{"id":10759,"date":"2021-08-22T07:32:41","date_gmt":"2021-08-22T05:32:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/variations-psychanalytiques-sur-les-aventures-dharry-potter-2\/"},"modified":"2021-10-12T08:43:25","modified_gmt":"2021-10-12T06:43:25","slug":"variations-psychanalytiques-sur-les-aventures-dharry-potter","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/variations-psychanalytiques-sur-les-aventures-dharry-potter\/","title":{"rendered":"Variations psychanalytiques sur les aventures d&rsquo;Harry Potter"},"content":{"rendered":"\n<p>On pourrait parfois douter que les dragons du temps originaire soient vraiment morts jusqu\u2019au dernier<\/p>\n\n\n\n<p>S. Freud,\u00a0<em>L\u2019analyse avec fin et l\u2019analyse sans fin<\/em>\u00a0(1937)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa1\">Les sept tomes des Aventures de Harry Potter ont \u00e9t\u00e9 pour nous, avant toute autre chose, un grand plaisir de lecture. Puissent d\u00e8s lors nos constructions interpr\u00e9tatives ne pas enclore, \u00e0 la mani\u00e8re du placard de Privet Drive, le formidable potentiel de fantaisie sorci\u00e8re de l\u2019\u0153uvre de J.K. Rowling. Le succ\u00e8s magique de la saga de Harry Potter aupr\u00e8s des enfants de l\u2019\u00e2ge dit de latence et les jeunes adolescents (et, en particulier, parmi les enfants en souffrance psychique), mais aussi aupr\u00e8s d\u2019un certain nombre d\u2019adultes (dont quelques psychanalystes d\u2019enfants), nous invite \u00e0 essayer de comprendre ce qui le sous-tend, \u00e0 tenter de discerner ce qui, chez tous ces jeunes et moins jeunes, certes sans sous-estimer l\u2019effet de contagion d\u00e9multipli\u00e9 par les proc\u00e9d\u00e9s de marketing, a trouv\u00e9 un \u00e9cho particuli\u00e8rement attractif dans ce conte du 21<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa2\">Ce roman d\u2019adolescence peut \u00eatre envisag\u00e9, sur le plan d\u2019une r\u00e9flexion psychopathologique, selon plusieurs axes. Nous en envisagerons deux dans cet article. Tout d\u2019abord, les aventures de Harry et de ses compagnons pr\u00e9sentent une description m\u00e9taphorique d\u2019un ensemble de processus d\u00e9veloppementaux et d\u00e9fensifs susceptibles de prendre place \u00e0 l\u2019adolescence. Elles offrent une transposition, dans un univers magique, d\u2019une diversit\u00e9 de v\u00e9cus, sentiments, exp\u00e9riences, que peuvent \u00e9prouver au quotidien les adolescents d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;; en cette \u00ab&nbsp;famili\u00e8re \u00e9tranget\u00e9&nbsp;\u00bb r\u00e9side peut-\u00eatre une dimension de l\u2019attraction exerc\u00e9e sur des jeunes qui y retrouvent des parts d\u2019eux-m\u00eames, mais dans un contexte qui leur donne un relief nouveau. Dans cette perspective, l\u2019\u0153uvre romanesque de J.K. Rowling donne acc\u00e8s \u00e0 un espace transitionnel particuli\u00e8rement f\u00e9cond pour la transformation adolescente de l\u2019omnipotence infantile. L\u2019univers de la magie permet en effet le d\u00e9ploiement d\u2019une omnipotence paradoxale, dans la mesure o\u00f9 le fait d\u2019y acc\u00e9der implique d\u2019y renoncer partiellement&nbsp;: c\u2019est la fonction m\u00eame qu\u2019occupe l\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e9cole&nbsp;\u00bb de sorcellerie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa3\">Dans le cadre de cet article, nous envisagerons cependant surtout l\u2019\u0153uvre comme un r\u00e9cit clinique, en l\u2019analysant en tant que transposition romanesque d\u2019un processus d\u2019adolescence en lien avec un pass\u00e9 traumatique. A cet \u00e9gard, les personnages de Harry et de Lord Voldemort constituent deux versants compl\u00e9mentaires d\u2019une clinique du traumatisme transg\u00e9n\u00e9rationnel.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa4\">Pour la bonne compr\u00e9hension de ce qui suit par les lecteurs infortun\u00e9s qui n\u2019ont pas eu le privil\u00e8ge (et le temps) de lire la saga, nous commencerons par en proposer un bref synopsis qui ne respecte pas la chronologie des sept tomes, et, qui, en \u00e9liminant la complexit\u00e9 de la construction romanesque pour synth\u00e9tiser la structure de l\u2019intrigue, sacrifie la po\u00e9sie et la dimension mythique qui lui conf\u00e8re sa force d\u2019attraction.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa5\">Il \u00e9tait une fois un sorcier puissant et avide de domination absolue, Lord Voldemort, \u00e9liminant, avec l\u2019aide d\u2019un groupe de sorciers acquis \u00e0 sa cause, les \u00ab&nbsp;Mangemorts&nbsp;\u00bb, tout ce qui pouvait faire obstacle \u00e0 sa conqu\u00eate m\u00e9galomane, haineuse et violente du monde. Croyant \u00e0 une proph\u00e9tie annon\u00e7ant la naissance d\u2019un enfant seul capable de le d\u00e9truire, il tente de tuer ce b\u00e9b\u00e9, qui n\u2019est autre que Harry. Cette tentative \u00e9choue, du fait du sacrifice de la m\u00e8re de l\u2019enfant, Lily, qui en se laissant tuer par amour pour son&nbsp;b\u00e9b\u00e9, prot\u00e8ge celui-ci du mal&nbsp;: le sortil\u00e8ge meurtrier de Voldemort lui est renvoy\u00e9, laissant sur le front de Harry une cicatrice et c\u2019est lui-m\u00eame qui se retrouve r\u00e9duit \u00e0 une existence virtuelle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa6\">La saga commence au moment o\u00f9 Harry, orphelin h\u00e9berg\u00e9 par la s\u0153ur de sa m\u00e8re et son mari \u00ab&nbsp;moldu&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire non-sorcier), les Dursley, qui lui font vivre une existence triste et d\u00e9nu\u00e9e d\u2019amour et de tendresse, est admis \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Sorcellerie de Poudlard par son directeur, le professeur Albus Dumbledore, figure paternelle bienveillante qui accompagnera, non sans erreurs n\u00e9cessaires, le d\u00e9veloppement psychique de Harry.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa7\">Poudlard est organis\u00e9e en quatre \u00ab\u00a0maisons\u00a0\u00bb plus ou moins rivales (rivalit\u00e9s cens\u00e9es \u00eatre canalis\u00e9es par la comp\u00e9tition annuelle du sport \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb des sorciers, le Quiddich), entre lesquelles sont r\u00e9partis de mani\u00e8re magique (par le \u00ab\u00a0choixpeau\u00a0\u00bb magique) les \u00e9l\u00e8ves sorciers, en fonction de leur caract\u00e8re, de leurs motivations dans le \u00ab\u00a0devenir sorcier\u00a0\u00bb, et de leur ascendance. Au cours des sept tomes, qui correspondent aux sept ann\u00e9es d\u2019enseignement \u00e0 Poudlard, Harry va d\u00e9couvrir son histoire trans- g\u00e9n\u00e9rationnelle tandis que Voldemort recouvre progressivement sa puissance mal\u00e9fique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde des sorciers \u2013 qui c\u00f4toie secr\u00e8tement le monde \u00ab&nbsp;moldu&nbsp;\u00bb &#8211; se retrouve soumis \u00e0 l\u2019entreprise totalitaire de Voldemort et de ses sbires, auxquels s\u2019opposent Harry et ses amis, ainsi que Dumbledore et un petit nombre de sorciers \u00ab&nbsp;r\u00e9sistants&nbsp;\u00bb, tandis que la majorit\u00e9 silencieuse des sorciers et leurs gouvernants veulent ignorer ce qui est en train de se passer. Les affrontements se font de plus en plus violents au fil du temps, la d\u00e9solation et la d\u00e9sesp\u00e9rance gagnent du terrain, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019issue finale. Diverses histoires, personnages et sortil\u00e8ges se greffent sur cette trame dramatique pour produire un r\u00e9cit mythique plein de charme, d\u2019humour, de po\u00e9sie et \u2026 de magie&nbsp;: Hermione et Ron, les amis intimes de Harry&nbsp;; le professeur Rogue, personnage complexe, li\u00e9 par sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re de Harry dont il \u00e9tait \u00e9pris, mais dont on ne sait de qui il est r\u00e9ellement l\u2019alli\u00e9\u202f<sup>1<\/sup>&nbsp;; Hagrid, le g\u00e9ant d\u00e9bonnaire, la famille sympathique et chaleureuse de Ron, les Weasley&nbsp;; nombre de cr\u00e9atures mythiques, licornes, centaures, hippogriffes, dragons, g\u00e9ants \u2026&nbsp;; ainsi que quelques magnifiques cr\u00e9ations magiques de J.K. Rowling&nbsp;: outre les indispensables baguettes magiques et balais de sorciers, les \u00e9pouvantards, patronus, pensine, d\u00e9traqueurs, horcruxes \u2026 qui nous ont paru condenser de mani\u00e8re passionnante certaines dimensions centrales des processus psychiques de l\u2019adolescence&nbsp;; sans oublier les plantes et animaux imaginaires comme les mandragores, les sombrals, les scroutts \u00e0 p\u00e9tard\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Description m\u00e9taphorique d\u2019un ensemble de processus d\u00e9veloppementaux et d\u00e9fensifs susceptibles de prendre place \u00e0 l\u2019adolescence<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa9\">C\u2019est cet axe qu\u2019ont envisag\u00e9 de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e les auteurs qui se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre de J.K. Rowling dans une optique psychanalytique. Ainsi M. Simond (2001), \u00e9voquant la qu\u00eate identitaire de l\u2019adolescence, met en exergue deux \u00ab&nbsp;moments&nbsp;\u00bb particuliers dans le premier tome des aventures de Harry&nbsp;: l\u2019achat de sa baguette magique, et son \u00ab&nbsp;orientation&nbsp;\u00bb vers une \u00ab&nbsp;maison&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9cole de Poudlard par le \u00ab&nbsp;choixpeau magique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa10\">Dans l\u2019officine du fabricant de baguettes, Monsieur Ollivander, Harry d\u00e9couvre l\u2019existence d\u2019une \u00ab&nbsp;r\u00e9sonnance&nbsp;\u00bb entre chaque baguette et la personnalit\u00e9 de son futur propri\u00e9taire&nbsp;: cet \u00ab&nbsp;accordage&nbsp;\u00bb fait intervenir les baguettes de son p\u00e8re, de sa m\u00e8re et \u2026 de Voldemort, d\u00e9j\u00e0. La taille de la baguette, sa composition (essence de l\u2019arbre pour le corps de la baguette&nbsp;; composition magique de son c\u0153ur&nbsp;: plume de ph\u00e9nix, crin de licorne, ventricule de dragon, \u2026) sont importantes. Lorsque l\u2019alchimie est la bonne, la baguette se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 son ma\u00eetre, et le r\u00e9v\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Harry prit la baguette et sentit aussit\u00f4t une \u00e9trange chaleur se r\u00e9pandre dans ses doigts&nbsp;\u00bb. Mais cette r\u00e9v\u00e9lation en annonce une autre&nbsp;: \u00ab&nbsp;il est tr\u00e8s \u00e9trange que ce soit pr\u00e9cis\u00e9ment cette baguette qui vous ait convenu, car sa s\u0153ur n\u2019est autre que celle qui \u2026 vous a fait cette cicatrice au front<\/em>&nbsp;\u00bb, souligne le fabricant. Le choix de la baguette rel\u00e8ve tr\u00e8s clairement d\u2019une transmission transg\u00e9n\u00e9rationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa11\">La r\u00e9partition entre les quatre \u00ab&nbsp;maisons&nbsp;\u00bb de Poudlard introduit une autre dimension identitaire, celle du contrat narcissique (Aulagnier, 1975) et de l\u2019affiliation&nbsp;: lors de la c\u00e9r\u00e9monie qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en premi\u00e8re ann\u00e9e des nouveaux \u00e9l\u00e8ves \u00e0 Poudlard, chaque apprenti-sorcier doit poser sur sa t\u00eate le \u00ab&nbsp;choixpeau&nbsp;\u00bb magique qui, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un examen \u00ab&nbsp;psychique&nbsp;\u00bb, l\u2019attribue \u00e0 une \u00ab&nbsp;maison&nbsp;\u00bb, dont la tradition et les valeurs, port\u00e9es par chaque sous-groupe mais aussi d\u00e9termin\u00e9es en n\u00e9gatif par les autres sous-groupes, vont jouer un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement de l\u2019adolescent. Le terme \u00ab&nbsp;choixpeau&nbsp;\u00bb \u00e9voque \u00e9galement l\u2019id\u00e9e du choix d\u2019une peau (Anzieu, 1985), en particulier d\u2019une peau contenante groupale pour le processus d\u00e9veloppemental et les remaniements identitaires. La pression du contrat narcissique est implicite pour Harry d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019internat&nbsp;; il est d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre et est accueilli comme un h\u00e9ros puisque \u00e0 l\u2019\u00e2ge de un an il a vaincu le mage noir&nbsp;; son destin latent, sous-tendu par l\u2019ampleur du sacrifice de ses parents, est de devenir un grand sorcier pour abattre \u00e0 nouveau Voldemort.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa12\">M. Simond (2001), \u00e9voquant l\u2019apprentissage inh\u00e9rent au devenir-sorcier, souligne l\u2019importance que prennent deux \u00ab&nbsp;mati\u00e8res&nbsp;\u00bb et leurs enseignants&nbsp;: le cours de M\u00e9tamorphose, \u00e9vocateur des transformations de l\u2019adolescence&nbsp;; et le cours de D\u00e9fense contre les Forces du Mal, dans lequel on pourrait retrouver les figures des diff\u00e9rentes formes d\u2019identification projective et de contre-identification projective&nbsp;; de notre point de vue, il pourrait repr\u00e9senter \u00e9galement une voie symbolique de d\u00e9gagement des angoisses pers\u00e9cutives, d\u2019int\u00e9gration de la destructivit\u00e9 et d\u2019un mouvement vers l\u2019autonomie&nbsp;; en effet, dans le cinqui\u00e8me tome, pour lutter \u00e0 la fois contre Voldemort et contre le professeur Ombrage, femme phallique sadique et toute puissante qui a pris le pouvoir \u00e0 Poudlard, certains \u00e9l\u00e8ves, sous la direction de Harry, organisent eux-m\u00eames une association clandestine de d\u00e9fense contre les forces du mal, qu\u2019ils nomment \u00ab&nbsp;AD&nbsp;\u00bb &#8211; acronyme aussi de l\u2019\u00ab&nbsp;Arm\u00e9e de Dumbledore&nbsp;\u00bb&nbsp;; on peut y voir \u00e0 la fois un recours f\u00e9d\u00e9rateur \u00e0 une image paternelle protectrice contre une mauvaise m\u00e8re archa\u00efque terrifiante et l\u2019amorce d\u2019une prise d\u2019autonomie par rapport au p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa13\">En fait, chaque tome met en sc\u00e8ne une s\u00e9rie d\u2019enjeux et d\u2019\u00e9preuves qui jalonnent le d\u00e9veloppement des adolescents et symbolisent des \u00e9tapes du travail psychique \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;: r\u00e9duction des clivages, affrontement et int\u00e9gration de la destructivit\u00e9, \u00e9laboration de la rivalit\u00e9, construction identitaire et autonomisation. Chaque tome pourrait faire en lui-m\u00eame l\u2019objet d\u2019un article. Nous reprendrons seulement \u00e0 titre exemplatif le deuxi\u00e8me volume de la saga,&nbsp;<em>La chambre des secrets<\/em>. Harry et ses amis, Ron et Hermione, vont affronter des adversaires repr\u00e9sentant les angoisses infantiles archa\u00efques&nbsp;: des araign\u00e9es g\u00e9antes et un serpent g\u00e9ant, le \u00ab&nbsp;basilic&nbsp;\u00bb, qui se prom\u00e8ne dans les conduites d\u2019eau de Poudlard&nbsp;; quiconque le regarde dans les yeux est mortellement p\u00e9trifi\u00e9&nbsp;; ce \u00ab&nbsp;basilic&nbsp;\u00bb pourrait figurer un p\u00e9nis paternel, objet partiel monstrueux du mauvais p\u00e8re Voldemort, qui par ailleurs a rouvert la \u00ab&nbsp;chambre des secrets&nbsp;\u00bb et lib\u00e9r\u00e9 le serpent&nbsp;; l\u2019acc\u00e8s \u00e0 son repaire se fait, de mani\u00e8re tr\u00e8s symbolique, par les toilettes des filles, apr\u00e8s une longue chute jusque dans les sous-sols de Poudlard&nbsp;; pour vaincre le \u00ab&nbsp;basilic&nbsp;\u00bb, Harry sera aid\u00e9 par Dumledore, qui, au moment critique, lui envoie son Ph\u00e9nix, oiseau magique renaissant de ses cendres, image lumineuse dans les t\u00e9n\u00e8bres d\u2019un bon p\u00e9nis paternel secourable pour se d\u00e9gager des angoisses infantiles schizo-parano\u00efdes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa14\">Ces \u00e9preuves culminent, sur un mode ludique encadr\u00e9 par les enseignants sorciers, dans le quatri\u00e8me volume,&nbsp;<em>La coupe de feu<\/em>, qui correspond \u00e0 la classe d\u2019\u00e2ge de 15 ans&nbsp;; Harry va devoir affronter malgr\u00e9 lui les \u00e9preuves du Tournoi des Cinq Sorciers pour gagner la coupe&nbsp;; le tome se termine par le premier duel, r\u00e9el, entre Harry et Voldemort r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Par la suite, les \u00e9preuves se poursuivent, mais elles se jouent \u00ab&nbsp;pour de vrai&nbsp;\u00bb, dans la confrontation \u00e0 la destructivit\u00e9, r\u00e9v\u00e9lant du m\u00eame coup les limites des fonctions de protection assur\u00e9es par les adultes&nbsp;: les adolescents, pour survivre, doivent faire seuls des choix de plus en plus risqu\u00e9s. Ils vont aussi devoir d\u00e9couvrir par eux-m\u00eames les racines pass\u00e9es du sc\u00e9nario dans lequel ils jouent&nbsp;; Harry a d\u00e8s le premier volume l\u2019intuition d\u2019un myst\u00e8re, de non-dits, voire de secrets, entourant son histoire personnelle, familiale et transg\u00e9n\u00e9rationnelle, mais il devra faire en partie seul tout le travail d\u2019enqu\u00eate et de reconstruction.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa15\"><em>&#8211; J\u2019aimerais bien conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 sur ces choses-l\u00e0.<\/em><br><em>&#8211; La v\u00e9rit\u00e9, soupira Dumbledore. Elle est toujours belle et terrible, c\u2019est pourquoi il faut l\u2019aborder avec beaucoup de pr\u00e9cautions \u2026<\/em><br><em>&#8211; Pourquoi donc voulait-il (Voldemort) me tuer&nbsp;?\u2026<\/em><br><em>&#8211; H\u00e9las, la premi\u00e8re question que tu me poses fait partie de celles auxquelles je ne peux pas r\u00e9pondre. Un jour tu sauras, mais pour l\u2019instant chasse cette pens\u00e9e de ton esprit. Quand tu seras plus grand\u2026 Je sais que tu n\u2019aimes pas ce genre de phrase\u2026 Disons plut\u00f4t que quand tu seras pr\u00eat, tu comprendras.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa16\">C\u2019est ainsi que la place centrale qu\u2019il doit tenir dans la lutte contre Voldemort n\u2019apparait-elle que progressivement \u00e0 Harry. Le professeur Dumbledore, en qui il place longtemps une confiance absolue, a certes l\u2019intuition, \u00e0 partir de ce qu\u2019il sait, de ce destin in\u00e9luctable, mais il n\u2019en a pas la certitude, et surtout il n\u2019en conna\u00eet pas l\u2019issue, ce qui fait qu\u2019il donne \u00e0 Harry des indications partielles, incompl\u00e8tes, qui obligent celui-ci \u00e0 investiguer par lui-m\u00eame, \u00e0 exp\u00e9rimenter, \u00e0 trouver la voie la plus juste pour lui, ce qui suscite en lui un grand sentiment de solitude et la col\u00e8re de se sentir trahi par le ma\u00eetre en qui il a cru. En cela, Rowling montre que l\u2019adolescence est une d\u00e9couverte de soi qui ne peut se faire que dans la solitude, certes avec d\u2019autres, avec des pairs et des adultes bienveillants, mais au bout du compte, dans la responsabilit\u00e9 \u00e9crasante de ses propres choix. D\u2019ailleurs, l\u2019histoire devient, au fil des volumes, de plus en plus dure, noire, marqu\u00e9e par la douleur morale, les deuils et la solitude.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa17\">La transformation progressive du rapport entre Harry et Dumbledore est un axe central de la saga. Figure paternelle id\u00e9alis\u00e9e et omnisciente au d\u00e9part, Dumbledore subit l\u2019\u00e9mergence progressive des v\u00e9cus parano\u00efdes li\u00e9s \u00e0 la r\u00e9activation des traumatismes infantiles de Harry (et, parall\u00e8lement, \u00e0 la r\u00e9activation de sa propre histoire traumatique) et l\u2019effet de la r\u00e9duction progressive des clivages et de la d\u00e9sid\u00e9alisation chez Harry. Il est progressivement ressenti comme indiff\u00e9rent, voire hostile. Des doutes surgissent&nbsp;quant \u00e0 ses intentions&nbsp;; il se r\u00e9v\u00e8le faillible, d\u00e9faillant, d\u00e9cevant. La d\u00e9sid\u00e9alisation le montre faible, peut-\u00eatre l\u00e2che. Dumbledore lui-m\u00eame est en proie \u00e0 des sentiments ambivalents voire pers\u00e9cutifs \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Harry, en particulier dans le cinqui\u00e8me tome, l\u2019<em>Ordre du Ph\u00e9nix<\/em>, o\u00f9 il prend ses distances vis-\u00e0-vis de son \u00e9l\u00e8ve, parce qu\u2019il craint que Voldemort ne prenne possession d\u2019Harry pour l\u2019espionner, lui. A travers ces mouvements douloureux se dessine progressivement pour Harry une autre modalit\u00e9 du lien, o\u00f9 les dimensions pulsionnelles libidinales et agressives peuvent coexister avec une d\u00e9pendance limit\u00e9e et une autonomie inqui\u00e8te et incertaine. Finalement, dans le dernier tome, lors d\u2019un magnifique dialogue final avec Dumbledore, c\u2019est dans un \u00e9tat de conscience interm\u00e9diaire que s\u2019ach\u00e8ve pour Harry le mouvement d\u2019introjection qui cl\u00f4ture un processus de deuil des imagos infantiles.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa18\">Pour mener \u00e0 bien toutes ces transformations, le cadre scolaire de l\u2019internat \u2013 anglais \u2013 offre dans le roman un cadre stable, s\u00e9curisant et bienveillant, nourrissant aussi (les repas \u00e0 Poudlard sont copieux et d\u00e9licieux), avec de larges possibilit\u00e9s de diffraction et d\u2019am\u00e9nagement des ambivalences et des clivages. Le monde de l\u2019adolescence est un monde incertain, o\u00f9 tous les rep\u00e8res bougent, vacillent, se transforment, d\u2019abord aux marges, puis de plus en plus fondamentalement. Une illustration m\u00e9taphorique en est donn\u00e9e par les escaliers et les couloirs de l\u2019\u00e9cole de Poudlard dont la configuration se modifie sans cesse.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa19\">Heureusement, les ressources propres des adolescents se d\u00e9veloppent parall\u00e8lement, d\u2019abord sous le regard bienveillant des professeurs de magie. Ils apprennent \u00e0 affronter puis \u00e0 ma\u00eetriser leurs peurs&nbsp;: J.K. Rowling invente les Epouvantards, sortes d\u2019\u00e9mergences fantomatiques repr\u00e9sentant les terreurs du monde interne de chaque adolescent, qui ne peuvent \u00eatre combattues que par l\u2019\u00e9vocation d\u2019un souvenir heureux. Autour de Harry, chacun de ses amis &#8211; Hermione, Ron, Neville, \u2026 &#8211; mais aussi de ses adversaires et des \u00e9l\u00e8ves de Poudlard, avec leurs histoires personnelles, leurs angoisses, leurs potentialit\u00e9s, t\u00e9moignent de la diversit\u00e9 des itin\u00e9raires suivis face aux enjeux de l\u2019adolescence&nbsp;: la place dans le groupe \u00e0 travers la r\u00e9ussite des \u00e9tudes et les comp\u00e9titions sportives&nbsp;; les relations amoureuses et l\u2019\u00e9veil \u00e0 la sexualit\u00e9&nbsp;; l\u2019amiti\u00e9&nbsp;; la rivalit\u00e9, l\u2019envie et la jalousie et, surtout, la transformation du rapport au monde de l\u2019enfance et au monde adulte. A cet \u00e9gard, l\u2019appropriation subjective, avec la mise au travail des non-dits et des transmissions transg\u00e9n\u00e9rationnelles qu\u2019elle implique, s\u2019accompagne d\u2019une d\u00e9sillusion et d\u2019une d\u00e9sid\u00e9alisation d\u2019autant plus douloureuses et mena\u00e7antes qu\u2019elles r\u00e9activent les v\u00e9cus traumatiques enfouis. Car si le monde adulte est violent, haineux, implacable, il en va de m\u00eame du monde interne que l\u2019adolescent d\u00e9couvre au fur et \u00e0 mesure que s\u2019op\u00e8re une r\u00e9duction des clivages, des projections, et que progresse l\u2019int\u00e9gration des diff\u00e9rentes parties de soi. A cet \u00e9gard, une tr\u00e8s belle \u00ab&nbsp;trouvaille&nbsp;\u00bb de J.K. Rowling est celle de la \u00ab&nbsp;pensine&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un objet \u2013 une coupe contenant un liquide aux propri\u00e9t\u00e9s myst\u00e9rieuses &#8211; v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;appareil \u00e0 penser&nbsp;\u00bb les souvenirs traumatiques qui y sont mis en d\u00e9p\u00f4t (et non expuls\u00e9s) pour \u00eatre conserv\u00e9s et pouvoir faire l\u2019objet d\u2019une perlaboration ult\u00e9rieure ou d\u2019un partage. Avec cette formidable saga&nbsp;<em>Harry Potter<\/em>, nous sommes au c\u0153ur de la fonction transitionnelle qu\u2019occupe l\u2019univers de la magie pour la transformation adolescente de l\u2019omnipotence infantile, dimension que J-P Matot d\u00e9veloppe dans un autre article de ce m\u00eame num\u00e9ro avec sa proposition d\u2019un \u00ab&nbsp;principe d\u2019enchantement&nbsp;\u00bb. J-M. Gauthier et R. Moukalou (2007) abordent la m\u00eame id\u00e9e sous l\u2019angle des rapports entre le r\u00eave et la r\u00eaverie \u00e9veill\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il convient de montrer ce qui est commun \u00e0 ces deux modes de fonctionnement psychique et ce qui les s\u00e9pare, \u00e0 moins de se priver automatiquement d\u2019\u00e9l\u00e9ments essentiels \u00e0 l\u2019analyse du fonctionnement mental \u2026 Comme Sami-Ali l\u2019a montr\u00e9, il y a, dans le r\u00eave nocturne, une relation d\u2019exclusion r\u00e9ciproque entre la pens\u00e9e du r\u00eave et la pens\u00e9e vigile consciente \u2026 Dans la r\u00eaverie, il y a par contre une relation d\u2019inclusion r\u00e9ciproque entre la conscience et l\u2019imaginaire<\/em>&nbsp;\u00bb. Ils en donnent pour exemple le jeu de l\u2019enfant, qui assure la continuit\u00e9, la simultan\u00e9it\u00e9 et l\u2019oscillation entre r\u00e9alit\u00e9 interne et r\u00e9alit\u00e9 externe.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa20\">Comme le souligne S. De Mijolla-Mellor (2006), la magie n\u2019est pas l\u2019omnipotence primaire&nbsp;: elle est \u00ab&nbsp;\u00e9ducation vers la sagesse&nbsp;\u00bb, et cet auteur signale \u00e0 cet \u00e9gard que la traduction du titre anglais du premier tome,&nbsp;<em>Harry Potter and the philosopher\u2019s stone<\/em>, qui devient&nbsp;<em>Harry Potter \u00e0 l\u2019\u00e9cole des sorciers<\/em>, perd la r\u00e9f\u00e9rence alchimique. En effet, il ne suffit pas de na\u00eetre avec un \u00ab&nbsp;potentiel sorcier&nbsp;\u00bb pour le devenir&nbsp;; en t\u00e9moignent les \u00ab&nbsp;cracmols&nbsp;\u00bb, n\u00e9s de sorciers mais d\u00e9pourvus de tout pouvoir magique&nbsp;; invers\u00e9ment, un enfant \u00ab&nbsp;moldu&nbsp;\u00bb peut d\u00e9velopper de tels pouvoirs. M. Simond (2001) note que \u00ab&nbsp;<em>l\u2019omnipotence n\u2019est pas plus du monde des sorciers que de celui des \u00ab\u00a0moldus\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa21\">Un article r\u00e9cent de J. Rosegrant (2009) d\u00e9veloppe des id\u00e9es tr\u00e8s proches des n\u00f4tres concernant la fonction de l\u2019enchantement, soulignant son importance particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescence comme formation inter- m\u00e9diaire permettant d\u2019int\u00e9grer l\u2019exp\u00e9rience de r\u00e9alit\u00e9 sans perdre la cr\u00e9ativit\u00e9. Il distingue deux dimensions du monde magique dans la saga de J.K. Rowling&nbsp;: les sortil\u00e8ges d\u2019une part, et l\u2019univers des cr\u00e9atures magiques culminant au sein de l\u2019\u00e9cole Poudlard d\u2019autre part. Rosegrant (2009) rapproche de mani\u00e8re tr\u00e8s int\u00e9ressante les sortil\u00e8ges de la technologie\u202f<sup>2<\/sup>&nbsp;en consid\u00e9rant que la magie constitue&nbsp;l\u2019arri\u00e8re-plan de la technologie, et peut elle-m\u00eame fonctionner comme une technologie, avec les risques que cela implique. Il souligne qu\u2019au fil de la saga, Harry et ses amis passent du ravissement de la d\u00e9couverte des sorts et de l\u2019apprentissage de leur usage, \u00e0 la souffrance de leur d\u00e9voiement qui menace la cr\u00e9ativit\u00e9 et la vie. L\u2019univers des cr\u00e9atures magiques par contre constitue d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre des aventures de Harry un monde parall\u00e8le, transitionnel, qui est \u00e0 la fois intimement li\u00e9 \u00e0 la vie des sorciers, et pourtant relativement ind\u00e9pendant d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa22\">Tout au long des premiers tomes, nous voyons les jeunes apprentis-sorciers confront\u00e9s \u00e0 l\u2019apprentissage, avec les m\u00eames enthousiasmes, les m\u00eames d\u00e9ceptions, les m\u00eames col\u00e8res et les m\u00eames rages que n\u2019importe quel lyc\u00e9en ordinaire. Certains sorciers enseignants disposent d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019enchanter leurs \u00e9tudiants, d\u2019autres de les endormir ou de susciter en eux des v\u00e9cus de passivation et d\u2019humiliation. Pour permettre \u00e0 Harry de supporter la m\u00e9diocrit\u00e9 du monde adulte (repr\u00e9sent\u00e9 par les \u00ab&nbsp;Moldus&nbsp;\u00bb) dans un contexte de d\u00e9pressivit\u00e9 \u2013 voire, nous le verrons, de r\u00e9activation de noyaux m\u00e9lancoliques \u2013, un monde magique vient s\u2019offrir \u00e0 un investissement authentique, sans pour autant que le contact ne se perde avec le monde r\u00e9el (Moldu). Le monde magique s\u2019ins\u00e8re dans les espaces interstitiels de la r\u00e9alit\u00e9 sensible, telle cette voie 9 \u00be de la gare de King\u2019s Cross d\u2019o\u00f9 part le train pour l\u2019\u00e9cole de Poudlard.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa23\">L\u2019oncle Vernon Dursley qui am\u00e8ne Harry \u00e0 la gare se moque de lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Et voil\u00e0 mon gar\u00e7on, dit-il. La voie 9 est ici, la voie 10 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. J\u2019imagine que la tienne doit se trouver quelque part entre les deux, mais j\u2019ai bien peur qu\u2019elle ne soit pas encore construite<\/em>&nbsp;\u00bb. Trouver une voie qui pour les parents n\u2019existe pas (encore), tel est en effet, en r\u00e9sum\u00e9, l\u2019enjeu de l\u2019adolescence. Mais il faut y croire n\u00e9anmoins, n\u2019avoir pas trop peur de se cogner, et pour cela l\u2019aide de quelques \u00ab&nbsp;passeurs&nbsp;\u00bb n\u2019est pas superflue&nbsp;: c\u2019est le r\u00f4le que tient la m\u00e8re de Ron, futur compagnon d\u2019aventure de Harry&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Aller sur le quai&nbsp;? Ne t\u2019inqui\u00e8te pas. Il suffit de marcher droit vers la barri\u00e8re qui est devant toi, entre les deux tourniquets. Ne t\u2019arr\u00eate pas et n\u2019aie pas peur de te cogner, c\u2019est tr\u00e8s important. Si tu as le trac, il vaut mieux marcher tr\u00e8s vite<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa24\">De m\u00eame, le \u00ab&nbsp;Chemin de Traverse&nbsp;\u00bb, la rue du march\u00e9 de la magie, se d\u00e9couvre \u00e0 partir de l\u2019arri\u00e8re-cour d\u2019\u00ab&nbsp;<em>un pub minuscule et miteux&nbsp;\u00bb, Le Chaudron Baveur&nbsp;: \u00ab&nbsp;une petite cour entour\u00e9e de murs o\u00f9 il n\u2019y avait que des poubelles et quelques mauvaises herbes \u2026 Hagrid compta les briques sur le mur, au-dessus des poubelles, puis il tapota trois fois \u00e0 un endroit pr\u00e9cis avec la pointe de son parapluie. La brique se mit alors \u00e0 trembloter et un petit trou apparut en son milieu. Le trou s\u2019\u00e9largit de plus en plus et se transforma bient\u00f4t en une arcade suffisamment grande pour permettre m\u00eame \u00e0 Hagrid de passer. Au-del\u00e0, une rue pav\u00e9e serpentait devant eux \u00e0 perte de vue. &#8211; Bienvenue sur le chemin de traverse, dit Hagrid<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa25\">Tout para\u00eet familier, mais tout est diff\u00e9rent \u2013 magique&nbsp;: les v\u00eatements improbables des sorciers rappellent les modes vestimentaires adolescentes&nbsp;; les portraits des photographies et des tableaux s\u2019animent, se d\u00e9placent&nbsp;; les objets mythiques de l\u2019adolescence, GSM multifonctions, se r\u00e9v\u00e8lent comme baguettes magiques&nbsp;; les balais se comparent comme des motos ou des ordinateurs (que les \u00e9l\u00e8ves de premi\u00e8re ann\u00e9e ne peuvent acqu\u00e9rir)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas n\u2019importe quel balai, dit-il, c\u2019est un Nimbus 2000. C\u2019est quoi, d\u00e9j\u00e0, la marque du tien&nbsp;? Un Com\u00e8te 260, c\u2019est \u00e7a&nbsp;? Les Com\u00e8te, c\u2019est pas mal quand on n\u2019y regarde pas de trop pr\u00e8s. Mais \u00e9videmment, les Nimbus, c\u2019est une autre classe \u2026 M\u00eame aux yeux de Harry qui n\u2019y connaissait rien, le balai paraissait superbe. Il avait une forme \u00e9l\u00e9gante, avec un manche d\u2019acajou \u00e9tincelant et un long faisceau de brindilles droites et lisses. La marque Nimbus 2000 \u00e9tait grav\u00e9e en lettres d\u2019or \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 du manche<\/em>&nbsp;\u00bb. S. De Mijolla-Mellor (2006) rel\u00e8ve \u00e0 ce propos, au-del\u00e0 de la symbolique phallique \u00e9vidente des balais, leur valeur de d\u00e9couverte du plaisir sexuel masturbatoire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il enfourcha le balai\u2026 il ressentit une joie intense en d\u00e9couvrant soudain qu\u2019il savait faire voler un balai sans avoir eu besoin d\u2019apprendre. C\u2019\u00e9tait quelque chose qui lui paraissait tr\u00e8s naturel, tr\u00e8s facile, et qui lui donnait une sensation merveilleuse. Lorsqu\u2019il tira sur le manche pour monter encore un peu plus haut, il entendit s\u2019\u00e9lever de la pelouse les hurlements des filles qui le suivaient des yeux et une exclamation admirative de Ron<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa26\">L\u2019\u00e9mergence de la sexualit\u00e9 adolescente est sans doute \u00e0 mettre en lien avec la th\u00e9matique, omnipr\u00e9sente dans la saga, de la qu\u00eate de l\u2019immortalit\u00e9 perdue. Elle est pr\u00e9sente, d\u00e8s le premier tome, dans l\u2019espace m\u00eame de Poudlard, o\u00f9 cohabitent les anc\u00eatres d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, qui de leur tableaux participent \u00e0 la vie des sorciers (et circulent d\u2019un tableau \u00e0 l\u2019autre), et les fant\u00f4mes qui y prennent une part encore plus active. Elle se poursuit avec le&nbsp;<em>miroir du Rised<\/em>&nbsp;qui refl\u00e8te les d\u00e9sirs \u2013 il s\u2019agit pour Dumbledore comme pour Harry des \u00eatres chers disparus -, puis avec la tentative de Voldemort de s\u2019approprier la pierre philosophale, qui assure l\u2019immortalit\u00e9. Au quatri\u00e8me tome, lors de l\u2019affrontement avec Harry, les images anim\u00e9es de ses victimes sortent de la baguette de Voldemort. La fin de la saga est domin\u00e9e par la double qu\u00eate des&nbsp;<em>Reliques de la Mort<\/em>\u202f<sup>3<\/sup>&nbsp;(qui, lorsqu\u2019elles sont r\u00e9unies, font de leur possesseur le ma\u00eetre de la mort), et des&nbsp;<em>Horcruxes<\/em>, figures de l\u2019impasse du narcissisme mortif\u00e8re, que nous examinerons dans la suite de cet article.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9laboration des noyaux traumatiques \u00e0 l\u2019adolescence<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa27\">Deux destins adolescents, ceux de Harry et de Lord Voldemort, s\u2019enchev\u00eatrent, avec une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019intervalle, dans la saga de J.K. Rowling&nbsp;; dans le m\u00eame temps se d\u00e9voilent progressivement les secrets de leurs histoires infantiles, familiales et transg\u00e9n\u00e9rationnelles. Ces deux destins sont ceux d\u2019enfants abordant l\u2019adolescence \u00e0 partir d\u2019un pass\u00e9 traumatique&nbsp;; cependant, l\u2019impact de ce pass\u00e9 aura pour l\u2019un et pour l\u2019autre des issues diff\u00e9rentes&nbsp;: pour Harry, l\u2019affrontement d\u2019une probl\u00e9matique m\u00e9lancolique, pour Voldemort, le d\u00e9veloppement d\u2019une psychose parano\u00efaque.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le pass\u00e9 traumatique<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa28\">Les parents de Harry ont disparu alors qu\u2019il avait un an&nbsp;: ils ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par Lord Voldemort\u202f<sup>4<\/sup>. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par sa tante maternelle et son oncle, les Dursley, mais est rest\u00e9 un \u00e9tranger dans cette famille substitutive, victime d\u2019un certain ostracisme, tant au niveau mat\u00e9riel que, surtout, sur le plan des liens affectifs et de la valorisation narcissique. Sans doute repr\u00e9sente-t-il pour cette famille d\u2019accueil petite-bourgeoise une menace li\u00e9e \u00e0 l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019imaginaire &#8211; sa filiation sorci\u00e8re&nbsp;; cette dimension est \u00e9troitement associ\u00e9e, en tout cas dans le v\u00e9cu de l\u2019enfant, au rejet qu\u2019il vit au sein de cette famille Dursley. Harry a \u00e9t\u00e9 confin\u00e9 tout au long de son enfance dans un placard sous l\u2019escalier, figuration m\u00e9taphorique de l\u2019enfermement de la pulsionnalit\u00e9, de la cr\u00e9ativit\u00e9, de l\u2019imagination et de l\u2019aspiration \u00e0 une ouverture au monde.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa29\">Le nom d\u2019enfant de Lord Voldemort est Tom Jedusor. Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019histoire de Harry, celle de Voldemort se r\u00e9v\u00e8le progressivement au fil du roman&nbsp;; mais le lecteur y aura acc\u00e8s de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e lors de deux moments clef&nbsp;: \u00e0 la fin du 4<sup>\u00e8<\/sup>&nbsp;tome,&nbsp;<em>La coupe de feu<\/em>, Voldemort \u00e9voque son pass\u00e9 au moment o\u00f9 Harry l\u2019affronte pour la premi\u00e8re fois&nbsp;; Dumbledore de son c\u00f4t\u00e9 a fait de longues recherches pour essayer de reconstruire son histoire et il livre \u00e0 Harry, via la&nbsp;<em>Pensine<\/em>, les r\u00e9sultats de ses investigations dans le sixi\u00e8me tome,&nbsp;<em>Les reliques de la mort<\/em>. Toute la petite enfance de Voldemort est \u00e9galement marqu\u00e9e par des deuils pr\u00e9coces et des carences affectives.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa30\">Sa m\u00e8re est issue d\u2019une famille de sorciers prestigieuse mais d\u00e9chue, les Gaunt, h\u00e9ritiers de Serpentard, le fondateur de l\u2019une des quatre \u00ab&nbsp;maisons&nbsp;\u00bb de l\u2019Ecole des Sorciers, Poudlard. Cette \u00ab&nbsp;maison&nbsp;\u00bb de Serpentard est celle dont sont issus Voldemort et la majorit\u00e9 des sorciers qui se sont ralli\u00e9s \u00e0 lui, les \u00ab&nbsp;Mangemorts&nbsp;\u00bb. Le grand-p\u00e8re Gaunt vivait avec sa fille et son fils dans une semi-mis\u00e8re, exer\u00e7ant sur eux une tyrannie maltraitante et perverse.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa31\">Le p\u00e8re de Tom Jedusor n\u2019est pas un sorcier&nbsp;: il est l\u2019h\u00e9ritier de riches propri\u00e9taires, dont la fille Gaunt tombe amoureuse, et qu\u2019elle s\u00e9duit par un sortil\u00e8ge magique. Rejet\u00e9e par son p\u00e8re et son fr\u00e8re du fait de cette union \u00ab&nbsp;hors sang&nbsp;\u00bb, elle est \u00e9galement abandonn\u00e9e par son mari et meurt dans le d\u00e9nuement \u00e0 la naissance de son fils. Celui-ci est plac\u00e9 dans un orphelinat jusqu\u2019\u00e0 l\u2019anniversaire de ses 11 ans, \u00e2ge charni\u00e8re du devenir-sorcier, auquel il est admis par le Professeur Dumbledore, directeur de l\u2019Ecole Poudlard.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa32\">D\u00e8s son enfance, Tom Jedusor est d\u00e9crit comme un enfant cruel qui fonctionne dans l\u2019omnipotence. Au cours de son adolescence, on le retrouve sous les traits d\u2019un jeune gar\u00e7on s\u00e9duisant et manipulateur. Il apparait d\u00e9j\u00e0 sous cet aspect dans le deuxi\u00e8me tome, La chambre des secrets, le beau jeune homme du journal intime retrouv\u00e9 qui va exercer son emprise sur Ginny et l\u2019amener \u00e0 ouvrir la&nbsp;<em>chambre des secrets<\/em>&nbsp;et lib\u00e9rer le&nbsp;<em>Basilic<\/em>. Plus tard, on apprend qu\u2019il a \u00e9labor\u00e9 au cours de cette p\u00e9riode un roman familial, permutant son ascendance sorci\u00e8re maternelle pour l\u2019attribuer \u00e0 son p\u00e8re. Cette croyance se fonde sur l\u2019id\u00e9e que si sa m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 une sorci\u00e8re, elle ne serait pas morte&nbsp;: d\u00e9j\u00e0, la nature sorci\u00e8re appara\u00eet chez lui comme une d\u00e9fense radicale contre la perte, impensable, et comme associ\u00e9e \u00e0 un potentiel d\u2019immortalit\u00e9. Lorsqu\u2019il d\u00e9couvre la v\u00e9rit\u00e9 sur son histoire, le traumatisme psychique v\u00e9cu l\u2019am\u00e8ne au parricide et \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de ses th\u00e9ories racistes sur le \u00ab&nbsp;sang pur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole des sorciers<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa33\">L\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019internat de Poudlard \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 ans s\u2019inscrit ainsi pour Harry comme, une g\u00e9n\u00e9ration plus t\u00f4t, pour Tom Jedusor, comme une v\u00e9ritable d\u00e9livrance par rapport aux souffrances endur\u00e9es au cours de l\u2019enfance, et comme une promesse de restauration narcissique. Pour Harry, elle repr\u00e9sente une possibilit\u00e9 de d\u00e9passer le secret de ses origines et sa stigmatisation comme enfant mauvais et dangereux. C\u2019est la renaissance de l\u2019espoir de sortir d\u2019un monde clos, sans vie, domin\u00e9 par l\u2019ennui et la d\u00e9pression la tente. Il y a chez Harry un authentique d\u00e9sir d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son histoire familiale, de la reconstituer, de lui donner sens.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa34\">Pour Tom Jedusor, l\u2019admission \u00e0 Poudlard lui avait offert une possibilit\u00e9 de renaissance et d\u2019appropriation de son histoire, mais cela avait eu pour effet &#8211; contrairement \u00e0 Harry qui \u00e9tait en qu\u00eate d\u2019une restauration de sa filiation -, une forclusion de sa filiation r\u00e9elle, laquelle impliquait un sang \u00ab&nbsp;impur&nbsp;\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;moldu&nbsp;\u00bb du c\u00f4t\u00e9 paternel &#8211; au profit d\u2019une filiation dans la lign\u00e9e maternelle de Serpentard. Cet effacement fut port\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa logique ultime lorsque, jeune adulte, ayant d\u00e9couvert la nature \u00ab&nbsp;moldue&nbsp;\u00bb de son p\u00e8re et l\u2019abandon&nbsp;de sa m\u00e8re enceinte, il accomplit un parricide, tuant son p\u00e8re et ses grands-parents paternels, et fait accuser son oncle maternel de ces meurtres tout en lui d\u00e9robant la bague h\u00e9rit\u00e9e de Serpentard. Ces parricides peuvent \u00eatre vus comme un retournement visant \u00e0 annuler la destructivit\u00e9 subie en l\u2019agissant. N\u00e9anmoins, pour l\u2019un comme pour l\u2019autre, l\u2019admission \u00e0 l\u2019Ecole des Sorciers a repr\u00e9sent\u00e9 une reconnaissance narcissique&nbsp;<em>a priori<\/em>, sans condition pr\u00e9alable, li\u00e9e \u00e0 leur ascendance, celle-l\u00e0 m\u00eame dont ils ont eu \u00e0 souffrir, et qui, \u00e0 l\u2019aube de l\u2019adolescence, leur a apport\u00e9 une promesse de d\u00e9veloppement infiltr\u00e9e, \u00e0 des degr\u00e9s divers pour chacun, d\u2019omnipotence. Cette dimension de rituel initiatique associ\u00e9 \u00e0 une tr\u00e8s importante valorisation narcissique accompagnant l\u2019admission dans le monde adulte, certes en tant qu\u2019\u00e9l\u00e8ve, mais d\u00e9j\u00e0 inclus, dans un statut de semblable, constitue d\u2019ailleurs un fond commun pour tous ces apprentis-sorciers.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa35\">Cette reconnaissance n\u2019est pas celle d\u2019une famille, mais d\u2019une communaut\u00e9, celle des sorciers, id\u00e9alis\u00e9e par rapport au monde \u00ab&nbsp;moldu&nbsp;\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire le monde des non-sorciers sur lequel, en fonction de leurs histoires personnelles, ils projettent \u00e0 des degr\u00e9s divers les sentiments de d\u00e9valorisation, de pers\u00e9cution, de rejet, d\u2019abandon, ou tout simplement les d\u00e9ceptions et d\u00e9sillusions v\u00e9cues au cours des ann\u00e9es d\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa36\">A cet \u00e9gard, la x\u00e9nophobie et l\u2019id\u00e9al de puret\u00e9 raciale \u2013 amenant l\u2019extermination ou du moins la soumission des \u00ab&nbsp;impurs&nbsp;\u00bb par l\u2019esclavage \u2013 occupent une place significative dans le roman.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa37\">Rowling d\u00e9crit la d\u00e9rive \u00ab&nbsp;raciste&nbsp;\u00bb de Voldemort et de ses fid\u00e8les, les \u00ab&nbsp;Mangemort&nbsp;\u00bb, qui pr\u00f4nent la puret\u00e9 du sang sorcier et l\u2019asservissement ou l\u2019\u00e9limination non seulement des \u00ab&nbsp;moldus&nbsp;\u00bb, mais \u00e9galement des sorciers de sang impur (les \u00ab&nbsp;sangs de bourbe&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;sangs m\u00eal\u00e9s&nbsp;\u00bb) et de tout sorcier qui s\u2019oppose \u00e0 leurs vis\u00e9es. Elle fait partie de l\u2019arsenal \u00ab&nbsp;id\u00e9ologique&nbsp;\u00bb de Voldemort et constitue un des vecteurs de l\u2019identit\u00e9 groupale des \u00ab&nbsp;Mangemorts&nbsp;\u00bb. Il est int\u00e9ressant de voir qu\u2019elle est partag\u00e9e par certains de ceux-l\u00e0 m\u00eames qui sont d\u00e9sign\u00e9s comme \u00ab&nbsp;impurs&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;inf\u00e9rieurs&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019exemple de l\u2019elfe de maison de la famille Black, Kreatur, esclave qui d\u00e9fend son statut et ses ma\u00eetres, est tr\u00e8s parlant \u00e0 cet \u00e9gard (tome 4). Le promoteur de l\u2019id\u00e9al de la race pure, Lord Voldemort, est d\u2019ailleurs, comme nous l\u2019avons mentionn\u00e9 plus haut, lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;impur&nbsp;\u00bb selon ses propres crit\u00e8res. Il fait donc partie, dans la terminologie \u00ab&nbsp;Mangemort&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;Sangs-m\u00eal\u00e9s&nbsp;\u00bb, mais bien \u00e9videmment cette origine est forclose et remplac\u00e9e par une filiation mythique, l\u2019ascendance du P\u00e8re Fondateur, Serpentard.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa38\">Les sorciers \u00ab&nbsp;de race pure&nbsp;\u00bb qui ne souscrivent pas \u00e0 cette id\u00e9ologie raciste sont d\u00e9sign\u00e9s comme \u00ab&nbsp;tra\u00eetres \u00e0 leur race&nbsp;\u00bb et \u00e0 ce titre doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s ou r\u00e9duits en esclavage au m\u00eame titre que les \u00ab&nbsp;impurs&nbsp;\u00bb. Les derniers tomes de la saga, qui voient le parti de Voldemort prendre le pouvoir, montrent le d\u00e9ploiement d\u2019un racisme d\u2019Etat et des mesures mises en \u0153uvre pour l\u2019asservissement des \u00ab&nbsp;impurs&nbsp;\u00bb et des opposants&nbsp;: la mainmise sur la presse (la \u00ab&nbsp;Gazette des Sorciers&nbsp;\u00bb), la propagande, l\u2019intimidation, les commissions et tribunaux raciaux du Minist\u00e8re de la Magie, etc.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa39\">Rowling propose ainsi aux lecteurs adolescents, \u00e0 travers une reprise m\u00e9taphorique des th\u00e9ories racistes, un v\u00e9ritable travail de m\u00e9moire relatif aux g\u00e9nocides. Cependant, le monde des sorciers se pr\u00e9sente d\u2019abord et avant tout \u00e0 Harry et au lecteur comme celui de la fantaisie, de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de la joie et de la convivialit\u00e9. Son caract\u00e8re chaleureux, fraternel, vivant, est repr\u00e9sent\u00e9 notamment par les Weasley, la famille de Ron, le meilleur ami de Harry \u00e0 Poudlard, et de ses fr\u00e8res, infatigables inventeurs de \u00ab&nbsp;farces et attrapes&nbsp;\u00bb. Cet univers sorcier cr\u00e9atif et surprenant contraste avec la fermeture, l\u2019obsessionnalit\u00e9 et l\u2019ennui d\u2019un monde adulte bourgeois \u00ab&nbsp;moldu&nbsp;\u00bb \u00e9triqu\u00e9 et int\u00e9ress\u00e9 uniquement par les choses mat\u00e9rielles dont la nourriture&nbsp;; l\u2019oncle et la tante de Harry, les Dursley, et leur enfant-roi, tyrannique et ob\u00e8se, Dudley, en constituent des figures paradigmatiques.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa40\">L\u2019id\u00e9alisation de la communaut\u00e9 des sorciers se concentre sur l\u2019Ecole de Poudlard qui les accueille, porte d\u2019entr\u00e9e de cette inscription narcissique communautaire en rupture avec le monde de l\u2019enfance. L\u2019id\u00e9alisation concerne en particulier le directeur de cette Ecole, le professeur Dumbledore, substitut parental puissant et myst\u00e9rieux, mais juste et bon, qui \u00e0 la fois soigne et rappelle les traumatismes de la filiation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019importance des premiers liens<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa41\">Les traumatismes de Harry et de Tom Jedusor ne sont pas de m\u00eame nature. Pour Harry, qui a commenc\u00e9 sa vie entour\u00e9 de l\u2019amour de ses parents, et qui a contract\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard \u2013 et tout particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re \u2013 une double dette de vie, la reprise d\u2019un d\u00e9veloppement personnel, en d\u00e9but d\u2019adolescence, s\u2019\u00e9taye sur la r\u00e9activation d\u2019investissements narcissiques pr\u00e9coces solides constitutifs d\u2019une bonne illusion primaire (Winnicott, 1951), enfouie et prot\u00e9g\u00e9e \u00e0 travers les vicissitudes des pertes objectales. \u00ab&nbsp;<em>Avoir \u00e9t\u00e9 aim\u00e9 si profond\u00e9ment te donne \u00e0 jamais une protection contre les autres\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb dit Dumbledore (tome 1). Freud, ancien enfant ch\u00e9ri de sa m\u00e8re, ne dit pas autre chose, comme le rel\u00e8ve S. De Mijolla-Mellor (2006), qui le cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quand on<\/em>&nbsp;<em>a \u00e9t\u00e9 le favori incontest\u00e9 de sa m\u00e8re, on en garde pour la vie ce sentiment conqu\u00e9rant, cette assurance du succ\u00e8s, dont il n\u2019est pas rare qu\u2019elle entra\u00eene effectivement apr\u00e8s soi le succ\u00e8s<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa42\">Pour Tom Jedusor, orphelin d\u2019une m\u00e8re morte en couches, enfant non investi, carenc\u00e9 et rejet\u00e9 par un p\u00e8re psychopathe, la b\u00e9ance narcissique ne peut \u00eatre d\u00e9ni\u00e9e que par l\u2019accomplissement d\u2019un destin grandiose qui se place sous l\u2019\u00e9gide de la haine de l\u2019existence d\u2019autrui, ne laissant comme issue \u00ab&nbsp;sociale&nbsp;\u00bb que la domination cruelle et l\u2019emprise omnipotente.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa43\">Ainsi, les destins crois\u00e9s de Harry et Voldemort offrent en premier lieu la possibilit\u00e9 de mettre en \u00e9vidence l\u2019importance des premiers liens m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 et de la fonction maternelle pour la construction d\u2019un narcissisme primaire et d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 de base suffisamment solides, permettant d\u2019affronter la position d\u00e9pressive et de supporter la d\u00e9sillusion n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019abord de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa44\">Si M. Klein a pu insister dans diff\u00e9rents \u00e9crits sur l\u2019importance des facteurs constitutionnels dans le d\u00e9veloppement de la destructivit\u00e9, elle met \u00e9galement en avant le poids des facteurs d\u2019environnement ainsi que la qualit\u00e9 des exp\u00e9riences v\u00e9cues par le b\u00e9b\u00e9 qui permet l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la position d\u00e9pressive. Les exp\u00e9riences gratifiantes d\u2019amour, de bien-\u00eatre, de satisfaction renforcent l\u2019introjection d\u2019un bon objet interne, un bon sein gratifiant, v\u00e9ritable noyau attracteur des bons objets agissant dans le sens de l\u2019int\u00e9gration et la coh\u00e9sion du moi&nbsp;; le b\u00e9b\u00e9 prend confiance dans la solidit\u00e9 de ses bons objets, il devient capable de faire la synth\u00e8se des parties cliv\u00e9es et partielles de l\u2019objet et de reconna\u00eetre son agressivit\u00e9 comme venant de lui&nbsp;; il peut ressentir la culpabilit\u00e9, ce qui a pour cons\u00e9quence le d\u00e9veloppement d\u2019une sollicitude pour l\u2019objet et le d\u00e9ploiement des m\u00e9canismes de r\u00e9paration \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ativit\u00e9. Harry au fil des volumes reste ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 et d\u00e9veloppe des liens filiaux et amicaux marqu\u00e9s par la fid\u00e9lit\u00e9, la culpabilit\u00e9 et la sollicitude&nbsp;; il va devoir en particulier faire face \u00e0 des sentiments de culpabilit\u00e9 envahissants, en lien avec le sacrifice de ses parents, qui prennent par moment une allure m\u00e9lancolique. Si les exp\u00e9riences n\u00e9gatives pr\u00e9dominent, comme c\u2019est le cas pour Voldemort, les fantasmes et les angoisses de pers\u00e9cution sont renforc\u00e9es&nbsp;; le sujet est plong\u00e9 dans un monde violent, schizo-parano\u00efde, peupl\u00e9 de fantasmes sadiques et domin\u00e9 par la loi du talion, sans acc\u00e8s possible \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 la sollicitude pour l\u2019autre, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019univers dans lequel Voldemort se d\u00e9bat. M. Klein consid\u00e8re qu\u2019il y a au d\u00e9part un conflit inn\u00e9 entre des pulsions de vie et des pulsions de mort qu\u2019elle assimile \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 et \u00e0 la destructivit\u00e9&nbsp;; l\u2019angoisse primordiale est li\u00e9e pour elle \u00e0 la menace d\u2019an\u00e9antissement par la pulsion de mort, projet\u00e9e dans le monde et qui revient sous forme d\u2019angoisses de pers\u00e9cution&nbsp;; c\u2019est contre cette angoisse d\u2019annihilation pr\u00e9gnante, qui n\u2019a pas pu \u00eatre att\u00e9nu\u00e9e et \u00e9labor\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des relations apaisantes et satisfaisantes avec un objet maternel, que lutte Voldemort.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa45\">C\u2019est Winicott qui le premier a th\u00e9oris\u00e9 l\u2019importance des premi\u00e8res relations et le r\u00f4le primordial de l\u2019objet maternel dans la constitution du&nbsp;<em>self<\/em>&nbsp;et du sentiment continu d\u2019exister&nbsp;: \u00ab&nbsp;un b\u00e9b\u00e9 tout seul, cela n\u2019existe pas&nbsp;\u00bb&nbsp;; il a en particulier amen\u00e9 la notion de pr\u00e9occupation maternelle primaire, \u00e9tat psychique particulier, s\u2019installant au moment de l\u2019accouchement, qui permet \u00e0 la m\u00e8re de \u00ab&nbsp;s\u2019adapter aux tous premiers besoins de son nourrisson avec d\u00e9licatesse et sensibilit\u00e9&nbsp;\u00bb et de lui donner des soins corporels et psychiques ad\u00e9quats pour qu\u2019il puisse se sentir exister de mani\u00e8re continue.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa46\">Bion a \u00e9galement \u00e9labor\u00e9 le r\u00f4le primordial du psychisme maternel pour la construction chez le b\u00e9b\u00e9 de ce qu\u2019il appelle l\u2019appareil \u00e0 penser les pens\u00e9es et le d\u00e9veloppement de la fonction&nbsp;<em>alpha<\/em>, qui permet la prise de conscience, la repr\u00e9sentation et la compr\u00e9hension de l\u2019exp\u00e9rience \u00e9motionnelle. La capacit\u00e9 progressive du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 prendre conscience de la r\u00e9alit\u00e9 interne et externe et \u00e0 tol\u00e9rer la frustration, d\u00e9pend de la capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle, qui est \u00ab&nbsp;<em>la source psychologique qui alimente les besoins d\u2019amour et de compr\u00e9hension du nourrisson<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle repr\u00e9sente un facteur de la fonction&nbsp;<em>alpha<\/em>&nbsp;maternelle&nbsp;; elle assume une fonction de r\u00e9ceptivit\u00e9 pour les identifications projectives du b\u00e9b\u00e9, \u00e9motions brutes, mauvais sein-non-sein, appel\u00e9es \u00e9l\u00e9ments b\u00eata, qui sont transform\u00e9es par le psychisme maternel en \u00e9l\u00e9ments&nbsp;<em>alpha<\/em>, assimilables par la pens\u00e9e, que le b\u00e9b\u00e9 introjecte en retour avec le lait et l\u2019amour de sa m\u00e8re&nbsp;; il prend en lui aussi progressivement la capacit\u00e9 r\u00e9ceptive et repr\u00e9sentative. Ce processus permet le d\u00e9veloppement de sa propre fonction&nbsp;<em>alpha<\/em>&nbsp;qui sera \u00e0 l\u2019origine de sa capacit\u00e9 d\u2019insight et d\u2019empathie. Lorsque la capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle est d\u00e9faillante, le b\u00e9b\u00e9 reste envahi par des \u00e9motions violentes, non repr\u00e9sent\u00e9es, qu\u2019il ne peut qu\u2019\u00e9vacuer en les projetant sur le monde ext\u00e9rieur, et qui lui reviennent, \u00e0 l\u2019instar de Voldemort, sous forme d\u2019angoisses pers\u00e9cutives&nbsp;; les exp\u00e9riences de frustration r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et intol\u00e9rables entra\u00eenant haine et envie l\u2019am\u00e8nent \u00e0 attaquer et d\u00e9truire sa propre fonction&nbsp;<em>alpha<\/em>&nbsp;naissante de m\u00eame que celle de ses objets et \u00e0 cliver tout lien de sa dimension affective beaucoup trop mena\u00e7ante&nbsp;; l\u2019autre n\u2019est reconnu que comme un objet pourvoyeur de satisfactions mat\u00e9rielles ou narcissiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Destructivit\u00e9, envie et clivages<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa47\">Une seconde dimension de cette mise en perspective des liens qui unissent Harry \u00e0 Voldemort, dont le d\u00e9voilement progressif constitue l\u2019axe central de l\u2019intrigue romanesque, est la question de la destructivit\u00e9, de l\u2019envie et du clivage.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa48\">Ce lien pr\u00e9c\u00e8de la naissance de Harry, il est initi\u00e9 par la proph\u00e9tie mythique (que Harry ne d\u00e9couvre que dans le cinqui\u00e8me tome,&nbsp;<em>L\u2019ordre du Ph\u00e9nix<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire au cours de sa seizi\u00e8me ann\u00e9e) annon\u00e7ant \u00e0 Voldemort la venue au monde d\u2019un rival, n\u00e9 \u00e0 la fin du mois de juillet&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>et l\u2019un devra mourir de la main de l\u2019autre car aucun d\u2019eux ne peut vivre tant que l\u2019autre survit<\/em>&nbsp;\u00bb. Elle \u00e9claire a posteriori le motif pour lequel, d\u00e8s les premiers tomes, Voldemort, extr\u00eamement affaibli, met tout en \u0153uvre pour retrouver sa puissance et tuer Harry. La trame des aventures de Harry Potter s\u2019inscrit ainsi dans la veine des grands mythes, de Mo\u00efse \u00e0 \u0152dipe, o\u00f9 la pr\u00e9diction de la naissance d\u2019un enfant appel\u00e9 \u00e0 prendre le pouvoir provoque une suite de violences et de sauvegardes qui aboutissent in\u00e9luctablement \u00e0 la r\u00e9alisation de la proph\u00e9tie. Celle-ci avait donc amen\u00e9 Voldemort \u00e0 la conviction de la n\u00e9cessit\u00e9 de tuer le nouveau-n\u00e9. Pour cela, il \u00e9limine d\u2019abord le p\u00e8re de Harry, puis se retrouve face au b\u00e9b\u00e9 et sa m\u00e8re. La mort de celle-ci n\u2019est pas indispensable, il veut seulement qu\u2019elle le laisse accomplir le meurtre de l\u2019enfant. Son refus contraint Voldemort \u00e0 l\u2019assassiner, mais ce sacrifice maternel agit comme un bouclier prot\u00e9geant Harry de l\u2019impulsion meurtri\u00e8re, qui est r\u00e9fl\u00e9chie sur l\u2019agresseur et le d\u00e9truit. La fonction de bouclier-miroir de l\u2019amour maternel n\u2019est cependant pas totale&nbsp;: une part du psychisme de l\u2019agresseur le traverse et atteint l\u2019enfant, qui en porte au front la marque, une cicatrice en forme d\u2019\u00e9clair.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa49\">Et, sym\u00e9triquement, la destruction de l\u2019agresseur n\u2019est que partielle, Voldemort se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re et retrouve sa puissance au fil des tomes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa50\">Cette r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de Voldemort passe d\u2019abord par une forme de parasitisme&nbsp;: il p\u00e9n\u00e8tre un h\u00f4te qui agit pour lui (le professeur Quirrell dans le premier tome)&nbsp;; puis par une forme de vampirisme o\u00f9 il aspire la force vitale d\u2019autrui comme le sang des licornes. Le sommet de cette incorporation se r\u00e9alisant au tome 4 sous la forme d\u2019un rituel o\u00f9, sur la tombe de son propre p\u00e8re, il absorbe une potion m\u00ealant la poudre d\u2019os paternel, la chair d\u2019un de ses serviteurs, et du sang de son ennemi Harry, qu\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 capturer.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa51\">D\u2019autre part, il appara\u00eet \u00e0 partir du sixi\u00e8me tome que Voldemort, obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019acquisition de l\u2019immortalit\u00e9, a eu recours, d\u00e8s avant la tentative de meurtre de Harry b\u00e9b\u00e9, \u00e0 une modalit\u00e9 de clivage radicale qui l\u2019ampute de son psychisme, enkyst\u00e9 comme&nbsp;<em>Horcruxe<\/em>&nbsp;dans un h\u00f4te ext\u00e9rieur \u00e0 lui. Il a r\u00e9alis\u00e9 ce clivage \u00e0 six reprises\u202f<sup>5<\/sup>&nbsp;et dispose donc d\u2019un potentiel de r\u00e9surrection\u202f<sup>6<\/sup>. Mais ce clivage se produit une septi\u00e8me fois, spontan\u00e9ment, \u00e0 l\u2019insu de tous, lors de la tentative de meurtre du b\u00e9b\u00e9 Harry&nbsp;: une part de la psych\u00e9 de Voldemort est d\u00e9sormais incrust\u00e9e dans le psychisme de l\u2019enfant, qui devient d\u00e8s lors le septi\u00e8me Horcruxe, installant entre eux, \u00e0 leur insu, un lien qui ne peut \u00eatre d\u00e9fait que par la mort. Harry sera charg\u00e9 par Dumbledore d\u2019identifier, de retrouver et de d\u00e9truire ces&nbsp;<em>Horcruxes<\/em>, sans qu\u2019il sache, avant l\u2019ultime confrontation, qu\u2019il est lui-m\u00eame une&nbsp;<em>Horcruxe<\/em>. Il ne l\u2019apprend qu\u2019\u00e0 la toute fin de la saga, lorsque Rogue, mourant, lui communique,&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;la Pensine, les r\u00e9v\u00e9lations de Dumbledore&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le soir o\u00f9 Voldemort a essay\u00e9 de le tuer, lorsque Lily a dress\u00e9 entre eux deux sa propre vie comme un bouclier, le sortil\u00e8ge a ricoch\u00e9 sur le seigneur des T\u00e9n\u00e8bres et un fragment de son \u00e2me lui a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9. Ce fragment s\u2019est accroch\u00e9 \u00e0 la seule \u00e2me vivante qui restait dans cette maison d\u00e9vast\u00e9e. Une partie de Lord Voldemort vit ainsi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Harry. C\u2019est cela qui lui donne le pouvoir de parler aux serpents et qui \u00e9tablit avec Lord Voldemort une connexion dont il n\u2019a jamais compris la nature. Et tant que ce fragment d\u2019\u00e2me, \u00e0 l\u2019insu de Voldemort, reste attach\u00e9 \u00e0 Harry et prot\u00e9g\u00e9 par lui, Lord Voldemort ne peut mourir\u2026 Si je le connais bien, il aura fait ce qu\u2019il faut pour que, le jour o\u00f9 il ira \u00e0 la rencontre de sa propre mort, ce soit aussi la fin v\u00e9ritable de Voldemort<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa52\">M. Klein d\u00e9crit \u00e0 partir de 1946 un morcellement du moi comme r\u00e9ponse \u00e0 la pression d\u2019une angoisse d\u2019annihilation trop massive, en lien avec la pulsion de mort, et qui ne peut \u00eatre temp\u00e9r\u00e9e par des exp\u00e9riences libidinales gratifiantes&nbsp;; J-M Petot (1982) \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le clivage-morcellement n\u2019est pas seulement un m\u00e9canisme de d\u00e9fense du moi archa\u00efque contre la pulsion de mort, il est lui-m\u00eame largement infiltr\u00e9 par cette pulsion, qu\u2019il exprime autant qu\u2019il la combat<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa53\">Bion va poursuivre la r\u00e9flexion de M. Klein sur le clivage du moi&nbsp;; il d\u00e9crit, chez le patient psychotique qui subit la pression de la terreur d\u2019une annihilation permanente, une haine de la r\u00e9alit\u00e9 ainsi que des attaques sadiques contre l\u2019objet partiel sein mais aussi contre le moi du sujet &#8211; et en particulier contre sa fonction&nbsp;<em>alpha<\/em>&nbsp;permettant la prise de conscience de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9motionnelle interne et externe. Ceci aboutit \u00e0 un clivage en parties parfois infimes de la personnalit\u00e9&nbsp;; ces fragments sont expuls\u00e9s par identification projective dans des objets externes&nbsp;; la psych\u00e9 est appauvrie, le patient se retrouve dans un \u00e9tat qui n\u2019est ni la vie ni la mort, environn\u00e9 d\u2019objets bizarres pers\u00e9cuteurs et il n\u2019est plus capable d\u2019entrer en contact avec lui-m\u00eame ni avec les autres. Nous&nbsp;avons \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s de retrouver dans cette description m\u00e9tapsychologique quelque chose du m\u00e9canisme de la constitution des Horcruxes par Voldemort sous l\u2019impulsion des angoisses de mort.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa54\">Une des lectures du roman pourrait \u00eatre que le personnage de Voldemort repr\u00e9sente un aspect cliv\u00e9 de Harry, mauvais et violent, qu\u2019il va devoir affronter pour int\u00e9grer la phase d\u00e9pressive. M\u00e9lanie Klein (1946, 1957) d\u00e9crit un clivage binaire de l\u2019objet et du Moi entre deux zones de l\u2019existence du nourrisson&nbsp;: une bonne, centr\u00e9e sur la relation entre un Moi heureux et satisfait et un bon objet gratifiant&nbsp;; et une mauvaise, centr\u00e9e sur la relation entre un Moi violent et destructeur, et un mauvais objet frustrant. Il s\u2019agit d\u2019un clivage structurant et organisateur du psychisme mis en place pour prot\u00e9ger le bon objet des attaques destructrices. Cependant, elle va diff\u00e9rencier progressivement un clivage schizo\u00efde, plus pathologique, entre un objet tr\u00e8s pers\u00e9cuteur et un objet tr\u00e8s id\u00e9alis\u00e9 avec une \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 et une grande distance entre ces deux aspects qui signe l\u2019incapacit\u00e9 du sujet \u00e0 rentrer en contact avec sa propre destructivit\u00e9 et la part du Moi qui la porte. Une des manifestations de ce clivage r\u00e9side dans le surgissement hallucinatoire, chez Harry, de certaines pens\u00e9es de Voldemort, celles qui sont les plus intens\u00e9ment charg\u00e9es d\u2019affects de col\u00e8re violente. De m\u00eame, dans le tome 5, Harry se vit, dans une sorte de d\u00e9doublement, dans le corps du serpent Nagini lors de l\u2019attaque meurtri\u00e8re de Mr Weasley, le p\u00e8re de son ami Ron. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes hallucinatoires sont tr\u00e8s \u00e9vocateurs des clivages pr\u00e9coces qui constituent pour R. Roussillon (2001) une modalit\u00e9 d\u00e9fensive \u00e0 l\u2019\u00e9gard des menaces d\u2019an\u00e9antissement li\u00e9es aux v\u00e9cus traumatiques qu\u2019il qualifie, \u00e0 la suite de Winnicott, d\u2019agonies primitives. Ces clivages, qui maintiennent hors des processus de symbolisation primaires les traces perceptivo- motrices de ces v\u00e9cus traumatiques, se manifestent notamment par des exp\u00e9riences hallucinatoires ob\u00e9issant \u00e0 la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa55\">Les deux histoires de la prime enfance de Harry et de Voldemort, qui constituent la double sc\u00e8ne originaire du roman, mettent en \u00e9vidence deux modes oppos\u00e9s d\u2019investissement narcissique de l\u2019objet&nbsp;: l\u2019investissement du b\u00e9b\u00e9 par la m\u00e8re comme part d\u2019elle-m\u00eame, narcissisme de vie caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019oubli de soi au profit de cette part de soi qu\u2019est le b\u00e9b\u00e9, installant chez celui-ci la confiance qui est au fondement de la capacit\u00e9 d\u2019aimer. La carence d\u2019investissement r\u00e9sultant de l\u2019absence de pr\u00e9occupation maternelle entra\u00eene au contraire le parasitage de l\u2019autre, comme modalit\u00e9 de survie. L\u2019autre d\u00e8s lors n\u2019est pas un objet d\u2019amour, mais un h\u00f4te qui doit \u00eatre maintenu en vie pour garantir que le sujet puisse s\u2019en nourrir, installant une figure du narcissisme de mort. Cette perspective permet de poser que le narcissisme de vie est du c\u00f4t\u00e9 de la transmission de la vie, le narcissisme de mort \u00e9tant du c\u00f4t\u00e9 de la conservation de la vie. Pour le premier, la finitude est int\u00e9gr\u00e9e, et les fantasmes d\u2019immortalit\u00e9 sont pr\u00e9serv\u00e9s par la protection de la g\u00e9n\u00e9ration o\u00f9 ils se transf\u00e8rent&nbsp;; pour le second, la finitude est d\u00e9ni\u00e9e et les fantasmes d\u2019immortalit\u00e9 impliquent la destruction de la g\u00e9n\u00e9ration pour \u00e9viter qu\u2019ils ne se transf\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa56\">Cette formule se trouve condens\u00e9e dans le nom que prend Tom Jedusor&nbsp;: Voldemort. Il vole la vie d\u2019autrui pour se soustraire \u00e0 la mort, mais ce vol de vie s\u2019av\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre un vol de mort qui lui sera fatal. Le narcissisme de vie est fondamentalement un processus d\u2019expansion du Soi qui op\u00e8re dans un registre transitionnel&nbsp;: il \u00e9tablit une circulation d\u2019approvisionnement narcissique continu et mutuel entre le Moi et ses projections dans le monde ext\u00e9rieur (qui d\u00e8s lors est inclus dans le sentiment de Soi).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa57\">Au contraire, le narcissisme de mort n\u2019acc\u00e8de pas \u00e0 la transitionnalit\u00e9&nbsp;: la s\u00e9paration entre Moi et Non-Moi est soit inexistante, soit radicale et d\u00e9terminant alors une logique de la d\u00e9perdition&nbsp;: l\u2019expansion de l\u2019un implique n\u00e9cessairement l\u2019appauvrissement de l\u2019autre. Grandir, se d\u00e9velopper, ne peut se concevoir que comme incorporation &#8211; sous-tendue par l\u2019envie (Klein, 1957) &#8211; se faisant au d\u00e9triment de l\u2019autre, par le vol, la d\u00e9possession, l\u2019emprise intrusive, l\u2019empi\u00e8tement intrapsychique. D\u2019o\u00f9 l\u2019installation pr\u00e9coce et durable d\u2019un v\u00e9cu schizo-parano\u00efde (Klein, 1946), puisque le fait m\u00eame de vivre suppose que d\u2019autres en p\u00e2tissent, et y r\u00e9agissent par une agression, dans un processus dont la terminaison ne peut \u00eatre que la destruction&nbsp;: destruction du Soi r\u00e9duit au Moi, ou destruction du monde. Mais l\u2019impasse est totale, car la destruction du monde a pour cons\u00e9quence ultime la disparition concomitante du Soi\/Moi, condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019inanition. D\u00e8s lors, la seule et unique solution du narcissisme de mort, solution sans cesse menac\u00e9e et toujours mena\u00e7ante, est un contr\u00f4le pers\u00e9cutif d\u2019un monde qui doit \u00eatre r\u00e9duit en esclavage, c\u2019est-\u00e0-dire \u00eatre priv\u00e9 de toute cr\u00e9ativit\u00e9 propre pour ne servir qu\u2019\u00e0 nourrir le d\u00e9veloppement du Moi. Le mouvement d\u2019expansion prend ici une toute autre forme, celle de la contrainte&nbsp;: car si le Moi doit absolument se d\u00e9velopper pour \u00eatre en mesure de contr\u00f4ler le monde, cela suppose un d\u00e9veloppement correspondant du monde pour y trouver de quoi nourrir cette inflation du Moi, ce qui augmente la menace, sans aucune autre limite pensable que la destruction finale.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa58\">La proph\u00e9tie dans ce contexte est l\u2019agent de la destruction qu\u2019elle annonce, mais elle serait sans effet si elle ne rencontrait le vecteur de la croyance parano\u00efde. C\u2019est le fait que Voldemort soit fondamentalement&nbsp;convaincu que la destruction est \u00e0 la fin de tout la seule issue, qui fait qu\u2019il croit \u00e0 la proph\u00e9tie et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 vitale d\u2019\u00e9liminer le b\u00e9b\u00e9 Harry. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette croyance qui fait de lui l\u2019agent de sa propre destruction.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa59\">Le narcissisme de mort a donc partie li\u00e9e avec une croyance paradoxale&nbsp;: croyance au destin annonc\u00e9 par la proph\u00e9tie, mais simultan\u00e9ment d\u00e9ni partiel de la croyance, seule mani\u00e8re de conserver l\u2019espoir d\u2019un contr\u00f4le du destin.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9traqueurs et Horcruxes, m\u00e9lancolie et parano\u00efa<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa60\">La suite de la confrontation entre Harry et Voldemort s\u2019inscrit dans le prolongement de cette logique de la destruction en miroir. Deux cr\u00e9ations romanesques tr\u00e8s originales repr\u00e9sentent les probl\u00e9matiques centrales de Harry et de Voldemort&nbsp;: les D\u00e9traqueurs pour le premier, figuration du noyau m\u00e9lancolique&nbsp;; et les Horcruxes pour le second, solution d\u2019encapsulement et d\u2019externalisation de parts cliv\u00e9es du psychisme, \u00e9rig\u00e9e pour pr\u00e9server une existence qu\u2019elle condamne dans le m\u00eame mouvement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les D\u00e9traqueurs<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa61\">Au fil des tomes, le risque d\u2019une d\u00e9compensation de type m\u00e9lancolique se pr\u00e9cise pour Harry. M\u00e9lanie Klein, d\u00e8s 1934, d\u00e9crit une position d\u00e9pressive, processus psychique central dans le d\u00e9veloppement de la personnalit\u00e9. L\u2019abord de cette position est initi\u00e9 par la capacit\u00e9 progressive du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 faire la synth\u00e8se des aspects cliv\u00e9s et partiels de l\u2019objet. Le b\u00e9b\u00e9 prend conscience du fait que sa propre destructivit\u00e9 menace ses objets d\u2019amour ce qui entra\u00eene une angoisse majeure de les d\u00e9truire avec sa haine. Ce sentiment douloureux d\u2019angoisse, de d\u00e9sespoir et de culpabilit\u00e9 m\u00eal\u00e9s, qui est par essence l\u2019angoisse d\u00e9pressive, va d\u00e9boucher sur le d\u00e9veloppement de m\u00e9canismes de r\u00e9paration et d\u2019un sentiment de sollicitude pour les objets aim\u00e9s. Si, en lien avec des v\u00e9cus difficiles de la petite enfance, les clivages schizo\u00efdes ont \u00e9t\u00e9 puis sants, et qu\u2019une haine intense dirig\u00e9e contre un mauvais objet pr\u00e9vaut, l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019angoisse et de la culpabilit\u00e9 lors de l\u2019abord de la position d\u00e9pressive menace le psychisme&nbsp;: des m\u00e9canismes de d\u00e9fense drastiques se mettent en place, en particulier une recrudescence du clivage, et le fant\u00f4me de la d\u00e9pression m\u00e9lancolique se profile.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa62\">Chez Harry, on peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que la perte violente et soudaine de ses parents ait entrav\u00e9 le processus d\u2019\u00e9laboration de la position d\u00e9pressive, rendant impensables ses mouvements agressifs \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses parents, maintenus cliv\u00e9s pour pr\u00e9server des objets parentaux id\u00e9aux. L\u2019affrontement du noyau m\u00e9lancolique, r\u00e9activ\u00e9 par le processus adolescent, est repr\u00e9sent\u00e9 chez Harry par les D\u00e9traqueurs (la premi\u00e8re confrontation se passe lors de la troisi\u00e8me rentr\u00e9e scolaire, dans le train de Poudlard)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>ils jouissent de la pourriture et du d\u00e9sespoir, ils vident de toute paix, de tout espoir, de tout bonheur, l\u2019air qui les entoure \u2026 toute sensation de plaisir, tout souvenir heureux disparaissent. Si on lui en donne le temps, le D\u00e9traqueur se nourrit des autres jusqu\u2019\u00e0 les r\u00e9duire \u00e0 quelque chose qui lui ressemble<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa63\">L\u2019ombre glac\u00e9e du&nbsp;<em>D\u00e9traqueur<\/em>&nbsp;tombe sur le moi, pourrait-on dire&nbsp;; le pouvoir des&nbsp;<em>D\u00e9traqueurs<\/em>&nbsp;repose en effet sur leur capacit\u00e9 \u00e0 induire chez leur victime une r\u00e9surgence hallucinatoire des v\u00e9cus traumatiques&nbsp;: leur approche se manifeste pour Harry par le fait qu\u2019il entend les derni\u00e8res paroles de sa m\u00e8re et ses cris alors qu\u2019elle est assassin\u00e9e par Voldemort, r\u00e9viviscence de ce noyau traumatique et de la culpabilit\u00e9 primaire qui l\u2019accompagne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa64\">Dans le prolongement de la formule freudienne de&nbsp;<em>Deuil et m\u00e9lancolie<\/em>&nbsp;(1915) de l\u2019ombre de l\u2019objet tombant sur le moi, R. Roussillon (2008) consid\u00e8re que l\u2019incorporation (qualifi\u00e9e d\u2019identification narcissique) de l\u2019objet perdu pers\u00e9cuteur s\u2019accompagne d\u2019une perte de la diff\u00e9renciation moi\/ non-moi. Dans cette perspective, le baiser des D\u00e9traqueurs qui enl\u00e8ve toute joie de vivre et aspire l\u2019\u00e2me figure cette incorporation indiff\u00e9renciatrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la premi\u00e8re forme de la mort de soi<\/em>, \u00e9crit Roussillon,&nbsp;<em>serait celle issue de la perte de la diff\u00e9rence avec l\u2019objet, celle de l\u2019inceste r\u00e9alis\u00e9, celle de l\u2019indiff\u00e9renciation\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb (Roussillon, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa65\">Harry va progressivement apprendre \u00e0 \u00e9loigner les&nbsp;<em>D\u00e9traqueurs<\/em>, qui repr\u00e9sentent son lien m\u00e9lancolique \u00e0 un mauvais objet interne, en cr\u00e9ant un&nbsp;<em>Patronus<\/em>, v\u00e9ritable activation d\u2019un bon objet interne protecteur&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019une silhouette lumineuse \u2013 repr\u00e9sentant g\u00e9n\u00e9ralement un animal \u2013 qui \u00ab&nbsp;<em>jaillit de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de sa baguette<\/em>&nbsp;\u00bb lorsque le sorcier, se concentrant sur un souvenir particuli\u00e8rement heureux, prononce la formule magique \u00ab&nbsp;<em>spero patronum<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Le patronus \u2026 repr\u00e9sente une force positive, une projection de tout ce qui sert de nourriture aux D\u00e9traqueurs \u2013 l\u2019espoir, le bonheur, le d\u00e9sir de vivre \u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. Or, le&nbsp;<em>Patronus<\/em>&nbsp;de Harry est le m\u00eame que celui de son p\u00e8re \u2026 On voit appara\u00eetre ici la fonction tierce d\u2019un bon objet paternel permettant le d\u00e9gagement d\u2019un lien m\u00e9lancolique \u00e0 un mauvais objet maternel. Il est remarquable que ce soit le professeur Lupin qui \u00e9claire Harry sur la nature des&nbsp;<em>D\u00e9traqueurs<\/em>. En effet, Lupin est lui-m\u00eame un personnage cliv\u00e9, honn\u00eate sorcier soucieux de son prochain le jour, loup-garou d\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit \u00e0 l\u2019approche de la pleine lune&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>on peut continuer \u00e0 exister sans son \u00e2me, tant que le c\u0153ur et le cerveau fonctionnent. Mais on<\/em>&nbsp;<em>n\u2019a plus aucune conscience de soi, plus de m\u00e9moire, plus \u2026 rien<\/em>.&nbsp;<em>Et plus aucune chance de gu\u00e9rison. On existe, c\u2019est tout. Comme une coquille vide<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette description d\u2019une destruction m\u00e9lancolique du soi est impressionnante, elle n\u2019est pas sans \u00e9voquer celle que fait Winnicott du Self, divis\u00e9 entre une coquille et un noyau (Winnicott, 1952).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa66\">Dans les tomes suivants, les&nbsp;<em>D\u00e9traqueurs<\/em>&nbsp;sont toujours pr\u00e9sents mais passent davantage \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan du sc\u00e9nario, tandis que Harry se retrouve de mani\u00e8re croissante en contact avec des \u00e9l\u00e9ments de sa propre d\u00e9pression qu\u2019il va devoir affronter. Cette descente progressive dans la d\u00e9pression \u2013 avec \u00e0 certains moments un risque m\u00e9lancolique qui resurgit \u2013 le m\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 l\u2019errance solitaire du dernier tome o\u00f9 il est submerg\u00e9 par la culpabilit\u00e9, l\u2019impuissance, la d\u00e9valorisation mais aussi la col\u00e8re et le d\u00e9couragement.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa67\">A la fin du tome 7, Harry en est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que la seule mani\u00e8re de d\u00e9truire d\u00e9finitivement Voldemort, la seule issue qui pr\u00e9serve le monde d\u2019une emprise \u00e9ternelle du Mal, est son propre sacrifice. Il pense aussi que c\u2019est ce que Dumbledore attendait de lui, sans avoir jamais os\u00e9 le lui dire clairement. Il s\u2019y r\u00e9signe, et s\u2019en va \u00e0 la rencontre de Voldemort, sans chercher \u00e0 se d\u00e9fendre. Cependant, le sortil\u00e8ge mortel de Voldemort ne tue pas Harry, il d\u00e9truit l\u2019<em>Horcruxe<\/em>&nbsp;de Voldemort en lui et l\u2019en d\u00e9livre. Harry est alors transport\u00e9 dans un lieu irr\u00e9el, &#8211; qui est en m\u00eame temps la gare de King\u2019s Cross, celle du d\u00e9part pour Poudlard &#8211; un espace interm\u00e9diaire o\u00f9 il rencontre Dumbledore, pourtant d\u00e9funt, qui lui donne toutes les explications manquantes. Ce dialogue extraordinaire entre Dumbledore, qui est mort, et Harry, qui pense l\u2019\u00eatre, se conclut par cette remarque du premier, que ne d\u00e9savouerait pas Winnicott&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Bien s\u00fbr que \u00e7a se passe dans ta t\u00eate, Harry, mais pourquoi donc faudrait-il en conclure que ce n\u2019est pas r\u00e9el&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb Harry le quitte alors pour l\u2019affrontement final avec Voldemort.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa68\">Il est \u00e0 noter que dans cette ultime confrontation, J.K. Rowling restaure la pens\u00e9e logique et la fonction structurante de la loi, qui reprend le dessus sur la magie et l\u2019omnipotence&nbsp;: Voldemort, qui croit poss\u00e9der la baguette magique la plus puissante qui soit, est pourtant tu\u00e9 par son propre sort, qui se retourne contre lui. En effet, cette baguette de sureau, conforme en cela \u00e0 la loi \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb qui r\u00e9git le fonctionnement des baguettes magiques, ob\u00e9it et prot\u00e8ge son propri\u00e9taire l\u00e9gitime, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui s\u2019en est rendu ma\u00eetre au d\u00e9triment du propri\u00e9taire pr\u00e9c\u00e9dent. Or Voldemort, qui a subtilis\u00e9 la baguette en violant le caveau de Dumbledore, cro\u00eet s\u2019en \u00eatre rendu ma\u00eetre en tuant Severus Rogue, qui lui-m\u00eame avait tu\u00e9 Dumbledore. Mais, obnubil\u00e9 par la violence et la mort, il n\u00e9glige le fait qu\u2019avant d\u2019\u00eatre tu\u00e9, Dumbledore a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9sarm\u00e9 par un jeune \u00ab&nbsp;Mangemort&nbsp;\u00bb, Drago Malefoy. Et Drago \u00e0 son tour a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sarm\u00e9 par Harry. Celui-ci, d\u00e8s lors, est reconnu comme son l\u00e9gitime d\u00e9tenteur, et \u00e0 ce titre prot\u00e9g\u00e9, par la baguette ill\u00e9gitimement d\u00e9tenue par Voldemort.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les Horcruxes&nbsp;: clivage psychotique et ali\u00e9nation du Soi<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa69\">Sur le plan de la description m\u00e9taphorique d\u2019un ensemble de processus d\u00e9veloppementaux et d\u00e9fensifs susceptibles de prendre place \u00e0 l\u2019adolescence, la \u00ab&nbsp;trouvaille&nbsp;\u00bb des Horcruxes, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e plus haut, t\u00e9moigne d\u2019une intuition remarquable, chez J.K. Rowling, de m\u00e9canismes d\u00e9fensifs extr\u00eamement archa\u00efques. Il s\u2019agit en effet, dans la description qui en est faite, bribes par bribes, dans les derniers tomes de la saga, du d\u00e9p\u00f4t de parties du Moi dans des objets, anim\u00e9s ou inanim\u00e9s, effectu\u00e9 par Voldemort pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9. C\u2019est tr\u00e8s clairement la menace d\u2019\u00eatre d\u00e9truit qui le pousse \u00e0 mettre en place ce proc\u00e9d\u00e9 qui est d\u00e9crit comme ali\u00e9nant&nbsp;: le Moi perd le contact avec les parties ainsi encrypt\u00e9es &#8211; au point de ne pouvoir sentir lorsqu\u2019elles sont effectivement d\u00e9couvertes et d\u00e9truites. Ce m\u00e9canisme accompagne et soutient chez Voldemort le d\u00e9ploiement progressif de la psychose parano\u00efaque.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa70\">Ce proc\u00e9d\u00e9 d\u00e9fensif, primitif et exceptionnel, est d\u00e9crit comme s\u2019accompagnant d\u2019un appauvrissement de la personnalit\u00e9 dans le domaine des relations aux autres mais aussi dans le domaine des \u00e9prouv\u00e9s et des v\u00e9cus affectifs. Il s\u2019accompagne de l\u2019apparition de stigmates physiques \u2013 Tom Jedusor, qui \u00e9tait au d\u00e9part un bel adolescent s\u00e9ducteur, se d\u00e9shumanise et prend des traits reptiliens. Nous avons mis en lien plus haut ce m\u00e9canisme de constitution des&nbsp;<em>Horcruxes<\/em>&nbsp;avec le clivage morcelant du moi sous l\u2019effet de la pulsion de mort d\u00e9crit par Bion (1956, 1957) chez ses patients psychotiques.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa71\">Ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019externalisation d\u00e9fensive de parts vivantes du Soi nous semble pouvoir \u00e9galement \u00eatre mis en rapport avec la description que fait Winnicott (1963) des effets de traumatismes pr\u00e9coces qui menacent le noyau du \u00ab&nbsp;vrai self&nbsp;\u00bb &#8211; celui qui est en contact avec ce qu\u2019il appelle les \u00ab&nbsp;objets subjectifs\u202f<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb. Pour Winnicott, ce noyau du \u00ab&nbsp;vrai self&nbsp;\u00bb ne doit jamais entrer en communication avec le monde ext\u00e9rieur (celui des objets \u00ab&nbsp;per\u00e7us objectivement&nbsp;\u00bb). Lorsque ce noyau est en risque d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert, d\u2019entrer en communication, \u00ab&nbsp;<em>la d\u00e9fense consiste \u00e0 dissimuler encore davantage le \u00ab&nbsp;self&nbsp;\u00bb secret et va m\u00eame \u00e0 l\u2019extr\u00eame jusqu\u2019\u00e0 sa projection et sa diss\u00e9mination infinie<\/em>&nbsp;\u00bb\u202f<sup>8<\/sup>. Les&nbsp;<em>Horcruxes<\/em>&nbsp;font penser \u00e0 un enkystement de ces \u00ab&nbsp;compagnons imaginaires de l\u2019enfance&nbsp;\u00bb que Winnicott (1945) \u00e9voque en relevant la dimension \u00ab&nbsp;magique&nbsp;\u00bb de cette \u00ab&nbsp;cr\u00e9ation tr\u00e8s primitive&nbsp;\u00bb\u202f<sup>9<\/sup>.&nbsp;Ces compagnons imaginaires peuvent en effet \u00eatre \u00ab&nbsp;<em>d\u2019autres selfs d\u2019un type tr\u00e8s primitifs<\/em>&nbsp;\u00bb, qui peuvent prendre une fonction d\u00e9fensive contre des angoisses pers\u00e9cutives orales et anales.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les liens entre noyau m\u00e9lancolique et noyau parano\u00efaque<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa72\">Cette lutte \u00e0 mort qui se d\u00e9ploie sur les sept tomes de la saga oppose deux personnages \u2013 un adolescent et un adulte \u2013 qui ont une part psychique commune. Cette part commune peut \u00eatre d\u00e9crite comme une part haineuse du Self li\u00e9e \u00e0 l\u2019angoisse de cesser d\u2019exister. Elle appartient au d\u00e9part \u00e0 Voldemort, et est constitu\u00e9e d\u2019angoisses archa\u00efques o\u00f9 la pers\u00e9cution et les v\u00e9cus parano\u00efdes constituent d\u00e9j\u00e0 des modalit\u00e9s d\u00e9fensives par rapport aux angoisses d\u2019an\u00e9antissement. Mais elle se m\u00eale aux parts du psychisme de Harry qui sont aux prises avec des angoisses de perte et une culpabilit\u00e9 primaire extr\u00eamement intenses, mena\u00e7ant l\u2019unit\u00e9 de son Soi. L\u2019existence de cette part commune se manifeste de diverses fa\u00e7ons. Ainsi, Harry comprend et parle le&nbsp;<em>Fourchelang<\/em>, le langage des serpents, qu\u2019il partage avec Voldemort et qui est li\u00e9 aux transformations \u00ab&nbsp;reptiliennes&nbsp;\u00bb du psychisme de celui-ci, sous l\u2019effet des clivages. A certains moments \u00e9galement, en particulier lorsque Voldemort est aux prises avec des \u00e9motions violentes (lorsqu\u2019il est \u00ab&nbsp;hors de lui&nbsp;\u00bb), Harry se retrouve dans l\u2019esprit de Voldemort. L\u2019intensit\u00e9 des mouvements destructeurs communs \u00e0 Harry et Voldemort mais cliv\u00e9s, ressentis comme ne lui appartenant pas chez Harry, vont avoir un destin diff\u00e9rent pour l\u2019un et l\u2019autre&nbsp;; l\u2019existence d\u2019un noyau de bons objets internes va permettre \u00e0 Harry d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la position d\u00e9pressive mais la culpabilit\u00e9 massive li\u00e9e \u00e0 sa destructivit\u00e9 risque de l\u2019entra\u00eener vers la m\u00e9lancolie&nbsp;; Voldemort par contre est incapable de sollicitude pour l\u2019objet et reste dans un fonctionnement schizo-parano\u00efde.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa73\">La part d\u2019identit\u00e9 commune \u00e0 Voldemort et Harry se trouve consid\u00e9rablement renforc\u00e9e par le choix de Voldemort de pr\u00e9lever le sang de Harry pour op\u00e9rer sa propre r\u00e9surrection. Cette \u00ab&nbsp;trans-fusion&nbsp;\u00bb, dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 plus haut, fait p\u00e9n\u00e9trer dans la r\u00e9incarnation m\u00eame de Voldemort non pas la puissance qu\u2019il escompte mais l\u2019essence m\u00eame du sacrifice de la m\u00e8re de Harry, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui constitue pour lui la menace supr\u00eame&nbsp;: la pr\u00e9occupation maternelle, paradigme de la sollicitude pour autrui. Mais en outre, il se produit, \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019action d\u2019un anticorps, une activation de cette part commune, de cette parent\u00e9 psychique, dont Dumbledore esp\u00e8re qu\u2019elle affaiblira la puissance destructrice de Voldemort lorsqu\u2019il tentera de la diriger contre Harry, comme il le confie \u00e0 Rogue dans le dialogue qui suit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa74\">Dumbledore&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e2me de Voldemort, mutil\u00e9e comme elle l\u2019est, ne peut supporter un contact \u00e9troit avec une \u00e2me comme celle de Harry. Telle la langue sur l\u2019acier gel\u00e9, ou la chair dans le feu \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa75\">Rogue&nbsp;:&nbsp;<em>L\u2019\u00e2me&nbsp;? Nous parlions d\u2019esprit \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa76\">Dumbledore&nbsp;:&nbsp;<em>Dans le cas de Harry et de Lord Voldemort, quand ou parle de l\u2019un, on parle aussi de l\u2019autre<\/em>&nbsp;\u00bb\u202f<sup>10<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa77\">Les baguettes magiques constituent un autre lien entre les fonctionnements d\u00e9pressifs et schizo-parano\u00efdes. Dans l\u2019 \u00ab&nbsp;\u00eatre-sorcier&nbsp;\u00bb en effet, la baguette magique occupe, comme cela a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, une place tr\u00e8s particuli\u00e8re&nbsp;: son choix proc\u00e8de d\u2019une sorte de reconnaissance mutuelle, d\u2019identit\u00e9 de nature et de caract\u00e8re, la baguette choisissant son propri\u00e9taire autant qu\u2019elle est choisie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019empreinte rend compte de l\u2019existence, entre la baguette acquise par Harry et celle de Voldemort, d\u2019une parent\u00e9, d\u2019une communaut\u00e9, ignor\u00e9e de leurs propri\u00e9taires, mais qui s\u2019exprimera dans une r\u00e9sistance autonome des baguettes \u00e0 la violence que leurs propri\u00e9taires \u2013 du moins Voldemort \u2013 entend leur faire exercer contre l\u2019autre. La baguette de Voldemort elle-m\u00eame s\u2019av\u00e8re dans ces occurrences prendre une fonction protectrice \u2013 voire m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chissante, \u00e0 la mani\u00e8re du bouclier maternel &#8211; \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Harry.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa78\">Cette part commune cependant s\u2019inscrit chez Harry en continuit\u00e9 avec une probl\u00e9matique d\u00e9pressive, menac\u00e9e \u00e0 certains moments par une issue m\u00e9lancolique. Chez Voldemort, elle participe d\u2019un fonctionnement psychotique, et fait partie des clivages qui organisent la survie de son Moi, en lien avec des fantasmes d\u2019immortalit\u00e9 et de toute puissance.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa79\">Cette part commune entre Harry et Voldemort r\u00e9v\u00e8le le potentiel de destructivit\u00e9 mortif\u00e8re li\u00e9 aux noyaux traumatiques que chacun d\u2019entre eux porte en lui&nbsp;; mais elle appara\u00eet \u00e9galement comme ce qui peut en permettre le traitement. Rowling propose les m\u00e9ta phores des&nbsp;<em>D\u00e9traqueurs<\/em>&nbsp;et des&nbsp;<em>Horcruxes<\/em>&nbsp;pour repr\u00e9senter les issues extr\u00eames des probl\u00e9matiques m\u00e9lancoliques et parano\u00efaques, o\u00f9 le sacrifice vital est total.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa80\">Tout \u00e0 la fin de la saga, lors du dialogue onirique entre le fant\u00f4me de Dumbledore et Harry entre la vie et la mort, apr\u00e8s la destruction du dernier&nbsp;<em>Horcruxe<\/em>&nbsp;en lui-m\u00eame, c\u2019est l\u2019image poignante d\u2019un b\u00e9b\u00e9 en d\u00e9tresse majeure, hurlant de douleur et de terreur, que l\u2019auteur fait advenir&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la forme d\u2019un petit enfant nu, recroquevill\u00e9 par terre, la peau \u00e0 vif, r\u00eache, comme \u00e9corch\u00e9e, (et) reposait, frissonnante, sous le si\u00e8ge o\u00f9 on l\u2019avait laiss\u00e9e, rejet\u00e9e, cach\u00e9e \u00e0 la vue, luttant pour respirer<\/em>&nbsp;\u00bb. Nous comprenons qu\u2019il s\u2019agit de la derni\u00e8re part, ab\u00eem\u00e9e et non viable, de ce qui f\u00fbt un potentiel humain, au stade ultime des amputations du Self r\u00e9sultant des clivages, pour laquelle, comme le dit Dumbledore, \u00ab&nbsp;<em>aucune aide n\u2019est possible<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: tout ce qui subsiste encore de Voldemort \u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa81\">Auparavant, lorsque Harry d\u00e9cide d\u2019aller \u00e0 la rencontre de Voldemort et de se laisser tuer pour que le dernier&nbsp;<em>Horcruxe<\/em>&nbsp;en lui soit d\u00e9truit et que Voldemort puisse \u00eatre d\u00e9finitivement \u00e9limin\u00e9, on pourrait penser \u00e0 un suicide sacrificiel m\u00e9lancolique visant \u00e0 \u00e9liminer le mauvais objet interne auquel il est identifi\u00e9. Cependant, Harry peut traverser sans encombre un groupe de&nbsp;<em>D\u00e9traqueurs<\/em>, soutenu par la pr\u00e9sence de ses bons objets internes (ses parents, son parrain Sirius Black\u2026). Cette mort accept\u00e9e par Harry dans un mouvement de r\u00e9paration vise la conservation de la vitalit\u00e9 menac\u00e9e par la destructivit\u00e9 parano\u00efaque&nbsp;; un tel sacrifice est \u00e0 la fois tr\u00e8s proche d\u2019une issue m\u00e9lancolique, mais il en diff\u00e8re profond\u00e9ment pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il implique une conservation du lien aux bons objets internes&nbsp;; certes, comme dans la m\u00e9lancolie, ce sacrifice vise la destruction d\u2019un mauvais objet interne, mais celui-ci, auparavant encrypt\u00e9, est d\u00e9sormais reconnu comme le r\u00e9sultat d\u2019une pure projection \u00e9manant de l\u2019objet primaire&nbsp;: la diff\u00e9renciation moi\/non-moi est restaur\u00e9e. L\u2019affrontement de la mort, accept\u00e9e mais non souhait\u00e9e, constitue de ce point de vue un mode de sortie d\u2019une identification projective ali\u00e9nante. Ce processus ainsi \u00e9clair\u00e9 nous permet d\u2019avancer que la r\u00e9duction d\u2019un clivage des parties haineuses est n\u00e9cessaire \u00e0 la gu\u00e9rison d\u2019un noyau m\u00e9lancolique. C\u2019est ce que met en sc\u00e8ne Rowling dans les trois derniers tomes de la saga, apr\u00e8s la mort du rival de Harry, Cedric, tu\u00e9 par Voldemort&nbsp;: Harry, confront\u00e9 au doute et \u00e0 la culpabilit\u00e9, est de plus en plus angoiss\u00e9, repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, pers\u00e9cut\u00e9, agressif, voire violent, \u00e0 mesure qu\u2019il entre en contact plus \u00e9troit en lui-m\u00eame avec la violence haineuse de Voldemort. La t\u00e2che qu\u2019il identifie de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019\u00eatre seul \u00e0 pouvoir affronter le mal en lui-m\u00eame, est \u00e9crasante et enclenche le mouvement m\u00e9lancolique tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9 de pers\u00e9cution. Ce contact de plus en plus intime avec le noyau schizo-parano\u00efde inclus en lui-m\u00eame, par le biais de l\u2019identification projective ali\u00e9nante, appara\u00eet comme n\u00e9cessaire \u00e0 sa gu\u00e9rison et, par ce biais, au traitement du noyau m\u00e9lancolique. C\u2019est sans doute la raison pour laquelle Harry r\u00e9siste, plus ou moins inconsciemment, \u00e0 l\u2019apprentissage, que veulent lui imposer Dumbledore et Rogue, de la \u00ab&nbsp;l\u00e9gimancie&nbsp;\u00bb&nbsp;: cette technique de contr\u00f4le de son psychisme permettant d\u2019emp\u00eacher qu\u2019il puisse faire l\u2019objet d\u2019une intrusion par l\u2019autre, ici Voldemort, lui ferait perdre la communication avec l\u2019esprit de celui-ci, et donc selon notre hypoth\u00e8se avec ses propres parties haineuses projet\u00e9es en lui. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cet empi\u00e8tement psychique qui \u00e0 la fois lui fait \u00e9prouver les d\u00e9sirs meurtriers de Voldemort, jusqu\u2019\u00e0 ne plus savoir s\u2019ils lui appartiennent ou non, et les combattre efficacement. C\u2019est ainsi par exemple qu\u2019il a pu se sentir acteur de la tentative de meurtre de Mr Weasley, le p\u00e8re de Ron,&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;le serpent Nagini, et en m\u00eame temps le sauver&nbsp;: la r\u00e9paration, qui permet de sortir de la pers\u00e9cution et de la destructivit\u00e9, n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00e9prouver et de reconna\u00eetre cette destructivit\u00e9 comme sienne pour \u00eatre en mesure de la combattre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ouvertures conclusives<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa82\">Ces consid\u00e9rations relatives aux liens entre la projection parano\u00efaque du noyau schizo-parano\u00efde, et le processus m\u00e9lancolique, am\u00e8nent la question de l\u2019am\u00e9nagement des dispositifs th\u00e9rapeutiques n\u00e9cessaires au traitement des noyaux m\u00e9lancoliques&nbsp;: la co-existence de la double pr\u00e9sence, fonctionnellement cliv\u00e9e, d\u2019un environnement \u00ab&nbsp;suffisamment bon&nbsp;\u00bb assez puissant et vuln\u00e9rable, mais constant, qui r\u00e9siste \u00e0 la destructivit\u00e9, qui survit&nbsp;; et, tout aussi importante, d\u2019un support \u00ab&nbsp;objectif&nbsp;\u00bb \u00e0 la projection d\u2019un mauvais objet interne encrypt\u00e9, puissant lui aussi, redoutable et meurtrier, pouvant faire l\u2019objet d\u2019une d\u00e9toxification progressive par l\u2019identification projective, d\u2019abord ali\u00e9nante, puis de plus en plus introjective. Sans doute retrouvons nous ici certaines des propositions de Winnicott (1948) dans son article sur&nbsp;<em>La haine dans le contre-transfert<\/em>, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il est vraisemblable que ces deux versants du lien th\u00e9rapeutiques doivent en g\u00e9n\u00e9ral nous orienter vers des dispositifs de soins bifocaux.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa83\">Une autre interpr\u00e9tation de la saga de Harry Potter, que nous n\u2019avons pas \u00e9voqu\u00e9e jusqu\u2019ici mais qui se situe dans la lign\u00e9e des d\u00e9veloppements sur les noyaux m\u00e9lancoliques et schizo-parano\u00efdes, serait celle, face \u00e0 l\u2019effet ravageur pour un enfant d\u2019une distorsion grave du lien primaire, de l\u2019\u00e9rection d\u2019un roman familial au statut de construction d\u00e9lirante sur l\u2019origine. Dans cette optique, la chute du dernier tome, o\u00f9 l\u2019on voit Harry reprendre \u00e0 son tour un mode de vie \u00ab&nbsp;normalis\u00e9&nbsp;\u00bb qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer celui des \u00ab&nbsp;Moldus&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9clairerait, sur un mode moins \u00ab&nbsp;<em>happy end<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: apr\u00e8s une exp\u00e9rience psychotique \u00e0 l\u2019adolescence, un r\u00e9tablissement dans une certaine \u00ab&nbsp;sant\u00e9&nbsp;\u00bb apparente, en faux self, calqu\u00e9e sur une \u00ab&nbsp;normalit\u00e9&nbsp;\u00bb familiale, \u00e0 la fois r\u00e9paratrice dans une certaine mesure, mais au prix du d\u00e9sinvestissement ou de la r\u00e9pression des secteurs \u00ab&nbsp;fous&nbsp;\u00bb mais \u00e9galement potentiellement cr\u00e9atifs de son fonctionnement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Severus Rogue appara\u00eet comme la figure d\u2019un destin psychopathologique interm\u00e9diaire entre ceux de Harry et de Voldemort. Rogue est, lui aussi, un personnage dont la petite enfance a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par les carences, les violences, les secrets familiaux, et, surtout, l\u2019humiliation. Amoureux d\u00e8s l\u2019enfance de Lily, celle qui deviendra la m\u00e8re de Harry, il d\u00e9veloppe une haine intense \u00e0 l\u2019\u00e9gard du p\u00e8re de Harry, qu\u2019il d\u00e9placera ensuite sur ce dernier. Chez Rogue, \u00ab&nbsp;sang-m\u00eal\u00e9&nbsp;\u00bb, moqu\u00e9 et maltrait\u00e9 par ses condisciples plus chanceux (le p\u00e8re de Harry et son parrain, Sirius Black, issus de familles de sorciers prestigieux), l\u2019humiliation est le moteur de son attrait pour Voldemort, et la revanche qu\u2019il promet. Cependant, ayant entendu la proph\u00e9tie et l\u2019ayant confi\u00e9e \u00e0 Voldemort, il se sent coupable de la mort de la m\u00e8re de Harry, sa bien-aim\u00e9e, dont Voldemort avait dit qu\u2019il l\u2019\u00e9pargnerait. D\u00e8s lors, Rogue va trahir Voldemort et jurer fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Dumbledore, en m\u00e9moire de Lily. Il tiendra cet engagement, alors m\u00eame que l\u2019intensit\u00e9 de sa haine le maintient profond\u00e9ment et intimement proche des Mangemort. La raison en est qu\u2019\u00e0 travers l\u2019amour qu\u2019il portait \u00e0 Lily, et l\u2019amiti\u00e9 et au respect que celle-ci lui t\u00e9moignait en retour, il a eu acc\u00e8s \u00e0 la position d\u00e9pressive et \u00e0 la culpabilit\u00e9.<\/li><li>Dans un article pr\u00e9c\u00e9dent, l\u2019un de nous (Matot, 2010) a mentionn\u00e9 les travaux de A. Gell pour qui \u00ab&nbsp;le pouvoir des objets d\u2019art provient des proc\u00e9d\u00e9s techniques qu\u2019ils incarnent objectivement&nbsp;: la technologie de l\u2019enchantement est fond\u00e9e sur l\u2019enchantement de la technologie. L\u2019enchantement de la technologie est le pouvoir qu\u2019ont les proc\u00e9d\u00e9s techniques de nous envo\u00fbter de telle mani\u00e8re que nous voyons le vrai monde sous une forme enchant\u00e9e.&nbsp;\u00bb (Gell, 1992, cit\u00e9 par Wastiau, 2008).<\/li><li>Les trois reliques sont la baguette de sureau (plus puissante que n\u2019importe quelle autre, assurant la victoire \u00e0 son propri\u00e9taire), la pierre de r\u00e9surrection (qui a le pouvoir de ressusciter les morts) et la cape d\u2019invisibilit\u00e9<\/li><li>Harry n\u2019apprend de Dumbledore que bien plus tard &#8211; dans le tome cinq, lorsqu\u2019il a seize ans &#8211; que ces meurtres sont li\u00e9s \u00e0 la proph\u00e9tie selon laquelle il serait celui qui seul pourrait le vaincre.<\/li><li>Les six Horcruxes \u00e9tant le Journal de Jedusor, le serpent Nagimi, le m\u00e9daillon et la bague de Serpentard, la coupe en or de Poudsoufle et le diad\u00e8me de Serdaigle<\/li><li>Les \u00ab&nbsp;Horcruxes&nbsp;\u00bb choisis par Voldemort soit tentent de r\u00e9tablir, ou d\u2019inscrire dans une \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 magique&nbsp;\u00bb, un lien de filiation grandiose aux p\u00e8res fondateurs de Poudlard&nbsp;: la bague et le m\u00e9daillon qui le lient \u00e0 Serpentard, le diad\u00e8me \u00e0 Serdaigle, la coupe \u00e0 Poudsoufle&nbsp;; soit ils constituent des doubles de lui-m\u00eame&nbsp;: le cahier intime, le serpent Nagini, et, accidentellement, son double positif, Harry \u2026<\/li><li>Pour Winnicott, les objets \u00ab&nbsp;subjectifs&nbsp;\u00bb ne sont pas diff\u00e9renci\u00e9s du Self et rel\u00e8vent de l\u2019exp\u00e9rience fondatrice de l\u2019omnipotence infantile, par opposition aux \u00ab&nbsp;objets objectifs&nbsp;\u00bb qui sont plac\u00e9s en dehors de la zone d\u2019omnipotence du&nbsp;<em>Self<\/em>&nbsp;et sont reconnus comme disposant d\u2019une existence propre<\/li><li>Et Winnicott ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous pouvons comprendre la haine que les gens ont eue contre la psychanalyse qui a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 si loin dans la personnalit\u00e9 humaine, et qui repr\u00e9sente une menace \u00e0 l\u2019\u00e9gard du besoin de l\u2019individu d\u2019\u00eatre secr\u00e8tement isol\u00e9&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1963).<\/li><li>On sait que chez Winnicott la cr\u00e9ation est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une r\u00e9action d\u2019auto-engendrement li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9faillance de l\u2019objet (Roussillon, 2008), tandis que la cr\u00e9ativit\u00e9 r\u00e9sulte de la survie de l\u2019objet qui permet la libre expression de l\u2019agressivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la vitalit\u00e9<\/li><li>Rogue, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, se prot\u00e8ge de ses blessures amoureuses et des humiliations subies en adoptant une ligne de conduite qu\u2019il peut consid\u00e9rer comme droite et vertueuse \u2013 peu lui importe que pour les autres il passe pour mauvais, l\u00e2che, ou tra\u00eetre. M\u00eame l\u2019opinion de Dumbledore n\u2019est pas essentielle pour lui, elle lui est plut\u00f4t n\u00e9cessaire pour mener \u00e0 bien la mission qu\u2019il s\u2019est donn\u00e9e. En quelque sorte, son existence authentique est r\u00e9duite \u00e0 une union virtuelle avec la femme qu\u2019il aime et qui est morte, Lily. C\u2019est avec elle qu\u2019il existe vraiment en tant qu\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e2me&nbsp;\u00bb&nbsp;; par ailleurs, il est un esprit qui raisonne, r\u00e9fl\u00e9chit, en fonction des buts concrets qu\u2019il s\u2019assigne. D\u00e8s lors pour lui, il s\u2019agit d\u2019esprit, l\u2019\u00e2me est quelque chose de profond\u00e9ment enfoui et cach\u00e9. La lutte contre Voldemort ne peut \u00eatre pour lui qu\u2019une lutte de l\u2019esprit, et voil\u00e0 que Dumbledore est en train de lui parler d\u2019une lutte dont l\u2019agent est l\u2019\u00e2me elle-m\u00eame \u2026 Cette distinction entre \u00e2me et esprit \u00e9voque celle que fait Winnicott entre&nbsp;<em>soul<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>mind<\/em>.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Anzieu D. (1985),\u00a0<em>Le Moi-peau<\/em>, Paris, Dunod.<\/li><li>Bion W. (1962),\u00a0<em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, Paris, PUF, 1979<\/li><li>Bion W. (1956), \u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e schizophr\u00e9nique\u00a0\u00bb in\u00a0<em>R\u00e9flexion faite<\/em>, PUF, 1983.<\/li><li>Bion W. (1957), \u00ab\u00a0Diff\u00e9renciation des personnalit\u00e9s psychotique et non psychotique\u00a0\u00bb in\u00a0<em>R\u00e9flexion faite<\/em>, PUF, Paris, 1983.<\/li><li>de Mijolla-Mellor S. 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