{"id":10744,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/enfants-surdoues-origines-troubles-theories-sexuelles-infantiles-et-quete-cognitive-2\/"},"modified":"2022-09-19T11:22:11","modified_gmt":"2022-09-19T09:22:11","slug":"enfants-surdoues-origines-troubles-theories-sexuelles-infantiles-et-quete-cognitive","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/enfants-surdoues-origines-troubles-theories-sexuelles-infantiles-et-quete-cognitive\/","title":{"rendered":"Enfants surdou\u00e9s : origines troubles, th\u00e9ories sexuelles infantiles et qu\u00eate cognitive"},"content":{"rendered":"\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la conception psychanalytique, le surdon, ph\u00e9nom\u00e8ne attribu\u00e9 aux enfants dont la maturit\u00e9 intellectuelle d\u00e9passe celle des autres enfants de leur \u00e2ge, est per\u00e7u, au m\u00eame titre que toutes les variations douloureuses de la normale (le surdon constituant fr\u00e9quemment une entrave \u00e0 l\u2019adaptation scolaire), comme un sympt\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien souvent accompagn\u00e9 d\u2019autres variations (manifestations d\u2019immaturit\u00e9 fonctionnelle, agitation, inadaptation sociale voire troubles psychopathologiques graves, etc.) auxquelles nombre d\u2019auteurs ont accord\u00e9 le statut de \u00ab cons\u00e9quences \u00bb de cette premi\u00e8re caract\u00e9ristique (cadres scolaires inappropri\u00e9s, dyssynchronies<sup>1<\/sup>, etc.), le surdon appara\u00eet aux yeux de la psychanalyse comme toute expression symptomatique pourrait l\u2019\u00eatre ; comme l\u2019indice d\u2019une souffrance affective puisant ses sources dans des interactions inappropri\u00e9es aux premiers objets.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant dont le QI est \u00e9lev\u00e9 n\u2019est pas qualifi\u00e9 par les psychanalystes de surdou\u00e9 ; il pr\u00e9sente un surinvestissement de la pens\u00e9e dont les b\u00e9n\u00e9fices ont \u00e9t\u00e9 assez peu \u00e9tudi\u00e9s par la psychopathologie psychanalytique<sup>2<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre propos est de contribuer \u00e0 interroger la raison du choix de ce sympt\u00f4me dans le psychisme de l\u2019enfant, au regard des premi\u00e8res investigations intellectuelles pos\u00e9es par l\u2019\u00eatre humain autour de ses origines. Nous proposons de structurer notre d\u00e9marche en trois temps : nous aborderons l\u2019incontournable conception Freudienne de la pulsion de savoir, premi\u00e8re pulsion \u00e9pist\u00e9mophilique humaine naissant avec les th\u00e9ories sexuelles infantiles vers l\u2019\u00e2ge de trois ans. Nous \u00e9voquerons par la suite certains facteurs familiaux susceptibles d\u2019avoir influenc\u00e9 le surinvestissement de cette pulsion chez les enfants surdou\u00e9s. Enfin, nous observerons leur influence pr\u00e9sum\u00e9e \u00e0 travers notre clinique projective de l\u2019enfant surdou\u00e9 consultant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conception Freudienne de la pulsion de savoir<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Selon Freud<sup>3<\/sup>, cette premi\u00e8re pulsion de savoir, dite \u00e9pist\u00e9mophilique, s\u2019exprimerait \u00e0 l\u2019occasion des questionnements que se pose l\u2019enfant au sujet de la conception et de la naissance. Vers trois ans, face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de petits fr\u00e8res et soeurs, l\u2019enfant entamerait ses interrogations sur les origines de la vie et \u00e9laborerait une th\u00e9orisation sexuelle infantile incompl\u00e8te, inspir\u00e9e de quelques \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9 et de compl\u00e9ments fantasmatiques imaginaires ; ensemble qu\u2019il compl\u00e9terait au fur et \u00e0 mesure de ses connaissances<sup>4<\/sup>.<br><br>Freud consid\u00e8re par ailleurs que si l\u2019homme est un animal sup\u00e9rieur, c\u2019est \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir passer \u00e0 l\u2019acte sexuellement avant une maturit\u00e9 organique particuli\u00e8rement tardive. Selon lui, cette attente permettrait la sublimation des pulsions sexuelles, leur investissement dans les sph\u00e8res de la pens\u00e9e. Le temps pass\u00e9 \u00e0 cette attente du passage \u00e0 l\u2019acte sexuel auquel tend tout r\u00e8gne animal, permettrait la s\u00e9paration des pulsions sexuelles vers la libido, et des pulsions du Moi vers la pens\u00e9e, le jugement, la morale, soit vers les fonctions dites sup\u00e9rieures de l\u2019homme.<br><br>Si Freud n\u2019a jamais publi\u00e9 d\u2019observation sur le surdon infantile, il s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019exceptionnelle capacit\u00e9 de sublimation de L\u00e9onard de Vinci, g\u00e9nie dont les investigations \u00e0 la fois intellectuelles et cr\u00e9atrices interrogent l\u00e9gitimement les potentialit\u00e9s exaltantes du psychisme humain. L\u2019ouvrage qu\u2019il lui consacre (S. Freud, Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci, 1927) illustre clairement cette lin\u00e9arit\u00e9 entre pulsion d\u2019investigation infantile et surd\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le savoir : chez L\u00e9onard (&#8230;) l\u2019avidit\u00e9 de savoir, (&#8230;) pulsion surd\u00e9velopp\u00e9e (&#8230;) entr\u00e9e en action dans la toute premi\u00e8re enfance de l\u2019individu, (&#8230;) a attir\u00e9, en vue de son renforcement, des forces pulsionnelles, sexuelles \u00e0 l\u2019origine. Cette avidit\u00e9 de savoir pouvant plus tard, selon Freud, repr\u00e9senter une partie de la vie sexuelle. Cette hypoth\u00e8se ne peut que faire \u00e9cho avec l\u2019immaturit\u00e9 affective souvent observ\u00e9e des enfants surdou\u00e9s (par opposition \u00e0 leur hypermaturit\u00e9 intellectuelle).<br><br>C\u2019est en relation avec ces int\u00e9r\u00eats sexuels pr\u00e9coces autour des origines qu\u2019il \u00e9voquera pour la premi\u00e8re fois un profil d\u2019enfants particuli\u00e8rement dou\u00e9s : beaucoup d\u2019enfants, peut-\u00eatre la plupart, en tous cas les plus dou\u00e9s, \u00e0 partir de trois ans environ, traversent une p\u00e9riode qu\u2019il est permis de d\u00e9signer comme celle de l\u2019investigation sexuelle infantile (&#8230;) L\u2019investigation se porte sur la question de savoir d\u2019o\u00f9 viennent les enfants, exactement comme si l\u2019enfant cherchait des moyens et des voies pour pr\u00e9venir un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 ce point ind\u00e9sirable.<br><br>Freud g\u00e9n\u00e9ralise ce ph\u00e9nom\u00e8ne en observant que la plupart des hommes r\u00e9ussissent \u00e0 d\u00e9tourner des parties tr\u00e8s consid\u00e9rables de leurs forces pulsionnelles sexuelles vers leur activit\u00e9 professionnelle, d\u00e9finissant \u00e0 cette occasion le principe de la sublimation par la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9change de but des pulsions sexuelles contre d\u2019autres non sexuels, \u00e9ventuellement plac\u00e9s plus haut sur l\u2019\u00e9chelle des valeurs. Ce, principalement lorsque l\u2019histoire infantile d\u2019une personne (&#8230;) montre que dans l\u2019enfance la pulsion pr\u00e9dominante \u00e9tait au service des int\u00e9r\u00eats sexuels. Il per\u00e7oit une ultime confirmation de cette capacit\u00e9 d\u2019\u00e9change \u00e0 travers le d\u00e9p\u00e9rissement frappant de la vie sexuelle m\u00e2ture, un peu comme si une part de l\u2019activit\u00e9 sexuelle \u00e9tait d\u00e9sormais remplac\u00e9e par l\u2019activit\u00e9 de la pulsion pr\u00e9dominante. Notons \u00e0 cette occasion la description d\u2019anciens enfants surdou\u00e9s par S. Lebovici ( S. Lebovici, L\u2019avenir psychopathologique de l\u2019enfant surdou\u00e9, 1960) : \u00c0 l\u2019\u00e2ge adulte (&#8230;) encore qu\u2019actifs sur le plan social (&#8230;), leur vie sexuelle est particuli\u00e8rement pauvre.<br><br>Enfin, Freud distingue trois profils de d\u00e9veloppement. Celui qui nous int\u00e9resse dans ce contexte est le troisi\u00e8me type, le plus rare et le plus parfait qui selon lui \u00e9chapperait, gr\u00e2ce \u00e0 une disposition particuli\u00e8re, \u00e0 l\u2019inhibition de la pens\u00e9e, tout comme \u00e0 la compulsion n\u00e9vrotique \u00e0 penser.<br><br>Si nous r\u00e9capitulons la d\u00e9marche de pens\u00e9e Freudienne, le d\u00e9veloppement de cette premi\u00e8re pulsion de savoir s\u2019effectue donc en deux temps. Le premier concerne les th\u00e9ories sexuelles infantiles et leur \u00e9chec : \u00e0 trois ans, l\u2019enfant mobilise activement ses pulsions d\u2019investigation pour b\u00e2tir des th\u00e9ories sexuelles infantiles (cons\u00e9cutivement \u00e0 la confrontation de naissances autour de lui). Les r\u00e9ponses des adultes autour de ces questions ne sont pas satisfaisantes et l\u2019immaturit\u00e9 sexuelle de l\u2019enfant ne permet pas d\u2019\u00e9tayer ces th\u00e9ories. L\u2019enfant, d\u00e9\u00e7u, refoule fortement ses pens\u00e9es, leur investigation ayant abouti \u00e0 un \u00e9chec. Le second temps, dans le contexte qui nous int\u00e9resse, concerne le troisi\u00e8me destin possible de la pulsion d\u2019investigation ; pulsion prise en lien avec le d\u00e9veloppement psycho-sexuel de l\u2019enfant : le refoulement \u00e9choue, la pulsion sexuelle s\u2019exprime directement sous forme de sublimation. Cette libido transform\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9part rencontre ainsi les int\u00e9r\u00eats de la pulsion d\u2019investigation.<br><br>Nous choisissons de pr\u00e9senter la pens\u00e9e Freudienne en deux \u00e9tapes afin de positionner notre propos. D\u2019apr\u00e8s les th\u00e9ories pulsionnelles de Freud (la premi\u00e8re et la seconde ne se contredisant pas \u00e0 ce sujet), une partie de l\u2019activit\u00e9 sexuelle objectale se d\u00e9sexualise en s\u2019orientant vers le Moi. C\u2019est cette partie d\u00e9sexualis\u00e9e de la libido qui se transforme en activit\u00e9 sublim\u00e9e.<br><br>Notre questionnement est le suivant : comment expliquer que cette d\u00e9sexualisation particuli\u00e8rement intense m\u00e8ne \u00e0 une hyper-sublimation ? Notre hypoth\u00e8se de travail est la suivante : l\u2019orientation pulsionnelle vers la sublimation serait en partie due \u00e0 un surinvestissement des th\u00e9ories sexuelles par l\u2019enfant, du fait de circonstances r\u00e9ellement \u00e9nigmatiques entourant sa naissance.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des raisons particuli\u00e8rement l\u00e9gitimes d\u2019interroger les origines<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Rappelons \u00e0 cette occasion et avant d\u2019illustrer notre propos, que les enfants surdou\u00e9s sont bien connus pour \u00eatre des a\u00een\u00e9s<sup>5<\/sup> de fratrie ; statut particuli\u00e8rement propice aux interrogations relatives \u00e0 la conception et \u00e0 la naissance de petits fr\u00e8res et soeurs dans leur foyer familial.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi que nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9, certains faits r\u00e9els de la vie de l\u2019enfant nous semblent avoir pu entraver le refoulement de ces questionnements sexuels infantiles. Lorsque Freud \u00e9voque, pour pr\u00e9senter le troisi\u00e8me profil qui nous semble r\u00e9unir L\u00e9onard de Vinci et nos enfants surdou\u00e9s, une disposition particuli\u00e8re permettant cette forme d\u2019expression, nous ne pouvons que penser aux conditions de naissance souvent r\u00e9ellement atypique des enfants surdou\u00e9s. Nous constatons fr\u00e9quemment chez ces enfants une histoire familiale singuli\u00e8re autour de leur conception ; singularit\u00e9s ayant pu avoir valeur d\u2019\u00e9nigme pour l\u2019enfant lui-m\u00eame : nous pensons en particulier aux cas d\u2019adoption, aux enfants de parents non-voyants, aux enfants n\u00e9s d\u2019une procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e<sup>6<\/sup> ou encore -faits plus courants- aux enfants ignorant tout d\u2019un parent (g\u00e9n\u00e9ralement le p\u00e8re) ou ayant \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 un couple parental dont les modalit\u00e9s relationnelles \u00e9taient extr\u00eamement violentes. Ces configurations familiales ont pu influer sur cette disposition intra-psychique particuli\u00e8re en amplifiant les questionnements de l\u2019enfant sur ses origines, sa conception et sa naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019absence de p\u00e8re constitue une observation particuli\u00e8rement r\u00e9currente dans l\u2019histoire familiale des hommes de pouvoir ou de g\u00e9nie de nos civilisations. Plusieurs ouvrages ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 cet \u00e9tonnant constat. Oliver James<sup>7<\/sup> explore diff\u00e9rents viviers de grands hommes au fil de l\u2019histoire et commente : Un tiers des 600 personnes ayant fait l\u2019objet de plus d\u2019une colonne dans l\u2019Encyclop\u00e9die Britannique ou Am\u00e9ricaine a subi une perte parentale pr\u00e9coce. Dans les domaines artistique et scientifique qui nous int\u00e9ressent plus particuli\u00e8rement -car nous distinguons les motifs que peuvent sous-tendre la qu\u00eate de pouvoir, de l\u2019acc\u00e8s au g\u00e9nie cr\u00e9atif ou scientifique, plus en lien avec nos enfants surdou\u00e9s-, l\u2019auteur observe que 40 \u00e0 55% des plus grands auteurs Britanniques (dont Byron, Keats, Wordsworth, les soeurs Bront\u00eb) \u00e9taient orphelins d\u00e8s l\u2019enfance. Plusieurs auteurs Fran\u00e7ais (dont Stendhal, Zola, Moli\u00e8re) \u00e9galement. Ainsi, parmi les 35 plus grands \u00e9crivains Fran\u00e7ais du 19\u00e8me si\u00e8cle, 17 \u00e9taient orphelins. En science (Darwin, Newton) et dans le domaine de la musique populaire (Lennon, Mc Cartney, Madonna), le m\u00eame trait est soulign\u00e9. Dans leur ouvrage intitul\u00e9 Les orphelins m\u00e8nent-ils le monde ?, trois auteurs<sup>8<\/sup> se penchent \u00e9galement sur les \u00e9crivains Fran\u00e7ais. Leurs observations concordent avec celles d\u2019O. James aux \u00c9tats-Unis. Parmi les orphelins de p\u00e8re avant l\u2019\u00e2ge de 12 ans figurent entre autres Hugo, Renan, Rimbaud, Sand, Baudelaire, Dumas, Balzac, Nerval, Huysmans, Maupassant, Gary, Camus, Sartre&#8230; Tous ces chercheurs s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre un impact affectif majeur de la perte du p\u00e8re dans l\u2019enfance \u00e0 l\u2019origine de ces destin\u00e9es exceptionnelles.<br>Ainsi Freud rapporte-t-il, d\u2019apr\u00e8s le peu de traces relatives \u00e0 la biographie de L\u00e9onard -\u00e0 qui nous pouvons pr\u00e9sumer un QI exceptionnel-, que la seule information certaine portant sur l\u2019enfance de L\u00e9onard est fournie par un document officiel de l\u2019ann\u00e9e 1457, un registre des imp\u00f4ts de Florence, o\u00f9 L\u00e9onard est mentionn\u00e9 dans la maisonn\u00e9e de la famille Vinci comme l\u2019enfant ill\u00e9gitime, \u00e2g\u00e9 de cinq ans, de Ser Piero. Le mariage de Ser Piero avec une certaine Donna Alberta resta sans enfant, c\u2019est pourquoi le petit L\u00e9onard put \u00eatre \u00e9lev\u00e9 dans la maison de son p\u00e8re. Son p\u00e8re \u00e9tait notable et sa m\u00e8re, Catarina, paysanne. D\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e, elle \u00e9pous\u00e2t par la suite un habitant de la m\u00eame r\u00e9gion, mais ne fit pas d\u2019autre enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud consid\u00e9rait que la pulsion de savoir fortement d\u00e9velopp\u00e9e par L\u00e9onard tenait en partie ses talents \u00e0 ses conditions exceptionnelles de naissance (enfant ill\u00e9gitime, unique et surinvesti par une m\u00e8re d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e). Il suppose que l\u2019enfant, \u00e9lev\u00e9 par les baisers de sa m\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 une maturit\u00e9 sexuelle pr\u00e9coce, a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une forte investigation sexuelle infantile. Une fois adolescent, face \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des flots d\u2019excitation pubertaires et gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9coce de L\u00e9onard pour l\u2019avidit\u00e9 de savoir d\u2019ordre sexuel, l\u2019exigence de la pulsion sexuelle aurait \u00e9t\u00e9, selon Freud, en majeure partie sublim\u00e9e en pouss\u00e9e de savoir d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral (surinvestissement de la pens\u00e9e) et aurait ainsi pu \u00e9chapper au refoulement : qu\u2019apr\u00e8s avoir, dans son enfance, mis en oeuvre son avidit\u00e9 de savoir au service d\u2019int\u00e9r\u00eats sexuels, il ait r\u00e9ussi ensuite \u00e0 sublimer en pouss\u00e9e d\u2019investigation la plus grande part de sa libido, tel serait le noyau et le secret de son \u00eatre. Il attribue donc en partie \u00e0 ces circonstances de venue au monde son profil exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous semble plausible qu\u2019un cheminement semblable ait accompagn\u00e9 le surinvestissement de la pens\u00e9e chez les enfants et adolescents surdou\u00e9s que nous rencontrons sur notre terrain de recherche, accueillant des enfants pour une \u00e9valuation cognitivo-intellectuelle compl\u00e8te accordant une large part \u00e0 l\u2019affectivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois vignettes cliniques que nous choisissons d\u2019\u00e9voquer pour leur compl\u00e9mentarit\u00e9, nous apparaissent tout \u00e0 fait repr\u00e9sentatives du vaste \u00e9chantillon d\u2019enfants et adolescents surdou\u00e9s rencontr\u00e9s au Laboratoire au cours de ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Illustrations cliniques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><br>Th\u00e9ocle est un pr\u00e9-adolescent de 13 ans. L\u2019examen psychologique est demand\u00e9 par la psychologue qui le suit, et avec qui il entretient une relation \u00e9pisodique depuis trois ans. Sa prise en charge d\u00e9bute lorsqu\u2019il a 10 ans pour des troubles du sommeil et en particulier de l\u2019endormissement. Th\u00e9ocle ne parvient alors pas \u00e0 s\u2019endormir avant plusieurs heures apr\u00e8s le coucher et relate un certain nombre de rites compulsifs associ\u00e9s. Les parents de Th\u00e9ocle sont non-voyants depuis l\u2019enfance. Ils sont issus d\u2019un milieu socio-culturel moyen. Notons \u00e9galement que pendant les entretiens, Th\u00e9ocle interrompt souvent les phrases de son p\u00e8re -qui n\u2019en semble pas g\u00ean\u00e9- pour les terminer. Les parents de Th\u00e9ocle ignorent tout du QI de leur fils, qui sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le pr\u00e9sent examen psychologique. Ils d\u00e9crivent n\u00e9anmoins des troubles relationnels \u00e0 l\u2019\u00e9cole (les interpr\u00e9tant comme de la jalousie relative \u00e0 ses excellents r\u00e9sultats), ainsi que des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s intellectuels (passion pour l\u2019a\u00e9ronautique et les ordinateurs). Sa verbalisation est ais\u00e9e, il prend manifestement plaisir \u00e0 explorer sa probl\u00e9matique. Il aime le hand-ball, fait de l\u2019\u00e9quitation et est pianiste au sein d\u2019un groupe musical. Son emploi du temps est tr\u00e8s charg\u00e9.<br><br>Pendant la prise en charge hebdomadaire de cette \u00e9poque, la psychologue note une fixation tr\u00e8s d\u00e9fensive autour du th\u00e8me de la fus\u00e9e, pouvant absorber, sur un mode m\u00e9ticuleusement obsessionnel, la totalit\u00e9 des s\u00e9ances et de ses dessins. Charg\u00e9 de guider ses parents dans leur vie de citadins autour des croisements et des feux tricolores, Th\u00e9ocle banalise pourtant leur handicap et l\u2019impact qu\u2019il pourrait avoir dans sa psych\u00e9, recourant \u00e0 l\u2019id\u00e9alisation de parents exemplaires. Ses dessins de fus\u00e9es recueillent des commentaires que nous retrouverons au Rorschach, autour de pr\u00e9occupations telles que : il y a encore trop de blanc, \u00e7a ne repose sur rien&#8230;<br><br>Six mois apr\u00e8s le d\u00e9but de sa prise en charge, Th\u00e9ocle voit ses probl\u00e8mes d\u2019endormissement dispara\u00eetre progressivement. Le lien entre la nuit et le noir de la c\u00e9cit\u00e9 parentale a pu \u00eatre mis en mots. Il semble \u00e9galement plus \u00e0 l\u2019aise avec les autres enfants. Ses dessins m\u00e9ticuleux de fus\u00e9es perdurent au cours des entretiens. Leurs couleurs particuli\u00e8rement vives sont \u00e9galement reconnues par lui comme un m\u00e9canisme de compensation en rapport avec le handicap du p\u00e8re (je ne dessine jamais en noir et blanc). La prise en charge est interrompue d\u2019un commun accord pendant six mois.<br><br>Lors de sa visite \u00e0 l\u2019issue de ses six mois d\u2019absence, Th\u00e9ocle exprime la douleur d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau exclu et raill\u00e9 par ses camarades de classe. Les parents expliquent ces brimades par un d\u00e9calage fondamental entre leur fils, immature, et les autres enfants. Il aurait, selon eux, du mal \u00e0 laisser l\u2019enfance derri\u00e8re lui. Les l\u00e9gos, petites voitures et constructions de fus\u00e9es interf\u00e8rent avec les injonctions des parents autour de l\u2019intendance (devoirs, toilette, m\u00e9nage). L\u2019\u00e9cart entre son efficience intellectuelle et son immaturit\u00e9 affective d\u00e9tonne. Il consid\u00e8re n\u00e9anmoins ne plus avoir besoin d\u2019un suivi, parvenant selon lui \u00e0 analyser seul ce qui lui pose probl\u00e8me.<br><br>Cinq mois plus tard, Th\u00e9ocle a 12 ans. Sa m\u00e8re, pr\u00e9occup\u00e9e, rappelle la psychologue. Les entretiens qui suivent font appara\u00eetre des id\u00e9es obs\u00e9dantes mal refoul\u00e9es, des rituels, des phobies, et certains propos proches d\u2019un v\u00e9cu hallucinatoire et pers\u00e9cutif : Th\u00e9ocle a des pr\u00e9occupations sexuelles et agressives angoissantes (fantasmes sexuels le mettant en sc\u00e8ne avec sa m\u00e8re ou peur d\u2019\u00eatre violent avec ses proches), qu\u2019il exprime sur un mode logorrh\u00e9ique. Il \u00e9voque ses objets totems protecteurs (porte d\u2019entr\u00e9e, livres) qu\u2019il doit toucher et auxquels il s\u2019adresse comme \u00e0 des personnes lorsqu\u2019il a des pens\u00e9es mauvaises. Il est nouvellement phobique des chats et des poils humains d\u00e9go\u00fbtants, lui faisant \u00e9viter les pi\u00e8ces susceptibles d\u2019en comporter. En outre, Th\u00e9ocle dit craindre les complots contre lui et avoir parfois le sentiment que les objets autour de lui l\u2019observent et peuvent \u00eatre vex\u00e9s par lui, de sorte qu\u2019il choisit de tout leur dire (leur dire que ses pens\u00e9es sont fausses), de peur qu\u2019elles se r\u00e9alisent&#8230;<br><br>Six mois plus tard, Th\u00e9ocle, bien que suivi assid\u00fbment, s\u2019isole de plus en plus, dans une grande indiff\u00e9rence quasi revendiqu\u00e9e, et est \u00e0 nouveau l\u2019objet de brimades (il est pinc\u00e9, moqu\u00e9 sur son apparence vestimentaire). Il dit craindre de se battre et reporter son agressivit\u00e9 sur ses parents. Sa m\u00e8re le dit effectivement insolent \u00e0 cause de l\u2019\u00e9cole (les vacances sont plus d\u00e9tendues). Il \u00e9labore des projets a\u00e9ronautiques pendant des heures sur son ordinateur et semble d\u00e9nu\u00e9 d\u2019affects. Ses id\u00e9es obs\u00e9dantes ont disparu, certainement d\u00e9plac\u00e9es dans l\u2019investissement intellectuel de sa classe tr\u00e8s stimulante.<br><br>L\u2019examen Psychologique r\u00e9v\u00e8le au WISC III un QI global de 144 : son QIV (QI Verbal) , parfaitement homog\u00e8ne, s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 148. Son QIP (QI Performance) s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 123 et appara\u00eet soumis \u00e0 des r\u00e9actions d\u2019inhibition phobique assez massives qui le plongent dans une incertitude retentissant sur son efficience. Il appara\u00eet cliniquement que les processus de pens\u00e9e sont investis en n\u00e9gatif. Th\u00e9ocle craint le manque de clart\u00e9 de ses explications alors que bien souvent ses arguments sont tr\u00e8s explicites. Tr\u00e8s souvent, l\u2019accent est port\u00e9 sur le d\u00e9faut de connaissance. La d\u00e9valorisation et l\u2019effort qu\u2019il<br>produit pour se mobiliser et para\u00eetre clair, t\u00e9moignent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent de l\u2019existence d\u2019une tonalit\u00e9 d\u00e9pressive.<br><br>Au Rorschach, Th\u00e9ocle propose un protocole diffluant (57 r\u00e9ponses) \u00e0 la mati\u00e8re \u00e9trange, entre r\u00e9el et imaginaire. Sa pens\u00e9e, extr\u00eamement souple, riche et vari\u00e9e, bien qu\u2019active \u00e0 travers sa cr\u00e9ativit\u00e9 (kinesth\u00e9sies, couleurs&#8230;) et ses proc\u00e9d\u00e9s obsessionnels (r\u00e9f\u00e9rences culturelles, isolation) ne parvient pas \u00e0 colmater une organisation d\u00e9fensive principalement limite-narcissique : pr\u00e9carit\u00e9 des limites, recours aux secondes peaux, convocation r\u00e9ccurente d\u2019attributs narcissiques t\u00e9moignant de la fragilit\u00e9 de ces assises, d\u00e9fenses maniaques, recours au sp\u00e9culaire et gel pulsionnel charg\u00e9s de parer \u00e0 la perte, recherche d\u2019\u00e9tayage&#8230; s\u2019amassent dans son protocole comme autant d\u2019indices d\u2019une tonalit\u00e9 d\u00e9pressive. La moiti\u00e9 des projections comporte en outre des \u00e9mergences primaires : mouvantes, bizarres, sans rep\u00e8res identitaires solides. Les repr\u00e9sentations corporelles sont fragiles, instables, enray\u00e9es par des irruptions fantasmatiques mena\u00e7ant de morcellement.<br><br>La perception de soi est caract\u00e9ris\u00e9e par un sentiment d\u2019incompl\u00e9tude, par le manque de cadrage, de limites, par une recherche de contenant trouvant apaisement non dans la sph\u00e8re affective mais dans la sph\u00e8re intellectualis\u00e9e (proc\u00e9d\u00e9s obsessionnels). Les repr\u00e9sentations de relations t\u00e9moignent d\u2019une probl\u00e9matique majeure du lien : le peu de relations \u00e9voqu\u00e9 par Th\u00e9ocle oscille entre conflits et fusion. L\u2019imago maternelle est caract\u00e9ris\u00e9e par la distance, le manque, l\u2019absence (planche VII de tr\u00e8s tr\u00e8s loin, deux lapins imaginaires se regardent\u2026 ils sont faits de statues, soit des arbres ornementaux, puis la paroi d\u2019une falaise avec une rivi\u00e8re au fond, avec ou sans route, comme vous voulez. Des avanc\u00e9es&nbsp; rocheuses).<br><br>Le mat\u00e9riel projectif recueilli dans la planche IV du Rorschach -planche dite phallique-, nous \u00e9voque le souvenir-fantasme narcissique sublim\u00e9 du vol de vautour de L\u00e9onard de Vinci analys\u00e9 par Freud. Selon lui, cette fantaisie que s\u2019attribuait L\u00e9onard \u00e0 un \u00e2ge extr\u00eamement pr\u00e9coce, comportait, entre autres, le voeu d\u2019une destin\u00e9e hors du commun. Dans cette planche IV, Th\u00e9ocle ne projette pas un vol de vautour mais un aigle d\u00e9ployant ses ailes. Quelques r\u00e9ponses plus haut, il projette une queue d\u2019oiseau et \u00e0 l\u2019enqu\u00eate, son aigle a les ailes recourb\u00e9es, un bec, et on ne voit pas les pattes, il a une position fi\u00e8re&#8230; repr\u00e9sentations \u00e0 la fois sexuelles et \u00e9minemment narcissiques.<br><br>Ses autres r\u00e9ponses \u00e0 cette planche semblent toutes m\u00e9taphoriser la curiosit\u00e9 sexuelle, avec une expression tr\u00e8s insistante quant \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender visuellement la diff\u00e9rence des sexes (Je vois&#8230; On peut regarder dans l\u2019autre sens, \u00e7a change tout&#8230; verticalement&#8230; la partie sup\u00e9rieure&#8230; de loin&#8230; moi j\u2019vois n\u2019importe quoi, c\u2019est de tr\u00e8s loin quand m\u00eame, il y a des choses plus distinctes, vous croyez qu\u2019il y a des chances que d\u2019autres aient vu comme moi ?&#8230; L\u2019oeil dans la partie blanche&#8230; les oreilles en avant, donc il est int\u00e9ress\u00e9 par ce qu\u2019il y a devant&#8230;).<br><br>Au TAT, Th\u00e9ocle exprime tr\u00e8s clairement le b\u00e9n\u00e9fice qu\u2019il tire de l\u2019\u00e9tayage figuratif du mat\u00e9riel, \u00e0 travers ses nombreuses justifications perceptives, auto-attribu\u00e9es ou projet\u00e9es (j\u2019avais du mal \u00e0 voir avec la couleur, il n\u2019y arrive pas, c\u2019est pour \u00e7a que sur la photo il le regarde avec cet air). Les proc\u00e9d\u00e9s obsessionnels sont extr\u00eamement nombreux, l\u2019intellectualisation occupe une place importante dans ses r\u00e9cits. Les pulsions sexuelles oedipiennes, prises dans un mouvement de d\u00e9pression narcissique, apparaissent d\u00e9tourn\u00e9es au profit des pulsions du Moi : une fille de fermiers, ses parents savaient pas lire et \u00e9crire, elle a trouv\u00e9 les deux livres, \u00e0 partir de ces deux livres, elle a essay\u00e9 de d\u00e9chiffrer les lettres&#8230; elle peut demander \u00e0 ses parents d\u2019apprendre \u00e0 lire mais je sais pas si ses parents sont assez riches, ces deux livres lui donn\u00e8rent envie d\u2019\u00e9tudier et d\u2019apprendre, d\u2019apprendre toujours plus. Dans ce r\u00e9cit de la planche 2 (repr\u00e9sentant un couple et une jeune fille dans un environnement rural, et renvoyant \u00e0 la triangulation oedipienne), l\u2019enfant entour\u00e9 de ses deux parents (associ\u00e9s au manque : pas assez riches) semble hisser des livres hors de la terre et les investir avec l\u2019acuit\u00e9 d\u2019un chercheur. Ce fantasme fait \u00e9cho avec la pulsion d\u2019exhumer d\u00e9velopp\u00e9e par S. de Mijolla-Mellor (S. de Mijolla-Mellor, Le besoin de savoir : th\u00e9ories et mythes magico-sexuels dans l\u2019enfance, 2002) \u00e0 propos du besoin de savoir, les mythes th\u00e9orico-sexuels \u00e9tant produits selon l\u2019auteur, dans la lign\u00e9e des travaux de Freud, par la curiosit\u00e9 sexuelle des enfants.<br><br>Th\u00e9ocle utilise majoritairement les proc\u00e9d\u00e9s obsessionnels face \u00e0 une tonalit\u00e9 d\u00e9pressive largement perceptible mais correctement contenue. Mis \u00e0 mal, il parvient par l\u2019intellectualisation et le rem\u00e2chage \u00e0 s\u2019accrocher \u00e0 sa pens\u00e9e pour ne pas perdre les rep\u00e8res de son r\u00e9cit. Mais ce protocole comme celui du Rorschach t\u00e9moigne d\u2019une probl\u00e9matique essentiellement limite-narcissique. La position d\u00e9pressive, in\u00e9labor\u00e9e, justifie donc essentiellement le brandissement de ces d\u00e9fenses obsessionnelles. Planche 13, Th\u00e9ocle met en sc\u00e8ne des parents peu \u00e9tayants ne pouvant que s\u2019effondrer avec lui, et non le r\u00e9conforter : C\u2019est un petit gar\u00e7on qui est triste parce que ses parents se sont install\u00e9s dans un nouvel \u00c9tat. Il est triste parce qu\u2019il est seul, il s\u2019ennuie. Ses parents lui disent : \u201cpourquoi ne vas-tu pas jouer dehors ? Il r\u00e9pond qu\u2019il peut pas y aller parce qu\u2019il n\u2019y a personne. Donc ses parents jouent avec lui en esp\u00e9rant que d\u2019autres arrivent. L\u2019enfant esp\u00e8re, mais les parents aussi. Notons par ailleurs que dans ce r\u00e9cit, Th\u00e9ocle semble m\u00e9taphoriser l\u2019attente de petits fr\u00e8res ou soeurs pour recourir \u00e0 la solitude familiale. Les \u00e9mergences primaires apparaissent moins qu\u2019au Rorschach et concernent essentiellement des alt\u00e9rations du discours (associations courtes) ou des diffluences refl\u00e9tant une instabilit\u00e9 momentan\u00e9e des rep\u00e8res identitaires. Ces \u00e9mergences succ\u00e8dent souvent \u00e0 un investissement relationnel de type labile : le psychisme de Th\u00e9ocle ne semble pas assez pare-excit\u00e9 pour contenir ces rapproch\u00e9s d\u00e9bordants.<br><br>Parmi ces \u00e9mergences figure la projection de la planche 5 : Oh c\u2019est quoi ! On aurait dit une t\u00eate de b\u00e9b\u00e9 dans le pot avec un \u0153il ou une bouche. Pourquoi elle regarde comme \u00e7a ? On dirait qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose&#8230; un meurtre ? Je vous assure, regardez. Cette fausse perception, tr\u00e8s archa\u00efque, r\u00e9v\u00e8le la massivit\u00e9 des repr\u00e9sentations \u00e9voqu\u00e9es par cette planche dite de l\u2019intrusion maternelle et faisant figurer sur le plan manifeste une femme ouvrant la porte sur une pi\u00e8ce (le pot en question \u00e9tant un vase contenant des fleurs). Symboliquement, le r\u00e9cit de Th\u00e9ocle renvoie \u00e0 l\u2019image d\u2019un b\u00e9b\u00e9 morcel\u00e9 par le regard de sa m\u00e8re sur lui, et exclusivement muni d\u2019un oeil et d\u2019une bouche. Ces deux \u00e9l\u00e9ments rappellent \u00e0 la fois les premiers vecteurs de communication de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant (regard, voix) et ceux, comme calqu\u00e9s, dont Th\u00e9ocle fait usage avec exc\u00e8s dans ce contexte projectif (surinvestissement de la pulsion scopique et diffluence verbale).<br><br>Le pot rappelle par ailleurs le d\u00e9faut de contenant relev\u00e9 dans les planches maternelles du Rorschach. Pourtant, le r\u00e9cit se rattrape bien, sans transition, et \u00e0 l\u2019aide de mesures obsessionnelles intens\u00e9ment mobilis\u00e9es : Quelqu\u2019un lui a laiss\u00e9 un cadeau, des fleurs avec un pot qui ressemble plus \u00e0 une pomme (Th\u00e9ocle prend la r\u00e8gle pour voir l\u2019orientation du regard sur le pot). Il est venu \u00e0 une soir\u00e9e organis\u00e9e par cette dame, c\u2019est sa chambre et elle voit le bouquet que lui a laiss\u00e9 la personne. Elle est agr\u00e9ablement \u00e9tonn\u00e9e. Et elle est contente parce que la personne lui a fait la surprise, et lui a pas dit. Th\u00e9ocle ne r\u00e9int\u00e8gre t-il pas symboliquement une triangulation \u00e0 travers cette sc\u00e8ne \u00e9rotis\u00e9e ? La pomme laiss\u00e9e par surprise dans la chambre \u00e0 coucher fait \u00e9videmment penser \u00e0 une grossesse laiss\u00e9e dans le ventre de la m\u00e8re, et on s\u2019\u00e9tonne peu de surprendre dans cette planche 5 l\u2019\u00e9mergence possible d\u2019une th\u00e9orie sexuelle infantile (suivie d\u2019investigations scientifiques de mesure avec une&#8230; r\u00e8gle !). L\u2019imago maternelle est par ailleurs tr\u00e8s attaqu\u00e9e dans ce protocole et la planche 6BM met en sc\u00e8ne un fils d\u00e9cevant qui navre sa m\u00e8re. L\u2019imago paternelle est peu diff\u00e9renci\u00e9e de l\u2019imago maternelle. Le t\u00eate-\u00e0 t\u00eate p\u00e8re\/fils de la planche 7BM plonge Th\u00e9ocle dans une position anxieuse et d\u00e9fensive, mais peut se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 d\u2019autres occasions complice. La derni\u00e8re projection&nbsp; -libre- de Th\u00e9ocle accueille l\u2019histoire d\u2019un petit point bleu qui a \u00e9t\u00e9 fait par erreur sur une feuille blanche. Vous la prenez cette histoire (grand \u00e9clat de rire). Imaginer l\u2019histoire \u00e0 partir de rien. Une personne l\u2019avait \u00e9crit par erreur, fait par erreur sur la feuille. Un jour, vu l\u2019\u00e9criture, c\u2019est un stylo bleu, encre de plume, bleu fonc\u00e9, pas turquoise. Il manipulait mal son stylo. Cette derni\u00e8re projection, charg\u00e9e d\u2019aborder les objets internes, nous r\u00e9v\u00e8le plusieurs \u00e9l\u00e9ments : tout d\u2019abord une force vitale certaine (humour, rire, recherche d\u2019\u00e9tayage). Ensuite, une probl\u00e9matique narcissique majeure (petit point fait par hasard, il manipulait mal son stylo), mais \u00e9galement une angoisse de vide, de n\u00e9ant face au blanc. Enfin, l\u2019usage d\u00e9fensif anti-d\u00e9pressif des proc\u00e9d\u00e9s obsessionnels (pendant qu\u2019il cherche une d\u00e9nomination acad\u00e9mique pour la tache -stylo bleu, encre de plume, bleu fonc\u00e9, pas turquoise-, Th\u00e9ocle offre une diversion \u00e0 son angoisse du vide). Ce r\u00e9cit libre nous fait \u00e9galement associer : se peut-il que Th\u00e9ocle interroge ici sa raison d\u2019\u00eatre, sa propre venue au monde ?<br><br>Finalement, ne peut-on imaginer un traitement particulier de la pulsion de voir et de la pulsion de savoir chez cet enfant dont les deux parents sont non-voyants et qui semble avoir surinvesti la sph\u00e8re de la connaissance pour obtenir un QI de 145 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Certains points communs entre L\u00e9onard de Vinci et notre Th\u00e9ocle semblent s\u2019\u00eatre dessin\u00e9s au travers de cet examen psychologique : une histoire familiale singuli\u00e8re (parents mal-voyants), un statut d\u2019enfant a\u00een\u00e9 (unique), une probl\u00e9matique narcissique manquant de refoulement, l\u2019int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s vif pour les pulsions d\u2019investigation et le surinvestissement d\u2019une pens\u00e9e \u00e0 ce jour extr\u00eamement performante. N\u00e9anmoins, Th\u00e9ocle est un enfant surdou\u00e9 fragile qui, \u00e0 en croire Freud, poss\u00e8de aujourd\u2019hui deux perspectives d\u00e9veloppementales s\u2019il n\u2019est pas pris en charge sur le plan th\u00e9rapeutique de fa\u00e7on urgente : les \u00e9mergences sexuelles pubertaires pourront le contraindre \u00e0 emprunter la voie de L\u00e9onard, vers des formations substitutives et co\u00fbteuses (recherche, cr\u00e9ation et vie sexuelle atrophi\u00e9e), ou le mener vers ce que Freud appelle simplement dans son ouvrage : la maladie.<br><br>Orante est un grand gar\u00e7on de bient\u00f4t 12 ans. La demande d\u2019examen psychologique est mal d\u00e9finie par sa m\u00e8re, expliquant qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une d\u00e9cision familiale mais d\u2019une orientation conseill\u00e9e par une psychologue que son fils rencontre une fois par an depuis plusieurs ann\u00e9es pour voir le niveau et le positionnement de son surdon. Orante est l\u2019a\u00een\u00e9 d\u2019une fratrie de quatre enfants lui succ\u00e9dant de peu. Ses parents sont issus d\u2019un milieu socio-culturel tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et certains cousins de la fratrie, ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9s surdou\u00e9s. Orante a appris \u00e0 lire normalement, en CP. Il a saut\u00e9 le CE1 et est aujourd\u2019hui en cinqui\u00e8me. Ses int\u00e9r\u00eats se portent principalement sur les math\u00e9matiques et l\u2019histoire (il conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 le programme de terminale). Orante fait de la guitare, de la clarinette, du scoutisme. Il s\u2019est bien int\u00e9gr\u00e9 dans sa classe cette ann\u00e9e, mais m\u00e8re et fils pensent que ses capacit\u00e9s nuisent \u00e0 ses amiti\u00e9s. Il entretient par ailleurs d\u2019excellentes relations avec ses professeurs. Orante, ironise : \u00ab je suis le chouchou \u00bb. Pourtant, ses r\u00e9sultats scolaires sont tr\u00e8s in\u00e9gaux. Orante sollicite beaucoup les adultes qui l\u2019entourent, posant de nombreuses questions et recourrant souvent \u00e0 l\u2019humour. Mais il peut aussi \u00ab se d\u00e9brancher \u00bb en oubliant toute contrainte du r\u00e9el (t\u00e2ches du quotidien, r\u00e9veil matinal, devoirs). Sa m\u00e8re, en formulant toutes ces descriptions, appara\u00eet au cours des entretiens assez op\u00e9ratoire et lapidaire, se contentant d\u2019\u00e9voquer la fatigue familiale occasionn\u00e9e par le surdon de son fils.<br><br>Le couple parental conna\u00eet de violents conflits qui n\u00e9cessitent parfois l\u2019intervention des services de police. Ils \u00e9voquent continuellement la rupture, sans pour autant s\u2019y r\u00e9soudre. La haine qu\u2019ils \u00e9prouvent l\u2019un pour l\u2019autre est tr\u00e8s explicitement nomm\u00e9e lors des entretiens individuels.<br><br>Face au m\u00e9decin, Orante appara\u00eet sympathique, joueur, amusant, et dot\u00e9 de connaissances encyclop\u00e9diques impressionnantes. Ce profil tr\u00e8s mature tranche avec une attitude parfois g\u00ean\u00e9e, distante, et avec sa maladresse physique. De plus, Orante offre un jour au m\u00e9decin une sc\u00e8ne un peu d\u00e9bordante : en abordant les conflits parentaux, il interroge Orante : \u00ab tu penses que toutes les relations amoureuses finissent dans le conflit ? \u00bb Orante r\u00e9pond alors : \u00ab ben oui, regardez Shakespeare! \u00bb et \u00e9voque la collaboration de Gertrude au meurtre de son mari Hamlet, tout en simulant une attaque r\u00e9elle du m\u00e9decin. Ce passage \u00e0 l\u2019acte r\u00e9v\u00e9lera un manque de distance que nous retrouverons aux cours des \u00e9preuves de l\u2019examen psychologique.<br><br>Il obtient au WISC III un QI total de 152, avec un QIV de 151, excellent et homog\u00e8ne, et un QIP de 138 avec un r\u00e9sultat d\u00e9viant au Code. L\u2019examen cognitivo-intellectuel rend compte d\u2019un niveau d\u2019efficience sup\u00e9rieur h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et d\u2019un fonctionnement cognitif de haut niveau qui r\u00e9v\u00e8le la ma\u00eetrise d\u2019une pens\u00e9e formelle organis\u00e9e. Sur le plan clinique, les traits narcissiques sont omnipr\u00e9sents (exhibition du savoir, contr\u00f4le, prestance) et interrogent la nature de l\u2019efficience, cette volont\u00e9 de contr\u00f4ler s\u2019associant \u00e0 un emballement associatif, \u00e0 des bizarreries, \u00e0 une pens\u00e9e foisonnante et riche qui \u00e9volue dans un besoin d\u2019expression irr\u00e9pressible.<br><br>Au Rorschach, Orante appara\u00eet \u00e9panoui et s\u00fbr de lui, impliqu\u00e9 dans ce travail projectif auquel il prend plaisir, et sensible au contenu latent du mat\u00e9riel. N\u00e9anmoins, ses tentatives de s\u00e9duction (pirouettes humoristiques et v\u00e9ritables expos\u00e9s de culture g\u00e9n\u00e9rale) s\u2019associent au tutoiement et \u00e0 une manipulation turbulente des planches, pour r\u00e9v\u00e9ler, \u00e0 nouveau, un certain manque de distance.<br><br>Son psychogramme laisse appara\u00eetre les crit\u00e8res d\u2019intelligence sup\u00e9rieure de Rorschach ainsi que les multiples ressources dont il dispose : sa profusion cr\u00e9ative et vari\u00e9e de contenus (2,3 par r\u00e9ponse, soit 46 contenus pour un protocole de 20 r\u00e9ponses) justifie le nombre quasi exclusif d\u2019appr\u00e9hensions globales (G= 90%). Orante s\u2019empare du tout mais n\u2019oublie pas pour autant de le d\u00e9cliner (2 r\u00e9ponses par planche), de le remplir de diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments (jusqu\u2019\u00e0 5 par r\u00e9ponse) \u00e0 la fois justifiables sur le plan perceptif et harmonieux dans le tableau projectif qu\u2019il propose, et de percevoir les petits d\u00e9tails (Dd). Les r\u00e9ponses kinesth\u00e9siques et sensorielles abondent, le T.R.I. (Type de R\u00e9sonance Intime) ambi\u00e9qual confirme la richesse des ressources et la souplesse du fonctionnement cognitif. Qualita\u00adtivement, les projections d\u2019Orante apparaissent dans un premier temps riches, finement \u00e9labor\u00e9es r\u00e9v\u00e8lant des capacit\u00e9s de secondarisation souvent exceptionnelles. Le vocabulaire est tr\u00e8s soutenu et l\u2019humour r\u00e9current (planche VI \u00e7a doit \u00eatre un lac parce que les bateaux avancent rarement sur des miroirs !). Pourtant, en les observant de plus pr\u00e8s, on r\u00e9alise que si les planches accueillant des descriptions de paysages naturels sont \u00e9tonnamment secondaris\u00e9es, la pr\u00e9sence de personnages convoque instantan\u00e9ment des \u00e9mergences primaires.<br><br>Les repr\u00e9sentations de relations, pr\u00e9f\u00e9rentiellement ni\u00e9es, apparaissent ainsi spontan\u00e9ment fusionnelles (le mettant \u00e0 l\u2019abri de la perte d\u2019un autre : siamois \u00e0 deux t\u00eates, jumeaux) ou destructrices et d\u00e9voratrices (le monstre d\u00e9vore le ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel, le chevalier coupe les jambes et la queue du dragon, l\u2019oiseau au bec ouvert se pr\u00e9pare \u00e0 manger une mouche).<br><br>La bilat\u00e9ralit\u00e9 et le caract\u00e8re pulsionnel de la planche II occasionnent la projection de deux jumeaux qui se frappent la main, ils ont l\u2019air l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9s. \u00c0 l\u2019enqu\u00eate, ils se tapent dans la main ou dansent. Ils \u00e9taient pt\u2019\u00eatre couch\u00e9s parce qu\u2019on voit du sang. La r\u00e9ponse additionnelle qui s\u2019ensuit est un chat avec des yeux rouges et une t\u00eate de m\u00e9chant pas gentil. Une t\u00eate squelettique avec une calotte-chapeau et une robe avec fermeture. Ici, les contenus latents sexuels et agressifs, certainement pris dans un fantasme de sc\u00e8ne primitive, ne peuvent \u00eatre refoul\u00e9s ou sublim\u00e9s et \u00e9mergent cr\u00fbment. Orante tente de contenir ces mouvements en convoquant des secondes peaux sur ces repr\u00e9sentations humaines d\u00e9truites (squelette sans peau). C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur le th\u00e8me de la rencontre entre les deux sexes (planche VI) qu\u2019Orante parvient par ailleurs \u00e0 b\u00e2tir une de ses projections sexuelles les mieux sublim\u00e9es (car sans repr\u00e9sentation humaine, donc relationnelle) : un bateau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la berge avec le noyau du feu l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est plus clair, et l\u2019arri\u00e8re plan de la nuit qui reprend le dessus, sur l\u2019ext\u00e9rieur de la flamme&#8230; bateau et chemin\u00e9e \u00e0 vapeur, feu, herbes qui d\u00e9passent&#8230;<br><br>Sur le plan d\u00e9fensif, le pulsionnel est envahissant sous toutes ses formes (excitation motrice, humour, kinesth\u00e9sies&#8230;), mais rarement associ\u00e9 \u00e0 des pr\u00e9occupations oedipiennes. Nous avons \u00e9voqu\u00e9 les mouvements agressifs qui caract\u00e9risaient souvent les relations objectales. Les \u00e9mergences sexuelles (phallique-creux f\u00e9minin) apparaissent elles aussi \u00e0 de nombreuses reprises, associ\u00e9es ou non \u00e0 la castration (planche IV : la protub\u00e9rance, c\u2019est la t\u00eate, il s\u2019est fait couper les jambes. Elles sont tendues derri\u00e8re lui pour s\u2019\u00e9quilibrer avec sa queue. Il se l\u2019est aussi faite couper la queue, d\u2019ailleurs. Planche V : le loup a les pattes repli\u00e9es sous elles, on les voit pas. Planche IX : l\u2019homme il est \u00e0 moiti\u00e9 enfonc\u00e9 dans l\u2019eau, il regarde dans le buisson puis derri\u00e8re y\u2019a un rat qui se fraye un chemin dans les arbres).<br><br>Les d\u00e9fenses limites-narcissiques sont largement majoritaires : la pr\u00e9carit\u00e9 des limites engendre une recherche de contenants par l\u2019appui excessif sur le percept, rep\u00e8re venant colmater la fragilit\u00e9 des assises narcissiques-corporelles (feuille carbonis\u00e9e, ailes d\u00e9chiquet\u00e9es). Le recours aux secondes peaux est \u00e9galement charg\u00e9 de renforcer les enveloppes narcissiques pr\u00e9caires et de distinguer le dedans du dehors (cape, calotte, chapeau, robe \u00e0 fermeture, plastron).<br><br>Les attributs narcissiques (seigneur des t\u00e9n\u00e8bres, preux chevalier) tentent, ainsi que les \u00e9mergences maniaques (humour, tutoiement, manipulation turbulente des planches et agitation motrice majeure), de faire taire une tonalit\u00e9 d\u00e9pressive essentiellement fond\u00e9e par le manque patent d\u2019\u00e9tayage (t\u00eate en bas, tomber dans le lac, porte-manteau, jambes tendues pour s\u2019\u00e9quilibrer, souches d\u00e9racin\u00e9es). Notons \u00e9galement les recours au gel pulsionnel (t\u00eates d\u2019animaux empaill\u00e9s), \u00e0 la relation sp\u00e9culaire (miroirs, reflets de l\u2019eau) et \u00e0 la fusion (siamois, jumeaux), proc\u00e9d\u00e9s charg\u00e9s d\u2019\u00e9teindre tout investissement de lien risquant d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u.<br><br>Les \u00e9mergences primaires sont \u00e9galement largement repr\u00e9sent\u00e9es. Les fantasmes de fusion, de destruction (un g\u00e9nie qui peut tout exploser autour de lui), de d\u00e9voration (loup glouton) et de pers\u00e9cution (monstre affreux repoussant avec ses gros yeux noirs, sa bouche horrible) s\u2019associent aux fr\u00e9quents oublis de projections entre passation et enqu\u00eate, pouvant t\u00e9moigner d\u2019un manque de rep\u00e8res identitaires. L\u2019imago maternelle sollicite des \u00e9mergences du phallique (trompe d\u2019\u00e9l\u00e9phant) et des fantasmes de p\u00e9n\u00e9tration (porte, entr\u00e9e, oreilles, bouche, gueule, yeux ferm\u00e9s) intellectualis\u00e9s, m\u00e9taphoris\u00e9s et sublim\u00e9s (arche d\u00e9cor\u00e9e, enseigne d\u00e9lav\u00e9e). Les t\u00eates d\u2019animaux empaill\u00e9es de la planche VII, vid\u00e9es de toute pulsion et charg\u00e9es d\u2019obstruer le passage de la porte, aident Orante \u00e0 contenir cette charge fantasmatique sexuelle.<br><br>L\u2019imago paternelle mobilise de nombreuses d\u00e9fenses narcissiques. Elle convoque l\u2019\u00e9tayage et appelle aux secondes peaux. Cette imago appara\u00eet comme d\u00e9tentrice d\u00e9cevante de solutions \u00e0 la constitution des limites (limites ici symbolis\u00e9es par les v\u00eatements). Orante reconna\u00eet la puissance de cette imago mais l\u2019affronte n\u00e9anmoins. Le dragon est vu du haut et s\u2019est fait couper les jambes et la queue. Orante se d\u00e9fend d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine de ce fantasme de castration : c\u2019est pas ma faute s\u2019il s\u2019est fait couper les jambes, c\u2019est pas mes oignons ! Apr\u00e8s tout, c\u2019est sa vie, c\u2019est pas la mienne !. Cette castration inflig\u00e9e \u00e0 l\u2019imago paternelle peut \u00eatre entendue comme un pouvoir fantasm\u00e9 de castrer l\u2019imago qui n\u2019y est pas parvenue pour lui-m\u00eame. Notons par ailleurs que le m\u00e9lange des cadres (entre projection et narration) est une nouvelle occasion de constater la fragilit\u00e9 des limites.<br><br>Les imagos parentales sollicitent donc des mouvements sexuels et agressifs \u00e0 la fois mal pare-excit\u00e9s et pris dans des mouvements de sublimation. La puissance de l\u2019imago paternelle est admise, mais les limites qu\u2019elle d\u00e9finit ne semblent pas assez \u00e9tayantes, contenantes, pour admettre la castration (elle est projet\u00e9e sur l\u2019imago) et ainsi promouvoir les mouvements d\u2019identification. Notons que la relation r\u00e9elle \u00e0 la fois tr\u00e8s investie et conflictuelle qu\u2019entretient Orante avec ses professeurs et sa m\u00e8re pourrait ici trouver un \u00e9cho.<br><br>Les r\u00e9cits du T.A.T. apparaissent dans un premier temps, comme au Rorschach, \u00e0 la fois complets, richement secondaris\u00e9s, adapt\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 externe tout en laissant une large place au monde interne. Affects et repr\u00e9sentations y sont le plus souvent bien li\u00e9s. Cependant, Orante rencontre les m\u00eames difficult\u00e9s au cours de cette passation : les pr\u00e9occupations narcissiques, majeures, ponctuent l\u2019ensemble du protocole, et les planches non figuratives accueillent \u00e0 nouveau des \u00e9mergences primaires. On retrouve lors de cette passation l\u2019agitation motrice et les irruptions humoristiques relev\u00e9s au Rorschach.<br><br>Les repr\u00e9sentations de relations sont tr\u00e8s investies mais conflictuelles. Elles laissent un go\u00fbt amer de d\u00e9ception : Orante exprime le souhait de relations amicales toujours emp\u00each\u00e9es. Les relations offertes par l\u2019imago paternelle apparaissent strictement \u00e9ducatives malgr\u00e9 l\u2019investissement majeur dont elle fait l\u2019objet. Notons que cette recherche d\u2019\u00e9tayage n\u2019appara\u00eet pas incompatible avec le fantasme parricide : la planche 8BM recueille le r\u00e9cit d\u2019un petit gar\u00e7on assistant \u00e0 la mort de son p\u00e8re et se formulant le souhait de devenir&#8230; m\u00e9decin l\u00e9giste. On retrouve ici la d\u00e9viation de l\u2019agressivit\u00e9 vers une pens\u00e9e sublim\u00e9e.<br><br>La relation \u00e0 l\u2019imago maternelle est particuli\u00e8rement mobilisante puisqu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re un choc planche 5 (dite de l\u2019intrusion maternelle) et sollicite des mouvements incestueux assez massifs. Les femmes apparaissent dans ce protocole assez sadiques avec leur mari et r\u00e9cup\u00e8rent le fils comme objet d\u2019investissement (planche 6, la dyade m\u00e8re\/fils est assimil\u00e9e \u00e0 un couple dans lequel l\u2019homme offre une bague \u00e0 sa femme&#8230;).<br><br>L\u2019\u00e9tude des proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9fensifs laisse appara\u00eetre une probl\u00e9matique majoritairement narcissique, mais le champ d\u00e9fensif d\u2019Orante appara\u00eet aussi potentiellement rigide (hyper-adaptation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 externe) que labile (mises en dialogues, histoires \u00e0 rebondissements&#8230;) ou plus archa\u00efque. Les pr\u00e9occupations oedipiennes sont tr\u00e8s pr\u00e9sentes, puisque le protocole fait figurer deux fantasmes incestueux et un fantasme parricidaire. L\u2019\u00e9rotisation du transfert surgit en outre \u00e0 la fin de la passation, lorsqu\u2019Orante d\u00e9clare avoir tr\u00e8s envie d\u2019aller aux toilettes.<br><br>L\u2019\u00e9vitement du conflit n\u00e9cessite un investissement narcissique passant par l\u2019id\u00e9alisation de soi (la derni\u00e8re planche, blanche, met en sc\u00e8ne un scarab\u00e9e noir dans un monde enti\u00e8rement blanc qui ne va pas sans rappeler la derni\u00e8re planche du Rorschach qui accueillait un g\u00e9nie qui peut tout exploser), l\u2019insistance sur les contours (cabane, maison, grotte), et l\u2019accent port\u00e9 sur l\u2019\u00e9prouv\u00e9 subjectif (plaintes relatives au mat\u00e9riel). Son comportement hypomaniaque (ironie, humour et turbulence impressionnante) semble \u00e9galement s\u2019inscrire dans ce registre d\u00e9fensif, signant un manque de distance certain et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9tay\u00e9 pour produire ses r\u00e9cits.<br><br>Parmi ces manifestations figurent des simulations d\u2019\u00e9touffement, frottements d\u2019yeux, reniflements, bruits de gorge, toux, chuchotements inaudibles, jeux musicaux sur le bureau, exclamations de type c\u2019est rapide !, \u00e9clats de rire, balancements sur la chaise, promenades des planches de long en large sur le bureau, agitation des planches sous la feuille de prise de note (il nous \u00e9vente, envoie valser les feuilles derri\u00e8re le bureau), observation attentive du bureau et oubli de la planche, imitations d\u2019une araign\u00e9e sur le bureau avec ses doigts, lancements de stylos par terre suivis du commentaire : c\u2019est une araign\u00e9e \u00e0 faire dispara\u00eetre !, pirouettes sans fin face \u00e0 nos tentatives de le contenir, etc. Les situations figuratives, demandant par essence des efforts de secondarisation (b\u00e2tir du sens), ont manifestement permis un accrochage de la pens\u00e9e plus fructueux pour lutter contre le d\u00e9faut de pare-excitation d\u2019Orante. Sans doute peut-on en d\u00e9duire que l\u2019accueil si massif d\u2019\u00e9mergences archa\u00efques au Rorschach \u00e9tait d\u00fb au caract\u00e8re non figuratif du mat\u00e9riel, mettant \u00e0 mal le brandissement de ses parades d\u00e9fensives cognitives-narcissiques.<br><br>Orante est donc l\u2019enfant a\u00een\u00e9 de parents en tr\u00e8s grand conflit, qui ne cessent d\u2019\u00e9voquer une s\u00e9paration imminente qui n\u2019arrive pourtant jamais. Comment comprendre sa venue au monde lorsque des parents semblent se ha\u00efr ? Comment ne pas \u00eatre en qu\u00eate de sens, ici ou ailleurs, lorsque des figures parentales infligent \u00e0 leur enfant un conflit \u00e9labor\u00e9 mais sans suite ? Nous pensons plausible qu\u2019Orante, t\u00e9moin de trois naissances apr\u00e8s lui et pr\u00e9coce depuis le plus jeune \u00e2ge, ait surinvesti la question de ses origines vers trois ans, et continu\u00e9 \u00e0 rechercher dans la sph\u00e8re cognitive un sens qu\u2019il ne trouvait pas aupr\u00e8s de ses r\u00e9f\u00e9rents parentaux.<br><br>En t\u00e9moigne la fa\u00e7on dont il n\u00e9gocie les \u00e9mergences sexuelles et agressives dans ses protocoles : sensible aux contenus latents des planches renvoyant \u00e0 la sc\u00e8ne primitive, il tente de se d\u00e9gager des repr\u00e9sentations de relations par la sublimation. Lorsque cette confrontation ne peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9e, l\u2019investissement d\u2019objet appara\u00eet massivement infiltr\u00e9 par des th\u00e9matiques agressives rappelant le conflit parental r\u00e9el. Plac\u00e9 dans une position de m\u00eamet\u00e9 g\u00e9n\u00e9rationnelle trop excitante avec ses imagos parentales, l\u2019accrochage au r\u00e9el (incarn\u00e9 par l\u2019investissement de la sph\u00e8re intellectuelle dans sa r\u00e9alit\u00e9 quotidienne) permettrait \u00e0 Orante de se pare-exciter : \u00e0 la lueur de ce qu\u2019il nous a livr\u00e9 durant ces tests, son hyper-excitation n\u2019aurait de contenant que son savoir hyper-encyclop\u00e9dique.<br><br>Ainsi, planche 2, d\u00e9tourne-t-il du couple parental le jeune personnage auquel il s\u2019identifie, pour inventer un syst\u00e8me r\u00e9volutionnaire dans l\u2019histoire : gr\u00e2ce au collier d\u2019\u00e9paule, les cultures all\u00e8rent plus vite et les chevaux n\u2019\u00e9taient plus forc\u00e9s, \u00e9trangl\u00e9s, par les lourdes charges. L\u2019investissement du savoir a ici nettement fonction de d\u00e9tournement de la relation entre les parents ; relation peu privil\u00e9gi\u00e9e au regard de l\u2019attaque dont ce couple fait l\u2019objet (la bonne et le paysan) et des termes forc\u00e9 et \u00e9trangl\u00e9, qu\u2019il d\u00e9place sur le cheval avant la venue de l\u2019enfant-sauveur, renvoyant certainement \u00e0 une sc\u00e8ne primitive sadique.<br><br>Planche 19 (moins figurative que les pr\u00e9c\u00e9dentes et dite maternelle archa\u00efque), la curiosit\u00e9 pour l\u2019int\u00e9rieur du corps maternel semble \u00e9galement \u00e9merger. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre plaint que l\u2019exercice des t\u00e2ches \u00e9tait plus significatif parce qu\u2019on voyait mieux (ce qui est faux), Orante projette un b\u00e2ton plant\u00e9 dans la terre avec deux yeux en dessous, une esp\u00e8ce de fant\u00f4me, on est dans une grotte ou un truc comme \u00e7a, peut-\u00eatre au bord de la mer.<br><br>Ce r\u00e9cit succ\u00e8de au dernier, libre et sans support : Il \u00e9tait une fois un dragon blanc qui cultivait le coton qui \u00e0 cette \u00e9poque poussait \u00e0 m\u00eame le sol. Il y avait une tige mais sous cette neige permanente, on ne la voyait pas. Un jour, les chauve-souris blanches envahissent le ciel, et les souris blanches envahissent le sol. Pour la premi\u00e8re fois, un scarab\u00e9e arriva, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re t\u00e2che qui n\u2019\u00e9tait pas blanche&#8230; \u00e0 mon avis il va pas rester longtemps en vie, mais c\u2019est un premier, c\u2019est un premier, de toutes fa\u00e7ons tout le monde mourra un jour. Ici, Orante nous semble m\u00e9taphoriser spontan\u00e9ment l\u2019ensemble de nos enjeux de d\u00e9monstration. Le dragon blanc (repr\u00e9sentation virile), cultive une tige froide et ensevellie (curiosit\u00e9 autour d\u2019une sc\u00e8ne primitive sadique) dans la neige \u00e0 m\u00eame le sol (repr\u00e9sentation maternelle froide et sous-terre, comme planche 19). Le premier scarab\u00e9e ne peut qu\u2019\u00eatre une projection narcissique de luim\u00eame, ce statut de premier lui allant si bien (premier de sa fratrie, premier en classe). Le prix de ce statut \u00e9tant ici comme dans la r\u00e9alit\u00e9 l\u2019isolement (seul \u00e9l\u00e9ment noir dans un univers blanc) et la conscience pr\u00e9coce et aig\u00fce de la vanit\u00e9 de l\u2019existence, si fr\u00e9quemment rencontr\u00e9e chez les enfants surdou\u00e9s&#8230; puisqu\u2019au carrefour du surinvestissement intellectuel et de la tonalit\u00e9 d\u00e9pressive.<br><br>Isidore est un jeune gar\u00e7on de sept ans, adress\u00e9 au laboratoire pour un examen cognitif li\u00e9 \u00e0 un surdon \u00e9galement pr\u00e9cocement d\u00e9cel\u00e9, sur les conseils de la psychologue scolaire de son \u00e9cole. Il est en CE2 et a saut\u00e9 le CE1. Tr\u00e8s soucieux de r\u00e9ussir, il s\u2019est priv\u00e9 de r\u00e9cr\u00e9ation cette ann\u00e9e pour rattraper son retard.<br><br>Isidore est enfant unique, il vit seul avec sa m\u00e8re qui est commer\u00e7ante. Elle pr\u00e9sente le p\u00e8re d\u2019Isidore en disant qu\u2019elle a fait quelque chose de pas bien et donc que son p\u00e8re est parti. Isidore ajoute : il me connait mais il ne m\u2019a jamais vu. Sa m\u00e8re est tomb\u00e9e tr\u00e8s malade peu de temps apr\u00e8s sa naissance et l\u2019a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq mois apr\u00e8s de multiples interventions m\u00e9dicales. Sa m\u00e8re explique qu\u2019Isidore peut \u00eatre aussi col\u00e9rique que tr\u00e8s calme. Ce changement d\u2019humeur appara\u00eet \u00e9galement dans le cadre des consultations psychiatriques. Assez isol\u00e9 dans sa classe et dans la cour, il se met parfois en col\u00e8re, est intol\u00e9rant \u00e0 la frustration, dit qu\u2019il est un b\u00e9b\u00e9. Il appara\u00eet tr\u00e8s exigeant avec lui-m\u00eame (je suis idiot, je suis b\u00eate), aborde tr\u00e8s ais\u00e9ment ses punitions et ses notes qu\u2019il estime parfois pas m\u00e9rit\u00e9es. La m\u00e8re appara\u00eet elle aussi comme tr\u00e8s exigeante, elle semble contr\u00f4ler tout ce que fait Isidore. Elle \u00e9voque par exemple une bonne note d\u2019Isidore, mais d\u00e9c\u00e8le que la ma\u00eetresse n\u2019avait pas vu toutes les fautes. Elle conclut alors que \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas une note m\u00e9rit\u00e9e. Il pr\u00e9sente parfois des attitudes r\u00e9gressives (\u00e9nur\u00e9sie, d\u00e9sir de dormir avec sa m\u00e8re, col\u00e8res, pleurs, r\u00e9clame les bras). Il dit au cours d\u2019un entretien : j\u2019\u00e9tais costaud quand j\u2019\u00e9tais petit. Paradoxalement, Isidore s\u2019av\u00e8re extr\u00eamement m\u00e2ture, s\u2019analyse ais\u00e9ment. Il aime jouer \u00e0 la game boy, \u00e0 l\u2019ordinateur et \u00e0 la play station et a effectu\u00e9 un stage de poney cet \u00e9t\u00e9, qui lui a demand\u00e9 beaucoup d\u2019efforts d\u2019adaptation.<br><br>Pendant les consultations psychiatriques, Isidore s\u2019oppose souvent \u00e0 sa m\u00e8re, appara\u00eet lui aussi dans la ma\u00eetrise de ce qu\u2019elle dit. Le m\u00e9decin d\u00e9c\u00e8le une ins\u00e9curit\u00e9 qui n\u00e9cessite souvent d\u2019\u00eatre recadr\u00e9e. Il s\u2019\u00e9tonne de la coexistence entre sa maturit\u00e9 intellectuelle et ses traits parfois douloureusement r\u00e9gressifs.<br><br>Notre rencontre avec cette maman autour de l\u2019examen psychologique laissera un sentiment de tr\u00e8s vive intrusion. Pr\u00e9occup\u00e9e par tous les aspects de fonctionnement de son fils comme s\u2019il s\u2019agissait du sien propre, elle sollicitera tour \u00e0 tour l\u2019observation de sa lat\u00e9ralit\u00e9 ou de sa quantification de vitesse de lecture, pr\u00e9occupations relatives \u00e0 des observations personnelles ou \u00e0 des conversations de professionnels du service surprises dans les couloirs adjacents \u00e0 la salle d\u2019attente. Elle sollicitera les diff\u00e9rents intervenants de cette investigation \u00e0 des moments inopportuns, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 interrompre la passation des tests en revenant livrer une information jug\u00e9e ommise au pr\u00e9alable, etc. Ainsi d\u00e9clarera t-elle \u00e0 l\u2019un de nous avoir surpris les tricheries d\u2019Isidore lors d\u2019un contr\u00f4le \u00e0 l\u2019\u00e9cole, le mettant manifestement tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise. De m\u00eame, elle offrira ce commentaire \u00e0 l\u2019issue des \u00e9preuves projectives : je suis s\u00fbre qu\u2019il a gard\u00e9 sa doudoune pendant la consultation, parce qu\u2019\u00e0 la maison, il la garde en disant qu\u2019il pleut et qu\u2019il fait froid. Cette pr\u00e9occupation de renforcer ses enveloppes psychiques, face \u00e0 une m\u00e8re peu s\u00e9curisante, fera \u00e9cho avec l\u2019arc-en-ciel protecteur de son dessin libre, mais \u00e9galement avec le th\u00e8me projectif r\u00e9current des gardiens au Rorschach.<br><br>Il obtient au WISC un QIT de 142, avec un QIV de 145, excellent et homog\u00e8ne, et un QIP de 122. L\u2019investissement intellectuel est consid\u00e9rable. Le niveau de culture g\u00e9n\u00e9rale est tr\u00e8s bon, le vocabulaire est \u00e9toff\u00e9 et pr\u00e9cis, les raisonnements arithm\u00e9tiques pertinents rendent compte d\u2019aisance pour manipuler les donn\u00e9es chiffr\u00e9es et pour se repr\u00e9senter mentalement des probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre. Isidore peut \u00e9galement compter sur d\u2019excellentes capacit\u00e9s de conceptualisation.<br><br>Au Rorschach, Isidore se pr\u00e9sente comme un petit gar\u00e7on triste, il est difficile de lui soutirer un sourire et son regard est fuyant. La passation est manifestement douloureuse et l\u2019unique r\u00e9ponse pour chaque planche est livr\u00e9e sous le sceau de la r\u00e9tention, avec difficult\u00e9.<br><br>La mati\u00e8re de son protocole est troublante : aucune r\u00e9ponse formelle n\u2019est de bonne qualit\u00e9 et aucune repr\u00e9sentation humaine n\u2019appara\u00eet. Les crit\u00e8res de socialisation sont massivement \u00e9chou\u00e9s. Qualita\u00adtivement, le trouble caus\u00e9 par les projections d\u2019Isidore tient au fait qu\u2019elles semblent issues d\u2019une pens\u00e9e extr\u00eamement r\u00e9gress\u00e9e voire synchr\u00e9tique. Ses dix r\u00e9ponses sont livr\u00e9es selon la m\u00eame formule : le percept est toujours suivi de la location enfantine avec, puis associ\u00e9 \u00e0 un assemblage disparate et inad\u00e9quat. Donnant \u00e0 ses r\u00e9ponses cette \u00e9tonnante forme : deux volcans avec des d\u00e9fenses qui se battent avec leur lave, une crotte avec deux gardiens en forme de pouces, un gardien avec trois t\u00eates : une de roses, une d\u2019herbe et une troisi\u00e8me de feu, un portail avec une t\u00eate de louche.<br><br>Souvenons-nous de cette remarque de D. Lagache (D. Lagache, La psychanalyse et la structure de la personnalit\u00e9, 1958), \u00e0 propos de l\u2019identit\u00e9 de perception et de l\u2019identit\u00e9 de pens\u00e9e : l\u2019identification objectivante, qui maintient l\u2019identit\u00e9 propre \u00e0 chaque objet de pens\u00e9e, doit contrer l\u2019identification synchr\u00e9tique. La pens\u00e9e est tr\u00e8s intens\u00e9ment mobilis\u00e9e (longs temps de latence, appr\u00e9hensions globales ma\u00eetrisantes, d\u00e9tails d\u2019inhibition r\u00e9v\u00e9lant l\u2019isolation, r\u00e9tention, r\u00e9p\u00e9tition mot-\u00e0-mot des percepts pourtant fort insolites \u00e0 l\u2019enqu\u00eate), mais se solde toujours par un \u00e9chec de la secondarisation. Ce traitement tr\u00e8s archa\u00efque du Rorschach interroge l\u2019extr\u00eame performance d\u2019Isidore aux tests cognitifs.<br><br>Les projections, fusionn\u00e9es ou contamin\u00e9es, associent des \u00e9l\u00e9ments incompatibles entre eux, sans connexion avec la r\u00e9alit\u00e9. Des angoisses de destruction ou d\u2019annihilation \u00e9mergent (une fontaine avec deux loups vivants dessus), infiltr\u00e9es de confusions par assonance entre passation et enqu\u00eate (les deux volcans deviennent deux \u00e9l\u00e9phants ; la t\u00eate de louche devient t\u00eate de mouche ; la crotte devient une grotte).<br><br>Les repr\u00e9sentations corporelles sont tr\u00e8s fragiles (machine, monstres, corps de fontaine, t\u00eate en salade, t\u00eate de portail, papillon avec des cornes, jambes d\u2019oiseaux). Planche V, Isidore projette une chauve-souris crocodile. Il explique avoir l\u2019habitude de dessiner chez lui le m\u00eame animal en plusieurs parties de diff\u00e9rents animaux. Un visage est ainsi constitu\u00e9 planche X, sans justification contextuelle, d\u2019yeux en feu avec un noyau de p\u00eache \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Pour le nez, une \u00e9pingle \u00e0 linge. Pour la bouche et les moustaches, deux vers de terre. Par ailleurs, certains d\u00e9tails d\u2019inhibition (mains, colonne vert\u00e9brale) traduisent l\u2019\u00e9chec du travail d\u2019isolation, ne permettant pas l\u2019int\u00e9gration des \u00e9l\u00e9ments anatomiques en un corps entier.<br><br>Le th\u00e8me r\u00e9current du ch\u00e2teau hant\u00e9 prot\u00e9g\u00e9 par des gardiens, particuli\u00e8rement convoqu\u00e9 dans les planches maternelles, accompagne des fantasmes sadiques-anals infantiles (les m\u00e9chants gardiens emp\u00eachent les gens de rentrer en les piquant, un gardien qui lance de l\u2019eau, crache du feu et garde la fontaine qui est derri\u00e8re, les gardiens repoussent les gens qui les ont \u00e9nerv\u00e9, ils se baissent et ils poussent). Cette fantasmatique infiltre toutes les \u00e9vocations de relation du Rorschach. L\u2019obstruction des gardiens \u00e0 toute intrusion mena\u00e7ante nous semble colmater des pr\u00e9occupations autour des limites, mais \u00e9galement une menace de d\u00e9sorganisation identitaire.<br><br>La probl\u00e9matique phallique est tr\u00e8s infiltr\u00e9e d\u2019analit\u00e9, comme c\u2019est souvent le cas chez les petits enfants, la composante domination-soumission ayant souvent recours \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 anale. Les th\u00e8mes de domination prennent une coloration agressive nette qui se d\u00e9gage dans les interpr\u00e9tations \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus de volcan, de jets d\u2019eau et de feu, d\u2019animaux ou d\u2019\u00e9l\u00e9ments piquant (pics, cornes, bec). D\u00e9gag\u00e9 de l\u2019analit\u00e9, le phallique engendre la mise en pr\u00e9sence de repr\u00e9sentations sexu\u00e9es (queue, trompe, bout, vers de terre) associ\u00e9es \u00e0 des objets contenants (portails, grotte, fontaine, puits). C\u2019est dans les planches renvoyant aux imagos parentales que s\u2019associent ces symboles sexuels p\u00e9n\u00e9trant-p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 (par exemple planche VII : grotte et animaux \u00e0 queue).<br><br>La planche dite paternelle convoque les \u00e9l\u00e9ments phalliques attendus (un ma\u00eetre et son garde-du-corps \u00e0 la queue lourde, qui ronfle). Mais cette imago s\u2019av\u00e8re sur sollicitation munie d\u2019une t\u00eate l\u00e9g\u00e8re en salade qui \u00e9voque la b\u00eatise et fait \u00e9cho avec le surdon d\u2019Isidore. Plac\u00e9 par la suite dans un r\u00f4le maternant (il garde le corps et sert le th\u00e9 de son ma\u00eetre, un b\u00e9b\u00e9-g\u00e9ant), Isidore projette une dyade \u00e9tonnante qui nous rappelle Isidore, g\u00e9ant surdou\u00e9 doubl\u00e9 d\u2019une affectivit\u00e9 r\u00e9gress\u00e9e comme pourrait l\u2019\u00eatre celle d\u2019un b\u00e9b\u00e9&#8230;<br><br>Difficile de ne pas mettre \u00e9galement en lien cette symbolique du ch\u00e2teau et du manoir hant\u00e9 avec les myst\u00e8res entourant la sc\u00e8ne primitive et le d\u00e9part du p\u00e8re r\u00e9el d\u2019Isidore. Les planches phalliques accueillent des manifestations et remarques \u00e9tonnantes : planche IV, Isidore emporte la planche derri\u00e8re le bureau, de sorte \u00e0 ce qu\u2019elle ne soit plus visible, puis y projette un gardien. Planche VI, il projette un portail, plac\u00e9 \u00e0 l\u2019enqu\u00eate devant un ch\u00e2teau hant\u00e9, avec une t\u00eate servant \u00e0 regarder si y\u2019a quelqu\u2019un qui vient. Isidore nous explique planche I avoir d\u00e9j\u00e0 vu un manoir hant\u00e9 dans son imagination. Planche III, il projette un corps enfum\u00e9 sortant avec ses jambes par la chemin\u00e9e&#8230; le p\u00e8re No\u00ebl, repr\u00e9sentation paternelle id\u00e9alis\u00e9e, ne semble pas bien loin.<br><br>Isidore trouve profit \u00e0 l\u2019appui figuratif des planches de C.A.T., un peu mieux secondaris\u00e9es. On retrouve n\u00e9anmoins de nombreux processus d\u00e9fensifs du Rorschach : certaines projections sont d\u00e9fendues par la m\u00eame r\u00e9tention ne permettant \u00e0 aucun conflit d\u2019\u00e9merger. D\u2019autres, mal contenues, font l\u2019objet de r\u00e9cits interminables que la tentative douloureuse de contr\u00f4le par la pens\u00e9e ne parvient pas \u00e0 contenir, laissant \u00e9merger des glissements identitaires.<br><br>La premi\u00e8re planche repr\u00e9sente une poule et trois poussins assis autour d\u2019une table. La confrontation au contenu latent maternel oral de la planche occasionne chez Isidore la construction d\u2019une histoire diffluante et sans fin (une maman pr\u00e9pare une entr\u00e9e, un plat et un dessert \u00e0 ses petits) consistant en une r\u00e9p\u00e9tition, \u00e0 trois reprises et mot-\u00e0-mot, de la premi\u00e8re partie du r\u00e9cit. Plusieurs planches seront trait\u00e9es selon ces r\u00e8gles arbitraires, t\u00e9moignant d\u2019un accrochage mn\u00e9sique d\u00e9fensif face \u00e0 la menace de d\u00e9sorganisation. En apprenant par coeur le d\u00e9but de ses r\u00e9cits, Isidore semble s\u2019assurer une trame de s\u00e9curit\u00e9 en cas de d\u00e9bordement pulsionnel.<br>La fragilit\u00e9 des rep\u00e8res identitaires \u00e9merge sous de multiples formes dans ce protocole : les personnages ne sont pas reconnus dans leurs liens filiaux ou au sein d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce animale, changeant parfois eux-m\u00eames d\u2019esp\u00e8ce au fil du r\u00e9cit (les petits poussins deviennent des petits cochons, le petit ours devient un loup). Les fantasmes de d\u00e9voration et de destruction sont mal contenus. Le sens logique quitte bon nombre de r\u00e9cits. Les repr\u00e9sentations d\u2019actions sont surinvesties, au d\u00e9triment des affects, strictement absents.<br><br>Le manque d\u2019\u00e9tayage occasionne une pers\u00e9v\u00e9ration autour des lianes de la jungle planche 7, et absorbe litt\u00e9ralement le r\u00e9cit de la planche 2. Son contenu manifeste, un petit et un grand ours tirant \u00e0 la corde contre un autre grand ours (conflit renvoyant aux enjeux oedipiens de la triangulation), g\u00e9n\u00e8re une projection \u00e0 l\u2019allure de chute sans fin, dans laquelle la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations n\u2019est pas reconnue : c\u2019est l\u2019histoire de trois ours qui tiraient \u00e0 la corde. Deux d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et un autre de l\u2019autre. Le b\u00e9b\u00e9 ours il dit \u201cet si on l\u00e2chait et apr\u00e8s l\u2019autre, il tomberait, le deuxi\u00e8me ours\u201d. Le dernier loup il dit \u201cet si moi je l\u00e2chais tout et eux ils l\u00e2chent tout et apr\u00e8s les deux ils tombent\u201d. Apr\u00e8s ils prennent une ficelle et le premier ours il dit \u201ccoupez la ficelle et l\u2019autre tombera. Le deuxi\u00e8me ours il dit \u201ccoupez la ficelle et l\u2019autre lui fera perdre l\u2019\u00e9quilibre\u201d. Le troisi\u00e8me ours il dit \u201ccoupez la ficelle et si on coupe tout, tout le monde tombera\u201d, etc. La rupture de lien infiltre la th\u00e9matique et la verbalisation, dans un fantasme anal de destruction. Le r\u00e9cit est tenu, co\u00fbte que co\u00fbte, par un accrochage \u00e0 l\u2019action, mais les contenants sont insuffisants pour le structurer. Isidore a le plus grand mal \u00e0 se confronter \u00e0 la solitude, recourrant \u00e0 un remplissage inad\u00e9quat des espaces, associ\u00e9 \u00e0 des d\u00e9fenses maniaques par le plaquage d\u2019affects heureux charg\u00e9s de compenser des objets internes d\u00e9munis (c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une chambre o\u00f9 il y a deux lits et deux tables, une lampe et un tapis et cette chambre elle appartient \u00e0 un ours qui est tr\u00e8s content de sa chambre et qui a beaucoup de jouets). La pens\u00e9e, \u00e0 travers la r\u00e9tention, l\u2019accrochage aux percepts d\u00e9taill\u00e9s et l\u2019isolation, semble \u00e0 nouveau colmater des mouvements d\u00e9pressifs in\u00e9laborables et permettre le maintien \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. La confrontation \u00e0 l\u2019imago maternelle est rigoureusement \u00e9vit\u00e9e (un ours qui s\u2019est lev\u00e9 avant sa maman), parfois au prix d\u2019une d\u00e9sorganisation des rep\u00e8res identitaires (quand l\u2019enfant revient, sa maman sait plus o\u00f9 il est). Souvent rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 un r\u00f4le de pair d\u00e9saccord\u00e9, rival et immature, cette imago favorise les conflits de l\u2019enfant sans les apaiser. Elle ne suscite aucun mouvement d\u2019identification (m\u00e8re kangourou et enfant renard) et convoque des \u00e9vocations carentielles (y\u2019a pas beaucoup de choses \u00e0 manger, y\u2019avait plus d\u2019eau dans la baignoire) et de d\u00e9pression (il est tard, c\u2019est l\u2019hiver, ils se recouchent).<br><br>Cette imago est \u00e9galement l\u2019objet d\u2019attaques orales (si on mangeait tout, y\u2019en aurait plus pour maman, le g\u00e2teau il est pas bon du tout alors ils se disent : on va laisser le g\u00e2teau \u00e0 maman) et anales. Le seul partage m\u00e8re-enfant mis en sc\u00e8ne par Isidore appara\u00eet autour du lavage et des toilettes, dans un contexte d\u2019opposition anale op\u00e9ratoire et inflexible semblable au Rorschach. Planche 8 la maman dit au b\u00e9b\u00e9 : \u201cva te laver\u201d mais il est pas d\u2019accord alors il sort de sa maison et va se laver dans le lac. Planche 10, l\u2019adulte et l\u2019enfant qui figurent sur la planche se disputent pour aller aux toilettes puis se disent \u201cpardon pour la fois o\u00f9 j\u2019ai eu envie d\u2019aller aux toilettes avant toi\u201d. Leur r\u00e9conciliation se voit au fait que finalement les toilettes, depuis des jours, elles sont cass\u00e9es. Ainsi l\u2019apaisement de ce conflit r\u00e9gressif n\u2019est-il possible que lorsqu\u2019un fait mat\u00e9riel d\u00fb au hasard s\u2019en m\u00eale.<br><br>La nature de cette relation exclusivement obsessionnelle propos\u00e9e par l\u2019imago maternelle \u00e0 son enfant dans les r\u00e9cits d\u2019Isidore, nous rappelle le profil des m\u00e8res d\u2019enfants surdou\u00e9s d\u00e9crit par S. Lebovici (S. Lebovici, L\u2019avenir psychopathologique de l\u2019enfant surdou\u00e9, 1960.) : Des manifestations d\u2019ordre obsessionnel sont rencontr\u00e9es pr\u00e8s d\u2019une fois sur quatre, quelle que soit l\u2019organisation psychopathologique de l\u2019enfant. Ces caract\u00e9ristiques apparaissent li\u00e9es : cette origine commune entre intelligence \u00e9lev\u00e9e et manifestations obsessionnelles serait due au caract\u00e8re hyperstimulant et perfectionniste de la m\u00e8re, favorisant d\u2019une part son d\u00e9veloppement intellectuel et ses aptitudes dans le maniement des symboles, et d\u2019autre part le d\u00e9veloppement trop pr\u00e9coce du Moi par rapport aux pulsions, facteurs de n\u00e9vrose obsessionnelle.<br><br>L\u2019imago paternelle appara\u00eet tr\u00e8s absente, tant physiquement que dans sa force d\u2019opposition aux injonctions maternelles (planche 6 le papa s\u2019est pas r\u00e9veill\u00e9 et il dort toujours, planche 8 le fr\u00e8re du b\u00e9b\u00e9 auquel s\u2019identifie Isidore, repr\u00e9sentant du p\u00e8re, s\u2019allie \u00e0 la m\u00e8re pour le trahir). On la retrouve n\u00e9anmoins autour d\u2019un fantasme nourricier qui nous rappelle le Rorschach (le lion qui est roi demande \u00e0 la souris d\u2019aller lui prendre une tasse de th\u00e9 et des g\u00e2teaux).<br><br>Il est difficile de ne pas mettre en lien le QI exceptionnel d\u2019Isidore avec les d\u00e9sorganisations identitaires relev\u00e9es au fil de ces \u00e9preuves projectives, d\u2019une part, et avec les myst\u00e8res entourant la sc\u00e8ne primitive et le d\u00e9part du p\u00e8re, d\u2019autre part. La parole touchante qu\u2019il formule \u00e0 son propos au cours des entretiens pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019examen psychologique (il me conna\u00eet mais il ne m\u2019a jamais vu) a pu provoquer, chez cet enfant \u00e9galement tr\u00e8s pr\u00e9cocement diagnostiqu\u00e9 surdou\u00e9, des interrogations particuli\u00e8rement mobilisantes autour de ses origines.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se que nous avons tent\u00e9 d\u2019illustrer \u00e0 propos d\u2019un surinvestissement pr\u00e9coce des th\u00e9ories sexuelles infantiles chez les enfants surdou\u00e9s aux origines effectivement dignes d\u2019\u00eatre interrog\u00e9es trouverait un appui favorable dans la clinique de ces enfants, bien connus pour interroger de fa\u00e7on extr\u00eamement pr\u00e9coce les grandes \u00e9nigmes de la cr\u00e9ation universelle et de la finitude humaine. Cette hypermaturit\u00e9 intellectuelle s\u2019ancrerait, ainsi que le postule la th\u00e9orie psychanalytique, dans l\u2019histoire infantile du sujet et dans la probl\u00e9matique affective qui en a d\u00e9coul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Th\u00e8se r\u00e9alis\u00e9e sous la direction de Mme le Pr Catherine Chabert : \u201c<em>Enfant surdou\u00e9 : g\u00e9nie ou folie ? Articulations th\u00e9oriques et projectives<\/em>\u201d (2007).<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>J.-C. Terrassier, Les enfants surdou\u00e9s ou la pr\u00e9cocit\u00e9 embarrassante, 1981.<\/li><li>M. Klein (1921, 1922, 1931, 1932) a consacr\u00e9 une partie de ses travaux \u00e0 l\u2019attrait pour les symboles chez certains enfants mal contenus sur le plan affectif. Plus r\u00e9cemment, S. Lebovici (1960, 1966, 1970) a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orie \u00e9tiopathog\u00e9nique du surdon, notamment \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude de patients psychotiques tr\u00e8s savants.<\/li><li>S. Freud (1908). Les th\u00e9ories sexuelles infantiles.<\/li><li>M.-L. Verdier-Gibello a par la suite mis en lien ces questions : M.-L. Verdier-Gibello, Questions d\u2019origine et qu\u00eate cognitive, Enfance &amp; Psy, n\u00b03, 1998.<\/li><li>L\u2019abord \u00e9pid\u00e9miologique des enfants surdou\u00e9s de J. de Ajuriaguerra et D. Marcelli dans leur ouvrage Psychopathologie de l\u2019enfant, 1984, en r\u00e9f\u00e9rence aux enqu\u00eates de Terman, 1925 (1500 cas) et G. Prat, 1979 (141 cas) fait \u00e9tat de la fr\u00e9quence d\u2019a\u00een\u00e9 au sein d\u2019une fratrie moyenne. De m\u00eame, l\u2019\u00e9tude plus r\u00e9cente de L. Roux-Dufort, 1982, r\u00e9unit elle aussi une majorit\u00e9 d\u2019a\u00een\u00e9s. Elle commente : \u00ab malgr\u00e9 la petitesse de nos chiffres, nous retrouvons ce que nous savons d\u00e9j\u00e0 sur les enfants surdou\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils sont plus souvent uniques ou a\u00een\u00e9s de famille \u00bb.<\/li><li>Une vignette clinique incluant cette dimension a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e en d\u00e9tail dans l\u2019article : C. Goldman (2010), \u00ab Lorsque l\u2019enfant surdou\u00e9 est une fille : sp\u00e9cificit\u00e9s du f\u00e9minin \u00e0 la lueur du bilan psychologique \u00bb, L\u2019\u00e9vo\u00adlution Psychia\u00adtrique, 2010 (\u00e0 para\u00eetre).<\/li><li>O. James, They f*** you up &#8211; How to survive family life, 2004.<\/li><li>P. Rentchnick, A. Haynal, P. S\u00e9narclens (de) (1978). Les orphelins m\u00e8nent-ils le monde ?<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Ajuriaguerra (de) J. et Marcelli D. (1982),&nbsp;<em>Psychopathologie de l\u2019enfant<\/em>, 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;\u00e9dition, Paris, Masson, 1984, p.169.<\/li><li>Freud S. &#8211; (1908), Les th\u00e9ories sexuelles infantiles,&nbsp;<em>La vie sexuelle<\/em>, Paris, PUF, 1969, 13<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;\u00e9dition 2002, p.14 &#8211; (1927), \u00ab Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci \u00bb, in&nbsp;<em>Oeuvres compl\u00e8tes<\/em>, vol X, pp.79-164. Paris, PUF, 1993.<\/li><li>Goldman C. (2010), \u00ab Lorsque l\u2019enfant surdou\u00e9 est une fille : sp\u00e9cificit\u00e9s du f\u00e9minin \u00e0&nbsp;la lueur du bilan psychologique \u00bb,&nbsp;<em>L\u2019\u00e9volution Psychiatrique<\/em>, 2010 (\u00e0 para\u00eetre).<\/li><li>James O. (2003),&nbsp;<em>They f*** you up &#8211; How to survive family life<\/em>, Bloomsburry, 2004<\/li><li>Klein M. &#8211; (1921), \u00ab Le d\u00e9veloppement d\u2019un enfant \u00bb,&nbsp;<em>Essais de psychanalyse<\/em>&nbsp;: 1921-1945, Paris, Payot, \u201cBiblioth\u00e8que scientifique\u201d, 1968, Chap. I, p. 29-89 &#8211; (1931), \u00ab Contribution \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019inhibition intellectuelle \u00bb,&nbsp;<em>Essais de psychanalyse<\/em>&nbsp;: 1921-1945, Paris, Payot, \u201cBiblioth\u00e8que scientifique\u201d, 1968, Chap. XIII, p. 283-295 &#8211; (1924), \u00ab Le r\u00f4le de l\u2019\u00e9cole dans le d\u00e9veloppement libidinal de l\u2019enfant \u00bb,&nbsp;<em>Essais de psychanalyse<\/em>&nbsp;: 1921-1945, Paris, Payot, \u201cBiblioth\u00e8que scientifique\u201d, 1968, Chap. II, p.90-109 &#8211; (1932), L<em>a psychanalyse des enfants<\/em>, Paris, PUF, 1959<\/li><li>Lagache D. (1958),&nbsp;<em>La psychanalyse et la structure de la personnalit\u00e9<\/em>.<\/li><li>Lebovici S. &#8211; (1960). \u00ab L\u2019avenir psychopathologique de l\u2019enfant surdou\u00e9 \u00bb,&nbsp;<em>Revue neuropsychiatrique Infantile<\/em>, 8, 5-6, 214-216 &#8211; Lebovici S., Benoit G., Poncin C., Poncin M., Talan I., Rozenhold M. (1966), \u00ab A propos des observations de calculateurs de calendrier\u00bb,&nbsp;<em>Psychiatr. enfant<\/em>, 9, 2, 341-396 &#8211;<\/li><li>Lebovici S., Soul\u00e9 M. (1970),&nbsp;<em>La connaissance de l\u2019enfant par la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, coll. Le fil rouge.<\/li><li>Mijolla (de) S. (2002),&nbsp;<em>Le besoin de savoir: th\u00e9ories et mythes magico-sexuels dans l\u2019enfance<\/em>, Dunod, 2002.<\/li><li>Prat G. (1979). \u00ab Vingt ans de psychopathologie de l\u2019enfant dou\u00e9 et surdou\u00e9 en internat psychoth\u00e9rapique \u00bb,&nbsp;<em>Neuropsychiatr. enfant<\/em>, 27, 10-11, 467-474<\/li><li>Rentchnick P., Haynal A., S\u00e9narclens (de) P. (1978),&nbsp;<em>Les orphelins m\u00e8nent-ils le monde ?<\/em>, Paris, \u00c9ditions Stock, 1978<\/li><li>Roux-Dufort L. (1982). \u00ab \u00c0 propos des enfants surdou\u00e9s \u00bb,&nbsp;<em>Psychiatrie de l\u2019enfant<\/em>, XXV, 27-147.<\/li><li>Terman L.-M. et al (1925), Mental and physical traits of thousand gifted children,&nbsp;<em>Genetic study of genius<\/em>&nbsp;(1920-1959), Stanford Univ. Press.<\/li><li>Terrassier J.C. (1981),&nbsp;<em>Les enfants surdou\u00e9s ou la pr\u00e9cocit\u00e9 embarrassante<\/em>, Paris, ESF.<\/li><\/ul>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10744?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la conception psychanalytique, le surdon, ph\u00e9nom\u00e8ne attribu\u00e9 aux enfants dont la maturit\u00e9 intellectuelle d\u00e9passe celle des autres enfants de leur \u00e2ge, est per\u00e7u, au m\u00eame titre que toutes les variations douloureuses de la normale (le surdon constituant fr\u00e9quemment une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1231,1215],"thematique":[351],"auteur":[1870],"dossier":[299],"mode":[61],"revue":[837],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10744","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-enfance","rubrique-psychopathologie","thematique-societe","auteur-caroline-goldman","dossier-a-laube-de-la-subjectivation","mode-gratuit","revue-837","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10744","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10744"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10744\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25111,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10744\/revisions\/25111"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10744"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10744"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10744"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10744"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10744"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10744"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10744"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10744"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10744"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}