{"id":10731,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entretien-avec-philippe-jeammet-2\/"},"modified":"2021-09-30T20:28:00","modified_gmt":"2021-09-30T18:28:00","slug":"entretien-avec-philippe-jeammet","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entretien-avec-philippe-jeammet\/","title":{"rendered":"Entretien avec Philippe Jeammet"},"content":{"rendered":"\n<p>Philippe Jeammet est psychiatre, professeur \u00e9m\u00e9rite de psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent, pr\u00e9sident de l<em>\u2019\u00c9cole des parents et des \u00c9ducateurs &#8211; Ile de France<\/em>.<br>Il a \u00e9t\u00e9 psychanalyste et il a dirig\u00e9 pendant 20 ans le service de psychiatrie de l\u2019adolescent et du jeune adulte \u00e0 l<em>\u2019Institut Mutualiste Montsouris<\/em> \u00e0 Paris.<br>Sp\u00e9cialiste de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent, Philippe Jeammet est sp\u00e9cialiste des troubles du comportement chez les jeunes. Il a \u00e9crit de nombreux ouvrages sur le sujet.<br>Il est le cr\u00e9ateur d\u2019un DU \u00ab&nbsp;Adolescents difficiles, approche psychopathologique et \u00e9ducative&nbsp;\u00bb de l\u2019Universit\u00e9 Pierre et Marie Curie (UPMC).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Nous souhaiterions mieux conna\u00eetre ton parcours et les r\u00e9flexions qui aujourd\u2019hui t\u2019am\u00e8nent \u00e0 \u00e9crire ce livre \u00ab&nbsp;Quand nos \u00e9motions nous rendent fous&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: J\u2019ai eu envie de t\u00e9moigner parce que j\u2019estime que j\u2019ai eu une grande chance de me retrouver l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9. Je ne me destinais pas n\u00e9cessairement \u00e0 la m\u00e9decine, mais c\u2019est finalement ce que j\u2019ai fait. J\u2019avais envisag\u00e9 plut\u00f4t de me tourner vers la m\u00e9decine somatique, puis finalement en fin de service militaire, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019opter pour la psychiatrie. En fin d\u2019internat j\u2019ai pu trouver une place et me retrouver en quatri\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 ce qui allait devenir <em>l\u2019Institut Mutualiste Montsouris<\/em> qui \u00e9tait alors l\u2019<em>H\u00f4pital International de l\u2019Universit\u00e9 de Paris<\/em>, premier service en Europe d\u00e9di\u00e9 sp\u00e9cialement aux adolescents et jeunes adultes de 13 \u00e0 25 ans. J\u2019y suis rest\u00e9 quarante ans. J\u2019ai eu le sentiment de vivre une exp\u00e9rience exceptionnelle&nbsp;: la rencontre avec ces \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la vie qui sont ce qui fait qu\u2019on est cr\u00e9atif ou qu\u2019on est destructeur. Et comment on passe de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, je dirais parfois facilement et parfois tragiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Se retrouver avec des adolescents dans ce que j\u2019appelle la destructivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans des situations de repli sur eux avec des conduites qui posent probl\u00e8me. Des conduites que je juge adaptatives&nbsp;: ce n\u2019est pas \u00ab&nbsp;pour emb\u00eater les autres, ce n\u2019est pas dirig\u00e9 contre les autres&nbsp;\u00bb mais c\u2019est dirig\u00e9 pour \u00eatre \u00ab&nbsp;moins mal&nbsp;\u00bb. Comme tous les troubles psychiatriques, ce sont des mesures de protection, de survie. Mais elles ont en commun ce que j\u2019appelle la destructivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire une rupture partielle du lien, un repli sur soi. Pourquoi&nbsp;? Par peur. Pour se prot\u00e9ger, m\u00eame si apr\u00e8s, cela agresse les autres, avec le risque de s\u2019y enfermer. Au fond, la maladie c\u2019est quand on n\u2019en sort pas. Etant dans un service d\u2019adolescents, je n\u2019ai jamais suivi quelqu\u2019un plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, mais les choses ont fait que j\u2019ai des contacts, m\u00eame encore avec des gens que j\u2019ai soign\u00e9s en tant qu\u2019interne en 69 et qui avaient des troubles psychotiques et autres. C\u2019est une exp\u00e9rience de vie formidable&nbsp;! Il y a d\u00e9j\u00e0 notre propre exp\u00e9rience de vie, celle de nos amis, de l\u2019histoire\u2026 Mais l\u00e0 de voir ces jeunes qu\u2019on a connus, qui \u00e9taient l\u00e0 \u00e0 un moment de leur existence o\u00f9 ils allaient risquer cette vie &#8211; certains l\u2019ont perdu d\u2019ailleurs cette vie, sans jamais vraiment le vouloir &#8211; et de les revoir apr\u00e8s des ann\u00e9es, et pouvoir vous dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne comprends pas comment on peut \u00eatre anorexique. Je ne le suis plus, et si je le voulais je ne pourrais plus l\u2019\u00eatre.&nbsp;\u00bb C\u2019est ce recul l\u00e0 qui me donne envie de t\u00e9moigner de la richesse de ce parcours et combien c\u2019est une le\u00e7on de vie. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par la philosophie, mais l\u00e0 j\u2019ai trouv\u00e9 un regard tr\u00e8s concret sur ce qui fait qu\u2019effectivement on a ces deux options&nbsp;: cr\u00e9ativit\u00e9 et destructivit\u00e9. Et r\u00e9aliser qu\u2019au fond rien n\u2019est jou\u00e9 et que surtout, plus profond\u00e9ment, on peut mettre la m\u00eame intensit\u00e9 dans la destruction que dans le d\u00e9sir de partager. Il y a ce c\u00f4t\u00e9 bipolaire fondamental de la vie, ce sont les m\u00eames forces qui peuvent pousser vers la destructivit\u00e9 ou vers la cr\u00e9ativit\u00e9. Le fait de s\u2019enfermer &#8211; sans l\u2019avoir vraiment voulu &#8211; dans ces conduites qui nous prot\u00e8gent semble nous rassurer mais en fait nous conduit \u00e0 notre perte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Tu as su t\u2019appuyer \u00e0 la fois sur des concepts qui \u00e9taient plut\u00f4t d\u2019orientation psychanalytique, et en m\u00eame temps t\u2019en d\u00e9gager pour toujours avoir le souci de ne pas trop th\u00e9oriser ce qui est l\u2019humain dans la vie, dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de chacun, dans la mani\u00e8re de s\u2019adapter et dans la mani\u00e8re d\u2019exprimer ses difficult\u00e9s d\u2019adaptation. Et je crois que cela montre ton originalit\u00e9 d\u2019approche. Tu es, nationalement et internationalement, un homme reconnu pour ton int\u00e9r\u00eat pour l\u2019adolescence et plus particuli\u00e8rement pour les troubles du comportement alimentaires et l\u2019anorexie, o\u00f9 on trouve en effet cette question de la destructivit\u00e9 et en m\u00eame temps une qu\u00eate de cr\u00e9ativit\u00e9 et d\u2019adaptation \u00e0 la vie. Qu\u2019est-ce qui t\u2019a permis d\u2019accepter cette destructivit\u00e9, en particulier chez l\u2019adolescent&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: En quelques ann\u00e9es, on a transform\u00e9 nos connaissances sur l\u2019\u00eatre humain. Au travers de la psychanalyse, on avait cette ouverture sur la personne et ce qu\u2019elle disait, et en m\u00eame temps se d\u00e9veloppaient des connaissances de neurobiologie qui, en trente ans, ont transform\u00e9 la vision non seulement du fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral mais aussi de la vie sur terre. On a fait l\u00e0 des progr\u00e8s fantastiques. Alors qu\u2019au niveau de la neurobiologie, on voit le fonctionnement concret et la complexit\u00e9 du vivant, nous avons cette chance d\u2019avoir des connaissances sur la vie et les contraintes humaines. C\u2019est en connaissant nos contraintes qu\u2019on pourra peut-\u00eatre s\u2019en lib\u00e9rer. Je suis tr\u00e8s frapp\u00e9 par l\u2019extraordinaire beaut\u00e9 du vivant, l\u2019extraordinaire complexit\u00e9 de la vie. Maintenant on a des connaissances sur le \u00ab&nbsp;comment&nbsp;\u00bb du vivant \u2013 on ne sait toujours rien sur le \u00ab&nbsp;pourquoi&nbsp;\u00bb, donc chacun peut garder ses croyances \u2013 mais sur le \u00ab&nbsp;comment&nbsp;\u00bb, on sait comment la vie se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de l\u2019\u00eatre unicellulaire. Il y a une correspondance tr\u00e8s forte entre les apports de la biologie et ce que nous montre ce contact avec les patients. L\u2019\u0153uvre d\u2019Antonio Damasio m\u2019a beaucoup influenc\u00e9&nbsp;: <em>L\u2019autre moi-m\u00eame<\/em> (O. Jacob, 2010). Il y parle de l\u2019activit\u00e9 r\u00e9flexive et montre comment la vie est vectoris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces troubles dits psychiatriques, ce sont des troubles qui ont une base physiologique. C\u2019est, au fond, une pathologie du cerveau. Et cette pathologie concerne une des fonctions essentielles du cerveau&nbsp;: celle de la relation. Et cela nous permet de sortir du dualisme biologisme-psychologisme. La vie a une base biologique, mais c\u2019est le relationnel qui va contribuer \u00e0 construire notre personnalit\u00e9. La vie est une co-construction. C\u2019est la rencontre d\u2019une personne avec un environnement. Damasio \u00e9voque et insiste sur cette capacit\u00e9 r\u00e9flexive, celle d\u2019\u00eatre les seuls \u00eatres vivants sur terre conscients d\u2019\u00eatre conscients de tout. Et l\u00e0, \u00e0 partir d\u2019un progr\u00e8s quantitatif du cerveau, il y a une rupture qualitative.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie n\u2019est pas le hasard, et elle est orient\u00e9e vers la transmission et pas du tout vers la mort&nbsp;! La vie, c\u2019est la transmission.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Tu t\u2019es int\u00e9ress\u00e9 au lien intrapsychique, mais aussi au lien entre le g\u00e9nome et l\u2019environnement, \u00e0 propos de cette question de la destructivit\u00e9. La position classique serait au fond de dire que la destructivit\u00e9 serait inn\u00e9e et serait favoris\u00e9e ou pas par l\u2019environnement. Tu en as fait autre chose qui permet de comprendre l\u2019\u00eatre humain dans ce qu\u2019il peut exprimer \u00e0 travers cette destructivit\u00e9. Pourrais-tu proposer des \u00ab&nbsp;ponts&nbsp;\u00bb entre ces diff\u00e9rents rep\u00e8res&nbsp;: g\u00e9nome, environnement, rencontre&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: Le vivant, la vie, c\u2019est justement cette vectorisation vers la transmission qui n\u2019est possible qu\u2019au travers des \u00e9changes. N\u2019oublions pas aussi que la vie est apparue \u00e0 partir d\u2019\u00eatres unicellulaires, et que la vie a commenc\u00e9 par une individuation par rapport au magma qui l\u2019entoure. La vie, c\u2019est une individuation de la cellule. On voit donc bien que cette cellule met le paradoxe au c\u0153ur de la vie. Pour que la vie se perp\u00e9tue, il faut que la membrane soit suffisamment forte pour que la cellule r\u00e9siste, et suffisamment souple pour qu\u2019elle change. Si la membrane est trop faible la cellule meurt, et si la membrane s\u2019\u00e9paissit, la cellule meurt car elle ne peut plus \u00e9changer. Quelque chose qui est au fondement de la vie montre que ce n\u2019est pas cette logique binaire \u00e0 laquelle on voudrait rapprocher une tendance \u00e0 savoir ce qui est bon ou mauvais. Or, le bon et le mauvais cohabitent. Et il faut en effet se prot\u00e9ger et \u00e9changer. Pour \u00eatre soi, il faut \u00e0 la fois se nourrir des autres et s\u2019en diff\u00e9rencier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Lorsqu\u2019on s\u2019occupe d\u2019adolescents, on est peut-\u00eatre plus ouvert \u00e0 tout ce qui est encore possible. Mais la souffrance mentale pour un certain nombre de personnes peut parfois enfermer. Est-ce cela qui t\u2019a fait passer \u00e0 la question des \u00e9motions&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: Le vivant est programm\u00e9 pour r\u00e9agir activement \u00e0 une menace sur ce qu\u2019on pourrait appeler le soi, le territoire. Les circuits aversifs, les circuits de repli sont une protection mais dont le risque est qu\u2019ils nous enferment et qu\u2019on n\u2019en sorte pas. Surtout pour l\u2019\u00eatre humain dont la conscience r\u00e9flexive permet d\u2019avoir une r\u00e9elle capacit\u00e9 de choix et de pouvoir \u00eatre donc d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment destructeur ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment cr\u00e9ateur, mais sa capacit\u00e9 de choix reste massivement influenc\u00e9e par les \u00e9motions. Il est tr\u00e8s difficile de savoir lorsque nous choisissons ce que nous faisons, si nous ob\u00e9issons \u00e0 des forces \u00e9motionnelles. Et c\u2019est l\u00e0 que la pathologie est un miroir grossissant. Tous les troubles psychiatriques consistent en une tentative de r\u00e9ponse \u00e0 un malaise, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une menace, \u00e0 une angoisse. On parle de maladie mentale, le mental c\u2019est donc quelque chose que l\u2019on peut choisir. On peut vous dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;pensez \u00e0 ceci ou cela&nbsp;\u00bb, vous allez le faire. Par contre si on vous dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;faites-moi une crise d\u2019angoisse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;ayez des phobies, des tocs&nbsp;\u00bb\u2026 vous ne pouvez pas vous les cr\u00e9er. Parce que ce n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e qui compte, c\u2019est la croyance qu\u2019il y a derri\u00e8re les \u00e9motions. Vous pouvez dire \u00ab&nbsp;je vais d\u00e9truire tout le monde&nbsp;\u00bb, mais si vous y croyez, alors l\u00e0 \u00e7a change tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le profond des \u00e9motions est que ces \u00e9motions, dans les cas des troubles psychiatriques, r\u00e9pondent toujours \u00e0 un v\u00e9cu du danger. Par exemple, cela peut \u00eatre une relation amoureuse. On va se dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;il \u00e9tait tr\u00e8s heureux, il avait rencontr\u00e9 la femme de sa vie, voil\u00e0 qu\u2019il se d\u00e9compense.&nbsp;\u00bb Pourquoi&nbsp;? Parce qu\u2019il a peur de la perdre en m\u00eame temps qu\u2019il la rencontre, ou qu\u2019il sent la d\u00e9pendance envers cette personne. Tout ce qui est fort peut menacer aussi le sentiment de ne plus \u00eatre soi-m\u00eame. \u00ab&nbsp;Je t\u2019aime tellement que je ne suis plus moi-m\u00eame&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit plus de se prot\u00e9ger d\u2019un danger. Et tous les troubles au fond sont une fa\u00e7on de retrouver une forme d\u2019action \u2013 puisqu\u2019on est programm\u00e9 pour r\u00e9agir activement \u00e0 une menace \u2013 et un r\u00f4le actif en se prot\u00e9geant. Lorsqu\u2019on ne va pas bien et qu\u2019on essaie de se prot\u00e9ger en allant vers les autres, on ne peut pas ma\u00eetriser la vie. Si je dis \u00ab&nbsp;je t\u2019aime tellement que je te mets au frigidaire&nbsp;\u00bb, ce n\u2019est pas bon pour l\u2019amour. On ne peut pas mettre la vie sous emprise, c\u2019est contradictoire. Parce que la vie est une co-construction, on d\u00e9pend de la r\u00e9ponse de l\u2019autre. Lorsque l\u2019angoisse est trop grande, le r\u00e9flexe est de se refermer sur soi. On a peur et on se prive de ce \u00e0 quoi on a droit pour pouvoir se d\u00e9velopper&nbsp;: des \u00e9changes justement sur le soin du corps, sur le plan des apprentissages, de la sociabilit\u00e9\u2026 Alors si c\u2019est un temps limit\u00e9, c\u2019est de l\u2019adaptation. La maladie, c\u2019est quand on ne peut pas en sortir, parce que la peur est l\u00e0, trop grande. Et plus on supprime l\u2019\u00e9change, plus on se sent insuffisant, on perd confiance, le monde devient dangereux et on s\u2019enferme. C\u2019est cela la maladie&nbsp;: on est prisonnier d\u2019une conduite qu\u2019on n\u2019a pas choisie, qui n\u2019est pas folle, puisque sur le moment elle nous prot\u00e9geait. Et c\u2019est pour cela que je parle de conduite adaptative.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faudrait plus parler des maladies psychiatriques comme avant. Ce sont des fa\u00e7ons de s\u2019adapter qui, vu du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9motions du patient, sont une protection&nbsp;: ce n\u2019est pas de la folie&nbsp;! C\u2019est qu\u2019il est moins mal si il fait cela. D\u00e8s qu\u2019on va vers la vie, on perd le pouvoir de ma\u00eetrise. Et d\u00e8s qu\u2019on se passe des autres et qu\u2019on se ferme, on est alors le plus fort. Le seul moyen \u2013 et on en fait vite l\u2019exp\u00e9rience \u2013 d\u2019\u00eatre s\u00fbr du r\u00e9sultat d\u2019un examen, c\u2019est de ne pas le passer. L\u00e0 c\u2019est s\u00fbr \u00e0 100%. La destructivit\u00e9, c\u2019est la seule chose qui est s\u00fbre \u00e0 100%. \u00ab&nbsp;Je ne veux plus te voir, je ne te parle plus&nbsp;\u00bb&nbsp;: tu n\u2019as besoin de personne pour le faire, tu es gagnant \u00e0 tous les coups. Sauf que tu vas le payer cher. \u00c7a isole de la vie, et \u00e7a t\u2019enferme. Et quand tu reviens vers l\u2019autre, si tu vas passer l\u2019examen, tu as toujours le risque que l\u2019examinateur te comprenne mal, t\u2019humilie\u2026 \u00e7a d\u00e9pend des autres&nbsp;! La destructivit\u00e9, c\u2019est la seule chose pour laquelle on n\u2019a besoin de rien, et l\u2019homme est le seul \u00eatre \u00e0 le savoir du fait de sa conscience r\u00e9flexive, c\u2019est pour cela qu\u2019on se dope \u00e0 la destructivit\u00e9. Le suicide, je l\u2019ai souvent dit, est un acte de vie pour moi. \u00ab&nbsp;Vous croyez que tout m\u2019\u00e9chappe, que je suis impuissant, que je n\u2019ai aucun pouvoir\u2026 et bien je reste cr\u00e9ateur de ma vie. Et le seul moyen de l\u2019\u00eatre, c\u2019est de me faire dispara\u00eetre, mais je le fais volontairement, c\u2019est moi qui suis le plus fort&nbsp;\u00bb. Et cela aboutit \u00e0 la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u00e9truire pour se sentir exister. Au moment o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain se d\u00e9truit, il a un sentiment d\u2019exaltation et de force qui lui fait croire que c\u2019est lui qui le choisit. Parce que l\u00e0 il ne d\u00e9pend plus de personne, il est le ma\u00eetre, le roi. Mais pour quel prix et pour quel r\u00e9sultat&nbsp;? Et c\u2019est ce qui est dramatique&nbsp;: c\u2019est un leurre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Ce que tu nous dis, que j\u2019entends comme tr\u00e8s vrai et authentique, j\u2019oserais presque dire comme ph\u00e9nom\u00e9nologique, montre qu\u2019au fond l\u2019\u00eatre humain est habit\u00e9 par des paradoxes auxquels il doit faire face et qu\u2019il g\u00e8re plus ou moins facilement. J\u2019en arrive \u00e0 cette question&nbsp;: comment travailles-tu&nbsp;? C\u2019est-\u00e0-dire au fond, je serais quelqu\u2019un d\u2019anorexique ou qui aurait fait une tentative de suicide, que me dirais-tu&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: Quand on dit \u00ab&nbsp;mental&nbsp;\u00bb, c\u2019est p\u00e9joratif. Alors qu\u2019il n\u2019y a pas lieu&nbsp;: on a une maladie, ce n\u2019est pas en soi p\u00e9joratif. Qu\u2019elle soit mentale ou pas, ce n\u2019est pas une faiblesse. On la subit, on ne l\u2019a pas choisie. Donc c\u2019est important de se d\u00e9gager de cela, du poids de ces maladies &#8211; en particulier ce terme de \u00ab&nbsp;psychose&nbsp;\u00bb dont il faudra arriver \u00e0 se passer. C\u2019est une mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender les choses qui a sa part de r\u00e9alisme, mais il y a une connotation \u00e9motionnelle qui est trop n\u00e9gative. Pour faire une anorexie mentale, il faut beaucoup d\u2019app\u00e9tit, pas d\u2019app\u00e9tit de nourriture, mais une envie de faire quelque chose de fort de sa vie, des choses intenses. On ne sait pas trop lesquelles mais en m\u00eame temps que vous sentez ces envies, vous n\u2019avez pas tr\u00e8s confiance en vous. Vous avez subi des d\u00e9ceptions, vous avez peur. Alors, la force de l\u2019envie, et je dirai l\u2019effroi de la peur et des d\u00e9ceptions provoquent un orage, et c\u2019est la panique. On est d\u00e9bord\u00e9. Et tout d\u2019un coup, sans que vous l\u2019ayez choisi, vous trouvez des comportements qui vous rassurent&nbsp;: vous courez toute la journ\u00e9e, vous faites de la gymnastique, vous arr\u00eatez de manger. L\u2019angoisse dispara\u00eet, elle est moins intense. Ce n\u2019est pas fou que vous fassiez cela mais ce n\u2019est pas juste. Parce que vous allez vous ab\u00eemer pour vous sentir exister. Parce que ce n\u2019est pas une envie de mourir, et l\u00e0 c\u2019est important de le comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je disais \u00e0 un p\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais faites hospitaliser votre fille, elle risque de mourir&nbsp;\u00bb et qu\u2019il me r\u00e9pondait&nbsp;: \u00ab&nbsp;arr\u00eatez cet acharnement th\u00e9rapeutique, si elle ne veut pas vivre&nbsp;\u00bb Je dis&nbsp;: \u00ab&nbsp;si vous pensez qu\u2019elle ne veut pas vivre vous pourriez le comprendre. Mais ce n\u2019est pas qu\u2019elle ne veut pas vivre mais qu\u2019elle ne se sent vivre que comme \u00e7a, l\u00e0 est le probl\u00e8me&nbsp;; et elle va en mourir. Pas pour mourir, mais parce que c\u2019est une fa\u00e7on pour elle de ne pas \u00eatre angoiss\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la compr\u00e9hension est tr\u00e8s importante. Ce n\u2019est pas la mort qui est recherch\u00e9e, ce qui est recherch\u00e9, c\u2019est retrouver un pouvoir. Y compris, encore une fois, pour ceux qui se suicident. Si vous demandez \u00e0 ceux qui se scarifient pourquoi ils le font, ils vous r\u00e9pondront \u00ab&nbsp;je ne sais pas, c\u2019est moi ce n\u2019est pas moi\u2026 c\u2019est plus fort que moi\u2026 mais \u00e7a me soulage&nbsp;\u00bb. Je disais l\u2019autre jour \u00e0 une jeune fille qui se scarifiait&nbsp;: \u00ab&nbsp;et si c\u2019est moi qui vous le faisais&nbsp;?&nbsp;\u00bb et elle a cri\u00e9 \u00ab&nbsp;mais \u00e7a me ferait mal&nbsp;!&nbsp;\u00bb Voil\u00e0 ce qu\u2019il faut comprendre&nbsp;: quand vous vous faites du mal, cela ne vous fait m\u00eame pas mal. Parce que \u00e7a vous soulage de toutes les impuissances, de toutes les insatisfactions&nbsp;: tout d\u2019un coup vous faites quelque chose. Toutes les grandes id\u00e9ologies, les id\u00e9ologies binaires, se dopent \u00e0 la destructivit\u00e9. On dit \u00ab&nbsp;on va pr\u00e9venir le monde, on va pr\u00e9venir les catastrophes, il faut tout organiser, on va cr\u00e9er l\u2019homme nouveau\u2026&nbsp;\u00bb sauf que c\u2019est toujours pass\u00e9 par la destruction de milliers et de milliers d\u2019hommes. Ceux-l\u00e0 ne sont pas fous pour autant&nbsp;; mais on se dope en se disant \u00ab&nbsp;parce que j\u2019ai des bonnes intentions, parce que je suis sinc\u00e8re, j\u2019ai le droit de d\u00e9truire tout ce qui s\u2019oppose \u00e0 cela, voire de faire le sacrifice de ma vie pour arriver \u00e0 cela.&nbsp;\u00bb Mais la vie, ce n\u2019est pas un monde parfait, c\u2019est des tensions entre des contraires. Et c\u2019est p\u00e9niblement qu\u2019on trouvera cette oscillation entre des choses bonnes et mauvaises. Et c\u2019est l\u00e0 que les maladies dites \u00ab&nbsp;mentales&nbsp;\u00bb sont notre miroir grossissant. Au c\u0153ur de tout cela il y a la d\u00e9ception, que j\u2019appellerais le cancer des \u00e9motions. Lorsque quelqu\u2019un est d\u00e9\u00e7u et se dit abandonn\u00e9 &#8211; par exemple par l\u2019\u00eatre aim\u00e9 &#8211; au point de vouloir se tuer, si on lui demande si la vie n\u2019a pas d\u2019importance, si ce qu\u2019il vivait n\u2019\u00e9tait pas fort, il r\u00e9pond alors \u00ab&nbsp;si, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u&nbsp;\u00bb. Et pourquoi est-il d\u00e9\u00e7u&nbsp;? Parce qu\u2019il avait une grande attente. Si on n\u2019attend pas beaucoup, il y a peu de chances que l\u2019on soit d\u00e9\u00e7u. Ceux qui sont d\u00e9\u00e7us sont ceux qui ont des envies tr\u00e8s fortes, et au nom de la non-satisfaction, ils vont rentrer dans la tentation de la destruction. C\u2019est humain, c\u2019est compr\u00e9hensible mais c\u2019est triste. Je pense que, dans ce domaine de compr\u00e9hension de l\u2019\u00e9motionnel, on \u00e9num\u00e8re trop ce qui ne va pas. Les gens viennent nous voir parce que \u00e7a ne va pas. Mais pourquoi \u00e7a ne va pas&nbsp;? Parce qu\u2019on a envie d\u2019autre chose. C\u2019est cela qui est diff\u00e9rent. Si vous avez un trouble psychique, c\u2019est que vous avez envie d\u2019un mode de vie, de relations fortes, d\u2019un amour&nbsp;! Et que ne les ayant pas, et bien vous vous d\u00e9molissez, \u00e0 la mesure de votre d\u00e9ception.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019est plus dans l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il fallait prendre les enfants en rendez-vous sans les parents pour pouvoir les d\u00e9livrer d\u2019un regard trop coercitif. Mais il faut plut\u00f4t se dire que souvent, derri\u00e8re ces comportements, il y a des attentes mutuelles. Au fond ce que voudrait un enfant et son parent, c\u2019est la m\u00eame chose&nbsp;! Que tout aille bien, que chacun trouve sa place&nbsp;! Mais parce que tout d\u2019un coup \u00e7a ne va pas et parce qu\u2019il y a eu des comportements n\u00e9gatifs, et bien chacun va se reprocher d\u2019\u00eatre comme cela, de ne pas changer\u2026 et on ne s\u2019en sort pas. Alors que ce que l\u2019on devrait dire, c\u2019est&nbsp;: qu\u2019est-ce que vous voulez construire dans la vie&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui vous plairait&nbsp;? Comment \u00e7a pourrait \u00eatre&nbsp;? Et l\u00e0 on doit pouvoir trouver les moyens d\u2019y arriver, \u00eatre moins dans le frontal contre le sympt\u00f4me, et dire&nbsp;: on va l\u2019apaiser, et on va essayer \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Parce qu\u2019au fond il y a des buts communs que l\u2019on peut retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Ton livre<\/em> \u00ab<em>Quand nos \u00e9motions nous rendent fous<\/em>&nbsp;\u00bb <em>a comme sous-titre<\/em> \u00ab&nbsp;<em>un nouveau regard sur les folies humaines<\/em>&nbsp;\u00bb<em>. Pourrais-tu nous en parler&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: Ce qui est central, c\u2019est qu\u2019au fond les maladies mentales n\u2019existent pas. Ce sont des <em>gestions d\u2019\u00e9motions<\/em>, des pathologies quantitatives des \u00e9motions. Cette gestion va retentir sur le mental &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 r\u00e9flexive, et c\u2019est l\u00e0 le point essentiel. Nos \u00e9motions, lorsqu\u2019elles ne s\u2019expriment pas au travers d\u2019une pathologie \u00e9motionnelle qui, de mani\u00e8re tr\u00e8s \u00e9vidente, se d\u00e9marque d\u2019une chose habituelle de par son intensit\u00e9 (bipolarit\u00e9, troubles obsessionnels ou d\u00e9lirants\u2026), vont nous faire commettre des folies qui \u00e0 un certain moment vont nous conduire \u00e0 la destruction. Toutes ces id\u00e9ologies, ces fanatismes et autres th\u00e9ories dans lesquelles on va s\u2019enfermer. Quand on d\u00e9truit au nom d\u2019un id\u00e9al, c\u2019est l\u00e0 que l\u2019on se trompe. C\u2019est une volont\u00e9 de ma\u00eetrise par rapport \u00e0 un v\u00e9cu \u00e9motionnel de danger, derri\u00e8re lequel il y a la peur. La vie n\u2019est pas un \u00e9tat o\u00f9 tout serait bien ou mal, c\u2019est une tension permanente entre des contraires. Il n\u2019y a pas de situation parfaite. C\u2019est cela que je voudrais expliquer et montrer&nbsp;: la part \u00e9motionnelle, et non pas la raison de toutes ces id\u00e9ologies. Et de fa\u00e7on tr\u00e8s simple, le fait de voir le verre \u00e0 moiti\u00e9 plein ou \u00e0 moiti\u00e9 vide&nbsp;! C\u2019est une question, je dirais, d\u2019atmosph\u00e8re, de qualit\u00e9 du regard qui va faire que l\u2019on voit sous un angle ou sous un autre. Mais la vie est une dynamique&nbsp;: lorsqu\u2019on voit le verre \u00e0 moiti\u00e9 vide, on a tendance \u00e0 le vider, et lorsqu\u2019on le voit \u00e0 moiti\u00e9 plein, on a tendance \u00e0 le remplir. Le regard n\u2019est donc pas neutre. La vie se fonde sur beaucoup de malentendus. Tout le monde pr\u00e9f\u00e9rerait vivre bien et dans l\u2019\u00e9change. Mais on va si peu supporter que les autres soient diff\u00e9rents que s\u2019ils le sont, soit ils sont bons comme nous, soit ils sont mauvais et alors il faut les d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Pourrais-tu \u00e0 pr\u00e9sent nous donner ta d\u00e9finition des \u00e9motions&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: J\u2019ai une vision large des \u00e9motions, c\u2019est tout ce qui fait de nous des \u00eatres vivants. C\u2019est ce qui induit l\u2019\u00e9change. Chez les animaux sup\u00e9rieurs et encore plus chez l\u2019homme, il va y avoir une variante d\u2019\u00e9tats \u00e9motionnels du fait de la conscience. L\u2019\u00e9motion, c\u2019est aussi la perception d\u2019un \u00e9tat mental. Le ressenti est une \u00e9motion. Et les \u00e9motions se d\u00e9roulent entre deux extr\u00eames&nbsp;: la peur et la confiance&nbsp;; et la peur est aggrav\u00e9e par la solitude. Cela me semble \u00eatre la clef. Maintenant, on s\u2019aper\u00e7oit que le vivant est sans arr\u00eat en train de s\u2019adapter aux agressions ext\u00e9rieures. Pourquoi&nbsp;? Pour pouvoir transmettre&nbsp;! Toute la vie est orient\u00e9e vers cela. On a ces m\u00eames vectorisations avec les v\u00e9g\u00e9taux, les animaux\u2026 et c\u2019est cela qu\u2019on m\u00e9conna\u00eet. Donc l\u2019\u00e9motion est cet \u00e9tat interne de bien-\u00eatre ou de mal-\u00eatre et \u00e9galement tout ce qui vient du corps&nbsp;: aussi bien de l\u2019intestin, des muscles\u2026 tout cela va donner des milliards d\u2019informations pour un \u00e9tat de bien-\u00eatre. Et quand cet \u00e9tat se sent menac\u00e9, ce n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e qui est dangereuse, mais c\u2019est elle qui d\u00e9clenche des \u00e9motions d\u2019angoisse, et il va falloir r\u00e9agir activement, en allant \u00e0 l\u2019envers des autres. Mais si on manque de confiance, on va vouloir tout g\u00e9rer, reprendre l\u2019emprise, et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019on coupe les liens et que l\u2019on rentre dans des attitudes destructrices. L\u2019enfant qui se cramponne \u00e0 sa m\u00e8re au moment de la quitter pour aller \u00e0 la cr\u00e8che ou au lit&nbsp;: c\u2019est parce qu\u2019il a peur. Et tout ce qui va \u00eatre de l\u2019ordre de la r\u00e9action \u00e0 la menace, \u00e7a sera l\u2019emprise. Et cela peut devenir des emprises intellectuelles ou autres. Le territoire humain, c\u2019est tout ce \u00e0 quoi il accorde de la valeur. Ce qui va faire que le territoire de l\u2019homme se constitue de ses parents, ses id\u00e9ologies\u2026 Mais cela peut \u00eatre aussi le club de foot, le groupe sur <em>Facebook<\/em>\u2026 cela deviendra ce qu\u2019on aime. Et si on l\u2019attaque, alors il y a les m\u00eames r\u00e9actions \u00e9motionnelles basiques, comme dans la basse-cour quand un chien voit un autre chien arriver. On va r\u00e9agir agressivement d\u00e8s que l\u2019on se sent menac\u00e9. Et l\u00e0 peuvent advenir les folies humaines, qui font que l\u2019on va se mettre en rage, parce que l\u2019autre ne pense pas comme moi et que moi je d\u00e9tiens la v\u00e9rit\u00e9, donc je vais le supprimer de bon c\u0153ur, en ayant le sentiment que j\u2019accomplis mon devoir. Des folies humaines qui font que l\u2019homme va croire ce qui l\u2019arrange, parce que peut-\u00eatre aussi certaines personnes en qui il a confiance partagent la m\u00eame chose. Quand on parle de <em>Daesh<\/em> par exemple, cela n\u2019a rien de nouveau. Simplement, la forme change, les modalit\u00e9s et les moyens de communication ont \u00e9volu\u00e9. Mais cela reste la m\u00eame chose, toujours. Ce sont les m\u00eames erreurs. Ils ne font pas cela pour mourir, ils font cela parce que \u00e7a prend du sens, et que ce sens leur donne le sentiment de vivre et d\u2019\u00eatre vivant et que cela en vaut la peine. Et on peut faire n\u2019importe quoi, sans \u00eatre fou, sans avoir une maladie mentale. Mais ce sont les m\u00eames processus. L\u2019obsessionnel sait par exemple qu\u2019il n\u2019a pas besoin de se laver les mains quinze fois, mais si il ne le fait pas, il ne se sent pas bien. Donc en le faisant, il est un peu mieux, \u00e7a lui fait du bien. Et les croyances c\u2019est pareil, cela nous arrange bien d\u2019y croire. La th\u00e9orie du complot, pareil. Les gens peuvent m\u00eame parfois en arriver \u00e0 dire \u00ab&nbsp;je pr\u00e9f\u00e8re mourir que d\u2019\u00e9changer&nbsp;\u00bb, donc pour eux, ce n\u2019est pas une destruction&nbsp;: ils se sentent vivre comme cela, ils ont la sensation de se construire. Et l\u00e0 on pourrait se dire que compte tenu de ce que nous montre la caricature de la maladie mentale, d\u00e8s que l\u2019on veut d\u00e9truire et que l\u2019on pense que la solution passe par la destruction, on ferait peut-\u00eatre mieux de r\u00e9viser nos objectifs communs. Qu\u2019est-ce qu\u2019on voudrait atteindre&nbsp;? et pour quels buts&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Tu as souvent \u00e9voqu\u00e9 les voies de la destructivit\u00e9, le rejet de l\u2019autre, le repli\u2026 Comment rendre ces mouvements r\u00e9versibles&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: Ce qui est commun \u00e0 tout cela, c\u2019est l\u2019angoisse. Et l\u2019angoisse n\u2019est pas provoqu\u00e9e par le sens, c\u2019est toujours un sentiment de danger qui vient de facteurs o\u00f9 l\u2019inconscient joue son r\u00f4le. C\u2019est-\u00e0-dire vouloir que l\u2019inconscient soit avant tout d\u00e9termin\u00e9 par les mots et par le langage. Alors que non&nbsp;! Ce qui fait la force de l\u2019inconscient, c\u2019est qu\u2019il y a des \u00e9motions simples qui s\u2019accrochent \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement. Par exemple, le cheval qui a eu peur une fois \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une promenade, dix ans apr\u00e8s, il passe sur les m\u00eames lieux et fait un \u00e9cart. La m\u00e9moire est raviv\u00e9e, mais il n\u2019y a pourtant pas de danger imm\u00e9diat&nbsp;: le contexte cr\u00e9e cela. Concernant l\u2019inconscient, on a survaloris\u00e9 le langage. En un sens c\u2019est formidable, mais les mots ont la valeur qu\u2019on leur donne. Et les mots en eux-m\u00eames vont d\u00e9pendre des <em>\u00e9motions<\/em> qu\u2019on leur donne. Si on est assez bien pour exprimer des choses positives, le langage peut donner un moyen de ma\u00eetrise. On a du mal \u00e0 accepter que l\u2019on soit d\u00e9pendant de ces \u00e9motions, que nous ne les choisissons pas. Par contre on peut choisir de se dire \u00ab&nbsp;quand je commence \u00e0 avoir envie de taper sur quelqu\u2019un, je dois penser que ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 mais ma v\u00e9rit\u00e9 du moment&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 on a une vraie capacit\u00e9 de choix. Mais il ne faut pas \u00eatre seul et il faudrait comprendre ce qui se passe. Je pense que la compr\u00e9hension de comment nous fonctionnons est donc importante. Et si on commence \u00e0 admettre que l\u2019on est sous des contraintes, on peut plus facilement accepter sans que ce soit humiliant et qu\u2019on ait l\u2019impression d\u2019\u00eatre inf\u00e9rieur. Et comprendre que cette tentation de destructivit\u00e9 n\u2019est pas moi mais une part de mon fonctionnement. Ainsi je peux aller vers les autres. Par exemple, je pense que personne ne choisit d\u2019\u00eatre pervers&nbsp;: ils ont des id\u00e9es, des pens\u00e9es qui s\u2019imposent en eux, des contraintes et il faut essayer de comprendre et d\u2019en parler. L\u2019important n\u2019est pas d\u2019avoir des id\u00e9es de meurtre, c\u2019est de savoir ce que tu vas en faire. Parce qu\u2019encore une fois, on ne choisit pas ses r\u00eaves, on ne choisit pas ses pens\u00e9es\u2026 mais on peut choisir ce qu\u2019on en fait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Tu viens d\u2019utiliser le mot r\u00eave. Quelle place as-tu accord\u00e9 au r\u00eave ou quelle est ton exp\u00e9rience g\u00e9n\u00e9rale dans la psychiatrie avec les r\u00eaves&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: Les r\u00eaves peuvent \u00eatre, comme d\u2019autres choses, comme l\u2019association libre, des moments r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019exp\u00e9riences \u00e9motionnelles plus ou moins enfouies, qui nous montrent certains facteurs \u00e9motionnels\u2026 J\u2019aime bien demander \u00e0 la fin de mes premiers entretiens, quand on est un peu en confiance \u00ab&nbsp;est-ce que vous r\u00eavez&nbsp;? Racontez moi un r\u00eave&nbsp;!&nbsp;\u00bb et apr\u00e8s je demande un souvenir, un souvenir d\u2019enfance&nbsp;; le premier qui vient. Et souvent, cela donne une palette int\u00e9ressante du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple r\u00e9cemment, je voyais une patiente par vid\u00e9o, en pleine angoisse, avec des parents qui s\u2019\u00e9taient s\u00e9par\u00e9s. Elle avait commenc\u00e9 &#8211; sous l\u2019influence d\u2019un copain plus \u00e2g\u00e9 qui l\u2019a entra\u00een\u00e9e &#8211; \u00e0 prendre de la drogue, puis apr\u00e8s une premi\u00e8re difficult\u00e9, il l\u2019a laiss\u00e9e tomber. A un moment cette jeune fille, qui a une grande capacit\u00e9 d\u2019expression, me dit \u00ab&nbsp;moi ce que je voudrais, c\u2019est redevenir comme avant. Je ne travaille plus, j\u2019ai pris de la drogue\u2026 mais ce n\u2019est pas \u00e7a, ce n\u2019est pas moi&nbsp;\u00bb. Et \u00e0 la fin je lui demande de me donner un r\u00eave, et elle me raconte cela&nbsp;: \u00ab&nbsp;je suis chez ma grand-m\u00e8re et elle me fait des <em>cookies<\/em>, des <em>cookies<\/em> que j\u2019aime beaucoup&nbsp;\u00bb&nbsp;; puis un souvenir&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9tais avec mon p\u00e8re, il y avait mon fr\u00e8re et ma s\u0153ur derri\u00e8re et on \u00e9tait en voiture. J\u2019avais 7 ans et il \u00e9tait ivre, comme d\u2019habitude, et j\u2019ai peur. Je me suis dit qu\u2019il allait nous tuer&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 vous voyez comment, \u00e0 la fin de l\u2019entretien, on a deux aspects d\u2019elle-m\u00eame&nbsp;: les <em>cookies<\/em>, et le p\u00e8re ivre qui la d\u00e9\u00e7oit mais auquel elle est quand m\u00eame tr\u00e8s attach\u00e9e. Elle est compl\u00e8tement divis\u00e9e comme \u00e7a, dans des tensions. Tant\u00f4t elle a envie d\u2019\u00eatre la bonne petite-fille, et tant\u00f4t il y a une r\u00e9volte et en m\u00eame temps un d\u00e9sir d\u2019aider son p\u00e8re\u2026 tout cela se m\u00e9lange. Ce n\u2019est pas voulu, mais ces choses se m\u00e9langent et l\u2019on n\u2019arrive plus \u00e0 se retrouver. Alors on accompagne, on donne du sens \u00e0 tout cela, on d\u00e9dramatise.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la m\u00eame chose qui vous fait \u00eatre dans diff\u00e9rents \u00e9tats selon les moments. On ne doit donc pas r\u00e9duire l\u2019homme \u00e0 un \u00e9tat, il n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 cela. La vie est un jeu de forces, de dynamiques. Chacun, selon son histoire, a tendance \u00e0 aller plus dans un sens que dans un autre&nbsp;; mais c\u2019est une dynamique en construction. Et selon les rencontres, on peut voir que l\u2019on peut basculer. On le voit aussi, de mani\u00e8re caricaturale, avec les terroristes&nbsp;: il suffit d\u2019une rencontre et tout peut basculer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Quelle est ta part de reconnaissance envers la psychanalyse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>&nbsp;: La d\u00e9marche me semble tout \u00e0 fait originale et elle n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent. Cette libert\u00e9 de parole permet d\u2019\u00eatre au plus proche parce qu\u2019on est garanti d\u2019\u00eatre au plus loin du th\u00e9rapeute. On ne va pas entrer dans une vie priv\u00e9e avec lui, on va garder une distance. Cela permet de laisser libre-cours \u00e0 ses paroles. Et ce n\u2019est pas la m\u00eame chose, de se mettre \u00e0 penser tout seul et d\u2019avoir quelqu\u2019un qui vous \u00e9coute. Cela introduit une dynamique nouvelle. Et surtout, ce personnage \u00e0 la fois proche &#8211; \u00e0 qui on dira des choses qu\u2019on n\u2019avait jamais dit \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre &#8211; et en m\u00eame temps lointain. La d\u00e9marche reste extr\u00eamement forte et unique. Je pense que la m\u00e9tapsychologie est maintenant souvent fig\u00e9e, alors que Freud l\u2019avait souvent modifi\u00e9e et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 dans une position statique vis-\u00e0-vis de la m\u00e9tapsychologie. Mon probl\u00e8me n\u2019est pas la psychanalyse mais la m\u00e9tapsychologie. Il faut accepter de la r\u00e9\u00e9valuer et de ne pas prendre comme mod\u00e8le de cure toutes les interventions psychanalytiques. C\u2019est le probl\u00e8me des mots&nbsp;: ils cherchent \u00e0 rendre compte d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qu\u2019on ne conna\u00eet pas. Alors maintenant si l\u2019on dit \u00ab&nbsp;tiens je ressens des sentiments pour mon analyste&nbsp;\u00bb, directement, c\u2019est le transfert. Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment faux, mais cela aplatit rapidement les choses. On perd la dynamique du lien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Tu \u00e9voques dans ton livre un dipl\u00f4me universitaire qui te tient \u00e0 c\u0153ur&nbsp;; peux-tu nous en parler&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Philippe Jeammet<\/strong>\u00a0: C\u2019est l\u2019enseignement que je pr\u00e9f\u00e8re actuellement. Ce Dipl\u00f4me Universitaire sur les <em>Adolescents difficiles, approche psycho-pathologique et \u00e9ducative<\/em> (Universit\u00e9s Paris V et Paris VI) s\u2019adresse \u00e0 tous les m\u00e9tiers \u00e0 haut potentiel \u00e9motionnel dans la rencontre avec les adolescents\u00a0: sant\u00e9, justice, \u00e9ducation nationale, police, gendarmerie. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de ces m\u00e9tiers, toutes les cat\u00e9gories sont confondues. Il ne n\u00e9cessite aucun pr\u00e9requis universitaire mais cinq ann\u00e9es de pratique. Les intervenants viennent de toutes les professions confront\u00e9es aux adolescents en difficult\u00e9\u00a0: m\u00e9decins, infirmiers, juges, \u00e9ducateurs, policiers. Il y a une s\u00e9rie de conf\u00e9rences, et puis des petits groupes o\u00f9 ils vont \u00e9changer entre eux sur le fonctionnement de la garde \u00e0 vue, le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, etc\u2026 Ces professionnels ont le m\u00eame objectif\u00a0: aider les adolescents, bien qu\u2019ils aient des fonctions d\u2019experts diff\u00e9rentes. Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est qu\u2019ils ne sont pas l\u00e0 pour faire la m\u00eame chose mais ils ont le m\u00eame but, et surtout tous apprennent \u00e0 ne pas se disqualifier entre eux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie (non exhaustive)<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ouvrages<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Quand nos \u00e9motions nous rendent fous&nbsp;: nouveaux regards sur les folies humaine<\/em>, avec Caroline Brizard, 2017, Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Voyage jusqu\u2019au bout de la vie&nbsp;: comment j\u2019ai vaincu l\u2019anorexie<\/em>, avec Nicole Desportes, 2016, Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Adolescents d\u2019aujourd\u2019hui, ils vont bien, merci.<\/em> Avec Boris Cyrulnik, Caroline Eliacheff, Xavier Pommereau, 2015, Bayard Culture.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Grandir en temps de crise&nbsp;: comment aider nos enfants \u00e0 croire en l\u2019avenir<\/em>, 2014, Bayard Culture.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les psychoses&nbsp;: trait\u00e9 de psychopathologie de l\u2019adulte<\/em>, avec Catherine Chabert, Catherine Azoulay, 2013, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Dialogue avec moi-m\u00eame&nbsp;: un schizophr\u00e8ne t\u00e9moigne<\/em>, de Polo Tonka, pr\u00e9sent\u00e9 et comment\u00e9 par Ph. Jeammet, 2013, Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Manuel de psychoth\u00e9rapie centr\u00e9e sur la parentalit\u00e9<\/em>, coordonn\u00e9 par Nathalie Nanzer, 2012, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les processus psychiques de la m\u00e9diation<\/em>, avec Bernard Chouvier B. (dir), 2012, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lettre aux couples d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>, avec Nicole Jeammet, 2012, Bayard Culture.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lettre aux parents d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>, 2010, Bayard Jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Paradoxes et d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019adolescence<\/em>, 2009, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2014, Editions Fabert.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour nos ados, soyons adultes<\/em>, 2008, r\u00e9\u00e9d. 2010, poches, Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La souffrance des adolescents: Quand les troubles d\u2019aggravent&nbsp;: signaux d\u2019alerte et prise en charge<\/em>, avec Denis Bochereau, 2007, La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les nouveaux ados&nbsp;: comment vivre avec&nbsp;?<\/em>, dirig\u00e9 par Brigitte Canuel (coll.), 2006, Bayard Jeunesse, r\u00e9\u00e9d 2013, Bayard Culture.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Soigner l\u2019anorexie et la boulimie&nbsp;: des psychanalystes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<\/em>, avec Elisabeth Birot, Catherine Chabert, 2006, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Actes et d\u00e9pendances<\/em>, avec Catherine Chabert, Andr\u00e9 Ciavaldini, Sandra Schenckery, 2006, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Processus de la schizophr\u00e9nie,<\/em> avec Catherine Azoulay, Catherine Chabert, 2005, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les d\u00e9pressions \u00e0 l\u2019adolescence: mod\u00e8les, clinique, traitements<\/em>, avec Maurice Corcos, Martine Flament, 2005, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Anorexie, Boulimie &#8211; Les paradoxes de l\u2019adolescence<\/em> 2004, r\u00e9\u00e9d 2005, 2008, 2011 (poche), 2013, Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La psycho 100&nbsp;% ado<\/em>, avec Odile Amblard, 2004, r\u00e9\u00e9d. 2015, Bayard Jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les conduites de d\u00e9pendance&nbsp;: dimensions psychopathologiques communes<\/em>, avec Maurice Corcos, 2003, Masson.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Que transmettre \u00e0 nos enfants&nbsp;?<\/em>, avec Marc Ferro, 2000, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9ponses \u00e0 100 questions sur l\u2019adolescence<\/em>, 2001, Solar.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019adolescence&nbsp;: aider son enfant \u00e0 grandir<\/em>, 2002, r\u00e9\u00e9d. 2004, 2007, Solar.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La boulimie&nbsp;: comprendre et traiter<\/em>, avec Martine Flament, Brigitte R\u00e9my, 2002, Masson.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Evolution des probl\u00e9matiques \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;: l\u2019\u00e9mergence de la d\u00e9pendance et ses am\u00e9nagements,<\/em> avec Maurice Corcos, 2001, Doin, r\u00e9\u00e9d. 2005, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La boulimie&nbsp;: r\u00e9alit\u00e9s et perspectives<\/em>, avec Martine Flament, 1999, Masson.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les troubles maniaco-d\u00e9pressifs \u00e0 l\u2019adolescence<\/em>, avec Maurice Corcos, Denis Bochereau, 1999, Masson.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Construire un adulte&nbsp;: pour un partenariat entre parents et professionnels<\/em>, dirig\u00e9 avec Martine Gru\u00e8re, 1998, Bayard Jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Enjeux de l\u2019adolescence<\/em>&nbsp;: mardi 9 d\u00e9cembre 1997 (Mardis de Chaligny), Paris, Mairie de Paris, Direction de l\u2019action sociale, de l\u2019enfance et de la sant\u00e9, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019hospitalisation des adolescents&nbsp;: \u00e9tat des lieux et perspectives<\/em>, dirig\u00e9 avec Patrick Alvin, Xavier Pommereau, Paris, Fondation de France, Minist\u00e8re de l\u2019emploi et de la solidarit\u00e9, Secr\u00e9tariat d\u2019\u00e9tat \u00e0 la sant\u00e9, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Adolescence&nbsp;: rep\u00e8res pour les parents et les professionnels<\/em>, 1997, r\u00e9\u00e9d. 2002, 2004, 2012, Syros.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Etude psychopathologique des tentatives de suicide chez l\u2019adolescent et le jeune adulte<\/em>, avec Elisabeth Birot, 1994, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le psychodrame psychanalytique<\/em>, avec E. Kerstemberg, 1987, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019anorexie mentale<\/em>, Doin, 1985&nbsp;; r\u00e9\u00e9d. 1993, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Psychologie m\u00e9dicale<\/em>, avec Michel Reynaud, Silla Consoli, 1980, r\u00e9\u00e9d. en 1996, Masson.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contributions dans ouvrages collectifs<\/h2>\n\n\n\n<p>Le temps de la rencontre avec l\u2019adolescent, p. 63-74, dir. par Philippe Caberan et Line Grimaud, <em>ITEP, rep\u00e8res et d\u00e9fis<\/em>, Er\u00e8s, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Schizophr\u00e9nie et adolescence&nbsp;\u00bb, p. 309 \u00e0 337, in <em>Les psychoses<\/em>, dir. par Catherine Chabert 2013, Dunod<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour une psychopathologie \u00e9volutive&nbsp;\u00bb p. 73-83, dir. par Eliane Bouyssi\u00e8re-Catusse et Jean-Philippe Raynaud, <em>Adolescence difficiles&nbsp;: penser et construire des partenariats<\/em>, Er\u00e8s, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour une psychologie \u00e9volutive&nbsp;\u00bb p. 325-334, dir. par Colette Chiland, Cl\u00e9ment Bonnet, Alain Braconnier, in <em>Le souci de l\u2019humain&nbsp;: un d\u00e9fi pour la psychiatrie<\/em>, Er\u00e8s, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Evelyne Kestemberg&nbsp;: la m\u00e9tapsychologie \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la clinique adolescente&nbsp;\u00bb, in <em>Le tourment adolescent (tome 2)<\/em>, dir. par Philippe Givre et Anne Tassel. 2010, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les troubles des conduites alimentaires&nbsp;: interrogations cliniques et m\u00e9ta-psychologiques&nbsp;\u00bb p. 145-192, in <em>Psychopathologie des limites<\/em>, dir. par Catherine Chabert. 2009, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le conflit dans la d\u00e9marche de sojn&nbsp;: une r\u00e9ponse aux paradoxes de la psychoth\u00e9rapie&nbsp;\u00bb p. 17-41, in Marcel Sassolas (dir.) <em>Conflits et conflictualit\u00e9 dans le soin psychique<\/em>, Er\u00e8s, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Apports de la th\u00e9orie de l\u2019attachement aux traitements conjoints parents-b\u00e9b\u00e9s&nbsp;\u00bb, avec Nicole Gu\u00e9deney, Martine Morales-Huet, Catherine Rabouam, p. 61-72, in Blaise Pierrehumbert, <em>L\u2019attachement, de la th\u00e9orie \u00e0 la clinique<\/em>, Er\u00e8s, coll. <em>Carnet Psy<\/em>, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;G\u00e9rer la distance relationnelle aux objets d\u2019attachement. Une des t\u00e2ches essentielles de l\u2019adolescence&nbsp;\u00bb, p. 11-20, in Alain Braconnier, <em>L\u2019Adolescence aujourd\u2019hui<\/em>, Er\u00e8s, coll. <em>Carnet Psy<\/em>, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La d\u00e9pression chez l\u2019adolescent&nbsp;\u00bb, p. 1477-1499, in Serge Lebovici, Ren\u00e9 Diatkine, Michel Soul\u00e9, <em>Nouveau trait\u00e9 de psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent<\/em>, Paris, PUF, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le per\u00e7u, l\u2019agi et la repr\u00e9sentation dans le processus psychanalytique&nbsp;\u00bb, in Gilbert Diatkine, Claude Le Guen (dir.) <em>Psychoth\u00e9rapies psychanalytiques<\/em>, Paris, PUF, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Que la terre soit l\u00e9g\u00e8re<\/em> (photographies de Ph. Jeammet) de Yosuah Kossi Efoui, 1995, Le bruit des autres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contributions dans revues<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pourquoi les ados se font-ils mal&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Sciences Humaines<\/em>, 2016\/3 (n\u00b0279)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le passage \u00e0 l\u2019acte&nbsp;\u00bb, <em>Cliniques<\/em>, 2015\/2 (n\u00b010)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu m\u2019\u00e9meus, gare \u00e0 moi&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Un corps qui s\u2019impose&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Un outils suppl\u00e9mentaire&nbsp;\u00bb, <em>Ecole des Parents<\/em>, 2015\/1 (n\u00b0612)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019amour, ce lien vital&nbsp;\u00bb, <em>Ecole des Parents<\/em>, 2014\/1 (n\u00b0606).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La sexualit\u00e9, c\u2019est une cocr\u00e9ation permanente&nbsp;\u00bb, <em>Ecole des Parents<\/em>, 2013\/3 (n\u00b0602).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Au risque de la vie&nbsp;\u00bb, <em>Ecole des Parents<\/em>, 2013\/1 (n\u00b0600)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9loge de la rencontre&nbsp;\u00bb, <em>Ecole des Parents<\/em>, 2012\/1 (n\u00b0594)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Psychoses&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Affliction&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Personality and conduct disorders&nbsp;\u00bb, <em>Adolescence<\/em>, 5\/10\/14.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le psychodrame psychanalytique \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;\u00bb, avec \u00c9velyne Kestemberg, in <em>Les psychodrames<\/em>, Paris, <em>Monographie Adolescence<\/em>, 2014, p. 11-28.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le temps de la menace&nbsp;\u00bb, <em>Adolescence<\/em>, 14\/11\/97, avec Fran\u00e7ois Marty.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10731?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Philippe Jeammet est psychiatre, professeur \u00e9m\u00e9rite de psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent, pr\u00e9sident de l\u2019\u00c9cole des parents et des \u00c9ducateurs &#8211; Ile de France.Il a \u00e9t\u00e9 psychanalyste et il a dirig\u00e9 pendant 20 ans le service de psychiatrie de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15556,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1393],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[709],"type_article":[454],"check":[2023],"class_list":["post-10731","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","auteur-alain-braconnier","mode-payant","revue-709","type_article-entretien","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10731","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10731"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10731\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16103,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10731\/revisions\/16103"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15556"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10731"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10731"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10731"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10731"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10731"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10731"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10731"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10731"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10731"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}