{"id":10733,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entretien-avec-laurence-kahn-2\/"},"modified":"2021-10-12T08:11:45","modified_gmt":"2021-10-12T06:11:45","slug":"entretien-avec-laurence-kahn","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entretien-avec-laurence-kahn\/","title":{"rendered":"Entretien avec Laurence Kahn"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019histoire \u00e0 la psychanalyse<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Historienne et hell\u00e9niste de formation avant de devenir psychologue puis psychanalyste, Laurence Kahn a travaill\u00e9 \u00e0 partir de 1970 dans l\u2019\u00e9quipe de Jean-Pierre Vernant, \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales. Elle quitte en 1979 son poste de chercheur en anthropologie de la Gr\u00e8ce antique pour se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019analyse. Elle est membre de l\u2019Association Psychanalytique de France qu\u2019elle a pr\u00e9sid\u00e9e de 2008 \u00e0 2010. Co-r\u00e9dactrice de la \u00ab&nbsp;Nouvelle Revue de Psychanalyse&nbsp;\u00bb de 1990 \u00e0 1995 et du \u00ab&nbsp;Fait de l\u2019analyse&nbsp;\u00bb de 1996 \u00e0 2000, elle dirige l\u2019 \u00ab&nbsp;Annuel de l\u2019APF&nbsp;\u00bb (PUF) depuis 2011. Elle a publi\u00e9 de nombreux articles et plusieurs livres&nbsp;: la liste en figure \u00e0 la fin de l\u2019entretien r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de son dernier ouvrage,&nbsp;<strong>Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne<\/strong>&nbsp;paru en 2014 aux \u00e9ditions de l\u2019Olivier, dans la collection Penser\/r\u00eaver.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa1\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Vous avez commenc\u00e9 par \u00eatre historienne, hell\u00e9niste&nbsp;: que reste-t-il de ce passage par l\u2019histoire et l\u2019anthropologie grecque dans votre travail&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa2\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: \u00c9norm\u00e9ment de choses, bien s\u00fbr. Et en particulier l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a encore et toujours pour moi de lire Freud avec quelque chose d\u2019autre en main. Initialement, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 l\u2019inverse&nbsp;: je lisais les grecs avec Freud en main. Puis cet \u00e9quilibrage de lecture s\u2019est mis \u00e0 bouger, \u00e0 se transformer, et je me suis vite rendue compte avec les ann\u00e9es que c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t devenu le contraire. C\u2019est-\u00e0-dire que je lisais Freud, avec d\u2019autres textes en main.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa3\">J\u2019ai lu Freud avec les romantiques allemands en main, avec les philosophies am\u00e9ricaines et tout particuli\u00e8rement celle de Wittgenstein en main \u2013 c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je r\u00e9digeais les \u00ab&nbsp;Contradicteurs&nbsp;\u00bb\u202f<sup>1<\/sup>. J\u2019ai lu Freud ensuite avec, en main, des \u00e9pist\u00e9mologues proprement dit tels Popper, Kuhn, Toulmin, et finalement \u00e7a ne s\u2019est jamais arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa4\">L\u2019id\u00e9e, c\u2019est que le texte freudien donne sa pleine mesure au moment o\u00f9 on le confronte soit \u00e0 des textes difficiles issus d\u2019autres champs de pens\u00e9e, soit \u00e0 des textes qui ont terriblement simplifi\u00e9 la probl\u00e9matique. Je viens par exemple de d\u00e9couvrir \u2013 et ne l\u2019avoir pas mesur\u00e9 auparavant rel\u00e8ve vraiment de mon ignorance \u2013 l\u2019incroyable impact de Christopher Lasch, avec son affaire d\u2019homme narcissique, sur la pens\u00e9e am\u00e9ricaine dans les ann\u00e9es 1980-85\u202f<sup>2<\/sup>. Au fond je n\u2019avais pas du tout pris la mesure de l\u2019influence que Lasch a eu dans la sociologisation de la psychanalyse. D\u2019autant que mon point de d\u00e9part \u00e9tait plut\u00f4t Adorno\u202f<sup>3<\/sup>&nbsp;\u2013 autre exemple de cette fa\u00e7on de lire Freud avec un texte autre en main. Donc, d\u2019une certaine mani\u00e8re, ce mouvement est constitutif de ma mani\u00e8re de travailler.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa5\">L\u2019autre aspect, c\u2019est malgr\u00e9 tout la formation d\u2019historienne. C\u2019est-\u00e0-dire que, quand je ne comprends pas comment une pens\u00e9e est devenue ce qu\u2019elle est devenue, je repasse par l\u2019histoire de la pens\u00e9e qui m\u2019apprend toujours beaucoup de choses. Et de ce point de vue l\u00e0,&nbsp;<em>Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne<\/em>&nbsp;est un livre d\u2019histoire&nbsp;! Tout b\u00eatement, je pars de Jones\u202f<sup>4<\/sup>, et puis j\u2019avance et finalement j\u2019arrive \u00e0 Rorty\u202f<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa6\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: L\u2019histoire de la psychanalyse et de son contexte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa7\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: L\u2019histoire de la psychanalyse et de son contexte, l\u2019histoire des d\u00e9bats\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa8\">Vous avez tout \u00e0 fait raison car l\u2019histoire de la psychanalyse en tant que telle a jou\u00e9 un r\u00f4le puisqu\u2019on peut imaginer que l\u2019un des premiers actes de cette histoire, de ce devenir contemporain, c\u2019est l\u2019\u00e9migration des psychanalystes des empires centraux &#8211; des psychanalystes juifs, qui \u00e9taient la colonne vert\u00e9brale d\u2019un bon nombre d\u2019instituts de psychanalyse \u2013 vers les \u00c9tats-Unis, avec ou sans passage par l\u2019Angleterre. Jones, malgr\u00e9 tous les reproches de la terre qu\u2019on peut lui faire, a fait un admirable travail pour aider&nbsp;les psychanalystes juifs \u00e0 \u00e9migrer. Il n\u2019a pas pu sauver \u00e0 temps les Hongrois qui n\u2019avaient pas vu venir le coup mais, pour tous les autres, il a fait en sorte de leur trouver des points de chute, en particulier aux \u00c9tats-Unis. C\u2019est un acte tr\u00e8s important car ce sont des gens qui arrivent comme immigrants, avec toute la charge de l\u2019exil et le poids personnel de la catastrophe, et qui sont extraordinairement d\u00e9stabilis\u00e9s dans leur propre approche de cette soci\u00e9t\u00e9 nouvelle&nbsp;: ce qui va faire bouger toutes les lignes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa9\">L\u2019<em>ego psychology<\/em>&nbsp;par exemple n\u2019a un tel d\u00e9veloppement (le d\u00e9veloppement qu\u2019on lui conna\u00eet) que parce qu\u2019il faut tenir ferme quelque chose de Freud, et leur lecture de Freud correspond \u00e0 leur mani\u00e8re de d\u00e9fendre l\u2019h\u00e9ritage freudien \u00e0 ce moment pr\u00e9cis. Cette lecture est \u00e9labor\u00e9e en particulier par Hartmann\u202f<sup>6<\/sup>, Anna Freud, etc. Il faudra que je compl\u00e8te cette histoire de la pens\u00e9e et ce tournant d\u00e9cisif, car la premi\u00e8re fois que Hartmann d\u00e9veloppe ses notions de psychologie du moi, c\u2019est en 1937 \u00e0 Vienne en r\u00e9action directe contre l\u2019usage de la pulsion (<em>Trieb<\/em>, g\u00e9n\u00e9ralement traduit par instinct) par les Nazis. Il y a en fait tout un d\u00e9bat autour de la relation entre la psychanalyse et la&nbsp;<em>Weltanschauung<\/em>\u202f<sup>7<\/sup>&nbsp;en Allemagne et en Autriche entre 1931 et 1938. Bref, disons que c\u2019est avec cela qu\u2019ils \u00e9migrent. Or l\u2019<em>ego psychology<\/em>&nbsp;va devenir la cible d\u2019un tr\u00e8s grand nombre d\u2019attaques, en particulier \u00e0 cause de sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la conscience, des attaques qui ouvrent \u00e0 cette esp\u00e8ce de psychanalyse molle qui se d\u00e9veloppe par la suite.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comment la psychanalyse devient consommable<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa10\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: La m\u00eame psychanalyse molle d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9e par Freud dans les ann\u00e9es 1926-27 o\u00f9 la m\u00e9dicalisation de la psychanalyse promue d\u00e8s cette \u00e9poque par l\u2019<em>American way of analysis<\/em>&nbsp;commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 \u00e9vacuer la m\u00e9tapsychologie et aboutit \u00e0 ce que vous appelez une \u00ab&nbsp;psychanalyse consommable&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa11\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, Freud est absolument redoutable. Il a des antennes. Dans&nbsp;<em>La question de l\u2019analyse profane<\/em>, o\u00f9 \u00ab&nbsp;profane =non-m\u00e9decin&nbsp;\u00bb, il dit tr\u00e8s bien que les analystes m\u00e9decins vont nous \u00ab&nbsp;am\u00e9liorer&nbsp;\u00bb la psychanalyse&nbsp;: ils vont la rendre plus agr\u00e9able, ils vont \u00ab&nbsp;lui arracher ses crocs \u00e0 venin&nbsp;\u00bb. Et dans la Postface, il critique violemment \u00ab&nbsp;nos coll\u00e8gues am\u00e9ricains&nbsp;\u00bb, m\u00e9decins, et leur mani\u00e8re de pratiquer la psychanalyse\u202f<sup>8<\/sup>. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils vont r\u00e9aliser ce qu\u2019il redoutait&nbsp;: il esp\u00e9rait leur apporter la peste et ils vont r\u00e9ussir \u00e0 faire en sorte que la peste n\u2019existe plus. Il y a une sorte d\u2019\u00e9cho entre la peste qu\u2019il voulait apporter en 1909 et les crocs \u00e0 venin qu\u2019ils auront r\u00e9ussi \u00e0 arracher avec l\u2019interdiction de l\u2019exercice de la psychanalyse par les non-m\u00e9decins. \u00c7a, Freud l\u2019a vu venir de tr\u00e8s loin, avec, de plus, cette id\u00e9e que finalement les m\u00e9decins n\u2019auront qu\u2019\u00e0 s\u2019occuper de la m\u00e9decine, c\u2019est-\u00e0-dire du bien-\u00eatre, et se moqueront compl\u00e8tement des racines m\u00e9tapsychologiques de ce qu\u2019est le fonctionnement psychique humain.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa12\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Mais dans ce d\u00e9bat entre la psychanalyse que vous appelez non-consommable, celle de Freud, et celle consommable, celle qui va s\u2019occuper du bien-\u00eatre, l\u2019<em>ego psychology<\/em>&nbsp;repr\u00e9sente un point de r\u00e9sistance finalement. Contrairement \u00e0 tout ce qu\u2019on a pu en dire au moment o\u00f9 Lacan l\u2019attaquait si violemment.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa13\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Absolument. Et d\u2019ailleurs les plus ardents d\u00e9fenseurs de la m\u00e9tapsychologie freudienne dans les d\u00e9bats des ann\u00e9es 1980-2000 \u00e9taient des&nbsp;<em>ego psychologists<\/em>&nbsp;: Rangell\u202f<sup>9<\/sup>, Blum\u202f<sup>10<\/sup>&nbsp;qui vit encore et qui est un tr\u00e8s vieux monsieur, etc. Ils \u00e9taient visc\u00e9ralement des d\u00e9fenseurs de la th\u00e9orie freudienne&nbsp;; ils ont donc lutt\u00e9 pied \u00e0 pied et ce qui est tr\u00e8s int\u00e9ressant, c\u2019est qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet des pires critiques sur la base du pr\u00e9tendu autoritarisme du psychanalyste. C\u2019est vraiment int\u00e9ressant&nbsp;: le premier congr\u00e8s de l\u2019I.P.A. auquel je suis all\u00e9e, c\u2019\u00e9tait en 1987 \u00e0 Montr\u00e9al. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je mettais les pieds dans une \u00ab&nbsp;grand messe&nbsp;\u00bb comme \u00e7a, je d\u00e9couvrais le monde international&nbsp;! Or c\u2019est le congr\u00e8s o\u00f9 Robert Wallerstein a prononc\u00e9 son adresse \u00ab&nbsp;One Psychoanalysis or Many&nbsp;?&nbsp;\u00bb\u202f<sup>11<\/sup>&nbsp;et je n\u2019ai absolument rien compris&nbsp;! C\u2019est b\u00eate mais je n\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre de quoi il avait retourn\u00e9 qu\u2019en 1995 quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 vraiment lire Kohut\u202f<sup>12<\/sup>, et en 97 quand j\u2019ai d\u00e9couvert vraiment ce que fabriquait Roy Schafer\u202f<sup>13<\/sup>. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je veux dire sur le moment, je n\u2019arrivais m\u00eame pas \u00e0 comprendre ce que l\u2019on disait en parlant de l\u2019autoritarisme du psychanalyste. Et dans les ann\u00e9es qui ont suivi, je ne comprenais rien aux risettes que certains psychanalystes \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 faire \u00e0 la population enti\u00e8re des patients avec la&nbsp;<em>Self disclosure<\/em>\u202f<sup>14<\/sup>, avec la notion que la situation analytique \u00e9tait dans un dispositif compl\u00e8tement sym\u00e9trique, que les deux partenaires avaient un appareil psychique et que l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019analyste ne valait que ce que lui avait permis de faire son appareil psychique et rien de plus\u2026 Au fond, ces enjeux, je ne les ai pas compris sur le moment. Je crois que je ne voyais m\u00eame pas le grand \u00e9cart que Wallerstein tentait de faire pour \u00e9viter la scission de l\u2019I.P.A., c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019exclusion, d\u2019une part, de Kohut et de la&nbsp;<em>self-psychology<\/em>&nbsp;qui \u00e9tait en train de passer par le fond une bonne partie de la m\u00e9tapsychologie freudienne et, d\u2019autre part, de Roy Schafer avec sa th\u00e9orie de la narrativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa14\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: De la multiplicit\u00e9 des paradigmes au relativisme th\u00e9orique, la m\u00e9tapsychologie va ainsi \u00eatre tr\u00e8s vite renvoy\u00e9e au rang des accessoires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La destruction de la m\u00e9tapsychologie. Quelles cons\u00e9quences sur la cure&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa15\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, elle devient explicitement un accessoire. Voici la proposition de Wallerstein \u2013 on est en 87, il ne s\u2019agit pas d\u2019assassiner imm\u00e9diatement Freud, \u00e7a prend du temps&nbsp;: il suffit de prendre les concepts fondamentaux de la pratique sans la th\u00e9orie (le transfert, le refoulement, etc.), il suffit d\u2019extraire ces concepts pratiques de l\u2019ensemble de la m\u00e9tapsychologie et on peut alors dire que toutes les m\u00e9tapsychologies \u2013 puisqu\u2019il n\u2019y a pas que la m\u00e9tapsychologie freudienne, il y a celle de Kohut, etc. \u2013 correspondent au besoin de construction personnelle des analystes, qu\u2019elles sont comme des superstructures par rapport \u00e0 leur pratique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa16\">Mais n\u2019apparaissent plus l\u2019id\u00e9e que, par exemple, transfert et refoulement sont fondamentalement articul\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on ne peut pas comprendre la th\u00e9orie du transfert si on n\u2019a pas en t\u00eate celle du refoulement et cette modalit\u00e9 absolument sp\u00e9cifique du retour du refoul\u00e9 qu\u2019est la r\u00e9p\u00e9tition sous forme de l\u2019agir dans le transfert, ni, non plus, l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut pour saisir \u00e7a, et le d\u00e9terminisme pulsionnel et la convergence des rejetons du refoul\u00e9 et une th\u00e9orie de la m\u00e9moire et de l\u2019amn\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa17\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Des th\u00e9ories cliniques ajust\u00e9es finalement \u00e0 chaque patient, \u00e0 chaque cure.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa18\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Pas \u00e0 chaque patient. \u00c0 chaque analyste. Au fond, chaque analyste a sa th\u00e9orie mais il y aurait malgr\u00e9 tout une \u00ab&nbsp;clinique&nbsp;\u00bb commune \u00e0 tous les analystes. Ce n\u2019est donc pas \u00e0 chaque patient. Chaque patient, \u00e7a c\u2019est l\u2019\u00e9tape suivante. Par exemple \u2013 car les choses \u00e9voluent de 1987 \u00e0 2001, et je prends cette date parce que Goldberg fait sa conf\u00e9rence \u00ab&nbsp;La psychanalyse postmoderne&nbsp;\u00bb \u00e0 Nice en 2001\u202f<sup>15<\/sup>&nbsp;\u2013 alors l\u00e0, non seulement il y a une pluralit\u00e9 de th\u00e9ories m\u00e9tapsychologiques personnelles, c\u2019est-\u00e0-dire propre \u00e0 chaque analyste, mais l\u2019analyste adapte le traitement \u2013 avec le grand terme de Goldberg qui est la \u00ab&nbsp;n\u00e9gociation&nbsp;\u00bb, qui t\u00e9moigne en quelque sorte de la marchandisation de la parole et de la pens\u00e9e \u2013 en n\u00e9gociant avec le patient tous les \u00e9l\u00e9ments de la cure. Il adapte le cadre, il adapte les interpr\u00e9tations, puisqu\u2019il n\u00e9gocie les interpr\u00e9tations, et ne parlons pas des syst\u00e8mes de paiement, de r\u00e9gularit\u00e9, de rythme etc. Tout est n\u00e9goci\u00e9&nbsp;! On voit bien l\u00e0 comment, ce qui venait lentement depuis 1987, explose au grand jour. En 87, aussi bien les critiques de Schafer que celles de Kohut contre l\u2019<em>ego psychology<\/em>&nbsp;s\u2019en prenaient \u00e0 l\u2019autoritarisme de l\u2019analyste&nbsp;; et en 2001, quand Goldberg s\u2019en prend finalement au cadre m\u00eame de la cure et pr\u00f4ne cette esp\u00e8ce d\u2019adaptation \u00e0 tout crin \u2013 mais il n\u2019est pas le seul&nbsp;! \u2013, c\u2019est vraiment le dernier acte de la destruction de ce qu\u2019ils imaginent \u00eatre &#8211; car c\u2019est cela qu\u2019il faut comprendre&nbsp;: c\u2019est ce qu\u2019ils imaginent \u00eatre \u2013 la destruction de l\u2019autoritarisme du psychanalyste.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa19\">Rien de la m\u00e9tapsychologie de l\u2019autorit\u00e9 imput\u00e9e par le patient \u00e0 l\u2019analyste n\u2019est \u00e9labor\u00e9e. Et pour cause puisqu\u2019ils ont d\u00e9truit la m\u00e9tapsychologie et en particulier une bonne partie de la m\u00e9tapsychologie du surmoi. Or l\u2019analyste peut \u00eatre le plus gentil qui soit, \u00e7a ne changera rien au fait que le patient va le percevoir sur le mode de la terreur, comme l\u2019objet m\u00eame de la terreur, ou comme l\u2019agent du jugement. Pourtant ces analystes passent leur temps \u00e0 essayer de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non, non, c\u2019est \u00e0 part \u00e9gale que s\u2019organise le champ de la cure&nbsp;\u00bb. Bref on est dans un syst\u00e8me de d\u00e9mocratisation de la parole au sein de la cure, tr\u00e8s \u00ab&nbsp;politiquement correct&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa20\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Et dans une relation sym\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa21\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Totalement sym\u00e9trique, c\u2019est ouvertement dit par Owen Renik\u202f<sup>16<\/sup>&nbsp;au moment o\u00f9 il d\u00e9fend la&nbsp;<em>Self-disclosure<\/em>. La position des partenaires de la situation analytique est \u00e9pist\u00e9mologiquement sym\u00e9trique. L\u2019argument \u00e9pist\u00e9mologique est simplissime&nbsp;: l\u2019analyste travaille avec son appareil psychique&nbsp;; donc vous avez deux appareils psychiques qui s\u2019entrem\u00ealent, s\u2019entre-tissent&nbsp;; et donc l\u2019interpr\u00e9tation n\u2019est qu\u2019une construction fictive, fabriqu\u00e9e avec deux appareils psychiques. Plus question, donc, de lev\u00e9e de l\u2019amn\u00e9sie, ni de report au pass\u00e9 de ce que le transfert r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa22\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Et ces deux appareils psychiques n\u00e9gocient la cure comme un \u00ab&nbsp;r\u00e9cit de soi&nbsp;\u00bb, selon l\u2019expression de Schafer&nbsp;: le produit d\u2019un commun accord \u00e0 la suite de cette n\u00e9gociation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la narrativit\u00e9 au retour des (vieilles) th\u00e9ories du sujet, de la personne et de l\u2019identit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa23\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, c\u2019est exactement \u00e7a. Schafer s\u2019est avanc\u00e9 sur ce terrain avant Goldberg qui \u00e9tait initialement kohutien. Mais est venu un moment o\u00f9 Goldberg a trouv\u00e9 Schafer formidable. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il trouvait que Kohut et Schafer marchaient bien dans la m\u00eame direction, alors qu\u2019ils venaient, en fait, de points de vue analytiques radicalement oppos\u00e9s. La th\u00e9orie du narcissisme et la th\u00e9orie du trauma d\u00e9velopp\u00e9es par Kohut n\u2019ont vraiment pas grand chose \u00e0 voir avec l\u2019empathie g\u00e9n\u00e9rative, d\u00e9velopp\u00e9e au d\u00e9part par Schafer. Mais finalement, de simplifications en r\u00e9ductions, \u00e0 un moment donn\u00e9 il y a convergence&nbsp;: ces deux appareils psychiques \u00e0 part \u00e9gale contribuent \u00e0 la fabrication d\u2019une narration qui est l\u2019histoire de soi acceptable par le patient, ce qui le replace dans une position de responsabilit\u00e9, et donc le replace dans la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre sujet de lui-m\u00eame,&nbsp;et donc finalement contribue \u00e0 la restauration du&nbsp;<em>self<\/em>. Au passage, je pr\u00e9cise que la convergence s\u2019effectue en r\u00e9alit\u00e9 autour de deux axes&nbsp;: le r\u00e9quisitoire contre la pulsion et la critique de la rigidit\u00e9 de l\u2019analyste dit \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb. Dans ce grand m\u00e9li-m\u00e9lo, il faut aussi souligner le r\u00f4le de P. Ric\u0153ur\u202f<sup>17<\/sup>&nbsp;aux \u00c9tats-Unis&nbsp;: il p\u00e8se d\u2019un poids consid\u00e9rable dans cette vision tr\u00e8s simplifi\u00e9e&nbsp;: je pense que son \u00e9migration \u00e0 Chicago, apr\u00e8s qu\u2019il ait quitt\u00e9 l\u2019universit\u00e9 fran\u00e7aise dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s 68, a jou\u00e9 un r\u00f4le important. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement proche de Kohut. Il a \u00e9crit des textes d\u00e9fendant les positions de Kohut, membre tr\u00e8s important de l\u2019Institut de Chicago, et Schafer a \u00e9t\u00e9 son lecteur. Schafer a \u00e9t\u00e9 un lecteur de Sartre, puis de Ric\u0153ur qui fait d\u2019ailleurs de grandes salutations \u00e0 Schafer dans&nbsp;<em>Temps et R\u00e9cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa24\">Ce qui importe, c\u2019est de saisir comment la th\u00e9orie du sujet et la th\u00e9orie de la personne reprennent finalement leurs droits en appui sur une esp\u00e8ce d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qu\u2019ils font fonctionner \u00e0 plein&nbsp;: je veux parler de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du terme&nbsp;<em>agency<\/em>\u202f<sup>18<\/sup>. Disons que c\u2019est une th\u00e9orie de l\u2019agent qui est d\u00e9velopp\u00e9e. Mais, dans cet horizon, ou bien on va consid\u00e9rer que l\u2019agent est inconscient et on retrouve la th\u00e9orie de l\u2019<em>Agieren<\/em>\u202f<sup>19<\/sup>&nbsp;de Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb fait, et \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb fait de mani\u00e8re incoh\u00e9rente en quelque sorte&nbsp;; il faut donc tol\u00e9rer l\u2019incoh\u00e9rence pour comprendre d\u2019o\u00f9 \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb vient&nbsp;; ou bien,&nbsp;<em>agency<\/em>&nbsp;va \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 un agent avec une volont\u00e9. Moyennant quoi, si vous consid\u00e9rez que&nbsp;<em>agency<\/em>&nbsp;est le terme utilis\u00e9 par Strachey\u202f<sup>20<\/sup>&nbsp;pour traduire \u00ab&nbsp;instance&nbsp;\u00bb \u2013 ce qui n\u2019est pas rien \u2013, vous voyez la teneur de la proposition&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah non, pas les instances, \u00e7a c\u2019est une th\u00e9orie qui proc\u00e8de \u00e0 coup de substantialisation des qualificatifs en en tirant des pseudo-concepts. Prenons&nbsp;<em>agency<\/em>&nbsp;et \u00ab&nbsp;agent&nbsp;\u00bb, et disons qu\u2019il faut que la personne soit l\u2019agent de son action \u2013 avec ici l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019usage de l\u2019intentionnalit\u00e9 \u2013 et ce sera ainsi beaucoup plus clair&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa25\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Et on retombe sur l\u2019identit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa26\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Absolument. Comme si le but de la cure, c\u2019\u00e9tait que le patient puisse r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab&nbsp;qui&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;: qui suis-je&nbsp;? Ce qui est tout \u00e0 fait \u00e9tonnant&nbsp;! Mais c\u2019est bien ainsi qu\u2019entre temps, une partie de la psychanalyse a bascul\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la narrativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa27\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: En France aussi, elle a pour une part bascul\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9 de la narrativit\u00e9, \u00e7a prend tr\u00e8s bien ici aussi, y compris l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attendrait le moins.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa28\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: \u00c7a prend tr\u00e8s bien, et depuis un petit moment. Je pense en particulier que les travaux d\u2019Antonino Ferro ont \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait d\u00e9terminants dans cette \u00e9volution. Il me semble qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 un des premiers avec \u00ab&nbsp;la psychanalyse comme \u0153uvre ouverte&nbsp;\u00bb \u00e0 pr\u00f4ner la narration comme le territoire sur lequel s\u2019effectue la cure. Ce qui est d\u2019ailleurs assez int\u00e9ressant, c\u2019est que l\u00e0 aussi, pour justifier ce virage, on passe par profits et pertes l\u2019essentiel de la m\u00e9tapsychologie freudienne&nbsp;: on est dans un \u00ab&nbsp;brouhaha \u00e9motif&nbsp;\u00bb, on donne forme en \u00e9tant un \u00ab&nbsp;contenant&nbsp;\u00bb psychique, on est dans la coop\u00e9ration dialogique, la co-narration, la transformation narrative, etc.. Mais le point de d\u00e9part est l\u00e0 encore une cible&nbsp;: cette fois M\u00e9lanie Klein, son rigorisme, son autoritarisme. On peut faire mille reproches aux modalit\u00e9s interpr\u00e9tatives de M\u00e9lanie Klein&nbsp;: ce qui peut \u00eatre dit de la saturation, ce que dit Antonino Ferro de la saturation des interpr\u00e9tations, etc., mille fois d\u2019accord&nbsp;! Mais A. Ferro se sert de cette critique de l\u2019autoritarisme interpr\u00e9tatif de M. Klein pour pratiquer une op\u00e9ration au plan m\u00e9tapsychologique extr\u00eamement suspecte, qui consiste \u00e0 l\u00e2cher M. Klein en la critiquant violemment, puis \u00e0 s\u2019emparer de Bion en faisant comme si on pouvait se servir de Bion sans se servir de M. Klein. Or, quand on lit Bion, on ne comprend absolument rien au processus de l\u2019 \u00ab&nbsp;alphab\u00e9tisation&nbsp;\u00bb\u202f<sup>21<\/sup>&nbsp;si on ne dispose pas du concept d\u2019identification projective de Klein. C\u2019est le noyau dur de Bion. Si bien que les vrais kleiniens se demandent comment Ferro pense la transformation des \u00e9l\u00e9ments&nbsp;<em>beta<\/em>&nbsp;en \u00e9l\u00e9ments&nbsp;<em>alpha<\/em>&nbsp;en l\u00e2chant l\u2019identification projective. S\u2019il a l\u00e2ch\u00e9 toute l\u2019op\u00e9ration invent\u00e9e par M. Klein \u2013 dont on peut penser \u00e9ventuellement que c\u2019est une op\u00e9ration de sorcellerie, peu importe, c\u2019est un autre probl\u00e8me&nbsp;; dans ce cas, il s\u2019agit de discuter M. Klein et de passer par d\u2019autres chemins \u2013 mais si on a abandonn\u00e9 cette id\u00e9e que quelque chose est d\u00e9pos\u00e9 dans la m\u00e8re puis repris \u00e0 la m\u00e8re &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire tout le jeu de l\u2019identification projective -, on ne comprend pas Bion.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa29\">A. Ferro se sert strat\u00e9giquement de cette lutte contre M. Klein \u2013 en l\u2019\u00e9tendant d\u2019ailleurs \u00e0 Freud car Ferro dit aussi des choses tr\u00e8s \u00e9tonnantes sur ce dernier&nbsp;: il n\u2019aurait pens\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019histoire, dont la lev\u00e9e de l\u2019amn\u00e9sie ne serait que la simple reconstitution. Des critiques qui ne tiennent aucun compte des d\u00e9tails de la m\u00e9tapsychologie en relation avec la pratique\u2026. Mais c\u2019est un op\u00e9ration th\u00e9orique commode. \u00c9videmment, aujourd\u2019hui le ici-et-maintenant et \u00ab&nbsp;l\u2019histoire de soi&nbsp;\u00bb ont gagn\u00e9 bien des couches de la population analytique. M\u00eame si les gens ne se r\u00e9clament pas n\u00e9cessairement du narrativisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La psychanalyse d\u2019enfants<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa30\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: La psychanalyse avec les enfants a jou\u00e9 un r\u00f4le important et continu dans votre parcours, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa31\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Tr\u00e8s important, oui. J\u2019ai commenc\u00e9 par \u00e7a, tout simplement. Mes premi\u00e8res cures ont \u00e9t\u00e9 avec des enfants. Des analyses d\u2019enfants avec des cas tr\u00e8s difficiles car ils m\u2019ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s par les analystes du&nbsp;<em>Coteau<\/em>, \u00e0 Vitry-sur-Seine (<em>NB<\/em>&nbsp;: Avec l\u2019arriv\u00e9e de Georges Amado,&nbsp;<em>Le Coteau<\/em>&nbsp;\u00e0 Vitry-sur-Seine \u00e9tait devenu apr\u00e8s 1948 \u00ab&nbsp;l\u2019un des rares \u00e9tablissements en France o\u00f9 la psychanalyse \u00e9tait utilis\u00e9e comme une r\u00e9f\u00e9rence pratique et th\u00e9orique pour l\u2019approche et la compr\u00e9hension des troubles graves du comportement pr\u00e9sent\u00e9s par certains enfants&nbsp;\u00bb, dans un travail en commun avec des \u00e9ducateurs, des travailleurs sociaux et des enseignants sp\u00e9cialis\u00e9s). J\u2019ai eu \u00e9norm\u00e9ment de chance, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9e par l\u2019\u00e9quipe du&nbsp;<em>Coteau<\/em>&nbsp;o\u00f9 travaillaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque Annette Fr\u00e9javille, Gilbert Diatkine, Jean-Claude Arfouilloux, Rodolphe Bydlowski, Michel Vincent, Jeanne Aboudrar, et puis Jacqueline Roy\u2026 et \u00e9videmment encore beaucoup d\u2019autres gens\u202f<sup>22<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa32\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Vous avez \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9e en tant que psychologue&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa33\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: J\u2019ai \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9e comme psychoth\u00e9rapeute. Je faisais mon stage de DESS au Coteau o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des examens psychologiques sous la houlette d\u2019une personne qui a \u00e9t\u00e9 une grande amie et qui est morte pr\u00e9matur\u00e9ment, \u00c9dith Mignard. E. Mignard, qui \u00e9tait la psychologue qui travaillait en tandem avec A. Fr\u00e9javille sur deux groupes de l\u2019internat, \u00e9tait une psychanalyste, tout comme Annette Fr\u00e9javille. Or la fa\u00e7on dont elles concevaient les examens psychologiques passait par un usage du mat\u00e9riel de test tout \u00e0 fait remarquable. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il y avait \u00e0 la fois une vraie rigueur car on cotait malgr\u00e9 tout les \u00e9preuves pour savoir \u00e0 peu pr\u00e8s o\u00f9 en \u00e9tait l\u2019enfant &#8211; d\u2019ailleurs les cotations nous d\u00e9voilaient tr\u00e8s souvent des choses surprenantes &#8211; et en m\u00eame temps j\u2019ai appris avec E. Mignard \u00e0 me servir de ce mat\u00e9riel pour faire une lecture clinique tr\u00e8s riche. J\u2019ai en particulier appris \u00e0 me servir des petits fragments projectifs \u00e0 l\u2019\u0153uvre en permanence \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des examens psychologiques, et pas seulement dans les tests dits projectifs&nbsp;: quelles \u00e9taient les pens\u00e9es incidentes qui venaient s\u2019immiscer au sein du test qui faisaient que l\u2019enfant\u2026etc.&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa34\">Et c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on m\u2019a confi\u00e9 petit \u00e0 petit la t\u00e2che de faire des examens psychologiques seule, que je pr\u00e9sentais en r\u00e9union de synth\u00e8se. Je me souviens, on m\u2019avait confi\u00e9 la t\u00e2che de suivre un enfant par toutes petites tranches de temps, parce que cet enfant ne tenait pas en place et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait donc pas possible de le garder deux heures durant pour une passation compl\u00e8te. Je le voyais donc par petits fragments, de mani\u00e8re espac\u00e9e. L\u2019examen psychologique comportait, par lui-m\u00eame, un support tr\u00e8s encadrant, de sorte que l\u2019enfant avait ce point d\u2019appui qui lui permettait de se cadrer puisqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas directement aux prises avec une fantasmatique qui d\u2019ordinaire le faisait partir, au sens propre, pour essayer de se fuir lui-m\u00eame. Et puis on a eu le sentiment que cet enfant s\u2019organisait &#8211; c\u2019\u00e9tait un enfant tr\u00e8s intelligent qui \u00e9chouait totalement &#8211; et qu\u2019il commen\u00e7ait \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 une vraie curiosit\u00e9. Et lors d\u2019une r\u00e9union de synth\u00e8se, Rodolphe Bydlowski a propos\u00e9 que cet enfant d\u00e9marre une th\u00e9rapie. \u00c9tait pr\u00e9sente \u00e9galement Jacqueline Roy qui, elle, travaillait en tandem avec R. Bydlowski, et qui \u00e9tait la doyenne de toutes ces \u00e9quipes &#8211; elle avait travaill\u00e9 avec Georges Amado -, des \u00e9quipes tr\u00e8s solides qui ont \u00e9t\u00e9, par la suite, tr\u00e8s consciencieusement d\u00e9truites. Je dois dire, vraiment, que tous m\u2019ont beaucoup appris&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa35\">R. Bydlowski m\u2019a demand\u00e9 si j\u2019acceptais de prendre cet enfant en th\u00e9rapie. J\u2019ai r\u00e9pondu que cela d\u00e9pendait de la possibilit\u00e9 de trouver un superviseur, car un cas pareil allait \u00eatre difficile. Et tr\u00e8s bizarrement, pour dire \u00e0 quel point j\u2019\u00e9tais d\u00e9butante, je ne me suis pas du tout pos\u00e9 la question de savoir si c\u2019\u00e9tait une entrave au d\u00e9marrage de la th\u00e9rapie que d\u2019avoir fait ces examens psychologiques. Au fond pour moi, j\u2019allais sortir ma bo\u00eete de jouets et on allait continuer comme on pouvait \u00e0 faire des jeux \u2013 car cela faisait aussi partie de cette formation au&nbsp;<em>Coteau<\/em>&nbsp;: l\u2019\u00e9quipe des psychologues avaient en quelque sorte invent\u00e9 des sortes de tests, \u00e0 partir de Piaget, autour de la conservation de la quantit\u00e9, de la substance, du volume, avec des bouteilles et leurs bouchons, de la p\u00e2te \u00e0 modeler, des bo\u00eetes en carton, etc. Donc j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 comme psychoth\u00e9rapeute. Mais, quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ensuite engag\u00e9e comme psychologue de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019externat que dirigeait Gilbert Diatkine, tout ce que j\u2019ai appris dans ce tout premier temps m\u2019a \u00e9videmment beaucoup servi.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa36\">Voil\u00e0,\u2026 et mon premier superviseur \u00e9tait au&nbsp;<em>Centre Alfred Binet<\/em>. J\u2019ai fait cette supervision pendant des ann\u00e9es avec Charlotte Goldfarb, car cette cure a dur\u00e9 tr\u00e8s longtemps, l\u2019enfant qui \u00e9tait initialement \u00e0 l\u2019internat \u00e9tant pass\u00e9 ensuite au placement familial et \u00e0 l\u2019externat.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa37\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Dans&nbsp;<em>Cures d\u2019enfance<\/em>&nbsp;(2004) qui est consacr\u00e9 \u00e0 la cure d\u2019enfants, vous vous attaquez de front \u00e0 cette question qui traverse la psychanalyse d\u2019enfant d\u00e8s ses d\u00e9buts, puis avec les fameuses&nbsp;<em>Controverses<\/em>&nbsp;entre Anna Freud et M\u00e9lanie Klein\u202f<sup>23<\/sup>, sur la place de la lev\u00e9e du refoulement dans la psychanalyse d\u2019enfant, et le rapport avec l\u2019\u00e9ducatif. La cure avec les enfants a-t-elle pour vocation de faciliter la lev\u00e9e du refoulement ou au contraire de le renforcer \u2013 pour \u00eatre un peu caricaturale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa38\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Non, vous n\u2019\u00eates pas caricaturale, c\u2019est un s\u00e9rieux probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa39\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Cette question th\u00e9orique, c\u2019est la pratique clinique avec les enfants qui impose de se la poser. Au-del\u00e0 de la psychanalyse des enfants, c\u2019est l\u00e0 une des caract\u00e9ristiques de votre travail, me semble-t-il&nbsp;: vous nouez de mani\u00e8re tr\u00e8s serr\u00e9e les dimensions clinique et th\u00e9orique avec les dimensions \u00e9pist\u00e9mologique et anthropologique, et vous tenez ces quatre fils ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa40\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, c\u2019est beaucoup de compliments, mais \u00e7a fait partie du paysage. C\u2019est vrai, la psychanalyse \u2013 clinique et th\u00e9orie associ\u00e9es \u2013 a un pied du c\u00f4t\u00e9 de la science, un pied du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019anthropologie. Si vous regardez par exemple les th\u00e9ories de la primitivit\u00e9 dont use Freud, elles sont anthropologiques. Donc on est bien oblig\u00e9 de prendre \u00e7a en consid\u00e9ration Et quand vous \u00e9voquez les&nbsp;<em>Controverses<\/em>, oui, c\u2019est un probl\u00e8me vraiment \u00e9pineux, je pense que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9e moi-m\u00eame quand j\u2019ai lu Anna Freud.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa41\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Qui est tout sauf une caricature, et qui a \u00e9t\u00e9 caricatur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa42\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Qui a \u00e9t\u00e9 caricatur\u00e9e alors qu\u2019elle est d\u2019une subtilit\u00e9 tout \u00e0 fait remarquable. Elle pose tr\u00e8s bien la question du transfert dans l\u2019analyse d\u2019enfant, en disant dans le d\u00e9bat avec M. Klein qu\u2019il n\u2019est pas exact que le transfert d\u2019un enfant est de m\u00eame nature que le transfert d\u2019un adulte sur son analyste, pour la raison que les parents sont des p\u00f4les d\u2019investissement qui n\u2019ont absolument pas \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s. Donc l\u2019analyste va devoir compter avec la pr\u00e9sence des parents. Et d\u2019ailleurs, si on lit soigneusement Winnicott qui a \u00e9crit beaucoup de textes o\u00f9 il dit tr\u00e8s clairement sa dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard de M. Klein \u2013 il n\u2019en fait pas de myst\u00e8re \u2013 c\u2019est assez curieux, car sur la question du transfert dans l\u2019analyse de l\u2019enfant, il op\u00e8re un virage gigantesque par rapport \u00e0 M. Klein. Mais il n\u2019aborde pas frontalement le probl\u00e8me de la \u00ab&nbsp;profondeur&nbsp;\u00bb du transfert, ou du niveau de densit\u00e9 du transfert, en relation avec la controverse Anna Freud-M\u00e9lanie Klein. Il ne pose pas le probl\u00e8me dans ces termes-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa43\">Sans doute parce qu\u2019\u00e0 ses yeux M. Klein a une position intenable, d\u2019autant plus intenable que c\u2019est sur l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du transfert sur l\u2019analyste qu\u2019elle articule l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019on peut donner \u00e0 l\u2019enfant de son jeu, en ayant acc\u00e8s aux couches psychiques les plus profondes. Pour elle, la pulsion de mort est imm\u00e9diatement active, puisque cette m\u00eame int\u00e9gralit\u00e9 joue dans les deux axes avec l\u2019objet&nbsp;: dans la relation \u00e0 l\u2019analyste qui est l\u2019objet transf\u00e9rentiel, avec tout le jeu de la destructivit\u00e9, etc., et dans l\u2019interpr\u00e9tation qui va toucher imm\u00e9diatement au plus profond, en s\u2019appuyant sur la th\u00e9orie de la pulsion de mort et sur la th\u00e9orie d\u2019un surmoi pr\u00e9coce directement articul\u00e9 \u00e0 la destructivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa44\">Ce caract\u00e8re int\u00e9gral est d\u2019ailleurs \u00e0 peu pr\u00e8s ce que Antonino Ferro vise, ce en quoi je ne lui jetterais certainement pas la pierre, car c\u2019est vrai qu\u2019il y a l\u00e0 une esp\u00e8ce de volont\u00e9 de totalisation de l\u2019interpr\u00e9tation. Quand on relit s\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance le cas Richard\u202f<sup>24<\/sup>, c\u2019est par moment vertigineux. En regard de cela, oui, je trouve que la position d\u2019A. Freud est tr\u00e8s subtile&nbsp;: par exemple quand elle dit que, dans les analyses d\u2019enfant, on a affaire \u00e0&nbsp;<em>des<\/em>&nbsp;transferts, qu\u2019on h\u00e9rite de&nbsp;<em>pans<\/em>&nbsp;transf\u00e9rentiels, de&nbsp;<em>zones<\/em>&nbsp;transf\u00e9rentielles, mais que l\u2019analyste est oblig\u00e9 de tricoter avec les personnes r\u00e9elles que sont les parents et, de plus, avec cette personne r\u00e9elle qu\u2019est l\u2019analyste lui-m\u00eame, en tant qu\u2019il est r\u00e9ellement un \u00e9tranger pour l\u2019enfant. Selon elle, cette r\u00e9alit\u00e9 joue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la relation. Un adulte avec un \u00e9tranger, c\u2019est une chose. Un enfant avec un \u00e9tranger, c\u2019est autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa45\">Mais c\u2019est justement du fait de ce point de vue qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 caricatur\u00e9e parce que tout ce qu\u2019elle dit du premier temps de la cure o\u00f9 l\u2019analyste prend contact avec l\u2019enfant, et qu\u2019elle a consid\u00e9r\u00e9 comme une sorte de \u00ab&nbsp;temps \u00e9ducatif&nbsp;\u00bb \u2013 elle venait des&nbsp;<em>Kindergarten<\/em>&nbsp;(jardins d\u2019enfants) viennois, et les premiers textes datent de 1926-1927\u202f<sup>25<\/sup>&nbsp;\u2013 tout cela a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 comme la preuve que A. Freud \u00e9tait au fond une \u00e9ducatrice et pas vraiment une analyste. Alors que pas du tout&nbsp;: ce que dit Anna Freud, c\u2019est que, pour toucher aux angoisses les plus terribles avec lesquelles l\u2019enfant est aux prises, encore faut-il que l\u2019analyste ne rev\u00eate pas massivement la figure effrayante de l\u2019\u00e9tranger, car l\u2019analyste n\u2019a alors aucun moyen de faire le d\u00e9partage entre ce qui est la terreur provoqu\u00e9e par cet \u00e9tranger et ce qui appartient proprement au d\u00e9pliement d\u2019un espace intrapsychique dans la dimension interpsychique des pans transf\u00e9rentiels. Oui, elle est vraiment subtile&nbsp;! Par exemple sur la question du deuil de l\u2019enfant, quand elle \u00e9tablit et \u00e9labore la diff\u00e9rence entre perte r\u00e9elle et s\u00e9paration. C\u2019est une clinicienne exemplaire. Et puis il y a des textes proprement magnifiques, par exemple le texte sur le retour des enfants de Theresienstadt\u202f<sup>26<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La th\u00e9orie du trauma, encore<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa46\">Retour au trauma et retour \u00e0 l\u2019\u00e9ducatif, peut-\u00eatre. Mais si on examine l\u2019observation de ce groupe d\u2019enfants \u2013 dont j\u2019ai parl\u00e9 dans un entretien avec l\u2019\u00e9quipe de&nbsp;<em>Penser, r\u00eaver<\/em>\u202f<sup>27<\/sup>&nbsp;\u2013 c\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant. On peut \u00e9videmment se dire qu\u2019elle observe un groupe&nbsp;d\u2019enfants arrivant des camps, des enfants qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9duquer, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019adapter. \u00c0 ceci pr\u00e8s que tous les petits \u00e9l\u00e9ments de la vie de ces enfants sont rep\u00e9r\u00e9s analytiquement&nbsp;: par exemple pourquoi tel objet circule, pourquoi il ne circule pas ou plus, pourquoi ils veulent tous celui-l\u00e0 qui n\u2019a pas l\u2019air diff\u00e9rent de celui-ci, etc. Tout est \u00e9cout\u00e9, entendu \u00e0 partir d\u2019une hypoth\u00e8se qui est proprement analytique. La surface est incoh\u00e9rente, mais il doit y avoir une sous-couche capable de rendre compte de cette surface incoh\u00e9rente. Et, pour \u00e7a, il faut supporter un long temps l\u2019incoh\u00e9rence jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle fabrique des petits retours, des nouveaux rejetons et qu\u2019on ait ainsi une panoplie d\u2019\u00e9l\u00e9ments devant nous qui permettent de tisser un filet autour de ces lacunes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa47\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Anna Freud ne se r\u00e9f\u00e8re pas du tout au mod\u00e8le du trauma, si g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans la psychanalyse aujourd\u2019hui, ni \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019empathie suppos\u00e9e r\u00e9parer ledit trauma \u2013 l\u2019un et l\u2019autre, trauma et empathie, permettant de se passer, encore une fois, de toute th\u00e9orie des pulsions, voire de l\u2019inconscient lui-m\u00eame\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa48\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Absolument pas. Il faut dire que ni M. Klein, ni A. Freud ne se sont laiss\u00e9es le moins du monde s\u00e9duire par ce chant de sir\u00e8nes. Certes, elles appartenaient \u00e0 une autre g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;; mais elles appartenaient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration qui a commenc\u00e9 \u00e0 donner \u00e0 l\u2019empathie ses lettres de noblesse. Vous avez tout \u00e0 fait raison de relier ce probl\u00e8me \u00e0 celui du trauma&nbsp;: l\u2019observation des enfants de retour de Theresienstadt aurait pu \u00eatre pens\u00e9e enti\u00e8rement \u00e0 partir d\u2019une th\u00e9orie du trauma qui aurait abras\u00e9, dans la compr\u00e9hension m\u00eame de l\u2019exp\u00e9rience, le jeu des fonctions psychiques. Parce qu\u2019il faut ajouter que la fa\u00e7on dont ils mettaient \u00e0 sac le lieu o\u00f9 on les h\u00e9bergeait permettait de penser qu\u2019effectivement il ne restait plus rien de leurs appareils psychiques, ou m\u00eame que ces appareils ne s\u2019\u00e9taient jamais construits, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience du camp. Mais pas du tout, c\u2019est ce qu\u2019Anna Freud montre tr\u00e8s bien. Ils avaient eu un pass\u00e9, un pass\u00e9 psychique, et ils avaient un avenir. Par la suite, ce sont des enfants qui ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s dans des familles am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa49\">Pourquoi dis-je cela&nbsp;? Parce que je pense que la th\u00e9orie du trauma a justement pris, ou plut\u00f4t repris, son envol autour du probl\u00e8me des survivants, dans les ann\u00e9es 1970&nbsp;; c\u2019est le d\u00e9but du groupe&nbsp;<em>Krystal<\/em>\u202f<sup>28<\/sup>. Non, en fait c\u2019est avec Niederland que cela d\u00e9bute, 1961, 1964. On est oblig\u00e9 de repartir en amont \u2013 voil\u00e0 \u00e0 quoi sert l\u2019histoire&nbsp;!&nbsp;<em>De facto<\/em>, dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, ce qui reste de la communaut\u00e9 juive europ\u00e9enne a \u00e9migr\u00e9. Et pour une bonne part, la communaut\u00e9 psychanalytique juive a \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis. Ils s\u2019installent, ils travaillent. Ils fondent pour certains l\u2019<em>ego psychology<\/em>, par exemple Hartmann et Loewenstein qui, lui, a auparavant fait un passage par Paris. Mais ils s\u2019attellent aussi au probl\u00e8me de ce qui vient de ravager la culture occidentale, par exemple Loewenstein avec sa&nbsp;<em>Psychanalyse de l\u2019anti-s\u00e9mitisme<\/em>\u202f<sup>29<\/sup>. Et d\u2019autres, Simmel, Fenichel, mais aussi Adorno (qui connaissait les&nbsp;<em>Conf\u00e9rences d\u2019Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>&nbsp;de Freud (1916-1917) comme le fond de sa poche), et Horkheimer\u202f<sup>30<\/sup>&nbsp;qui a, lui, fait une ann\u00e9e d\u2019analyse avec Landauer\u202f<sup>31<\/sup>&nbsp;\u00e0 Francfort (il ne faut jamais oublier que l\u2019<em>\u00c9cole de Francfort<\/em>&nbsp;h\u00e9bergeait l\u2019<em>Institut de Francfort<\/em>&nbsp;naissant&nbsp;: un lien, donc, extr\u00eamement fort), d\u2019autres donc, tout de suite apr\u00e8s-guerre, en 1944, d\u00e9cident d\u2019organiser \u00e0 San Francisco un premier colloque \u00e0 propos du nazisme et de l\u2019anti-s\u00e9mitisme. Un colloque o\u00f9 la question de la personne autoritaire est centrale. Ils red\u00e9marrent donc avec&nbsp;<em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em>, avec&nbsp;<em>Malaise dans la culture<\/em>, avec la question du surmoi, et cette id\u00e9e d\u00e9j\u00e0 parfaitement pr\u00e9sente pour Adorno, la grande id\u00e9e de&nbsp;<em>Malaise<\/em>, que le processus de la culture renforce la haine de la culture. Historiquement parlant, ils ont donc dans les mains, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Freud et, de l\u2019autre, l\u2019ampleur des effets de l\u2019antis\u00e9mitisme, dont la cons\u00e9quence est inconcevable mais qu\u2019il va bien falloir concevoir.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa50\">Et puis, bizarrement, apr\u00e8s ce colloque, tout comme apr\u00e8s la publication de Loewenstein, pratiquement silence radio. Il ne se passe rien\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ce que les autorit\u00e9s allemandes demandent de constituer les dossiers des survivants, pour qu\u2019il y ait des compensations au tort qui leur a \u00e9t\u00e9 fait&nbsp;: les \u00ab&nbsp;r\u00e9parations&nbsp;\u00bb allemandes jouent ici un r\u00f4le d\u00e9terminant. Parce que c\u2019est la question du tort et du pr\u00e9judice qui am\u00e8ne ainsi un certain nombre de juifs \u00e9migr\u00e9s, et en particulier des analystes, \u00e0 se dire qu\u2019ils n\u2019auront aucun mal \u00e0 faire la d\u00e9monstration du pr\u00e9judice subi par une personne qui a perdu l\u2019usage de la marche, ou qui a perdu la vue, bref des personnes souffrant de s\u00e9quelles organiques. Mais comment va-t-on soutenir la demande d\u2019une personne qui souffre depuis son retour des camps de c\u00e9phal\u00e9es dramatiques, ou d\u2019un retrait avec impossibilit\u00e9 de parler&nbsp;? C\u2019est-\u00e0-dire comment va-t-on faire entrer en ligne de compte des pathologies en fait proprement psychiques&nbsp;? Et donc Niederland, mais il n\u2019est pas seul, cr\u00e9e des groupes d\u2019enqu\u00eate, tr\u00e8s actifs, dont les premi\u00e8res restitutions paraissent vers 1960. Ces analystes interrogent les survivants ainsi que les enfants de survivants, et progressivement dressent en quelque sorte des tableaux cliniques du trauma provoqu\u00e9 par la&nbsp;<em>Shoah<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa51\">La bizarrerie de tout \u00e7a, c\u2019est qu\u2019ils vont en d\u00e9duire que le trauma est un \u00e9v\u00e9nement qui a compl\u00e8tement&nbsp;abras\u00e9 l\u2019appareil psychique des survivants et distordu l\u2019appareil psychique des personnes appartenant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante. Ces analystes qui se mettent \u00e0 \u00e9crire entre 75 et 85 (1985 est une date charni\u00e8re, puisque c\u2019est le premier congr\u00e8s de l\u2019I.P.A &#8211;&nbsp;<em>International Psychoanalytical Association<\/em>&nbsp;&#8211; qui revient en Allemagne, \u00e0 Hambourg, apr\u00e8s la guerre), ces analystes, donc, l\u00e2chent l\u2019id\u00e9e que, si ces personnes ont surv\u00e9cu, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019il y avait quelque chose dans leurs appareils psychiques qui au minimum fonctionnait. Donc th\u00e9orie du trauma en grand, abrasion de l\u2019appareil psychique, th\u00e9orie des trous noirs dans l\u2019appareil psychique, th\u00e9orie de la paralysie psychique et th\u00e9orie des pathologies de la seconde g\u00e9n\u00e9ration parce ce sont les enfants des survivants \u2013 des petits am\u00e9ricains \u00e9lev\u00e9s aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s l\u2019\u00e9migration \u2013 qui ont servi de contenants aux parents traumatis\u00e9s&nbsp;: ils sont en quelque sorte les outils ou les artisans de la survie et de la compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa52\">\u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, on a l\u2019impression qu\u2019une locomotive est lanc\u00e9e et qu\u2019elle ne s\u2019arr\u00eate pas&nbsp;! Au m\u00eame moment, on voit le DSM-III faire rentrer les&nbsp;<em>post-traumatic stress disorders<\/em>&nbsp;comme un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s des syst\u00e8mes diagnostiques. On voit Kohut qui s\u2019embranche directement sur cette th\u00e9matique avec une th\u00e9orie de la d\u00e9faillance narcissique enti\u00e8rement centr\u00e9e sur le trauma. S\u2019il avait \u00e9t\u00e9 exclu de l\u2019I.P.A., cela aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison. Cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 parce qu\u2019il \u00e9tait en train de creuser la question du narcissisme, mais bien parce que sa th\u00e9orie du narcissisme faisait revenir en premi\u00e8re ligne la&nbsp;<em>neurotica<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la premi\u00e8re th\u00e9orie freudienne du trauma, avec en outre quelques modifications majeures&nbsp;: disparition de la s\u00e9duction, disparition de la pulsionnalit\u00e9, disparition des modalit\u00e9s de la d\u00e9formation psychique. Bref, il y a eu trauma, il en a r\u00e9sult\u00e9 une d\u00e9ficience des&nbsp;<em>self-objects<\/em>, l\u2019empathie de l\u2019analyste va permettre dans un syst\u00e8me de contenance et de maintenance de reconstituer les&nbsp;<em>self-objects<\/em>&nbsp;archa\u00efques. Comme vous le savez, il n\u2019a nullement \u00e9t\u00e9 exclu de l\u2019I.P.A..<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa53\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Sans m\u00eame un d\u00e9tour par Ferenczi, par exemple, dans toute cette th\u00e9orisation du trauma&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa54\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Le d\u00e9bat Freud-Ferenczi demeure \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Il arrive que S. Ferenczi soit saisi, j\u2019ai envie de dire\u2026 m\u00eame pas comme un totem. L\u2019\u00e9laboration extr\u00eamement compliqu\u00e9e des syst\u00e8mes identificatoires, la th\u00e9orisation du nourrisson savant auraient \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressantes pour penser le jeu de l\u2019empathie dans l\u2019action de la seconde g\u00e9n\u00e9ration. On aurait pu imaginer que la seconde g\u00e9n\u00e9ration puisse \u00eatre pens\u00e9e comme une g\u00e9n\u00e9ration de nourrissons savants. Une g\u00e9n\u00e9ration qui, ayant souffert des cons\u00e9quences des traumas subis par les parents, s\u2019adresserait \u00e0 ceux-ci en leur donnant \u00ab&nbsp;de sages conseils&nbsp;\u00bb, en se montrant secourable, en surinvestissant la fonction intellectuelle. Mais ceci n\u2019appara\u00eet pas, pas plus que n\u2019appara\u00eet le r\u00f4le du souvenir-\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa55\">Auerhahn et Laub\u202f<sup>32<\/sup>&nbsp;\u00e9voquent bien l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;croyance&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;culpabilit\u00e9&nbsp;\u00bb, une culpabilit\u00e9 insondable \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le parent a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 des camps parce que, mettons, la m\u00e8re s\u2019est prostitu\u00e9e avec les responsables nazis du camp ou avec le kapo. Je me souviens du cas d\u2019une femme qui explique qu\u2019elle a des images, mais elle ne sait plus si sa m\u00e8re lui a vraiment racont\u00e9 quelque chose de cet ordre ou non&nbsp;: on a l\u00e0 les \u00e9l\u00e9ments de la probl\u00e9matique du souvenir-\u00e9cran, nou\u00e9 au fantasme. Mais non&nbsp;; ce qui est dit, c\u2019est que cette fille s\u2019est enti\u00e8rement organis\u00e9e autour du trou noir de la m\u00e9moire de la m\u00e8re, apr\u00e8s son retour des camps. Or la question de ce qui avait permis \u00e0 cette m\u00e8re de tenir se posait \u00e9videmment, et se pose toujours&nbsp;: la haine&nbsp;? le hasard&nbsp;? quoi d\u2019autre&nbsp;? Question personnelle&nbsp;: gr\u00e2ce \u00e0 quoi ai-je mieux tenu que l\u2019ami d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9&nbsp;? Charlotte Delbo a \u00e9crit des pages magnifiques l\u00e0-dessus. Sur ce point, il est aussi permis \u00e0 l\u2019analyste de se demander quel ingr\u00e9dient a agi. Par exemple comment s\u2019est \u00e9rotis\u00e9e la haine&nbsp;? Ou quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le du masochisme pour qu\u2019un fragment de libido puisse persister au sein de ce v\u00e9cu&nbsp;? Ces questions ne sont pas pos\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais, on comprend, il est ind\u00e9cent de parler de libido \u00e0 des gens qui ont v\u00e9cu une si terrible atrocit\u00e9. Et l\u00e0 sur l\u2019atroce, l\u2019irrepr\u00e9sentable, etc, on ne tarit pas. R\u00e9sultat&nbsp;: on explique que le film de Claude Lanzmann est la preuve vivante de ce que cet homme, aux prises avec le \u00ab&nbsp;trou noir&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;b\u00e9ance m\u00e9morielle&nbsp;\u00bb laiss\u00e9e d\u00e8s l\u2019enfance par son obsession des camps, a suppl\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019inaccessibilit\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;authentiques souvenirs&nbsp;\u00bb par la fabrication de la \u00ab&nbsp;matrice interactive&nbsp;\u00bb des interviews&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Imre Kert\u00e9sz, ou le refus du&nbsp;<em>pathos<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa56\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: D\u2019o\u00f9 aussi votre int\u00e9r\u00eat particulier pour Imre Kert\u00e9sz\u202f<sup>33<\/sup>, et son refus du&nbsp;<em>pathos<\/em>. Et on retombe sur la question de la compassion, de l\u2019empathie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa57\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Vous avez tout \u00e0 fait raison. Il y a l\u00e0 une esp\u00e8ce de froideur qui est tout \u00e0 fait vibrante. Kert\u00e9sz, c\u2019est comme Beckett. On prend le livre, on continue \u00e0 lire et on a pourtant les mains qui tremblent, on a envie de l\u00e2cher le livre parce qu\u2019il y a dans le tr\u00e8s peu quelque chose de trop, mais ce trop n\u2019est jamais mis en sc\u00e8ne. \u00c0 mes yeux,&nbsp;<em>Le Refus<\/em>\u202f<sup>34<\/sup>&nbsp;est un livre prodigieux, sans doute aussi parce que c\u2019est le&nbsp;produit d\u2019un embo\u00eetement, justement parce que c\u2019est le produit d\u2019un apr\u00e8s-coup dont Kert\u00e9sz parvient \u00e0 rendre compte gr\u00e2ce \u00e0 la narration. Mais on se rend compte que ce n\u2019est pas du tout une narration o\u00f9 il s\u2019agirait de restaurer un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans sa v\u00e9rit\u00e9 narrative. C\u2019est une narration o\u00f9 il faut au contraire r\u00e9ussir \u00e0 tol\u00e9rer la dispersion du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb jusqu\u2019\u00e0 sa pointe extr\u00eame. Il y a \u00e7a dans&nbsp;<em>Le Refus<\/em>&nbsp;et, \u00e9galement, dans&nbsp;<em>Liquidation<\/em>\u202f<sup>35<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa58\">Dans&nbsp;<em>Liquidation<\/em>, on ne sait plus qui il est, o\u00f9 il est, on a l\u2019impression que lui-m\u00eame bouge sans cesse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son propre sc\u00e9nario. C\u2019est vraiment la dispersion du sujet. Et c\u2019est rarissime. Beckett est de cette ampleur-l\u00e0. Joyce aussi. Probablement Thomas Mann dans le&nbsp;<em>Docteur Faustus<\/em>\u202f<sup>36<\/sup>&nbsp;cherchait-il quelque chose de cet ordre-l\u00e0. \u00c0 obtenir cet effet-l\u00e0. Non pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019y a que des constructions de v\u00e9rit\u00e9, donc soyons relativistes, et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce relativisme donnons la v\u00e9rit\u00e9 qui est la v\u00e9rit\u00e9 de la construction du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb qui raconte l\u2019histoire&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais au contraire&nbsp;: \u00ab&nbsp;tol\u00e9rons cette incoh\u00e9rence native en chacun de nous, une incoh\u00e9rence qui explose dans l\u2019\u00e9v\u00e9nementialit\u00e9 historique, et qu\u2019elle devienne la source m\u00eame de l\u2019inventivit\u00e9&nbsp;\u00bb. Oui, c\u2019est pour \u00e7a que je m\u2019int\u00e9resse beaucoup \u00e0 Kert\u00e9sz&nbsp;: parce que, pour r\u00e9ussir non pas \u00e0 \u00e9crire ces contenus mais \u00e0 s\u2019emparer d\u2019une telle forme, \u00e0 la fabriquer, \u00e7a suppose une esp\u00e8ce\u2026 de froideur, c\u2019est-\u00e0-dire un refus du path\u00e9tique. Il y a certains textes o\u00f9 il se met carr\u00e9ment en col\u00e8re contre ce&nbsp;<em>pathos<\/em>. Il y a des bouts de son discours de Stockholm o\u00f9 il le dit quasi explicitement&nbsp;: maintenant cessez avec le&nbsp;<em>pathos<\/em>&nbsp;de la&nbsp;<em>Shoah<\/em>, cessez avec le \u00ab&nbsp;spectaculaire&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;grands moments tragiques&nbsp;\u00bb&nbsp;!\u202f<sup>37<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa59\">Mais ses plus grands textes sont ceux o\u00f9 il n\u2019en dit rien. O\u00f9 il ne se gendarme pas, mais o\u00f9 il fait cela avec sa langue, sa syntaxe, un certain rapport au d\u00e9tail. Par exemple dans la petite s\u00e9quence qui est \u00e0 mon sens un paroxysme. O\u00f9 il pose sur sa table de chevet sa montre, dont le bracelet est neuf et a gard\u00e9 l\u2019odeur du cuir tann\u00e9, et il ne comprend pas pourquoi il se r\u00e9veille sans cesse dans la cour d\u2019Auschwitz, jusqu\u2019au moment o\u00f9 il fait le lien entre l\u2019odeur du cuir tann\u00e9 et l\u2019odeur du camp. Et il raconte \u00e7a sous la forme d\u2019un retour actuel, un retour par l\u2019odorat. Il n\u2019y a pas une larme&nbsp;; c\u2019est simplement pris dans le r\u00e9cit du refus de son manuscrit, dans une Hongrie communiste. Un manuscrit refus\u00e9 parce qu\u2019il ne raconte rien de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des lib\u00e9rateurs de la Hongrie, de l\u2019Allemagne et de l\u2019Europe, et par cons\u00e9quent rien de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des soldats de l\u2019Arm\u00e9e rouge. C\u2019est exactement \u00e7a&nbsp;<em>Le Refus<\/em>&nbsp;: son manuscrit est refus\u00e9 parce que ce type qui refuse toute grandiloquence est consid\u00e9r\u00e9 comme fou, tout simplement. Or il y a une magnifique fid\u00e9lit\u00e9, une audacieuse fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e dans cette position. Par exemple la fin du&nbsp;<em>Refus<\/em>, sur Berg, c\u2019est d\u2019un inimaginable culot qui va tr\u00e8s au-del\u00e0 de tous les tons apocalyptiques. Kert\u00e9sz prend tout simplement le mod\u00e8le de Goethe, celui de&nbsp;<em>Po\u00e9sie et v\u00e9rit\u00e9<\/em>, et il fait \u00e9crire un journal \u00e0 Berg le bourreau qui s\u2019appelle \u00ab&nbsp;Moi, le bourreau&nbsp;\u00bb et qui est une esp\u00e8ce de\u2026 ni-pastiche, ni-parodie car c\u2019est extr\u00eamement s\u00e9rieux\u2026 une esp\u00e8ce de r\u00e9flexion pratique sur les valeurs classiques de la litt\u00e9rature. C\u2019est-\u00e0-dire sur la fa\u00e7on dont le bourreau peut \u00eatre ce qu\u2019il est, comment il peut r\u00e9pondre de l\u2019injonction pindarique de Goethe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sois ce que tu es&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019un&nbsp;<em>pathos<\/em>, c\u2019est radicalement anti- path\u00e9tique, il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019une romance noire. Je pense que si l\u2019on ne passe pas par l\u00e0, on n\u2019avancera pas d\u2019un pas, psychanalytiquement parlant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa60\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Contre l\u2019empathie, l\u2019apathie&nbsp;:&nbsp;<em>Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne<\/em>&nbsp;contient d\u2019ailleurs une ironie avec ce \u00ab&nbsp;<em>et<\/em>&nbsp;\u00bb, parce que si le psychanalyste est apathique, le patient ne sera pas postmoderne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa61\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Exactement&nbsp;! Si le patient est postmoderne, c\u2019est parce qu\u2019il a un psychanalyste empathique. C\u2019est Michel Gribinski\u202f<sup>38<\/sup>&nbsp;qui a trouv\u00e9 le titre, je pense que je ne l\u2019aurais pas trouv\u00e9&nbsp;: une fois que mon livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, lu et relu, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 effray\u00e9e par ce que j\u2019avais \u00e9crit, ce qui est parfaitement banal. Mais du coup, je ne trouvais que des titres s\u00e9v\u00e8res, ennuyeux, qui ne tenaient pas compte \u00e0 la fois de la virulence et de l\u2019ironie de l\u2019ensemble du propos. Une virulence qui est pond\u00e9r\u00e9e par la tentative de pr\u00e9cision de la d\u00e9monstration.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa62\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Oui, la d\u00e9monstration est tr\u00e8s serr\u00e9e au plan de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa63\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Ah oui, \u00e7a, j\u2019ai lu des kilom\u00e8tres de textes. Vraiment, des kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa64\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Alors, apathie, pouvez-vous peut-\u00eatre pr\u00e9ciser ce que vous entendez par l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa65\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Repartons de votre analyse car je ne m\u2019\u00e9tais pas rendu compte que le \u00ab&nbsp;<em>et<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9tait si ironique. Si le patient est postmoderne, c\u2019est qu\u2019il a un psychanalyste empathique, puisqu\u2019il a un psychanalyste qui va penser qu\u2019il faut \u00eatre un bon contenant, et que la psychanalyse postmoderne \u2013 car c\u2019est bien de cela dont il s\u2019agit&nbsp;: il existe une psychanalyse postmoderne qui se r\u00e9clame de cette appellation&nbsp;! \u2013&nbsp;consiste dans un dialogue. Il faut une bonne communication et un dialogue dans sa dimension intersubjective. Ce sont des mots-cl\u00e9s, et ils figurent en bas des articles. D\u2019ailleurs la notion de \u00ab&nbsp;mot-cl\u00e9&nbsp;\u00bb en psychanalyse postmoderne est en soi un programme.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa66\">\u00c0 l\u2019inverse du psychanalyste apathique, le psychanalyste empathique n\u2019est pas un psychanalyste indiff\u00e9rent \u2013 le grand argument \u00e9tant que Freud aurait pr\u00f4n\u00e9 l\u2019indiff\u00e9rence en r\u00e9clamant de l\u2019analyste qu\u2019il soit la surface la plus r\u00e9ceptive possible, c\u2019est-\u00e0-dire affectivement totalement neutre. Ce qui donne dans la litt\u00e9rature \u2013 il faut voir les op\u00e9rations de torsions dans tout \u00e7a \u2013 un \u00e9cran blanc qui se fera pur reflet de ce que le patient dit. Bref un miroir,&nbsp;<em>stricto sensu<\/em>, de pr\u00e9f\u00e9rence d\u00e9saffect\u00e9. Or Freud ne dit pas du tout \u00e7a. Mais peu importe puisque s\u2019ajoute un deuxi\u00e8me argument&nbsp;: la seule injonction concernant le contre-transfert qu\u2019aurait donn\u00e9e Freud serait&nbsp;: ma\u00eetrisez votre contre-transfert.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa67\">Il est vrai que la th\u00e9orie du contre-transfert s\u2019est \u00e9norm\u00e9ment \u00e9toff\u00e9e, affin\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 50-60. C\u2019est incontestable, il y a eu une avanc\u00e9e&nbsp;: Annie Reich, Paula Heimann\u202f<sup>39<\/sup>, etc., mais Arlow aussi\u202f<sup>40<\/sup>, qui reprend tout \u00e7a, qui d\u00e9bat beaucoup de la question de l\u2019esth\u00e9tique au sens d\u2019<em>aisth\u00e9sis<\/em>, de la sensation dans la perception&nbsp;: qu\u2019est-ce qu\u2019une perception par rapport \u00e0 une sensation&nbsp;? Qu\u2019est-ce que l\u2019analyste \u00ab&nbsp;fabrique&nbsp;\u00bb au sens propre \u00e0 l\u2019intersection des deux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa68\">Or, dans ce p\u00e9rim\u00e8tre j\u2019appelle \u00ab&nbsp;apathique&nbsp;\u00bb un analyste qui tente de demeurer indiff\u00e9rent, chose la plus compliqu\u00e9e de la terre, parce qu\u2019il garde en t\u00eate que l\u2019affect \u2013 l\u2019\u00e9motion, les&nbsp;<em>feelings<\/em>&nbsp;\u2013 peut \u00eatre pire qu\u2019un trouble-f\u00eate&nbsp;: il est trompeur, il participe \u00e0 la d\u00e9formation, exactement au m\u00eame titre que tous les autres \u00e9l\u00e9ments destin\u00e9s au d\u00e9guisement, que ce soit dans le r\u00eave, dans le lapsus, dans la s\u00e9ance. Autrement dit, l\u2019affect n\u2019est absolument pas un facteur de v\u00e9rit\u00e9. Le patient qui pleure beaucoup est un patient qui \u00e9ventuellement s\u00e9duit, essaye de s\u00e9duire avec ses pleurs&nbsp;: \u00e7a ne veut pas dire qu\u2019il a beaucoup souffert\u2026 \u00c0 y regarder de pr\u00e8s, on se rend d\u2019ailleurs compte que les analystes empathiques ne prennent vraiment en consid\u00e9ration que deux grands affects&nbsp;: l\u2019affect de la col\u00e8re et l\u2019affect de la douleur. Ce qui, dans la pratique, donne de la part du psychanalyste des questions du genre&nbsp;: \u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que vous ressentez&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Imaginons&nbsp;: je suis sur le divan, \u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que vous ressentez&nbsp;?&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019est-ce que je ressens&nbsp;? Je n\u2019en sais fichtre rien. Si je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 aim\u00e9(e) que lorsque je faisais des col\u00e8res et des com\u00e9dies \u00e9pouvantables et qu\u2019on me flanquait une fess\u00e9e, je vais dire que je ressens de la col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa69\">Autrement dit, l\u2019affect est lui-m\u00eame pris dans tout le dispositif libidinal, et, pour r\u00e9ussir \u00e0 saisir l\u2019action de l\u2019affect au sein de l\u2019<em>Agieren<\/em>&nbsp;transf\u00e9rentiel, il faut rester relativement indiff\u00e9rent au chant des sir\u00e8nes de l\u2019\u00e9motion, au \u00ab&nbsp;vous \u00eates merveilleux&nbsp;\u00bb et \u00e0 l\u2019affect de l\u2019admiration, au \u00ab&nbsp;regardez comme je suis triste&nbsp;\u00bb et \u00e0 la compassion, au \u00ab&nbsp;je suis effray\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e0 \u00ab&nbsp;ma douleur est extr\u00eame&nbsp;\u00bb\u2026 \u00e0 toute la gamme du&nbsp;<em>pathos<\/em>. Je dirais que c\u2019est \u00e7a le psychanalyste apathique. C\u2019est un psychanalyste qui va tenter d\u2019atteindre cette position que D. Scarfone a appel\u00e9 \u00ab&nbsp;passibilit\u00e9&nbsp;\u00bb\u202f<sup>41<\/sup>, terme que j\u2019ai cru emprunt\u00e9 \u00e0 Scarfone jusqu\u2019au moment o\u00f9 dans une note de bas de page il \u00e9crivait qu\u2019il avait lui-m\u00eame emprunt\u00e9 le terme \u00e0 J.-F. Lyotard \u2013 ce qui m\u2019avait totalement \u00e9chapp\u00e9. Le psychanalyste apathique n\u2019est donc pas un psychanalyste froid. C\u2019est un psychanalyste qui met au service de l\u2019\u00e9coute des double-fonds du discours cette forme particuli\u00e8re d\u2019impassibilit\u00e9 qu\u2019est la passibilit\u00e9 \u2013 laquelle correspond exactement \u00e0 la m\u00e9thode de l\u2019attention flottante dans son refus de privil\u00e9gier les aspects explicitement marqu\u00e9s dans le discours manifeste. Par ailleurs j\u2019ai emprunt\u00e9 \u00e0 Lyotard le terme d\u2019\u00ab&nbsp;apathie&nbsp;\u00bb puisque \u00ab&nbsp;<em>Apathie dans la th\u00e9orie<\/em>&nbsp;\u00bb est un texte qu\u2019il a \u00e9crit en 75\u202f<sup>42<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa70\">Un texte au demeurant tr\u00e8s bizarre car, dans la fin du texte, on s\u2019aper\u00e7oit que finalement Lyotard et Derrida proc\u00e8dent de mani\u00e8re analogue, m\u00eame si leurs probl\u00e9matiques sont extr\u00eamement diff\u00e9rentes&nbsp;: ce sont des lecteurs de Freud formidables, mais en m\u00eame temps leur ignorance de ce qu\u2019est le transfert demeure \u00e0 chaque lecture parfaitement stup\u00e9fiante. Toute la fin du texte est donc extr\u00eamement \u00e9trange car il y a une lecture du transfert (il est question de Dora) qui est \u00e0 mille lieues de ce qu\u2019est une analyse. En revanche, le d\u00e9but est tr\u00e8s pr\u00e9cieux puisque Lyotard fait une relecture de&nbsp;<em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, en montrant comment la position de Freud est et, en fait, a toujours \u00e9t\u00e9 apathique dans le sens o\u00f9 il ne s\u2019en est jamais remis \u00e0 l\u2019affect pour juger du bien-fond\u00e9 d\u2019une sp\u00e9culation.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa71\">Or cette apathie dans la th\u00e9orie \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire Freud disant&nbsp;: je continue \u00e0 sp\u00e9culer et je me moque \u00e9perdument de savoir pour l\u2019instant si c\u2019est vrai ou si c\u2019est faux, il faut aller le plus loin possible dans la construction du mod\u00e8le (parce qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 bien \u00e9videmment de la construction d\u2019un mod\u00e8le et non pas d\u2019une th\u00e9orie&nbsp;! Freud est en train strictement de construire un mod\u00e8le avec la part d\u2019imagination qu\u2019il y a dans la construction de tout mod\u00e8le, y compris pour les scientifiques) \u2013 cette apathie dans la th\u00e9orie, donc, me semble du m\u00eame ordre \u2013 non pas identique, mais du m\u00eame ordre \u2013 que l\u2019apathie \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la construction en analyse&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire quand l\u2019analyste,&nbsp;sur une sc\u00e8ne s\u00e9par\u00e9e de celle de son patient \u2013 ce n\u2019est donc pas du tout une m\u00eame sc\u00e8ne partag\u00e9e par les deux protagonistes dont les appareils psychiques se m\u00ealeraient dans une construction imaginairement cr\u00e9ative \u2013, tente de rep\u00e9rer les effets sur lui du dire du patient (puisque Freud est fort clair&nbsp;: le patient influence la sensibilit\u00e9 inconsciente de l\u2019analyste&nbsp;; l\u2019analyste est par cons\u00e9quent pri\u00e9 de saisir ce qui lui est fait au plan inconscient, et non pas directement au plan conscient de ses&nbsp;<em>feelings<\/em>). C\u2019est dans cet espace-l\u00e0 qu\u2019il essaie de b\u00e2tir une construction pertinente, pertinente du point de vue du report au pass\u00e9, en appui sur cette forme d\u2019apathie qui r\u00e9siste \u00e0 la cr\u00e9ance que suscite r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019affect.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa72\">S\u2019il se laisse embarquer dans l\u2019entente \u00e9motionnelle, par exemple parce que la mort de la grand-m\u00e8re du patient lui rappelle au d\u00e9tail pr\u00e8s la mort de sa propre grand-m\u00e8re aim\u00e9e par dessus tout, si l\u2019empathie joue sa partie en ent\u00e9rinant l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019\u00e9prouv\u00e9 sous la forme d\u2019une validation commune, les enjeux inconscients d\u2019un tel r\u00e9cit restent absolument dans l\u2019ombre&nbsp;: enjeux narcissiques li\u00e9s \u00e0 l\u2019obtention d\u2019une identit\u00e9 transf\u00e9rentielle des ressentis, enjeux pulsionnels car qui est cette grand-m\u00e8re dans le transfert, etc\u2026 \u00ab&nbsp;Apathie&nbsp;\u00bb, ce serait comme un autre nom pour dire le surplomb, ou la tentative de surplomb, non pas quand l\u2019analyste est froid et indiff\u00e9rent, mais justement quand l\u2019analyste est affect\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa73\">Bon, vous le voyez, ce livre a en r\u00e9alit\u00e9 plusieurs points de d\u00e9part&nbsp;: ce qui vient de la&nbsp;<em>Shoah<\/em>, ce qui vient du narrativisme, et, reli\u00e9 au narrativisme, cette affaire d\u2019empathie, et puis aussi ce qui se passe sur le versant du positivisme logique, c\u2019est-\u00e0-dire la critique de la scientificit\u00e9 de la psychanalyse. Tout cela est li\u00e9 parce que bizarrement l\u2019id\u00e9e de l\u2019apathie freudienne est reprise par les Am\u00e9ricains, mais sur le mode&nbsp;: \u00ab&nbsp;Freud ne croit pas \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de ses sp\u00e9culations&nbsp;\u00bb. Donc, comme il n\u2019y croit pas, cela signifie qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une sp\u00e9culation qui satisfait ses \u00ab&nbsp;besoins&nbsp;\u00bb personnels. Donc, retour vers le relativisme. En d\u2019autres termes, l\u2019apathie n\u2019a pas du tout \u00e9t\u00e9 saisie dans l\u2019axe d\u2019une sorte de tenue interne de l\u2019analyse. L\u2019apathie a \u00e9t\u00e9 quasiment imm\u00e9diatement revers\u00e9e au compte d\u2019un \u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 que nous ne construisions&nbsp;\u00bb (on est donc en plein dans le pragmatisme, le monde n\u2019existe pas en dehors de sa construction), \u00ab&nbsp;et si nous construisons le monde de cette mani\u00e8re plut\u00f4t que de telle autre, en dehors de toute possibilit\u00e9 de v\u00e9rification, c\u2019est que cette construction nous convient&nbsp;: elle est \u00ab&nbsp;utile&nbsp;\u00bb au constructeur, c\u2019est une croyance utile&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa74\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Pragmatisme d\u2019un c\u00f4t\u00e9, herm\u00e9neutique de l\u2019autre, en somme.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa75\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, mais l\u2019herm\u00e9neutique de Ric\u0153ur est infiniment plus raffin\u00e9e. Et le pragmatisme de Rorty, dans la discussion avec Derrida, avec Lyotard et avec Freud &#8211; parce qu\u2019il y a des textes de Rorty portant directement sur Freud, assez terrifiants sur le \u00ab&nbsp;partenaire conversationnel&nbsp;\u00bb qu\u2019est l\u2019inconscient, un partenaire conversationnel \u00ab&nbsp;non-familier&nbsp;\u00bb mais malgr\u00e9 tout une \u00ab&nbsp;quasi-personne&nbsp;\u00bb \u2013 le pragmatisme de Rorty renvoie la v\u00e9rit\u00e9 simplement \u00e0 une rh\u00e9torique de justification de la v\u00e9rit\u00e9. Comme il n\u2019y a pas de monde pr\u00e9-donn\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 ne peut relever que du consensus. Il l\u2019\u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019objectivit\u00e9 se r\u00e9duit \u00e0 la solidarit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est le produit de la solidarit\u00e9 consensuelle, il n\u2019y en a pas d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa76\">Le r\u00f4le de Kuhn\u202f<sup>43<\/sup>&nbsp;dans cette perspective n\u2019est pas n\u00e9gligeable, \u00e9videmment. En particulier l\u2019id\u00e9e que la bascule d\u2019un paradigme th\u00e9orique dans un autre paradigme th\u00e9orique vient au moment o\u00f9 la majorit\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9 scientifique s\u2019accorde \u00e0 reconna\u00eetre dans le nouveau paradigme une capacit\u00e9 de rendre compte du r\u00e9el infiniment meilleure. Dans Kuhn, existe l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a un facteur \u00ab&nbsp;consensualit\u00e9 de la communaut\u00e9 scientifique&nbsp;\u00bb dans les r\u00e9volutions scientifiques. Mais Kuhn ne dit jamais que c\u2019est la solidarit\u00e9 qui d\u00e9termine ce qu\u2019est la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;! Ce n\u2019est pas comme cela qu\u2019il pense Galil\u00e9e ou Einstein. Il pense les r\u00e9volutions en termes de consensus majoritaire dans un mouvement historique o\u00f9 l\u2019appartenance de l\u2019inventeur \u00e0 son \u00e9poque participe au changement de paradigme. Tandis que pour Rorty la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019existe pas en dehors de l\u2019esprit qui la promeut, et la th\u00e9orie est tout juste un auxiliaire de la pratique. La question de la v\u00e9rit\u00e9 dans une forme universelle est donc pure vanit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa77\">Un bon nombre d\u2019analystes, m\u00eame postmodernes, consid\u00e8rent que peut-\u00eatre Rorty y est all\u00e9 un peu fort&nbsp;; que peut-\u00eatre il est permis de r\u00e9fl\u00e9chir sur les cat\u00e9gories de pens\u00e9e avec lesquelles nous construisons le monde, et en particulier sur la mani\u00e8re dont nous nous servons des relations de causalit\u00e9, m\u00eame si c\u2019est de mani\u00e8re fallacieuse. Parce que le probl\u00e8me se situe en particulier l\u00e0&nbsp;: de quelle mani\u00e8re faisons-nous usage des relations de causalit\u00e9&nbsp;? Si l\u2019homme b\u00e2tit le monde \u00e0 l\u2019aide de transcendantaux, ceux-ci ont-ils une quelconque valeur universelle&nbsp;? Ou bien est-ce eux qui se modifient en s\u2019historicisant&nbsp;? Et un pas plus loin, comment les psychanalystes r\u00e9pondent de la diff\u00e9rence entre les causes et les raisons&nbsp;? Car ces questions ont aussi \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es \u00e0 la psychanalyse depuis la p\u00e9riph\u00e9rie, parfois tr\u00e8s durement, en particulier par le positivisme logique. Mais les psychanalystes ont l\u00e2ch\u00e9 le d\u00e9bat, ou plut\u00f4t, ils n\u2019en ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 que la zone th\u00e9orique la plus molle. Ce faisant, on assiste de plus en plus \u00e0 une sociologisation&nbsp;de la psychanalyse&nbsp;; le discours \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb est bien pr\u00e8s de sombrer corps et biens.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa78\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Le grand argument, qu\u2019on entend beaucoup tout de m\u00eame, pour adapter sinon la m\u00e9tapsychologie (parce qu\u2019on n\u2019en aurait pas forc\u00e9ment besoin), mais la th\u00e9orie psychanalytique, c\u2019est qu\u2019il y a des nouvelles cliniques. Donc il faut bien que la psychanalyse s\u2019adapte \u00e0 la fois th\u00e9oriquement, et pratiquement dans la cure. Cette question des nouvelles cliniques est omnipr\u00e9sente \u2013 et on retombe dans les pathologies limites que vous \u00e9voquiez tout \u00e0 fait au d\u00e9but&nbsp;: il faudrait r\u00e9ajuster la th\u00e9orie analytique en fonction de cliniques nouvelles\u2026 dont on s\u2019aper\u00e7oit en fait, en y regardant d\u2019un peu pr\u00e8s, qu\u2019elles ne sont peut-\u00eatre pas si nouvelles que \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa79\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Elles ne sont pas du tout nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa80\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Mais c\u2019est quand m\u00eame l\u00e0 le ma\u00eetre-mot&nbsp;: des cliniques \u00ab&nbsp;nouvelles&nbsp;\u00bb, des cliniques \u00ab&nbsp;de la modernit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa81\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Non, ce sont des cliniques nouvelles de la post-modernit\u00e9. C\u2019est encore solide la modernit\u00e9&nbsp;! Cliniques nouvelles, oui, parce que quand on a supprim\u00e9 tous les outils th\u00e9oriques pour penser la pathologie et son soubassement pulsionnel, obligatoirement on ne se retrouve plus qu\u2019avec le&nbsp;<em>Self<\/em>&nbsp;et le narcissisme. Et ce n\u2019est pas pr\u00e8s de cesser, car non seulement on est confront\u00e9 \u00e0 cette simplification \u00e0 outrance des outils th\u00e9oriques, mais vient s\u2019ajouter le traitement \u00e0 la va-vite de l\u2019impact des nouvelles technologies. Ce qui, en soi, est digne d\u2019int\u00e9r\u00eat puisque tout le monde a en t\u00eate l\u2019analyse par&nbsp;<em>Skype<\/em>. Donc enqu\u00eate au sein de l\u2019IPA&nbsp;:&nbsp;<em>Skype<\/em>&nbsp;? Pas&nbsp;<em>Skype<\/em>&nbsp;? Lors du Congr\u00e8s IPA de Chicago en 2009 \u2013 j\u2019\u00e9tais alors pr\u00e9sidente de l\u2019APF \u2013 avec les pr\u00e9sidents des deux autres soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises appartenant \u00e0 l\u2019IPA, la SPP et la SPRF, nous avions r\u00e9ussi \u00e0 enrayer le mouvement en constituant un groupe assez solide d\u2019opposants.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa82\">Mais avouons que, pour des analystes passionn\u00e9s de&nbsp;<em>feelings<\/em>, l\u2019usage de&nbsp;<em>Skype<\/em>&nbsp;est pour le moins paradoxal. N\u00e9anmoins, cette \u00ab&nbsp;adaptation de la psychanalyse au monde nouveau&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;au monde qui change&nbsp;\u00bb va probablement r\u00e9ussir \u00e0 passer. Et cela, sans pratiquement tenir compte de la clinique, et en particulier de ce fait d\u2019exp\u00e9rience&nbsp;: les deux seules personnes que je connais qui ont exp\u00e9riment\u00e9 l\u2019analyse par&nbsp;<em>Skype<\/em>&nbsp;\u2013 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019analyse allong\u00e9e sur un divan, dans un bureau, avec une cam\u00e9ra dans le dos, et l\u2019analyste \u00e0 mille lieues de l\u00e0 devant son \u00e9cran \u2013 ces personnes ont finalement demand\u00e9 \u00e0 s\u2019asseoir en face-\u00e0-face. L\u2019\u0153il de la cam\u00e9ra, qui plus est dans le dos, cela ressemble furieusement \u00e0&nbsp;<em>1984<\/em>. Mais de \u00e7a, il est tr\u00e8s, tr\u00e8s peu dit. Je ne sais pas si on parle frontalement des \u00e9checs de l\u2019analyse par&nbsp;<em>Skype<\/em>, ni de la suppression des&nbsp;<em>feelings<\/em>&nbsp;tels que le souffle, l\u2019odeur etc. Que deviennent-ils dans une telle pratique&nbsp;? Il y a dans tout cela quelque chose d\u2019extraordinaire&nbsp;: on a remplac\u00e9 la pulsion par l\u2019affect&nbsp;; on a fait de l\u2019affect l\u2019argument de l\u2019empathie&nbsp;; on a fait de l\u2019empathie l\u2019argument de l\u2019adaptation&nbsp;; et au moment o\u00f9 on ne va plus avoir que des patients narcissiques qui ont besoin de cadres adapt\u00e9s, on va introduire l\u2019analyse par&nbsp;<em>Skype<\/em>&nbsp;pour les avoir en face \u00e0 face, devant un \u00e9cran. La logique est implacable&nbsp;! Tout le monde pr\u00e9dit que les analystes ne vont plus avoir de patients. Mais des patients int\u00e9ress\u00e9s par quelle sorte de psychanalyse&nbsp;? Si nous devenons des&nbsp;<em>coachs<\/em>, rien d\u2019\u00e9tonnant que l\u2019ennui r\u00e8gne. \u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019\u00e9coute se complexifie, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on tol\u00e8re le silence, \u00e0 partir du moment o\u00f9 dans ce silence l\u2019analyste accepte de se laisser aimer ou d\u00e9tester dangereusement, o\u00f9 il admet que, simplement parce qu\u2019il est assis (avec tout son corps) dans le dos du patient, il est en position de pouvoir terroriser, les cures deviennent tout de suite beaucoup plus int\u00e9ressantes. Mais que faire quand la cruaut\u00e9, le masochisme, la jouissance pulsionnelle qui s\u2019y loge ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste&nbsp;: de l\u2019acte \u00e0 la forme<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa83\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Il y a un autre fil qui vous a amen\u00e9e l\u00e0, c\u2019est celui de \u00ab&nbsp;<em>L\u2019Action de la forme<\/em>&nbsp;\u00bb, votre rapport au&nbsp;<em>Congr\u00e8s des psychanalystes de langue fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;\u00e0 Paris en 2001\u202f<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-le-carnet-psy-2015-2-page-16.htm#no44\">[44]<\/a>, repris et d\u00e9velopp\u00e9 dans&nbsp;<em>L\u2019\u00c9coute de l\u2019analyste<\/em>, sous-titr\u00e9&nbsp;<em>De l\u2019acte \u00e0 la forme<\/em>&nbsp;(Puf, 2012). Vous d\u00e9composez l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyse en forme et action\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa84\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Avec cette id\u00e9e que l\u2019on construit l\u2019action \u00e0 partir de la forme. C\u2019est-\u00e0-dire en inversant ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement dit, \u00e0 savoir que c\u2019est l\u2019action qui donnerait la forme. Il me semble, oui, qu\u2019il faut renverser le propos&nbsp;: nous avons affaire \u00e0 des formes&nbsp;; et, \u00e0 certains \u00e9gards, la difficult\u00e9 de la construction en analyse, c\u2019est de d\u00e9construire la forme. La parcelliser, \u00ab&nbsp;jamais en masse, toujours en d\u00e9tail&nbsp;\u00bb, dit Freud \u00e0 propos de l\u2019analyse du r\u00eave, mais ceci est vrai de toute l\u2019analyse&nbsp;: jamais en masse, toujours en d\u00e9tail, le petit d\u00e9tail. Et \u00e0 partir de l\u00e0, faire re-bouger la totalit\u00e9 des pi\u00e8ces du puzzle qui nous est pr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa85\">Quant \u00e0 ce que vous dites \u00e0 propos de&nbsp;<em>L\u2019\u00c9coute de l\u2019analyste<\/em>, c\u2019est exact&nbsp;: je pr\u00e9sente le rapport au&nbsp;<em>Congr\u00e8s des psychanalystes de langue fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;en 2001, et apr\u00e8s 2001 il y a une suite. Je travaille sur la&nbsp;<em>Shoah<\/em>, je commence \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans le champ de la&nbsp;psychanalyse am\u00e9ricaine, et je retourne vers la question de l\u2019<em>Agieren<\/em>. C\u2019est \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 que je r\u00e9\u00e9cris partiellement&nbsp;<em>L\u2019Action de la forme<\/em>, parce que je mesure le gouffre qu\u2019est l\u2019empathie. La fin de&nbsp;<em>L\u2019Action de la forme<\/em>&nbsp;ne me para\u00eet pas assez pr\u00e9cise. Ce qui me permet de me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des textes tr\u00e8s \u00e9clairants o\u00f9 les probl\u00e8mes soulev\u00e9s par la perception et l\u2019hallucination en psychanalyse sont confront\u00e9s avec les id\u00e9es de la ph\u00e9nom\u00e9nologie&nbsp;: je pense par exemple au texte de Pasche\u202f<sup>45<\/sup>&nbsp;sur la recomposition du pass\u00e9 (sur la relation entre hallucination, construction en analyse et fragment perceptif) o\u00f9 il se sert de Merleau-Ponty. Et c\u2019est durant ce travail de r\u00e9exploration que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 prendre les premi\u00e8res notes, \u00e0 fabriquer les premi\u00e8res fiches de lecture pour&nbsp;<em>Le psychanalyste apathique<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire en 2006. Sans m\u2019en apercevoir, je menais de front la r\u00e9\u00e9criture du rapport en vue de&nbsp;<em>L\u2019\u00c9coute de l\u2019analyste<\/em>, et les premi\u00e8res investigations pour&nbsp;<em>Le Psychanalyste apathique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa86\">Je pense d\u2019ailleurs que je n\u2019aurais pas pu publier ce dernier livre si je ne m\u2019\u00e9tais pas expos\u00e9e d\u2019abord moi-m\u00eame avec&nbsp;<em>L\u2019\u00c9coute de l\u2019analyste<\/em>. Si je ne m\u2019\u00e9tais pas risqu\u00e9e personnellement,&nbsp;<em>Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne<\/em>&nbsp;pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un livre purement destructeur, et cela n\u2019irait pas du tout. C\u2019est parce qu\u2019auparavant j\u2019ai d\u00e9fendu une certaine modalit\u00e9 de l\u2019\u00e9coute et de tenue de la position analytique que je me suis lanc\u00e9e ensuite \u00e0 donner le manuscrit en lecture \u00e0 Michel Gribinski, qui l\u2019a accept\u00e9. Je pense qu\u2019autrement, j\u2019aurais attendu&nbsp;! Je peux attendre tr\u00e8s longtemps avant de me d\u00e9cider \u00e0 publier quelque chose, parce que j\u2019ai peur, ou que je suis incertaine du bien-fond\u00e9 de ce que j\u2019avance.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa87\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;:&nbsp;<em>L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste<\/em>&nbsp;est d\u2019une grande richesse car vous \u00e9voquez les deux registres d\u2019\u00e9coute, qui vont avec les deux registres de la parole, les uns et les autres ins\u00e9parables&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est dans le m\u00eame champ que l\u2019activit\u00e9 pulsionnelle \u201cfait\u201d et que l\u2019activit\u00e9 de pens\u00e9e doit se saisir de ce qu\u2019elle fait. C\u2019est sur le m\u00eame terrain que la parole \u201cr\u00e9alise\u201d et qu\u2019elle tente de dire ce qui se r\u00e9alise par elle&nbsp;\u00bb, \u00e9crivez-vous p. 8. L\u00e0 bien s\u00fbr, vous amorcez cette question de l\u2019indiff\u00e9rence, au sens allemand du terme,&nbsp;<em>Indifferenz<\/em>, traduit par \u00ab&nbsp;neutralit\u00e9&nbsp;\u00bb\u202f<sup>46<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa88\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019\u00e9galit\u00e9. L\u2019indiff\u00e9rence dans le sens de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019attention flottante. C\u2019est quelque chose qui doit demeurer \u00e9gal,&nbsp;<em>gleich<\/em>&nbsp;: en allemand,&nbsp;<em>es ist mir gleich<\/em>, \u00e7a veut dire \u00ab&nbsp;\u00e7a m\u2019est \u00e9gal, \u00e7a m\u2019est indiff\u00e9rent&nbsp;\u00bb. Autrement dit, nous n\u2019avons pas \u00e0 accentuer avec notre dramaturgie affective.&nbsp;<em>L\u2019\u00c9coute de l\u2019analyste<\/em>, au fond, part de l\u2019id\u00e9e que seule l\u2019\u00e9nerg\u00e9tique \u2013 on n\u2019a rien d\u2019autre \u00e0 mettre \u00e0 la place dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses \u2013 peut expliquer la transvaluation de toutes les valeurs psychiques et par cons\u00e9quent le d\u00e9routement de toutes les valeurs de signification admises.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa89\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Depuis le d\u00e9but, vous mettez la question de l\u2019\u00e9nerg\u00e9tique au premier plan&nbsp;: dans&nbsp;<em>La Petite maison de l\u2019\u00e2me<\/em>&nbsp;(Gallimard, 1993), votre premier livre de psychanalyse, le&nbsp;<em>daim\u00f4n<\/em>, c\u2019est le d\u00e9monique, l\u2019\u00e9nergie du vivant en somme.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa90\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: C\u2019est l\u2019\u00e9nergie du vivant. Je crois que c\u2019est dans&nbsp;<em>Hippias<\/em>&nbsp;que Socrate est d\u00e9crit comme marchant dans la rue, pensant, s\u2019arr\u00eatant, retournant, repartant, anim\u00e9 par son&nbsp;<em>daim\u00f4n<\/em>, \u00ab&nbsp;un parent proche vivant dans la m\u00eame maison&nbsp;\u00bb\u202f<sup>47<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa91\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Alors que dans&nbsp;<em>\u0152dipe-Roi<\/em>, quand le ch\u0153ur demande \u00e0 \u0152dipe apr\u00e8s son \u00ab&nbsp;effroyable action&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Quel dieu (<em>daim\u00f4n<\/em>) t\u2019a aiguillonn\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u0152dipe commence par r\u00e9pondre&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est Apollon qui l\u2019a fait&nbsp;!&nbsp;\u00bb, puis deux vers plus loin, \u00ab&nbsp;C\u2019est moi, pauvre, qui l\u2019ai fait&nbsp;\u00bb\u202f<sup>48<\/sup>. La faute devient la sienne, et non plus l\u2019\u0153uvre du destin. Et vous soulignez dans&nbsp;<em>Fiction et v\u00e9rit\u00e9 freudiennes<\/em>&nbsp;comment la trag\u00e9die (\u00e0 laquelle Freud commence par se r\u00e9f\u00e9rer, dans la lettre \u00e0 Fliess o\u00f9 il lui d\u00e9clare l\u2019abandon de sa&nbsp;<em>neurotica<\/em>, en septembre 1897) implique \u00ab&nbsp;et la sc\u00e8ne d\u2019un d\u00e9bat et la voix du ch\u0153ur tragique&nbsp;\u00bb (p. 187).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa92\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Vous avez tout \u00e0 fait raison. Il s\u2019agit d\u2019une esp\u00e8ce de d\u00e9doublement, le deux en un avec, au m\u00eame moment, la reprise et le d\u00e9pliement de cette \u00e9nerg\u00e9tique sur la sc\u00e8ne du d\u00e9bat qui est en train de devenir la sc\u00e8ne de la d\u00e9lib\u00e9ration interne du citoyen \u2013 ce que Vernant a tr\u00e8s bien montr\u00e9 dans&nbsp;<em>\u00c9bauches de la volont\u00e9 dans la trag\u00e9die grecque<\/em>. Mais pour en revenir \u00e0 l\u2019\u00e9nerg\u00e9tique, elle a pour ainsi dire \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e au panier sous pr\u00e9texte qu\u2019elle appartiendrait \u00e0 la \u00ab&nbsp;modernit\u00e9 solide&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 celle du XIX<sup>e<\/sup>, donc \u00e0 la culture classique&nbsp;; que, pour aller vite, elle rel\u00e8verait aujourd\u2019hui d\u2019un horizon doublement obsol\u00e8te&nbsp;: obsol\u00e8te biologiquement parlant, et obsol\u00e8te culturellement parlant. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s frapp\u00e9e par un texte de S. Zepf paru en 2001 dans l\u2019<em>International Journal<\/em>, o\u00f9 il d\u00e9veloppait une position tout \u00e0 fait freudienne, car il avait tr\u00e8s bien lu Freud, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il proposait de remplacer la pulsion par l\u2019affect\u202f<sup>49<\/sup>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa93\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Remplacer le point de vue \u00e9conomique par le point de vue affectif&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa94\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui. C\u2019\u00e9tait extraordinaire car l\u2019\u00e9nergie qu\u2019on peut imaginer en jeu dans l\u2019affectif, c\u2019est une qualit\u00e9, pas une quantit\u00e9. Or notre probl\u00e8me&nbsp;est de r\u00e9ussir \u00e0 rep\u00e9rer non pas les changements de qualit\u00e9 affectives, mais de voir comment fonctionnent les d\u00e9placements d\u2019accentuations et, \u00e9ventuellement, les d\u00e9placements par paquets entiers des investissements libidinaux et narcissiques. Pensons \u00e0 la m\u00e9lancolie&nbsp;: le probl\u00e8me n\u2019est pas celui de l\u2019affect, m\u00eame si de prime abord cet aspect retient notre attention. C\u2019est en fait une transmutation compl\u00e8te des p\u00f4les d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa95\">L\u2019\u00e9nerg\u00e9tique est indispensable pour penser le jeu entre les instances&nbsp;: quand le surmoi r\u00e9ussit \u00e0 capter massivement les forces psychiques et que le moi finalement se rend \u00e0 son tyran le surmoi, pour saisir ce mouvement on a certes besoin de tout le tableau des jeux identificatoires mais on a aussi besoin de l\u2019\u00e9nerg\u00e9tique pour comprendre le combat entre instances. Et on ne peut pas penser l\u2019issue en dehors du quantitatif, ce que Freud \u00e9voque dans&nbsp;<em>Analyse avec fin, analyse sans fin<\/em>&nbsp;\u00e0 propos de la puissance des bataillons en place\u202f<sup>50<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa96\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: C\u2019est la question de la force aussi.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa97\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Exactement.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa98\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: On parlait de&nbsp;<em>La Petite maison dans l\u2019\u00e2me<\/em>, mais vous reprenez dix ans, apr\u00e8s dans&nbsp;<em>Faire parler le destin<\/em>&nbsp;(Klincksieck, 2005), cette question du&nbsp;<em>daim\u00f4n<\/em>&nbsp;\u00e0 l\u2019\u00e9chelle collective, dans son articulation chez l\u2019individu et dans le collectif, ce que vous appelez une clinique de la culture, marqu\u00e9e par le paradoxe capital de Freud selon lequel l\u2019indispensable travail de culture contient en lui-m\u00eame la destruction de la culture.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa99\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: J\u2019avais compl\u00e8tement oubli\u00e9 que c\u2019\u00e9tait cela qui, dans mon cheminement, s\u2019\u00e9tait intercal\u00e9&nbsp;! Mais l\u00e0 aussi d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s progressive parce que \u00e7a a d\u00e9marr\u00e9 avec \u00ab&nbsp;Les Contradicteurs\u202f<sup>51<\/sup>&nbsp;\u00bb et avec un tout petit texte paru dans les&nbsp;<em>Varia<\/em>&nbsp;de la&nbsp;<em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>\u202f<sup>52<\/sup>&nbsp;sur&nbsp;<em>Docteur Faustus<\/em>. Et ce petit&nbsp;<em>Varia<\/em>&nbsp;sur un livre que j\u2019ai lu vraiment de tr\u00e8s nombreuses fois est devenu une esp\u00e8ce d\u2019aiguillon. Entre&nbsp;<em>L\u2019Action de la forme<\/em>&nbsp;en 2001,&nbsp;<em>Fiction et v\u00e9rit\u00e9 freudiennes<\/em>\u202f<sup>53<\/sup>&nbsp;en 2003 o\u00f9 j\u2019ai eu pour interlocuteur un journaliste extr\u00eamement cultiv\u00e9 qui m\u2019a beaucoup fait parler d\u2019Adorno et de la relation que je m\u2019imaginais entre Adorno et Freud, et la publication de&nbsp;<em>L\u2019\u00c9coute de l\u2019analyste<\/em>&nbsp;en 2012, ce qui s\u2019est intercal\u00e9, c\u2019est&nbsp;<em>Faire parler le destin<\/em>&nbsp;(2005), qui est le texte o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me dire qu\u2019il y avait en r\u00e9alit\u00e9 une pathologie de la psychanalyse, et qu\u2019elle se manifestait sous la forme de l\u2019inflation des cas dits&nbsp;<em>borderline<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9s comme des pathologies absolument nouvelles. Il me semblait que, si on voulait sortir de cette impasse, il fallait r\u00e9ussir \u00e0 penser cette d\u00e9rive contemporaine de la psychanalyse comme, entre autres, la cons\u00e9quence du fait qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 s\u2019approprier la r\u00e9flexion de Freud dans&nbsp;<em>Malaise dans la culture<\/em>, ainsi que sa remarque sur le pacte entre le progr\u00e8s et la barbarie\u202f<sup>54<\/sup>&nbsp;(ce qui est la pure v\u00e9rit\u00e9 puisque la chambre \u00e0 gaz, c\u2019est v\u00e9ritablement le pacte entre le progr\u00e8s technique et la barbarie). \u00c0 s\u2019approprier cela avec ses outils \u00e0 elle ou avec de nouveaux outils &#8211; mais des outils analytiques, m\u00e9tapsychologiques, des outils o\u00f9 on aggraverait en quelque sorte cette r\u00e9flexion pour la saisir pleinement. Freud dit l\u00e0 quelque chose d\u2019extr\u00eamement important&nbsp;: la culture, en imposant les renoncements pulsionnels, renforce&nbsp;<em>de facto<\/em>&nbsp;la revendication pulsionnelle et, par cons\u00e9quent, fait de tout civilis\u00e9 un ennemi potentiel de la culture, laquelle est pourtant cens\u00e9e \u00eatre d\u2019un int\u00e9r\u00eat universel. Mais repartons de l\u00e0&nbsp;! Et c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai fini par penser que la simplification qui consistait \u00e0 h\u00e9ro\u00efser notre nouvelle clinique \u00e9tait \u00e0 la mesure de la maladie de la psychanalyse &#8211; au sens o\u00f9 Wittgenstein parle de la maladie de la philosophie\u202f<sup>55<\/sup>&nbsp;: nous \u00e9tions incapables de tenir nos outils pour affronter un tel \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la fois collectif, individuel, tout \u00e0 la fois historique et psychique. Il faut qu\u2019on r\u00e9ussisse \u00e0 penser \u00e7a. Vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa100\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a&nbsp;\u00bb, par exemple le pacte.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa101\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, mais le pacte avec le leader ou sans le leader, et avec ou sans le progr\u00e8s, parce que les g\u00e9nocides \u00e0 la machette, nous n\u2019avez m\u00eame pas besoin de chambre \u00e0 gaz. Mais la question demeure&nbsp;: qu\u2019est-ce qui se passe \u00e0 ce moment l\u00e0&nbsp;? Comment la th\u00e9matique du meurtre, telle que Freud la pense, permet d\u2019aborder ces faits qui sont sociaux mais aussi cliniques, au sens de la clinique de la culture&nbsp;? Bref, on peut continuer \u00e0 travailler sur la question pos\u00e9e dans&nbsp;<em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em>&nbsp;(Freud, 1921) \u2013 ce qu\u2019a d\u2019ailleurs fait Nathalie Zaltzman. Ma propre voie d\u2019entr\u00e9e dans cette question a \u00e9t\u00e9 la mani\u00e8re dont Adorno s\u2019est servi de ces textes de Freud,&nbsp;<em>Malaise<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Psychologie des masses<\/em>, dans des analyses vraiment importantes\u202f<sup>56<\/sup>. Hannah Arendt, elle, ne se sert pas de Freud. Elle ne voit de l\u2019analyse que l\u2019uniformit\u00e9 et la laideur envahissante des d\u00e9couvertes. Cela dit, quand on compare le montage de ce qu\u2019Arendt d\u00e9crit comme la structure en oignon du syst\u00e8me totalitaire\u202f<sup>57<\/sup>&nbsp;\u00e0 ce que dit Freud du devenir de la r\u00e9alit\u00e9 sous la f\u00e9rule du leader \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont le leader parvient \u00e0 cr\u00e9er un syst\u00e8me de couches successives&nbsp;: les proches, les moins proches, et ceux qui sont en p\u00e9riph\u00e9rie, les seuls finalement qui conservent le contact avec la r\u00e9alit\u00e9 \u2013, on d\u00e9couvre leur remarquable proximit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa102\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: \u2026un peu comme le moi que Freud d\u00e9crit dans \u00ab&nbsp;Le Moi et le \u00e7a&nbsp;\u00bb comme un feuillet\u00e9 d\u2019identifications, mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un moi collectif&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa103\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: On a le droit de poser cette question, de l\u2019explorer. Mais pour \u00e7a, il faut abandonner le ton path\u00e9tique. Il faut aussi abandonner l\u2019id\u00e9e que c\u2019\u00e9tait mieux avant, le narcissisme de nos enfances\u2026 et, par exemple, se lancer au-devant des nouvelles technologies non pas en pr\u00e9jugeant qu\u2019elles vont transformer nos enfants \u2013 est-ce qu\u2019elles transforment nos enfants&nbsp;? Est-ce que nos enfants ont un surmoi liqu\u00e9fi\u00e9&nbsp;? Rien n\u2019est moins certain \u2013 de se lancer au devant de ces donn\u00e9es nouvelles de la r\u00e9alit\u00e9 en conservant la dimension \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb de la pens\u00e9e analytique, en conservant un solide surplomb. Freud, puis M\u00e9lanie Klein, puis Freud dans sa discussion de M\u00e9lanie Klein, dans&nbsp;<em>Malaise<\/em>, ont tout \u00e0 fait raison&nbsp;: des parents tout \u00e0 fait adorables peuvent fabriquer un enfant avec un surmoi effroyable&nbsp;; le rapport entre r\u00e9alit\u00e9 perceptible et effets psychiques est non-proportionnel. L\u2019op\u00e9ration est interne, et difficile \u00e0 saisir \u00e0 partir des descriptions sociologiques imm\u00e9diates. M\u00eame probl\u00e8me quand on s\u2019empare des effets de la modernit\u00e9 technologique en parlant de liqu\u00e9faction, de dissolution des institutions, de liqu\u00e9faction du surmoi, de disparition du p\u00e8re. \u00c7a file \u00e0 toute vitesse, il n\u2019y a pas de temps d\u2019arr\u00eat dans la r\u00e9flexion, il y a comme une volont\u00e9 que la psychanalyse soit dans le vent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa104\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Il est donc crucial d\u2019\u00eatre et de rester r\u00e9solument et toujours plus solidement \u00e9pist\u00e9mologue, m\u00e9tapsychologue\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa105\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Mais absolument. Il ne faut rien l\u00e2cher&nbsp;! Les professeurs d\u2019universit\u00e9 de ce point de vue sont en premi\u00e8re ligne&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa106\">Et puis, il faut continuer \u00e0 mettre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te des objets h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes &#8211; la litt\u00e9rature, les psychanalystes qui nous semblent tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s, les but\u00e9es de la clinique, Freud &#8211; bref saisissons-nous d\u2019une toile pour penser ce qui se produit actuellement. Faisons par exemple la jonction avec les sociologues et les philosophes qui r\u00e9fl\u00e9chissent actuellement sur l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la sociologie. Je pense ici \u00e0 Ir\u00e8ne Th\u00e9ry\u202f<sup>58<\/sup>, sur la question de l\u2019institution, laquelle se sert de Vincent Descombes\u202f<sup>59<\/sup>&nbsp;qui dit aussi des choses passionnantes sur \u00ab&nbsp;les embarras de l\u2019identit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; je pense \u00e0 Alain Ehrenberg\u202f<sup>60<\/sup>&nbsp;qui ne se satisfait pas des simplifications de Christopher Lasch sur le narcissisme, etc. On a des outils autour de nous. Qu\u2019est-ce qui fait que les psychanalystes ne s\u2019en servent pas&nbsp;? C\u2019est pour moi une \u00e9nigme\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La clinique et le chocolat<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa107\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: Je pense que \u00e7a participe aussi d\u2019une sorte de f\u00e9tichisation de la clinique. D\u2019abord c\u2019est moins fatiguant que ce qui est d\u00e9nomm\u00e9, pour s\u2019y opposer, \u00ab&nbsp;la-th\u00e9orie&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa108\"><strong>Laurence Kahn<\/strong>&nbsp;: Oui, vous avez raison\u2026 Mais fatiguant, \u00e7a peut le devenir quand m\u00eame&nbsp;: les ennuis pour publier de la clinique sont tels maintenant&nbsp;! Il faut tellement maquiller les cas, trouver des \u00e9quivalents pour tout, ou alors ne pas publier&nbsp;: la voie n\u2019est pas vraiment simple&nbsp;! Cela dit, quelquefois, quand on s\u2019adresse \u00e0 un public qui n\u2019a pas id\u00e9e de la probl\u00e9matique qu\u2019on d\u00e9veloppe, on est v\u00e9ritablement oblig\u00e9 de donner des exemples cliniques, sinon les gens ne voient pas ce qu\u2019on essaye de construire. Mais ce que vous dites est vrai m\u00eame dans les institutions de formation de psychanalyse&nbsp;: il para\u00eet que les jeunes analystes ont faim de clinique. Mon dieu\u2026 Et moi, quand mes enfants avaient faim de chocolat, est-ce que je leur donnais \u00e0 manger du chocolat matin, midi et soir&nbsp;? C\u2019est fou\u2026 ils ont faim de clinique. Et alors&nbsp;? Depuis quand est-ce qu\u2019\u00e9lever, c\u2019est donner purement et simplement du chocolat&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa109\"><strong>Fran\u00e7oise Neau<\/strong>&nbsp;: On aime beaucoup le chocolat \u00e0 l\u2019universit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa110\"><strong><em>N.B.<\/em>&nbsp;Les notes en bas de page pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019une ast\u00e9risque<\/strong>&nbsp;sont des r\u00e9sum\u00e9s des notices propos\u00e9es par Laurence Kahn sur les auteurs cit\u00e9s dans&nbsp;<em>Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne<\/em>, \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Voir L. Kahn (1993), \u00ab&nbsp;Les Contradicteurs&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, 48,&nbsp;<em>L\u2019inconscient mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve<\/em>, automne 1999, p.123-148. Le principal contradicteur examin\u00e9 ici par L. Kahn est Wittgenstein, le philosophe autrichien puis britannique (1889-1951), dans sa discussion des positions freudiennes.<\/li><li>Voir C. Lasch (1979),&nbsp;<em>La culture du narcissisme<\/em>&nbsp;(Flammarion, 2006), et notamment la postface de l\u2019auteur \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition am\u00e9ricaine de son livre en 1991, ibid., p. 294-296). C. Lasch (1932-1994), philosophe et sociologue am\u00e9ricain, au d\u00e9part form\u00e9 par l\u2019Ecole de Francfort, publie dans les ann\u00e9es soixante&nbsp;<em>Un havre dans un monde sans c\u0153ur<\/em>&nbsp;: il conclut de cette \u00e9tude sur la famille am\u00e9ricaine que \u00ab&nbsp;l\u2019importance de la famille dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine n\u2019a cess\u00e9 de d\u00e9cliner depuis plus d\u2019un si\u00e8cle&nbsp;\u00bb&nbsp;; selon lui, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9cole, les groupes d\u2019affinit\u00e9, la communication de masse et les \u201ctravailleurs sociaux\u201d (ont) min\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 parentale, s\u2019emparant d\u2019un grand nombre des fonctions familiales touchant \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants&nbsp;\u00bb. Dans&nbsp;<em>La culture du narcissisme&nbsp;: la vie&nbsp;am\u00e9ricaine \u00e0 un \u00e2ge de d\u00e9clin des esp\u00e9rances<\/em>&nbsp;(1979), il tente d\u2019\u00ab&nbsp;analyser les r\u00e9percussions psychologiques tr\u00e8s \u00e9tendues&nbsp;\u00bb et d\u2019explorer \u00ab&nbsp;la dimension psychologique des changements \u00e0 long terme dans la structure de l\u2019autorit\u00e9 culturelle&nbsp;\u00bb&nbsp;: dans cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la famille a cess\u00e9 de jouer un r\u00f4le important dans la transmission de la culture, apparaissent selon l\u2019auteur les \u00ab&nbsp;Narcisse contemporains&nbsp;\u00bb, avec au premier plan des \u00ab&nbsp;traits de personnalit\u00e9 de type narcissique&nbsp;\u00bb, autrement dit, pour C. Lasch, p\u00eale-m\u00eale, \u00ab&nbsp;une certaine superficialit\u00e9 protectrice, la crainte d\u2019engagements astreignants, l\u2019empressement \u00e0 oublier ses racines quand le besoin s\u2019en fait sentir, le d\u00e9sir de garder toutes les options ouvertes, une aversion au fait de d\u00e9pendre de quelqu\u2019un, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 se montrer loyal ou reconnaissant.&nbsp;\u00bb<\/li><li>*Theodor Adorno (1903-1969), philosophe, sociologue, compositeur et musicologue allemand, co-fonde avant-guerre avec Max Horheimer l\u2019Institut pour la recherche sociale, reli\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>Institut psychanalytique de Francfort.<\/em>&nbsp;Il revient en Allemagne en 1949, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre exil\u00e9 aux Etats-Unis. Il reconstitue l<em>\u2019Ecole de Francfort<\/em>&nbsp;et participe au d\u00e9veloppement de la \u00ab&nbsp;th\u00e9orie critique&nbsp;\u00bb. Se r\u00e9f\u00e9rant r\u00e9guli\u00e8rement et fortement \u00e0 Freud, il r\u00e9fl\u00e9chit notamment sur la destructivit\u00e9 inh\u00e9rente au concept de progr\u00e8s et sur la personnalit\u00e9 autoritaire, avec une r\u00e9flexion constante sur l\u2019apr\u00e8s-Auschwitz&nbsp;; il s\u2019interroge aussi sur la d\u00e9gradation de la psychanalyse am\u00e9ricaine, o\u00f9 elle est menac\u00e9e de devenir un bien culturel de consommation.<\/li><li>Ernst Jones (1879-1958), m\u00e9decin, psychanalyste anglais, fondateur de la&nbsp;<em>British Psycho-analytical Society<\/em>&nbsp;en 1919, lance la premi\u00e8re traduction syst\u00e9matique des \u0153uvres de Freud en anglais d\u00e8s les ann\u00e9es 1920. A l\u2019instigation de Freud, il a largement contribu\u00e9 \u00e0 organiser le mouvement psychanalytique international avant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Pr\u00e9sident de l\u2019l.P.A. (<em>International Psychoanalytic Association<\/em>) de 1932 \u00e0 1949, il est l\u2019auteur de la premi\u00e8re biographie de Freud (<em>La vie et l\u2019\u0153uvre de Sigmund Freud<\/em>, 3 vol., Puf).<\/li><li>*Richard Rorty (1931-2007) \u00ab&nbsp;est un philosophe qui s\u2019inscrit dans le courant pragmatiste am\u00e9ricain, tout en se d\u00e9clarant influenc\u00e9 par la philosophie dite \u00ab&nbsp;continentale&nbsp;\u00bb, europ\u00e9enne (Heidegger, Foucault, Derrida, Lyotard). Il d\u00e9veloppe une critique de la philosophie analytique am\u00e9ricaine et de sa pr\u00e9tention \u00e0 fonder \u00e9pist\u00e9mologiquement le savoir sur des justifications objectives et rationnelles du vrai. Contestant que le monde puisse \u00eatre ind\u00e9pendant des repr\u00e9sentations que l\u2019on en a, d\u00e9fendant une position anti-r\u00e9aliste, il consid\u00e8re la v\u00e9rit\u00e9 comme le produit subjectif d\u2019un accord temporaire, historiquement contingent et consensuel, entre des individus adh\u00e9rant \u00e0 un r\u00e9seau de croyances&nbsp;\u00bb (L. Kahn,&nbsp;<em>op. cit<\/em>.p.166). Autrement dit, la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019existe pas en dehors de l\u2019esprit qui la promeut&nbsp;\u00bb (<em>ibid<\/em>. p 70).<\/li><li>*Heinz Hartmann (1894-1970), n\u00e9 \u00e0 Vienne, psychiatre et psychanalyste, fuit le nazisme et arrive \u00e0 New-York en 1941. Il y anime avec Ernst Kris et Rudolf Loewenstein, eux aussi des Viennois exil\u00e9s, le courant de l\u2019<em>ego-psychology<\/em>, et pr\u00e9side dans les ann\u00e9es 1950 l\u2019I.P.A., qui l\u2019\u00e9lit pr\u00e9sident d\u2019honneur \u00e0 vie. Dans la ligne trac\u00e9e en 1936 par Anna Freud dans&nbsp;<em>Le moi et les m\u00e9canismes de d\u00e9fense<\/em>&nbsp;(Puf, 1966), l\u2019<em>ego psychology<\/em>&nbsp;insiste avec Hartmann sur la n\u00e9cessit\u00e9 th\u00e9rapeutique de renforcer les capacit\u00e9s d\u00e9fensives et adaptatives du Moi.<\/li><li>De la&nbsp;<em>Weltanschauung<\/em>, traduite par \u00ab&nbsp;vision du monde&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;conception du monde&nbsp;\u00bb, Freud \u00ab&nbsp;craint que ce ne soit un concept sp\u00e9cifiquement allemand&nbsp;\u00bb. Il intitule la 35<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;de ses&nbsp;<em>Nouvelles Conf\u00e9rences d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>&nbsp;en 1932 \u00ab&nbsp;D\u2019une vision du monde&nbsp;\u00bb&nbsp;: si la psychanalyse selon lui \u00ab&nbsp;est incapable de cr\u00e9er une vision du monde qui lui soit particuli\u00e8re&nbsp;\u00bb, c\u2019est parce qu\u2019elle se rattache \u00e0 la pens\u00e9e scientifique, dont elle partage \u00ab&nbsp;des traits essentiellement n\u00e9gatifs, comme le fait de se contenter de la v\u00e9rit\u00e9, de r\u00e9cuser les illusions&nbsp;\u00bb (<em>OCP XIX<\/em>, Puf, 1995).<\/li><li>Freud (1926),&nbsp;<em>La Question de l\u2019analyse profane<\/em>, OCP XVIII, Puf, 2002. \u00ab&nbsp;L\u2019analyste m\u00e9decin qui s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une instruction rigoureuse n\u2019aura certainement pas manqu\u00e9 de tenter d\u2019am\u00e9liorer l\u2019analyse, de lui arracher ses crochets \u00e0 venin et de la rendre agr\u00e9able aux malades&nbsp;\u00bb (p. 59). Freud \u00e9crit cet essai \u00e0 la suite de la d\u00e9cision de la municipalit\u00e9 viennoise d\u2019interdire l\u2019exercice de la psychanalyse \u00e0 Theodor Reik, non m\u00e9decin, accus\u00e9 de \u00ab&nbsp;charlatanisme&nbsp;\u00bb. Les discussions pr\u00e9paratoires au Congr\u00e8s d\u2019Innsbruck de septembre 1927 seront vives, le \u00ab&nbsp;groupe de New-York&nbsp;\u00bb ne partageant pas les positions de Freud et du \u00ab&nbsp;groupe de Budapest&nbsp;\u00bb, qui d\u00e9fendent l\u2019exercice de l\u2019analyse par les non-m\u00e9decins. Dans sa Postface l\u2019ann\u00e9e suivante, Freud renforce son argumentation, et r\u00e9plique notamment \u00e0 la \u00ab&nbsp;r\u00e9cusation de l\u2019analyse profane, soit-disant nocive, par les m\u00e9decins analystes am\u00e9ricains&nbsp;\u00bb&nbsp;: il attaque avec virulence l\u2019absence de formation \u00e0 la psychanalyse aux Etats Unis, l\u2019inculture des analystes m\u00e9decins outre-Atlantique, leur manque de rigueur scientifique sous couvert d\u2019ouverture d\u2019esprit, et l\u2019app\u00e2t du profit qui les conduit \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019analyse comme \u00e0 la formation, sous couvert de leurs id\u00e9aux d\u2019<em>efficiency<\/em>. Eitigon et Jones jugeront \u00ab&nbsp;d\u00e9sobligeants&nbsp;\u00bb ces passages, que Freud finalement ne publiera pas.<\/li><li>*Leo Rangell (1913-2011), psychiatre et psychanalyste californien, pr\u00e9sident de l\u2019I.P.A de 1969 \u00e0 1973 et pr\u00e9sident d\u2019honneur depuis 1997, soutient la validit\u00e9 de la m\u00e9tapsychologie freudienne contre le relativisme, l\u2019interpersonnalisme et le \u00ab&nbsp;pluralisme th\u00e9orique&nbsp;\u00bb d\u00e9fendu par Robert Wallerstein.<\/li><li>*Psychiatre et psychanalyste formateur \u00e0 l\u2019institut psychanalytique de New-York, Harold P. Blum a dirig\u00e9 les Archives Sigmund Freud, et pr\u00e9sid\u00e9 les cinq premiers colloques \u00ab&nbsp;Art et psychanalyse&nbsp;\u00bb qui se tiennent tous les trois ans \u00e0 Florence. Ses nombreuses et fortes interventions dans le d\u00e9bat entre le relativisme et l\u2019intersubjectivisme revendiquent une position strictement freudienne, m\u00e9tapsychologie comprise, souligne L. Kahn.<\/li><li>*R. Wallerstein, psychiatre et psychanalyste californien, directeur \u00e0 la Fondation Menninger (Topeka) d\u2019un programme de recherches sur l\u2019\u00e9valuation des traitements psychoth\u00e9rapiques, est comme pr\u00e9sident de l\u2019I.P.A. confront\u00e9 \u00e0 la multiplication de pratiques et de th\u00e9ories psychanalytiques h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Il propose en 1987 un pluralisme consensuel, mod\u00e9r\u00e9 par la volont\u00e9&nbsp;de reconstituer un fondement commun \u00e0 la psychanalyse sur a base de donn\u00e9es strictement cliniques&nbsp;\u00bb.<\/li><li>*Heinz Kohut (1913-1881), n\u00e9 \u00e0 Vienne, psychanalyste \u00e0 Chicago, s\u2019attache aux pathologies narcissiques produites selon lui par les d\u00e9faillances de l\u2019environnement pr\u00e9coce, d\u00e9celables et remaniables par les transferts narcissiques (qu\u2019ils soient id\u00e9alisants ou en miroir). L\u2019empathie devient la m\u00e9thode centrale de cette th\u00e9orisation clinique.<\/li><li>*Pour Roy Schafer (1922), psychiatre et psychanalyste am\u00e9ricain, professeur \u00e0 Cornell puis Columbia University, les concepts th\u00e9oriques de la psychanalyse sont non des principes scientifiques mais des r\u00e9cits interpr\u00e9tatifs&nbsp;; il fonde le processus analytique sur les narrations successives qu\u2019analyste et patients \u00e9laborent ensemble au fil de l\u2019analyse. Pour cet auteur, il ne saurait \u00eatre question pour l\u2019analyste d\u2019atteindre quelque \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb que ce soit, et encore moins la r\u00e9alit\u00e9 psychique en tant que telle. En revanche, gr\u00e2ce \u00e0 ces multiples \u00ab&nbsp;histoires de vie&nbsp;\u00bb, le patient parvient \u00e0 se r\u00e9approprier sa position de sujet actif &#8211; cessant ainsi d\u2019\u00eatre victime des instances inconscientes.<\/li><li>La&nbsp;<em>Self-disclosure<\/em>, cet auto-d\u00e9voilement ou r\u00e9v\u00e9lation de soi, \u00e0 travers les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles dans l\u2019ici et maintenant de la s\u00e9ance, devient l\u2019enjeu de la cure pour les intersubjectivistes&nbsp;: s\u2019y d\u00e9plie l\u2019origine relationnelle de la vie psychique, et non plus l\u2019actualisation des motions inconscientes ou la recherche d\u2019une \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 psychique&nbsp;\u00bb latente (L. Kahn,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 74-75). Selon cette th\u00e9orie, engag\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par Fairbairn, le transfert ne v\u00e9hicule pas la r\u00e9actualisation du noyau infantile refoul\u00e9, inconscient, il \u00ab&nbsp;est la relation elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>&nbsp;p. 73) telle qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te les relations d\u2019objet internalis\u00e9es dans l\u2019 \u00ab&nbsp;ici et maintenant&nbsp;\u00bb de la s\u00e9ance&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est donc le positionnement du sexuel infantile qui se trouve modifi\u00e9. Modifi\u00e9 ou abandonn\u00e9.&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>).<\/li><li>\u00ab&nbsp;La psychanalyse postmoderne&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, vol. 65, n\u00b0 1, 2001, p. 259-267.<br>Arnold Goldberg, n\u00e9 en 1929, analyste formateur de Chicago, \u00e9l\u00e8ve de Kohut, prolonge les positions de la&nbsp;<em>Self Psychology<\/em>&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 une conception tr\u00e8s \u00e9largie de l\u2019empathie, en \u00e9cho au retentissement de la conception anglo-saxonne de la postmodernit\u00e9.<\/li><li>*Owen Renik (psychiatre et analyste formateur \u00e0 San Francisco) est l\u2019un des repr\u00e9sentants du courant de la \u00ab&nbsp;psychanalyse relationnelle&nbsp;\u00bb, qui vise \u00e0 lier relation interpersonnelle et relation d\u2019objet, en r\u00e9cusant la conception freudienne du sexuel et du pulsionnel, ainsi que la neutralit\u00e9 de l\u2019analyste, laquelle renforce l\u2019autorit\u00e9 interpr\u00e9tative de l\u2019analyste. Pour cet auteur, le transfert recr\u00e9e des dispositifs psychiques au sein de la relation, qui \u00e9manent de la relation primaire avec l\u2019environnement (<em>cf<\/em>&nbsp;L. Kahn,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>&nbsp;p. 165-166).<\/li><li>L\u2019approche ph\u00e9nom\u00e9nologique et herm\u00e9neutique du philosophe fran\u00e7ais Paul Ric\u0153ur (1913-2005) le conduit \u00e0 engager \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 une discussion avec la psychanalyse freudienne sur l\u2019interpr\u00e9tation (<em>De l\u2019interpr\u00e9tation&nbsp;: essai sur Freud<\/em>, 1966, et&nbsp;<em>Le Conflit des interpr\u00e9tations<\/em>, 1969). Enseignant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Chicago de 1971 \u00e0 1991, en lien avec sa conception de l\u2019interpr\u00e9tation mais aussi sa large r\u00e9flexion sur le temps (<em>Temps et r\u00e9cit<\/em>, 3 vol., 1983-1985), il d\u00e9veloppe sa notion d\u2019identit\u00e9 narrative, qui d\u00e9finit pour lui la subjectivit\u00e9, dans&nbsp;<em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>&nbsp;(1990) et dans \u00ab&nbsp;La vie&nbsp;: un r\u00e9cit en qu\u00eate de narrateur&nbsp;\u00bb (1986) paru dans&nbsp;<em>Ecrits et conf\u00e9rences, t. 1, Autour de la psychanalyse<\/em>&nbsp;(2008).<\/li><li>Le terme polys\u00e9mique d\u2019<em>agency<\/em>&nbsp;d\u00e9signe dans l\u2019anglais courant \u00e0 la fois l\u2019action, l\u2019op\u00e9ration (au sens physique), ce qui la qualifie (agir par opposition \u00e0 subir), et l\u2019agent (par opposition au patient).<\/li><li>Le terme d\u2019<em>Agieren<\/em>, verbe ou substantif chez Freud, traduit par \u00ab&nbsp;mise en acte&nbsp;\u00bb dans le&nbsp;<em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>&nbsp;ou par&nbsp;<em>acting out<\/em>&nbsp;dans la&nbsp;<em>Standard Edition<\/em>, d\u00e9signe la r\u00e9p\u00e9tition agie dans et par le transfert.<\/li><li>James Strachey (1887-1967), psychanalyste anglais, est \u00e0 l\u2019instigation de Jones, et avec son \u00e9pouse Alix, le premier traducteur et \u00e9diteur des Oeuvres Compl\u00e8tes de Freud en anglais, la Standard Edition.<\/li><li>Pour Bion, l\u2019appareil psychique comporte deux fonctions oppos\u00e9es&nbsp;: la fonction \u00ab&nbsp;alpha&nbsp;\u00bb m\u00e9tabolise chez un individu les \u00e9l\u00e9ments \u00ab&nbsp;b\u00eata&nbsp;\u00bb d\u00e9pos\u00e9s par un autre en lui.<\/li><li>A la fin de \u00ab&nbsp;Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre&nbsp;\u00bb, un entretien avec l\u2019\u00e9quipe de la revue&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, Laurence Kahn revient \u00e0 propos de son travail avec des enfants du Coteau sur le tr\u00e8s grand int\u00e9r\u00eat de cette institution, et sur \u00ab&nbsp;la mani\u00e8re de faire avec les enfants par temps de guerre&nbsp;\u00bb (<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, \u00ab&nbsp;L\u2019inadaptation des enfants et de quelques autres&nbsp;\u00bb, n\u00b0 14, automne 2008, p.42). On trouvera en annexe de cet article une pr\u00e9sentation du Coteau, extrait de \u00ab&nbsp;Le Coteau, Vitry-sur-Seine. Une affaire dont l\u2019\u00e9pilogue donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019avenir du secteur m\u00e9dico-social&nbsp;\u00bb, par J.-C. Arfouilloux, G. Diatkine, A. Fr\u00e9javille, in&nbsp;<em>La Lettre de Psychiatrie fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0143, mars 2005.<\/li><li><em>Les Controverses Anna Freud &#8211; M\u00e9lanie Klein<\/em>, rassembl\u00e9es et \u00e9dit\u00e9es par Pearl King et Riccardo Steiner (1991), pr\u00e9f. d\u2019Andr\u00e9 Green. Puf, 1996.<\/li><li>M. Klein (1961),&nbsp;<em>Psychanalyse d\u2019un enfant<\/em>, Sand, Tchou, 1983.<\/li><li>A. Freud,&nbsp;<em>Le Traitement psychanalytique des enfants<\/em>, PUF, 1951.<\/li><li>A. Freud, \u00ab&nbsp;Survie et d\u00e9veloppement d\u2019un groupe d\u2019enfants&nbsp;: une exp\u00e9rience bien particuli\u00e8re&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>L\u2019Enfant dans la psychanalyse<\/em>, Gallimard, 1976, pp. 110-159. Ce texte est le compte-rendu d\u2019observation d\u2019un petit groupe d\u2019orphelins juifs de trois ans environ, qui reviennent du camp de concentration de Therensienstadt, en octobre 1945, et restent ensemble pendant un an et demi dans un lieu d\u2019h\u00e9bergement en Angleterre avant d\u2019\u00eatre adopt\u00e9s. Voir le commentaire d\u2019A. Freud par L. Kahn, in \u00ab&nbsp;Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre&nbsp;\u00bb, art. cit.<\/li><li>L. Kahn \u00ab&nbsp;Les petites chose. Entretien&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>&nbsp;n\u00b014, automne 2008.<\/li><li>Dans une tentative pour th\u00e9oriser le traumatisme de masse \u00e0 partir de recherches cliniques aupr\u00e8s des survivants des camps de concentration engag\u00e9es sur une population relativement importante, Henry Krystal et William G. Niederland, psychiatres et psychanalystes am\u00e9ricains, ont d\u00e9crit comme \u00ab&nbsp;syndrome du survivant&nbsp;\u00bb&nbsp;des manifestations traumatiques pendant la pers\u00e9cution et leurs effets psychopathologiques apr\u00e8s-coup. Cf Krystal H. dir.,&nbsp;<em>Massive Psychic Trauma<\/em>, New-York, International Universities Press, 1968, et Krystal H., Nierderland W., dir.,&nbsp;<em>Psychic Traumatization. After-effects in Individual and Communities<\/em>, Boston, Little, Brown, 1971. Pour une lecture critique de ces travaux et de ceux, plus r\u00e9cents, du \u00ab&nbsp;groupe Ostow&nbsp;\u00bb (1981-1990) et des psychanalystes Nanette Auerhahn et Dori Laub (1983-1998) sur \u00ab&nbsp;la situation traumatique extr\u00eame&nbsp;\u00bb&nbsp;: voir l\u2019article de L. Kahn, \u00ab&nbsp;Quand la Shoah est un trauma&nbsp;\u00bb, sous-titr\u00e9 \u00ab&nbsp;et que le p\u00e8re dispara\u00eet de la th\u00e9orie analytique&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>&nbsp;n\u00b07,&nbsp;<em>Retours sur la question juive<\/em>, printemps 2005, p.281-307.<\/li><li>Rudolph Loewenstein (1898-1976), d\u2019origine polonaise, m\u00e9decin et neurologue, membre de la&nbsp;<em>Soci\u00e9t\u00e9 allemande de Psychanalyse de Berlin<\/em>&nbsp;d\u00e8s 1925, s\u2019installe comme analyste didacticien \u00e0 Paris en 1926. Ami intime de Marie Bonaparte, il contribue \u00e0 fonder la&nbsp;<em>Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em>&nbsp;en 1926. Il rejoint New-York en 1920, et devient avec Hartmann et Kris l\u2019un des fondateurs de l\u2019<em>ego-psychology<\/em>. Il \u00e9crit (avec le pr\u00e9nom fran\u00e7ais de Rodolphe) entre 1941 et 1952 une&nbsp;<em>Psychanalyse de l\u2019antis\u00e9mitisme<\/em>&nbsp;(Puf, 2001).<\/li><li>Max Horkheimer (1895-1973), philosophe et sociologue allemand, co-fonde en 1930 \u00e0 Francfort, notamment avec Adorno, l\u2019Institut pour la Recherche sociale \u00e0 Francfort, li\u00e9 d\u2019embl\u00e9e avec l\u2019<em>Institut Psychanalytique de Francfort<\/em>&nbsp;; ferm\u00e9 par les nazis, l\u2019<em>Institut<\/em>&nbsp;rouvre en 1949, apr\u00e8s le retour d\u2019Horkheimer \u00e9migr\u00e9 pendant la guerre \u00e0 New-York&nbsp;:&nbsp;<em>La Dialectique de la raison<\/em>, co-\u00e9crit avec Adorno \u00e0 cette date, est l\u2019un des premiers textes majeurs de l\u2019<em>Ecole de Francfort<\/em>, et de la Th\u00e9orie Critique qu\u2019elle promeut.<\/li><li>Karl Landauer (1887-1945), m\u00e9decin et psychanalyste allemand, s\u2019installe \u00e0 Francfort en 1923, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 la&nbsp;<em>Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Vienne<\/em>&nbsp;en 1913. A l\u2019invitation d\u2019Horkheimer, dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019analyste, et avec Frieda Fromm-Reichmann et Erich Fromm, il cr\u00e9e l\u2019<em>Institut psychanalytique de Francfort<\/em>. Analyste formateur \u00e0 Amsterdam, o\u00f9 il \u00e9migre en 1933, il meurt avec sa famille au camp de Bergen-Belsen en 1943.<\/li><li>Voir notamment&nbsp;: Auerhahn N. C., Laub D., \u00ab&nbsp;Failed empathy. A central theme in the survivor\u2019s Holocaust experience&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Psychoanalytical Psychology<\/em>, 6, 1989, pp. 377-400. Et Auerhahn N. C., Laub D., \u00ab&nbsp;Knowing or not knowing. Massive psychic trauma&nbsp;: forms or traumatic memory&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>International Journal of Psychoanalysis<\/em>, 74, 1993, pp. 287-302.<\/li><li>Imre Kert\u00e9sz, n\u00e9 en 1929, est un \u00e9crivain hongrois, prix Nobel de Litt\u00e9rature en 2002, install\u00e9 \u00e0 Berlin depuis plus de dix ans. D\u00e9port\u00e9 \u00e0 Auschwitz puis \u00e0 Birkenau \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, \u00e0 son retour il reste un \u00ab&nbsp;prisonnier en permission&nbsp;\u00bb (in&nbsp;<em>Dossier K<\/em>, 2008, Actes Sud, 2009, p.142), il \u00ab&nbsp;peut observer non plus en tant qu\u2019enfant, mais avec (sa) t\u00eate d\u2019adulte, le fonctionnement d\u2019une dictature&nbsp;\u00bb, comme il le dit dans \u00ab&nbsp;Eur\u00eaka&nbsp;\u00bb, son discours de r\u00e9ception du Prix Nobel (in&nbsp;<em>L\u2019Holocauste comme culture<\/em>, Actes Sud, 2009, p 258). Son \u0153uvre (romans, essais) constitue une \u00ab&nbsp;approche&nbsp;\u00bb tr\u00e8s pr\u00e9cieuse de \u00ab&nbsp;l\u2019inapprochable&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>&nbsp;p14), \u00ab&nbsp;non pas de l\u2019irrepr\u00e9sentable mais de l\u2019ind\u00e9formable&nbsp;\u00bb \u00e9crit L. Kahn en 2011 (voir en particulier son article \u00ab&nbsp;Tout naturellement&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Libres Cahiers de Psychanalyse<\/em>&nbsp;n\u00b024, p. 155).<\/li><li>I. Kert\u00e9sz (1988),&nbsp;<em>Le refus<\/em>, Actes Sud, 2001.<\/li><li>I. Kert\u00e9sz (2003),&nbsp;<em>Liquidation<\/em>, Actes Sud, 2004.<\/li><li><em>Docteur Faustus<\/em>&nbsp;(Livre de poche, 1993) est un roman de l\u2019\u00e9crivain allemand Thomas Mann (1875-1955), prix Nobel de litt\u00e9rature en 1929, commenc\u00e9 en 1943 \u00e0 Los Angeles, o\u00f9 Th. Mann avait \u00e9migr\u00e9, et publi\u00e9 en 1947. Adrian Leverk\u00fchn, le musicien dont le narrateur imagine la biographie, incarne le basculement de l\u2019humanisme au d\u00e9moniaque, parall\u00e8le au d\u00e9sastre politique de l\u2019Allemagne nazie. L\u2019\u00e9crivain dont Freud se disait en 1935, pour les 60 ans de l\u2019\u00e9crivain, \u00ab&nbsp;l\u2019un des plus vieux lecteurs et admirateurs&nbsp;\u00bb, fit le 8 mai 1936 une conf\u00e9rence pour le 80<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;anniversaire de Freud, \u00ab&nbsp;Freud et l\u2019avenir&nbsp;\u00bb. Son roman reste d\u2019une grande port\u00e9e historique, politique et esth\u00e9tique.<\/li><li>I. Kert\u00e9sz (2003), \u00ab&nbsp;Eur\u00eaka&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>L\u2019Holocauste comme culture&nbsp;: discours et essais<\/em>, Actes Sud, 2009.<\/li><li>M. Gribinski est le directeur de la collection (et de la revue)&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>&nbsp;dans laquelle est publi\u00e9&nbsp;<em>L\u2019analyste apathique et le patient post-moerne<\/em>, aux \u00e9ditions de l\u2019Olivier.<\/li><li>Voir P. Heimann, M. I. Little, A. Treich, L. Tower et al.,&nbsp;<em>Le contre-transfert<\/em>, Navarin, 1987.<\/li><li>Jacob A. Arlow (1912-2004), psychiatre et psychanalyste am\u00e9ricain, formateur et superviseur \u00e0 l\u2019<em>Institut Psychanalytique de New-York<\/em>.<\/li><li>*Dominique Scarfone est psychiatre, psychanalyste, professeur au D\u00e9partement de psychologie de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, analyste formateur de la&nbsp;<em>Soci\u00e9t\u00e9 canadienne de Psychanalyse<\/em>&nbsp;\u2013 section de Montr\u00e9al. Il reprend cette notion de passibilit\u00e9 en particulier dans \u00ab&nbsp;Sexuel et actuel&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Sexualit\u00e9 infantile et attachement<\/em>, D. Widl\u00f6cher, J. Laplanche, P. Fonagy et al., Puf, 2000 (Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse), p. 153, et dans \u00ab&nbsp;La s\u00e9ance d\u2019analyse, ouverture de diff\u00e9rends&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Les transformateurs Lyotard<\/em>, sous la dir. de C. Enaudeau, J.-F. Nordman, J.-M. Salanskis et al., Sens et Tonka, 2008 (Coll\u00e8ge de philosophie), p. 256. \u00ab&nbsp;Passibilit\u00e9&nbsp;\u00bb d\u00e9signe \u00ab&nbsp;la r\u00e9ceptivit\u00e9, la vuln\u00e9rabilit\u00e9, la passivit\u00e9 enfantines face au sexuel infantile de l\u2019adulte. Le terme est emprunt\u00e9 \u00e0 J.-F. Lyotard, \u00ab&nbsp;Emma&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, n\u00b0 39, \u00ab&nbsp;Excitations&nbsp;\u00bb, printemps 1989, p. 57.<\/li><li>Lyotard J.-F., \u00ab&nbsp;Apathie dans la th\u00e9orie&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Rudiments paiens<\/em>, Paris, UGE-10\/18, 1977, pp. 9-31.<\/li><li>Thomas Kuhn (1922-1996), philosophe et historien am\u00e9ricain des sciences, s\u2019appuie pour rendre compte de l\u2019\u00e9volution des sciences marqu\u00e9e selon lui par la discontinuit\u00e9 et par des ruptures et non par l\u2019accumulation des savoirs, sur le concept de \u00ab&nbsp;r\u00e9volution scientifique&nbsp;\u00bb propos\u00e9 en France par Alexandre Koyr\u00e9. C\u2019est Kuhn qui d\u00e9veloppe la notion de \u00ab&nbsp;changement de paradigme&nbsp;\u00bb. Loin de Popper, pour Kuhn les th\u00e9ories scientifiques ne sont pas \u00e0 rejeter quand elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9es, mais remplac\u00e9es.<\/li><li>In \u00ab&nbsp;La figurabilit\u00e9&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2001, t. LXV, sp\u00e9cial Congr\u00e8s, oct.- d\u00e9c. 2001, pp. 983-1056.<\/li><li>De Francis Pasche (1910-1996), psychiatre, psychanalyste, membre formateur de la SPP (<em>Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique&nbsp;de Paris<\/em>) qu\u2019il a dirig\u00e9e de 1960 \u00e0 1964, voir notamment \u00ab&nbsp;Le pass\u00e9 recompos\u00e9&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 1974, XXXVIII 2\/3, pp. 172-182.<\/li><li>Pour \u00e9voquer cette&nbsp;<em>Indifferenz<\/em>, L. Kahn reprend aussi le terme de \u00ab&nbsp;passibilit\u00e9&nbsp;\u00bb propos\u00e9 par D. Scarfone, qui l\u2019emprunte lui-m\u00eame \u00e0 J.- F. Lyotard&nbsp;: \u00ab&nbsp;passibilit\u00e9&nbsp;\u00bb dit \u00ab&nbsp;la position d\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste, faite de passivit\u00e9 et d\u2019une disponibilit\u00e9 sensible, ouvrant la possibilit\u00e9 de se laisser atteindre&nbsp;\u00bb (in&nbsp;<em>Le psychanalyste apathique\u2026<\/em>, p.9)<\/li><li>Terme polys\u00e9mique, le&nbsp;<em>daimon<\/em>&nbsp;en grec d\u00e9signe le dieu, le sort, le destin, mais aussi une force int\u00e9rieure (cr\u00e9atrice ou destructrice), une \u00ab&nbsp;\u00e9nergie&nbsp;\u00bb selon Henry Corbin, ce qui s\u2019agite, ce qui nous agite d\u2019apr\u00e8s L. Kahn dans&nbsp;<em>La petite maison de l\u2019\u00e2me<\/em>.<\/li><li>Sophocle,&nbsp;<em>\u0152dipe-Roi<\/em>, v. 1325-1333, trad. J. et M. Bollack, Minuit, 1985, p. 79.<\/li><li>S. Zepf, \u00ab&nbsp;Incentives for a reconsideration of Debate on Metapsychology&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>International Journal of Psycho-analysis<\/em>, 82, 2001, pp. 463-483.<\/li><li>Freud souligne l\u2019importance du \u00ab&nbsp;facteur quantitatif&nbsp;\u00bb dans l\u2019issue d\u2019une cure analytique, et notamment la r\u00e9sistance contre la mise au jour des r\u00e9sistances \u2013 la r\u00e9sistance \u00e0 la gu\u00e9rison&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019analyse ne peut mettre en \u0153uvre que des quantit\u00e9s d\u00e9termin\u00e9es et limit\u00e9es d\u2019\u00e9nergies qui ont \u00e0 se mesurer aux forces hostiles. (\u2026) Comme si v\u00e9ritablement la victoire \u00e9tait la plupart du temps du c\u00f4t\u00e9 des bataillons les plus forts&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;L\u2019analyse avec fin et l\u2019analyse sans fin&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>R\u00e9sultats Id\u00e9es Probl\u00e8mes<\/em>, t. II, Puf, 1985, p. 255).<\/li><li>Voir note 1.<\/li><li>D\u00e8s son premier num\u00e9ro en 1970, la&nbsp;<em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, dirig\u00e9e par J.- B. Pontalis, proposait des textes brefs, hors th\u00e8me, appel\u00e9s&nbsp;<em>Varia<\/em>, qui ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s et \u00e9dit\u00e9s par Michel Gribinski en deux volumes,&nbsp;<em>Analyse ordinaire, analyse extraordinaire<\/em>&nbsp;(Gallimard, 1993) et&nbsp;<em>En pays lointain<\/em>&nbsp;(Gallimard, 1994).<\/li><li>L. Kahn,&nbsp;<em>Fiction et v\u00e9rit\u00e9 freudiennes&nbsp;: entretiens<\/em>&nbsp;avec Michel Enaudeau, Paris, Balland, 2004.<\/li><li>Dans&nbsp;<em>L\u2019Homme Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em>&nbsp;(1939), Freud \u00e9crit, de Vienne, avant mars 1938, peu avant son exil pour Londres, \u00ab&nbsp;Nous vivons en un temps particuli\u00e8rement curieux. Nous d\u00e9couvrons avec surprise que le progr\u00e8s a conclu un pacte avec la barbarie&nbsp;\u00bb (Gallimard, 1986, p. 134).<\/li><li>Parmi les \u00ab&nbsp;maladies philosophiques&nbsp;\u00bb qui selon Wittgenstein frappent la philosophie&nbsp;: la soif de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et de clart\u00e9, le m\u00e9pris pour les cas particuliers, l\u2019essentialisation qui fait rechercher la substance derri\u00e8re le substantif, l\u2019usage m\u00e9taphysique des mots coup\u00e9s de leur usage quotidien qui les rend vivants. De ces maladies, la force performative de la parole telle que la pratique et l\u2019analyse Wittgenstein, pourrait sinon gu\u00e9rir, du moins pr\u00e9venir.<\/li><li><em>Cf<\/em>&nbsp;Adorno, \u00ab&nbsp;\u00c9duquer apr\u00e8s Auschwitz&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Mod\u00e8les critiques<\/em>, Payot, 2003, ainsi que&nbsp;<em>La psychanalyse r\u00e9vis\u00e9e<\/em>, voir note 2.<\/li><li>H. Arendt (1951),&nbsp;<em>Les origines du totalitarisme. Eichmann \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Gallimard, 2002 (Quarto). C\u2019est dans le 3<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;tome, \u00ab&nbsp;Le syst\u00e8me totalitaire&nbsp;\u00bb, qu\u2019Arendt d\u00e9crit cette \u00ab&nbsp;structure en oignon&nbsp;\u00bb.<\/li><li>D\u2019Ir\u00e8ne Th\u00e9ry, sociologue, sp\u00e9cialis\u00e9e en sociologie du droit, de la famille et de la vie priv\u00e9e, voir notamment avec A.- M. Leroyer,&nbsp;<em>Filiations, origines, parentalit\u00e9&nbsp;: le droit face aux nouvelles valeurs de responsabilit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rationnelles<\/em>&nbsp;(Odile Jacob, 2014).<\/li><li>V. Descombes, philosophe, est l\u2019auteur en particulier de&nbsp;<em>Le compl\u00e9ment de sujet. Enqu\u00eate sur le fait d\u2019agir de soi-m\u00eame<\/em>&nbsp;(Gallimard, 2004),&nbsp;<em>Derni\u00e8res nouvelles du moi<\/em>, avec Charles Larmore (Puf, 2009), et de&nbsp;<em>Les embarras de l\u2019identit\u00e9<\/em>&nbsp;(Gallimard, 2013).<\/li><li>Voir notamment d\u2019A. Ehrenberg&nbsp;<em>La fatigue d\u2019\u00eatre soi&nbsp;: d\u00e9pression et soci\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;(Odile Jacob, 1998) et&nbsp;<em>La soci\u00e9t\u00e9 du malaise<\/em>&nbsp;(Odile Jabob, 2010).<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Articles en fran\u00e7ais de L. Kahn<\/h3>\n\n\n\n<p>Cette liste n\u2019est pas exhaustive. Elle ne recense pas non plus les nombreux articles originaux de L. Kahn en anglais, allemand, italien, espagnol et portugais, ni les traductions.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Discussions des conf\u00e9rences de Jean-Claude Rolland, Viviane Abel Prot et Jacques Andr\u00e9,&nbsp;<em>L\u2019Annuel de l\u2019APF<\/em>, \u00ab&nbsp;Psychanalyse, les travers\u00e9es&nbsp;\u00bb, PUF, janvier 2013, pp. 41-46, pp. 71-75, pp. 109-114.<\/li><li>\u00ab&nbsp;La solution consensuelle&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, n\u00b0 22, Portraits d\u2019un psychanalyste ordinaire, \u00e9d. de l\u2019Oliver, automne 2012, pp. 63-90.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Carrefour psychanalytique&nbsp;: entretien avec Laurence Kahn&nbsp;\u00bb, avec Nicole Minazio,&nbsp;<em>Revue belge de psychanalyse<\/em>, n\u00b0 61, 2012\/2, pp. 183-208.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Recherches sur l\u2019histoire de la formation et de l\u2019enseignement&nbsp;: pr\u00e9sentation du dossier&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Annuel de l\u2019APF<\/em>&nbsp;2012, \u00ab&nbsp;Le fil d\u2019\u0152dipe&nbsp;\u00bb, Paris, PUF, janvier 2012, pp. 115-118.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Qualifier et reconna\u00eetre. \u00c0 propos de l\u2019agir transf\u00e9rentiel&nbsp;\u00bb, in J. Andr\u00e9 et A. Schniewind (sous dir.),&nbsp;<em>Comprendre en psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, 2012.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Un ombilic pour la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, vol. 75, n\u00b0 5, \u00ab&nbsp;Le maternel&nbsp;\u00bb, Paris, PUF pp. 1337-1344.<\/li><li>\u00ab&nbsp;M\u00e9lange des genres&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Topique<\/em>, n\u00b0 114, \u00ab&nbsp;L\u2019autochtonie&nbsp;\u00bb, \u00c9ditions l\u2019esprit du temps, pp. 125-135.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Tout naturellement&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Libres cahiers pour la psychanalyse<\/em>, n\u00b0 24, \u00ab&nbsp;Grandeur et solitude du moi&nbsp;\u00bb, In Press, novembre 2011, pp. 141-164.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Usages d\u2019un b\u00e2tard&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, n\u00b0 17, \u00ab&nbsp;\u00c0 quoi servent les enfants&nbsp;\u00bb, \u00c9ditions de l\u2019Olivier, printemps 2010.<\/li><li>\u00ab&nbsp;L\u2019affaire d\u2019un soup\u00e7on&nbsp;\u00bb, L\u2019Herne, \u00ab&nbsp;Cahier de L\u2019Herne&nbsp;\u00bb&nbsp;<em>Cahier<\/em>&nbsp;n\u00b0 93, Bonnefoy, in Jean-Paul Avice et Odile Bombarde (sous dir.) \u00c9dition de L\u2019Herne, Paris, avril 2010.<\/li><li>\u00ab&nbsp;L\u2019hallucinatoire, la forme, la r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;\u00bb, dans&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, hors-s\u00e9rie, Avanc\u00e9es freudiennes, Textes 1954-2009, p. 353-370.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Les affaires d\u00e9vorent la science, note sur l\u2019inamiti\u00e9 dans une correspondance&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Libres Cahiers pour la Psychanalyse<\/em>, printemps 2009, pp. 31-53.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Un p\u00e8re, un fils, on mange&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, n\u00b0 16,&nbsp;<em>Un petit d\u00e9tail comme l\u2019avidit\u00e9<\/em>, \u00c9ditions de l\u2019Olivier, pp.75-87.<\/li><li>\u00ab&nbsp;La confusion des r\u00e9els&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, vol. 73, n\u00b0 3,&nbsp;<em>Le transfert lat\u00e9ral<\/em>, PUF, Paris, juillet 2009, pp. 667-679.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Traces&nbsp;: lieu introuvable&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Arch\u00e9opages<\/em>&nbsp;hors s\u00e9rie f\u00e9vrier 2008,&nbsp;<em>Constructions de l\u2019arch\u00e9ologie (liber scriptorum prohibitorum)<\/em>&nbsp;en hommage \u00e0 Jean-Paul Demoule, pp. 94-98.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Encha\u00een\u00e9s \u00e0 la qualit\u00e9&nbsp;; le psychanalyste, le paraphr\u00e8ne et le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb in M. de M\u2019Uzan et J. Andr\u00e9 (sous dir.),&nbsp;<em>La Chim\u00e8re des inconscients<\/em>&nbsp;; d\u00e9bat avec Michel de M\u2019Uzan, PUF, Petite Biblioth\u00e8que de Psychanalyse, 2008, pp.77-94.<\/li><li>\u00ab&nbsp;D\u2019une lecture apathique de Freud&nbsp;\u00bb, in C. Enaudeau, J-F. Nordmann, J.-M. Salanskis, F. Worms \u00e9d.,&nbsp;<em>Les Transformateurs<\/em>, Lyotard, Paris, Sens &amp; Tonka, 2008<\/li><li>\u00ab&nbsp;Freud et l\u2019antiquit\u00e9&nbsp;: de l\u2019h\u00e9ritage partag\u00e9 \u00e0 l\u2019audace interpr\u00e9tative&nbsp;\u00bb, Entretien de Laurence Kahn avec Bernard Mezzadri,&nbsp;<em>Europe<\/em>, 2008, vol. 86, n\u00b0 954, pp. 67-88<\/li><li>\u00ab&nbsp;Les petites choses&nbsp;: enfants du Coteau, temps de guerre&nbsp;\u00bb, entretien,&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, automne 2008, n\u00b0 14, pp. 13-44.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Effets posthumes&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Bulletin de la F\u00e9d\u00e9ration Europ\u00e9enne de Psychanalyse<\/em>, 2008, n\u00b0 62, pp. 48-57.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Le texte freudien et sa traduction&nbsp;\u00bb, in Jean-Michel Delacompt\u00e9e et Fran\u00e7ois Gantheret (\u00e9d.),&nbsp;<em>Le royaume interm\u00e9diaire<\/em>&nbsp;; Psychanalyse, litt\u00e9rature, autour de J.-B. Pontalis, \u00c9ditions Gallimard, Folio Essais, 2007, pp. 130-157.<\/li><li>\u00ab&nbsp;La premi\u00e8re forme&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Annuel de l\u2019APF<\/em>, Paris, PUF, n\u00b0 1, janvier 2007.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Rencontres avec Charles Malamoud&nbsp;\u00bb, en coll. avec Marine Esposito Vegliante et Patrick Guyomard,&nbsp;<em>Les lettres de la SPF<\/em>, n\u00b0 17, 2007, pp. 123-148.<\/li><li>\u00ab&nbsp;L\u2019effectuation hallucinatoire et la d\u00e9formation&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, n\u00b0 71, Sp\u00e9cial congr\u00e8s, La cure de parole, 2007\/5, pp. 1559-1565.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Une fa\u00e7on de parler&nbsp;\u00bb, dans C. Enaudeau et P. Loraux (dir.),&nbsp;<em>La m\u00e9thode de l\u2019exp\u00e9dient<\/em>, \u00e9d. Kim\u00e8, Paris, 2006.<\/li><li>\u00ab&nbsp;L\u2019inconscient, un concept-limite&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers philosophiques<\/em>, n\u00b0 107, octobre 2006.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Car tout \u00e0 pr\u00e9sent est processus&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Libres cahiers pour la psychanalyse<\/em>, n\u00b0 14,&nbsp;<em>Regards sur le r\u00eave<\/em>, In Press, automne 2006<\/li><li>Quand la Shoah est un trauma&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Penser\/r\u00eaver<\/em>, n\u00b0 7, Retours sur la question juive, printemps 2005, p. 281-308.<\/li><li>\u00ab&nbsp;La d\u00e9composition&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, tome LXIX, n\u00b0 5, La sublimation, d\u00e9cembre 2005, p. 1389-1395<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"> <\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ouvrages en fran\u00e7ais de L. Kahn<\/h3>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\" id=\"block-5c7120fc-b7ed-4762-845d-edcd88016f65\"><li><em>Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne<\/em>, \u00e9d. de l\u2019Olivier, 2014 (Penser\/r\u00eaver)<\/li><li><em>L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste&nbsp;: de l\u2019acte \u00e0 la forme<\/em>, Puf, 2012 (Fil rouge)<\/li><li><em>Faire parler le destin<\/em>, Klincksieck, 2005 ((M\u00e9ridiens)<\/li><li><em>Cures d\u2019enfance<\/em>, Gallimard, 2004 (Connaissance de l\u2019inconscient, Trac\u00e9s)<\/li><li><em>Fiction et v\u00e9rit\u00e9 freudiennes&nbsp;: entretiens avec Michel Enaudeau<\/em>, ?Balland, 2004.<\/li><li><em>Sigmund Freud<\/em>. Volume 2&nbsp;: 1897-1904, Puf, 2000 (Psychanalystes d\u2019aujourd\u2019hui)<\/li><li><em>La petite maison de l\u2019\u00e2me<\/em>, Gallimard, 1993 (Connaissance de l\u2019inconscient)<\/li><li><em>Herm\u00e8s passe, ou les ambigu\u00eft\u00e9s de la communication<\/em>, Masp\u00e9ro, 1978 (Textes \u00e0 l\u2019appui).<\/li><\/ul>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10733?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De l\u2019histoire \u00e0 la psychanalyse Historienne et hell\u00e9niste de formation avant de devenir psychologue puis psychanalyste, Laurence Kahn a travaill\u00e9 \u00e0 partir de 1970 dans l\u2019\u00e9quipe de Jean-Pierre Vernant, \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales. 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