{"id":10751,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/etude-psychopathologique-de-linfertilite-feminine-2\/"},"modified":"2021-09-16T23:40:24","modified_gmt":"2021-09-16T21:40:24","slug":"etude-psychopathologique-de-linfertilite-feminine","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/etude-psychopathologique-de-linfertilite-feminine\/","title":{"rendered":"Etude psychopathologique de l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, la mise au point et la rapide diffusion de mutiples techniques de plus en plus sophistiqu\u00e9es d\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation (AMP), tendent \u00e0 occulter la probl\u00e9matique psychique qui accompagne reguli\u00e8rement l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine. La m\u00e9decine psychosomatique en ses d\u00e9buts, qualifiait de \u00ab&nbsp;psychog\u00e8nes&nbsp;\u00bb ces situations mal explicables scientifiquement car concernant des sujets aux organes et aux fonctions physiologiques saines. La d\u00e9signation d\u2019infertilit\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e9nigmatique&nbsp;\u00bb traduisait cette incompr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement le recours \u00e0 l\u2019AMP est si rapidement engag\u00e9 par les gyn\u00e9cologues, consult\u00e9s en premi\u00e8re ligne, que le questionnement sur une causalit\u00e9 psychique \u00e9ventuelle est rarement soulev\u00e9. Le nombre de ces maternit\u00e9s pourrait encore augmenter avec de nouvelles lois ouvrant en France la PMA aux femmes seules ou en couple homosexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, le mal de vivre qui accompagne la non satisfaction du d\u00e9sir de maternit\u00e9 ne c\u00e8de pas toujours \u00e0 la naissance de l\u2019enfant procr\u00e9\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la technique. Une d\u00e9ception de la m\u00e8re vient souvent r\u00e9v\u00e9ler apr\u00e8s-coup des th\u00e9matiques psychiques non \u00e9labor\u00e9es. L\u2019enfant, contre toute \u00e9vidence n\u2019est pas le traitement id\u00e9al de l\u2019infertilit\u00e9&nbsp;; con\u00e7u gr\u00e2ce aux nouvelles technologies, il est aussi le fruit tardif de la dynamique psychique sous-jacente \u00e0 l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine (6).<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, dans l\u2019ambiance culturelle moderne travaill\u00e9e en son fondement par la psychanalyse, un certain nombre de femmes infertiles se questionnent spontan\u00e9ment et demandent \u00e0 rencontrer un psychanalyste. Leurs probl\u00e9matiques font l\u2019objet de cette \u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche d\u2019attribution d\u2019une origine psychog\u00e8ne \u00e0 l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine date du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et des premi\u00e8res formulations sur le psychisme humain. H\u00e9l\u00e8ne Deutsch (10), \u00e9l\u00e8ve de Freud, consid\u00e9rait la st\u00e9rilit\u00e9 comme un d\u00e9sordre souvent fonctionnel, donc relatif et r\u00e9versible au gr\u00e9 d\u2019\u00e9v\u00e9nements de vie non pr\u00e9visibles. Avec les fondateurs de la m\u00e9decine psychosomatique, elle notait d\u00e9j\u00e0 l\u2019impact sur la fertilit\u00e9 de sentiments hostiles d\u00e9velopp\u00e9s par la jeune femme \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, l\u2019infertilit\u00e9 peut coexister avec toutes les configurations psychologiques. Qu\u2019il s\u2019agisse de n\u00e9vrose o\u00f9 domine la conflictualit\u00e9 \u0153dipienne, d\u2019organisation psychotique avec d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 ou de structure perverse ou psychosomatique, aucune sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychologie ni de la psychopathologie ne peut \u00eatre retenue en lien significatif avec l\u2019infertilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Des grossesses spontan\u00e9es, inesp\u00e9r\u00e9es, peuvent survenir chez des femmes jusqu\u2019ici st\u00e9riles et qui adoptent un enfant. Le m\u00eame d\u00e9blocage magique d\u2019une infertilit\u00e9 durable a \u00e9t\u00e9 attest\u00e9 aux d\u00e9buts de l\u2019AMP par la survenue de grossesses chez des femmes \u00e0 peine inscrites en liste d\u2019attente pour un protocole (15) ou apr\u00e8s une seule consultation gyn\u00e9cologique d\u2019orientation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le stress, maladie du si\u00e8cle, est souvent incrimin\u00e9. Bien que cliniquement \u00e9vocateur, c\u2019est un concept vague qui peut condenser toute l\u2019histoire psychique de l\u2019individu. Il intervient chez de nombreuses jeunes femmes charg\u00e9es de responsabilit\u00e9 dans les carri\u00e8res de l\u2019entreprise o\u00f9 les enjeux et les rivalit\u00e9s sont violents.<\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement la question scientifique d\u2019une causalit\u00e9 psychique en mati\u00e8re de fertilit\u00e9, est d\u00e9laiss\u00e9e au profit de l\u2019\u00e9valuation des cons\u00e9quences \u00e9motionnelles des traitements. En effet pour les \u00e9quipes d\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation, la d\u00e9tresse des couples venant consulter repr\u00e9sente une urgence et, dans cette perspective, la collaboration avec les psychologues vise surtout \u00e0 proposer un soutien moral pendant un parcours th\u00e9rapeutique consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9prouvant. Enfin, en dehors des situations cliniques associant l\u2019infertilit\u00e9 \u00e0 d\u2019autres pathologies reconnues comme les troubles des conduites alimentaires (TCA), les \u00e9tudes ne peuvent que difficilement se soumettre aux crit\u00e8res scientifiques habituels. Si chaque praticien est bien convaincu de l\u2019existence d\u2019une part psychique dans le d\u00e9terminisme ou dans la lev\u00e9e de l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine, cette conviction reste intuitive. Issue de la clinique, elle ne rencontre ni validation quantitative dans le domaine de la recherche, ni perspective th\u00e9rapeutique sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces limites, nous pensons que, sur le terrain, les parcours biographiques et les configurations psychologiques parfois exemplaires conduisent \u00e0 des conclusions psycho-dynamiques souvent convergentes. Le nombre des patients d\u00e9\u00e7us des traitements de l\u2019infertilit\u00e9 est en augmentation. La m\u00e9diatisation des procr\u00e9ations assist\u00e9es a fait sortir de l\u2019ombre un grand nombre de consultants qui, autrefois, auraient accept\u00e9 leur sort sans recourir \u00e0 la m\u00e9decine ou se seraient tourn\u00e9s rapidement vers l\u2019adoption. Quelques psychoth\u00e9rapeutes acceptent d\u2019am\u00e9nager le cadre th\u00e9rapeutique et conceptuel de la psychanalyse classique pour s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ces cas atypiques. Leurs constatations cliniques sont \u00e0 la base de notre raisonnement et vont nous aider \u00e0 d\u00e9velopper les outils intellectuels qui font encore d\u00e9faut pour penser des facteurs psychiques \u00e0 l\u2019origine de l\u2019infertilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une pratique novatrice<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans un grand h\u00f4pital de l\u2019assistance publique, j\u2019avais eu le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre collaboratrice et t\u00e9moin de gyn\u00e9cologues aux d\u00e9buts innovants de l\u2019AMP (4). Successivement sont survenues les naissances par f\u00e9condation <em>in vitro<\/em> de Louise Brown en Angleterre et, un an plus tard, d\u2019Amandine en France gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9quipe des professeurs Frydman et Testard. A l\u2019\u00e9poque, le fort taux d\u2019\u00e9chec laissait beaucoup de sujets d\u00e9\u00e7us et on me les adressait volontiers. La confiance des coll\u00e8gues m\u2019a permis de d\u00e9velopper aupr\u00e8s de ces patients laiss\u00e9s pour compte de la technique une pratique clinique de psychoth\u00e9rapie originale, sans aucune id\u00e9ologie militante quant \u00e0 l\u2019issue positive de la procr\u00e9ation&nbsp;; une pratique ax\u00e9e sur l\u2019accueil, l\u2019\u00e9coute et le d\u00e9codage de la souffrance des sujets et l\u2019espoir d\u2019un mieux \u00eatre \u00e0 venir avec ou sans enfant \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant la r\u00e9sistance du corps \u00e0 accomplir la promesse de fertilit\u00e9, souffrance et impatience engendrant angoisse et d\u00e9pression ne vont cesser d\u2019augmenter au fil de l\u2019attente, surtout si le bilan biologique ne r\u00e9v\u00e8le aucune anomalie majeure que la m\u00e9decine peut corriger simplement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sir d\u2019enfant est le plus naturel des d\u00e9sirs puisqu\u2019il y a, dans la d\u00e9finition m\u00eame du vivant, l\u2019organisation en vue de sa reproduction (4).<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les efforts m\u00e9dicaux luttaient surtout contre l\u2019hyperfertilit\u00e9 humaine. La ma\u00eetrise de la fertilit\u00e9 par la diffusion de la contraception chimique au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a r\u00e9alis\u00e9 une r\u00e9volution anthropologique entra\u00eenant l\u2019illusion tenace de la ma\u00eetrise totale de la fertilit\u00e9 et, \u00e0 sa suite, la procrastination \u00e0 procr\u00e9er. La premi\u00e8re conception d\u00e9sir\u00e9e est d\u00e9sormais tardive, elle ne survient qu\u2019apr\u00e8s 30 ans voire 40 ans en France. Les femmes et les couples donnent r\u00e9guli\u00e8rement priorit\u00e9 aux imp\u00e9ratifs des \u00e9tudes prolong\u00e9es, de la carri\u00e8re et de l\u2019emploi, du choix raisonn\u00e9 du compagnon et du lieu de vie, etc. Ce faisant, ils se retrouvent vite au-del\u00e0 de la p\u00e9riode favorable de la courbe statistique de fertilit\u00e9 f\u00e9minine, dont le plateau optimal se situe entre 18 \u00e0 28 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Retard \u00e0 envisager une premi\u00e8re grossesse et promotion des techniques d\u2019AMP ont rapidement engendr\u00e9 une multiplication des consultations d\u2019infertilit\u00e9. Il faut noter que les gyn\u00e9cologues les plus sensibles avaient remarqu\u00e9 les contextes biographiques particuliers de certaines demandes (par exemple&nbsp;: demande d\u2019AMP apr\u00e8s IVG (Interruption Volontaire de la Gestation), demandes \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 ou apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 passer la date optimale de la procr\u00e9ation naturelle), et leurs ambivalences. Ajoutons que toutes ces demandes, orchestr\u00e9es par les m\u00e9dias, t\u00e9moignent de l\u2019id\u00e9ologie ambiante de l\u2019accomplissement narcissique de soi par l\u2019enfant \u00e0 une \u00e9poque de crise des autres id\u00e9aux. Autrefois l\u2019enfant \u00e9tait attendu pour sa force de travail \u00e0 venir ou pour sa place dans la transmission du patrimoine De nos jours, l\u2019enfant, m\u00eame tardif, est esp\u00e9r\u00e9 moins pour lui m\u00eame que comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel, voire exclusif, de la r\u00e9ussite personnelle de l\u2019un ou l\u2019autre ou de ses deux parents. L\u2019\u00e9chec \u00e0 concevoir est ainsi une source de souffrance morale o\u00f9 s\u2019engouffrent toutes les frustrations de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Les situations cliniques rencontr\u00e9es m\u2019ont rapidement montr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9flexion scientifique en raison de leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, de leur extr\u00eame diversit\u00e9&nbsp;; et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un effort classificatoire conforme \u00e0 d\u00e9marche m\u00e9dicale. Il s\u2019agit, bien entendu, d\u2019une classification non exhaustive et toujours r\u00e9visable, car rien de ce qui est humain n\u2019est absolu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un classement pour penser<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">A \u2013 Des dysfonctionnements sexuels<\/h2>\n\n\n\n<p>Certains couples consultant ne sont m\u00eame pas \u00e0 proprement parler infertiles. C\u2019est le cas notamment des non-conceptions li\u00e9es \u00e0 des aberrations de la sexualit\u00e9, incompatibles avec la f\u00e9condation&nbsp;: vaginisme f\u00e9minin, rapports sexuels incomplets et sans p\u00e9n\u00e9tration&nbsp;; impuissance totale ou partielle d\u2019un conjoint par \u00e9jaculation trop pr\u00e9coce ou par phimosis. L\u2019exemple paradigmatique est celui du roi Louis XVI expliquant son inaptitude \u00e0 assurer la post\u00e9rit\u00e9 royale aupr\u00e8s de Marie-Antoinette et qui c\u00e9da \u00e0 l\u2019\u00e9nergique intervention de son beau-fr\u00e8re Joseph II. Une cause d\u2019infertilit\u00e9 d\u2019une grande banalit\u00e9 est la pauvret\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 sexuelle de certains couples. L\u2019exp\u00e9rience montre pourtant que la f\u00e9condation survient plus volontiers au d\u00e9cours d\u2019un flux de sexualit\u00e9, vital et soutenu. Venant en r\u00e9alit\u00e9 se plaindre de la pauvret\u00e9 de leur sexualit\u00e9, les couples qui ne peuvent ou n\u2019osent aborder cette question de face, transforment leur insatisfaction en une demande d\u2019enfant. Demander un enfant peut \u00eatre alors une fa\u00e7on de se plaindre, de chercher une nouvelle issue \u00e0 leur existence, de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019ennui d\u2019une vie quotidienne sans joie. Dans ce cas, les biologistes proposent souvent une ins\u00e9mination avec sperme du conjoint. Le taux de succ\u00e8s est consid\u00e9rable, l\u2019ins\u00e9mination r\u00e9alisant une v\u00e9ritable proth\u00e8se de la sexualit\u00e9 d\u00e9faillante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">B \u2013 Des synergies de couples<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019autres couples sont infertiles malgr\u00e9 une sexualit\u00e9 r\u00e9put\u00e9e normale. Leur souffrance para\u00eet d\u00e9pendre de leur association conjugale elle-m\u00eame. La question de l\u2019infertilit\u00e9 serait ainsi pour 50&nbsp;% des cas une affaire du couple. En dehors d\u2019une pathologie masculine av\u00e9r\u00e9e (notamment l\u2019azoospermie), il arrive souvent que tel homme puisse \u00eatre fertile avec telle femme et infertile avec telle autre, et inversement. De subtiles synergies physiologiques sont parfois rep\u00e9rables&nbsp;; des dysfonctionnements biologiques minimes qui, pris isol\u00e9ment, n\u2019ont pas de valeur pathologique, mais qui, associ\u00e9s \u00e0 d\u2019autres petits dysfonctionnements chez le partenaire risquent de verrouiller la f\u00e9condit\u00e9 du couple &#8211; par exemple une ovulation boiteuse qui rencontre une pauvret\u00e9 de d\u00e9sir sexuel. De plus, vu de pr\u00e8s, chacun des deux partenaires a souvent de bonnes raisons inconscientes et\/ou biographiques actuelles, de rester infertile. N\u2019est-ce pas d\u2019ailleurs souvent la base involontaire et m\u00e9connue de leur association conjugale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">C \u2013 Des infertilit\u00e9s f\u00e9minines<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre expertise clinique s\u2019appuie sur une pratique de psychologie psychanalytique \u00e0 l\u2019\u00e9coute des associations d\u2019id\u00e9es spontan\u00e9es de la patiente dans un climat de transfert empathique. Cette clinique et la pratique psychoth\u00e9rapique am\u00e9nag\u00e9e qui l\u2019accompagne nous ont conduit \u00e0 classer, de fa\u00e7on un peu sch\u00e9matique, les situations de patientes infertiles rencontr\u00e9es sur le terrain des consultations selon deux regroupements cliniques. En effet deux types de situations se distinguent radicalement selon que la st\u00e9rilit\u00e9 est primaire ou secondaire, c\u2019est-\u00e0-dire selon que la femme n\u2019a jamais con\u00e7u ou au contraire a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une grossesse, m\u00eame tr\u00e8s br\u00e8ve, m\u00eame volontairement interrompue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>I &#8211; L\u2019infertilit\u00e9 est secondaire<\/em> lorsqu\u2019une grossesse, voire une naissance, a d\u00e9j\u00e0 eu lieu, mais peine \u00e0 se renouveler. La jeune femme peut avoir travers\u00e9 des fausses couches pr\u00e9coces et spontan\u00e9es ou le drame d\u2019une mort f\u0153tale ou d\u2019une IMG (interruption m\u00e9dicale de gestation) dans un pass\u00e9 r\u00e9cent. D\u2019autres fois, il s\u2019agit d\u2019une ou plusieurs grossesses rapidement et volontairement interrompues gr\u00e2ce \u00e0 la l\u00e9gislation fran\u00e7aise de l\u2019avortement avant 14 semaines. La s\u00e9curit\u00e9 m\u00e9dicale de cet acte d\u2019avortement volontaire ne permet pas toujours d\u2019anticiper l\u2019\u00e9ventuel retentissement psychologique n\u00e9gatif pour celle qui y recourt. Dans ces diff\u00e9rents cas, la femme a donc d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un d\u00e9but (ou davantage) de gestation. Elle n\u2019a ni identit\u00e9 ni v\u00e9cu de st\u00e9rilit\u00e9. Son espoir de f\u00e9condit\u00e9 est intact, son narcissisme aussi. Cependant, outre l\u2019\u00e9v\u00e9nement gyn\u00e9co-obst\u00e9trical pr\u00e9c\u00e9dent, il n\u2019est pas rare de d\u00e9couvrir dans son histoire, un \u00e9l\u00e9ment du pass\u00e9 de valeur n\u00e9gative comme une perte d\u2019objet ou un deuil ancien, responsable d\u2019un effet traumatique actuel perturbant sa f\u00e9condit\u00e9. Pour cette raison, nous proposons de consid\u00e9rer que les infertilit\u00e9s secondaires soient dites \u00ab&nbsp;post-traumatiques&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>II- \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019infertilit\u00e9 primaire<\/em> caract\u00e9rise la femme qui, malgr\u00e9 une activit\u00e9 sexuelle dans les limites de la norme et en l\u2019absence de contraception depuis plusieurs ann\u00e9es, n\u2019a jamais con\u00e7u. Son organisation psychique s\u2019apparente souvent \u00e0 celle que les descriptions psychanalytiques proposent de la n\u00e9vrose. Sa souffrance est souvent d\u2019une intensit\u00e9 bouleversante, son narcissisme est bless\u00e9. Elle t\u00e9moigne d\u2019une impression d\u2019\u00e9chec&nbsp;; elle souffre d\u2019\u00eatre exclue de l\u2019exp\u00e9rience de compl\u00e9tude narcissique qu\u2019elle attend de la grossesse. Un nombre plus restreint de situations d\u2019infertilit\u00e9 primaire s\u2019associe \u00e0 une d\u00e9sorganisation des conduites alimentaires&nbsp;: anorexie ancienne ou actuelle, crises boulimiques. La question de l\u2019image du corps f\u00e9minin qu\u2019il faut ma\u00eetriser \u00e0 volont\u00e9 semble \u00eatre la th\u00e9matique dominante ou exclusive de ces femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toute classification dans le domaine de la clinique, cette division en infertilit\u00e9s secondaires et primaires est arbitraire et des cas interm\u00e9diaires existent. Un tel classement a souvent peu de pertinence pour les praticiens gyn\u00e9cologues. Il est inconnu des dossiers gyn\u00e9cologiques cliniques, car il n\u2019induit pas d\u2019indications th\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques. On pourrait conclure avec Anatole France que \u00ab&nbsp;les savants ne sont pas curieux&nbsp;\u00bb (aphorisme repris par S. Freud pour signaler la r\u00e9sistance des scientifiques \u00e0 accepter un fait nouveau, \u00e9tranger \u00e0 leur mode de pens\u00e9e habituel). Le classement propos\u00e9 renvoie essentiellement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience intime de la consultation, il ne se reconna\u00eet que dans les entretiens psychologiques mais il est un outil de compr\u00e9hension de valeur et \u00e0 l\u2019origine de pr\u00e9cieuses pistes de recherche clinique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les infertilit\u00e9s secondaires et la question du traumatisme<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019infertilit\u00e9 peut survenir alors qu\u2019une premi\u00e8re grossesse a \u00e9t\u00e9 perdue dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Malgr\u00e9 son inqui\u00e9tude, la jeune femme se sait potentiellement fertile. La gestation perdue a pu n\u2019\u00eatre qu\u2019un \u00ab&nbsp;brouillon&nbsp;\u00bb, mais elle a exist\u00e9. La perte a pu survenir \u00e0 tous les stades du processus maternel&nbsp;: fausse couche pr\u00e9coce spontan\u00e9e ou provoqu\u00e9e, grossesse extra-ut\u00e9rine\u2026 Il peut aussi s\u2019agir d\u2019une mort f\u0153tale, inexplicable et tragique juste avant l\u2019accouchement, ou encore de la douloureuse \u00e9preuve d\u2019une interruption m\u00e9dicale tardive de la grossesse (IMG) en raison d\u2019une malformation f\u0153tale. L\u2019infertilit\u00e9 s\u2019est ensuite install\u00e9e de fa\u00e7on durable. Toutes les pathologies obst\u00e9tricales peuvent donc \u00eatre responsables, par un effet traumatique, \u00e0 distance, de l\u2019inhibition d\u2019une f\u00e9condation ult\u00e9rieure. Cette situation ouvre souvent sur une psychopathologie que l\u2019on peut qualifier de \u00ab&nbsp;post-traumatique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans de tels cas, une conception nouvelle appara\u00eet \u00e0 ces femmes comme la seule solution pour r\u00e9parer l\u2019\u00e9chec pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;; certaines d\u00e9veloppent m\u00eame une obsession \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter les tentatives d\u2019AMP avec ou sans changement d\u2019\u00e9quipe (comme un joueur de casino qui esp\u00e8re toujours gagner&nbsp;!). Il y a volontiers une addiction \u00e0 la technique suppos\u00e9e salvatrice.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les deux temps du trauma et ses cons\u00e9quences<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme toujours en mati\u00e8re de n\u00e9vrose traumatique, la jeune femme ne fait en g\u00e9n\u00e9ral aucune corr\u00e9lation entre le trauma &#8211; un \u00e9v\u00e9nement banalis\u00e9, m\u00eame si elle ne l\u2019a pas oubli\u00e9 (par exemple, une fausse couche ancienne) &#8211; et l\u2019intensit\u00e9 de la r\u00e9ponse traumatique (l\u2019infertilit\u00e9 secondaire).<\/p>\n\n\n\n<p>Suivant la d\u00e9finition freudienne (13), les deux termes de trauma et de traumatisme sont \u00e0 distinguer nettement. Le trauma est un \u00e9v\u00e9nement venu de l\u2019ext\u00e9rieur et dont la gravit\u00e9 objective est diversement appr\u00e9ci\u00e9e. Il r\u00e9alise un corps \u00e9tranger, une trace dans l\u2019histoire du sujet. Le traumatisme, lui, d\u00e9signe l\u2019effet psychique, la cons\u00e9quence diff\u00e9r\u00e9e du trauma. Pr\u00e9cisons que tout trauma n\u2019entra\u00eene pas obligatoirement un effet traumatique ult\u00e9rieur et inversement qu\u2019un effet traumatique peut \u00eatre sans commune mesure d\u2019intensit\u00e9 avec le trauma d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, la plupart des interruptions volontaires de grossesse m\u00e9dicales (IVG) sont inoffensives \u00e0 notre \u00e9poque, surtout si on les compare aux ravages somatiques et psychiques des avortements clandestins d\u2019autrefois. Pourtant on ne peut pas affirmer d\u2019avance qu\u2019un effet psychique traumatique n\u2019en sera pas la cons\u00e9quence \u00e0 moyen ou long terme. Le premier \u00e9v\u00e9nement, l\u2019avortement, peut faire une effraction non assimilable par le psychisme. Il risque alors d\u2019en parasiter le fonctionnement, \u00e0 distance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res descriptions de n\u00e9vroses traumatiques ont \u00e9t\u00e9 faites chez des sujets ayant eu, en raison de la violence des combats de guerre, la sensation de voir la mort en face. On sait depuis que tout \u00e9v\u00e9nement bien moins spectaculaire mais mena\u00e7ant la vie ou la f\u00e9condit\u00e9 peut avoir un effet analogue. L\u2019absence de corr\u00e9lation entre l\u2019innocuit\u00e9 apparente de l\u2019\u00e9v\u00e9nement causal (l\u2019\u00e9v\u00e9nement trauma) et l\u2019intensit\u00e9 de la r\u00e9ponse traumatique (une infertilit\u00e9 irr\u00e9ductible) est d\u2019ailleurs remarquable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un \u00e9tonnant pouvoir matriciel<\/h2>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9cits cliniques que nous recueillons t\u00e9moignent en outre de l\u2019exorbitant pouvoir matriciel dont sont dot\u00e9es les femmes. Une \u00e9tude am\u00e9ricaine (8) a not\u00e9 que des adolescentes expos\u00e9es au deuil parmi leurs proches d\u00e9veloppaient des grossesses non d\u00e9sir\u00e9es et promises \u00e0 l\u2019avortement de fa\u00e7on statistiquement plus fr\u00e9quente qu\u2019une population du m\u00eame \u00e2ge n\u2019ayant rien travers\u00e9 de tel. Expos\u00e9es \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience \u00e9motionnelle du deuil, de la perte, ces jeunes filles r\u00e9pondaient, involontairement, en produisant de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons fait un constat analogue aupr\u00e8s des jeunes femmes accueillies pour des entretiens psychologiques pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019intervention dans un centre m\u00e9dical d\u2019interruptions de grossesse (IVG). La grossesse non voulue et l\u2019avortement qui suit r\u00e9alisent un sc\u00e9nario inattendu&nbsp;: la production de cellules vivantes, m\u00eame \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, m\u00eame condamn\u00e9es \u00e0 dispara\u00eetre, suscite l\u2019\u00e9mergence au conscient d\u2019un pass\u00e9 fun\u00e8bre parfois secret, de rem\u00e9morations de pertes anciennes. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne attesterait de liens profonds entre la f\u00e9condit\u00e9 f\u00e9minine et la m\u00e9moire inconsciente des souvenirs douloureux (18, 3). Une v\u00e9ritable capacit\u00e9 matricielle \u00e0 faire \u00e9merger la douleur pass\u00e9e se d\u00e9ploie ainsi lorsque la fertilit\u00e9 est en cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand l\u2019avortement a pris place \u00e0 l\u2019adolescence, la situation ouvre souvent sur un lien conflictuel entre la jeune fille et sa m\u00e8re qui n\u2019a pas autoris\u00e9 ou reconnu cette grossesse trop pr\u00e9coce, qui n\u2019a pas vu na\u00eetre la sexualit\u00e9 de sa fille adolescente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 condition d\u2019\u00eatre reconnus, ces \u00e9tats d\u2019infertilit\u00e9 secondaire sont souvent mobilisables. Le travail psychoth\u00e9rapique consiste \u00e0 faire surgir le souvenir du trauma au cours des consultations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, \u00e0 l\u2019user jusqu\u2019\u00e0 lui faire perdre son pouvoir effrayant et pathog\u00e8ne et \u00e0 le lier \u00e0 d\u2019autres repr\u00e9sentations vivantes. L\u2019empathie du th\u00e9rapeute est ici vivement sollicit\u00e9e. L\u2019important est de d\u00e9coder le message envoy\u00e9 par l\u2019infertilit\u00e9. Ce message est lourd de sens&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un appel \u00e0 l\u2019amour de ce premier autre qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la m\u00e8re d\u2019autrefois et que le th\u00e9rapeute actuel vient provisoirement incarner.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines femmes souffrant d\u2019infertilit\u00e9 secondaire peuvent aussi \u00eatre demandeuses d\u2019AMP (Assistance M\u00e9dicale \u00e0 la Procr\u00e9ation). Fuyant les interrogations psychiques, elles pr\u00e9f\u00e8rent un parcours technique \u00e9prouvant \u00e0 un travail d\u2019\u00e9laboration int\u00e9rieur qui ferait resurgir la douleur du trauma pass\u00e9. Pour nombre d\u2019entre elles, il importe m\u00eame de ne pas se souvenir, de maintenir le cauchemar pass\u00e9 dans l\u2019ombre ou l\u2019oubli, voire de d\u00e9nier globalement l\u2019existence m\u00eame d\u2019une dimension psychique. La banalisation sociale ne fait-elle pas de m\u00eame qui conseille \u00e0 celles qui viennent de perdre une grossesse d\u00e9sir\u00e9e de faire aussit\u00f4t un autre enfant \u00ab&nbsp;pour se consoler&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La m\u00e9moire du pass\u00e9 selon les neurosciences<\/h2>\n\n\n\n<p>Comment expliquer cette puissante inhibition \u00e0 la conception d\u00e9velopp\u00e9e sous l\u2019effet \u00e0 distance d\u2019\u00e9v\u00e9nements douloureux pass\u00e9s&nbsp;? Risquons un d\u00e9tour par les neurosciences qui, selon une logique positiviste, tentent d\u2019expliquer la survenue d\u2019effets secondaires rattachables \u00e0 un traumatisme du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Inconscient cognitif vs. inconscient freudien<\/h2>\n\n\n\n<p>La question de la vie mentale est le dernier terrain de combat entre les tenants d\u2019un neurobiologisme pur et les praticiens du psychisme dont l\u2019objet n\u2019est pas descriptible avec des outils concrets. La recherche essaie d\u2019\u00e9tablir des ponts entre ces deux mod\u00e8les th\u00e9oriques. La question d\u2019une base biologique positive au fonctionnement du psychisme n\u2019est pas neuve. La psychanalyse elle-m\u00eame se situe, d\u00e8s ses d\u00e9buts, dans une logique positiviste. En 1914, Freud (13) d\u00e9clarait que toutes les conceptions provisoires en psychologie doivent un jour \u00eatre plac\u00e9es sur la base de supports organiques. Sous ces propos pointe l\u2019espoir d\u2019une intersection entre faits biologiques et faits psychiques. L\u2019inconscient freudien s\u2019inscrirait n\u00e9cessairement au sein des neurones et du r\u00e9seau synaptique qui fondent le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral, m\u00eame si un long chemin nous s\u00e9pare de la d\u00e9monstration de ce postulat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de m\u00e9moire inconsciente emprunt\u00e9 \u00e0 la psychanalyse freudienne diff\u00e8re consid\u00e9rablement de l\u2019inconscient cognitif d\u00e9crit par les neurosciences. Les progr\u00e8s de celles-ci ont permis une description des processus de conscience et de m\u00e9morisation. L\u2019inconscient des sciences cognitives concerne les souvenirs non conscients qui sous-tendent les automatismes (arcs r\u00e9flexes simples ou complexes et m\u00e9moire proc\u00e9durale \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les apprentissages). L\u2019exemple trivial est celui de la conduite automobile qui ne suppose plus de penser \u00e0 chaque instant aux gestes \u00e0 accomplir \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils sont automatis\u00e9s. Les neurosciences ont aussi montr\u00e9 que des ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux inconscients prennent leur origine dans l\u2019activit\u00e9 de zones c\u00e9r\u00e9brales corticales, et non pas, comme on le croyait, dans le cerveau primitif sous-cortical. Autrement dit, il n\u2019y a pas de sanctuaire anatomique de la conscience (19).<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre avanc\u00e9e des neurosciences a \u00e9t\u00e9 de montrer que l\u2019agencement du r\u00e9seau neuronal n\u2019est pas stabilis\u00e9 une fois pour toutes \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte (1), comme on l\u2019a longtemps pens\u00e9. Au contraire, ce r\u00e9seau se r\u00e9arrange en permanence et s\u2019enrichit au fur et \u00e0 mesure de l\u2019existence et des exp\u00e9riences v\u00e9cues successivement par le sujet. La comparaison du cerveau \u00e0 un ordinateur n\u2019est pas pertinente. Dans la machine, le nombre des programmes informatiques, des algorithmes possibles, est \u00e0 la fois immense, mais fini et stable. Au contraire, dans le cerveau, l\u2019accroissement de la densit\u00e9 du tissu neuronal se poursuit tout au long de la vie. Le constat de la plasticit\u00e9 neuronale, de l\u2019aptitude du r\u00e9seau synaptique du cerveau \u00e0 se moduler et \u00e0 se diversifier au fil des \u00e9v\u00e9nements de la vie donne \u00e0 croire en un nombre r\u00e9ellement infini de r\u00e9arrangements, de combinaisons. Seule la mort cellulaire vient mettre un terme \u00e0 ces r\u00e9arrangements.<\/p>\n\n\n\n<p>Soutenu de fa\u00e7on analogue par le r\u00e9seau neuronal, l\u2019inconscient postul\u00e9 par la psychanalyse, et th\u00e9oris\u00e9 aux diff\u00e9rentes p\u00e9riodes de l\u2019\u0153uvre de Freud, diff\u00e8re radicalement de l\u2019inconscient cognitif. \u00c0 la lumi\u00e8re du concept de plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, l\u2019inconscient freudien selon Fran\u00e7ois Ansermet et Pierre Magistretti (1), constituerait une m\u00e9moire non consciente, compos\u00e9e de deux sortes de traces&nbsp;: les traces (le plus souvent oubli\u00e9es) laiss\u00e9es par les exp\u00e9riences v\u00e9cues par le sujet auxquelles s\u2019ajoutent les associations multiples que ces traces d\u00e9veloppent entre elles au long de l\u2019existence&nbsp;; ces associations s\u2019\u00e9voquent les unes les autres au sein d\u2019une plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale que seule limite la mort organique. Inscrit dans le r\u00e9seau neuronal, l\u2019inconscient freudien pourrait en cons\u00e9quence \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;tr\u00e9sor&nbsp;\u00bb en r\u00e9am\u00e9nagement permanent et, donc, radicalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 l\u2019inconscient cognitif qui est proc\u00e9dural.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019inscription \u00e0 distance du trauma inhibiteur de fertilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces descriptions un peu longues permettent d\u2019entrevoir la complexit\u00e9 de l\u2019inscription traumatique sous-jacente au sympt\u00f4me d\u2019infertilit\u00e9 secondaire. Selon Antonio R. Damasio (9), certains souvenirs autobiographiques restent enfouis tr\u00e8s longtemps, voire toujours. Lorsqu\u2019ils parviennent \u00e0 la conscience, ils paraissent inexplicables, car d\u00e9pourvus de liens avec les contenus conscients actuels. Leur \u00e9vocation peut m\u00eame s\u2019accompagner de la r\u00e9surgence non contr\u00f4l\u00e9e de sensations (somatiques, sensorielles comme dans le cas de la madeleine de M. Proust) contemporaines de l\u2019\u00e9v\u00e9nement ancien \u00e9voqu\u00e9 et, donc, totalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes \u00e0 l\u2019actualit\u00e9. La m\u00e9moire serait comme un d\u00e9cor g\u00e9n\u00e9ral et les souvenirs des \u00e9clairs souvent incongrus. Dans ce sch\u00e9ma, l\u2019infertilit\u00e9 pourrait \u00eatre la r\u00e9ponse somatique \u00e0 des souvenirs pass\u00e9s non \u00e9vocables.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espoir, le projet d\u2019une filiation individuelle, induit toujours une r\u00eaverie subjective qui mobilise la m\u00e9moire inconsciente. L\u2019\u00eatre humain, en procr\u00e9ant, noue les fils de transmissions familiales qui le pr\u00e9c\u00e8dent et le lient \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce. \u00c0 la mesure de cette prise de conscience, lorsque l\u2019id\u00e9e de filiation s\u2019impose, des pans entiers de m\u00e9moire inconsciente se mettent en mouvement. L\u2019\u00e9vocation d\u2019une grossesse potentielle allume un moteur de r\u00eaves et de ruminations. Une r\u00eaverie involontaire, in\u00e9vitable, s\u2019installe qui sera le terreau psychique de la f\u00e9condation \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Une exp\u00e9rience \u00e0 forte charge \u00e9motionnelle, comme celle d\u2019un deuil \u00e0 un \u00e2ge trop tendre pour que le travail psychique de d\u00e9tachement de l\u2019objet aim\u00e9 ait pu se faire, constitue un trauma o\u00f9 domine la perte, l\u2019abandon et qui peut laisser des traces durables. Son \u00e9vocation involontaire, non contr\u00f4l\u00e9e, entrave la disponibilit\u00e9 psychique n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00eaverie&nbsp;: au moment de r\u00eaver \u00e0 l\u2019enfant \u00e0 venir, d\u2019autres traces anciennes, oubli\u00e9es, mais inscrites, sont activ\u00e9es et s\u2019imposent en lieu et place de la r\u00eaverie cr\u00e9atrice d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>La perte d\u2019un \u00eatre cher \u00e0 une p\u00e9riode cl\u00e9 de l\u2019enfance, l\u2019exp\u00e9rience ancienne d\u2019un deuil ou d\u2019une perte presque oubli\u00e9 est donc exemplaire. Le deuil fait partie des banalit\u00e9s de l\u2019existence humaine et la r\u00e9action psychique \u00e0 \u00e9v\u00e9nement est naturelle. De son c\u00f4t\u00e9, le travail du deuil est un mouvement psychique actif, il requiert \u00e0 bas bruit et sans manifestations explicites la m\u00eame \u00e9nergie pulsionnelle, le m\u00eame investissement que l\u2019attente d\u2019un enfant. Il peut aussi ne jamais s\u2019achever. Beaucoup d\u2019infertilit\u00e9s incompr\u00e9hensibles s\u2019\u00e9clairent si on se repr\u00e9sente que la disponibilit\u00e9 pulsionnelle int\u00e9rieure que requiert l\u2019accueil d\u2019une grossesse peut \u00eatre parasit\u00e9e par l\u2019\u00e9mergence de souvenirs anciens tourn\u00e9s vers la mort ou la morbidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons maintenant aux neurosciences qui proposent (9) une m\u00e9taphore saisissante&nbsp;: les r\u00e9seaux neuronaux qui portent la m\u00e9moire de la toute premi\u00e8re enfance seraient des noyaux autour desquels les souvenirs ult\u00e9rieurs s\u2019organisent. Des traces tr\u00e8s anciennes pourraient ainsi \u00eatre activ\u00e9es en totale ignorance de leur origine. On parle alors d\u2019une m\u00e9moire \u00ab&nbsp;implicite&nbsp;\u00bb qui pourrait \u00eatre le lieu d\u2019enregistrement de souvenirs profonds capables de venir parasiter la vie actuelle du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce concept de m\u00e9moire implicite, il para\u00eet justifi\u00e9 de rapprocher l\u2019infertilit\u00e9 secondaire d\u2019autres cas o\u00f9 l\u2019ant\u00e9c\u00e9dent d\u00e9cisif est constitu\u00e9 par une catastrophe, parfois oubli\u00e9e, ayant touch\u00e9 la lign\u00e9e de filiation f\u00e9minine \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente (m\u00e8re, grand-m\u00e8re, tante). Les cliniciens de l\u2019obst\u00e9trique (7) attestent de la relative fr\u00e9quence des cas d\u2019infertilit\u00e9 chez les jeunes femmes dont la m\u00e8re est morte en couches. Ce peut \u00eatre la mort maternelle \u00e0 la propre naissance de la future patiente, ou \u00e0 la naissance d\u2019un enfant pu\u00een\u00e9. Si la mortalit\u00e9 maternelle a presque compl\u00e8tement disparu en France pour nos g\u00e9n\u00e9rations, elle s\u00e9vit encore dans beaucoup de pays moins d\u00e9velopp\u00e9s dont viennent nombre de nos consultantes. Ailleurs, il peut s\u2019agir d\u2019une psychose puerp\u00e9rale ayant touch\u00e9 la m\u00e8re de la femme maintenant infertile. Dans les familles, le silence entoure habituellement les ant\u00e9c\u00e9dents de folie de l\u2019accouch\u00e9e et son cort\u00e8ge sinistre d\u2019hospitalisation psychiatrique prolong\u00e9e, de s\u00e9paration nocive d\u2019avec le nouveau-n\u00e9, de peur du suicide ou de l\u2019infanticide. Tout se passe comme si la r\u00e9p\u00e9tition du sc\u00e9nario d\u2019une nouvelle grossesse allait entra\u00eener la m\u00eame issue funeste, d\u00e9cal\u00e9e d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration. L\u2019infertilit\u00e9 permet ainsi de se mettre \u00e0 l\u2019abri d\u2019un danger catastrophique et \u00e0 la vie du sujet de se poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail avec les patientes souffrant d\u2019infertilit\u00e9 secondaire nous a donc permis de d\u00e9couvrir que la persistance inconsciente de r\u00e9miniscences tourn\u00e9es vers la mort ou la morbidit\u00e9 pouvait parasiter le travail psychique n\u00e9cessaire \u00e0 la gestation. Ce parasitage inconscient inhibe au plan psychique la f\u00e9condation. Ces consultations sont aussi l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir au pouvoir matriciel des femmes&nbsp;: dans les consultations qui pr\u00e9c\u00e8dent une IVG, on entend vivement combien une grossesse, tr\u00e8s d\u00e9butante et pourtant condamn\u00e9e, poss\u00e8de l\u2019intense pouvoir \u00e9vocateur de renvoyer \u00e0 des deuils, \u00e0 des s\u00e9parations anciennes (18). Ces differentes constatations sont au fondement de perspectives th\u00e9rapeutiques nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des perspectives th\u00e9rapeutique sp\u00e9cifiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Le pronostic d\u2019une psychoth\u00e9rapie accept\u00e9e en cas d\u2019infertilit\u00e9 secondaire est plut\u00f4t favorable. L\u2019efficacit\u00e9 d\u00e9pend de la capacit\u00e9 du patient et du th\u00e9rapeute \u00e0 partager les objets psychiques qu\u2019ils manient ensemble, et de co-cr\u00e9er une r\u00e9alit\u00e9 psychique nouvelle acceptable. Chaque fois qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement de haute gravit\u00e9 du pass\u00e9 personnel ou familial peut \u00eatre rem\u00e9mor\u00e9 et retravaill\u00e9, sa prise en compte au cours d\u2019entretiens r\u00e9guliers peut lui faire perdre son actualit\u00e9 pathog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9nominateur commun des \u00e9volutions positives au cours d\u2019un travail th\u00e9rapeutique est justement l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 la parole. Dans l\u2019atmosph\u00e8re de confiance cr\u00e9\u00e9e par le transfert m\u00e9dical, ou au cours de consultations th\u00e9rapeutiques, sur le mod\u00e8le de celles que Winnicott d\u00e9veloppait avec les m\u00e8res et leurs b\u00e9b\u00e9s (23), l\u2019\u00e9pisode traumatique finit au bout de quelques semaines ou de quelques mois de travail associatif par \u00eatre d\u00e9couvert, \u00e9voqu\u00e9, actualis\u00e9, \u00e9labor\u00e9, et mis en lien avec la souffrance actuelle. Les souvenirs perdent leur valeur pathog\u00e8ne&nbsp;; ils peuvent m\u00eame ouvrir sur des associations d\u2019id\u00e9es nouvelles, vivantes et mutatives pour l\u2019infertilit\u00e9 actuelle. La patiente se lib\u00e9rant d\u2019un poids jusque-l\u00e0 m\u00e9connu, pourra accueillir une gestation avec une nouvelle s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9laboration des traumas anciens, gr\u00e2ce au travail psychoth\u00e9rapique, donne ainsi acc\u00e8s \u00e0 une position sublimatoire favorable \u00e0 la filiation biologique, mais aussi dans certains cas, \u00e0 l\u2019adoption qui, pour \u00eatre r\u00e9ussie, suppose aussi une posture sublimatoire. De son c\u00f4t\u00e9, le th\u00e9rapeute doit accepter d\u2019\u00eatre pour un temps le support du transfert, le repr\u00e9sentant de cet autre auquel le patient ne cesse de faire appel. Ce patient travail \u00e0 deux vient souvent \u00e0 bout de fixations mortif\u00e8res ou morbides et permet \u00e0 la vie de circuler de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les infertilit\u00e9s primaires<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une d\u00e9fense psychobiologique contre la fertilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Un couple qui n\u2019a jamais con\u00e7u d\u00e9cide de son premier enfant et renonce \u00e0 toute contraception. Les mois passent et la grossesse ne vient pas. Le gyn\u00e9cologue consult\u00e9 prescrit un bilan de l\u2019infertilit\u00e9. Ce couple est entr\u00e9 par surprise dans le circuit de l\u2019infertilit\u00e9 primaire. Cette infertilit\u00e9 peut r\u00e9pondre \u00e0 des m\u00e9canismes biologiques inhibiteurs labiles, parfois voyageurs, et situ\u00e9s \u00e0 n\u2019importe quel \u00e9tage physiologique du processus g\u00e9n\u00e9ral de la f\u00e9condation. Les biologistes observent successivement des dysfonctionnements touchant l\u2019ovulation (de l\u2019anovulation \u00e0 toutes les formes de dysovulation possible, ces cycles irr\u00e9guliers qui d\u00e9fient le monitorage de la f\u00e9condation)&nbsp;; touchant ensuite une incompatibilit\u00e9 entre les gam\u00e8tes m\u00e2le et femelle et l\u2019on incrimine tant\u00f4t la mauvaise qualit\u00e9 de la glaire cervicale, tant\u00f4t des facteurs immunitaires mal connus.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, ce peut \u00eatre la myst\u00e9rieuse endom\u00e9triose. On assiste ainsi \u00e0 une suite d\u2019obstacles biologiques \u00e0 la r\u00e9alisation de la grossesse, et ces obstacles s\u2019additionnent ou se succ\u00e8dent souvent de fa\u00e7on inexorable, labile et r\u00e9versible. Leur cort\u00e8ge est un v\u00e9ritable d\u00e9fi aux soins biologiques et t\u00e9moigne d\u2019une inventivit\u00e9 somatique qui fait soup\u00e7onner le \u00ab&nbsp;g\u00e9nie&nbsp;\u00bb d\u2019un m\u00e9canisme psychique d\u00e9fensif contre la fertilit\u00e9 et qui sait faire feu de tout bois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une intense souffrance<\/h2>\n\n\n\n<p>On n\u2019insiste jamais trop sur la grande souffrance qu\u2019induit la crainte de la st\u00e9rilit\u00e9. Cette douleur morale est saisissante d\u00e8s la premi\u00e8re consultation. La formule insistante de ces couples infertiles et singuli\u00e8rement des femmes, est&nbsp;: \u00ab&nbsp;je veux un enfant \u00e0 tout prix&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;un enfant ou la vie ne vaut pas la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;un enfant ou mourir&nbsp;\u00bb. Formulations extr\u00eames t\u00e9moignant de l\u2019angoisse d\u00e9pressive qui les saisit, m\u00eame si un mal de vivre r\u00e9el pr\u00e9existait au sympt\u00f4me infertilit\u00e9 &#8211; reconnue. Le caract\u00e8re obs\u00e9dant de ces pr\u00e9occupations envahit tout le champ psychique, l\u2019infertilit\u00e9 ayant la particularit\u00e9 de ramener sans cesse aux th\u00e8mes conflictuels de la sexualit\u00e9 et de la filiation&nbsp;; il t\u00e9moigne surtout d\u2019une vive blessure narcissique&nbsp;: la gestation qui se d\u00e9robe para\u00eet l\u2019objet le plus d\u00e9sirable qui soit, le signe de cette compl\u00e9tude parfaite \u00e0 laquelle toute femme pense avoir droit. L\u2019homme du couple, sauf en cas de trouble associ\u00e9 de la sexualit\u00e9, souffre moins dans sa chair que dans la lign\u00e9e qu\u2019il anticipe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette douleur psychique est parfois revendicative, ou transform\u00e9e en rage impuissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des praticiens. Son intensit\u00e9 stimule pourtant leur inventivit\u00e9 biotechnologique&nbsp;! Cause ou cons\u00e9quence, souffrance sociale et souffrance narcissique \u00e0 la fois, l\u2019infertilit\u00e9 peut conduire au d\u00e9sespoir, aux id\u00e9es de suicide ou de meurtre. Les exemples litt\u00e9raires s\u2019en sont fait souvent l\u2019\u00e9cho. Dans la pi\u00e8ce de Federico Garc\u00eda Lorca, <em>Yerma<\/em>, folle de douleur et de honte de sa st\u00e9rilit\u00e9, finit par tuer le compagnon qui ne lui donne pas d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La th\u00e9orie psychanalytique classique fournit quelques pistes<\/h2>\n\n\n\n<p>Une femme s\u2019engage bien rarement dans une cure psychanalytique classique au seul motif de son infertilit\u00e9. Pourtant, \u00e0 condition d\u2019am\u00e9nager l\u2019espace de la cure, des documents cliniques pr\u00e9cieux pour l\u2019intelligibilit\u00e9 de ces situations peuvent \u00eatre recueillis.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des paradigmes de l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine est celui d\u2019une organisation psychique en n\u00e9vrose de caract\u00e8re autour d\u2019un noyau d\u00e9pressif (12). La souffrance narcissique de ces femmes, pourtant intense, fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9ni. Le d\u00e9ni s\u2019exerce aussi \u00e0 l\u2019\u00e9gard du fonctionnement psychique dans son ensemble et rend ces patientes tr\u00e8s friandes de solutions techniques r\u00e9serv\u00e9es au corps et \u00e0 sa physiologie. Leur d\u00e9sir d\u2019enfant insatisfait est responsable d\u2019un sentiment de frustration, source d\u2019une violence faite de d\u00e9pendance rageuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur m\u00e8re et de haine pour les autres femmes enceintes. Il s\u2019ensuit souvent une escalade th\u00e9rapeutique afin de faire cesser l\u2019angoisse. Les m\u00e9decins ont parfois du mal \u00e0 temporiser la f\u00e9condation <em>in vitro<\/em> qui ne s\u2019impose pas, d\u00e8s le d\u00e9but du traitement. Chez ces femmes, la structuration \u0153dipienne est insuffisante et le lien \u00e0 leur m\u00e8re, exclusivement \u0153dipien, d\u00e9vorant, dictatorial, les enferme dans une relation inconsciente homosexuelle avec celle-ci. Tout a souvent commenc\u00e9 \u00e0 la pubert\u00e9, par des troubles de l\u2019ovulation et des menstruations, puis l\u2019infertilit\u00e9, lorsque le d\u00e9sir d\u2019enfant se d\u00e9clare. Le lien conflictuel \u00e0 la m\u00e8re de la p\u00e9riode \u0153dipienne s\u2019inscrit dans le corps, faute d\u2019une mentalisation impossible \u00e0 ce jeune \u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dire que manquent deux temps essentiels pour la construction d\u2019une maternit\u00e9 \u00e0 venir&nbsp;: il manque la m\u00e9moire et les retrouvailles avec la m\u00e8re initiale, celle des premiers soins, celle de la douceur&nbsp;; il manque aussi la rencontre avec un compagnon fiable, rencontre barr\u00e9e par le discr\u00e9dit qui touche les hommes et en particulier leur p\u00e8re, personnage faible et d\u00e9valu\u00e9 par la m\u00e8re. L\u2019enfant est r\u00e9clam\u00e9 comme un pur prolongement d\u2019elles-m\u00eames. Elles ne savent imaginer qu\u2019un enfant identique \u00e0 leur propre image, non modifi\u00e9 par le caract\u00e8re radical de la rencontre avec l\u2019autre sexe, avec un compagnon estim\u00e9. En p\u00e9riode postnatale, les d\u00e9sillusions de cette reproduction de soi-m\u00eame ne manqueront pas de survenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le mythe d\u2019Electre<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces femmes dont l\u2019hostilit\u00e9 maternelle est si vive et si poignante font penser au personnage mythique d\u2019<em>Electre<\/em> dans la trag\u00e9die grecque. Tragiquement seule, Electre est livr\u00e9e \u00e0 la haine qu\u2019elle voue \u00e0 Clytemnestre sa m\u00e8re. D\u00e8s l\u2019ouverture de l\u2019\u0153uvre de Sophocle, tout est dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sans enfants, malheureuse et sans mari\u2026&nbsp;\u00bb Les g\u00e9missements d\u2019\u00c9lectre signalent l\u2019intensit\u00e9 de sa plainte d\u00e9pressive. Elle \u00ab&nbsp;verse des pleurs \u00e9ternels sur son p\u00e8re infortun\u00e9&nbsp;\u00bb et s\u2019adresse \u00e0 sa m\u00e8re, cette tueuse d\u2019hommes qui ne songe qu\u2019aux plaisirs du lit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu n\u2019es pas une m\u00e8re pour moi, tu es un tyran.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne introductive de la trag\u00e9die de Sophocle fait penser au contenu de la premi\u00e8re, et parfois unique, s\u00e9ance qui peut avoir lieu chez le psychoth\u00e9rapeute. S\u00e9ance unique, car l\u2019essentiel est dit du malheur intime auquel ces femmes sont souvent solidement fix\u00e9es au point de ne pas vouloir donner suite aux consultations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Identification \u00e0 la m\u00e8re des d\u00e9buts et reconnaissance d\u2019une dette de vie<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019op\u00e9ra de Richard Strauss, <em>La Femme sans ombre<\/em>, sur un livret de Hugo von Hofmannsthal (16), est particuli\u00e8rement explicite de cette double th\u00e9matique du d\u00e9sespoir d\u2019infertilit\u00e9 et du manque \u00e0 reconna\u00eetre la dette de vie originaire. Le livret raconte le triste sort d\u2019une imp\u00e9ratrice riche et immortelle mais d\u00e9pourvue d\u2019ombre &#8211; femme sans ombre, femme st\u00e9rile. De fa\u00e7on po\u00e9tique, l\u2019ombre qui se projette au-del\u00e0 de nous, est une m\u00e9taphore de la transmission de la vie. De m\u00eame, la fertilit\u00e9 projette une descendance&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est en perdant son ombre qu\u2019on rembourse \u00e0 la terre sa dette d\u2019existence&nbsp;\u00bb, \u00e9crit ainsi le po\u00e8te. C\u2019est par la maternit\u00e9 que la fille se lie \u00e0 la terre, \u00e9l\u00e9ment maternel, et lui rembourse sa dette d\u2019existence. Cette dette circule de m\u00e8re en fille. Le don de la vie par la maternit\u00e9 assure ainsi le passage in\u00e9luctable du corps grand maternel d\u00e9clinant dans le corps renouvel\u00e9 de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dette d\u2019existence, que l\u2019enfant va litt\u00e9ralement incarner, renvoie \u00e0 un fait clinique&nbsp;: par l\u2019engendrement, et singuli\u00e8rement par le premier enfant, les femmes accomplissent leur devoir de gratitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur propre m\u00e8re (4). Elles lui donnent souvent, pour un temps, leur premier enfant \u00e0 \u00e9lever. Curieusement, la culture freudienne diffus\u00e9e dans le public tend \u00e0 ne retenir du d\u00e9sir d\u2019enfant que la perspective \u0153dipienne &#8211; une perspective bourgeoise en quelque sorte&nbsp;: c\u2019est bien de son p\u00e8re que la fille adolescente souhaite un petit, \u00e0 l\u2019imitation de sa m\u00e8re, mais ce d\u00e9sir de l\u2019\u00e9poque \u0153dipienne vient recouvrir, chez la fille, un v\u0153u bien plus profond&nbsp;: celui de l\u2019identification \u00e0 sa m\u00e8re du commencement, m\u00e8re des premiers soins, image originaire, premier mod\u00e8le, premier amour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Reconnaissance de la dette<\/h2>\n\n\n\n<p>Reconna\u00eetre une dette maternelle, c\u2019est aussi savoir que l\u2019essence de la maternit\u00e9 est pour une part faiblesse, perte, d\u00e9nuement. Dans le c\u00e9l\u00e8bre jugement de Salomon, la v\u00e9ritable m\u00e8re est celle qui est la plus faible, celle qui renonce \u00e0 l\u2019enfant pour elle-m\u00eame et pour le bien de celui-ci. En amont de la m\u00e8re de l\u2019adolescence, se dessine ainsi une repr\u00e9sentation maternelle archa\u00efque, dont l\u2019aptitude au renoncement est un attribut essentiel, une m\u00e8re d\u2019origine, affaiblie car atteinte par l\u2019\u00e2ge. Ce mod\u00e8le inconscient s\u2019\u00e9tablit tout naturellement chez celles qui d\u00e9veloppent des maternit\u00e9s harmonieuses aupr\u00e8s de leur m\u00e8re vieillissante. Au contraire, s\u2019il manque cette repr\u00e9sentation d\u2019un d\u00e9nuement maternel, il y a risque d\u2019infertilit\u00e9&nbsp;: ce manque fait obstacle au sentiment de gratitude et \u00e0 la capacit\u00e9 de transmettre la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines femmes ne peuvent accepter d\u2019\u00eatre faites de la m\u00eame fa\u00e7on que leur m\u00e8re. Elles n\u2019assument pas d\u2019\u00eatre issues d\u2019un ventre devenu inf\u00e9cond. Pour leur plus grand malheur, elles maintiennent le fantasme de l\u2019\u00e9ternelle f\u00e9condit\u00e9 de leur m\u00e8re. Elles sont \u00ab&nbsp;amatrides&nbsp;\u00bb (20), comme d\u2019autres sont apatrides, priv\u00e9es de terre maternelle de r\u00e9f\u00e9rence. Elles ne peuvent m\u00eame pas supporter de savoir qu\u2019on pourrait, en les aimant, aimer en elles quelque chose de leur propre m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge ou une jeune femme envisage sa procr\u00e9ation, il lui faut pouvoir accueillir de sa propre m\u00e8re une repr\u00e9sentation de faiblesse, de femme vaincue par l\u2019\u00e2ge, perdante, aim\u00e9e parce que d\u00e9munie, analogue \u00e0 la m\u00e8re d\u2019autrefois, m\u00e8re de douceur qui a pr\u00e9sid\u00e9 aux d\u00e9buts de sa vie de b\u00e9b\u00e9, bien loin des repr\u00e9sentations forg\u00e9es \u00e0 l\u2019adolescence. Les images de toute-puissance maternelle \u0153dipienne restent pourtant indestructibles chez bien des femmes infertiles. La repr\u00e9sentation d\u2019une m\u00e8re suffisamment faible est au contraire n\u00e9cessaire pour recevoir en cadeau l\u2019enfant qui scelle la dette liant les deux femmes, la fille \u00e0 la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019anarchie alimentaire<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019autres femmes souffrant d\u2019infertilit\u00e9 primaire sont souvent confront\u00e9es \u00e0 des d\u00e9sordres et \u00e0 de l\u2019anarchie alimentaires. La responsabilit\u00e9 des troubles des conduites alimentaires (TCA) dans l\u2019infertilit\u00e9 est largement prouv\u00e9e par des \u00e9tudes internationales (11). Pr\u00e8s de 50&nbsp;% des anciennes anorexiques se plaindraient d\u2019infertilit\u00e9 primaire. Il s\u2019agit le plus souvent d\u2019anorexie actuelle ou datant de l\u2019adolescence. Le trouble alimentaire peut \u00eatre gu\u00e9ri, mais il a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui une grande maigreur et des irr\u00e9gularit\u00e9s de l\u2019ovulation. Cette anorexie alterne avec des crises d\u2019angoisse boulimique que seul calme le vomissement provoqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La souffrance de ces femmes est souvent d\u00e9ni\u00e9e et trouve des solutions palliatives&nbsp;: addiction \u00e0 la consommation&nbsp;; boulimie d\u2019achats vestimentaires&nbsp;; interventions chirurgicales esth\u00e9tiques. Ces mesures, \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la fertilit\u00e9, concernent l\u2019image sp\u00e9culaire&nbsp;: tout ce qui am\u00e9liore l\u2019image dans le miroir vise \u00e0 compenser les d\u00e9g\u00e2ts narcissiques du manque d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les groupes humains l\u2019alimentation est ritualis\u00e9e. D\u00e8s la naissance, l\u2019enfant a le go\u00fbt du sucr\u00e9. L\u2019initiation \u00e0 la nourriture diversifi\u00e9e se fait naturellement, et la scansion des repas, rythm\u00e9s par la sensation interne de r\u00e9pl\u00e9tion, ne n\u00e9cessite aucun apprentissage (17). Il est d\u2019autant plus difficile d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9gulation de l\u2019alimentation que les repas repr\u00e9sentent habituellement un plaisir convivial partag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, ce d\u00e9r\u00e8glement r\u00e8gne chez l\u2019anorexique qui d\u00e9pense inlassablement et efficacement son corps. Ces bizarreries de comportement pour les psychanalystes sont comparables \u00e0 une toxicomanie sans drogue, \u00e0 une addiction comme le tabagisme d\u2019ailleurs incrimin\u00e9 dans l\u2019infertilit\u00e9. Quant \u00e0 la conscience de soi, on peut emprunter au psychanalyste Didier Anzieu une m\u00e9taphore expressive&nbsp;: l\u2019exp\u00e9rience biologique du corps serait comme le tronc et les branches d\u2019un arbre dont la conscience de soi serait le feuillage (2). Chacun peut \u00e9prouver des sensations venant de l\u2019int\u00e9rieur du corps (de plaisir, de douleur, de volupt\u00e9), elles sont issues de toutes les zones sensorielles possibles, cutan\u00e9es, g\u00e9nitales, intestinales\u2026 Les femmes aux conduites alimentaires d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es ne pr\u00eateraient pas attention aux messages de ce corps interne. Au contraire, elles se consument beaucoup pour les faire taire&nbsp;: voyages ext\u00e9nuants, fr\u00e9n\u00e9sie m\u00e9nag\u00e8re ou sportive, jogging effr\u00e9n\u00e9\u2026 Elles s\u2019\u00e9puisent souvent \u00e0 l\u2019excellence professionnelle. Toute hyperactivit\u00e9 est bonne pour r\u00e9duire le corps au silence, annuler les sensations qu\u2019il pourrait produire. La m\u00e9decine moderne de haute technologie, ses examens sophistiqu\u00e9s, son imagerie, les r\u00e9ponses virtuelles sur <em>Internet<\/em> et m\u00eame l\u2019assistance \u00e0 la procr\u00e9ation comme solution d\u00e9sirable sont les seuls recours contre la grande peur de perdre le contr\u00f4le de leur corps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des sensations venues de l\u2019int\u00e9rieur du corps, il y a sa perception de l\u2019ext\u00e9rieur, ou plut\u00f4t son image sp\u00e9culaire. Le miroir renvoie le regard des autres et leur jugement sur le corps f\u00e9minin. L\u2019opinion des autres devient centrale afin d\u2019\u00e9laborer l\u2019image de soi. \u00c0 d\u00e9faut de confiance en soi, il devient n\u00e9cessaire de se conformer \u00e0 l\u2019id\u00e9al dict\u00e9 par la mode et par son univers de normalit\u00e9, plein d\u2019inconsistance. Le constat n\u00e9gatif de st\u00e9rilit\u00e9 lui-m\u00eame est battu en br\u00e8che par la satisfaction qu\u2019apporte l\u2019image sp\u00e9culaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces avatars de l\u2019image intime du corps rendent compte du contact humain incoh\u00e9rent que proposent ces patientes infertiles et \u00e0 l\u2019alimentation anarchique. Leur d\u00e9sir d\u2019enfant pourtant authentique est constamment mis en balance avec celui, tr\u00e8s puissant, de conserver une image sp\u00e9culaire impeccable. L\u2019\u00e9vitement de la fertilit\u00e9 leur permet de se soustraire au temps, de garder toujours un corps adolescent. Les m\u00e9canismes de d\u00e9fense viennent ici au secours de l\u2019extr\u00eame fragilit\u00e9 narcissique et visent \u00e0 \u00e9viter l\u2019effondrement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des grossesses intol\u00e9rables<\/h2>\n\n\n\n<p>De fa\u00e7on non exceptionnelle, les praticiens sont confront\u00e9s \u00e0 une demande d\u2019interruption de grossesse alors m\u00eame que l\u2019enfant \u00e9tait ardemment d\u00e9sir\u00e9. Une gestation un peu forc\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019AMP peut se transformer au bout de quelques semaines en demande d\u2019interruption de grossesse. Les praticiens y consentent, quoique de mauvais c\u0153ur, tant l\u2019angoisse d\u00e9clench\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9but de gestation est intense. Les d\u00e9fenses psychiques sont d\u00e9bord\u00e9es, quel que soit le v\u0153u pr\u00e9c\u00e9dent et volontariste d\u2019un enfant. L\u2019interruption de la grossesse devient une mesure n\u00e9cessaire pour prot\u00e9ger la jeune femme contre une angoisse psychotique ou contre un passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit de se prot\u00e9ger contre un effondrement d\u2019une autre nature&nbsp;; il a eu lieu, dans le pass\u00e9 lointain de la jeune femme, ant\u00e9rieurement m\u00eame au langage,. La pens\u00e9e de Donald Winnicott est tr\u00e8s explicite \u00e0 ce sujet&nbsp;: au cours des premiers mois de sa vie, tout b\u00e9b\u00e9 \u00e9prouve le sentiment d\u2019exister de fa\u00e7on continue gr\u00e2ce \u00e0 la coh\u00e9rence et au d\u00e9vouement des soins maternels. Mais si ce sentiment de continuit\u00e9 est menac\u00e9 par le chaos, par des soins maternels faisant alterner intrusions, n\u00e9gligences et menaces de chute, le b\u00e9b\u00e9 peut traverser des moments d\u2019angoisse. Ces \u00ab&nbsp;exp\u00e9riences agoniques&nbsp;\u00bb (22) sont des exp\u00e9riences non repr\u00e9sentables \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, car elles sont survenues \u00e0 un stade o\u00f9 l\u2019enfant ne disposait pas encore d\u2019un langage organis\u00e9 pour symboliser ces \u00e9motions indicibles. Leur trace ne s\u2019inscrit que dans la m\u00e9moire du corps. La crainte adulte d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019id\u00e9e de grossesse ou son d\u00e9but serait alors la peur innommable de revivre ces moments d\u2019angoisse, la peur diffuse d\u2019un effondrement, et, comme un futur ant\u00e9rieur, la crainte d\u2019une bascule dans le chaos qui a d\u00e9j\u00e0 eu lieu autrefois. L\u2019organisation psychique d\u00e9fensive actuelle prot\u00e8ge en v\u00e9rit\u00e9 contre toute rem\u00e9moration, tandis que la pr\u00e9sence concr\u00e8te d\u2019une grossesse, puis d\u2019un nouveau-n\u00e9 viendrait r\u00e9veiller cette trace.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un m\u00e9canisme de d\u00e9fense qui cible la f\u00e9condit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>La plupart des situations d\u2019infertilit\u00e9 primaire biologiquement inexpliqu\u00e9e ont donc en commun la pr\u00e9sence de facteurs adverses \u00e0 la procr\u00e9ation comme la non-reconnaissance de la dette de vie ou l\u2019hypertrophie de l\u2019image sp\u00e9culaire. Ce contexte psychique associ\u00e9 ou sous-jacent est peu \u00e9tudi\u00e9, en raison m\u00eame de la difficult\u00e9 de son approche. Sa connaissance progresse peu \u00e0 peu gr\u00e2ce \u00e0 la recherche clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre hypoth\u00e8se est qu\u2019un syst\u00e8me de d\u00e9fense psychique pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019\u0153uvre, ciblant la f\u00e9condit\u00e9 et agissant en inhibant l\u2019un ou l\u2019autre des principaux m\u00e9canismes physiologiques qui assurent la r\u00e9ussite de la gestation. Ce syst\u00e8me serait d\u00e9fensif&nbsp;: il prot\u00e9gerait contre la menace d\u2019effondrement psychique que provoquerait la survenue d\u2019une grossesse, consciemment d\u00e9sir\u00e9e mais, en fait, tr\u00e8s redout\u00e9e, par peur d\u2019un effondrement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infertilit\u00e9 primaire fonctionne donc comme une \u00ab&nbsp;cicatrice psychique&nbsp;\u00bb. Elle t\u00e9moigne d\u2019un d\u00e9sastre pass\u00e9 dont le sujet craint le retour, sans pouvoir ni se le repr\u00e9senter ni le nommer, car ce d\u00e9sastre date souvent d\u2019avant les mots pour se plaindre, d\u2019avant m\u00eame la capacit\u00e9 de penser. Mieux vaut bloquer la fertilit\u00e9 qu\u2019\u00eatre encore une fois confront\u00e9e \u00e0 ce gouffre ancien et s\u2019y perdre. La st\u00e9rilit\u00e9 est install\u00e9e, mais la vie peut continuer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019infertilit\u00e9, une cicatrice psychique<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019infertilit\u00e9 primaire pour certaines femmes, n\u2019est donc ni une maladie ni un dysfonctionnement permanent, mais une op\u00e9ration de d\u00e9fense active au service de la survie, face \u00e0 la catastrophe que repr\u00e9senterait la grossesse ou la maternit\u00e9. Catastrophe pour celles auxquelles a manqu\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une repr\u00e9sentation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 maternelle et \u00e0 la dette de vie qui s\u2019ensuit. Catastrophe pour d\u2019autres aussi dont une maternit\u00e9 menacerait l\u2019image sp\u00e9culaire. Catastrophe enfin pour celles dont les premiers mois de vie ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s d\u2019exp\u00e9riences d\u2019angoisse agonique et de perte du sentiment de continuit\u00e9 d\u2019existence, confront\u00e9es comme b\u00e9b\u00e9s d\u2019autrefois au chaos cr\u00e9\u00e9 par des soins maternels incoh\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, l\u2019infertilit\u00e9 primaire est au service de l\u2019\u00e9conomie inconsciente du sujet et de la protection intime de l\u2019individu. Elle vient le mettre \u00e0 l\u2019abri d\u2019une situation p\u00e9rilleuse. Elle est au service de ce que Freud d\u00e9signait comme l\u2019angoisse anticipatrice ou automatique (14), cette forme d\u2019angoisse qui prot\u00e8ge contre l\u2019effroi et contre la tentation du suicide. Elle est source de souffrance, mais gr\u00e2ce \u00e0 elle, la vie continue. Par l\u2019infertilit\u00e9, le sujet dispose d\u2019une arme absolue, d\u2019une d\u00e9fense contre la procr\u00e9ation au nom de l\u2019angoisse vitale que son \u00e9vocation suscite. Il n\u2019y a pas de cause psychog\u00e8ne au sens m\u00e9dical du terme, mais il existe un m\u00e9canisme inconscient indirect tr\u00e8s actif.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que selon cet abord nouveau, l\u2019infertilit\u00e9 s\u2019\u00e9carte des mod\u00e8les de la pathologie qui se construisent habituellement en d\u00e9crivant des fonctionnements d\u00e9fectueux. Les anomalies biologiques que les praticiens constatent sont secondaires \u00e0 des b\u00e9n\u00e9fices inconscients que le sujet, \u00e0 son total insu, tire de cette condition m\u00eame. Admettre l\u2019infertilit\u00e9 comme un syst\u00e8me d\u00e9fensif involontaire permet aussi de comprendre certaines gu\u00e9risons magiques, certaines grossesses qui d\u00e9marrent apr\u00e8s une seule consultation, le syst\u00e8me d\u00e9fensif baissant brusquement la garde, capt\u00e9 dans la douceur transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Perspectives th\u00e9rapeutiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Le psychanalyste, confront\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9licate clinique de l\u2019infertilit\u00e9 primaire, doit se garder de toute obligation de r\u00e9sultat en mati\u00e8re de grossesse. L\u2019objectif poursuivi est celui du mieux-\u00eatre de la patiente, avec ou sans enfant \u00e0 la cl\u00e9. La rencontre avec le psychanalyste devrait id\u00e9alement se faire lorsque ce dernier sort de son espace habituel pour des consultations th\u00e9rapeutiques ouvertes, au cadre assez souple et id\u00e9alement, sur le terrain m\u00eame de la gyn\u00e9cologie. R\u00e9cemment la banalisation de l\u2019AMP a favoris\u00e9 aussi des demandes de consultations aupr\u00e8s de psychanalystes non sp\u00e9cialis\u00e9s dans ce domaine.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend que ces patientes, si d\u00e9n\u00e9gatrices du lien psychique, ne nouent que rarement une relation psychoth\u00e9rapique durable&nbsp;; plus souvent, elles interrompent rapidement les consultations. Elles revivent leur conflit et leur d\u00e9pendance haineuse et insupportable \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur m\u00e8re, transf\u00e9r\u00e9e sur la personne du th\u00e9rapeute. Le travail est alors ob\u00e9r\u00e9 par la violence et le go\u00fbt des ruptures contribuant, avec le d\u00e9ni du psychisme, au choix des solutions th\u00e9rapeutiques m\u00e9dicales activistes de l\u2019Assistance M\u00e9dicale \u00e0 la Procr\u00e9ation (AMP). Si, pourtant, on r\u00e9ussit \u00e0 apprivoiser ces jeunes femmes, \u00e0 maintenir avec elles un lien suffisamment prolong\u00e9, le moteur du changement sera l\u2019acc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres repr\u00e9sentations. La th\u00e9rapie proposant travail de rem\u00e9moration et d\u2019associations d\u2019id\u00e9es, il peut leur arriver d\u2019\u00e9voquer la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de leur propre m\u00e8re et de penser le lien de gratitude qui les lie \u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le travail analytique, s\u2019il a lieu, peut aussi \u00e9merger un vrai et authentique refus de l\u2019enfant permettant au th\u00e9rapeute de valoriser certaines sublimations. Le refus profond de l\u2019enfant biologique prend son origine dans la m\u00e9moire souffrante d\u2019une relation d\u00e9faillante avec la m\u00e8re originaire. Le d\u00e9sir \u00ab&nbsp;proclam\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019enfant serait un pur d\u00e9sir de rejouer ses propres d\u00e9buts dans l\u2019existence, d\u2019\u00eatre une fois encore, soi-m\u00eame, ce b\u00e9b\u00e9 sans d\u00e9fense et non pas de donner la vie \u00e0 un enfant \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>La culture actuelle qui valorise tant les r\u00e9alisations sociales et cr\u00e9atrices offre aux femmes infertiles une alternative \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 naturelle. Cette alternative peut \u00eatre une sublimation, par exemple un projet d\u2019adoption, le choix d\u2019\u00e9lever sans malentendu un enfant abandonn\u00e9 ou toute autre r\u00e9alisation cr\u00e9atrice. Les exemples cliniques sont nombreux de sublimations dans les domaines de l\u2019art, de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire ou cin\u00e9matographique, voire dans le domaine politique et social. Le soutien de ces femmes douloureuses vers la sublimation de leur d\u00e9sir d\u2019enfant est souvent l\u2019atout n\u00e9cessaire, voire l\u2019issue positive d\u2019un traitement psychoth\u00e9rapique.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9but de traitement, la patiente concern\u00e9e ne peut presque jamais entrevoir d\u2019embl\u00e9e ces b\u00e9n\u00e9fices. Il lui faut souvent, au sein d\u2019une th\u00e9rapie, des d\u00e9lais longs et incompressibles pour les admettre. Il serait, en outre, sauvage et dangereux de la part du th\u00e9rapeute de les lui d\u00e9noncer, s\u2019il en prenait conscience avant elle. Si l\u2019on accepte cette approche nouvelle, le traitement des situations d\u2019infertilit\u00e9 ne peut se limiter \u00e0 proposer des innovations techniques sans simultan\u00e9ment entreprendre une prise en charge relationnelle visant \u00e0 l\u2019apaisement de la souffrance. Il importe de l\u2019accompagner non seulement dans le but d\u2019humaniser des protocoles contraignants, mais aussi de donner acc\u00e8s \u00e0 la probl\u00e9matique intime de la fertilit\u00e9 et des al\u00e9as dont elle t\u00e9moigne, d\u2019aider \u00e0 contenir ses impasses et \u00e0 cultiver de nouvelles sublimations.<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple fameux d\u2019existence r\u00e9ussie par la sublimation de la st\u00e9rilit\u00e9 est celui de la reine Elisabeth d\u2019Angleterre, au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la grande Elisabeth, fille de Henry VIII et d\u2019Anne Boleyn. L\u2019histoire l\u2019a surnomm\u00e9e la \u00ab&nbsp;reine sans homme&nbsp;\u00bb, car elle a r\u00e9gn\u00e9 pr\u00e8s de cinquante ans sans conna\u00eetre ni le mariage ni la maternit\u00e9. Les biographes (21) attribuent son infertilit\u00e9 \u00e0 une probable malformation, gard\u00e9e secr\u00e8te, de ses organes reproducteurs. En ces temps de transmission h\u00e9r\u00e9ditaire du pouvoir absolu, on imagine la mal\u00e9diction que repr\u00e9sentait cette st\u00e9rilit\u00e9. Femme sans enfant et sans \u00e9poux, Elisabeth a transform\u00e9 sa secr\u00e8te d\u00e9tresse en une \u0153uvre f\u00e9conde. Convertissant son chagrin int\u00e9rieur en passion pour son pays, elle a soutenu les forces nouvelles de l\u2019Angleterre. Elle a encourag\u00e9 marchands, corporations, et financiers, pr\u00e9parant son pays \u00e0 la supr\u00e9matie maritime et mondiale de son si\u00e8cle. Une existence royale fertile et plus banale aurait-elle eu pareille influence sur le cours de l\u2019histoire europ\u00e9enne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure cette \u00e9tude, insistons sur l\u2019importance de l\u2019enqu\u00eate anamnestique devant toute situation d\u2019infertilit\u00e9. Le pass\u00e9 f\u00e9minin rec\u00e8le-t-il une grossesse infortun\u00e9e ou au contraire est-il vide de gestation&nbsp;? Loin d\u2019un pur essai de classement, les infertilit\u00e9s secondaires sont souvent accessibles \u00e0 une th\u00e9rapie sur le mod\u00e8le de la n\u00e9vrose traumatique, au contraire des infertilit\u00e9s primaires dont l\u2019abord est plus ardu. Dans tous les cas, l\u2019effort se porte vers le d\u00e9veloppement de sublimations, vers la transformation des chagrins en id\u00e9es vivantes comme nous le propose Marcel Proust (in <em>Le temps retrouv\u00e9<\/em>, Tome 2) \u00ab&nbsp;<em>Les id\u00e9es sont des succ\u00e9dan\u00e9s des chagrins&nbsp;; au moment o\u00f9 ceux-ci se changent en id\u00e9es, il s perdent une partie de leur action nocive sur notre c\u0153ur.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10751?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Depuis plusieurs d\u00e9cennies, la mise au point et la rapide diffusion de mutiples techniques de plus en plus sophistiqu\u00e9es d\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation (AMP), tendent \u00e0 occulter la probl\u00e9matique psychique qui accompagne reguli\u00e8rement l\u2019infertilit\u00e9 f\u00e9minine. 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