{"id":10742,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/limpact-des-situations-de-violence-chez-les-educateurs-en-maison-denfants-a-caractere-social-une-souffrance-indicible-2\/"},"modified":"2021-09-15T09:17:49","modified_gmt":"2021-09-15T07:17:49","slug":"limpact-des-situations-de-violence-chez-les-educateurs-en-maison-denfants-a-caractere-social-une-souffrance-indicible","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/limpact-des-situations-de-violence-chez-les-educateurs-en-maison-denfants-a-caractere-social-une-souffrance-indicible\/","title":{"rendered":"L\u2019impact des situations de violence chez les \u00e9ducateurs en Maison d\u2019Enfants \u00e0 Caract\u00e8re Social : une souffrance indicible"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 un \u00e9tat r\u00e9current de plaintes d\u2019\u00e9ducateurs, \u00e0 des plaintes insolubles, incessantes, \u00e0 de multiples arr\u00eats maladies nous, directeur d\u2019une MECS et psychologue clinicienne avons conduit un travail de recherche afin d\u2019interroger le v\u00e9cu \u00e9motionnel des \u00e9ducateurs et ses impasses dans le travail d\u2019accompagnement des adolescents accueillis.<\/p>\n\n\n\n<p>Que vivent ces professionnels dans la relation \u00e0 ces adolescents qui les conduisent \u00e0 des ratages relationnels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, \u00e0 la mise en place de d\u00e9fenses drastiques allant de la r\u00e9it\u00e9ration de sc\u00e8nes de violence jusqu\u2019\u00e0 une d\u00e9sertion de la vie psychique des sujets qui leur sont confi\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quels processus agissent pour maintenir un climat de bouillonnement incessant, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9saccordage relationnel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Que pouvons-nous entendre pour apaiser, contenir et transformer la nature des \u00e9changes intersubjectifs qui se d\u00e9ploient sur la sc\u00e8ne institutionnelle et qui figent les processus de pens\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 La MECS, un th\u00e9\u00e2tre de violence banale<\/h2>\n\n\n\n<p>Vivre au quotidien avec des adolescents en souffrance conduit l\u2019ensemble des professionnels de la MECS \u00e0 un \u00e9tat d\u2019intranquillit\u00e9, \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une paix durable. Lorsque des situations de violence s\u2019y d\u00e9ploient, des v\u00e9cus d\u2019incompr\u00e9hension et d\u2019angoisse fusent provoquant des effets collat\u00e9raux, qui irradient les diff\u00e9rentes strates de l\u2019institution en maintenant active une excitation quasi permanente ou la lourdeur d\u2019une ambiance trop silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>La propagation d\u2019un acte de violence, telle une onde de choc conduit \u00e0 une impasse de traitement des affres de cette violence dans l\u2019ici et maintenant et s\u2019impose en&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>un acte de contrainte douloureusement ressenti visant \u00e0 agir sur quelqu\u2019un ou le faire agir contre sa volont\u00e9, en employant la force ou l\u2019intimidation<\/em>&nbsp;\u00bb (Raoult, 2016). La violence agit sur l\u2019autre comme une n\u00e9gation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Elle se sert de l\u2019autre pour le contraindre. La violence, en tant que processus psychique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>qui concerne par essence et en premier lieu, celui qui nomme la violence, et, potentiellement, celui \u00e0 qui il s\u2019adresse<\/em>&nbsp;\u00bb (Henri, 2016), g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9ferlante qui tend \u00e0 se r\u00e9pandre, \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser par contagion et identification tant du point de vue des adolescents engag\u00e9s dans un \u00e9change relationnel ou t\u00e9moins de sc\u00e8nes de violence, que du point de vue des professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exemple de Nadia en t\u00e9moigne.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Jeudi&nbsp;: Nadia<\/em><sup>1<\/sup> <em>ne souhaite toujours pas se lever. Il faudra presque deux heures \u00e0 l\u2019\u00e9ducatrice et la ma\u00eetresse de maison pour arriver \u00e0 la faire sortir de la villa. Nadia a beaucoup hurl\u00e9 durant ce laps de temps, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pleurer de col\u00e8re. Les insultes ont fus\u00e9 \u00e0 coup de \u00ab&nbsp;nique ta race&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;je vais niquer ta m\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;va te faire foutre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;connasse&nbsp;\u00bb \u2026, puis les menaces ont suivi \u00ab&nbsp;tu vas voir toi, ce qui va t\u2019arriver&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tu as cru que j\u2019\u00e9tais ta chienne&nbsp;? Ne m\u2019approche pas ou je te bute&nbsp;\u00bb. Face au calme de l\u2019\u00e9ducatrice et parce qu\u2019elle a continu\u00e9 \u00e0 tenir bon face \u00e0 Nadia, cette derni\u00e8re qui ne voulait pas quitter sa chambre, a menac\u00e9 de br\u00fbler celle-ci. Elle a donc tent\u00e9 de mettre le feu \u00e0 son drap avec son briquet. Puis, comme le r\u00e9sultat n\u2019\u00e9tait pas concluant, elle a vid\u00e9 une bonne partie de sa laque pour cheveux sur l\u2019\u00e9ducatrice, tout en jouant avec son briquet, l\u2019a menac\u00e9e de l\u2019asperger de shampoing, a d\u00e9grad\u00e9 ses meubles en coloriant dessus puis, en dernier recours, s\u2019est mise \u00e0 lancer son ballon de handball de mani\u00e8re \u00e9nergique dans la chambre, cassant bon nombre de choses au passage<\/em><sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cet incident s\u2019est r\u00e9pandu comme une tra\u00een\u00e9e de poudre provoquant un vent de panique. Les adolescents, les professionnels de la MECS, tous relatent les faits, les amplifient, les d\u00e9forment, s\u2019en nourrissent pour les r\u00e9-interpr\u00e9ter selon les identifications, les repr\u00e9sentations, les alliances et les affects mobilis\u00e9s. Malgr\u00e9 les espaces d\u2019\u00e9laboration institutionnelle, l\u2019\u00e9v\u00e9nement peut difficilement \u00eatre repris \u00e0 froid pour \u00eatre \u00e9labor\u00e9. Le travail de pens\u00e9e achoppe, fait injure \u00e0 la quantit\u00e9 et \u00e0 la nature des affects mobilis\u00e9s. Les professionnels semblent ne pas pouvoir entendre l\u2019expression de la souffrance adolescente car eux-m\u00eames ont \u00e9t\u00e9 irradi\u00e9s par la survenue d\u2019un tsunami \u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019instar de cette situation, ces sc\u00e8nes du quotidien sont fr\u00e9quentes, elles agitent, attractent des v\u00e9cus anxiog\u00e8nes, r\u00e9animent d\u2019anciens v\u00e9cus traumatiques qui ne peuvent ni \u00eatre entendus, ni \u00eatre pris en compte par les professionnels eux-m\u00eames absorb\u00e9s par les \u00e9clats de ces r\u00e9surgences.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous (qu\u2019ils s\u2019agissent de travailleurs sociaux, de cadres de direction et de psychologues), se retrouvent \u00e0 d\u00e9velopper des strat\u00e9gies de survie, allant jusqu\u2019\u00e0 \u00e9lire un g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019excitation, \u00ab&nbsp;<em>un fauteur de trouble<\/em>&nbsp;\u00bb, (Potamianou, 2001) pour l\u2019exclure, r\u00e9guler et retrouver un \u00e9tat de calme imminent. Ces professionnels soumis \u00e0 une mont\u00e9e de tension, de pression dues \u00e0 des incidents r\u00e9p\u00e9t\u00e9s se trouvent dans une urgence \u00e0 \u00e9vacuer la source, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 \u00e9jecter l\u2019adolescent \u00ab&nbsp;violent&nbsp;\u00bb afin de r\u00e9tablir le principe d\u2019hom\u00e9ostasie. Cet \u00e9tat d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 conduit \u00e0 une logique d\u00e9fensive de causalit\u00e9, \u00e0 la mise en place de solutions post-traumatiques et non de traitement de la situation par le sens.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Entre d\u00e9fenses et sid\u00e9ration<\/h2>\n\n\n\n<p>Le recours \u00e0 ces solutions post-traumatiques tente d\u2019enfouir la source pathog\u00e8ne car il s\u2019agit de mises en place d\u00e9fensives. Rappelons que sur le plan \u00e9tymologique le terme d\u00e9fense vient du latin <em>defensa<\/em> qui signifie protection, d\u00e9riv\u00e9 de <em>defendere<\/em> qui renvoie \u00e0 d\u00e9fendre, prot\u00e9ger, \u00e9carter, \u00e9loigner, repousser, tenir loin, et traduit l\u2019action de se d\u00e9fendre ou de d\u00e9fendre quelqu\u2019un ou quelque chose contre une attaque, de r\u00e9sister, de (se) prot\u00e9ger. La d\u00e9fense constitue une r\u00e9action face \u00e0 une intrusion, une agression, ainsi qu\u2019une modalit\u00e9 de r\u00e9ponse qui consiste \u00e0 mettre en place des dispositifs de protection ou de riposte, une fa\u00e7on de prot\u00e9ger le sujet de l\u2019excitation d\u00e9clench\u00e9e, en cherchant \u00e0 restaurer un certain \u00e9quilibre, suite \u00e0 un accroissement de tensions. Ainsi, un \u00e9v\u00e9nement (un acte violent), responsable d\u2019une perturbation impliquant chez le Moi du sujet le retour d\u2019affect d\u00e9plaisant, entra\u00eene un recours \u00e0 un syst\u00e8me de d\u00e9fense. La demande \u00e9voqu\u00e9e par les \u00e9ducateurs, concernant une exclusion de l\u2019adolescent violent de la MECS, son renvoi d\u00e9finitif, r\u00e9sulte de la mise en place de m\u00e9canisme de d\u00e9fense drastique, na\u00eet d\u2019une opposition entre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>les excitations externes qu\u2019on peut fuir ou contre lesquelles existe un dispositif de barrage m\u00e9canique qui permet de les filtrer, et les excitations internes, qu\u2019on ne peut pas fuir<\/em>&nbsp;\u00bb (Laplanche et J.B Pontalis,1992). La tentation de r\u00e9duire la quantit\u00e9 d\u2019excitations par l\u2019expulsion traduit l\u2019impasse psychique dans laquelle se trouve le professionnel, lorsqu\u2019il est confront\u00e9 \u00e0 un afflux non r\u00e9gulable d\u2019excitations.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la mise en place de d\u00e9fenses pour prot\u00e9ger leur Moi de retour de v\u00e9cus d\u2019angoisses primitives, l\u2019impact du traumatisme relationnel agit toujours car ces situations de violence provoquent chez les \u00e9ducateurs un \u00e9tat de sid\u00e9ration durable, un \u00e9tat de \u00ab&nbsp;commotion psychique&nbsp;\u00bb, qui souligne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>l\u2019an\u00e9antissement de la capacit\u00e9 de r\u00e9sister, d\u2019agir et de penser en vue de d\u00e9fendre le soi propre<\/em>&nbsp;\u00bb (Ferenczi, 1927). Cet \u00e9tat plonge le professionnel dans une impossibilit\u00e9 de penser et de lier entre elles une perception \u00e0 une repr\u00e9sentation. Il est d\u00e9cal\u00e9 dans ses modalit\u00e9s de r\u00e9ponses aux interactions car&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il y a sid\u00e9ration du sujet devant l\u2019apparition du non-sens. C\u2019est l\u2019instant de suspension du sujet devant l\u2019interruption du sens soutenu par la cha\u00eene signifiante<\/em>&nbsp;\u00bb (Monseny, 2004). Ce v\u00e9cu de sid\u00e9ration illustre la difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019extraire psychiquement de la sc\u00e8ne violente, car lorsqu\u2019un environnement g\u00e9n\u00e8re une excitation inint\u00e9grable, envahissante, le sujet absorbe la sc\u00e8ne dans laquelle il est pris, qu\u2019il soit t\u00e9moin d\u2019une sc\u00e8ne ou impliqu\u00e9 directement. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019absorption provoque \u00ab&nbsp;<em>un effet de collage psychique<\/em>&nbsp;\u00bb (Blanquet, 2011), et t\u00e9moigne de la propagation de l\u2019impact. Ferenczi \u00e9voque le terme de paralysie, en signalant que l\u2019\u00e9tat de sid\u00e9ration peut entra\u00eener&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>une paralysie totale de la motilit\u00e9 qui inclut aussi l\u2019arr\u00eat de la perception, en m\u00eame temps que l\u2019arr\u00eat de la pens\u00e9e. La cons\u00e9quence de cette d\u00e9connexion de la perception est que la personnalit\u00e9 reste sans aucune protection<\/em>&nbsp;\u00bb. La soudainet\u00e9 de cet an\u00e9antissement est&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>source d\u2019un grand d\u00e9plaisir qui ne peut pas \u00eatre surmont\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que le sujet se trouve dans une impasse pour faire advenir \u00e0 lui, en temps r\u00e9el, des \u00e9l\u00e9ments de transformations, \u00e0 savoir des repr\u00e9sentations, permettant de supporter ce d\u00e9plaisir. Autrement dit, la r\u00e9action imm\u00e9diate \u00e0 cet \u00e9tat d\u2019an\u00e9antissement, est la mont\u00e9e d\u2019angoisse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>un sentiment d\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 la situation de d\u00e9plaisir&nbsp;: 1) en soustrayant son soi \u00e0 l\u2019irritation (fuite), 2) en \u00e9liminant l\u2019irritation (an\u00e9antissement de la force ext\u00e9rieure)<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9liminer la source d\u00e9plaisante rejoint une mise \u00e0 distance de cette derni\u00e8re, par une demande d\u2019exclusion en ce qui concerne les \u00e9ducateurs. En effet suite \u00e0 un acte violent auquel les \u00e9ducateurs ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s, tous \u00ab&nbsp;exigent&nbsp;\u00bb la mise \u00e0 distance de l\u2019adolescent violent, comme premi\u00e8re parade afin de faire cesser cette inconfortable incapacit\u00e9 \u00e0 mettre en sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi afin d\u2019ouvrir la r\u00e9flexion du point de vue du traitement de ces sc\u00e8nes de violence, et de sortir d\u2019un fonctionnement r\u00e9p\u00e9titif, en boucle, nous avons fait le choix de pr\u00eater attention \u00e0 la violence des \u00e9changes du point de vue du psychisme des \u00e9ducateurs afin de prendre soin des \u00e9clats de ces violences grav\u00e9es et indicibles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 M\u00e9thodologie&nbsp;: A la rencontre d\u2019\u00e9ducateurs de MECS<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.1 \u2013 Dispositif de recherche<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons pris contact par t\u00e9l\u00e9phone avec les directeurs des MECS de la r\u00e9gion lyonnaise et grenobloise, de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir enqu\u00eater dans une position la plus neutre possible et rencontrer des professionnels qui nous \u00e9taient inconnus. Nous nous sommes appuy\u00e9s sur la m\u00e9thode de recherche en psychologie clinique, qui permet d\u2019\u00e9changer \u00e0 partir des pratiques professionnelles dans le cadre d\u2019entretiens non directifs afin&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>de d\u00e9gager avant tout la singularit\u00e9 et l\u2019unicit\u00e9 d\u2019un discours individuel<\/em>&nbsp;\u00bb (Chouvier, P. Attigui, 2009). Nous avons fait le choix de favoriser la rencontre avec le v\u00e9cu de chaque professionnel, d\u2019offrir un espace potentiel pour accueillir des \u00e9l\u00e9ments qui peuvent relever de l\u2019intime et \u00e9ventuellement r\u00e9activer d\u2019anciennes exp\u00e9riences difficiles, voire d\u2019anciens v\u00e9cus traumatiques. Cette m\u00e9thode d\u2019entretien nous semble la plus appropri\u00e9e pour comprendre ce qui pousse, en interne, le sujet \u00e0 agir d\u2019une certaine fa\u00e7on, car&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>toute situation est appr\u00e9hend\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur, telle que le sujet la vit ou est cens\u00e9 la vivre au-dedans de lui<\/em>&nbsp;\u00bb (Chouvier, P. Attigui, 2009).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dispositif a repos\u00e9 sur deux entretiens pour chaque \u00e9ducateur rencontr\u00e9. Ces entretiens ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s avec l\u2019accord des participants. En d\u00e9but d\u2019entretien, une question de d\u00e9part est \u00e9nonc\u00e9e. Elle a pour fonction d\u2019agir comme un embrayeur. Nous avons pr\u00eat\u00e9 attention au fil associatif suite \u00e0 l\u2019annonce du th\u00e8me que nous cherchions \u00e0 aborder, pour permettre aux \u00e9ducateurs de raconter leurs pratiques professionnelles, le sens qu\u2019ils en donnent et l\u2019impact qu\u2019ont sur eux certains \u00e9v\u00e9nements violents. Au premier entretien, nous donnions la consigne suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Seriez-vous d\u2019accord pour \u00e9voquer un ou des moments de votre vie professionnelle, qui ont \u00e9t\u00e9 difficiles avec les adolescents que vous accompagnez au quotidien<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au deuxi\u00e8me entretien, il s\u2019agissait de commencer par&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Souhaitez-vous revenir sur ce que vous avez \u00e9voqu\u00e9 lors de l\u2019entretien pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, il a nous sembl\u00e9 pertinent d\u2019avoir un espace de reprise, un apr\u00e8s-coup, susceptible d\u2019accompagner ce que le premier entretien a suscit\u00e9 chez les personnes interrog\u00e9es. Si lors de ce premier temps, il est question de revenir sur des \u00e9v\u00e9nements compliqu\u00e9s, qu\u2019il est douloureux de r\u00e9-\u00e9voquer, peut-\u00eatre parce que jusqu\u2019\u00e0 lors non partag\u00e9s avec un tiers ou non mis en mots, nous avons veill\u00e9 aux effets du temps du r\u00e9cit qui ne se limitent pas \u00e0 la dur\u00e9e de l\u2019entretien, mais qui peuvent encore faire trace suite \u00e0 leur expression.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.2 \u2013 A la rencontre des \u00e9ducateurs<\/h3>\n\n\n\n<p>Cinq \u00e9ducateurs ont particip\u00e9 \u00e0 cette recherche. Ils ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7us par l\u2019un d\u2019entre nous, pour les deux entretiens le m\u00eame pour tous. Pour la restitution de certains \u00e9l\u00e9ments des discours, nous indiquons, pour chaque extrait de <em>verbatim<\/em>, \u00e0 quel professionnel il se rapporte, en utilisant les lettres A, B, C, pour les \u00e9ducatrices, et D et E pour les \u00e9ducateurs, suivi du nombre 1 ou 2, en fonction de l\u2019entretien auquel il se r\u00e9f\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les besoins de cet article, nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 seulement des extraits d\u2019entretiens<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 \u2013 Persistance des effets de violence<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.1 \u2013 Un processus de pens\u00e9e interrompu<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons pu rep\u00e9rer dans divers r\u00e9cits la pr\u00e9gnance de la sid\u00e9ration qui se caract\u00e9rise par l\u2019absence de contenance, perte d\u2019\u00e9quilibre, sentiment de perdition, incapacit\u00e9 \u00e0 nommer ce qui se vit\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Madame A(1)<sup>4<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On se sentait attaqu\u00e9, pas en s\u00e9curit\u00e9, pas serein<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur D(1)<sup>5<\/sup>, en r\u00e9ponse \u00e0 un coup re\u00e7u&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) non parce que sur le coup ce n\u2019\u00e9tait vraiment pas \u2026 euh\u2026 comment \u2026 tellement impr\u00e9visible dans la mani\u00e8re dont c\u2019est arriv\u00e9 que il n\u2019y a pas eu de mont\u00e9e, type angoisse qui alimenterait la peur. \u2026 C\u2019est arriv\u00e9 et \u00e7a a tout coup\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, souligne un sentiment de perte de contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur E(1)<sup>6<\/sup> \u00e9voque quant \u00e0 lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>ces ados, qui parfois nous font\u2026 d\u00e9gonder (rire)<\/em>&nbsp;\u00bb. Cet \u00e9tat de fait, cette impression d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9 convoque fr\u00e9quemment le terme de contenance.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur D(2)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pour moi, une situation de violence, c\u2019est une situation o\u00f9\u2026 o\u00f9 les choses d\u00e9bordent\u2026 o\u00f9 on sent qu\u2019il y a de l\u2019\u00e9motionnel qui d\u00e9borde et o\u00f9 il y a ce d\u00e9bordement qui \u00e9chappe \u00e0 toute contenance\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame B(1)<sup>7<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>des probl\u00e9matiques importantes qui venaient sans cesse s\u2019entrechoquer, et qui mettaient vraiment \u00e0 mal le quotidien de chacun, \u2026 et \u00e7a on \u00e9tait vraiment en tr\u00e8s grande difficult\u00e9 pour le r\u00e9sorber, pour le contenir<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le recours \u00e0 des tentatives pour faire face \u00e0 ce d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9motionnel est \u00e9galement \u00e0 souligner.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur E(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019\u00e9tais le seul \u00e0 ce moment-l\u00e0\u2026 \u00e0 ne pas trouver \u2026 de porte de sortie, ou le biais qui me permettrait de me d\u00e9gager \u00e9motionnellement<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, ce sentiment de perdition face \u00e0 ce quelque chose de difficilement identifiable, entra\u00eene les \u00e9ducateurs \u00e0 utiliser un vocabulaire relativement abscons, comme en t\u00e9moigne le r\u00e9cit de Madame C(1)<sup>8<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il n\u2019y avait personne dans la structure, les jeunes \u00e9taient en sortie, et je me suis retrouv\u00e9e, et l\u00e0, confront\u00e9e au truc, forc\u00e9ment, et je savais que lui je ne pouvais pas le ma\u00eetriser physiquement<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le recours au vocable \u00ab&nbsp;truc&nbsp;\u00bb a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par Madame A(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est un accueil dont il m\u2019est souvent arriv\u00e9 de parler, m\u00eame en supervision, parce que c\u2019est un truc que je n\u2019arrivais pas du tout \u00e0 g\u00e9rer, et pourtant \u00e7a faisait un bail que j\u2019\u00e9tais l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Madame B(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c7a nous a vraiment mis \u00e0 mal ces situations, parce qu\u2019en fait, on n\u2019arrivait pas \u00e0 trouver des solutions, on ne voyait pas d\u2019issues \u00e0 ce truc-l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00bb, quant \u00e0 Monsieur E(1) \u00ab&nbsp;<em>\u2026 De pouvoir intervertir aussi, de pouvoir d\u00e9samorcer un truc qui est en train de se passer\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, \u00e0 plusieurs reprises des r\u00e9cits sont venus mettre en lumi\u00e8re une absence de sens ou une perte de sens, de mise en pens\u00e9e. Parlant d\u2019un \u00e9pisode dans lequel elle a \u00e9t\u00e9 victime de violence, Madame B(1) t\u00e9moigne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il m\u2019a cass\u00e9 la gueule (gros rire), je vois pas comment on peut dire autre chose&nbsp;; il m\u2019a tir\u00e9 les cheveux super fort, quelques jours apr\u00e8s en me coiffant, j\u2019avais encore des touffes de cheveux qui partaient, c\u2019\u00e9tait extr\u00eamement violent, je me suis retrouv\u00e9e\u2026 en fait il m\u2019avait coinc\u00e9e contre un mur et il me tirait les cheveux et il me donnait des coups de pieds en m\u00eame temps, et je ne pouvais rien faire, je n\u2019arrivais pas \u00e0 l\u2019attraper, je n\u2019arrivais pas \u00e0 m\u2019extraire \u2026 et c\u2019est un coll\u00e8gue en fait qui est arriv\u00e9, et qui a fait l\u00e2cher le jeune, mais \u00e7a a dur\u00e9 un moment\u2026 euh\u2026. c\u2019\u00e9tait \u2026 difficile,.. parce que ce qui m\u2019a fait peur, c\u2019est ma propre violence en fait, sur ce moment-l\u00e0, parce que je me disais\u2026. D\u00e8s qu\u2019il me l\u00e2che, je l\u2019allume, et \u00e7a, \u00e7a m\u2019a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s compliqu\u00e9 parce que je n\u2019arrivais plus \u00e0 voir en face de moi un jeune que j\u2019accompagnais, j\u2019avais juste envie de lui faire mal en fait<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre \u00e9ducateur, Monsieur E(1) a pu souligner&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Oui, la relation que j\u2019avais avec cette jeune \u00e9tait tellement impactante, qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9, on en perd le fil\u2026. Quand moi, \u00e9motionnellement j\u2019en arrive \u00e0 me dire, si je me l\u00e8ve, je la d\u00e9gomme\u2026.. euh, au fond de moi-m\u00eame, je me rends compte que je ne suis plus\u2026 je ne suis plus sur le registre de la contenance, je suis sur le fil de la violence, et que du coup, je suis sur des trucs tr\u00e8s, tr\u00e8s\u2026 inappropri\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces extraits viennent t\u00e9moigner de la difficult\u00e9 \u00e0 continuer \u00e0 rester soi-m\u00eame et \u00e0 ne pas \u00eatre impact\u00e9 par la sc\u00e8ne \u00e0 laquelle les \u00e9ducateurs peuvent \u00eatre confront\u00e9s, parfois de mani\u00e8re passive. Il s\u2019agit bien d\u2019un moment particulier o\u00f9 la capacit\u00e9 de penser des protagonistes est paralys\u00e9e, fait d\u00e9faut, seul peut rester l\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame A (2)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Sur l\u2019instant T, on ne r\u00e9fl\u00e9chit pas. On r\u00e9agit avec ce qui nous arrive dans la t\u00eate, ce qui nous vient \u00e0 l\u2019esprit. On pense,.. on ne se dit pas, ah ce que c\u2019est bien ce que je fais. En tout cas, moi, sur le moment, c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai r\u00e9agi, en tout cas, c\u2019est comme \u00e7a que je l\u2019ai expliqu\u00e9. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9flexe\u2026 mais par r\u00e9flexe, on ne r\u00e9fl\u00e9chit pas<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de certains r\u00e9cits, au-del\u00e0 de situations violentes v\u00e9cues par les \u00e9ducateurs, dans lesquelles pouvait poindre un sentiment de passivit\u00e9, nous avons \u00e9galement constat\u00e9 des angoisses de mort chez les professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Madame B(1) a pu nous confirmer&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Oui c\u2019est \u00e7a, je crois que j\u2019ai eu vraiment peur, et je crois que c\u2019est \u00e7a qui a fait que je ne me contenais plus. Je crois que j\u2019ai eu vraiment la trouille, parce que j\u2019\u00e9tais dans sa chambre, dans ce coin tout sombre l\u00e0.. et ce qui m\u2019a fait peur, c\u2019est de me dire, mais merde, si c\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 toute seule, mais comment \u00e7a se serait pass\u00e9&nbsp;? Parce qu\u2019il n\u2019arr\u00eatait pas quoi. Et oui, je crois que j\u2019ai eu peur. Cet \u00e9nervement, ce truc-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait vraiment la trouille\u2026 la trouille oui. C\u2019\u00e9tait \u00e7a<\/em>.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre \u00e9ducatrice, Madame C(1) a pu \u00e9voquer un \u00e9pisode similaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est un jeune qui m\u2019avait coinc\u00e9e pendant une heure dans le bureau, avec sa main sur ma gorge (insiste sur le mot, intonation forte), en me serrant, en disant, de toute fa\u00e7on, tu vas mourir aujourd\u2019hui. L\u00e0 oui, j\u2019ai eu peur, parce que je ne me sens pas du tout arm\u00e9e, et pas du tout capable de pr\u00e9voir ce qui peut se passer. (\u2026) C\u2019\u00e9tait m\u00eame pas la force (sic) d\u2019essayer, parce que la force \u00e9tait d\u00e9cupl\u00e9e et que voil\u00e0. Apr\u00e8s, je reconnais que j\u2019ai eu du sang-froid sur le moment. Donc quand il me serre la gorge, je lui dis, ben vas-y serre \u2026 Oui, la violence\u2026 apr\u00e8s ce sont les moments les plus difficiles que j\u2019ai v\u00e9cus au niveau violence physique\u2026 o\u00f9 l\u00e0 on se dit on va mourir quoi\u2026 et puis l\u00e0, peut-\u00eatre que je vais arr\u00eater, parce que (rire), \u00e7a ne vaut peut-\u00eatre pas le coup de mourir pour ce tarif-l\u00e0 (rire)<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, nous nous sommes aper\u00e7us \u00e0 travers le r\u00e9cit des \u00e9ducateurs, que l\u2019impact de ces sc\u00e8nes compliqu\u00e9es qu\u2019ils avaient v\u00e9cues, semblait perdurer. En effet, parmi les situations abord\u00e9es, le travail du r\u00e9cit, le fait de remettre la main sur ces \u00e9v\u00e9nements nous a interrog\u00e9s sur la permanence et sur les traces encore vivaces des ces exp\u00e9riences. Ainsi, un lien pass\u00e9\/pr\u00e9sent a pu \u00eatre abord\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame A(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est une situation qui m\u2019avait extr\u00eamement marqu\u00e9e, parce que c\u2019est la premi\u00e8re fois que je sentais qu\u2019il y avait une intrusion \u00e0 ma personne, \u00e0 moi, \u00e0 ma vie (\u2026) je me sentais habit\u00e9e par ce jeune homme, parce qu\u2019il \u00e9tait tout le temps avec moi<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.2 \u2013 Des affects en errance<\/h3>\n\n\n\n<p>Nombre de signes physiques sont venus souligner la difficult\u00e9 d\u2019avoir \u00e0 revivre, \u00e0 travers le r\u00e9cit, ces situations compliqu\u00e9es. Pour certains, c\u2019est la voix qui baisse, au point de n\u2019\u00eatre pratiquement plus audible \u00e0 un moment sensible du r\u00e9cit. Pour une autre, ce sont les yeux humides, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9voquer la tentative d\u2019\u00e9tranglement dont elle a \u00e9t\u00e9 victime. Pour une \u00e9ducatrice, c\u2019est le fait de renifler et de prendre une grande inspiration au moment de raconter un moment difficile, alors que Monsieur D(1), c\u2019est en toussant, la seule fois en quarante-cinq minutes, \u00e0 un moment o\u00f9 est signal\u00e9e une incompr\u00e9hension toujours d\u2019actualit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai jamais, sur cette situation-l\u00e0, compris ce qui m\u2019avait fait monter, ce qui m\u2019avait d\u00e9bord\u00e9 moi \u2026 (silence, tousse&nbsp;!&nbsp;! se perd dans son souvenir et le fil associatif)<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9tat de fait peut \u00eatre renforc\u00e9 par des rires comme nous l\u2019avons vu dans certains propos rapport\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, ou une agitation soudaine concernant la posture. Par cons\u00e9quent \u00e9voquer le pass\u00e9 peut encore avoir des impacts dans l\u2019ici et maintenant. Toutefois, nous avons \u00e9galement pu observer que le ph\u00e9nom\u00e8ne inverse \u00e9tait \u00e9galement d\u2019actualit\u00e9. En effet, le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un adolescent quelques jours avant notre arriv\u00e9e a raviv\u00e9 chez certains des souvenirs douloureux, ou plus exactement, a permis une (re)lecture, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel actuel, de sc\u00e8nes ant\u00e9rieures jug\u00e9es aujourd\u2019hui potentiellement \u00e0 risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame C(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Oui, il y a le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un jeune r\u00e9cemment qui a \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer parce qu\u2019on ne s\u2019y attend pas et que \u00e7a remet en cause notre travail et les prises de risques, c\u2019est \u00e7a qui devient aujourd\u2019hui compliqu\u00e9 dans la r\u00e9flexion, enfin dans ma r\u00e9flexion, c\u2019est quels risques on prend dans la prise en charge des jeunes<\/em>&nbsp;\u00bb, et cette \u00e9ducatrice de poursuivre et d\u2019associer sur la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9tranglement, \u00e9voqu\u00e9e il y a peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le v\u00e9cu de sid\u00e9ration met en lumi\u00e8re pour ces professionnels une rupture d\u2019\u00e9quilibre \u00e9motionnelle, une perte de contr\u00f4le, accompagn\u00e9e d\u2019une incapacit\u00e9, dans l\u2019instant, \u00e0 nommer et \u00e0 donner du sens au ph\u00e9nom\u00e8ne v\u00e9cu qui s\u2019imposait \u00e0 eux et qui peut parfois perdurer et laisser des traces.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.3 \u2013 Mise en place de d\u00e9fenses face au retour d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u00e9sorganisateurs<\/h3>\n\n\n\n<p>A travers le r\u00e9cit des professionnels rencontr\u00e9s, nous nous sommes aper\u00e7us que certaines strat\u00e9gies de d\u00e9fense pouvaient s\u2019op\u00e9rer dans un apr\u00e8s-coup, mais s\u2019exer\u00e7aient aussi parfois de mani\u00e8re concomitante avec l\u2019\u00e9v\u00e9nement subi, soit r\u00e9ellement, soit simplement dans l\u2019intention.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons souligner que le recours \u00e0 la violence, pour se d\u00e9fendre, a pu \u00eatre \u00e9voqu\u00e9 par les professionnels lors d\u2019\u00e9pisodes o\u00f9 justement ils avaient \u00e9t\u00e9 violent\u00e9s. Les exemples cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, pour rendre compte de l\u2019\u00e9tat de sid\u00e9ration et qui faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des sc\u00e8nes o\u00f9 les \u00e9ducateurs auraient eu envie de r\u00e9pondre par la violence, en t\u00e9moignent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Madame B(1) a pu nous relater une intervention aupr\u00e8s d\u2019une adolescente qui \u00e9tait en \u00e9tat de crise&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est une jeune qui cassait tout, et je me suis retrouv\u00e9e sur elle, en fait, elle \u00e9tait par terre, j\u2019essayais de la contenir, et elle me crachait dessus, et l\u00e0 j\u2019ai eu envie de lui mettre une tarte, mais vraiment vraiment (rire), et j\u2019avais mon coll\u00e8gue qui lui contenait la deuxi\u00e8me, parce qu\u2019on avait les trois qui \u00e9taient \u00e0 c\u00f4t\u00e9, et je pense qu\u2019il a senti que\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, afin de se d\u00e9fendre, plusieurs \u00e9ducateurs nous ont signal\u00e9 utiliser ce qu\u2019ils appellent la contention<sup>9<\/sup>&nbsp;: Madame C1&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) la violence, la pure violence, la col\u00e8re, \u00e7a ne me fait pas peur parce que je suis capable de contenir cette violence, m\u00eame physiquement. J\u2019ai eu \u00e0 le faire, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9e pour \u00e7a, mais je ne dis pas que je vais contenir \u00e0 chaque fois qu\u2019il y a un truc, mais je sais le faire<\/em>&nbsp;\u00bb ou encore avec Madame A(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>parce que les ados quand ils sont en crise, on a tous un peu peur, on se dit mais comment on va g\u00e9rer, et puis on g\u00e8re sur le tas, on le fait, \u2026 c\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9\u2026 c\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de g\u00e9rer le conflit, du physique, de le plaquer, voil\u00e0, \u00e7a peut arriver, c\u2019est notre quotidien<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour continuer avec cette notion de contention, Monsieur D(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Parce que pour contenir, soit on est dans la situation de pouvoir faire appel \u00e0 la force physique et tout \u00e7a, pour contenir, et dans ces cas-l\u00e0, il y a quand m\u00eame un effet de, \u2026 il y a une ascendance, une domination prise sur le jeune, et c\u2019est pas ce qui doit se passer quand on fait ce travail au d\u00e9part<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, l\u2019id\u00e9e de ne plus \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescent \u00ab&nbsp;<em>fauteur de trouble<\/em>&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e, que ce soit \u00e0 travers des demandes de mises au vert de l\u2019adolescent, voire de r\u00e9orientations de la part de l\u2019\u00e9quipe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Monsieur E(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) c\u2019\u00e9tait de dire que globalement sur l\u2019internat, on est en difficult\u00e9 pour pouvoir assurer la s\u00e9curit\u00e9 de cette jeune fille, donc, il faut penser \u00e0 autre chose, \u00e0 une r\u00e9orientation\u2026.<\/em>&nbsp;\u00bb ou bien par la volont\u00e9 affirm\u00e9e de ne plus \u00e0 avoir affaire avec l\u2019adolescent, comme l\u2019indique Madame B(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il voulait s\u2019excuser, j\u2019ai pas voulu dans un premier temps accepter ses excuses\u2026 et puis il \u00e9tait vraiment jeune en plus, donc j\u2019\u00e9tais vraiment en r\u00e9action, tr\u00e8s tr\u00e8s en col\u00e8re, je ne voulais plus avoir affaire \u00e0 lui, je me disais d\u00e8s qu\u2019il me demandera un truc, \u00e7a sera du non syst\u00e9matique. Moi, ma premi\u00e8re envie, c\u2019\u00e9tait de leur dire (\u00e0 l\u2019\u00e9quipe), lui, vous ne le regardez pas, vous ne lui parlez pas, je ne veux pas qu\u2019on s\u2019en occupe de ce jeune (rire)\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame A(1) a pu signaler que de se raccrocher \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9part programm\u00e9 avait pu constituer une strat\u00e9gie pour supporter le quotidien&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>et c\u2019est l\u00e0 que je me suis dit, mais bon sang, je ne vais pas m\u2019en d\u00e9barrasser et quand pendant 10 jours, je l\u2019ai eu sur les pattes et que c\u2019\u00e9tait, c\u2019\u00e9tait \u2026 euh, je me sentais vraiment tr\u00e8s mal, c\u2019\u00e9tait une semaine o\u00f9 je me disais, mais bon sang, quand est-ce qu\u2019il va partir quoi&nbsp;? (\u2026), donc j\u2019attendais avec impatience qu\u2019il parte<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la notion de d\u00e9fense, dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une protection, d\u2019une mise \u00e0 l\u2019abri, s\u2019est illustr\u00e9e dans plusieurs r\u00e9cits, comme en atteste cet extrait d\u2019entretien avec Madame C(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) et du coup, apr\u00e8s je me suis enferm\u00e9e dans le bureau, et l\u00e0, il tapait comme un forcen\u00e9 \u00e0 la vitre, il \u00e9tait devenu fou, et moi j\u2019\u00e9tais all\u00e9e me prot\u00e9ger dans le bureau \u2026 et l\u00e0, j\u2019ai appel\u00e9 les gendarmes\u2026.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, sans la pr\u00e9sence d\u2019un danger imminent, des \u00e9ducateurs ont pu signaler le recours momentan\u00e9 \u00e0 des coups d\u2019arr\u00eats dans leur pratique professionnelle, pour ne pas se mettre eux-m\u00eames trop en danger. Les professionnels ont \u00e9galement pu, dans leur ensemble, insister sur le soutien de l\u2019\u00e9quipe, lorsque cette derni\u00e8re est soud\u00e9e, pour s\u2019entre-aider et tenir face \u00e0 des situations compliqu\u00e9es. Le terme de prise de relais est fr\u00e9quemment employ\u00e9, pour signaler l\u2019intervention d\u2019un coll\u00e8gue de travail lors d\u2019une situation difficile, voire d\u2019assistance \u00e0 personne en danger, comme en t\u00e9moigne Madame C(1)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Si j\u2019avais vraiment \u00e9t\u00e9 toute seule, que mon coll\u00e8gue n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0, jusqu\u2019o\u00f9 \u00e7a serait all\u00e9, puisque lui il ne s\u2019arr\u00eatait pas quoi\u2026.. et voil\u00e0, du coup voil\u00e0 l\u2019importance d\u2019\u00eatre toujours \u00e0 deux, parce que sur les MECS, il y a quand m\u00eame pas mal de moments o\u00f9 on bosse seule, et du coup dans ce genre de situation, \u00e7a aurait pu rapidement devenir dramatique cette histoire-l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame registre, Madame A(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait une situation qui m\u2019avait beaucoup, beaucoup pr\u00e9occup\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 euh, \u2026 j\u2019ai v\u00e9cu quand m\u00eame pas mal de \u2026 c\u2019est la seule situation o\u00f9 je crois que j\u2019ai demand\u00e9 de l\u2019aide pour prendre le relais, parce que quand on \u00e9tait deux, quand on \u00e9tait en bin\u00f4me, comme je savais qu\u2019il \u00e9tait tout le temps avec moi, je demandais de l\u2019aide, je savais que, par contre c\u2019est \u00e7a aussi qui est bien, c\u2019est quand on est une grande \u00e9quipe et pour le coup, on s\u2019entend tous super bien, donc on sait qu\u2019il y a toujours quelqu\u2019un pour prendre le relais<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons constat\u00e9 que certains r\u00e9cits pouvaient, sur des points pr\u00e9cis, avoir des similitudes avec d\u2019autres. L\u2019importance de recourir \u00e0 l\u2019\u00e9quipe \u00e9ducative, pour faire face \u00e0 un \u00e9pisode d\u00e9stabilisant a pu \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, comme avec Monsieur D(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quand toutes les limites individuelles sont atteintes, c\u2019est que les collectives le sont aussi, mais la limite individuelle, elle peut \u00eatre compens\u00e9e dans une bonne \u00e9quipe, c\u2019est l\u00e0 que des prises de relais sont int\u00e9ressantes, et c\u2019est l\u00e0 que quand une \u00e9quipe est en confiance, on peut se dire, moi sur cette situation je ne suis pas \u00e0 l\u2019aise, ou \u00e7a me suscite de la violence, j\u2019ai peur d\u2019aller trop loin, il faut que vous preniez le relais, si je sens que \u00e7a monte, ou au contraire, je souhaite aller jusqu\u2019au bout, des choses de cet ordre-l\u00e0, quand \u00e7a semble important de rester en face, et de maintenir le lien, enfin, ces strat\u00e9gies sont possibles et ne sont pensables que quand les gens sont en confiance<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La prise d\u2019appui positive sur l\u2019\u00e9quipe a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e par une autre \u00e9ducatrice, Madame B(2)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Moi, ce que je retire en tous les cas des situations dans lesquelles je me suis retrouv\u00e9e, c\u2019est que si les choses ont continu\u00e9 \u00e0 fonctionner, si j\u2019ai pu continuer \u00e0 bosser, c\u2019est parce que j\u2019avais une \u00e9quipe avec moi, que j\u2019\u00e9tais soutenue par ma hi\u00e9rarchie aussi, qu\u2019on prenait bien conscience des probl\u00e8mes&nbsp;\u00bb. Pour Madame A(2)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sentais quelque chose de tr\u00e8s malsain, et je me sentais un peu en danger je dirais, m\u00eame si je savais que j\u2019avais mes coll\u00e8gues, et m\u00eame si institutionnellement on \u00e9tait aussi soutenus<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, l\u2019absence de soutien de l\u2019\u00e9quipe a aussi \u00e9t\u00e9 mise en lumi\u00e8re par Monsieur D(1)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>En tout cas, c\u2019\u00e9tait pas analys\u00e9, et j\u2019ai jamais pu en parler, ou le traiter de mani\u00e8re approfondie. Une \u00e9quipe qui n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 ce moment-l\u00e0, euh, qui \u00e9tait en souffrance, un chef de service qui ne tenait pas le cadre, et c\u2019\u00e9tait donc compliqu\u00e9 d\u2019en faire quelque chose. \u00c7a aurait \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant pour moi, j\u2019en doute pas<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 \u2013 Des psych\u00e9s professionnelles marqu\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5.1 \u2013 Un embrouillamini en qu\u00eate de clarification<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons per\u00e7u l\u2019\u00e9tat de d\u00e9bordement \u00e9motionnel, qui a servi \u00e0 \u00e9tayer nos propos sur le concept de sid\u00e9ration. Force est de constater que la survenue d\u2019un \u00e9v\u00e9nement violent, vient davantage entra\u00eener une r\u00e9ponse complexe, o\u00f9 quasiment en m\u00eame temps et non tour \u00e0 tour, sid\u00e9ration, et d\u00e9fense du Moi, sont convoqu\u00e9s. D\u2019o\u00f9 l\u2019impression chez nous, d\u2019une confusion pour nommer pr\u00e9cis\u00e9ment les m\u00e9canismes en jeu dans la restitution des discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9ducateurs ont \u00e9voqu\u00e9 les sc\u00e8nes de violences dans le premier entretien, g\u00e9n\u00e9ralement apr\u00e8s une quinzaine de minutes, et apr\u00e8s avoir eu recours au pr\u00e9alable \u00e0 des r\u00e9cits pr\u00e9parant l\u2019av\u00e8nement de la ou des sc\u00e8nes violentes, signe d\u2019une n\u00e9cessaire temporalit\u00e9 et de l\u2019\u00e9tablissement de conditions propices au r\u00e9cit. Certains ont pu signaler qu\u2019ils n\u2019avaient pas en t\u00eate d\u2019\u00e9pisodes compliqu\u00e9s \u00e0 relater, pour finalement faire advenir \u00e0 eux quelques situations. D\u2019autres, juste avant d\u2019\u00e9voquer des difficult\u00e9s, ont fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une exp\u00e9rience professionnelle r\u00e9ussie, voire ont pris appui sur l\u2019actualit\u00e9 de leur service, que ce soit en termes de difficult\u00e9s dans l\u2019\u00e9quipe, ou en lien avec une situation difficile tr\u00e8s r\u00e9cente, \u00e0 savoir le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un adolescent qui vient interroger, saisir, voire sid\u00e9rer les \u00e9ducateurs. En effet, \u00e0 travers le fil associatif rep\u00e9r\u00e9, le lien entre l\u2019actuel et l\u2019\u00e9vocation de situations \u00e0 risques anciennes, comme celle dans laquelle l\u2019\u00e9ducatrice a pu signaler la peur de mourir, t\u00e9moigne d\u2019une certaine proximit\u00e9 \u00e9motionnelle, et laisse \u00e0 penser un \u00e9tat de sid\u00e9ration encore actif. Comme nous le soulignions, les faits de tousser, d\u2019avoir les larmes aux yeux, d\u2019\u00eatre quasiment dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019entendre la fin d\u2019une phrase, ont \u00e9t\u00e9 marquants. La reviviscence de certaines sc\u00e8nes pass\u00e9es comportait une dimension actuelle, pr\u00e9sent et pass\u00e9 restaient li\u00e9s dans un lien ins\u00e9cable. Nous nous perdions, ne sachant plus \u00e0 quelles sc\u00e8nes violentes se r\u00e9f\u00e9rait l\u2019\u00e9ducateur, ce qui nous a oblig\u00e9s par moments \u00e0 r\u00e9\u00e9couter les enregistrements pour clarifier ce sentiment de brouillage.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5.2 \u2013 Un impact toujours actuel<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons pu contacter, lors de ces rencontres, les ressentis relat\u00e9s par certains professionnels, jusqu\u2019\u00e0 les \u00e9prouver. Ainsi, nous avons \u00e9t\u00e9 surpris par une sorte de synchronicit\u00e9 entre le r\u00e9cit et notamment l\u2019impact de celui-ci sur l\u2019\u00e9ducateur, la fa\u00e7on dont ce dernier le livre, et la mani\u00e8re dont nous l\u2019avons r\u00e9ceptionn\u00e9. A plusieurs reprises, nous avons eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre pratiquement convoqu\u00e9s \u00e0 vivre la sc\u00e8ne rapport\u00e9e, et \u00eatre en position d\u2019\u00e9prouver ce qu\u2019ils avaient eux-m\u00eames \u00e9prouv\u00e9 de mani\u00e8re brute, insens\u00e9e. Nous nous sommes alors questionn\u00e9s pour savoir si ce d\u00e9p\u00f4t, <em>via<\/em> le mouvement transf\u00e9rentiel de cette part d\u2019insens\u00e9, n\u2019\u00e9tait pas une tentative pour traiter ce qui \u00e9tait rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 lors \u00e9nigmatique pour les professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette interrogation est \u00e0 mettre en lien avec les commentaires, voire les attentes qui nous ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9s par la plupart des \u00e9ducateurs \u00e0 la fin des diff\u00e9rents entretiens, et qui consistaient \u00e0 savoir&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>A quoi \u00e7a va servir tout \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? ou encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis impatient de savoir ce que vous allez en faire<\/em>&nbsp;\u00bb, mais aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je ne sais pas si \u00e7a va servir \u00e0 quelque chose<\/em>&nbsp;\u00bb. Servir \u00e0 comprendre&nbsp;? A d\u00e9coder ce qui dans le pr\u00e9sent est toujours source d\u2019incompr\u00e9hension&nbsp;? D\u2019o\u00f9 la prise de conscience pour nous, que notre dispositif de recherche agissait \u00e9galement comme une pratique clinique, permettant aux \u00e9ducateurs de revisiter des sc\u00e8nes de vie professionnelles compliqu\u00e9es, pour tenter d\u2019y donner un sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pu constater \u00e0 quels points ces situations anciennes continuaient d\u2019op\u00e9rer dans le pr\u00e9sent, longtemps apr\u00e8s leur survenue. Ces deux entretiens n\u2019avaient pas simplement servi \u00e0 exprimer un discours, mais avait \u00e9galement agi comme un espace de d\u00e9p\u00f4t pour les \u00e9ducateurs, pour livrer \u00e0 un tiers, qui venait les \u00e9couter, des sc\u00e8nes douloureuses de vie pass\u00e9e, encore en attente de signification. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e que notre dispositif de recherche a aussi constitu\u00e9 pour les \u00e9ducateurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>un attracteur du transfert de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, en souffrance d\u2019appropriation subjective<\/em>&nbsp;\u00bb. (Roussillon, 2014). Par cons\u00e9quent, ce dispositif a pu aider \u00e0 traiter et \u00e0 mettre du sens sur des traces encore vivaces de situations douloureuses, pour qu\u2019elles soient moins persistantes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">6 \u2013 Le travail du traumatique<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces situations de violence provoquent les m\u00eames effets, les m\u00eames troubles, la m\u00eame indistinction, la m\u00eame perte de sens chez les \u00e9ducateurs rencontr\u00e9s, comme si la d\u00e9sorientation psychique, \u00e9voqu\u00e9e par S. Ferenczi, les convoquait \u00e0 une certaine forme d\u2019errance psychique. Cet effet de d\u00e9sorientation psychique va s\u2019inscrire dans le fonctionnement du sujet, en tant que cons\u00e9quence majeure des effets du traumatisme qui inclut l\u2019arr\u00eat de la perception en m\u00eame temps que l\u2019arr\u00eat de la pens\u00e9e, laissant alors le sujet sans protection. Cet effet de paralysie sensorielle et son effacement du champ de la conscience gravent le traumatisme dans&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>un hors lieu psychique, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment condamne \u00e0 l\u2019errance psychique, \u00e0 d\u00e9faut de s\u2019ancrer topiquement<\/em>&nbsp;\u00bb (Blanquet, 2008). Le sujet, face \u00e0 une impossibilit\u00e9 de rem\u00e9moration, va tenter de se souvenir, de faire advenir \u00e0 lui pour traiter l\u2019impact traumatique dans la psych\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est plus particuli\u00e8rement \u00e0 partir de ce qui est perdu, que ce processus op\u00e8re. L\u2019activation des traces-restes met en \u00e9vidence le processus de d\u00e9placement, de transformation et d\u2019usure de ces traces. Toutefois, la capacit\u00e9 cr\u00e9atrice du sujet, c\u2019est-\u00e0-dire la construction apr\u00e8s-coup qu\u2019il effectue, s\u2019apparente \u00e0 une mise en lien de traces de la construction d\u2019un r\u00e9el qui s\u2019\u00e9chappe en permanence<\/em>&nbsp;\u00bb. (Roussillon, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Les professionnels restent porteurs d\u2019une trace active d\u2019un \u00e9prouv\u00e9, non constitu\u00e9e en traces repr\u00e9sentatives, du fait des difficult\u00e9s pour pouvoir s\u2019approprier et transformer en repr\u00e9sentation, des exp\u00e9riences ayant exc\u00e9d\u00e9 leurs capacit\u00e9s d\u2019int\u00e9gration. Ces \u00e9prouv\u00e9s n\u2019ont de cesse que de ressurgir, chaque fois qu\u2019une situation pr\u00e9sente des analogies avec des situations d\u2019effractions ant\u00e9rieures. Ils ressurgissent sous forme perceptivo-motrices et rendent compte d\u2019une b\u00e9ance, d\u2019une non r\u00e9ponse de la part de l\u2019environnement, d\u2019une souffrance n\u2019ayant pas fait l\u2019objet d\u2019une exp\u00e9rience partageable. L\u2019absence de traces repr\u00e9sentatives de cette b\u00e9ance, la non localisation d\u2019\u00e9prouv\u00e9 d\u2019effroi, reste en mouvement, comme une lettre sans destinataire, qui se fait l\u2019\u00e9cho d\u2019une souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet effet condamne les \u00e9ducateurs \u00e0 une double peine. Ils sont tout d\u2019abord confront\u00e9s \u00e0 l\u2019impact d\u2019une sc\u00e8ne violente, potentiellement traumatique, et dans un second temps, sont priv\u00e9s d\u2019un des leviers majeurs pour tenter de traiter cette sc\u00e8ne et y apporter du sens. C\u2019est comme s\u2019ils \u00e9taient pris dans une esp\u00e8ce de <em>no man\u2019s land<\/em> psychique, pour faire \u00e9cho \u00e0 la notion d\u2019errance psychique, \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment. C\u2019est \u00e0 dire que, non seulement ils ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 \u00eatre les ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre de la reviviscence de la sc\u00e8ne traumatique, ainsi que de son moment d\u2019apparition, mais ils se retrouvent convoqu\u00e9s \u00e0 \u00eatre dans un \u00e9tat de passivit\u00e9, o\u00f9 c\u2019est l\u2019autre (adolescent), qui peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9clenchement d\u2019une nouvelle sc\u00e8ne violente, elle aussi potentiellement traumatique. Dans tous les cas, cette nouvelle sc\u00e8ne de violence ne permettra pas un mode de r\u00e9solution satisfaisant de traces d\u2019une sc\u00e8ne ancienne, en attente de symbolisation, mais constituera une nouvelle source d\u2019inconfort, et de non-sens, parce qu\u2019elle viendra une fois encore, sid\u00e9rer et impacter les \u00e9ducateurs. Ces traces-restes d\u2019impacts traumatiques correspondent \u00e0&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>des esp\u00e8ces d\u2019extra territorialit\u00e9s, qui traversent les \u00e2ges, sans \u00eatre remani\u00e9es par l\u2019histoire. (\u2026) Leur r\u00e9investissement va tendre \u00e0 menacer la subjectivit\u00e9 et le Moi d\u2019un retour de l\u2019exp\u00e9rience traumatique. Et dans la mesure o\u00f9 ce retour n\u2019est pas de nature repr\u00e9sentative, c\u2019est en acte qu\u2019il risque de manifester ses effets, c\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019il risque de reproduire l\u2019\u00e9tat traumatique lui-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb (Roussillon, 1999).<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9ducateurs doivent continuer \u00e0 \u0153uvrer, pour ceux qui font le choix de rester sur ce type de poste, et \u00eatre en proie \u00e0 d\u2019autres sc\u00e8nes de violence, tout en \u00e9tant porteurs de traces actives d\u2019\u00e9prouv\u00e9s insens\u00e9s qui viennent se surajouter aux pr\u00e9c\u00e9dentes, renfor\u00e7ant ainsi la notion de confusion, voire d\u2019ambigu\u00eft\u00e9, lorsqu\u2019il s\u2019agit de comprendre, de l\u2019ext\u00e9rieur, la r\u00e9alit\u00e9 de la sc\u00e8ne violente \u00e9voqu\u00e9e, comme ce fut le cas lors de la restitution de plusieurs t\u00e9moignages.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette notion de souffrance, qui accompagne les \u00e9ducateurs, nous invite \u00e0 \u00e9voquer les travaux de C. Dejours. Nous soulignions l\u2019impact que pouvait avoir sur les professionnels, la survenue d\u2019actes soudains, violents, venant mettre \u00e0 mal les \u00e9ducateurs, dans leurs pratiques professionnelles, leur quotidien, mais \u00e9galement dans leur propre \u00e9quilibre psychique. Aussi, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la notion du r\u00e9el, et plus exactement la confrontation \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el, mise en lumi\u00e8re par C. Dejours nous para\u00eet \u00e9galement illustrer ce \u00e0 quoi sont confront\u00e9s les \u00e9ducateurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Cette exp\u00e9rience du r\u00e9el est ce qui se r\u00e9v\u00e8le sous la forme d\u2019une r\u00e9sistance \u00e0 la ma\u00eetrise technique, voire \u00e0 la connaissance (\u2026) et que cette exp\u00e9rience du r\u00e9el est avant tout affective, et qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re un sentiment de surprise, bient\u00f4t relay\u00e9 par l\u2019agacement et l\u2019irritation, voire par la col\u00e8re ou par la d\u00e9ception, la fatigue, le doute, le d\u00e9couragement, le sentiment d\u2019impuissance<\/em>&nbsp;\u00bb (Dejours, 2018). Il s\u2019agit bien des effets persistants et non trait\u00e9s de situations de souffrance au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette proposition de double peine traduit la pr\u00e9gnance de v\u00e9cus traumatiques que le professionnel tente d\u2019enfouir au sein de son psychisme. Ces v\u00e9cus sont toujours l\u00e0, s\u2019infiltrent dans les sc\u00e8nes relationnelles actuelles et cr\u00e9ent des malentendus entre l\u2019expression actuelle de l\u2019adolescent et la perception brouill\u00e9e d\u2019un professionnel qui r\u00e9pond en d\u00e9cal\u00e9, en diff\u00e9r\u00e9 \u00e0 des sc\u00e8nes d\u2019autrefois. Aussi, un \u00e9ducateur qui a \u00e9t\u00e9 violemment impact\u00e9, reste fragilis\u00e9. Il est conduit \u00e0 remanier, souvent \u00e0 son insu, son rapport \u00e0 soi, aux adolescents, aux membres de l\u2019\u00e9quipe, \u00e0 la direction, tout en projetant l\u2019id\u00e9e que ces derniers, suite \u00e0 un \u00e9pisode violent pr\u00e9c\u00e9dent, puissent conserver \u00e0 son \u00e9gard, un regard diff\u00e9rent, un \u00ab&nbsp;jugement&nbsp;\u00bb n\u00e9gatif, notion d\u00e9velopp\u00e9e par C. Dejours, notamment lorsqu\u2019il insiste sur l\u2019importance du sentiment de reconnaissance, en pr\u00e9cisant que ce terme a un double sens&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>reconnaissance au sens de gratitude pour le service rendu, et reconnaissance au sens de jugement sur la qualit\u00e9 du travail accompli<\/em>&nbsp;\u00bb (Dejours, 2018).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pour conclure<\/h2>\n\n\n\n<p>La souffrance psychique du professionnel se r\u00e9v\u00e8le par la parole dans un long processus. C\u2019est la raison pour laquelle il est important d\u2019apporter une attention particuli\u00e8re aux \u00e9ducateurs \u00ab&nbsp;violent\u00e9s&nbsp;\u00bb, de rester en contact avec eux, de garder un rythme de rencontre, m\u00eame s\u2019ils n\u2019\u00e9voquent que tr\u00e8s rarement la situation car ils vivent un sentiment de solitude, de l\u00e2chage et d\u2019incompr\u00e9hension, persuad\u00e9s que nul ne peut comprendre ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu et ce qu\u2019ils continuent de vivre \u00e0 la mani\u00e8re \u00ab&nbsp;<em>d\u2019un membre fant\u00f4me<\/em>&nbsp;\u00bb (Bleger, 1966) toujours pr\u00e9sent et agissant \u00e0 leur insu.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos travaux montrent que les professionnels ont besoin de soin et de reconnaissance de la part de leur hi\u00e9rarchie. Ils cherchent \u00e0 destiner la d\u00e9tresse qu\u2019ils ne peuvent mentaliser, en direction de l\u2019\u00e9quipe cadre, m\u00eame s\u2019ils l\u2019expriment par une demande d\u2019exclusion de l\u2019adolescent. Prendre soin des \u00e9ducateurs \u00ab&nbsp;violent\u00e9s&nbsp;\u00bb est une n\u00e9cessit\u00e9 pour maintenir un sentiment de continuit\u00e9 \u00e0 \u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 un passage de relais et de traitement de l\u2019\u00e9prouv\u00e9. Cette exp\u00e9rience de contenance aura par la suite une fonction de transformation, op\u00e9rant ainsi un travail de mise en sens des pens\u00e9es douloureuses des \u00e9ducateurs. Prendre soin des \u00e9ducateurs constitue une priorit\u00e9 avant de tenter de mettre du sens sur ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu, pour qu\u2019ils puissent \u00e0 nouveau \u00eatre en capacit\u00e9 de faire face aux manifestations de souffrance des adolescents qui leur sont confi\u00e9s de mani\u00e8re plus ajust\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Le pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9.<\/li><li>Note d\u2019incidence effectu\u00e9e par une \u00e9ducatrice d\u2019une MECS.<\/li><li>L\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ce travail figure dans le DEIS de Xavier Menut (2019), \u00ab&nbsp;Un cadre r\u00e9dempteur&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Madame A&nbsp;; monitrice-\u00e9ducatrice, environ 30&nbsp;ans, 4&nbsp;ans d\u2019anciennet\u00e9.<\/li><li>Monsieur D&nbsp;; \u00e9ducateur sp\u00e9cialis\u00e9, environ 50&nbsp;ans, 25&nbsp;ans d\u2019anciennet\u00e9.<\/li><li>Monsieur E&nbsp;; \u00e9ducateur sp\u00e9cialis\u00e9, environ 35&nbsp;ans, 8&nbsp;ans d\u2019anciennet\u00e9.<\/li><li>Madame B&nbsp;; monitrice-\u00e9ducatrice, environ 35&nbsp;ans, 12&nbsp;ans d\u2019anciennet\u00e9.<\/li><li>Madame C&nbsp;; \u00e9ducatrice sp\u00e9cialis\u00e9e, environ 40&nbsp;ans, 15&nbsp;ans d\u2019anciennet\u00e9.<\/li><li>\u201c<em>Proc\u00e9d\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 immobiliser une partie ou la totalit\u00e9 du corps, dans un but th\u00e9rapeutique<\/em>\u201d, Grand Larousse illustr\u00e9, 2018.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Blanquet, B. (2011). \u00ab&nbsp;Os efeitos da viol\u00eancia na crian\u00e7a e suas tentativas de tratamento \u00e0 posteriori, Les effets de la violence chez l\u2019enfant et ses tentatives de traitement dans l\u2019apr\u00e8s coup&nbsp;\u00bb, Brasilia, Psicologia&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Teoria e Pesquisa<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Blanquet, B.(2008). \u00ab&nbsp;L\u2019ordalie du contact, un analyseur de la sc\u00e8ne ordalique&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;131.<\/p>\n\n\n\n<p>Bleger, J.(1966).Psychanalyse du cadre psychanalytique. In R. Ka\u00ebs, Missenard A. et coll.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Crise, rupture et d\u00e9passement<\/em>&nbsp;(p.&nbsp;257-276). Paris, France&nbsp;: Dunod, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p>Chouvier, B.&nbsp;; Attigui, P. (2016).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019entretien clinique<\/em>, coll \u00ab&nbsp;Cursus&nbsp;\u00bb, Armand Colin, p.&nbsp;47.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours, C. (2018).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Souffrance au travail&nbsp;: comprendre, pr\u00e9venir, agir \u00e0 partir de cas concrets<\/em>, Chronique Sociale, Lyon, p.&nbsp;22.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferenczi, S.(1996).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Psychanalyse IV, \u0153uvres compl\u00e8tes 1927-1933<\/em>, Science de l\u2019homme, Payot, Lonrai, juin, p.&nbsp;143.<\/p>\n\n\n\n<p>Grawitz, M. (2004).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Lexique des sciences sociales<\/em>, Paris, Dalloz, p 351.<\/p>\n\n\n\n<p>Henri, A-N. (2016). La violence et l\u2019effroi. In B. Blanquet et P.-A. Raoult (dir.),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Rage et violence adolescentes<\/em>&nbsp;(p.&nbsp;49-71). Paris, In Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Laplanche J. et Pontalis J.B. (1992).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, p.&nbsp;109.<\/p>\n\n\n\n<p>Monseny, J. (2004). Sid\u00e9ration et lumi\u00e8re sid\u00e9ration et t\u00e9n\u00e8bres,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019en-je lacanien<\/em>, vol. n\u00b03, n\u00b02, p.&nbsp;93.<\/p>\n\n\n\n<p>Potamianou, A. (2001),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le traumatique. R\u00e9p\u00e9tition et \u00e9laboration<\/em>. Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>Raoult, A. (2016).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Rage et violence adolescentes<\/em>, Paris, In Press, p.&nbsp;21.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon, R.(1999).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Agonie, clivage et symbolisation<\/em>, Paris, PUF, p.&nbsp;24.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon, R. (2014).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Manuel de la pratique clinique<\/em>, Paris, Elsevier Masson, p.&nbsp;97.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10742?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Confront\u00e9s \u00e0 un \u00e9tat r\u00e9current de plaintes d\u2019\u00e9ducateurs, \u00e0 des plaintes insolubles, incessantes, \u00e0 de multiples arr\u00eats maladies nous, directeur d\u2019une MECS et psychologue clinicienne avons conduit un travail de recherche afin d\u2019interroger le v\u00e9cu \u00e9motionnel des \u00e9ducateurs et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1245],"thematique":[418,290],"auteur":[1921,1922],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[488],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10742","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-soin","thematique-transfert","thematique-violence","auteur-brigitte-blanquet","auteur-xavier-menut","mode-payant","revue-488","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10742","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10742"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10742\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13248,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10742\/revisions\/13248"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10742"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10742"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10742"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10742"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10742"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10742"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10742"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10742"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10742"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}