\u00e9cifique de la pulsion<\/em>&nbsp;\u00bb, non pas classiquement con\u00e7ue comme pulsion inhib\u00e9e quant au but (\u00ab&nbsp;ni refoulement ni sublimation&nbsp;\u00bb nous dit Julia Kristeva), mais \u00ab&nbsp;contre-investie en repr\u00e9sentation psychique, fix\u00e9e donc en inscriptions&nbsp;\u00bb. Cela ancrerait ainsi le maternel dans les tous d\u00e9buts de l\u2019exp\u00e9rience de vie et de l\u2019organisation pulsionnelle. Une part de la violence de cette exp\u00e9rience r\u00e9side ainsi dans le surgissement d\u2019aspects du fonctionnement somato-psychique li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;inconscient non refoul\u00e9<sup>15<\/sup>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;m\u00e9moire amn\u00e9sique&nbsp;\u00bb des psychanalystes. \u00ab&nbsp;Exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;passion&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;irr\u00e9ductible \u00e0 une fonction symbolique comme l\u2019est la fonction paternelle,&nbsp;\u00bb elle comporte \u00ab&nbsp;naturellement&nbsp;\u00bb nous dit Julia Kristeva, le vide et l\u2019effondrement. Cette travers\u00e9e du vide et de l\u2019effondrement, \u00e0 la fois v\u00e9cu et tentation, r\u00e9sulte, selon mon propre \u00e9clairage, de la violence de la confrontation entre des extr\u00eames, qui entraine un rev\u00e9cu des exp\u00e9riences originaires en termes d\u2019\u00eatre tenu ou \u00eatre l\u00e2ch\u00e9<sup>16<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour survivre, il est n\u00e9cessaire de les faire coexister, de les relier, \u00e0 l\u2019aide de ce que Julia Kristeva montre bien comme une force pulsionnelle vitale, une \u00ab&nbsp;vocation&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019investissement de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence de la vie. La m\u00e9taphore du <em>stabat mater<\/em> qu\u2019elle utilise illustre cette fonction maternelle essentielle de tenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rajouterai l\u2019hypoth\u00e8se que le maternel fait <em>retrouver de fa\u00e7on traumatique<\/em>, dans une r\u00e9gression et une identification tr\u00e8s profonde avec le b\u00e9b\u00e9, <em>le versant instinct et attachement du pulsionnel des origines<\/em>, avant qu\u2019il ne se pulsionnalise et se sexualise<sup>17<\/sup>. Cette plong\u00e9e r\u00e9gressive dans les premiers temps de la construction psychique, balayant les acquis d\u00e9veloppementaux, peut \u00eatre une source interne de terreur sans nom et conduire \u00e0 une sexualisation d\u00e9fensive de l\u2018investissement de l\u2019objet-b\u00e9b\u00e9 lorsque le circuit pulsionnel s\u2019emballe en \u00ab&nbsp;libido d\u2019amante&nbsp;\u00bb, sur le mode \u00e9rotique d\u00e9j\u00e0 connu et disponible&nbsp;: c\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se que je ferais pour les moments de d\u00e9charge orgastique au moment de l\u2019allaitement<sup>18<\/sup> v\u00e9cus par certaines m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore une fois c\u2019est un paradoxe, car il ne s\u2019agit pas selon moi d\u2019un rapprochement trop grand qui se sexualiserait, contrairement \u00e0 ce que les apparences et la culpabilit\u00e9 des femmes vivant cette exp\u00e9rience, pourraient laisser entendre. Au contraire cela repr\u00e9sente une mise \u00e0 distance de cette \u00e9tranget\u00e9 profond\u00e9ment r\u00e9gressive et de l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 de la fulgurance de la fusion corporelle avec le b\u00e9b\u00e9 dans le corps \u00e0 corps de l\u2019allaitement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agirait alors de prendre des voies connues (la sexualisation dans la d\u00e9charge orgastique) plut\u00f4t que de risquer d\u2019\u00eatre happ\u00e9e dans la r\u00e9gression d\u2019une d\u00e9sorganisation psychique qui ram\u00e8nerait \u00e0 la pr\u00e9histoire de l\u2019organisation pulsionnelle<sup>19<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Se situer dans une perspective de clinique post-traumatique et dans les al\u00e9as et difficult\u00e9s de la reliance <em>a des cons\u00e9quences importantes sur le plan de la clinique de la parentalit\u00e9<\/em>. Deux aspects me semblent essentiels dans l\u2019abord th\u00e9rapeutique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tout d\u2019abord reconna\u00eetre, nommer, et aider les patientes <em>\u00e0 reconna\u00eetre et nommer le sens du traumatisme et de la terreur<\/em> que suscite l\u2019exp\u00e9rience de la confrontation \u00e0 la d\u00e9pendance. Le plus souvent cela n\u2019appara\u00eet pas spontan\u00e9ment sous cette forme et fait l\u2019objet d\u2019un refoulement, d\u2019un d\u00e9placement, voire d\u2019un d\u00e9ni. Ce travail de reconnaissance apporte un soulagement imm\u00e9diat et ouvre la voie \u00e0 une analyse des modalit\u00e9s d\u00e9fensives contre ces affects \u00e9prouv\u00e9s et r\u00e9prim\u00e9s ou effac\u00e9s\u00a0: dans les termes propos\u00e9s par Kristeva, cela ouvre le champ au travail de la reliance. Chez une maman qui \u00ab\u00a0n\u2019a pas senti ce dont parlent les autres femmes, ce grand \u00e9lan de tendresse, non juste l\u2019angoisse<sup>20<\/sup>\u00a0\u00bb, pr\u00e9domine, selon moi, la terreur non reconnue comme telle\u00a0: la solution de cette \u00ab\u00a0m\u00e8re au sac vide\u00a0\u00bb, froide et peu contenante, a \u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0vider son sac\u00a0\u00bb de tout affect pour effacer ces affects de terreur impossibles \u00e0 relier.<\/li><li>La perception des capacit\u00e9s du b\u00e9b\u00e9 diminue l\u2019angoisse suscit\u00e9e par sa d\u00e9pendance. <em>L\u2019observation attentive<\/em> du b\u00e9b\u00e9 est ici essentielle<sup>21<\/sup>\u00a0; elle suppose de pouvoir suspendre la tendance \u00e0 l\u2019action\/r\u00e9action en \u00e9tayage sur la capacit\u00e9 d\u2019observation du th\u00e9rapeute qui va lui-m\u00eame suspendre sa tendance \u00e0 la r\u00e9action interpr\u00e9tative. L\u2019\u00e9tayage dans la relation transf\u00e9rentielle permet la remise en route du circuit  pulsionnel entrav\u00e9 dans sa fonction de reliance et de supporter et \u00e9laborer l\u2019impact de la violence des paradoxes dans l\u2019exp\u00e9rience de la maternit\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote\">\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol class=\"wrapper-children-grnote\">\n<li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>L\u2019ombre du maternel<\/em>, Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse, N\u00b05, 2011<\/li>\n<li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Winnicott, \u00ab&nbsp;La pr\u00e9occupation maternelle primaire&nbsp;\u00bb, 1956, in&nbsp;<em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Payot, 1980, pp. 168-175.<\/li>\n<li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Renaud, \u00ab&nbsp;en cloque&nbsp;\u00bb (1983).<\/li>\n<li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ricchard E. Jones\/ Kristin H. Lopez,&nbsp;<em>Human reproductive biology<\/em>, Elsevier<\/li>\n<li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-titre\">R. Prat, \u00ab&nbsp;Le miroir de la d\u00e9pendance ou le traumatisme de la naissance vu du c\u00f4t\u00e9 des parents&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Devenir<\/em>, Vol. 8, N\u00b0 4 1996, pp. 7-21<\/li>\n<li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\">C\u2019est dans cette perspective que j\u2019avais donn\u00e9 comme titre \u00e0 mon livre \u00ab&nbsp;Responsable pas coupable&nbsp;\u00bb avant qu\u2019il ne devienne \u00ab&nbsp;Maman-b\u00e9b\u00e9&nbsp;: duo ou duel&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00c9r\u00e8s (2008).<\/li>\n<li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Laplanche et J.B. Pontalis,&nbsp;<em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>, p. 499 1981.<\/li>\n<li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Therese F. Benedek, \u00ab&nbsp;Parenthood as a developmental phase&nbsp;: a contribution to the libido theory&nbsp;\u00bb in&nbsp;<em>Journal of the American Psychoanalytic Association<\/em>, vol. 7, n\u00b0 3 (1959)<\/li>\n<li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\">A la diff\u00e9rence du travail analytique individuel, le travail en th\u00e9rapie conjointe vise \u00e0 r\u00e9tablir des conditions suffisantes de fonction maternelle pour que le b\u00e9b\u00e9 trouve un environnement n\u2019entravant pas son d\u00e9veloppement&nbsp;: il y a une v\u00e9ritable contradiction d\u2019int\u00e9r\u00eats et une urgence du timing d\u00e9veloppemental qu\u2019on ne peut ignorer.<\/li>\n<li id=\"no10\" class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Prat, (2008),&nbsp;<em>Maman-b\u00e9b\u00e9&nbsp;: duo ou duel&nbsp;?<\/em> \u00c9r\u00e8s.<\/li>\n<li id=\"no11\" class=\"note renvoi-in-alinea\">La r\u00e9f\u00e9rence aux id\u00e9es d\u00e9fendues par Emmi Pikler, sur le r\u00f4le fondamental de l\u2019activit\u00e9 spontan\u00e9e du b\u00e9b\u00e9 dans son d\u00e9veloppement psychique, mises en application \u00e0 la pouponni\u00e8re hongroise de L\u00f3czy est ici tr\u00e8s utile. Voir E.Pikler&nbsp;: \u00ab&nbsp;se mouvoir en libert\u00e9 d\u00e9s le premier \u00e2ge&nbsp;\u00bb PUF 1979, et association Pikler-L\u00f3czy France&nbsp;<a id=\"l2\" style=\"font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;\" href=\"http:\/\/www.pikler.fr\/\">www.pikler.fr<\/a><\/li>\n<li id=\"no12\" class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Prat avec Cossart, Marie, Gariel-Bataille, Sophie, \u00ab&nbsp;La pr\u00e9carit\u00e9 psychique&nbsp;\u00bb in Delion, P. (dir.). &#8211;&nbsp;<em>La m\u00e9thode d\u2019observation des b\u00e9b\u00e9s selon Esther Bick&nbsp;: la formation et les applications pr\u00e9ventives et th\u00e9rapeutiques<\/em>, Er\u00e8s 2008, pp. 153.<\/li>\n<li id=\"no13\" class=\"note renvoi-in-alinea\">J. Kristeva, La reliance ou de l\u2019\u00e9rotisme maternel, conf\u00e9rence et film&nbsp;;&nbsp;<a id=\"l3\" style=\"font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;\" href=\"http:\/\/www.kristeva.fr\/\">www.kristeva.fr<\/a><\/li>\n<li id=\"no14\" class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Prat (2011), M\u00e8re terrifiante ou m\u00e8re terrifi\u00e9e&nbsp;? La terreur de la d\u00e9pendance comme exp\u00e9rience fondatrice du maternel, Bulletin de la SPP n\u00b099, Avril\/Mai 2011.<\/li>\n<li id=\"no15\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Mancia, Mauro, \u00ab&nbsp;M\u00e9moire implicite et inconscient pr\u00e9coce non refoul\u00e9&nbsp;: leur r\u00f4le dans le transfert et dans le r\u00eave&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse 2007, vol. 71, n\u00b0 2, pp. 369-388.<\/em><\/li>\n<li class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Prat, \u00ab&nbsp;La pr\u00e9histoire de la vie psychique&nbsp;: son devenir et ses traces dans l\u2019op\u00e9ra de la rencontre et le processus th\u00e9rapeutique&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, N\u00b01 2007<\/li>\n<li class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Prat, P. Isra\u00ebl (2011), \u00ab&nbsp;Aux limites d\u2019\u00eatre&nbsp;: points de vue d\u00e9veloppemental et m\u00e9tapsychologique, perspectives th\u00e9rapeutiques&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, avril 2011, t. 2.<\/li>\n<li class=\"note renvoi-in-alinea\">Von Sydow Kirsten, \u00ab Sexuality During Pregnancy and After Childbirth : A Metacontent Analysis of 59 Studies \u00bb, Journal of Psychosomatic Research, 47, n\u00b01, (1999), pp. 27-49.<\/li>\n<li class=\"note renvoi-in-alinea\">P. Israel et R. Prat, \u00ab&nbsp;Aux limites d\u2019\u00eatre&nbsp;: point de vue d\u00e9veloppemental et m\u00e9tapsychologique, perspectives th\u00e9rapeutiques&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 2\/2011.<\/li>\n<li class=\"note renvoi-in-alinea\">C. Anzieu, exemple clinique de R\u00e9mi cit\u00e9 dans son rapport lors du 71<sup class=\"exposant\" style=\"color: initial; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;\">\u00e8me<\/sup>&nbsp;CPLF, Juin 2012, Paris.<\/li>\n<li class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Prat, \u00ab&nbsp;Le temps de voir, le temps de penser&nbsp;: th\u00e9rapies m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 et observation&nbsp;\u00bb, in Perez Sanchez M, \u00ab&nbsp;L\u2019autonomie des b\u00e9b\u00e9s meyzieu&nbsp;\u00bb c\u00e9sura 1998, pp. 199-222 et devenir, vol. 12&nbsp;; n\u00b03&nbsp;; 2000, pp. 19-45.<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10761?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aborder le maternel nous place dans de multiples paradoxes qui font osciller les repr\u00e9sentations entre des points extr\u00eames&nbsp;: ainsi les figures de m\u00e8res terrifiantes ne manquent pas dans la litt\u00e9rature et la mythologie. L. 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