{"id":10747,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entre-vecu-de-laccouchement-et-realite-medicale-les-violences-obstetricales-2\/"},"modified":"2021-11-21T21:38:24","modified_gmt":"2021-11-21T20:38:24","slug":"entre-vecu-de-laccouchement-et-realite-medicale-les-violences-obstetricales","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entre-vecu-de-laccouchement-et-realite-medicale-les-violences-obstetricales\/","title":{"rendered":"Entre v\u00e9cu de l\u2019accouchement et r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale : les violences obst\u00e9tricales"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Primum non nocere&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Il a \u00e9t\u00e9 frappant de voir combien, ces derniers mois, l\u2019attention m\u00e9diatique, politique, et sociale, s\u2019est port\u00e9e sur des questions jusque-l\u00e0 encore peu pr\u00e9sentes dans le discours courant&nbsp;: celle de l\u2019accouchement, de la maternit\u00e9, du suivi gyn\u00e9cologique, celle, finalement, des femmes dans la m\u00e9decine, et notamment des femmes enceintes et des parturientes<sup>2<\/sup>. Nous avons alors vu \u00e9merger dans ce discours une expression encore peu r\u00e9pandue, ou au moins cantonn\u00e9e \u00e0 des milieux sp\u00e9cifiques &#8211; militantisme f\u00e9ministe notamment -, ce terme de violences obst\u00e9tricales, qui d\u00e9fraye la chronique et soul\u00e8ve l\u2019indignation des soignants en gyn\u00e9cologie et en obst\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<p>Associ\u00e9e souvent au mouvement de lib\u00e9ration de la parole des femmes ayant eu lieu en parall\u00e8le, cette expression, sous la forme d\u2019une pol\u00e9mique, a en effet permis l\u2019\u00e9mergence de questionnements nouveaux, d\u2019interrogations des pratiques, de diffusions plus larges de r\u00e9cits de cet \u00e9v\u00e9nement aussi commun que personnel et unique, aussi connu qu\u2019encore myst\u00e9rieux. Une fois encore, corps priv\u00e9 et corps publique se rencontrent, une fois encore, le corps devient enjeu politique et social, et une fois encore, cela ne se fait pas sans \u00e9tincelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est alors ais\u00e9 de saisir la complexit\u00e9 d\u2019un tel sujet, pris dans des enjeux multiples et entrem\u00eal\u00e9s, qui ne sauraient supporter une approche et un discours unique, mono-disciplinaire, ou r\u00e9ducteur. Cette pluralit\u00e9 de discours, de points de vue, de perceptions, vient alors cristalliser un d\u00e9bat qui en devient st\u00e9rile, dans lequel ces enjeux s\u2019entrecroisent, se confondent, fusionnent, et se perdent. De l\u00e0 vient alors la difficult\u00e9 \u00e0 cerner ce terme de violences obst\u00e9tricales. De quoi s\u2019agit-il alors&nbsp;? Parlons-nous de violence faite aux femmes, de ses m\u00e9canismes, de patriarcat&nbsp;? Parlons-nous d\u2019un enjeu politique&nbsp;? Parlons-nous de sph\u00e8re priv\u00e9e, de sph\u00e8re publique&nbsp;? Parlons-nous de violence inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019accouchement&nbsp;? Parlons-nous de la violence institutionnelle dont peuvent \u00eatre victimes les soignants eux-m\u00eames, confront\u00e9s aux enjeux pulsionnels de la mise au monde&nbsp;? Parlons-nous de la douleur, de la souffrance, de leur caract\u00e8re de plus en plus insupportable&nbsp;? Parlons-nous de la violence de cette rencontre explosive entre probl\u00e9matique de vie et probl\u00e9matique de mort dans le domaine de l\u2019obst\u00e9trique&nbsp;? Parlons-nous du corps qui vit une grossesse, corps r\u00e9el, fantasmatique, et symbolique&nbsp;? Parlons-nous de sexualit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette liste de questionnements n\u2019est certainement pas exhaustive, et refl\u00e8te la multiplicit\u00e9 des discours, des probl\u00e9matiques, et des enjeux. Enjeux politiques donc, sociaux, \u00e9conomiques, enjeux de soci\u00e9t\u00e9, de genre, enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques, enjeux de profession, d\u2019institutions, mais aussi enjeux inconscients, enjeux pulsionnels, que nous n\u2019avons pas la pr\u00e9tention de pouvoir \u00e9claircir, mais que nous estimons n\u00e9cessaires \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, dans la perspective de pouvoir engager une r\u00e9flexion plus fertile autour de ce sujet des violences obst\u00e9tricales, qui, malgr\u00e9 sa complexit\u00e9, soul\u00e8ve des probl\u00e9matiques incontournables pour penser le soin aujourd\u2019hui, nous nous poserons la question suivante&nbsp;: trop souvent r\u00e9duites \u00e0 une opposition entre v\u00e9cu subjectif de l\u2019accouchement et r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale, o\u00f9 situer les violences obst\u00e9tricales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, nous nous pencherons tout d\u2019abord sur la d\u00e9finition de ce terme, une d\u00e9finition qui peut s\u2019av\u00e9rer plus difficile \u00e0 formuler qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Cela nous permettra dans un second temps d\u2019amener une r\u00e9flexion autour de ce qui nous semble \u00eatre au c\u0153ur de ce d\u00e9bat, soit une mise en tension apparemment insoluble entre subjectivit\u00e9 et objectivit\u00e9. Enfin, nous discuterons du r\u00f4le de la contentance dans ces exp\u00e9riences de violences parfois traumatiques, notamment \u00e0 travers des r\u00e9cits de femmes, recueillis dans le cadre d\u2019une recherche en maternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9finir la violence<\/h2>\n\n\n\n<p>Le terme de violences obst\u00e9tricales est un terme encore relativement nouveau, puisque son apparition dans un contexte officiel date du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, en Am\u00e9rique du Sud, sous l\u2019impulsion de groupes f\u00e9ministes luttant pour l\u2019humanisation de la naissance, mais \u00e9galement d\u2019ONG et d\u2019organisations internationales et politiques. L\u2019\u00e9mergence de ce terme en Am\u00e9rique du Sud s\u2019articule \u00e9galement \u00e0 un contexte politique, ainsi qu\u2019\u00e0 une certaine organisation des soins et de la hi\u00e9rarchie des professions en obst\u00e9trique. Il est par ailleurs int\u00e9gr\u00e9 aux textes de loi &#8211; concernant les violences faites aux femmes &#8211; dans certains pays, dont le Venezuela en 2007, l\u2019Argentine en 2009, et plusieurs \u00e9tats mexicains. Ce n\u2019est que quelques ann\u00e9es plus tard que l\u2019expression de violence obst\u00e9tricale atteint le monde anglo-saxon, puis le monde francophone, en passant par le Canada. Elle est pr\u00e9sente en France depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, mais son usage ne quittait alors que tr\u00e8s peu le domaine de la naissance et du militantisme, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9clairage m\u00e9diatique dont elle a fait l\u2019objet en 2017. Cependant, les revendications pour l\u2019humanisation de l\u2019accouchement n\u2019ont pas attendu l\u2019arriv\u00e9e de ce terme pour \u00e9merger, et ce dernier est venu remplacer et pr\u00e9ciser les termes plus g\u00e9n\u00e9raux utilis\u00e9s jusqu\u2019alors, comme ceux de \u00ab&nbsp;maltraitance m\u00e9dicale&nbsp;\u00bb, ou de \u00ab&nbsp;maltraitance dans le soin&nbsp;\u00bb par exemple. Ainsi, le terme de violence obst\u00e9tricale, malgr\u00e9 sa nouveaut\u00e9, s\u2019inscrit dans une continuit\u00e9 historique en France, tant dans son lien ambigu avec les mouvements f\u00e9ministes, que dans celui avec les m\u00e9thodes de l\u2019accouchement sans douleur ou de l\u2019accouchement naturel par exemple, d\u00e9velopp\u00e9es notamment par Fernand Lamaze et Fr\u00e9d\u00e9rick Leboyer, d\u00e8s les ann\u00e9es 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, en France, la diffusion de cette expression a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 assez lente, et peu document\u00e9e. C\u2019est en juillet 2017 qu\u2019elle prend une toute autre dimension, lorsque, lors d\u2019une audition au S\u00e9nat, la secr\u00e9taire d\u2019Etat charg\u00e9e de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les hommes et les femmes, Marl\u00e8ne Schiappa, dit avoir \u00ab&nbsp;command\u00e9 un rapport au conseil \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 sur les violences obst\u00e9tricales&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>, et annonce un taux d\u2019\u00e9pisiotomies<sup>4<\/sup> \u00e0 75% en France. C\u2019est ce chiffre erron\u00e9, que M. Schiappa tient d\u2019un sondage men\u00e9 pour son association <em>Maman Travaille<\/em>, qui a d\u2019abord enflamm\u00e9 la profession concern\u00e9e, gyn\u00e9cologues obst\u00e9triciens et sage-femmes, puis les m\u00e9dias, qui se sont empar\u00e9s de la question. En effet, le taux d\u2019\u00e9pisiotomies en France est aujourd\u2019hui estim\u00e9 aux alentours de 20%<sup>5<\/sup>, un chiffre en baisse ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais qui peut continuer \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer, notamment pour les primipares, pour lesquelles ce taux s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 34,9%<sup>6<\/sup>. De ce fait, la pol\u00e9mique qui s\u2019en est suivie s\u2019est plus ou moins focalis\u00e9e sur cet acte de l\u2019\u00e9pisiotomie. Pourtant, ce que d\u00e9nonce le terme de violence obst\u00e9tricale est bien plus vaste.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il appara\u00eet qu\u2019en donner une d\u00e9finition pr\u00e9cise et qui fasse consensus n\u2019est pas si ais\u00e9. Cela peut s\u2019expliquer dans un premier temps par ses conditions de naissance, cit\u00e9es plus haut, et son caract\u00e8re encore actuel. Pourtant, les textes de loi sud-am\u00e9ricains en donnent une d\u00e9finition officielle qui aurait pu voyager jusqu\u2019\u00e0 nous avec ce terme de violence obst\u00e9tricale. Le fait que ce ne soit pas le cas nous permet \u00e9galement d\u2019avancer que d\u00e9finir les violences obst\u00e9tricales, c\u2019est d\u00e9finir aussi un syst\u00e8me de soins, une organisation professionnelle de l\u2019obst\u00e9trique et de la gyn\u00e9cologie, au sein d\u2019une certaine politique, d\u2019une certaine soci\u00e9t\u00e9, et \u00e0 une certaine \u00e9poque. Il s\u2019agit donc, d\u2019une certaine mani\u00e8re, de s\u2019approprier ce terme et de l\u2019inscrire dans notre propre syst\u00e8me de repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, toute tentative de d\u00e9finir une violence se heurte \u00e0 la question des limites&nbsp;: comment border ce qui est violent, comment d\u00e9terminer pr\u00e9cis\u00e9ment et dans une perspective d\u2019universalit\u00e9 ce qui l\u2019est, ou ce qui ne l\u2019est pas&nbsp;? D\u2019autre part, ces limites sont \u00e9galement renforc\u00e9es par le fait que, par ce terme m\u00eame de violence, associ\u00e9e \u00e0 un champ disciplinaire, celui de l\u2019obst\u00e9trique ou de la gyn\u00e9cologie, l\u2019expression de violence obst\u00e9tricale semble d\u00e9signer un responsable. En effet, nombreux sont les soignants en obst\u00e9trique ou en gyn\u00e9cologie qui ont per\u00e7u une agression personnelle dans cette formulation, qui les mettrait dans une position de bourreau, position dont la femme serait la victime.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, pour d\u00e9finir, il faut d\u2019abord sortir de ce qui rel\u00e8ve d\u2019un imaginaire, d\u2019une relation \u00e0 l\u2019autre en miroir, ici miroir invers\u00e9. L\u2019expression de violence obst\u00e9tricale n\u2019a pas pour objectif une d\u00e9lation, et n\u2019a que faire de pointer du doigt tel ou tel professionnel en particulier. Il s\u2019agit de d\u00e9signer, pour pouvoir le penser, un syst\u00e8me, dont les acteurs ne sont pas seulement des individus, mais aussi des institutions, des protocoles, des normes, des valeurs, des coutumes, qui sont particuli\u00e8rement puissantes en p\u00e9rinatalit\u00e9. Bien s\u00fbr, le fait que cela rel\u00e8ve d\u2019un syst\u00e8me ne signifie pas pour autant que tous les accouchements sont des exp\u00e9riences traumatiques. L\u2019accouchement reste un \u00e9v\u00e9nement \u00e9minemment subjectif dans son v\u00e9cu, et certaines femmes en gardent un souvenir intense, puissant, et heureux. Cependant, bien qu\u2019aucune quantification du ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019ait \u00e9t\u00e9 faite pour le moment, ce moment est pour d\u2019autres femmes \u00e0 l\u2019origine d\u2019une grande souffrance, dont l\u2019impact justifie que nous nous penchions sur la question, qu\u2019il s\u2019agisse ou non d\u2019une minorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a donc sans doute \u00e9t\u00e9 plus commode, car plus concret, de centrer dans un premier temps le d\u00e9bat sur l\u2019acte de l\u2019\u00e9pisiotomie. Mais ce qui est d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 travers cette pol\u00e9mique, c\u2019est un ensemble de gestes, d\u2019actes chirurgicaux ou non, mais aussi de propos, d\u2019attitudes, ou d\u2019obligations protocolaires d\u00e9su\u00e8tes. Pour n\u2019en citer que quelques-uns, sont donc concern\u00e9s par exemple l\u2019expression abdominale<sup>7<\/sup>, par ailleurs supprim\u00e9e des recommandations de l\u2019OMS car jug\u00e9e potentiellement dangereuse pour la sant\u00e9 de la femme et de son enfant, les extractions instrumentales &#8211; forceps, ventouse -, les touchers vaginaux \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, les d\u00e9clenchements<sup>8<\/sup>, l\u2019utilisation d\u2019hormones pour acc\u00e9l\u00e9rer la naissance de l\u2019enfant, ou bien l\u2019obligation de garder une position unique durant l\u2019accouchement, l\u2019interdiction de boire ou de manger, ou encore des attitudes v\u00e9cues comme jugeantes, rabaissantes, ou paternalistes par la femme concern\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous devions toutefois donner une d\u00e9finition de la violence obst\u00e9tricale, nous emprunterions celle de M.-H. Lahaye, juriste de formation, et pionni\u00e8re dans le monde francophone sur le sujet de la violence obst\u00e9tricale, qu\u2019elle traite notamment sur son <em>blog<\/em>, h\u00e9berg\u00e9 par <em>Le Monde<\/em>, \u00ab&nbsp;Marie accouche l\u00e0&nbsp;\u00bb. Selon elle, \u00ab&nbsp;la violence obst\u00e9tricale est l\u2019addition de deux types de violences&nbsp;: la violence institutionnelle et la violence bas\u00e9e sur le genre&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>, et se d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de sant\u00e9, qui n\u2019est pas justifi\u00e9 m\u00e9dicalement et\/ou qui est effectu\u00e9 sans le consentement libre et \u00e9clair\u00e9 de la femme enceinte ou de la parturiente&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>. D\u2019apr\u00e8s cette d\u00e9finition, deux \u00e9l\u00e9ments sont donc centraux pour d\u00e9finir la violence obst\u00e9tricale&nbsp;: d\u2019une part, l\u2019absence de justification m\u00e9dicale pour un acte effectu\u00e9 durant l\u2019accouchement, le suivi gyn\u00e9cologique, ou la suite de couches&nbsp;; et d\u2019autre part, l\u2019absence de consentement de la part de la femme concern\u00e9e, ce qui vient faire directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la loi de 2002 concernant les droits des malades, appel\u00e9e loi <em>Kouchner<\/em>. Cette loi pr\u00e9cise en effet qu\u2019\u00ab&nbsp;aucun acte m\u00e9dical ni aucun traitement ne peut \u00eatre pratiqu\u00e9 sans le consentement libre et \u00e9clair\u00e9 de la personne et ce consentement peut \u00eatre retir\u00e9 \u00e0 tout moment.&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>. Est \u00e9galement couramment cit\u00e9e dans les nombreux t\u00e9moignages de femmes pr\u00e9sents dans la presse ces derniers mois, l\u2019absence d\u2019informations au sujet des actes effectu\u00e9s, que ce soit avant, pendant, ou apr\u00e8s ces actes. Est donc violent ce qui n\u2019est pas consenti, ce qui n\u2019est pas justifi\u00e9, ce dont nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s. La violence est contenue en germe dans la n\u00e9gation de la subjectivit\u00e9 de l\u2019individu en face. Une interpellation de la parole m\u00e9dicale donc, et une remise en question de la relation soignant-soign\u00e9, comme un appel \u00e0 un retour de la subjectivit\u00e9 au sein de cette derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, au lieu d\u2019un dialogue interdisciplinaire et intersubjectif \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ces dimensions, c\u2019est \u00e0 un d\u00e9bat houleux que nous avons affaire lorsqu\u2019est abord\u00e9 le sujet de la violence obst\u00e9tricale, dans lequel transpara\u00eet alors toute la dimension pulsionnelle qu\u2019il mobilise. En effet, dans ces d\u00e9bats, nous voyons s\u2019incarner deux prises de position qui se font face, dans une \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 frappante. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des femmes &#8211; et plus rarement, des hommes &#8211; expliquant ces violences, en t\u00e9moignant parfois, revendiquant une pleine possession de leur corps et de leur subjectivit\u00e9&nbsp;; et de l\u2019autre, des repr\u00e9sentants du corps obst\u00e9trical, g\u00e9n\u00e9ralement sur la d\u00e9fensive face \u00e0 cette expression qui semble les accuser d\u2019une maltraitance consciente et volontaire. Dans cette configuration, se produit ce qui serait presque de l\u2019ordre d\u2019un clivage du discours, dans une opposition st\u00e9rile, un dialogue entrav\u00e9. Sous couvert d\u2019une expression commune, celle de violence obst\u00e9tricale, faisant alors office de leurre d\u2019une compr\u00e9hension mutuelle, c\u2019est depuis des sph\u00e8res diff\u00e9rentes que chacun parle, et se rate. C\u2019est alors comme si, dans l\u2019opposition, la subjectivit\u00e9 de l\u2019un des partis ne pouvait que remplacer celle de l\u2019autre pour pouvoir exister, et l\u2019\u00e9change se trouve alors encombr\u00e9, et la parole invisibilis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette modalit\u00e9 de dialogue vient laisser para\u00eetre les nombreux enjeux sous-jacents \u00e0 cette probl\u00e9matique, et derri\u00e8re le d\u00e9bat th\u00e9orique et social, ce sont aussi les affects et la dimension pulsionnelle qui donnent le ton, comme souvent lorsque sont en jeu la femme, son corps, ses droits, mais aussi la naissance d\u2019un enfant. Entendre cette dimension nous permet \u00e9galement de saisir la continuit\u00e9 historique et sociale dans laquelle s\u2019inscrit ce d\u00e9bat en France, malgr\u00e9 la nouveaut\u00e9 du terme de violence obst\u00e9tricale. C\u2019est ainsi tout un syst\u00e8me de repr\u00e9sentations, tout un r\u00e9f\u00e9rentiel symbolique et imaginaire, qui est ici mis en lumi\u00e8re et r\u00e9interrog\u00e9. La m\u00e9dicalisation de la grossesse et de l\u2019accouchement, l\u2019accouchement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, la place du professionnel de sant\u00e9 dans ce processus, les r\u00f4les bien d\u00e9finis des diff\u00e9rents corps de m\u00e9tier en gyn\u00e9cologie obst\u00e9trique, la r\u00e9partition genr\u00e9e de ces corps de m\u00e9tier<sup>12<\/sup>, autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui bordent notre repr\u00e9sentation actuelle de la mise au monde d\u2019un enfant, et portent \u00e9galement le poids du pass\u00e9 de la gyn\u00e9cologie obst\u00e9trique comme discipline. En effet, l\u2019histoire de cette discipline est sem\u00e9e de d\u00e9placements, de remplacements, de transferts, contenus par des coutumes qui, bien qu\u2019\u00e9voluant au fil des \u00e9poques, ont toujours entour\u00e9 la grossesse et l\u2019accouchement. Les exemples de ces d\u00e9placements sont nombreux&nbsp;: celui de la m\u00e8re ou de la grand-m\u00e8re de la parturiente comme aide \u00e0 l\u2019accouchement, \u00e0 la matrone du Moyen-\u00c2ge, elle-m\u00eame remplac\u00e9e par la sage-femme comme profession institutionnalis\u00e9e, puis par le m\u00e9decin accoucheur, ou gyn\u00e9cologue obst\u00e9tricien, \u00e0 partir du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;; d\u00e9placement donc de la femme comme d\u00e9tentrice du savoir autour de la grossesse et de l\u2019accouchement, \u00e0 l\u2019homme m\u00e9decin&nbsp;; d\u00e9placement \u00e9galement du domicile de la parturiente comme lieu de l\u2019accouchement, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<sup>13<\/sup>&nbsp;; ou encore, passage d\u2019une grande mortalit\u00e9 p\u00e9rinatale maternelle et infantile, vers une r\u00e9duction de la mortalit\u00e9 allant de pair avec une m\u00e9dicalisation de plus en plus importante. A travers ces \u00e9l\u00e9ments, nous pouvons donc nous interroger&nbsp;: \u00e0 quoi touchons-nous donc en interrogeant aujourd\u2019hui ces coutumes et ces repr\u00e9sentations, \u00e0 travers cette remise en question du syst\u00e8me hospitalier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur ce terrain lourd d\u2019enjeux, \u00e0 travers ces d\u00e9placements et les questions conscientes et inconscientes qu\u2019ils posent, que le d\u00e9bat sur la violence obst\u00e9tricale se construit. Nous le voyons alors par ces modalit\u00e9s, ce d\u00e9bat pousse chacun dans ses retranchements, dans des positionnements caricaturaux, qui en viennent \u00e0 donner l\u2019impression que les deux partis qui s\u2019opposent ne traitent pas du m\u00eame sujet. Et pour cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous l\u2019avons vu, ce qui semble alors se dessiner comme point central qui viendrait cristalliser cette opposition prise dans le pulsionnel, est la mise en tension entre objectivit\u00e9, et subjectivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre objectivit\u00e9 et subjectivit\u00e9, sortir de la binarit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit du sujet des violences obst\u00e9tricales, la mise en tension entre ces deux p\u00f4les que sont l\u2019objectivit\u00e9 et la subjectivit\u00e9, pos\u00e9s comme contraires, se fait sur plusieurs plans. En effet, elle s\u2019incarne d\u2019abord dans ces d\u00e9bats, \u00e0 travers les prises de position des femmes, et des soignants. Les unes revendiquent la pleine possession de leur subjectivit\u00e9 et de leur corps, quand les autres r\u00e9p\u00e8tent que les gestes dont on les accuse sont des gestes m\u00e9dicaux, et dressent alors le savoir obst\u00e9trical comme un fait objectif incontestable. La subjectivit\u00e9 d\u00e9bat avec l\u2019objectivit\u00e9. Dans l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 qui caract\u00e9rise souvent ces \u00e9changes, ces deux p\u00f4les restent donc \u00e9tanches l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Ainsi, dans ce positionnement-m\u00eame, ou au moins tel qu\u2019il est incarn\u00e9 dans le d\u00e9bat, la question nous est pr\u00e9sent\u00e9e sous une forme binaire, qui ne permet ni de penser les enjeux, ni d\u2019entendre effectivement un v\u00e9cu de violence lorsqu\u2019il est exprim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, cette mise en tension entre objectivit\u00e9 et subjectivit\u00e9 est \u00e9galement ce \u00e0 quoi cette pol\u00e9mique est tr\u00e8s vite r\u00e9duite, et, une fois encore, la parole s\u2019en trouve mise au second plan. Sont alors par exemple convoqu\u00e9s des arguments qui r\u00e9duisent \u00e0 une subjectivit\u00e9 totale&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un v\u00e9cu, son explication se trouve donc enti\u00e8rement chez la femme et dans son pass\u00e9, dans ses \u00e9ventuelles fragilit\u00e9s, ses exp\u00e9riences v\u00e9cues, rejou\u00e9es lors de cet \u00e9v\u00e9nement psychiquement et physiquement intense qu\u2019est l\u2019accouchement. Ou encore, certains soignants \u00e9voquent le manque de temps, de moyens humains et financiers, qui les obligent \u00e0 suivre un protocole hospitalier, aux d\u00e9pens d\u2019une prise en charge plus personnalis\u00e9e, plus \u00e0 l\u2019\u00e9coute et plus attentive&nbsp;: sont invoqu\u00e9s l\u00e0 des faits <em>a priori<\/em> objectifs. Il ne s\u2019agit pas de nier ces difficult\u00e9s hospitali\u00e8res, ni m\u00eame de nier leur r\u00f4le dans les exp\u00e9riences d\u2019accouchement violents. Il s\u2019agit de sortir d\u2019une r\u00e9duction \u00e0 un seul et unique facteur, pour expliquer un ph\u00e9nom\u00e8ne qui ne peut \u00eatre compris qu\u2019\u00e0 travers l\u2019intrication d\u2019\u00e9l\u00e9ments multiples et complexes, et qu\u2019il est impossible de r\u00e9sumer \u00e0 ces deux cat\u00e9gories que forment alors l\u2019objectivit\u00e9 et la subjectivit\u00e9. Car en effet, cette r\u00e9duction, au service des r\u00e9sistances face \u00e0 ce pulsionnel que nous avons \u00e9voqu\u00e9, perp\u00e9tue la violence d\u00e9nonc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme tout \u00e9v\u00e9nement dans une vie, comme toute exp\u00e9rience v\u00e9cue, un accouchement violent ou traumatique est la cons\u00e9quence de facteurs certes personnels, mais aussi environnementaux, relationnels, interactionnels, institutionnels, m\u00e9dicaux, sociaux. Il ne s\u2019agit donc plus d\u2019opposer subjectivit\u00e9 et objectivit\u00e9, une opposition qui jette un voile sur une part importante de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et du v\u00e9cu, mais de confronter les deux pour les faire dialoguer, ce qui ne signifie pas les dissoudre l\u2019un dans l\u2019autre. Comme le formule Marc Bonnet, \u00ab&nbsp;faire dialoguer les contraires que sont l\u2019objectivation et la subjectivation, soit deux modes de r\u00e9actions \u00e0 la confrontation aux ph\u00e9nom\u00e8nes humains, (\u2026) ce n\u2019est pas op\u00e9rer un compromis ou une synth\u00e8se entre eux.&nbsp;\u00bb<sup>14<\/sup>. Dans cette d\u00e9marche, il ne s\u2019agit donc ni d\u2019objectiver un v\u00e9cu ou la violence, ni de subjectiver des actes ou des pratiques, ce qui nous m\u00e8nerait \u00e0 une rigidification \u00e0 la fois des positionnements des femmes et des obst\u00e9triciens, mais aussi \u00e0 une rigidification des pratiques et des protocoles hospitaliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faire alors, sinon \u00e9couter&nbsp;? A quoi pourrait donc servir la lib\u00e9ration d\u2019une parole si personne n\u2019est l\u00e0 pour l\u2019entendre&nbsp;? Savoir entendre la violence, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 reconna\u00eetre son existence, sans pour autant d\u00e9signer un coupable. Cette \u00e9coute est n\u00e9cessit\u00e9 pour les femmes et pour les soignants, mais n\u00e9cessit\u00e9 aussi pour le psychologue clinicien, ou tout autre professionnel qui souhaite penser la violence obst\u00e9tricale. Car en effet, c\u2019est dans l\u2019\u00e9coute du v\u00e9cu que se dessine, entre autres, ce dialogue \u00e0 amorcer entre subjectivit\u00e9 et objectivit\u00e9. Ainsi par exemple, dans le cadre de ma recherche en maternit\u00e9 au sujet du v\u00e9cu de l\u2019accouchement, pour laquelle je m\u00e8ne des entretiens de recherche en suite de couches, j\u2019ai pu entendre certaines femmes me parler de leur accouchement par c\u00e9sarienne, que celle-ci ait \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e ou non, en disant que r\u00e9trospectivement, elles pr\u00e9f\u00e8rent cela \u00e0 un accouchement par voie basse&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est plus rapide, et \u00e7a fait moins mal&nbsp;\u00bb, expliquent-elles. Il arrive d\u2019ailleurs que certaines femmes demandent des c\u00e9sariennes dites de convenance, et font donc le choix de ne pas accoucher par voie basse. Pour autant, j\u2019ai \u00e9galement rencontr\u00e9 de nombreuses femmes qui me d\u00e9crivent une op\u00e9ration intrusive, violente, voire traumatisante, qui leur donne la sensation d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur accouchement&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est comme si ce n\u2019est pas vraiment moi qui ai accouch\u00e9&nbsp;\u00bb. Impossible donc d\u2019objectiver une violence, et impossible de sortir le v\u00e9cu de l\u2019accouchement de son caract\u00e8re unique, que ce soit sur le plan du d\u00e9roul\u00e9 des gestes obst\u00e9tricaux, des interventions, des \u00e9ventuelles complications, ou sur le plan du v\u00e9cu de ces gestes. En conclure cependant que la c\u00e9sarienne n\u2019est pas un acte potentiellement violent, et que l\u2019explication d\u2019un v\u00e9cu de violence est donc \u00e0 chercher chez les femmes elles-m\u00eames et pas ailleurs, rel\u00e8verait de la m\u00eame hypocrisie. Ce serait refuser d\u2019entendre ce v\u00e9cu, pour se focaliser sur un acte, comme s\u2019il pouvait \u00eatre isol\u00e9 de son contexte&nbsp;: dans quelles conditions cette c\u00e9sarienne a-t-elle eu lieu&nbsp;? Quels termes ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour expliquer cette op\u00e9ration, et les raisons de sa n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;? A-t-elle seulement \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9e&nbsp;? Quelles repr\u00e9sentations de son accouchement la femme avait-elle&nbsp;? Le p\u00e8re de l\u2019enfant \u00e9tait-il pr\u00e9sent lors de la c\u00e9sarienne, si la femme le souhaitait&nbsp;? Quelle pr\u00e9sence, quelle attitude de l\u2019\u00e9quipe soignante dans le bloc op\u00e9ratoire&nbsp;?, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Opposer l\u2019objectivit\u00e9 m\u00e9dicale \u00e0 la subjectivit\u00e9 de la femme, c\u2019est donc \u00e9galement, dans une certaine mesure, perp\u00e9tuer la violence v\u00e9cue dans la salle d\u2019accouchement. La femme, lors de son accouchement ou de son suivi gyn\u00e9cologique, se voit imposer un acte, un protocole, des gestes. Beaucoup d\u00e9crivent alors un sentiment de passivit\u00e9 face \u00e0 ce qui arrive pourtant \u00e0 leur propre corps, et souvent dans le cadre d\u2019un \u00e9v\u00e9nement majeur pour elles. Cette passivit\u00e9 est un des \u00e9l\u00e9ments qui fait traumatisme&nbsp;: beaucoup se sentent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur corps, et \u00ab&nbsp;je n\u2019\u00e9tais plus qu\u2019un ventre&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;je n\u2019\u00e9tais plus qu\u2019un morceau de viande&nbsp;\u00bb sont des phrases qui reviennent beaucoup dans les t\u00e9moignages de v\u00e9cu violent d\u2019accouchements. La m\u00e9decine scientifique moderne, et ici en particulier l\u2019obst\u00e9trique, dans cette d\u00e9marche objectivante qui est la sienne, n\u2019a pu que se concentrer sur le somatique, en oubliant ainsi le psychique, que les champs qui y sont d\u00e9di\u00e9s sont venus r\u00e9cup\u00e9rer. Ce laisser-tomber d\u2019une discipline, \u00e0 l\u2019origine de la n\u00f4tre, la psychologie, a favoris\u00e9 une s\u00e9paration de plus en plus nette en m\u00e9decine entre psych\u00e9 et soma dans le soin. Cette sp\u00e9cialisation indispensable aux avanc\u00e9es technologiques et scientifiques que visait la m\u00e9decine a cependant aujourd\u2019hui des retomb\u00e9es subjectives, qui se ressentent dans la relation soignant-soign\u00e9, et qui ressurgissent \u00e9galement dans cette pol\u00e9mique autour de la violence obst\u00e9tricale. Mettez de c\u00f4t\u00e9 la subjectivit\u00e9, et elle fera retour d\u2019autant plus bruyamment. Ainsi, par cette mise de c\u00f4t\u00e9, se met en place \u00e9galement, \u00e0 l\u2019insu bien souvent des m\u00e9decins eux-m\u00eames, un contr\u00f4le des corps, dont l\u2019enjeu est d\u2019autant plus important qu\u2019il s\u2019agit, en gyn\u00e9cologie et en obst\u00e9trique, du corps des femmes, et plus particuli\u00e8rement, des femmes enceintes. Dans quelle mesure alors ce contr\u00f4le est-il indispensable \u00e0 la m\u00e9decine techno-scientifique moderne, en tant qu\u2019il vient faire office de d\u00e9fense face \u00e0 l\u2019angoissant du regard pos\u00e9 sur le corps maternel&nbsp;? \u00ab&nbsp;La g\u00e9ographie secr\u00e8te de notre corps est une t\u00eate de M\u00e9duse qui aveugle l\u2019\u0153il assez pr\u00e9somptueux pour la regarder en face&nbsp;\u00bb<sup>15<\/sup>, nous dit le chirurgien Richard Selzer. L\u2019obst\u00e9trique touche au corps humain, ce r\u00e9el que le regard ne peut affronter, et touche au corps de la femme m\u00e8re, marqu\u00e9 par un tabou. Voir ce qu\u2019il y a \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps de la m\u00e8re, voil\u00e0 quelque chose d\u2019autant d\u00e9sir\u00e9 qu\u2019effrayant pour l\u2019\u00eatre humain. L\u2019angoisse qui en r\u00e9sulte trouve dans la m\u00e9dicalisation, dans la protocolisation, dans ce contr\u00f4le des corps, un cadre, un contenant. Ces \u00e9l\u00e9ments, cette m\u00e9dicalisation, font aujourd\u2019hui partie des coutumes qui, de tous temps, et malgr\u00e9 leurs \u00e9volutions, ont entour\u00e9 l\u2019accouchement en tant qu\u2019elles sont \u00ab&nbsp;au service du refoulement psychique&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>. Au service du refoulement de la femme, mais aussi de son entourage, de la soci\u00e9t\u00e9, et des soignants qui accompagnent la parturiente.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce fait donc, la femme se sent mise dans une position de passivit\u00e9, dans laquelle sa subjectivit\u00e9 n\u2019a que peu de place. Or, cette position \u00e9vacue \u00e9galement l\u2019importance de la dimension du choix dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement que repr\u00e9sente pour elle son accouchement. Une femme qui accouche n\u2019est bien souvent pas en position de choisir, que ce soit parce qu\u2019elle s\u2019en remet \u00e0 la m\u00e9decine et son aura d\u2019un savoir universel, et <em>a fortiori<\/em> sur son propre corps, ou du fait de ce ressenti de passivit\u00e9, qu\u2019elles formulent souvent en termes de \u00ab&nbsp;perte de contr\u00f4le&nbsp;\u00bb. Ces femmes se voient alors renvoyer un sentiment de ne pas \u00eatre capables d\u2019accoucher, qui peut faire \u00e9cho \u00e0 leurs angoisses autour de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un enfant&nbsp;: angoisses d\u2019incapacit\u00e9, d\u2019inaptitude \u00e0 pouvoir s\u2019en occuper.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous le voyons, dans cette question de subjectivit\u00e9, d\u2019objectivit\u00e9, et de leur mise en tension, r\u00e9sident des enjeux majeurs pour la femme, pour son enfant, mais aussi pour la m\u00e9decine et pour les soignants. Leur opposition, et leur assignation \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre parti, les femmes \u00e9tant assimil\u00e9es \u00e0 la subjectivit\u00e9 quand la m\u00e9decine repr\u00e9sente l\u2019objectivit\u00e9, entretiennent des mouvements pulsionnels qui, du c\u00f4t\u00e9 des femmes comme de celui des soignants, emp\u00eachent la pens\u00e9e. La relancer implique de sortir de cette binarit\u00e9. Ainsi, il s\u2019agit d\u2019engager une r\u00e9flexion autour de la m\u00e9decine moderne et de ses nouvelles implications, qui ne sont pas qu\u2019\u00e9pist\u00e9mologiques, mais qui ont des effets cliniques tangibles. A l\u2019\u00e9coute des r\u00e9cits d\u2019accouchement et de leurs effets subjectifs, il s\u2019agit \u00e9galement de penser ce qui se joue ici pour les femmes, et ce qui vient ressurgir pour elles dans cette question de la violence obst\u00e9tricale. Un appel donc au retour de la subjectivit\u00e9 dans ce moment particuli\u00e8rement intime, \u00e0 la ma\u00eetrise de leur corps, mais un appel \u00e9galement \u00e0 une contenance qu\u2019une focalisation sur le corps et sur les protocoles m\u00e9dicaux a progressivement mis au second plan.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Se donner une contenance<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019entre dans la chambre de Mme M., elle est plong\u00e9e dans le noir. Il est d\u00e9j\u00e0 10 heures du matin, mais les volets sont encore ferm\u00e9s. Mme M. est allong\u00e9e dans son lit, et son fils de 3 jours dort dans son berceau \u00e0 quelques m\u00e8tres d\u2019elle. Spontan\u00e9ment, presque par r\u00e9flexe, je me pr\u00e9sente \u00e0 elle en parlant tr\u00e8s bas, comme par souci de ne pas d\u00e9ranger, de ne pas faire effraction. A l\u2019instant o\u00f9 je me pr\u00e9sente, en tant que psychologue faisant une recherche autour du v\u00e9cu de l\u2019accouchement, Mme M. fond en larmes. L\u2019entretien, d\u2019environ une demi-heure, se d\u00e9roulera donc dans le noir, et sera ponctu\u00e9 des pleurs de Mme M., tandis que son fils continuera \u00e0 dormir sans bruit dans son berceau, Mme M. ne lui adressant quasiment aucune parole ou aucun geste. Mme M. a 26 ans, et vit avec son conjoint, qui est \u00e9galement le p\u00e8re de l\u2019enfant, mais qui n\u2019est pas pr\u00e9sent lors de l\u2019entretien.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s mon entr\u00e9e, elle se met alors \u00e0 raconter. Elle raconte son accouchement, son tout premier, pour ce premier enfant, attendu et d\u00e9sir\u00e9. La grossesse s\u2019est tr\u00e8s bien d\u00e9roul\u00e9e, elle me parle m\u00eame d\u2019une grossesse id\u00e9ale, qui ne l\u2019a pas du tout pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb. \u00c7a, c\u2019est son accouchement, il y a \u00e0 peine trois jours. D\u00e9clench\u00e9e par Propess<sup>17<\/sup>, car la date pr\u00e9vue de l\u2019accouchement \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9e depuis deux jours<sup>18<\/sup>, l\u2019\u00e9quipe lui pose ensuite une perfusion d\u2019ocytocine<sup>19<\/sup>, dans le but d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les contractions et d\u2019aider ainsi le d\u00e9but du travail, qui stagne \u00e0 2 centim\u00e8tres de dilatation du col. Seulement, son b\u00e9b\u00e9 ne supporte pas l\u2019injection d\u2019hormones, et son rythme cardiaque chute un peu plus \u00e0 chaque contraction. Elle-m\u00eame est \u00e9galement prise de violents vomissements \u00e0 ce stade du travail. Encore en tout d\u00e9but de travail, la souffrance f\u0153tale indiqu\u00e9e par le rythme cardiaque en baisse inqui\u00e8te les \u00e9quipes pour la suite du travail d\u2019accouchement, et constitue une indication pour une c\u00e9sarienne en cours de travail, en code orange<sup>20<\/sup>, sous anesth\u00e9sie p\u00e9ridurale. L\u2019urgence n\u2019est donc pas imm\u00e9diate, mais le passage de la salle de naissance au bloc op\u00e9ratoire se fait malgr\u00e9 tout dans la rapidit\u00e9 et dans l\u2019agitation, ce qui a beaucoup marqu\u00e9 Mme M. Sous anesth\u00e9sie p\u00e9ridurale, elle peine \u00e0 se rendre compte de ce qu\u2019il se passe, et me dit ne pas avoir r\u00e9alis\u00e9 imm\u00e9diatement qu\u2019elle allait finalement accoucher par c\u00e9sarienne. L\u2019op\u00e9ration est difficile pour Mme M. En plus de cette rapidit\u00e9, elle m\u2019\u00e9voque \u00e9galement la perte de contr\u00f4le qu\u2019elle a ressentie \u00e0 ce moment-l\u00e0, perte de contr\u00f4le de cet \u00e9v\u00e9nement qu\u2019est la naissance de son fils, perte de contr\u00f4le sur son propre corps, passage d\u2019un r\u00f4le actif \u00e0 un r\u00f4le compl\u00e8tement passif. Elle mentionne \u00e9galement la s\u00e9paration avec son conjoint au moment du passage au bloc. En effet, dans cette maternit\u00e9, les p\u00e8res ne sont pas admis \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du bloc op\u00e9ratoire dans le cas de c\u00e9sariennes en code rouge, parfois en code orange selon la d\u00e9cision de l\u2019obst\u00e9tricien. Comme la rapidit\u00e9 et la perte de contr\u00f4le, cette s\u00e9paration inattendue et v\u00e9cue comme brutale participe au v\u00e9cu de traumatisme de Mme M. Elle \u00e9voque par ailleurs son conjoint, dont elle dit avec beaucoup d\u2019inqui\u00e9tude que lui aussi est \u00ab&nbsp;tr\u00e8s secou\u00e9, \u00e9puis\u00e9, un peu traumatis\u00e9&nbsp;\u00bb. Ce dernier n\u2019est cependant pas pr\u00e9sent lors de ma visite, et je n\u2019aurai pas l\u2019occasion de le croiser. Elle mentionne \u00e9galement son fils, Arthur, qui va bien depuis sa naissance, mais qui a \u00ab&nbsp;besoin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Lui aussi&nbsp;\u00bb, aurait-on envie de rajouter.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 elle, elle d\u00e9crit un accouchement violent, \u00ab&nbsp;m\u00eame avant la c\u00e9sarienne&nbsp;\u00bb, du fait des vomissements, et de l\u2019inqui\u00e9tude provoqu\u00e9e par les premiers ralentissements du rythme cardiaque de son b\u00e9b\u00e9 apr\u00e8s l\u2019injection d\u2019ocytocine. Elle r\u00e9p\u00e8te cependant plusieurs fois que \u00ab&nbsp;\u00e7a va aller mieux, \u00e7a va passer&nbsp;\u00bb, moins dans une v\u00e9ritable adresse \u00e0 moi, que dans une tentative d\u2019auto-conviction. Sur les trois jours d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9s en secteur m\u00e8re-enfant apr\u00e8s son accouchement, elle n\u2019a eu que tr\u00e8s peu de visites, et n\u2019en souhaite pas plus, en tout cas pas \u00e0 la maternit\u00e9. Elle est trop \u00e9puis\u00e9e, trop \u00ab&nbsp;\u00e0 fleur de peau&nbsp;\u00bb, me dit-elle, pour pouvoir le supporter. Elle me dit par ailleurs avoir h\u00e2te de rentrer chez elle, pour retrouver un endroit plus familier, \u00eatre en terrain plus connu. En outre, \u00eatre \u00e0 la maternit\u00e9 constitue pour elle un rappel constant de cet \u00e9v\u00e9nement traumatisant. Elle m\u2019\u00e9voque notamment son bouleversement et son angoisse lorsque la sage-femme qui l\u2019a accompagn\u00e9e au cours de son accouchement est pass\u00e9e la voir en suite de couches, pour parler avec elle de ce moment. Elle dit avoir beaucoup pleur\u00e9, et en \u00eatre ressortie tr\u00e8s choqu\u00e9e. La voir a donn\u00e9 une consistance particuli\u00e8re aux souvenirs, des souvenirs qui, m\u00eame lorsqu\u2019elle est seule, passent en boucle devant ses yeux, impossibles \u00e0 effacer ou \u00e0 faire appartenir au pass\u00e9. Apr\u00e8s mon passage, l\u2019obst\u00e9tricien pr\u00e9sent lors de son accouchement passera \u00e9galement voir Mme M., afin de reprendre avec elle son accouchement et son d\u00e9roul\u00e9. De cette visite, et de la mienne, elle dira quelques jours plus tard qu\u2019elles lui ont fait du bien, et lui ont permis un premier pas vers une r\u00e9appropriation de cet \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accouchement de Mme M. n\u2019est certes pas un accouchement comme ceux dont nous lisons les t\u00e9moignages dans les m\u00e9dias, o\u00f9 expressions abdominales, \u00e9pisiotomies surprises et phrases rabaissantes se succ\u00e8dent. Nous percevons alors que le v\u00e9cu de violence ne r\u00e9side pas n\u00e9cessairement dans les actes pour lesquels cela nous para\u00eetrait le plus \u00e9vident, m\u00eame si nous lisons tout de m\u00eame dans ce t\u00e9moignage le r\u00f4le que le protocole hospitalier a pu jouer dans le traumatisme de Mme M. Par ailleurs, Mme M., dans ce qu\u2019elle d\u00e9crit de ses premiers jours de post-partum, d\u00e9crit des \u00e9l\u00e9ments que l\u2019on retrouve souvent dans les syndromes de stress post-traumatique, tels que les <em>flashbacks<\/em>, ou la d\u00e9tresse ressentie lorsqu\u2019elle revoit la sage-femme pr\u00e9sente lors de son accouchement. Dans ce cadre cependant, il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de diagnostic, et ne l\u2019ayant pas revue, il est impossible de se prononcer sur la mani\u00e8re dont tout cela va \u00e9voluer pour Mme M.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon entr\u00e9e dans la chambre de Mme M., plong\u00e9e dans le noir, donne cependant d\u00e9j\u00e0 une consistance particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9change, et en parlant \u00e0 voix basse, je r\u00e9ponds sans doute plus ou moins consciemment au besoin de Mme M. de ne pas entrer avec trop de brutalit\u00e9 dans un espace d\u00e9j\u00e0 un peu trop effract\u00e9. Puis, au fil de l\u2019entretien, se dessine une dimension que je retrouve quasiment syst\u00e9matiquement dans les rencontres avec des femmes dont l\u2019accouchement a \u00e9t\u00e9 difficile, voire traumatisant&nbsp;: celle de la contenance. Chez Mme M., chez ces femmes, se d\u00e9gage en filigrane un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;rassur\u00e9es&nbsp;\u00bb, comme le petit Arthur, le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre tenues, d\u2019\u00eatre contenues, le besoin qu\u2019un espace soit reconstruit autour d\u2019elles. Tant\u00f4t, ces femmes m\u2019\u00e9voquent la sage-femme qui leur a tenu la main lors de l\u2019accouchement, moment apparemment anodin, mais qu\u2019elles mettent au centre de leur v\u00e9cu, tant\u00f4t c\u2019est l\u2019\u00e9quipe, en tant qu\u2019unit\u00e9, qui, par sa pr\u00e9sence en suite de couches, vient fournir \u00e0 ces femmes l\u2019environnement \u00e9tayant dont elles ont besoin, tant\u00f4t c\u2019est le r\u00e9cit en lui-m\u00eame, le fait de raconter, qui vient jouer ce r\u00f4le contenant. Lorsque Mme M. parle de son d\u00e9sir de rentrer chez elle, nous pouvons entendre \u00e9galement ce d\u00e9sir de retrouver un lieu connu, familier, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019\u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu, et vient l\u2019en prot\u00e9ger. Mettre en avant cette dimension contenante permet alors de faire ressortir les \u00e9l\u00e9ments qui sont venus \u00e0 manquer pour ces femmes, et ont particip\u00e9 au traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son r\u00e9cit de ce qui pour elle a fait traumatisme, Mme M. \u00e9voque cette perte de contr\u00f4le, perte de contr\u00f4le de son corps et de l\u2019\u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu, et \u00e9voque \u00e9galement la rapidit\u00e9 avec laquelle tout s\u2019est d\u00e9roul\u00e9, la s\u00e9paration avec son conjoint, ainsi que sa propre incapacit\u00e9 momentan\u00e9e \u00e0 comprendre ce qu\u2019il se passait. De ce moment, elle ne se sentait plus le sujet. Ainsi, en parler \u00e0 la premi\u00e8re personne, retracer le fil des gestes, des ressentis, pour mieux se l\u2019approprier, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 retrouver, <em>a minima<\/em>, un r\u00f4le actif, par la narrativit\u00e9. Les <em>flashbacks<\/em> qu\u2019elle m\u2019\u00e9voque, ces souvenirs qui passent en boucle dans une actualit\u00e9 et une pr\u00e9cision insupportables, comme si elle les revivait r\u00e9ellement, peuvent \u00eatre lus comme une tentative traumatique de se r\u00e9approprier ce v\u00e9cu. Mais les raconter \u00e0 un tiers, en se faisant sujet d\u2019une parole, en \u00e9tant cette fois \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans cette histoire tout en adressant un r\u00e9cit, vient faire contenant et r\u00e9humanise. Raconter, c\u2019est donner du sens \u00e0 ce qui n\u2019avait pas pu en avoir. Par ailleurs, Mme M. \u00e9voque \u00e9galement un manque de continuit\u00e9 dans son v\u00e9cu de la grossesse, et dans celui de son accouchement. Comme beaucoup de femmes dont l\u2019accouchement ne s\u2019est pas d\u00e9roul\u00e9 comme pr\u00e9vu, elle parle d\u2019une rupture dans le v\u00e9cu, et le sens vient alors \u00e0 manquer. Comment penser un tel \u00e9v\u00e9nement, quand tout dans la grossesse annon\u00e7ait que tout se passerait comme elle se l\u2019imaginait&nbsp;? Viennent donc ici se confronter, sans rel\u00e2che et sans issue, les repr\u00e9sentations qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait faites de cet \u00e9v\u00e9nement, ce \u00e0 quoi un accouchement ressemble imaginairement, et le r\u00e9el. Entre les deux, il y a ratage. Ordinairement, et m\u00eame s\u2019il y a toujours une perte entre ces repr\u00e9sentations imaginaires d\u2019un futur \u00e9v\u00e9nement et l\u2019\u00e9v\u00e9nement r\u00e9el, ces repr\u00e9sentations permettent de donner du sens au r\u00e9el. Mais dans certaines situations, le foss\u00e9 entre les deux est tel qu\u2019il devient difficile de se raccrocher \u00e0 des images, \u00e0 des mots, \u00e0 du langage. Le r\u00e9el est trop cru. De l\u00e0 vient donc \u00e9galement la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en mots, et de les adresser \u00e0 un tiers, afin de permettre, petit \u00e0 petit, l\u2019int\u00e9gration de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 un syst\u00e8me de repr\u00e9sentations, permettant ainsi une appropriation subjective.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, que ce soit par le lieu dans lequel la femme accouche, ou par les personnes qui l\u2019entourent, la question de la contenance a toujours \u00e9t\u00e9 incarn\u00e9e de mani\u00e8re particuli\u00e8re dans les coutumes qui entourent l\u2019accouchement. Ces coutumes, nous l\u2019avons vu, \u00e9voluent au fil des \u00e9poques. En Europe occidentale, et particuli\u00e8rement en France, la plupart des femmes accouchent chez elles jusqu\u2019au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En effet, avant cette p\u00e9riode, accoucher en maternit\u00e9 \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux femmes appartenant \u00e0 la classe sociale la plus basse. C\u2019est avec les d\u00e9couvertes hygi\u00e9nistes et pasteuriennes que l\u2019asepsie et l\u2019antisepsie font leur entr\u00e9e dans les h\u00f4pitaux. Coupl\u00e9es \u00e0 une politique nataliste faisant suite aux deux guerres mondiales, les femmes se mettent progressivement \u00e0 accoucher dans les maternit\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 ce que cela devienne aujourd\u2019hui la norme. Par ailleurs, dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, les femmes allaient accoucher dans des lieux bien s\u00e9par\u00e9s des lieux de la vie quotidienne&nbsp;: depuis des pavillons r\u00e9serv\u00e9s en Egypte ancienne, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019isolement total du camp des femmes en Australie, en passant par les pierres ou briques d\u2019accouchement chez les H\u00e9breux. Ainsi, comme le formule Monique Bydlowski, \u00ab&nbsp;le lieu consacr\u00e9 aux naissances est distant et distinct des lieux de la vie quotidienne&nbsp;\u00bb<sup>21<\/sup>. Si cette mise \u00e0 distance est \u00e0 relier \u00e0 des croyances autour de l\u2019impuret\u00e9, ou bien rationalis\u00e9e par les risques infectieux, et est donc tout \u00e0 fait contestable, il en reste que, traversant les \u00e9poques et les cultures, \u00e0 l\u2019accouchement correspond imaginairement un lieu, un endroit clos, un espace distinct et s\u00e9par\u00e9. Le service de maternit\u00e9 hospitalier a aujourd\u2019hui pris ce r\u00f4le, et vient donc d\u00e9limiter un lieu qui vient contenir cette exp\u00e9rience, quelque soit son v\u00e9cu. A ce lieu seront donc raccroch\u00e9es des repr\u00e9sentations plus ou moins positives, plus ou moins agr\u00e9ables, mais qui lui seront tout de m\u00eame cantonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, nous l\u2019avons vu, il \u00e9tait autrefois d\u2019usage pour la parturiente d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e de sa m\u00e8re, de sa grand-m\u00e8re, ou d\u2019une femme de sa famille. C\u2019est progressivement que ces figures maternelles contenantes ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par diff\u00e9rents professionnels de la naissance, matrones, sages-femmes, m\u00e9decin accoucheur, obst\u00e9tricien. Outre donc un passage transf\u00e9rentiel maternel sur ces figures soignantes, nous pouvons \u00e9galement noter historiquement l\u2019usage dans les pays occidentaux, jusqu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle &#8211; voire XIX<sup>e<\/sup> pour certaines r\u00e9gions -, de la chaise obst\u00e9tricale. Cette chaise, en bois, aux accoudoirs larges, est perc\u00e9e au milieu, et constitue ainsi \u00ab&nbsp;une v\u00e9ritable effigie en bois du corps maternel secourable&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup>, tout en venant litt\u00e9ralement remplacer la femme sur les genoux de laquelle la parturiente accouchait. Dans la m\u00eame optique, nous pouvons \u00e9galement noter l\u2019apparition aujourd\u2019hui des doulas, ces femmes qui accompagnent et soutiennent le couple au moment de l\u2019accouchement, souvent \u00e0 domicile. Ces femmes n\u2019ont pas de formation ni de fonction m\u00e9dicale, mais une formation priv\u00e9e souvent doubl\u00e9e d\u2019une exp\u00e9rience personnelle de l\u2019accouchement et de la parentalit\u00e9. N\u2019appartenant donc pas au monde m\u00e9dical, l\u2019\u00e9mergence de cette nouvelle fonction en p\u00e9rinatalit\u00e9 vient encore souligner l\u2019importance d\u2019une figure maternelle au moment de la mise au monde, dans sa fonction contenante, mais \u00e9galement dans un r\u00f4le de transmission d\u2019exp\u00e9riences et de v\u00e9cus.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces coutumes, en plus donc de servir un refoulement psychique n\u00e9cessaire au v\u00e9cu de l\u2019accouchement, semblent \u00e9galement venir entourer la parturiente, aussi bien mat\u00e9riellement que psychiquement. Si cette contenance est \u00e9galement soulign\u00e9e par les femmes dont l\u2019accouchement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu comme violent ou traumatique, elle est particuli\u00e8rement cruciale quand c\u2019est le cas, et prend alors tout son sens. Ces femmes soulignent alors l\u2019importance qu\u2019a pu prendre un geste, une parole, un moment de d\u00e9briefing avec le gyn\u00e9cologue-obst\u00e9tricien \u00e0 la suite de l\u2019accouchement. Cette question de l\u2019\u00e9tayage mat\u00e9riel et psychique vient \u00e9galement mettre en relief ce qui semble venir \u00e0 manquer dans la prise en charge. Ainsi, des gestes obst\u00e9tricaux par exemple, qui comportent en eux-m\u00eames une potentialit\u00e9 de violence que la femme est cependant capable de traiter gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9tayage qui lui est fourni, n\u2019ont plus cet amortisseur n\u00e9cessaire, et d\u00e9ploient alors toute leur violence, parfois jusqu\u2019au traumatisme. Il devient alors fondamental, face \u00e0 la pol\u00e9mique, mais aussi et surtout face aux t\u00e9moignages d\u2019une souffrance r\u00e9elle et dont les cons\u00e9quences ne sont pas n\u00e9gligeables, de faire en sorte que cette dimension contenante, essentielle \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement physique et psychique qu\u2019est l\u2019accouchement, fasse retour dans les maternit\u00e9s. En cela, nous voyons combien l\u2019\u00e9quipe soignante de la maternit\u00e9, voire la maternit\u00e9 elle-m\u00eame en tant qu\u2019institution, peut avoir un impact autant positif que n\u00e9gatif sur un v\u00e9cu qui s\u2019inscrit dans une pluralit\u00e9 de dimensions&nbsp;: physique, psychique, familiale, sociale, institutionelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Les violences obst\u00e9tricales et leur \u00e9mergence r\u00e9cente dans le discours commun, soci\u00e9tal, m\u00e9dical, politique, m\u00e9diatique, posent donc de multiples questions, sur des plans tout aussi vari\u00e9s. Il est donc facile de se perdre, et de parler depuis des sph\u00e8res diff\u00e9rentes, qui se croisent \u00e0 peine. Il s\u2019agit donc, en premier lieu, pour ne pas invisibiliser cette parole en pleine \u00e9mergence, de pouvoir r\u00e9-inscrire les violences obst\u00e9tricales d\u2019abord dans un contexte, un contexte historique, politique, \u00e9conomique et social. Cette inscription, en plus de fournir une compr\u00e9hension n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9coute de cette parole, permet \u00e9galement de sortir progressivement d\u2019une binarit\u00e9 dans laquelle ce d\u00e9bat se retrouve encore souvent bloqu\u00e9, et en devient alors vain. Il est donc essentiel de comprendre les conditions d\u2019\u00e9mergence d\u2019une telle question pour pouvoir entendre la parole d\u2019un sujet, sans la r\u00e9duire \u00e0 un seul aspect, \u00e0 un seul facteur, ou \u00e0 une seule modalit\u00e9. Ce faisant, ce terme de violence obst\u00e9tricale, au-del\u00e0 de l\u2019agressivit\u00e9 et des passions que suscite n\u00e9cessairement un sujet aussi br\u00fblant, peut alors \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9, et nous donner ainsi l\u2019occasion de questionner le domaine de la naissance, qui, tout au long de l\u2019histoire et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de nombreux impens\u00e9s. C\u2019est donc l\u2019occasion pour les psychologues cliniciens, mais aussi pour les professionnels de la naissance de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019interroger \u00e0 nouveau les bouleversements psychiques et \u00e9motionnels de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un enfant, mais aussi des pratiques hospitali\u00e8res de l\u2019ordre de l\u2019habitude voire de la croyance, ainsi que leurs impacts subjectifs, que ce soit sur les m\u00e8res ou sur les soignants eux-m\u00eames. Par ce d\u00e9bat, est en effet \u00e0 nouveau mis en relief combien un service de maternit\u00e9 est le lieu d\u2019un affrontement constant entre la vie et la mort, que ce soit fantasmatiquement, ou dans la r\u00e9alit\u00e9, un affrontement source d\u2019angoisses qu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de border. C\u2019est pourquoi la question de la contenance peut ici constituer un angle d\u2019approche, et une mani\u00e8re de penser les effets subjectifs des avanc\u00e9es de la m\u00e9decine moderne. C\u2019est donc bien d\u2019une articulation entre subjectivit\u00e9 et objectivit\u00e9 dont il s\u2019agit, sans que l\u2019une de ces dimensions s\u2019annihile dans l\u2019autre, mais en mettant en avant la mani\u00e8re dont elles interagissent n\u00e9cessairement dans un tel \u00e9v\u00e9nement. Plus donc que de pointer du doigt des \u00ab&nbsp;professionnels d\u00e9viants&nbsp;\u00bb, comme cela a pu \u00eatre le cas, il s\u2019agit \u00e9galement de repenser un syst\u00e8me, des institutions, une mani\u00e8re d\u2019inscrire et de vivre son corps collectivement, et ce d\u00e8s la naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc n\u00e9cessaire de ne pas laisser retomber cette parole des femmes autour de la violence obst\u00e9tricale, car ce qu\u2019elle vient soulever n\u2019est ni jeune ou exclusivement contemporain, ni anodin. La laisser retomber, c\u2019est \u00e9galement pour les soignants, prendre le risque de laisser se rigidifier la relation soignant-soign\u00e9, actuellement en pleine mutation. Perp\u00e9tuer ce clivage entre femmes et soignants, qui se mat\u00e9rialise dans les d\u00e9bats, c\u2019est donc fragiliser encore cette relation, qui peut en devenir toxique pour les deux partis. La laisser retomber, c\u2019est \u00e9galement une mani\u00e8re de rejouer une violence, et de nier ses effets r\u00e9els. La laisser retomber enfin, c\u2019est refuser de mettre en perspective notre conception de la naissance, mais aussi de la femme, conceptions p\u00e9tries de notre histoire et de notre culture, qu\u2019il s\u2019agit de pouvoir mettre en mouvement constant pour ne pas qu\u2019elle s\u2019enkyste plus encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de ses cons\u00e9quences cliniques, le sujet de la violence obst\u00e9tricale ouvre \u00e9galement \u00e0 des perspectives de recherche multiples et essentielles pour penser l\u2019\u00e9tat du soin en obst\u00e9trique aujourd\u2019hui. Sans quitter des yeux les dimensions sociale, historique, et politique, il s\u2019agit d\u2019abord de continuer la recherche aupr\u00e8s des jeunes m\u00e8res, afin non seulement de recueillir leur v\u00e9cu, mais de cerner \u00e9galement quels impacts \u00e0 court terme et \u00e0 moyen terme peut avoir un v\u00e9cu d\u2019accouchement violent. Mais il semble \u00e9galement important, dans le cadre de ce sujet, de se d\u00e9centrer du point de vue de la m\u00e8re, qui, bien que protagoniste principale, n\u2019est pas seule dans cet \u00e9v\u00e9nement. Il s\u2019agit donc de s\u2019int\u00e9resser au point de vue des soignants, \u00e0 travers des entretiens de recherche qui permettront de d\u00e9gager d\u2019autres probl\u00e9matiques, centrales pour comprendre ce sujet dans son ensemble. Enfin, dans la mesure du possible, l\u2019\u00e9mergence de ce d\u00e9bat autour de la violence obst\u00e9tricale pourrait \u00e9galement \u00eatre l\u2019occasion de se pencher sur les impacts sur l\u2019enfant lui-m\u00eame de ces accouchements parfois violents. Cette question, en tant qu\u2019elle s\u2019inscrit \u00e9galement dans notre rapport \u00e0 la douleur chez l\u2019enfant, pourrait nous permettre d\u2019appr\u00e9hender une autre facette de l\u2019accouchement, notamment \u00e0 travers des outils telle que l\u2019\u00e9chelle de Brazelton. D\u00e9bat soci\u00e9tal, questions cliniques et \u00e9pist\u00e9mologiques, perspectives de recherche, la violence obst\u00e9tricale ne peut donc en aucun cas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 un gonflement m\u00e9diatique ponctuel, mais est au contraire le point de d\u00e9part d\u2019une r\u00e9flexion nouvelle essentielle.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Notes <\/h1>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\">\u00ab&nbsp;D\u2019abord, ne pas nuire&nbsp;\u00bb, un des premiers principes enseign\u00e9s aux \u00e9tudiants en m\u00e9decine.<\/li><li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ce terme d\u00e9signe une femme en train d\u2019accoucher.<\/li><li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\">La vid\u00e9o de cette audition est disponible en ligne sur le site du S\u00e9nat&nbsp;:&nbsp;<a href=\"http:\/\/videos.senat.fr\/video.379101_59704ef4e76fa.audition-de-mme-marlene-schiappa-secretaire-d-etat-chargee-de-l-egalite-entre-les-hommes-et-les-fem?timecode=2294000\">http:\/\/videos.senat.fr\/video.379101_59704ef4e76fa.audition-de-mme-marlene-schiappa-secretaire-d-etat-chargee-de-l-egalite-entre-les-hommes-et-les-fem?timecode=2294000<\/a>.\n<div class=\"wrapper-note\">Phrase cit\u00e9e&nbsp;: 9&nbsp;:50&nbsp;:38.<\/div>\n<\/li><li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Incision chirurgicale de la muqueuse et du p\u00e9rin\u00e9e qui vise \u00e0 agrandir le passage du vagin au moment de l\u2019expulsion de l\u2019enfant.<\/li><li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\">D\u2019apr\u00e8s l\u2019Enqu\u00eate nationale p\u00e9rinatale de 2016&nbsp;: INSERM, DREES. 2017. Enqu\u00eate nationale p\u00e9rinatale &#8211; Rapport 2016. 317p.&nbsp;<a id=\"l4\" href=\"http:\/\/www.xn--epop-inserm-ebb.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/ENP2016_rapport_complet.pdf\">http:\/\/www.epop\u00e9-inserm.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/ENP2016_rapport_complet.pdf<\/a>. p.14.<\/li><li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>&nbsp;p. 52.<\/li><li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Man\u0153uvre qui consiste \u00e0 appuyer vigoureusement sur le haut du ventre de la femme dans le but de faciliter et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019expulsion de l\u2019enfant, ou du placenta.<\/li><li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Induire de mani\u00e8re artificielle le d\u00e9but du travail de l\u2019accouchement.<\/li><li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M-H. Lahaye. (2018).&nbsp;<em>Accouchement, les femmes m\u00e9ritent mieux<\/em>. (p. 179). Paris&nbsp;: Michalon.<\/li><li id=\"no10\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em> (p. 187).<\/li><li id=\"no11\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Loi n\u00b02002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et \u00e0 la qualit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9. Art. L. 1111-4.<\/li><li id=\"no12\" class=\"note renvoi-in-alinea\">En 2014, 55% des obst\u00e9triciens sont des hommes d\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude statistique men\u00e9e par la revue&nbsp;<em>Genesis<\/em>, un chiffre en augmentation continue depuis quelques ann\u00e9es. (<a id=\"l5\" href=\"http:\/\/www.revuegenesis.fr\/2015\/09\/01\/les-nouvelles-statistiques-concernant-notre-demographie-professionnelle\/\">http:\/\/www.revuegenesis.fr\/2015\/09\/01\/les-nouvelles-statistiques-concernant-notre-demographie-professionnelle\/<\/a>).\n<div class=\"wrapper-note\">Concernant les sages-femmes, cette profession n\u2019a \u00e9t\u00e9 ouverte aux hommes qu\u2019en 1982, et compte en 2016 2,6% d\u2019hommes d\u2019apr\u00e8s le rapport d\u2019activit\u00e9 du Conseil de l\u2019Ordre des Sages-Femmes (CNOSF). (<a id=\"l6\" href=\"http:\/\/www.ordre-sages-femmes.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Rapport-dactivit%C3%A9-2016-BD.pdf\">http:\/\/www.ordre-sages-femmes.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Rapport-dactivit\u00e9-2016-BD.pdf<\/a>).<\/div>\n<\/li><li id=\"no13\" class=\"note renvoi-in-alinea\">En 2016, l\u2019INSEE estime que 0,6% des naissances en 2016 se sont d\u00e9roul\u00e9s \u00e0 domicile ou dans un autre lieu, sans distinction entre des naissances \u00e0 domicile choisies, et celles subies. En 1929, seuls 20% des accouchements avaient lieu \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/li><li id=\"no14\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M. Bonnet, \u00ab&nbsp;Dialogue entre objectivation et subjectivation dans la clinique de la folie&nbsp;\u00bb, dans&nbsp;<em>Le Coq H\u00e9ron.<\/em>&nbsp;2011\/3 (n\u00b0206).<\/li><li id=\"no15\" class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Selzer. (1987).&nbsp;<em>La chair et le couteau. Confessions d\u2019un chirurgien<\/em>&nbsp;(p. 17) Paris&nbsp;: Seuil.<\/li><li id=\"no16\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M. Bydlowski, \u00ab&nbsp;Essai sur les coutumes entourant l\u2019accouchement&nbsp;\u00bb, dans&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de m\u00e9decine psychosomatique et de psychologie m\u00e9dicale<\/em>, 1976. (p.11).<\/li><li id=\"no17\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Un petit tampon pos\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du col de l\u2019ut\u00e9rus, qui induit la maturation et la dilatation du col, afin de d\u00e9clencher le travail d\u2019accouchement. Ce tampon diffuse une mol\u00e9cule \u00e0 action locale, la prostaglandine, qui entra\u00eene les modifications n\u00e9cessaires \u00e0 la maturation du col.<\/li><li id=\"no18\" class=\"note renvoi-in-alinea\">En France, le terme de l\u2019accouchement est fix\u00e9 \u00e0 41 semaines d\u2019am\u00e9norrh\u00e9e. Un accouchement qui d\u00e9passe cette date est le plus souvent d\u00e9clench\u00e9 artificiellement. Le nombre de jours de d\u00e9passement du terme d\u00e9pend cependant du protocole hospitalier, et peut ainsi varier d\u2019une maternit\u00e9 \u00e0 une autre.<\/li><li id=\"no19\" class=\"note renvoi-in-alinea\">L\u2019ocytocine est une hormone s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e naturellement par le corps. Commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00ab hormone du plaisir \u00bb, elle jouerait un r\u00f4le par exemple dans l\u2019empathie, dans l\u2019orgasme, mais aussi dans l\u2019accouchement, puisque c\u2019est elle qui provoque notamment les contractions de l\u2019ut\u00e9rus, ainsi que les mont\u00e9es de lait. Par ailleurs, l\u2019ocytocine de synth\u00e8se est couramment utilis\u00e9e sous forme d\u2019injection par les \u00e9quipes m\u00e9dicales, pour d\u00e9clencher le travail, ou bien l\u2019acc\u00e9l\u00e9rer lorsqu\u2019il stagne.<\/li><li id=\"no20\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Dans beaucoup de maternit\u00e9s, les c\u00e9sariennes en cours de travail sont class\u00e9es selon leur degr\u00e9 d\u2019urgence&nbsp;: code vert s\u2019il n\u2019y a pas de menace \u00e0 court terme, code orange en cas de menace \u00e0 court terme du pronostic vital de la m\u00e8re et\/ou de l\u2019enfant, code rouge en cas de menace imm\u00e9diate du pronostic vital.<\/li><li id=\"no21\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M. Bydlowski, \u00ab&nbsp;Essai sur les coutumes entourant l\u2019accouchement&nbsp;\u00bb, dans&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de m\u00e9decine psychosomatique et de psychologie m\u00e9dicale<\/em>, 1976. (p.10).<\/li><li id=\"no22\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M. Bydlowski, \u00ab&nbsp;Essai sur les coutumes entourant l\u2019accouchement&nbsp;\u00bb, dans&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de m\u00e9decine psychosomatique et de psychologie m\u00e9dicale<\/em>, 1976. (p.10).<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Ayers, S. &amp; al., 2015. \u00ab&nbsp;Post-traumatic stress disorder following childbirth&nbsp;: an update of current issues and recommendations for future research&nbsp;\u00bb, <em>Journal of Reproductive and Infant Psychology<\/em>., vol. 33, Issue 3, 219-237.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonnet, M., 2011. \u00ab&nbsp;Dialogue entre objectivation et subjectivation dans la clinique de la folie&nbsp;\u00bb, <em>Le Coq H\u00e9ron<\/em>, 2011\/3 (n\u00b0206).<\/p>\n\n\n\n<p>Bydlowski, M., 1976. \u00ab&nbsp;Essai sur les coutumes entourant l\u2019accouchement&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de m\u00e9decine psychosomatique et de psychologie m\u00e9dicale,<\/em> 1, 9-18.<\/p>\n\n\n\n<p>Bydlowski, M.&nbsp;; Raoul-Duval, A., 1978. \u00ab&nbsp;Un avatar psychique m\u00e9connu de la puerp\u00e9ralit\u00e9&nbsp;: la n\u00e9vrose traumatique post-obst\u00e9tricale&nbsp;\u00bb, <em>Perspective psychiatrique,<\/em> vol. 4, n\u00b068, 321-328.<\/p>\n\n\n\n<p>Clouard, C.&nbsp;; Golse, B.&nbsp;; Vanier, A., 2017. <em>La narrativit\u00e9&nbsp;: Racines, enjeux et ouvertures<\/em>. Paris, In Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Lahaye, M-H., 2018. <em>Accouchement, les femmes m\u00e9ritent mieux<\/em>. Paris, Michalon.<\/p>\n\n\n\n<p>INSERM, DRESS, 2017. Enqu\u00eate nationale p\u00e9rinatale &#8211; Rapport 2016. 317p. <a href=\"http:\/\/www.epop%C3%A9-inserm.fr\/wpcontent\/uploads\/2017\/11\/ENP2016\\_rapport\\_complet.pdf.\">http:\/\/www.epop\u00e9-inserm.fr\/wpcontent\/uploads\/2017\/11\/ENP2016\\_rapport\\_complet.pdf.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bastien, V.&nbsp;; Braconnier, M.&nbsp;; de Tychey, C., 1999. \u00ab&nbsp;D\u00e9pression post-natale&nbsp;: facteurs de risque et modalit\u00e9s de pr\u00e9vention&nbsp;\u00bb, <em>L\u2019\u00e9volution psychiatrique<\/em>, vol. 64, Issue 2, 289-307.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10747?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Primum non nocere&nbsp;\u00bb1 &nbsp; Il a \u00e9t\u00e9 frappant de voir combien, ces derniers mois, l\u2019attention m\u00e9diatique, politique, et sociale, s\u2019est port\u00e9e sur des questions jusque-l\u00e0 encore peu pr\u00e9sentes dans le discours courant&nbsp;: celle de l\u2019accouchement, de la maternit\u00e9, du suivi&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19192,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1230,1225,1223,1245],"thematique":[176,463,290],"auteur":[1928,1402],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[643],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10747","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","rubrique-a-la-une","rubrique-dispositif","rubrique-perinatalite","rubrique-soin","thematique-corps","thematique-maternite","thematique-violence","auteur-claire-michel","auteur-claire-squires","mode-payant","revue-643","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10747"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10747\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19195,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10747\/revisions\/19195"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19192"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10747"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10747"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10747"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10747"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10747"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10747"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10747"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}