{"id":10743,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/representations-du-corps-dans-lart-enjeux-identitaires-2\/"},"modified":"2021-10-01T11:05:20","modified_gmt":"2021-10-01T09:05:20","slug":"representations-du-corps-dans-lart-enjeux-identitaires","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/representations-du-corps-dans-lart-enjeux-identitaires\/","title":{"rendered":"Repr\u00e9sentations du corps dans l\u2019art : enjeux identitaires"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab\u00a0Nul n\u2019a jamais \u00e9crit ou peint, sculpt\u00e9, model\u00e9, construit, invent\u00e9, que pour sortir en fait de l\u2019enfer\u00a0\u00bb.<footer><em>Artaud<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans son <em>\u00c9tude des proportions du corps humain<\/em><sup>1<\/sup>, <em>Vitruve<\/em> dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] La Nature a distribu\u00e9 les mesures du corps humain comme ceci&nbsp;: Quatre doigts font une paume, et quatre paumes font un pied, six paumes font un coude&nbsp;: quatre coudes font la hauteur d\u2019un homme. Et quatre coudes font un double pas, et vingt-quatre paumes font un homme&nbsp;; et il a utilis\u00e9 ces mesures dans ses constructions (&#8230;).<\/p>\n\n\n\n<p>La main compl\u00e8te est un dixi\u00e8me de l\u2019homme. Le d\u00e9but des parties g\u00e9nitales est au milieu. Le pied est un septi\u00e8me de l\u2019homme. Depuis la plante du pied jusqu\u2019en dessous du genou, un quart de l\u2019homme. Depuis sous le genou jusqu\u2019au d\u00e9but des parties g\u00e9nitales, un quart de l\u2019homme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, il aurait \u00e9t\u00e9 plus facile que la repr\u00e9sentation inconsciente du corps soit calqu\u00e9e sur la fiction anthropom\u00e9trique de l\u2019homme de Vitruve. Si la conscience de soi avait \u00e9t\u00e9 une donn\u00e9e de base, acquise une fois pour toutes, jamais remise en question, nullement d\u00e9faillante\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Or, la clinique et l\u2019art nous apprennent malheureusement qu\u2019il n\u2019en est rien! Que De Vinci et Vitruve ont mis en place de bien belles constructions anatomiques et esth\u00e9tiques mais \u00e0 mille lieues de notre r\u00e9alit\u00e9 subjective\u2026. Nous sommes loin des d\u00e9faillances et vacillements identitaires dont t\u00e9moignent nos analysants ou encore de grands artistes tels Antonin Artaud lorsqu\u2019il confie que \u00ab&nbsp;le visage se compose d\u2019orifices o\u00f9 veillent l\u2019inexprim\u00e9, l\u2019invisible&nbsp;: l\u2019informe. Le visage se cherche&nbsp;; lui-m\u00eame est en train de se produire (\u2026). A jamais achev\u00e9, il d\u00e9tient l\u2019esquisse d\u2019un corps \u00e0 venir, sans commune mesure avec l\u2019organisme de chair et d\u2019os auquel il demeure attach\u00e9 (\u2026)<sup>2<\/sup>. Il porte sur lui une \u00ab\u00a0esp\u00e8ce de mort perp\u00e9tuelle (\u2026). Le visage n\u2019a pas encore trouv\u00e9 sa face et c\u2019est au peintre de la lui donner&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux d\u00e9faillances identitaires, l\u2019art serait-il effectivement salvateur? Le g\u00e9nie de Van Gogh ou de Bacon, le processus cr\u00e9atif d\u2019Artaud, ont-ils eu une dimension th\u00e9rapeutique, ont-ils constitu\u00e9 des moyens potentiels pour surmonter les tourments de leur destructivit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 Repr\u00e9sentation inconsciente du corps<\/h2>\n\n\n\n<p>Comment advient la conscience de soi, l\u2019image inconsciente du corps&nbsp;? Fran\u00e7oise Dolto<sup>4<\/sup> nous met en garde de ne pas confondre le sch\u00e9ma corporel &#8211; qui sp\u00e9cifie l\u2019individu en tant que repr\u00e9sentant de l\u2019esp\u00e8ce et qui est de ce fait le m\u00eame pour tous &#8211; et l\u2019image inconsciente de soi, propre \u00e0 chacun de nous, li\u00e9e au sujet et \u00e0 son histoire. L\u2019accession \u00e0 la conscience de soi est tributaire du contact avec autrui. Elle na\u00eet chez l\u2019enfant \u00e0 travers l\u2019image que lui renvoie de lui-m\u00eame le regard de l\u2019autre, sa m\u00e8re ou son substitut.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;stade du miroir&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>, terme forg\u00e9 par Lacan en 1936, constitue l\u2019\u00e9tat durant lequel l\u2019enfant anticipe la ma\u00eetrise de son unit\u00e9 corporelle par une identification \u00e0 l\u2019image du semblable et par la perception de son image dans un miroir. Cette fonction ne peut se mettre en place que par la pr\u00e9sence de l\u2019autre&nbsp;; en effet, pourquoi dire \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, s\u2019il n\u2019y a personne \u00e0 qui l\u2019opposer&nbsp;? Le sujet est donc social, il a besoin de l\u2019autre pour se construire. Le stade du miroir t\u00e9moigne de la prise de conscience rassurante de l\u2019unit\u00e9 corporelle et de la jubilation de l\u2019enfant au plaisir qu\u2019il a de contempler l\u2019image de son unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans sa propre image tout autant que dans le regard et dans le dire de cet autre parental &#8211; qui lui d\u00e9signe physiquement et verbalement sa propre image &#8211; que l\u2019enfant v\u00e9rifiera son unit\u00e9. Le regard va donc \u00eatre un concept fondamental pour Lacan puisque c\u2019est celui-ci qui va permettre \u00e0 l\u2019identification au semblable d\u2019\u00e9voluer.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Winnicott, c\u2019est gr\u00e2ce aux soins qu\u2019il re\u00e7oit de sa m\u00e8re que chaque enfant est capable d\u2019avoir une existence personnelle et commence \u00e0 construire une continuit\u00e9 \u00e0 \u00eatre. Si les soins maternels ne sont pas assez bons, l\u2019enfant n\u2019acc\u00e8de pas \u00e0 l\u2019existence car il est priv\u00e9 de continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre. La personnalit\u00e9 se d\u00e9veloppe alors en r\u00e9action aux interf\u00e9rences n\u00e9gatives de l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott aborde la question du visage de la m\u00e8re en tant que pr\u00e9curseur du miroir<sup>6<\/sup>. Le b\u00e9b\u00e9 tourne son regard vers le visage de sa m\u00e8re pour y retrouver sa propre image. Quand la m\u00e8re le regarde, elle ne refl\u00e8te pas uniquement son propre \u00e9tat d\u2019\u00e2me mais ce qu\u2019elle per\u00e7oit de l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me de l\u2019enfant. Si elle n\u2019accomplit pas cette fonction, il en r\u00e9sultera des failles dans le d\u00e9veloppement de celui-ci. Il serait terrible que le b\u00e9b\u00e9 regarde la m\u00e8re, ce miroir, et ne voie rien&nbsp;! Enfin, rappelons que le narcissisme primaire est \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tat pr\u00e9coce o\u00f9 l\u2019enfant investit toute sa libido sur lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup>, tandis que le narcissisme secondaire serait \u00ab&nbsp;l\u2019int\u00e9riorisation d\u2019une relation, notamment celle avec la m\u00e8re&nbsp;; il constituerait l\u2019un des fondements essentiels du psychisme, comme le montrent les \u00e9tats d\u00e9rivant de la carence ou de la privation de cet amour&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup>. Le sujet s\u2019aimera tel que la m\u00e8re l\u2019a aim\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne pourra s\u2019aimer \u00ab&nbsp;narcissiquement&nbsp;\u00bb que comme il a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9 \u00ab&nbsp;libidinalement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 D\u00e9faillances de l\u2019image du corps et vacillements identitaires<\/h2>\n\n\n\n<p>Qu\u2019advient-il lorsque la repr\u00e9sentation inconsciente du corps est d\u00e9faillante? Lorsque les soins corporels accord\u00e9s au b\u00e9b\u00e9 sont suffisants, mais que la m\u00e8re ne saisit pas le sens des signaux \u00e9mis par son enfant&nbsp;? Notamment chez ces sujets auxquels Andr\u00e9 Green fait r\u00e9f\u00e9rence en \u00e9voquant <em>la clinique du vide<\/em> ou <em>la clinique du n\u00e9gatif<\/em><sup>9<\/sup>?<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019angoisse de castration (angoisse \u00ab&nbsp;rouge&nbsp;\u00bb qui comprend l\u2019ensemble des angoisses li\u00e9es \u00e0 \u00ab&nbsp;la petite chose d\u00e9tach\u00e9e du corps&nbsp;\u00bb tels le p\u00e9nis et les f\u00e8ces), dans la clinique du vide, le contexte n\u2019est jamais sanguinaire. C\u2019est une \u00ab&nbsp;angoisse blanche&nbsp;\u00bb qui domine le tableau, une angoisse de perte de sein, de perte d\u2019objet, o\u00f9 les menaces d\u2019abandon et de destructivit\u00e9 pr\u00e9dominent, r\u00e9sultant du d\u00e9sinvestissement massif de l\u2019objet primaire, maternel. Ce d\u00e9sinvestissement laisse des traces dans l\u2019inconscient sous la forme de \u00ab&nbsp;trous psychiques&nbsp;\u00bb qui seront combl\u00e9s par des r\u00e9investissements, expressions de la destructivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son fameux article traitant de \u00ab&nbsp;<em>La m\u00e8re morte&nbsp;\u00bb<\/em><sup>10<\/sup>, Andr\u00e9 Green aborde longuement ce type de d\u00e9pression qui survient chez l\u2019enfant en pr\u00e9sence de la m\u00e8re, elle-m\u00eame absorb\u00e9e par un deuil, d\u2019o\u00f9 le d\u00e9sinvestissement brutal de l\u2019enfant sans aucun signe avant-coureur. Ce sont ces sujets narcissiquement fragiles auxquels nous nous int\u00e9resserons ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre les d\u00e9faillances de la repr\u00e9sentation inconsciente du corps, nous ferons r\u00e9f\u00e9rence au concept de \u00ab&nbsp;Moi-peau&nbsp;\u00bb \u00e9labor\u00e9 par Didier Anzieu, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;la figuration dont le Moi de l\u2019enfant se sert, au cours des phases pr\u00e9coces de son d\u00e9veloppement, pour se repr\u00e9senter lui-m\u00eame comme Moi contenant les contenus psychiques \u00e0 partir de son exp\u00e9rience de la surface du corps. L\u2019image des limites du corps est acquise au cours du processus de d\u00e9fusion de l\u2019enfant par rapport \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>. Le b\u00e9b\u00e9 a besoin d\u2019\u00eatre satisfait dans ses besoins pour que puisse se constituer cette enveloppe de bien-\u00eatre narcissiquement investie, n\u00e9cessaire \u00e0 fonder le Moi-peau. Il a besoin d\u2019exp\u00e9rimenter le fait qu\u2019un \u00eatre accol\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de cette enveloppe r\u00e9agit \u00e0 ses signaux et de conna\u00eetre l\u2019illusion s\u00e9curisante d\u2019un double narcissique omniscient, \u00e0 sa disposition permanente. L\u2019instauration du Moi-peau r\u00e9pond ainsi au besoin d\u2019une enveloppe narcissique, protectrice qui assure \u00e0 l\u2019appareil psychique la certitude et la constance d\u2019un bien-\u00eatre de base.<\/p>\n\n\n\n<p>La fragilit\u00e9 du Moi-peau de certains sujets se manifeste dans l\u2019oscillation permanente entre une angoisse d\u2019abandon si l\u2019objet d\u2019attachement n\u2019est plus au contact proche, et une angoisse de pers\u00e9cution s\u2019il y a une trop grande proximit\u00e9 avec lui. Les risques de d\u00e9personnalisation que nous retrouvons chez les sujets fragiles sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019image d\u2019une enveloppe perforable et \u00e0 l\u2019angoisse d\u2019un \u00e9clatement de la substance vitale par des trous.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019unit\u00e9 compromise du moi d\u00e9sormais trou\u00e9 se r\u00e9alise soit sur le plan du fantasme donnant lieu \u00e0 la cr\u00e9ation artistique, soit sur le plan de la connaissance \u00e0 l\u2019origine d\u2019une intellectualisation fort riche, sorte de tentative pour ma\u00eetriser la situation traumatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces vacillements identitaires, sommes-nous en droit de croire que l\u2019art peut effectivement endiguer les menaces de dissolution du moi&nbsp;? L\u2019artiste tenterait-il ainsi, \u00e0 travers son \u0153uvre, de tisser sa peau, de prendre conscience des contours de son corps \u00e0 travers la dimension tactile, l\u2019empreinte corporelle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 Repr\u00e9sentations du corps dans l\u2019art&nbsp;: enjeux identitaires<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab\u00a0Faites danser l\u2019anatomie humaine, de haut en bas et de bas en haut, d\u2019arri\u00e8re en avant et d\u2019avant en arri\u00e8re\u00a0\u00bb.<footer><em>Artaud, Le th\u00e9\u00e2tre de la Cruaut\u00e9.<\/em><sup>12<\/sup><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce \u00e9crire-dessiner&nbsp;? C\u2019est refaire, selon Artaud<sup>13<\/sup>, un \u00ab&nbsp;corps sans organes&nbsp;\u00bb, terme emprunt\u00e9 \u00e0 Deleuze, c\u2019est-\u00e0-dire une multiplicit\u00e9 mol\u00e9culaire, explosive et atomique (l\u2019inverse du corps organique), c\u2019est inventer une sc\u00e9nographie picturale, une danse corporelle des signes sur la page&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce dessin repr\u00e9sente l\u2019effort que je tente en ce moment pour refaire corps avec l\u2019os des musiques de l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb<sup>14<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Artaud, \u00ab&nbsp;le peintre du corps humain, ce n\u2019est pas L\u00e9onard de Vinci, ce peintre de cadavres, qui travaille sous la dict\u00e9e des lois de l\u2019anatomie, avec ses \u00e9corch\u00e9s exacts comme des machines, le peintre du corps humain c\u2019est Van Gogh qui trace des paysages hallucin\u00e9s comme des visages et fait surgir sur sa toile les d\u00e9chirements sonores du Th\u00e9\u00e2tre de la Cruaut\u00e9&nbsp;: corps-paysage sanglant, tournesols \u00e9ventr\u00e9s, bombardement comme m\u00e9t\u00e9orique d\u2019atomes, fleur tortur\u00e9e, paysage sabr\u00e9, coquelicots\u2026 rageusement ponctu\u00e9s et d\u00e9chiquet\u00e9s\u2026 et par-dessus tout cela la figure de Van Gogh, rouge de sang dans l\u2019\u00e9clatement de ses paysages&nbsp;\u00bb<sup>15<\/sup>. Contre le corps impotent de l\u2019anatomie, Artaud fait resurgir dans ses textes et dessins un nouveau corps infiniment potentiel, c\u2019est-\u00e0-dire en puissance d\u2019\u00e9clatement. Selon lui, \u00ab&nbsp;l\u2019homme est malade parce qu\u2019il est mal construit. Il faut se d\u00e9cider \u00e0 le mettre \u00e0 nu pour lui gratter cet animalcule qui le d\u00e9mange mortellement (\u2026) car il n\u2019y a rien de plus inutile qu\u2019un organe. Lorsque vous lui aurez fait un corps sans organes, vous l\u2019aurez d\u00e9livr\u00e9 de tous les automatismes et rendu \u00e0 sa v\u00e9ritable et immortelle libert\u00e9. Alors, vous lui r\u00e9apprendrez \u00e0 danser \u00e0 l\u2019envers comme dans le d\u00e9lire des bals musette et cet envers sera son v\u00e9ritable endroit&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps sans organes s\u2019oppose moins aux organes qu\u2019\u00e0 cette organisation des organes qu\u2019on appelle organisme, selon Deleuze<sup>17<\/sup>. C\u2019est un corps intense, intensif. Une onde d\u2019amplitude variable le parcourt&nbsp;; elle y trace des zones et des niveaux suivant les variations de son amplitude. A la rencontre de l\u2019onde \u00e0 tel niveau et de forces ext\u00e9rieures, une sensation appara\u00eet. Un organe sera donc d\u00e9termin\u00e9 par cette rencontre, mais un organe provisoire, qui ne dure que ce que durent le passage de l\u2019onde et l\u2019action de la force, et qui se d\u00e9placera pour se poser ailleurs. Le corps sans organes se d\u00e9finit donc par un organe ind\u00e9termin\u00e9, tandis que l\u2019organisme se d\u00e9finit par des organes d\u00e9termin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe un sentiment tr\u00e8s sp\u00e9cial de l\u2019int\u00e9rieur du corps, puisque le corps est pr\u00e9cis\u00e9ment senti sous l\u2019organisme. Ce n\u2019est plus ma t\u00eate, mais je me sens dans une t\u00eate, je vois et je me vois dans une t\u00eate. Y a-t-il une psychose au monde qui ne comporte cette station hyst\u00e9rique&nbsp;? Artaud, se soucie avant tout \u00ab&nbsp;de recomposer l\u2019anatomie humaine, vou\u00e9e \u00e0 la s\u00e9paration. Il dit vouloir se refaire un corps, avec ses mains et son souffle, y emploie ses forces&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup>. Ses portraits et autoportraits participent de ce projet d\u2019insurrection recr\u00e9atrice. En 1945, il se met \u00e0 effectuer des \u00ab&nbsp;dessins \u00e9crits&nbsp;\u00bb, selon son expression, o\u00f9 des inscriptions surviennent au beau milieu des formes. Le geste du dessin et celui de l\u2019\u00e9criture sont devenus ins\u00e9parables. Ils forment sur la surface blanche de la feuille une articulation originale des mots et du corps. \u00ab&nbsp;Le texte, projet\u00e9 dans l\u2019espace de l\u2019image, se d\u00e9ploie librement sur la feuille (\u2026) en se d\u00e9veloppant dans toutes les directions (\u2026). En se d\u00e9livrant des contraintes de la parole et de l\u2019\u00e9criture ordinaires, le texte acquiert une existence plastique. Le trait du crayon est la scansion silencieuse du corps, du corps anim\u00e9, enfi\u00e9vr\u00e9, en voie de se refaire&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Antonin Artaud dira d\u2019ailleurs\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis comme le pauvre Van Gogh, je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de formidables \u00e9bullitions internes (\u2026). Comme le th\u00e9\u00e2tre, le dessin \u00e9crit se propose de d\u00e9faire la masse compacte de l\u2019organisme, de la faire voler en \u00e9clats, en vue de r\u00e9nover l\u2019homme\u00a0\u00bb<sup>20<\/sup>. Le v\u00e9ritable corps que le dessin vise \u00e0 faire advenir est un corps illimit\u00e9, un corps-force, insurg\u00e9 et un, d\u2019o\u00f9 la double dimension de l\u2019art, optique et haptique<sup>21<\/sup>, ici clairement manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p>Francis Bacon<sup>22<\/sup>, lui, n\u2019a pas cess\u00e9 de peindre des corps sans organes, le fait intensif du corps, tendant \u00e0 rendre visible la sensation. Des corps tordus, \u00e9crabouill\u00e9s, disloqu\u00e9s, ravag\u00e9s qui refl\u00e8tent son v\u00e9cu, l\u2019image inconsciente qu\u2019il a de son corps. Son \u0153uvre renvoie \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9&nbsp;; ce sont des corps vus, certes, mais ce que l\u2019on peut voir fait pressentir ce qui est \u00e9prouv\u00e9 par l\u2019artiste lui-m\u00eame. La toile recueille l\u2019invisible, les traces de forces et de mouvements, l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire d\u00e9ploy\u00e9e pour se garder intact, pour se garder soi-m\u00eame. La plupart des toiles de Bacon donnent une impression d\u2019\u00e9coulement, de perte de substance, comme si le corps se perd, s\u2019\u00e9chappe en se liqu\u00e9fiant. Le moi-peau est comme inapte \u00e0 jouer son r\u00f4le de contenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe dans son \u0153uvre une fascination morbide pour la destruction et la violence. \u00ab&nbsp;L\u2019horreur est l\u00e0 et bien l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 ces cris muets qui traversent les toiles. Flaques de chair, foetus avort\u00e9s, charognes pr\u00e9visibles dans des d\u00e9cors de boucheries ou de chambres trop froides, tout dans l\u2019\u0153uvre appelle au cauchemar&nbsp;\u00bb<sup>23<\/sup>. Des corps en proie \u00e0 l\u2019effacement, une liqu\u00e9faction synonyme d\u2019une liquidation&nbsp;; des corps qui luttent contre l\u2019atrophie, l\u2019immobilisation, la d\u00e9gradation, la mort. R\u00e9ussira-t-il, \u00e0 travers son art, \u00e0 sortir de l\u2019enfer, celui dont parle Artaud lorsqu\u2019il affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nul n\u2019a jamais \u00e9crit ou peint, sculpt\u00e9, model\u00e9, construit, invent\u00e9, que pour sortir en fait de l\u2019enfer&nbsp;\u00bb<sup>24<\/sup>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019une de ses derni\u00e8res \u0153uvres, <em>L\u2019Homme au lavabo<\/em>, datant de 1990, Alain Casse suppose qu\u2019il y est parvenu puisque cette toile semble constituer un ach\u00e8vement, une fin. Quel chemin, dit-il, \u00ab&nbsp;depuis les premi\u00e8res \u0153uvres crucifi\u00e9es, tass\u00e9es, tortur\u00e9es, en \u00e9quilibre instable. Les morceaux de corps manquants, l\u2019organe sexuel, le bassin, semblent r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, ainsi que l\u2019\u00e9quilibre, la s\u00e9curit\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>25<\/sup>. On lui voit m\u00eame \u00ab&nbsp;le rose et la douceur d\u2019un animal \u00e0 sa naissance, pas encore lib\u00e9r\u00e9 de son enveloppe f\u0153tale&nbsp;\u00bb<sup>26<\/sup>. L\u2019homme est pench\u00e9, assur\u00e9, sur un lavabo, le bras droit pli\u00e9, comme s\u2019il se lavait les dents. Malgr\u00e9 le lourd model\u00e9 de la musculature, pas de spasme, pas de retenue. Un \u00e9quilibre. Pas de crainte d\u2019\u00eatre aval\u00e9 par le lavabo. L\u2019homme se livre \u00e0 son occupation. Nous le voyons de dos. Il n\u2019a pas souci de nous, ne nous prend pas \u00e0 t\u00e9moin, analyse Casse.<\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentation de soi se fait dans l\u2019espace de la toile, par le portrait, par tous ces corps et visages innombrables, par la mise en sc\u00e8ne de ces \u00eatres humains qui constituent le sujet principal de l\u2019\u0153uvre de Bacon. Celui-ci n\u2019a pas gu\u00e9ri de ses maux, soit, mais le cheminement que nous pouvons constater \u00e0 travers son \u0153uvre est manifeste. Bacon d\u00e9laisse, au long de sa carri\u00e8re, les images de violence crues pour pr\u00e9f\u00e9rer \u00ab&nbsp;peindre le cri plut\u00f4t que l\u2019horreur&nbsp;\u00bb, pr\u00f4nant que la violence doit r\u00e9sider dans la peinture elle-m\u00eame, et non dans la sc\u00e8ne qu\u2019elle montre. Devrait-on consid\u00e9rer ce cheminement comme un moteur ou un t\u00e9moin de son parcours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les processus engag\u00e9s dans l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice ne se d\u00e9veloppent pas au sein de la seule psychosexualit\u00e9, souligne Michel De M\u2019Uzan. Il parle d\u2019<em>identital<\/em><sup>27<\/sup>, \u00e0 savoir ce qui a trait aux fondements de l\u2019\u00eatre, \u00e0 l\u2019autoconservatif, alors que le terme de pulsion est r\u00e9serv\u00e9 au registre psychosexuel. L\u2019<em>identital<\/em> concerne l\u2019\u00eatre m\u00eame auquel on a surtout acc\u00e8s lors de ses d\u00e9faillances, lorsque tout vacille, que les limites de la personne se perdent, la laissant seulement rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019existence psychique par une facult\u00e9 demeur\u00e9e intacte de percevoir. Aux sources de l\u2019inspiration, il y a un d\u00e9sordre identitaire qui va contraindre le sujet \u00e0 se repr\u00e9senter pour survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence entre la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019enfant et celle de l\u2019adulte consiste en ce que l\u2019enfant joue et regarde vers l\u2019avenir, tandis que l\u2019adulte qui cr\u00e9\u00e9 comm\u00e9more le pass\u00e9. La poursuite de la construction identitaire chez l\u2019un (l\u2019enfant) est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du d\u00e9membrement n\u00e9cessaire de la sienne chez l\u2019autre (l\u2019adulte). Il s\u2019agit \u00ab&nbsp;de rejoindre le noyau identitaire primordial d\u2019un processus cr\u00e9atif affolant, d\u2019assumer les cons\u00e9quences de l\u2019indispensable r\u00e9gression libidinale&nbsp;\u00bb<sup>28<\/sup>. Sans laquelle la soi-disant cr\u00e9ativit\u00e9 est menac\u00e9e de trop ressembler \u00e0 un contre-investissement, voire \u00e0 de l\u2019op\u00e9ratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Joyce Mc Dougall<sup>29<\/sup>, la cr\u00e9ativit\u00e9 est porteuse d\u2019une violence extr\u00eame accompagn\u00e9e d\u2019angoisses et de conflits psychiques. Les traumatismes li\u00e9s \u00e0 l\u2019organisation psychosexuelle de la repr\u00e9sentation corporelle sont \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ativit\u00e9 m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute activit\u00e9 cr\u00e9atrice est inconsciemment v\u00e9cue par l\u2019artiste comme une transgression, celui qui cr\u00e9e ayant os\u00e9 braver l\u2019ordre dans un triple but&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>narcissique (il a os\u00e9 montrer au monde ce qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9)&nbsp;;<\/li><li>libidinal (il a os\u00e9 utiliser sa sexualit\u00e9 pr\u00e9g\u00e9nitale bien qu\u2019elle soit ambivalente)&nbsp;;<\/li><li>agressif (il a os\u00e9 d\u00e9rober aux parents leurs organes sexuels et leurs pouvoirs afin d\u2019\u00eatre en mesure de cr\u00e9er les siens).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste est souvent amen\u00e9 \u00e0 vivre le mouvement perp\u00e9tuel entre le monde externe et son monde interne comme un acte qui le d\u00e9vore et le d\u00e9truit. Il est souvent en proie \u00e0 des sentiments de d\u00e9pression, de haine de soi, de col\u00e8re et de frustration qui le conduisent au d\u00e9sir de d\u00e9truire son travail et souvent m\u00eame de s\u2019autod\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vignette clinique<\/h3>\n\n\n\n<p>La vignette clinique ci-jointe illustre bien la question de la repr\u00e9sentation du corps et des probl\u00e9matiques identitaires. Vincent &#8211; pr\u00e9nom \u00e9videmment fictif, choisi en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Vincent Van Gogh avec lequel il partage le talent, cette folie cr\u00e9atrice exceptionnelle &#8211; se caract\u00e9rise par un Moi fragile, un narcissisme d\u00e9faillant, une image du corps vacillante. On pourrait dire qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019enveloppe corporelle, psychique, pas de fronti\u00e8re qui le prot\u00e8ge du monde ext\u00e9rieur, tout le traverse et le transperce. Son Moi-peau, cette enveloppe qui le contient et le constitue, est comme perfor\u00e9e, pleine de trous desquels la vie et le narcissisme s\u2019\u00e9chappent\u2026 Ce fut d\u2019ailleurs mon impression initiale lors de nos premi\u00e8res rencontres, sorte d\u2019hallucination quasi-visuelle, qui rend bien compte de sa fragilit\u00e9 narcissique.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment s\u2019est mise en place la repr\u00e9sentation du corps chez Vincent, cette conscience de soi tributaire, nous le savons, du contact avec autrui et surtout du regard de la m\u00e8re&nbsp;? Quelle image de lui-m\u00eame a-t-elle pu lui renvoyer, cette m\u00e8re qui fut malheureusement absente quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s la naissance de son fils, en raison de conflits conjugaux, et ce pour toute une ann\u00e9e. Comment aurait-il pu se constituer dans le regard de sa m\u00e8re et se rendre compte de son unit\u00e9 corporelle, alors qu\u2019elle-m\u00eame \u00e9tait emp\u00eatr\u00e9e dans ses conflits psychiques et relationnels et donc forc\u00e9ment fantasmatiquement absente (cf. \u00ab\u00a0<em>la m\u00e8re morte<\/em>\u00a0\u00bb de Green).<\/p>\n\n\n\n<p>La fragilit\u00e9 du Moi-peau chez Vincent se manifestait dans l\u2019oscillation permanente entre l\u2019angoisse d\u2019abandon et l\u2019angoisse de pers\u00e9cution et c\u2019est exactement ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 exp\u00e9rimenter dans la relation transf\u00e9rentielle avec moi et aussi dans ses relations affectives.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne son art, tr\u00e8s pr\u00e9sent dans sa cure &#8211; \u00e0 travers les dessins, les toiles, les textes qu\u2019il m\u2019apportait &#8211; je me suis tr\u00e8s vite demand\u00e9e quel r\u00f4le jouait la cr\u00e9ation artistique dans sa repr\u00e9sentation de soi&nbsp;? Je lui posai la question, au cours de l\u2019une des s\u00e9ances, quant \u00e0 sa mani\u00e8re de peindre, et s\u2019il a recours \u00e0 des mod\u00e8les. Il m\u2019expliqua, exasp\u00e9r\u00e9, qu\u2019il n\u2019en est rien et que c\u2019est son ressenti pur qu\u2019il transpose sur papier&nbsp;; c\u2019est ainsi qu\u2019il se touche et prend conscience de ses sensations et des contours de son corps. Ce n\u2019est que dans un deuxi\u00e8me temps qu\u2019il lui arrive de penser \u00e0 l\u2019anatomie \u00ab&nbsp;objective&nbsp;\u00bb, au corps r\u00e9el selon la perspective vitruvienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il dessine, il y a toujours une insistance sur un point donn\u00e9 de son anatomie (les ailes du nez, les orbites des yeux, les parties g\u00e9nitales etc), qu\u2019il retrace inlassablement, de mani\u00e8re quasi-hypnotique jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre relativement \u00ab&nbsp;soulag\u00e9&nbsp;\u00bb au niveau de la r\u00e9gion repr\u00e9sent\u00e9e. La dimension haptique de son art est \u00e9vidente, l\u2019emportant manifestement sur la dimension visuelle, picturale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pulsions pr\u00e9g\u00e9nitales, masochiques sont pr\u00e9gnantes dans sa peinture -et \u00e9videmment dans ses fantasmes. Il imagine ainsi une dissection de muscles, \u00e0 l\u2019aide d\u2019instruments pointus, de lames, de rasoirs qui s\u2019enfoncent dans son corps suivant des trac\u00e9s physiologiques tr\u00e8s d\u00e9limit\u00e9s. Il est d\u2019ailleurs conscient de l\u2019intensit\u00e9 de la violence qu\u2019il transpose dans ses croquis, et ce nettement plus que dans ses toiles. Je lui demande si c\u2019est parce que c\u2019est trac\u00e9 au fusain et qu\u2019il peut ainsi tirer davantage sur la mine&nbsp;? Il m\u2019explique que c\u2019est surtout d\u00fb \u00e0 la dimension du support&nbsp;; le fait que ce soit une petite surface rend le papier nettement plus reli\u00e9 \u00e0 son corps, telle une extension de lui, ce qu\u2019il ne sent pas lorsqu\u2019il s\u2019agit de grandes toiles.<\/p>\n\n\n\n<p>La souffrance masochique et les fantasmes de tortures, tr\u00e8s pr\u00e9gnants chez Vincent, constituent une sorte de moyen pour ma\u00eetriser les menaces identitaires et de dissolution du moi, une mani\u00e8re de prendre conscience des contours de son corps propre puisque, nous le savons bien avec Anzieu, le fantasme du corps \u00ab&nbsp;\u00e9corch\u00e9&nbsp;\u00bb qui sous-tend la conduite du sujet masochiste est constitu\u00e9 par la repr\u00e9sentation qu\u2019une m\u00eame peau appartient \u00e0 l\u2019enfant et \u00e0 sa m\u00e8re, peau figurative de leur union symbiotique. C\u2019est comme si le processus de d\u00e9fusion de l\u2019enfant d\u2019avec la m\u00e8re et d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019autonomie entra\u00eenerait une rupture et une d\u00e9chirure de cette peau commune. D\u2019ailleurs, les allusions \u00e0 l\u2019\u00e9corchement sont tr\u00e8s courantes dans le discours de Vincent&nbsp;: il se dit \u00e9corch\u00e9 lorsqu\u2019il quitte le milieu familial pour emm\u00e9nager seul, \u00e9corch\u00e9 \u00e0 chaque fin de s\u00e9ance lorsqu\u2019il doit partir de chez moi, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons supposer que cette souffrance masochique dont Vincent t\u00e9moigne remonterait aux alternances brusques, quasi traumatiques de surstimulations et de privations du contact physique d\u2019avec sa m\u00e8re qu\u2019il a connus en bas \u00e2ge et donc de satisfactions et de frustrations du besoin d\u2019attachement. C\u2019est comme si, \u00e0 partir de l\u00e0, il avait inconsciemment \u00ab&nbsp;recours&nbsp;\u00bb \u00e0 la souffrance pour prendre conscience de son identit\u00e9, pour cerner les contours propres de son corps &#8211; ou de celui qu\u2019il partageait avec sa m\u00e8re, avant la d\u00e9fusion&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il en est de m\u00eame de la repr\u00e9sention de soi \u00e0 travers le dessin, les croquis, les toiles qui l\u2019am\u00e8neraient \u00e0 une reconstitution de cette peau commune qu\u2019il partageait avec sa m\u00e8re avant l\u2019\u00e9corchement, avant la s\u00e9paration en vue, probablement, de parvenir \u00e0 une d\u00e9fusion en douceur&nbsp;? Cet espace haptique, o\u00f9 l\u2019\u0153il devient une main qui caresse une surface ne repr\u00e9senterait-il pas cet espace archa\u00efque maternel, perdu&nbsp;? Ne renverrait-il pas \u00e0 cette p\u00e9riode pr\u00e9verbale o\u00f9 le tactile pr\u00e9valait&nbsp;? Et \u00e0 laquelle, seul, l\u2019art, pourrait le ramener&nbsp;? Le trac\u00e9 de la mine constituerait la caresse et le regard maternel, qui, seuls, peuvent le faire advenir en tant que corps unifi\u00e9, en tant que personne \u00e0 part enti\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Souffrir pour se repr\u00e9senter soi-m\u00eame. Cr\u00e9er pour exister, afin de tracer les contours de son corps, de soi-m\u00eame\u2026 Les enjeux identitaires impliqu\u00e9s dans l\u2019art de Vincent semblent patents.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le r\u00f4le du public dans tout cela&nbsp;? Nous ne pouvons nous emp\u00eacher d\u2019\u00e9voquer Francis Bacon qui ne cesse de peindre des visages humains d\u00e9fom\u00e9s, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de la perception du r\u00e9el. Il semblerait qu\u2019il se voit lui-m\u00eame dans le visage de sa m\u00e8re, mais avec une torsion. Bacon, regardant les visages, semblerait \u00ab&nbsp;douloureusement chercher \u00e0 \u00eatre vu, ce qui est \u00e0 la base du regard cr\u00e9atif&nbsp;\u00bb, une mani\u00e8re de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand je regarde, on me voit, donc j\u2019existe&nbsp;\u00bb. Que chercherait Bacon et, comme lui, les artistes sinon le regard bienveillant du public\/m\u00e8re qui, jusque-l\u00e0 lui a fait d\u00e9faut&nbsp;? La m\u00e8re suffisamment bonne vers laquelle il tourne le regard et dans le regard de laquelle il esp\u00e8re retrouver sa propre image&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Or, n\u2019oublions pas que le public est d\u2019abord celui du monde interne du cr\u00e9ateur, peupl\u00e9 d\u2019objets du pass\u00e9, qu\u2019ils soient hostiles ou b\u00e9n\u00e9fiques. Il en r\u00e9sulte une bataille avec ce monde interne avant que le travail ne soit achev\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 comme valant la peine d\u2019\u00eatre expos\u00e9. Selon Modell&nbsp;: \u00ab&nbsp;le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre connu et compris est contrebalanc\u00e9 par la peur d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert et contr\u00f4l\u00e9&nbsp;\u00bb. Le blocage chez le cr\u00e9ateur est li\u00e9 \u00e0 la nature des fantaisies que ce dernier projette sur le monde ext\u00e9rieur selon qu\u2019il est per\u00e7u comme bienveillant et ouvert, ou bien critique, rejetant et pers\u00e9cuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne Vincent, il dit bien que pour pouvoir peindre, il doit \u00eatre s\u00fbr que ses toiles ne seront pas vues, du moins pendant qu\u2019il y travaille. S\u2019il pense \u00e0 quelqu\u2019un en peignant, il le vit comme une intrusion et ne peut plus cr\u00e9er. Ce regard qui se poserait sur lui serait comme une r\u00e9p\u00e9tition inconsciente des sch\u00e9mas familiaux du pass\u00e9, \u00e0 savoir un regard absent, vide, d\u00e9narcissisant et de ce fait m\u00eame entra\u00eenant une grande souffrance, la douleur de ne pas \u00eatre vu, de n\u2019\u00eatre personne\u2026 Mais le fait d\u2019exposer ses travaux est aussi li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019exhiber son corps ou de se masturber en public, ce qui souligne bien les d\u00e9faillances et les perforations du Moi-peau, incapable de lui procurer cette contenance qui le prot\u00e8gerait du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura d\u2019ailleurs fallu de longues ann\u00e9es de cheminement analytique, de soubresauts transf\u00e9rentiels pour que Vincent arrive \u00e0 accepter l\u2019id\u00e9e d\u2019exposer. Exposer ses toiles&nbsp;; ce qui n\u2019\u00e9quivaut \u00e9videmment pas \u00e0 s\u2019exposer soi-m\u00eame, ni \u00e0 se mettre \u00e0 nu, ni \u00e0 vivre le viol, l\u2019intrusion, qui jusque-l\u00e0 accompagnait l\u2019id\u00e9e d\u2019affronter tout regard se posant sur ses toiles. Nous supposons que la cure, doubl\u00e9e de l\u2019activit\u00e9 artistique lui auraient permis, de tisser sa peau, de reconstituer ce Moi-peau jusque-l\u00e0 trou\u00e9, perfor\u00e9, inconsistant et d\u00e9faillant.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Vincent, tout comme chez ces cr\u00e9ateurs quels qu\u2019ils soient, psychotiques, pervers ou psychopathes, le pan de la personnalit\u00e9 qui leur permet de cr\u00e9er est pr\u00e9cis\u00e9ment toujours cette partie saine.<sup>30,31<\/sup><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 \u2013 Art et folie, La folie&nbsp;: entrave ou moteur de la cr\u00e9ation&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger quant \u00e0 l\u2019art. Par quoi est-il sous-tendu&nbsp;? Quels sont les rapports existant entre l\u2019art et la folie&nbsp;? Selon Artaud, \u00ab&nbsp;Il y a dans tout d\u00e9ment un g\u00e9nie incompris dont l\u2019id\u00e9e qui luisait dans sa t\u00eate fit peur, et qui n\u2019a pu trouver que dans le d\u00e9lire une issue aux \u00e9tranglements que lui avait pr\u00e9par\u00e9s la vie&nbsp;\u00bb<sup>32<\/sup>. Dans cette lutte contre soi-m\u00eame, contre ses propres d\u00e9mons, l\u2019art pourrait-il constituer un barrage contre la folie? Cr\u00e9er pour ne pas d\u00e9lirer, pour ne pas sombrer&nbsp;? Ecrire, peindre, sculpter ou modeler pour sortir en fait de l\u2019enfer, comme le dit si bien Artaud&nbsp;? Pouvons-nous ainsi supposer que la folie serait le moteur m\u00eame de la cr\u00e9ation&nbsp;? La repr\u00e9sentation d\u2019un monde diff\u00e9rent constituant une r\u00e9ponse \u00e0 une angoisse de d\u00e9sordre et de d\u00e9shumanisation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En 1947, Antonin Artaud est dans un \u00e9tat psychotique impressionnant. Mais \u00ab\u00a0sa d\u00e9sorganisation s\u2019att\u00e9nue lorsqu\u2019il rencontre Van Gogh \u00e0 travers ses tableaux, ainsi que ses \u00e9crits qui lui sont lus (\u2026). Sa pens\u00e9e, envahie par le d\u00e9lire, se reconstitue dans le contact avec l\u2019\u0153uvre d\u2019un homme qu\u2019il pressent comme son semblable. Dans son commerce avec Van Gogh, il tutoie son double, se reconna\u00eet en lui, per\u00e7oit sa souffrance constante, pareille \u00e0 la sienne et les chants d\u2019orgue qu\u2019il en tire\u00a0\u00bb<sup>33<\/sup>. En fait, Artaud ne s\u2019y trompe pas\u00a0: ils ont tous deux d\u00e9lir\u00e9. Th\u00e9o dira dans ses lettres en parlant de son fr\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est lamentable qu\u2019il soit son propre ennemi\u00a0\u00bb<sup>34<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, \u00ab&nbsp;la passion de Van Gogh pour la peinture, pour son travail, pour ses outils, pour sa technique, pour l\u2019attention extr\u00eame qu\u2019il porte \u00e0 chaque composition, lui permet de rester malgr\u00e9 tout organis\u00e9 et de ne pas sombrer dans une discordance compl\u00e8te comme celle qui mine Artaud jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il commence \u00e0 dessiner et se remette \u00e0 \u00e9crire&nbsp;\u00bb<sup>35<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Son g\u00e9nie ne s\u2019est \u00e9vanoui qu\u2019\u00e0 la fin de sa vie lorsqu\u2019il fut la proie du d\u00e9lire. Peut-on toutefois avancer que la pathologie n\u2019expliquerait en rien les toiles de Van Gogh&nbsp;? Sa folie n\u2019\u00e9tant qu\u2019un drame d\u2019ordre priv\u00e9, venant entraver sa cr\u00e9ativit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Andr\u00e9<sup>36<\/sup> souligne que Van Gogh, le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, est l\u2019exemple bouleversant de l\u2019intrication cr\u00e9ation\/destruction et pose la question de savoir si son suicide interrompt brutalement l\u2019\u0153uvre ou s\u2019il vient signifier qu\u2019elle est termin\u00e9e, qu\u2019elle ne peut pas aller plus loin&nbsp;? Nul sans doute mieux qu\u2019Artaud n\u2019a per\u00e7u \u00ab&nbsp;ce th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9 qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la trag\u00e9die de Vincent, ses efforts de Sisyphe, ses affres, ses douleurs, sa solitude\u2026\u00bb<sup>37<\/sup>. Il a bien per\u00e7u son combat, semblable au sien, pour chercher \u00ab&nbsp;son moi humain&nbsp;\u00bb, c\u2019est contre lui-m\u00eame que Van Gogh se bat, contre ce pire ennemi qu\u2019il porte en lui et qu\u2019il scrute dans ses autoportraits. La r\u00e9volte contre la d\u00e9personnalisation qui le mena\u00e7ait continuellement est patente et interpelle Artaud. En 1925, ce dernier avait prof\u00e9r\u00e9 pour lui-m\u00eame le sens qu\u2019il aurait pu donner au suicide de Van Gogh&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si je me tue, ce ne sera pas pour me d\u00e9truire, mais pour me reconstituer, le suicide ne sera pour moi qu\u2019un moyen de me reconqu\u00e9rir violemment, de faire brutalement irruption dans mon \u00eatre, de devancer l\u2019avanc\u00e9e incertaine de Dieu&nbsp;\u00bb<sup>38<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Foucault, il y a partage entre une conscience critique, o\u00f9 la folie devient maladie, et une conscience tragique o\u00f9 elle ouvre sur la cr\u00e9ation, comme chez Goya, Van Gogh ou Artaud<sup>39<\/sup>. Ce serait l\u2019impossibilit\u00e9 de cr\u00e9er, de mettre en repr\u00e9sentation sa propre folie qui m\u00e8nerait au d\u00e9lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, mais alors pourquoi avoir peur de la folie, pourquoi ne pas en faire l\u2019apologie, en chanter les louanges&nbsp;? Evidemment, tant que l\u2019artiste arrive \u00e0 y puiser pour la mettre en mots, en sc\u00e8ne, tant qu\u2019il arrive \u00e0 se la repr\u00e9senter et \u00e0 la contenir. Pourquoi la diaboliser, la m\u00e9dicaliser&nbsp;? Artaud le dit si bien&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Je dis que la folie est un coup mont\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>et que sans la m\u00e9decine elle n\u2019aurait pas exist\u00e9<\/em><sup>40<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 \u2013 Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Philippe Jeammet fut amen\u00e9 \u00e0 suivre durant de longues ann\u00e9es un patient schizophr\u00e8ne ayant t\u00e9moign\u00e9 de son exp\u00e9rience de la psychose dans un ouvrage publi\u00e9 en 2013, intitul\u00e9 <em>Dialogue avec moi-m\u00eame, un schizophr\u00e8ne t\u00e9moigne<\/em>. Il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si votre objectif est l\u2019exaltation de vous seul, l\u2019\u00e9criture peut rapidement vous faire sombrer dans une sorte d\u2019autisme intellectuel. Ce qui est th\u00e9rapeutique, c\u2019est justement le plaisir de l\u2019\u00e9change qui permet de ne pas renoncer au d\u00e9sir de l\u2019homme le plus fort et le plus pur qui est l\u2019esp\u00e9rance d\u2019\u00eatre aim\u00e9 intens\u00e9ment par le plus grand nombre&nbsp;\u00bb<sup>41<\/sup>. Et qu\u2019est-ce qui pourrait r\u00e9aliser ceci mieux que l\u2019activit\u00e9 artistique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art peut, d\u2019une part, trouver sa fonction dans son pouvoir d\u2019effacement du traumatique -transformer la \u00ab&nbsp;blessure&nbsp;\u00bb en parodie d\u2019\u00ab&nbsp;invuln\u00e9rabilit\u00e9&nbsp;\u00bb- et, d\u2019autre part, se servir de cet effacement pour, derri\u00e8re l\u2019apparente narcose que procure la strat\u00e9gie esth\u00e9tique, faire r\u00e9affleurer des souvenirs qui restent toutefois inaccessibles. L\u2019art aurait donc un pouvoir analogue \u00e0 celui de la cicatrice qui peut \u00eatre palp\u00e9e en d\u00e9pit de l\u2019impossibilit\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne le souvenir qui lui correspond. \u00ab&nbsp;Dans la mesure o\u00f9 il est porteur d\u2019une double efficacit\u00e9 &#8211; anesth\u00e9sier les plus profondes blessures et, en m\u00eame temps, les r\u00e9veiller -l\u2019art est capable de jouer avec ce qui est marqu\u00e9 d\u2019une particuli\u00e8re violence&nbsp;\u00bb<sup>42<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud a parl\u00e9 du \u00ab&nbsp;bistouri psychanalytique&nbsp;\u00bb&nbsp;: gratter la surface et \u00f4ter le voile pour se confronter au difficilement assimilable. N\u2019est-ce pas aussi l\u2019apanage de l\u2019art&nbsp;? La sublimation \u00e9tant l\u2019occasion, pour l\u2019infantile, le sexuel infantile, de se m\u00ealer de ce qui ne le regarde pas, d\u2019investir des domaines que personne ne songerait \u00e0 d\u00e9finir comme \u00ab\u00a0sexuels\u00a0\u00bb\u00bb<sup>43<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art s\u2019adresse \u00e0 des facult\u00e9s de l\u2019esprit p\u00e9rilleuses, pas seulement chez ses spectateurs, mais d\u2019abord chez son cr\u00e9ateur. Joyce Mc Dougall le dit&nbsp;: \u00ab\u00a0Il y a du danger \u00e0 cr\u00e9er\u2026\u00a0\u00bb. L\u2019artiste pourrait, dans le r\u00e9el de sa cr\u00e9ation, s\u2019en trouver pour le moins mis en d\u00e9sordre, sinon en tourment&nbsp;: comme s\u2019il \u00e9tait soudain \u00e9branl\u00e9 par la d\u00e9tonation du mur du son qu\u2019il avait franchi un peu plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Salvateur, th\u00e9rapeutique l\u2019art\u00a0? Tr\u00e8s probablement\u00a0! Mais le processus cr\u00e9ateur ne pourrait-il pas aussi, paradoxalement, de par le chaos interne qu\u2019il enclenche, de par la violence qu\u2019il comporte, donner lieu lui-m\u00eame \u00e0 des d\u00e9sordres, des d\u00e9compensations majeurs\u00a0? Faudra-il pour autant l\u2019appr\u00e9hender, le craindre, le bannir\u00a0?\u2026.<sup>44<\/sup><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Vitruve, <em>De l\u2019architecture<\/em>, I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C.L\u2019homme de Vitruve est le nom commun\u00e9ment donn\u00e9 au dessin (intitul\u00e9 \u00c9tude des proportions du corps humain selon Vitruve) r\u00e9alis\u00e9 par L\u00e9onard de Vinci aux alentours de 1492.<\/li><li>Van Gogh\/Artaud, <em>Le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Paris, Mus\u00e9e D\u2019Orsay, 2014, page 68.<\/li><li><em>Ibid<\/em>, page 75.<\/li><li>Dolto F. (1984), <em>L\u2019image inconsciente du corps<\/em>, Paris, Editions du Seuil, 376 p.<\/li><li>Lacan J., \u00ab\u00a0Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je\u00a0\u00bb (1949), in <em>Ecrits<\/em>, Editions du Seuil, 1966, 289 pages.<\/li><li>Winnicott D.W. (1967), \u00ab\u00a0Le r\u00f4le de miroir de la m\u00e8re et de la famille dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant\u00a0\u00bb. <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, n\u00b010, automne 1974, p. 79-86.<\/li><li>Laplanche J. et Pontalis J.-B. (1967), <em>Vocabulaire de Psychanalyse<\/em>, Paris, P.U.F., page 267.<\/li><li>Haynal A., in, <em>Le narcissisme, l\u2019amour de soi<\/em>. Editions Sand, Tchou, 1985, 319 pages, page 13.<\/li><li>Green A. (1983), <em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>, Les \u00e9ditions de minuit, 2007, 318 pages.<\/li><li>Green A. (1980), \u00ab\u00a0La m\u00e8re morte\u00a0\u00bb, in <em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>. Paris, Les \u00e9ditions de minuit, 1983, 2007, 318 pages.<\/li><li>Anzieu D., <em>Le Moi-peau<\/em>, Paris, Dunod, Collection Psychismes, 1985, 235 pages, page 32.<\/li><li>Cit\u00e9 in Artaud A. (1974, 2001), <em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, op.cit., page 15. Expression introduite par Artaud pour d\u00e9signer la souffrance d\u2019exister.<\/li><li>Artaud (1896-1948) est un po\u00e8te, \u00e9crivain, acteur, dessinateur fran\u00e7ais dont chaque activit\u00e9 a constitu\u00e9 selon ses termes \u00ab\u00a0un moyen pour atteindre un peu de la r\u00e9alit\u00e9 qui le fuit\u00a0\u00bb. Il fut intern\u00e9 en asile psychiatrique pendant pr\u00e8s de neuf ans, subissant de fr\u00e9quentes s\u00e9ries d\u2019\u00e9lectrochocs.<\/li><li>Artaud A., <em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>ibid<\/em>, p. 16.<\/li><li><em>Ibid<\/em>, p. 17.<\/li><li>Deleuze J., \u00ab\u00a0Le Corps sans organes ou la figure de Bacon\u00a0\u00bb in <em>Francis Bacon, logique de la sensation<\/em>, pp. 47-52.<\/li><li><em>Ibid<\/em>.<\/li><li>Allet N. \u00ab\u00a0Les dessins cruels d\u2019Antonin Artaud: rythmes et traces\u00a0\u00bb, in Van Gogh\/Artaud, <em>Le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris, Mus\u00e9e D\u2019Orsay, 2014, page 64.<\/li><li><em>Ibid<\/em>, page 65.<\/li><li><em>Ibid<\/em>, page 68.<\/li><li>Du grec toucher, le terme haptique est employ\u00e9 au XIX<sup>\u00e8<\/sup> si\u00e8cle par l\u2019historien de l\u2019art Riegl et repris par Gilles Deleuze dans <em>Francis Bacon, Logique de la sensation<\/em>, pour d\u00e9signer une facult\u00e9 de toucher ses spectateurs par sa r\u00e9pr\u00e9sentation du visuel. Autrement dit, on dirait que notre \u0153il toucherait nos sens, on ne sait plus si on touche ou si on voit\u2026<\/li><li>Peintre britannique, n\u00e9 en 1909 et d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1992, ayant pour th\u00e8mes de pr\u00e9dilection la violence, la cruaut\u00e9 et la trag\u00e9die d\u2019o\u00f9 ses dires\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux\u00a0\u00bb.<\/li><li>Gavard-Perret J.P. Francis Bacon: en avoir ou pas <a href=\"http:\/\/www.arts-up.info\/JPGP\/JPGP_Bacon_Francis.htm#xd_co_f=NGM3Zjg0NzAtZmY4MS00MjA0LWFiNmQtYzY5MDNlMzU2M2Ez~\">http:\/\/www.arts-up.info\/JPGP\/JPGP_Bacon_Francis.htm<\/a><\/li><li>Artaud A. (1974, 2001), <em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, op.cit., page 60.<\/li><li>Alain Casse <a href=\"http:\/\/www.psychanalysemagazine.com\/psycho-psychanalyse-peintre-le-genie-de-francis-bacon-personnalite-francis-bacon-artiste-peintre-artcontemporain.html\">http:\/\/www.psychanalysemagazine.com\/psycho-psychanalyse-peintre-le-genie-de-francis-bacon-personnalite-francis-bacon-artiste-peintre-artcontemporain.html<\/a><\/li><li> Ibid.<\/li><li>De M\u2019Uzan M., \u00ab\u00a0L\u2019enfer de la cr\u00e9ativit\u00e9\u00a0\u00bb, in Mc Dougall et al., <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, op. cit., 158 pages.<\/li><li>De M\u2019Uzan, ibid.<\/li><li>Mc Dougall, \u00ab\u00a0L\u2019artiste et le psychanalyste\u00a0\u00bb, in Mc Dougall et al., <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, op.cit, page 32.<\/li><li>Winnicott (1967), \u00ab\u00a0Le r\u00f4le de miroir de la m\u00e8re et de la famille dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant\u00a0\u00bb. <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, n\u00b010, cit\u00e9 in N<em>arcissisme l\u2019amour de soi.<\/em> Editions Sand, Tchou, 1985, 319 pages, page 194.<\/li><li>Cit\u00e9 in Mc Dougall, <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, op.cit, page 18.<\/li><li>Artaud A. (1974, 2001), <em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, op.cit., page 51.<\/li><li>Denis Paul \u00ab\u00a0D\u2019une folie \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb, p34, in <em>Van Gogh\/Artaud, Le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris, Mus\u00e9e d\u2019Orsay, 2014.<\/li><li>Letters from Theo Van Gogh to his family, <a href=\"http:\/\/www.vangoghletters.org\/\">www.vangoghletters.org<\/a><\/li><li>Denis P., <em>D\u2019une folie \u00e0 l\u2019autre<\/em>, p.41, op.cit.<\/li><li>Andr\u00e9 J., <em>L\u2019enfant de l\u2019amour<\/em>, op.cit., page 154.<\/li><li><em>Ibid<\/em>.<\/li><li>Denis P., \u00ab\u00a0D\u2019une folie \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb, in <em>Van Gogh\/ Artaud, Le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, op.cit., page 43.<\/li><li>Foucault M. (1972), <em>L\u2019histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>. Paris, Gallimard, 688 pages.<\/li><li>Artaud A. (1974, 2001), <em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, op.cit, p. 13.<\/li><li>Tonka P. (2013), <em>Dialogue avec moi-m\u00eame, un schizophr\u00e8ne t\u00e9moigne<\/em>. O. Jacob, 227 pages, p.226.<\/li><li>Schneider, \u00ab\u00a0Freud et le combat avec l\u2019artiste\u00a0\u00bb, in Mc Dougall, <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, op.cit.<\/li><li>Andr\u00e9 J., \u00ab\u00a0L\u2019enfant de l\u2019amour\u00a0\u00bb, in Mc Dougall et al., <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, op.cit., page 154.<\/li><li>Porret Ph., \u00ab\u00a0L\u2019artiste h\u00e8le le psychanalyste, l\u2019artiste aile la psychanalyse\u00a0\u00bb, in Mc Dougall et al., <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, op.cit, page 122.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Jacques (2012), sous la direction, <em>L\u2019\u00e9nigme du masochisme<\/em>, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Jacques (2002-2005), sous la direction, <em>Transfert et \u00e9tats-limites<\/em>. Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Jacques et Chabert Catherine (1999), <em>Les \u00e9tats de d\u00e9tresse.<\/em> Paris, PUF, 84 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Anzieu Didier (1985), <em>Le Moi-Peau<\/em>,Dunod, 235 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Anzieu Didier et Chabert Catherine (2007), <em>Psychanalyse des limites<\/em>. Paris, Dunod, 298 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Artaud Antonin (1974, 2001), <em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris, Gallimard, 94 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Bergeret J. et Reid W. (2003), <em>Narcissisme et \u00e9tats limites<\/em>. Paris, Dunod, 246 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Bokanowski Thierry (2004), \u00ab&nbsp;Souffrance, destructivit\u00e9, processus&nbsp;\u00bb, Rapport du 64<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s des Psychanalystes de Langue Fran\u00e7aise, Revue fran\u00e7aise de Psychanalyse, 68, 5, N\u00b0 Sp\u00e9cial Congr\u00e8s, p.1407-1479.<\/p>\n\n\n\n<p>Bokanowski Thierry (2005), <em>Des transferts n\u00e9gatifs \u00e0 la r\u00e9action th\u00e9rapeutique negative<\/em>, in \u00ab&nbsp;Introduction \u00e0 la psychanalyse de l\u2019adulte&nbsp;\u00bb, Vulpian.<\/p>\n\n\n\n<p>Collectif, <em>Le narcissisme, l\u2019amour de soi<\/em>. Editions Sand, Tchou, 1985, 319 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Cournut J. (2000), \u00ab\u00a0Le transfert n\u00e9gatif. Acceptations diverses plus ou moins pessimistes\u00a0\u00bb, Revue fran\u00e7aise de Psychanalyse, 64, 2, p.361-365.<\/p>\n\n\n\n<p>Deleuze Jean (2002), \u00ab&nbsp;Le Corps sans Organes ou la Figure de Bacon&nbsp;\u00bb in <em>Francis Bacon, logique de la sensation<\/em>, Paris, Edititons du Seuil, pp. 47-52.<\/p>\n\n\n\n<p>Dolto Fran\u00e7oise (1984), <em>L\u2019image inconsciente du corps<\/em>. Paris, Editions du Seuil, 376 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Foucault Michel (1972), <em>L\u2019histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>. Paris, Gallimard, 688 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1905), <em>La vie sexuelle<\/em>, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferenczi Sandor (1974-2012), <em>R\u00e9flexions sur le masochisme<\/em>. Paris, Petite Biblioth\u00e8que Payot, 108 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1912), \u00ab&nbsp;La dynamique du transfert&nbsp;\u00bb, in De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1953.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1915), <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>. Paris, Gallimard, 185 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1914, 1969), <em>Pour introduire le narcissisme<\/em>. Paris, PUF, pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1920), \u00ab&nbsp;Au-del\u00e0 du principe de plaisir&nbsp;\u00bb, in <em>Essais de psychanalyse<\/em>. Paris, Payot, 1970 in <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, PUF, 1996, vol XVI, p. 273-338.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1924), \u00ab&nbsp;Le probl\u00e8me \u00e9conomique du masochisme&nbsp;\u00bb, in <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 1928, 2, p. 211-223.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1937), \u00ab&nbsp;Analyse finie, analyse infinie&nbsp;\u00bb, in <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, vol XX, 44 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud Sigmund (1940), <em>N\u00e9vrose, psychose et perversion<\/em>. Paris, Gallimard, 300 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Green Andr\u00e9 (1983), <em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>. Les \u00e9ditions de minuit, 2007, 318 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Green Andr\u00e9 (1990), <em>La folie priv\u00e9e<\/em>, Gallimard, 494 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Grunberger B. et Chasseguet-Smirgel (1985), <em>Le narcissisme<\/em>. Paris, Les grandes d\u00e9couvertes de la psychanalyse, Tchou, 315 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Guillaumin Jean (2000), <em>L\u2019invention de la pulsion de mort<\/em>. Paris, Dunod, 200 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan Jacques, \u00ab&nbsp;Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je&nbsp;\u00bb (1949), in <em>Ecrits<\/em>, Editions du Seuil, 1966, 289 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Mc Dougall Joyce (1978), <em>Plaidoyer pour une certaine anormalit\u00e9<\/em>. Paris, Gallimard, 222 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Mc Dougall Joyce (1989), <em>Les th\u00e9\u00e2tres du corps<\/em>, Paris, Gallimard, 220 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Mc Dougall JoyceJ. et al (2008), <em>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/em>, Paris, PUF, 158 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Minkowska Fran\u00e7oise (2007), <em>Van Gogh, sa vie, sa maladie et son \u0153uvre<\/em>. Paris, L\u2019Harmattan, 76 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Pontalis J.-B. (1988), \u00ab&nbsp;Ce transfert que l\u2019on appelle n\u00e9gatif&nbsp;\u00bb, Perdre de vue, Paris, Gallimard, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>Potamianou Anna (1992), <em>Un bouclier dans l\u2019\u00e9conomie des \u00e9tats limites<\/em>. Paris, PUF, 155 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Rosenberg Benno (1988), \u00ab&nbsp;Pulsion de mort, n\u00e9gation et travail psychique&nbsp;: ou la pulsion de mort au service de la d\u00e9fense contre la pulsion de mort&nbsp;\u00bb, in Guillaumin J. et Gagnebin M. (sous la direction de), <em>Pouvoirs du n\u00e9gatif dans la psychanalyse et la culture<\/em>, Seyssel, Champ-Vallon.<\/p>\n\n\n\n<p>Rosenberg Benno (1991), <em>Masochisme mortif\u00e8re et masochisme de la vie<\/em>. Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Rosenberg Benno, \u00ab&nbsp;Le moi et son angoisse&nbsp;\u00bb, in <em>Monographies de la Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Searles Harold (1979, 1981), <em>Le contre-transfert<\/em>. Paris, Gallimard, 326 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Tonka Polo (2013), <em>Dialogue avec moi-m\u00eame, un schizophr\u00e8ne t\u00e9moigne<\/em>. Paris, Odile Jacob, 227 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Vitruve, <em>De l\u2019architecture<\/em>, Ier si\u00e8cle av. J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D.W. (1958, 1969), <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>. Paris, Payot, 464 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D.W.(1967), \u00ab&nbsp;Le r\u00f4le de miroir de la m\u00e8re et de la famille dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant&nbsp;\u00bb. <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, n\u00b010, automne 1974, p. 79-86.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10743?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Nul n\u2019a jamais \u00e9crit ou peint, sculpt\u00e9, model\u00e9, construit, invent\u00e9, que pour sortir en fait de l\u2019enfer\u00a0\u00bb. 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