{"id":10728,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychananalyse-et-psychotherapie-etude-comparative-et-critique-des-14-contributions-publiees-dans-carnet-psy-2\/"},"modified":"2021-09-24T12:30:39","modified_gmt":"2021-09-24T10:30:39","slug":"psychananalyse-et-psychotherapie-etude-comparative-et-critique-des-14-contributions-publiees-dans-carnet-psy","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychananalyse-et-psychotherapie-etude-comparative-et-critique-des-14-contributions-publiees-dans-carnet-psy\/","title":{"rendered":"Psychananalyse et psychoth\u00e9rapie : \u00e9tude comparative et critique des 14 contributions publi\u00e9es dans Carnet PSY"},"content":{"rendered":"\n<p>D. Widl\u00f6cher et <em>Carnet PSY<\/em> ont engag\u00e9 une enqu\u00eate aupr\u00e8s de seize psychanalystes d\u2019horizons divers sur leur conceptualisation de leurs pratiques psychoth\u00e9rapeutiques en regard du mod\u00e8le de la cure-type. Une s\u00e9rie de onze questions leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e (<em>voir page pr\u00e9cedente<\/em>). Chacun des auteurs a r\u00e9dig\u00e9 le texte de sa contribution en puisant librement dans ce vivier d\u2019interrogations. Dans une rubrique intitul\u00e9e <em>Psychanalyse et psychoth\u00e9rapie&nbsp;: d\u00e9bats et enjeux<\/em>, les r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans la revue entre f\u00e9vrier 2006 et avril 2007. Sur cette base, un double projet a vu le jour&nbsp;: d\u2019abord, r\u00e9unir ces contributions dans un ouvrage de synth\u00e8se et, ensuite, organiser une journ\u00e9e scientifique pour prolonger de vives voix le d\u00e9bat engag\u00e9 par textes interpos\u00e9s. Ce processus en trois \u00e9tapes est anim\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 explicite&nbsp;: favoriser une \u00e9laboration coll\u00e9giale que des imp\u00e9ratifs clinique, didactique, d\u00e9ontologique, \u00e9pist\u00e9mologique, \u00e9thique et politique rendent aujourd\u2019hui incontournables.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour tenter d\u2019amener une pierre \u00e0 ce vaste \u00e9difice, ce travail va d\u2019abord t\u00e9moigner de la hi\u00e9rarchie transversale des th\u00e9matiques trait\u00e9es par les cliniciens interrog\u00e9s. Secondairement, je d\u00e9crirai les principales lignes de force des convergences et des divergences des traitements singuliers. Enfin, d\u00e9gag\u00e9 de la neutralit\u00e9 du rapporteur mais enrichi par elle, j\u2019esquisserai dans une troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie une synth\u00e8se critique subjective des enjeux en pr\u00e9sence r\u00e9solument orient\u00e9e vers l\u2019avenir. L\u2019objectif sera essentiellement de mettre en relief ce qui m\u2019appara\u00eet comme composantes dynamiques au profit du <em>d\u00e9bat<\/em> et comme vecteurs de r\u00e9sistance, de r\u00e9p\u00e9tition qui risquent d\u2019alimenter la <em>pol\u00e9mique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le postulat justificatif de l\u2019ensemble de cette d\u00e9marche est une hypoth\u00e8se impressionniste&nbsp;: <em>l\u2019ensemble de ces contributions compose une photographie repr\u00e9sentative de l\u2019\u00e9tat des lieux de la question dans l\u2019hexagone&nbsp;; on y retrouve les principales argumentations d\u00e9fendues et l\u2019essentiel des objets conceptuels actuellement en vigueur dans cette zone fronti\u00e8re aussi sensible qu\u2019heuristique entre psychanalyse et psychoth\u00e9rapie<\/em>. Le lecteur jugera chemin faisant de sa pertinence \u00e0 l\u2019aune de ses propres positions et de sa connaissance du d\u00e9bat actuel. Qu\u2019il sache aussi que j\u2019ai volontairement jou\u00e9 le jeu de me centrer uniquement sur ces quatorze textes en m\u2019interdisant toute autre r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 d\u2019autres auteurs quelle qu\u2019en soit la pertinence en ce domaine mais absents de cette rubrique (P. Denis, C. Janin, A. Green, F. Richard, D. Widl\u00f6cher\u2026).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 Hi\u00e9rarchie transversale des questions retenues<\/h2>\n\n\n\n<p>Premier constat, quantitatif. Les cliniciens interrog\u00e9s ont unanimement (14\/14) pl\u00e9biscit\u00e9 la question centr\u00e9e sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une distinction cure-type\/psychoth\u00e9rapies psychanalytiques et la prise en compte des variations des pratiques et des th\u00e9ories sur le processus en pr\u00e9sence (Q1). Ce consensus d\u00e9limite le d\u00e9bat&nbsp;: c\u2019est une surface triangulaire dont les trois pointes sont la l\u00e9gitimit\u00e9 de la distinction, les modifications des pratiques et les variations des processus. Pour chaque auteur, ces trois variables et leurs interactions dessinent une surface triangul\u00e9e singuli\u00e8re. Le triangle est commun mais la covariance des angles et l\u2019\u00e9picentre du centre de gravit\u00e9, uniques. Derri\u00e8re cette unanime triangulation, la hi\u00e9rarchie de traitement des autres questions est informative car elle ouvre sur la diversit\u00e9 des th\u00e9matiques explicitement revendiqu\u00e9es comme composantes de la premi\u00e8re ou implicitement associ\u00e9es. La question de la <em>formation<\/em> (Q8) est la premi\u00e8re d\u2019entre elles&nbsp;: la moiti\u00e9 des auteurs l\u2019\u00e9voquent (7\/14). Vient ensuite celle des <em>variations du cadre<\/em> de la cure-type \u00ab\u00a0dans des cas o\u00f9 des contraintes obligent \u00e0 des am\u00e9nagements\u00a0\u00bb (premi\u00e8re partie de Q8, 6\/14). Je crois utile de d\u00e9tailler quels sont ces autres cadres que la cure-type, \u00e9voqu\u00e9s par les auteurs comme induisant ces \u00ab\u00a0am\u00e9nagements\u00a0\u00bb&nbsp;: la psychoth\u00e9rapie d\u2019enfant (3\/14), le face \u00e0 face (2\/14), le psychodrame (2\/14), la clinique \u00ab\u00a0psychosomatique\u00a0\u00bb (2\/14), les th\u00e9rapies parents\/b\u00e9b\u00e9 (2\/14). Sont aussi \u00e9voqu\u00e9es une seule fois&nbsp;: les th\u00e9rapies avec les adolescents, les migrants, les prisonniers, les <em>border line<\/em>, les psychotiques, les groupes. La quatri\u00e8me question la plus fr\u00e9quemment abord\u00e9e est celle de l\u2019<em>histoire<\/em> des pratiques et des processus de la psychanalyse (Q2, 5\/14). Celle de l\u2019<em>\u00e9valuation<\/em> obtient le m\u00eame score (Q11, 5\/14). En cinqui\u00e8me position, on trouve les interrogations portant sp\u00e9cifiquement sur l\u2019hypoth\u00e9tique <em>continuum<\/em> entre cure-type et psychoth\u00e9rapie (Q5, 6, 7&nbsp;; 2\/14). La question de la pertinence du recours aux <em>crit\u00e8res psychopathologiques<\/em> pour d\u00e9crire les variations est aussi trait\u00e9e par deux auteurs (Q4). Enfin, en sixi\u00e8me place, le bien fond\u00e9 du recours aux <em>crit\u00e8res cat\u00e9goriels<\/em> (Q3) est abord\u00e9 par un seul contributeur. Ce classement quantitatif sans aucune pr\u00e9tention statistique permet toutefois de constater la pr\u00e9sence insistante de plusieurs th\u00e9matiques inh\u00e9rentes \u00e0 la premi\u00e8re question&nbsp;: la formation, les am\u00e9nagements du cadre de la cure-type dans l\u2019histoire de la psychanalyse, l\u2019\u00e9valuation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1.1 \u2013 Cure-type, psychoth\u00e9rapie et formation<\/h3>\n\n\n\n<p>La question d\u2019une hypoth\u00e9tique distinction entre cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique est d\u2019abord manifestement indissociable d\u2019un d\u00e9bat sur la formation. Cette lapalissade se complexifie tr\u00e8s vite si l\u2019on pense au fait que les soci\u00e9t\u00e9s de psychanalyse ont une feuille de route claire pour la formation \u00e0 la cure-type et, justement, beaucoup moins ou pas, pour les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques, sources de pol\u00e9miques internes. Bien s\u00fbr, on trouve facilement des psychanalystes enthousiastes pour d\u00e9crire les vertus didactiques du psychodrame et, un peu plus difficilement celles de la psychoth\u00e9rapie d\u2019enfants, d\u2019adolescents, de b\u00e9b\u00e9s\u2026 N\u00e9anmoins, au vu des textes r\u00e9unis, les positions se conflictualisent tr\u00e8s vite si on aborde avec eux la chronologie et la place que ces cadres \u00ab\u00a0exotiques\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 la cure-type peuvent occuper dans une formation psychanalytique. Concr\u00e8tement, doit-on, d\u2019abord, devenir psychanalyste (connaissant le \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb de la psychanalyse, la clinique des n\u00e9vroses, M. Aisenstein) puis, secondairement, s\u2019engager dans des am\u00e9nagements impos\u00e9s par des cadres autres que la cure-type&nbsp;? Est-il plut\u00f4t recommand\u00e9 de s\u2019investir simultan\u00e9ment dans un processus de formation \u00e0 la cure-type et aux am\u00e9nagements du cadre des psychoth\u00e9rapies psychanalytiques (B. Golse&nbsp;; M.R. Moro)&nbsp;? Et que penser de ceux, nombreux (\u00e9tudiants, jeunes praticiens en psychiatrie, psychologie), qui ont une pratique intensive de psychoth\u00e9rapeute, parfois avec des cas difficiles que l\u2019on r\u00e9serve souvent aux derniers arriv\u00e9s, et qui, soit sont encore en analyse, soit ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9marr\u00e9 un cursus de formation (M.R. Moro, C. Lachal&nbsp;; S. Frisch)&nbsp;? Pour ces derniers, le devenir \u00ab\u00a0psychanalyste\u00a0\u00bb \u00e9quivaut-il, comme le sugg\u00e8re B. Brusset, \u00e0 un abandon des techniques psychoth\u00e9rapiques&nbsp;: \u00ab\u00a0l\u2019abandon par l\u2019analyste en formation des attitudes psychoth\u00e9rapiques est le premier objectif. La plupart d\u2019entre eux ont d\u00e9j\u00e0 une longue exp\u00e9rience des psychoth\u00e9rapies, le plus souvent d\u2019enfants ou d\u2019adultes aux confins de la psychose. Ils sont amen\u00e9s \u00e0 se rendre compte que certaines de leurs interventions en analyse sont \u00e0 leur insu d\u2019ordre p\u00e9dagogique, de r\u00e9assurance, de suggestion, de s\u00e9duction, ou encore d\u2019interpr\u00e9tations pr\u00e9matur\u00e9es ou arbitraires dont ils ne mesurent pas suffisamment les effets sur le processus analytique inconscient.\u00a0\u00bb (B. Brusset). S\u2019agit-il plut\u00f4t de l\u2019apprentissage d\u2019une abstention r\u00e9fl\u00e9chie (M. Aisenstein) qui aurait le m\u00e9rite de mettre l\u2019imp\u00e9trant \u00e0 l\u2019abri d\u2019une didactique r\u00e9pressive \u00e0 l\u2019\u00e9gard du psychoth\u00e9rapeutique au profit d\u2019une compr\u00e9hension diff\u00e9rentielle des prises de parole de l\u2019analyste dans diff\u00e9rents contextes&nbsp;? Enfin, quelles place et valeur accorder aux analysants qui ne souhaitent pas devenir analyste mais praticien de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1.2 \u2013 La cure-type et les autres cadres<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019apport des am\u00e9nagements des autres cadres (psychoth\u00e9rapie d\u2019enfant, psychodrame, clinique \u00ab\u00a0psychosomatique\u00a0\u00bb, th\u00e9rapies parents\/b\u00e9b\u00e9-adolescents, migrants, prisonniers, <em>border line<\/em>, psychotiques, groupes\u2026) au profit de la psychanalyse s\u2019impose ici comme un argument tr\u00e8s r\u00e9current. Un fort consensus s\u2019\u00e9tablit autour de la reconnaissance de la dette \u00e9pist\u00e9mologique de la psychanalyse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019apport de ces confrontations illustr\u00e9es par l\u2019histoire. Pour autant, les cons\u00e9quences qui en sont tir\u00e9es diff\u00e8rent largement pour, d\u2019une part, affirmer ou nier la distinction entre cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique et, d\u2019autre part, d\u00e9fendre ou non une formation sp\u00e9cifique \u00e0 la psychoth\u00e9rapie psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>La discussion de la proposition th\u00e9orique \u00ab\u00a0changement de cadre = changement de processus\u00a0\u00bb est indissociable de ce qui pr\u00e9c\u00e8de. Si les am\u00e9nagements du cadre impliquent des processus diff\u00e9rents, on comprendra ais\u00e9ment la revendication de certains explorateurs des limites en faveur de formations sp\u00e9cifiques (M.R. Moro, C. Lachal, S. Frisch, B. Golse, R. Roussillon). Comme on l\u2019a vu, la chronologie de ces apprentissages est discut\u00e9e (avant, pendant, apr\u00e8s celui de la cure-type).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1.3 \u2013 L\u2019\u00e9valuation<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le droit fil de cette hypoth\u00e9tique pluriprocessualit\u00e9, on ne sera pas \u00e9tonn\u00e9 de trouver en bonne place la question de l\u2019\u00e9valuation des pratiques \u00e0 l\u2019occasion de ce d\u00e9bat. Actuellement, et en particulier suite au rapport Inserm \u00e0 ce sujet (R. Perron, J. Sedat), c\u2019est une th\u00e9matique pol\u00e9mique dans la communaut\u00e9 des professionnels du soin psychique. Les attentes du politique et du social en faveur d\u2019une exigibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9valuation dite scientifique des psychoth\u00e9rapies sont fortes et le risque que \u00ab\u00a0cette \u00e9valuation en termes d\u2019efficacit\u00e9 ajoute une dimension pr\u00e9dictive sur la dangerosit\u00e9\u00a0\u00bb s\u2019amplifie (J. Sedat). Cette authentique menace de l\u2019\u00e9valuation d\u2019un espace analytique qui n\u2019est pas un cadre objectivant, rend-elle alors n\u00e9cessairement \u00ab\u00a0totalement illusoire de pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019objectivation et l\u2019\u00e9valuation\u00a0\u00bb(J. Sedat)&nbsp;? Quelle que soit la pertinence de ces interrogations, ne doit-on pas aussi envisager les oppositions frontales \u00e0 l\u2019\u00e9valuation comme le reflet de nos propres limites cliniques et conceptuelles&nbsp;?<br>En d\u2019autres termes, le chantier de l\u2019\u00e9valuation en France souffre de la mis\u00e8re m\u00e9thodologique et des intentions scientistes de ses exp\u00e9riences les plus m\u00e9diatis\u00e9es. Cette mauvaise r\u00e9putation justifi\u00e9e va-t-elle barrer la route \u00e0 toute possible cr\u00e9ativit\u00e9&nbsp;? Dans ce contexte, on peut se demander si le peu d\u2019\u00e9cho aux questions techniques pr\u00e9cises sur les \u00e9ventuels <em>continuum<\/em> (Q5,6,7) entre cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique mais aussi sur la pertinence de l\u2019usage des d\u00e9finitions cat\u00e9gorielles (Q3) et des crit\u00e8res psychopathologiques (Q4) n\u2019illustrent pas l\u2019\u00e9tat des lieux du d\u00e9bat&nbsp;: tant que la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique et \u00e9thique de l\u2019\u00e9valuation des processus inh\u00e9rents \u00e0 la cure-type et aux psychoth\u00e9rapies n\u2019est pas \u00e9labor\u00e9e, l\u2019attention pour les variables pressenties reste brid\u00e9e. Pour comprendre les risques d\u2019incompr\u00e9hension, sinon de clivage entre cliniciens-chercheurs engag\u00e9s dans cette voie et les cliniciens moins ou pas investis dans la recherche, ce point est sans doute d\u00e9terminant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Lignes de force des convergences\/divergences<\/h2>\n\n\n\n<p>Il est temps maintenant de se centrer sur les axes majeurs transversaux des diff\u00e9rentes contributions. Je ne vise pas ici une \u00e9vocation exhaustive des tr\u00e8s nombreuses th\u00e9matiques mais un effet de zoom sur la substantifique moelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.1 \u2013 Le psychanalytique \u00e9tendu ou la dialectique psychanalytique\/psychoth\u00e9rapeutique<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est le centre du d\u00e9bat engag\u00e9&nbsp;: la l\u00e9gitimit\u00e9 et la pertinence d\u2019une distinction entre curetype et psychoth\u00e9rapie psychanalytique. Si, artificiellement, on suspend transitoirement la variable fondamentale de la formation (analysant\/analyste en formation\/analyste confirm\u00e9) dont on vient de souligner la profonde empreinte dans ce d\u00e9bat, les contributions rassembl\u00e9es ici sont travers\u00e9es d\u2019une opposition entre deux conceptions <em>princeps<\/em> de l\u2019exercice du psychanalyste. La premi\u00e8re est celle d\u2019un champ psychanalytique \u00ab\u00a0\u00e9tendu\u00a0\u00bb qui englobe le c\u0153ur (la cure-type freudienne de la n\u00e9vrose hyst\u00e9rique) et les cadres aux limites (list\u00e9s plus haut) sans que s\u2019op\u00e8re pour le psychanalyste un changement de nature (d\u2019essence) de la m\u00e9thode et de la doctrine. La seconde conception d\u00e9crit deux sph\u00e8res, le psychanalytique et le psychoth\u00e9rapique, consid\u00e9rant qu\u2019il existe de l\u2019un et de l\u2019autre dans des dosages diff\u00e9rents dans la cure-type elle-m\u00eame et, <em>a fortiori<\/em>, dans les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour illustrer cette dichotomie, on peut confronter les positions de M. Aisenstein et de J. Laplanche qui ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre tr\u00e8s \u00e9clairantes car fortement contrast\u00e9es. B\u00e9n\u00e9ficiant de ces deux p\u00f4les, il sera plus facile ensuite de situer les autres auteurs. Pour la premi\u00e8re, \u00ab\u00a0la psychoth\u00e9rapie psychanalytique n\u2019existe pas&nbsp;; issue du m\u00eame corpus th\u00e9orique et m\u00e9tapsychologique que la psychanalyse, elle se fonde sur l\u2019\u00e9coute du discours d\u2019un patient dans le cadre d\u2019une s\u00e9ance et ne peut qu\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb&nbsp;: soit elle est men\u00e9e par un psychanalyste, ou bien elle n\u2019est pas\u00a0\u00bb. Psychanalyse et psychoth\u00e9rapie psychanalytique ne sont que des variations d\u2019une seule et m\u00eame m\u00e9thode fond\u00e9e sur la m\u00eame doctrine et une m\u00eame vis\u00e9e, le changement psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, J. Laplanche distingue, au sein m\u00eame de la cure-type, le psychoth\u00e9rapeutique et le psychanalytique. Il consid\u00e8re en effet que dans une cure-type de n\u00e9vrose, ces deux options se c\u00f4toient constamment. La premi\u00e8re activit\u00e9 correspond selon lui \u00e0 la remise en forme et en histoire de ce que l\u2019analyse d\u00e9couvre. C\u2019est la conscientisation d\u2019\u00e9l\u00e9ments inconscients. La seconde activit\u00e9, c\u2019est essentiellement le \u00ab\u00a0traitement\u00a0\u00bb des d\u00e9fenses intimement li\u00e9es aux fantasmes inconscients rendu possible par la libre association \u00ab\u00a0que l\u2019on peut mieux nommer m\u00e9thode \u00ab\u00a0associative-dissociative\u00a0\u00bb et par les interpr\u00e9tations de l\u2019analyste.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame sens que M. Aisenstein, pour R. Gori, \u00ab\u00a0les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques constituent des variantes, des ajustements des modalit\u00e9s d\u2019un travail psychanalytique qui proc\u00e8de de la m\u00eame m\u00e9thode que celle mise en \u0153uvre dans la cure. Ces variantes et ces ajustements sont des traitements authentiquement analytiques n\u00e9cessit\u00e9s par les probl\u00e8mes que posent des situations cliniques et pratiques particuli\u00e8res. Le travail psychanalytique s\u2019effectue au cas par cas et \u00e0 distance d\u2019une id\u00e9alisation qui imposerait au praticien un protocole formel, homog\u00e8ne et standard.\u00a0\u00bb (R. Gori). Dans ce contexte, \u00ab\u00a0L\u2019expression \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie psychanalytique\u00a0\u00bb porte en elle-m\u00eame une contradiction fondamentale car aucun projet fut-il de soin ne saurait peser sur la m\u00e9thode analytique. Quant \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette m\u00e9thode, c\u2019est de tenir compte, plus que toute autre, des conditions de sa gen\u00e8se et de sa mise en \u0153uvre\u00a0\u00bb (R. Gori).<\/p>\n\n\n\n<p>M.R. Moro et C. Lachal en se ralliant aussi \u00e0 cette voie en montrent le dynamisme&nbsp;: \u00ab\u00a0nous contestons la distinction entre psychanalyse et psychoth\u00e9rapie psychanalytique. Cette distinction n\u2019est que formelle et n\u2019apporte ni un suppl\u00e9ment de th\u00e9orie ni de pratique. (\u2026) Les variantes de la cure restent de la psychanalyse et sans nul doute l\u2019aiguillonnent et la renouvellent.\u00a0\u00bb (\u2026) Ils pointent la cure-type comme signature du processus psychanalytique&nbsp;: \u00ab\u00a0De par notre exp\u00e9rience psychanalytique avec les b\u00e9b\u00e9s et les migrants par exemple, nous voudrions proposer ici l\u2019id\u00e9e qu\u2019il est un autre point qui fonde le processus psychanalytique, c\u2019est la position contre-transf\u00e9rentielle du th\u00e9rapeute et pas le dispositif qui, lui, doit varier pour s\u2019adapter aux besoins et \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 des situations rencontr\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, A. Braconnier et B. Hanin adh\u00e8rent \u00e0 la bidimensionalit\u00e9 dialectique d\u00e9fendue par J. Laplanche&nbsp;: \u00ab\u00a0il serait r\u00e9ducteur de concevoir une cure-type sans une certaine dimension psychoth\u00e9rapique. En contre-point, il serait inexact de concevoir la psychoth\u00e9rapie psychanalytique en faisant abstraction de sa sp\u00e9cificit\u00e9 psychanalytique\u00a0\u00bb. B. Brusset reprend aussi \u00e0 son compte cette dialectique&nbsp;: \u00ab\u00a0Il y a dans les traitements psychanalytiques une double dimension des interventions&nbsp;: celles de type psychoth\u00e9rapique et celles qui sont sp\u00e9cifiquement psychanalytiques. On peut parler d\u2019un rapport de type s\u00e9rie compl\u00e9mentaire&nbsp;: \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, l\u2019effacement de l\u2019analyste \u00ab\u00a0qui fait le mort\u00a0\u00bb, support de projection et figure du quiproquo anachronique du transfert \u00e0 partir duquel il interpr\u00e8te les conflits n\u00e9vrotiques infantiles actualis\u00e9s par le processus&nbsp;; \u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, celle de la psychoth\u00e9rapie visant l\u2019enrichissement du sens par la participation active de l\u2019analyste aux associations d\u2019id\u00e9es tout en renon\u00e7ant \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, outre l\u2019interpr\u00e9tation en fonction du transfert, l\u2019analyste, \u00e9crit B. Brusset est g\u00e9n\u00e9ralement oblig\u00e9 de recourir aussi \u00e0 d\u2019autres types d\u2019intervention que l\u2019on peut dire d\u2019ordre psychoth\u00e9rapique&nbsp;: \u00ab\u00a0La dimension psychoth\u00e9rapique fond\u00e9e sur la participation de l\u2019analyste en position de psychoth\u00e9rapeute est vari\u00e9e et tributaire de ses intuitions, de son exp\u00e9rience, de ses capacit\u00e9s empathiques notamment dans la perception des niveaux de fonctionnements r\u00e9gressifs extra-verbaux qui trouvent th\u00e9orisation dans la r\u00e9f\u00e9rence aux ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019identification projective, aux premi\u00e8res relations m\u00e8re-enfant ou m\u00eame enfant-environnement en de\u00e7\u00e0 de la constitution de la m\u00e8re comme objet. L\u2019interpr\u00e9tation est diff\u00e9r\u00e9e et les interventions de l\u2019analyste se fondent sur la perception contre-transf\u00e9rentielle de l\u2019\u00e9conomie psychique du patient&nbsp;: un mod\u00e8le en est le jeu winnicottien. La participation de l\u2019analyste n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de l\u2019arbitraire et de la suggestion que par l\u2019analyse du contre-transfert. Elle est guid\u00e9e par l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 ses effets sur les mouvements psychiques, sur les s\u00e9quences associatives, sur l\u2019\u00e9mergence de l\u2019inconscient soit dans l\u2019ordre de la symbolisation, du retour du refoul\u00e9, soit, en de\u00e7\u00e0 des repr\u00e9sentations, dans l\u2019ordre des motions pulsionnelles, de l\u2019inconscient du \u00e7a, de ce qui appelle figuration, construction et transformation par l\u2019analyste.\u00a0\u00bb Paradoxalement, comme on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 vu avec cet auteur, la supervision de formation doit permettre \u00ab\u00a0l\u2019abandon\u00a0\u00bb des attitudes psychoth\u00e9rapiques dans la cure-type (B. Brusset).<br>Finalement, \u00e9merge ici une bifurcation cruciale pour organiser le d\u00e9bat. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a ceux qui d\u00e9fendent le \u00ab\u00a0tout psychanalytique\u00a0\u00bb&nbsp;: \u00ab\u00a0mon souhait serait que tout travail psychanalytique soit d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0psychanalyse\u00a0\u00bb, qu\u2019il soit de face \u00e0 face ou sur le divan et que soit pr\u00e9cis\u00e9 le cadre.\u00a0\u00bb (M. Aisenstein). De l\u2019autre, il y a ceux qui voient du \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019espace de la cure-type. Pour les premiers, la ligne de d\u00e9marcation pertinente n\u2019est pas entre cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique mais entre \u00ab\u00a0psychanalyste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0non psychanalyste\u00a0\u00bb. L\u2019intitul\u00e9 de psychoth\u00e9rapie psychanalytique est illogique. Pour les seconds, ce qui prime, c\u2019est le dosage singulier du \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb au sein m\u00eame de la cure-type et <em>a fortiori<\/em> dans la psychoth\u00e9rapie psychanalytique. Toutes les prises de position \u00e0 l\u2019\u00e9gard des th\u00e9matiques suivantes seront marqu\u00e9es par l\u2019option choisie face \u00e0 cette dichotomie matricielle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.2 \u2013 Tentatives de d\u00e9finitions du psychanalytique et du psychoth\u00e9rapeutique<\/h3>\n\n\n\n<p>Le terme \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en 1872 alors que le terme \u00ab\u00a0psychanalyse\u00a0\u00bb n\u2019est introduit qu\u2019en 1896. Mais ce n\u2019est qu\u2019en 1905, dans son article \u00ab\u00a0De la psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb, que Freud prend clairement de la distance par rapport \u00e0 l\u2019hypnose en opposant la m\u00e9thode cathartique et sa m\u00e9thode analytique. Toutefois dans ses \u00e9crits, il utilisera longtemps indiff\u00e9remment les termes \u00ab\u00a0psychanalyse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb<sup>1<\/sup>. Aujourd\u2019hui pr\u00e9cise R. Perron, les psychanalystes font souvent ce qu\u2019il faut pour maintenir cette impr\u00e9cision&nbsp;: ils \u00ab\u00a0ont la f\u00e2cheuse habitude de prendre le terme en un sens plus restreint, et de d\u00e9signer comme \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb ce que, en tant que psychanalystes, ils font avec un patient (client, etc.) assis dans un fauteuil et non pas allong\u00e9 sur un divan. Pour \u00e9viter la confusion avec d\u2019autres entreprises psychoth\u00e9rapiques, on sp\u00e9cifie alors (pas toujours) qu\u2019il s\u2019agit de psychoth\u00e9rapie \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb\u2026 ou \u00ab\u00a0d\u2019inspiration psychanalytique\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0psycho-dynamique\u00a0\u00bb. Les termes depuis quelque temps fleurissent, d\u2019o\u00f9 une belle confusion\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs contributeurs reviennent sur cette distinction et tentent de l\u2019\u00e9claircir. R. Roussillon (repris et acquiesc\u00e9 par M.R. Moro, C. Lachal et B. Golse sur ce point) exprime une ligne de d\u00e9marcation essentielle&nbsp;: \u00ab\u00a0Pour Freud, la psychanalyse est aussi une psychoth\u00e9rapeutique, m\u00eame si elle n\u2019est pas que cela, il parle \u00e0 plusieurs reprises de la \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie psychanalytique\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer ce que l\u2019on nomme maintenant \u00ab\u00a0la psychanalyse\u00a0\u00bb. Pour lui l\u2019opposition ne passe pas entre la psychanalyse et la psychoth\u00e9rapie mais entre la psychanalyse et la suggestion, et les pratiques fond\u00e9es sur la suggestion dont certaines pratiques qu\u2019il dit \u00ab\u00a0m\u00e9dicales\u00a0\u00bb. Cette position me para\u00eet sage et socialement efficace, c\u2019est-\u00e0-dire de bonne politique. Elle fait de l\u2019analyse du transfert, la pierre angulaire, l\u2019axe principal, majeur et identitaire de la pratique psychanalytique. Le choix passe en effet par le fait d\u2019utiliser la suggestion, celle qui est in\u00e9vitable et inh\u00e9rente \u00e0 la situation &#8211; qui surgit de l\u2019existence m\u00eame du transfert, et sur laquelle l\u2019analyste n\u2019a aucun contr\u00f4le car elle ne d\u00e9pend pas de lui mais du fait que ses interventions sont \u00ab\u00a0re\u00e7ues\u00a0\u00bb \u00e0 partir de la position qu\u2019il occupe dans le transfert &#8211; pour \u00ab\u00a0d\u00e9passer\u00a0\u00bb la suggestion par l\u2019analyse du transfert, et le fait d\u2019utiliser la suggestion pour exercer une influence sur le patient\u00a0\u00bb. Une fois \u00e9tablie cette opposition majeure entre pouvoir d\u2019influence de la suggestion \u00ab\u00a0d\u00e9pass\u00e9e\u00a0\u00bb en psychanalyse et pouvoir d\u2019influence de la suggestion \u00ab\u00a0brute\u00a0\u00bb, la distinction divan\/fauteuil versus fauteuil\/fauteuil n\u2019est plus d\u00e9cisive&nbsp;: \u00ab\u00a0L\u2019opposition psychanalyse \/ psychoth\u00e9rapie peut aussi \u00eatre tent\u00e9e de s\u2019appuyer sur la position corporelle propos\u00e9e \u00e0 l\u2019analysant&nbsp;: allong\u00e9 sur le divan c\u2019est de la psychanalyse, face \u00e0 face ou \u00ab\u00a0c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te\u00a0\u00bb ce n\u2019est que de la psychoth\u00e9rapie. Freud ne semblait pas non plus consid\u00e9rer que le face \u00e0 face interdirait la pratique de la psychanalyse, il se bornait \u00e0 constater que pour lui il en allait ainsi, et qu\u2019il trouvait plus \u00ab\u00a0confortable\u00a0\u00bb que le patient soit allong\u00e9, mais il n\u2019en faisait pas une question identitaire de la psychanalyse\u00a0\u00bb (R. Roussillon).<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, J. S\u00e9dat oppose fermement l\u2019ici et maintenant de la psychoth\u00e9rapie \u00e0 l\u2019historicisation du sujet dans la psychanalyse&nbsp;: \u00ab\u00a0la suggestion et l\u2019hypnose repr\u00e9sentent la r\u00e9sistance majeure \u00e0 l\u2019introduction \u00e0 l\u2019histoire d\u2019un sujet, ce que rend possible, non le transfert, mais la r\u00e8gle fondamentale. Dans la suggestion et l\u2019hypnose, dans la m\u00e9connaissance du pass\u00e9 et de l\u2019histoire du patient, tout se passe dans le pur pr\u00e9sent de la relation\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour C. Hoffmann, \u00ab\u00a0Freud reconna\u00eet aux psychoth\u00e9rapies la volont\u00e9 de gu\u00e9rir par l\u2019ext\u00e9rieur, par le soutien externe, ce qui est en souffrance chez le sujet. Il en va autrement de la psychanalyse qui tente de l\u2019attraper par l\u2019int\u00e9rieur avec l\u2019aide du sujet. La plupart des psychoth\u00e9rapies s\u2019appuient sur la d\u00e9couverte freudienne du transfert, sans forc\u00e9ment le distinguer de la suggestion&nbsp;; ce qui a comme effet de renforcer la croyance dans un Autre suppos\u00e9 savoir. Nos patients viennent avec cette demande d\u2019obtenir une parole de l\u2019Autre suppos\u00e9 savoir mieux qu\u2019eux la v\u00e9rit\u00e9 de leurs souffrances. Cette d\u00e9finition du transfert qui permet de saisir les effets th\u00e9rapeutiques de toute situation de demande de soins adress\u00e9e \u00e0 un Autre, m\u00e9decin, psychoth\u00e9rapeute, etc\u2026, et qui, pour presque naturelle dans la relation humaine, suppose n\u00e9anmoins un \u00ab\u00a0savoir y faire avec\u00a0\u00bb de la part de celui qui vient \u00e0 cette place du sujet-suppos\u00e9-savoir, ceci pour \u00e9viter un simple effet hypnotique passager\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il m\u2019est arriv\u00e9, s\u2019interroge R. Perron, de me demander \u00ab\u00a0en quoi ce qui se passe en ce moment est-il psychanalytique, en quoi suis-je en ce moment psychanalyste&nbsp;?\u00a0\u00bb. Ceci dans le cas du divan-fauteuil tout autant que dans celui du fauteuil-fauteuil&nbsp;; mais cette question m\u2019est venue plus souvent encore dans le cadre d\u2019une longue pratique du psychodrame psychanalytique. En ce cas en effet, la figuration d\u2019action invite \u00e0 bien des chemins de traverse, et le psychanalyste doit se surveiller pour rester psychanalyste et ne pas glisser vers la position du com\u00e9dien amateur qui improvise. La meilleure r\u00e9ponse que j\u2019ai pu trouver, ce n\u2019est pas&nbsp;: c\u2019est parce qu\u2019il y est question de sexualit\u00e9, d\u2019inconscient, de traces m\u00e9morielles, d\u2019enfance, de traumatismes, etc.&nbsp;; tout cela est vrai, mais pourrait sous-tendre une autre pratique que psychanalytique. Ma meilleure r\u00e9ponse possible -sans doute insuffisante- est&nbsp;: je me sens psychanalyste lorsque je garde en ligne de mire ce postulat fondamental&nbsp;: derri\u00e8re le sens apparent, un autre sens est possible, et derri\u00e8re celui-ci un autre encore. Le pari est celui de la multiplicit\u00e9 des sens, de la polys\u00e9mie.\u00a0\u00bb<br>B. Golse et R. Gori partagent une opinion clinique d\u00e9centr\u00e9e qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre mise en exergue&nbsp;: pour eux, ce n\u2019est seulement qu\u2019apr\u00e8s coup que l\u2019analyste peut d\u00e9finir la polarit\u00e9 psychanalytique ou psychoth\u00e9rapeutique d\u2019un travail. En psychanalyse d\u2019enfant, \u00ab\u00a0La distinction entre psychanalyse et psychoth\u00e9rapie ne renvoie donc pas du tout, ici, \u00e0 une distinction structurale du type n\u00e9vroses, psychoses ou \u00e9tats-limites. \u00c0 cadre d\u00e9condens\u00e9 comparable, la distinction renvoie plut\u00f4t \u00e0 la profondeur du travail atteint et au remaniement structural qui en d\u00e9coule, ce qui, encore, une fois, ne pourra souvent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s-coup, l\u2019important \u00e9tant, dans tous les cas, de mettre en \u0153uvre les conditions potentielles d\u2019un authentique travail psychanalytique.\u00a0\u00bb (B. Golse). Chez l\u2019adulte, \u00ab\u00a0On peut ainsi dans l\u2019apr\u00e8s-coup constater qu\u2019une analyse n\u2019aura \u00e9t\u00e9 pour tel ou tel patient qu\u2019une psychoth\u00e9rapie, alors que pour tel ou tel autre \u00ab\u00a0en psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb une analyse a pu avoir lieu.\u00a0\u00bb (R. Gori).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.3 \u2013 Cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique&nbsp;: un continuum&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Les questions portant sur un \u00e9ventuel continuum entre cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique (Q5,6,7) sont inh\u00e9rentes \u00e0 la croyance en deux espaces dialectiques dans la cure-type et les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques\u00a0: le \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb. Dans cette optique, on s\u2019\u00e9carte de la description d\u2019\u00e9l\u00e9ments exclusifs propres \u00e0 la cure-type et aux psychoth\u00e9rapies psychanalytiques au profit d\u2019\u00e9l\u00e9ments transversaux dont on explore la variabilit\u00e9. En d\u00e9fenseur du <em>continuum<\/em>, A. Braconnier et B. Hanin vont plus loin en \u00e9voquant non pas un mais plusieurs <em>continuum<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9volution et la diversit\u00e9, tant des pratiques (\u00e9coute associative, travail d\u2019interpr\u00e9tation, etc.) que des processus (mod\u00e8les de transformation des repr\u00e9sentations inconscientes et pr\u00e9conscientes, des affects, etc. et mod\u00e8les des processus de transformation des structures psychiques et des formations pathologiques) permettent incontestablement de pr\u00e9ciser sur quel <em>continuum<\/em> (qu\u2019il faudrait mettre justement au pluriel selon ces diff\u00e9rents mod\u00e8les), se situe cette distinction entre cure-type et psychoth\u00e9rapies psychanalytiques. Ce qui justifie le point de vue que pr\u00e9d\u00e9finir le processus c\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019emp\u00eacher.\u00a0\u00bb Naturellement, l\u2019option du \u00ab\u00a0tout psychanalytique\u00a0\u00bb s\u2019oppose <em>a priori<\/em> \u00e0 cette hypoth\u00e8se d\u2019un <em>continuum<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi et au nom de quoi d\u00e9cr\u00e9ter que l\u2019extension d\u2019un m\u00eame mod\u00e8le scientifique, forc\u00e9ment adapt\u00e9 \u00e0 des pathologies nouvelles, en fait autre chose\u00a0? Je r\u00e9cuse et tiens pour une erreur logique l\u2019id\u00e9e selon laquelle une seule et m\u00eame pratique change d\u2019essence selon les modalit\u00e9s techniques qu\u2019elle adopte. J\u2019utilise ici le terme essence dans la stricte d\u00e9finition Husserlienne de la variation \u00e9id\u00e9tique. En fonction des mat\u00e9riaux et de son inspiration, le sculpteur peut utiliser le ciseau, le marteau, le couteau, il n\u2019en reste pas moins sculpteur. Devant un m\u00eame paysage dix peintres, \u00e9galement mais diff\u00e9remment talentueux feront, qui \u00e0 la gouache, qui \u00e0 l\u2019huile, qui \u00e0 l\u2019aquarelle, des ex\u00e9cutions chacune singuli\u00e8re -des interpr\u00e9tations- dont l\u2019essence n\u2019en restera pas moins une.\u00a0\u00bb (M. Aisenstein). Cette homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la m\u00e9thode et de la doctrine soul\u00e8ve aussi un autre probl\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019insistance sur le \u00ab\u00a0<em>continuum<\/em>\u00a0des traitements psychanalytiques\u00a0\u00bb tend \u00e0 dissoudre les diff\u00e9rences et inf\u00e8re corr\u00e9lativement l\u2019id\u00e9e de continuit\u00e9 entre le conscient, (le conscient implicite, l\u2019inconscient cognitif, le subconscient), le pr\u00e9conscient et l\u2019inconscient\u00a0: l\u2019essentiel est alors dans tous les cas la bonne communication, l\u2019empathie r\u00e9paratrice, voire la recherche de \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience \u00e9motionnelle correctrice\u00a0\u00bb<sup>2<\/sup>. La dimension psychoth\u00e9rapique est centrale. Inversement, dire que toute pratique est analytique d\u00e8s lors qu\u2019elle est celle des psychanalystes \u00e9vacue \u00e9galement la question des diff\u00e9rences entre psychanalyse et psychoth\u00e9rapie.\u00a0\u00bb (B. Brusset).<br>Enfin, dans une formule forte, S. Frisch inqui\u00e8te la l\u00e9gitimit\u00e9 <em>a priori<\/em> d\u2019un <em>continuum<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste \u00e0 prouver que les \u00e9laborations d\u00e9duites de la pratique de la cure-type puissent \u00eatre transpos\u00e9es telle quelles sur la pratique psychoth\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb. Notons alors sous la plume du m\u00eame auteur la mitoyennet\u00e9 des interrogations sur la continuit\u00e9 et la mono ou pluri processualit\u00e9 de la cure-type et des psychoth\u00e9rapies psychanalytiques\u00a0: \u00ab\u00a0la psychoth\u00e9rapie psychanalytique s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e en prenant appui sur la psychanalyse mais aussi en d\u00e9veloppant des aspects techniques diff\u00e9rents, et peut-\u00eatre m\u00eame, processuels diff\u00e9rents, pour s\u2019adapter aux pathologies rencontr\u00e9es. La d\u00e9marche psychoth\u00e9rapeutique ne se fait alors pas par d\u00e9faut en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la cure-type mais par rapport \u00e0 des indications pr\u00e9cises et aussi par rapport \u00e0 des buts plus pr\u00e9cis.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.4 \u2013 Le processus de la cure-type et des psychoth\u00e9rapies psychanalytiques&nbsp;: unit\u00e9 versus diversit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>De fait, dans la suite logique de ces associations au sujet d\u2019une hypoth\u00e9tique continuit\u00e9, une interrogation sur l\u2019unit\u00e9\/diversit\u00e9 processuelle dans la cure-type et les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques s\u2019impose. Bon nombre d\u2019auteurs s\u2019y sont d\u2019ailleurs employ\u00e9s en faisant ainsi \u00e9cho \u00e0 la tr\u00e8s forte r\u00e9currence du terme processus dans les questions (7 occurrences). De plus, la convergence de cette question avec celles de la formation et de l\u2019\u00e9valuation a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e. La justification de la centration sur les processus psychiques reste fondamentalement freudienne<sup>3<\/sup>. Elle lui a permis avec les hyst\u00e9riques de se d\u00e9marquer de la psychiatrique histoire de la maladie (des sympt\u00f4mes) \u00e0 l\u2019histoire du malade&nbsp;: \u00ab\u00a0le diagnostic local et les r\u00e9actions \u00e9lectriques n\u2019ont aucune valeur pour l\u2019\u00e9tude de l\u2019hyst\u00e9rie, tandis qu\u2019une pr\u00e9sentation approfondie des processus psychiques, \u00e0 la fa\u00e7on dont elle nous est donn\u00e9e par les po\u00e8tes, permet, par l\u2019emploi de quelques rares formules psychologiques, d\u2019obtenir une certaine intelligence du d\u00e9roulement d\u2019une hyst\u00e9rie.\u00a0\u00bb (S. Freud, <em>\u00c9tudes sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>, cit\u00e9 par J. Sedat). Toutefois, on sent bien dans la prudence de certains \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette processualit\u00e9 une ou plurielle qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un Rubicon dont le franchissement est lourd de cons\u00e9quences&nbsp;: \u00ab\u00a0la psychoth\u00e9rapie psychanalytique s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e en prenant appui sur la psychanalyse mais aussi en d\u00e9veloppant des aspects techniques diff\u00e9rents, et peut-\u00eatre m\u00eame processuels diff\u00e9rents, pour s\u2019adapter aux pathologies rencontr\u00e9es. La d\u00e9marche psychoth\u00e9rapeutique ne se fait alors pas par d\u00e9faut en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la cure-type mais par rapport \u00e0 des indications pr\u00e9cises et aussi par rapport \u00e0 des buts plus pr\u00e9cis.\u00a0\u00bb (S. Frisch). En embuscade derri\u00e8re la diversit\u00e9 processuelle, se cache la menace du statut de ma\u00eetre \u00e9talon de la cure-type.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains contributeurs franchissent all\u00e8grement le Rubicon&nbsp;: \u00ab\u00a0les diff\u00e9rences de <em>setting<\/em> font des diff\u00e9rences de processus, comment en serait-il autrement, mais est-il bien pertinent de proposer de faire de celles-ci des diff\u00e9rences identitaires&nbsp;?\u00a0\u00bb (R. Roussillon que citent en l\u2019acquies\u00e7ant M.R. Moro et B. Golse). <em>In fine<\/em>, la processualit\u00e9 est une cible \u00e9lective du clinicien chercheur a fortiori formateur&nbsp;: \u00ab\u00a0La recherche sur les processus nous semble \u00eatre la plus importante et la plus sp\u00e9cifique du champ des psychoth\u00e9rapies, dans la mesure o\u00f9 elle nous permet de comprendre, ce que l\u2019on fait ou doit faire, comment on le fait ou ce qui se passerait si on faisait autrement, et enfin pourquoi. C\u2019est donc une recherche sur la complexit\u00e9 \u00e0 laquelle on ne peut renoncer car elle est gage d\u2019efficacit\u00e9 et de transmission possible.\u00a0\u00bb (M.R. Moro et C. Lachal).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.5 \u2013 Psychanalyse sans vis\u00e9e curative (gu\u00e9rison \u00ab\u00a0de surcro\u00eet\u00a0\u00bb) versus psychoth\u00e9rapie avec but<\/h3>\n\n\n\n<p>Freud a souhait\u00e9 se d\u00e9gager avec la cure-type d\u2019une vis\u00e9e m\u00e9dicale \u00e9crit C. Hoffmann&nbsp;: \u00ab\u00a0il ne s\u2019est pas oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019insertion possible de la psychanalyse dans la m\u00e9decine \u00e0 condition qu\u2019elle y apparaisse comme une sp\u00e9cialit\u00e9 de la m\u00e9decine. Il craignait n\u00e9anmoins que la vis\u00e9e th\u00e9rapeutique de sa m\u00e9thode ne l\u2019emporte sur la recherche scientifique de la psychanalyse.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R. Gori enfonce le clou&nbsp;: \u00ab\u00a0La psychanalyse n\u2019a pas d\u2019autre finalit\u00e9 que sa mise en \u0153uvre et comme le rappelle Conrad Stein tout projet fait obstacle \u00e0 la m\u00e9thode de l\u2019analyse, et ce quel que soit le projet th\u00e9rapeutique ou didactique. \u00c0 partir de cette position \u00e9thique et \u00e9pist\u00e9mologique, c\u2019est seulement dans l\u2019apr\u00e8s-coup que l\u2019on pourra constater les effets d\u2019un travail analytique et en d\u00e9limiter la port\u00e9e\u00a0\u00bb. La prise en compte de cette pr\u00e9sence\/absence de repr\u00e9sentation-but de la cure-type, peut du coup devenir une ligne de partage exclusive avec la psychoth\u00e9rapie rendant caduque l\u2019expression m\u00eame de psychoth\u00e9rapie psychanalytique (R. Gori). Pour A. Braconnier et B. Hanin, certes \u00ab\u00a0la cure-type n\u2019est pas une psychoth\u00e9rapie. Sa finalit\u00e9 primordiale ne s\u2019inscrit pas dans une vis\u00e9e curative au sens des objectifs issus de la pratique strictement m\u00e9dicale\u00a0\u00bb mais, pour autant, comme on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 vu, ces deux auteurs voient du \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb dans le \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb et inversement.<br>R. Roussillon donne une justification th\u00e9rapeutique freudienne de cette absence de vis\u00e9e curative&nbsp;: \u00ab\u00a0Quand Freud \u00e9voque l\u2019importance pour le psychanalyste de ne pas rechercher d\u2019effets imm\u00e9diats \u00e0 ses interventions, quand donc la gu\u00e9rison est situ\u00e9e \u00ab\u00a0de surcro\u00eet\u00a0\u00bb, ce n\u2019est pas au nom d\u2019une posture qui exclurait le souci de gu\u00e9rir ou de soigner de son champ, c\u2019est au nom d\u2019une strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale qui vaut par son\u2026 efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique&nbsp;! (\u2026) Le \u00ab\u00a0de surcro\u00eet\u00a0\u00bb de Freud n\u2019est pas un rejet aux calendes grecques de la question de la gu\u00e9rison, c\u2019est l\u2019\u00e9nonc\u00e9 qui souligne que c\u2019est de l\u2019analyse et du travail de symbolisation qu\u2019elle rend possible, que celle-ci doit \u00eatre attendue, et non de n\u2019importe quelle \u00ab\u00a0voie courte\u00a0\u00bb. La question passe plut\u00f4t entre une \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb intervention, et celle-l\u00e0 r\u00e9sulte du travail psychanalytique, et une \u00ab\u00a0mauvaise\u00a0\u00bb intervention qui tente de court-circuiter le lent d\u00e9fil\u00e9 de l\u2019analyse et se borne \u00e0 un simple effet de suggestion.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.6 \u2013 Diff\u00e9rence entre analyste et non analyste<\/h3>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la \u00ab\u00a0s\u00e9duction, argumentation plus ou moins logique ou rationalisante, d\u00e9dramatisation, d\u00e9culpabilisation, \u00e9coute bienveillante ou coparticipation plus ou moins mesur\u00e9e ou intense, confrontation, manipulation et aussi\u2026 interpr\u00e9tation, toutes interventions visant essentiellement le moi, ind\u00e9pendamment du d\u00e9ploiement ou de l\u2019utilisation implicites d\u2019un transfert de degr\u00e9 ou de qualit\u00e9 variables\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La diff\u00e9rence -qui me para\u00eet essentielle- au sein de telles situations entre non analystes et analystes semble bien \u00eatre la capacit\u00e9 de ces derniers \u00e0 saisir les v\u00e9ritables ressorts de ces divers types d\u2019intervention et l\u2019opportunit\u00e9 ou non de les utiliser, sur un mode plus ou moins discret ou appuy\u00e9, et sans demeurer prisonnier de la th\u00e9orisation -plus ou moins id\u00e9ologiquequi sous-tend chacune des autres m\u00e9thodes.\u00a0\u00bb (R. Cahn).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, M. Aisenstein prend l\u2019exemple de l\u2019abstention \u00e0 interpr\u00e9ter du psychanalyste form\u00e9&nbsp;: pour s\u2019abstenir, \u00ab\u00a0il faut d\u2019abord savoir pourquoi on s\u2019abstient et de quoi en s\u2019abstient, c\u2019est-\u00e0-dire de quoi on diverge. Pour retenir une interpr\u00e9tation il faut qu\u2019elle se soit int\u00e9rieurement formul\u00e9e. Si le lecteur veut bien me suivre, il faut par cons\u00e9quent admettre que l\u2019on ne cesse pas d\u2019\u00eatre psychanalyste pour devenir psychoth\u00e9rapeute parce que l\u2019on garde par devers soi l\u2019intervention classique qui se serait en d\u2019autres circonstances impos\u00e9e.\u00a0\u00bb (M. Aisenstein).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 Demain&nbsp;: cr\u00e9ativit\u00e9 et r\u00e9sistances<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019issue de ce survol, je voudrais pointer certaines pi\u00e8ces du puzzle qui, dans une perspective \u00e9pist\u00e9mologique, me semblent \u00eatre essentielles pour comprendre les articulations potentiellement dynamiques et les probables points de blocage de ce d\u00e9bat. Le t\u00e9moignage de C. Anzieu sur l\u2019\u00e9tat des lieux aux USA est dans cette perspective bien utile car, en d\u00e9pit des profondes singularit\u00e9s historiques et culturelles des deux pays, la mondialisation nous invite <em>a minima<\/em> \u00e0 observer l\u2019\u00e9volution outre-Atlantique comme un champ des possibles en France. Que dit-elle&nbsp;? \u00ab\u00a0Les heures de gloire de la psychanalyse am\u00e9ricaine se situent dans les ann\u00e9es 1950-60, quand la volont\u00e9 de maintenir la puret\u00e9 analytique a d\u00e9valoris\u00e9 la pratique de la psychoth\u00e9rapie dans les soci\u00e9t\u00e9s analytiques am\u00e9ricaines. C\u2019est toujours le cas dans la formation, malgr\u00e9 la diminution spectaculaire des cas d\u2019analyse ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. La r\u00e8gle pour la formation analytique est stricte&nbsp;: trois cas supervis\u00e9s \u00e0 4 s\u00e9ances par semaine. La peur de diluer la psychanalyse a entra\u00een\u00e9 une politique rigide des instituts analytiques par rapport \u00e0 l\u2019analyse\u00a0\u00bb. Parall\u00e8lement, il faut mesurer combien \u00ab\u00a0Les universit\u00e9s m\u00e9dicales ou de sciences humaines ne donnent presque plus de formation \u00e0 une connaissance de la vie psychique\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, pour C. Anzieu, \u00ab\u00a0le probl\u00e8me le plus difficile pour les psychanalystes est la supr\u00e9matie de la pens\u00e9e behavioriste. Les traitements comportementaux sont les seuls reconnus par les compagnies d\u2019assurance, et ce sont les recherches sur l\u2019efficacit\u00e9 de ce type de traitement qui fixent les crit\u00e8res de th\u00e9rapies. Les travaux statistiques d\u00e9terminent la confiance dans les th\u00e9rapies et les psychanalystes ont pris du retard pour d\u00e9montrer leur efficacit\u00e9. La psychanalyse n\u2019a pas tr\u00e8s bonne presse en Am\u00e9rique et la pratique de la psychoth\u00e9rapie est devenue le processus n\u00e9cessaire aussi bien pour former les cliniciens que pour faire d\u00e9couvrir le travail analytique \u00e0 un patient.\u00a0\u00bb<br>Un \u00e9tat des lieux exhaustif de la diversit\u00e9 de la psychanalyse am\u00e9ricaine m\u00e9riterait de plus amples d\u00e9veloppements et discussions. Toutefois, il semble d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 possible \u00e0 partir de ce tableau de pressentir qu\u2019une volont\u00e9 de fixer une fronti\u00e8re nette entre l\u2019or de la cure-type et le cuivre de la psychoth\u00e9rapie aboutit \u00e0 une rar\u00e9faction de la psychanalyse comme pratique de soin, de formation et \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une ligne de clivage entre psychanalystes et psychoth\u00e9rapeutes<sup>4<\/sup>. La r\u00e9cente ouverture de l\u2019<em>Association Am\u00e9ricaine de Psychanalyse<\/em> en direction des psychoth\u00e9rapeutes tente secondairement de contrecarrer cette partition tout en int\u00e9grant peu ou prou cette ligne de clivage. Sans sombrer dans une analogie r\u00e9ductrice entre le pr\u00e9sent des USA et l\u2019avenir de l\u2019hexagone ni renier l\u2019essence de la psychanalyse, ne pourrions-nous pas en France tenter de faire l\u2019\u00e9conomie de cette fracture et de ces am\u00e9nagements sous la contrainte\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.1 \u2013 Rigueur de la cure-type et licence des psychoth\u00e9rapies&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour aller vigoureusement dans cette direction, la premi\u00e8re conqu\u00eate qui s\u2019impose dans notre communaut\u00e9 de psychanalystes form\u00e9s et en formation, c\u2019est la r\u00e9vision de nos repr\u00e9sentations du champ de la psychoth\u00e9rapie. La citation suivante de R. Roussillon exprime le postulat n\u00e9cessaire \u00e0 toute avanc\u00e9e en ce sens&nbsp;: \u00ab\u00a0J\u2019ai souvent remarqu\u00e9 lors des discussions informelles avec des coll\u00e8gues psychanalystes que l\u2019appellation de \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb semblait autoriser une perte de rigueur et des attitudes techniques approximatives, comme si les imp\u00e9ratifs de la pratique psychanalytique semblaient pouvoir se rel\u00e2cher d\u00e8s que l\u2019on quitte la stricte d\u00e9finition de la cure-type et que l\u2019appellation de \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb autorisait toutes les variantes et tous les am\u00e9nagements&nbsp;! Je comprends bien d\u00e8s lors que ces m\u00eames coll\u00e8gues tiennent \u00e0 opposer la psychanalyse et la psychoth\u00e9rapie, mais on me permettra de douter du bien fond\u00e9 d\u2019une telle licence\u00a0\u00bb (R. Roussillon). De fait, la d\u00e9valorisation des psychoth\u00e9rapies par les psychanalystes comporte le risque de les \u00e9loigner de la recherche clinique rigoureuse sur les variations processuelles en pr\u00e9sence. <em>A contrario<\/em>, si cette valorisante attention est commune \u00e0 la cure-type et aux autres cadres am\u00e9nag\u00e9s par le psychanalyste, le d\u00e9bat peut s\u2019engager car, finalement, comme le formule justement M.R. Moro, \u00ab\u00a0ces modifications des param\u00e8tres en milieu naturel (individuel, groupe, temps, nature des interventions\u2026) sont le v\u00e9ritable laboratoire de la psychanalyse\u00a0\u00bb. Une fois acquis ce respect \u00e0 l\u2019\u00e9gard du psychoth\u00e9rapique analytique, les questions indissociables de la formation et de la recherche peuvent \u00eatre envisag\u00e9es comme des antidotes au clivage. En effet, dans cette perspective d\u2019une compl\u00e9mentarit\u00e9 respectueuse entre la cure-type et les autres cadres psychanalytiques am\u00e9nag\u00e9s, la ligne de d\u00e9marcation ne se situe plus entre cure-type et psychoth\u00e9rapie psychanalytique mais entre psychoth\u00e9rapies (au sens g\u00e9n\u00e9rique du terme incluant cure-type et psychoth\u00e9rapies) faites par un psychanalyste form\u00e9 et psychoth\u00e9rapies effectu\u00e9es soit par un non analyste (d\u00e9butant ou exp\u00e9riment\u00e9) soit par un analysant souhaitant devenir analyste ou encore un analyste en formation. Cette fronti\u00e8re met l\u2019accent, d\u2019une part, sur l\u2019usage ou non d\u2019outils sp\u00e9cifiques psychanalytiques (l\u2019\u00e9laboration transf\u00e9ro\/contre-transf\u00e9rentielle en particulier) et, si oui, sur la maturation des comp\u00e9tences du clinicien pour les utiliser. Sur la base de cette cat\u00e9gorisation, il est alors tentant de reformuler la r\u00e9partition avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 analystes, analystes en formation, analysants et, de l\u2019autre, les professionnels sans exp\u00e9rience psychanalytique. Pourtant, je crois justement essentiel de r\u00e9sister \u00e0 ce regroupement mena\u00e7ant encore une fois de cliver le paysage en psychanalystes et non psychanalystes et surtout, ne correspondant nullement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Les analysants et les \u00ab\u00a0sans exp\u00e9rience psychanalytique\u00a0\u00bb sont tr\u00e8s majoritairement des \u00e9tudiants en psychiatrie et en psychologie ou de jeunes praticiens en ces deux domaines. Si leur pratique des psychoth\u00e9rapies est d\u00e9valoris\u00e9e par les d\u00e9fenseurs de l\u2019or psychanalytique, les analysants et, <em>a fortiori<\/em>, les \u00ab\u00a0sans exp\u00e9rience psychanalytique\u00a0\u00bb risqueront d\u2019as sombrir leur vision de la psychanalyse per\u00e7ue comme un \u00eelot \u00e0 mille lieux des enjeux cliniques de leur immersion institutionnelle quotidienne. Pour s\u2019opposer \u00e0 cette d\u00e9pr\u00e9ciation de la psychanalyse <em>via<\/em> ce m\u00e9canisme d\u2019isolation de l\u2019activit\u00e9 psychoth\u00e9rapique, je crois que les Universit\u00e9s ont un r\u00f4le tr\u00e8s prometteur \u00e0 jouer. Malheureusement, en France, \u00ab\u00a0Contrairement \u00e0 d\u2019autres pays europ\u00e9ens, l\u2019Universit\u00e9 est trop peu engag\u00e9e dans cette formation aux c\u00f4t\u00e9s des instituts de formation alors que cela pourrait d\u00e9velopper une articulation plus grande entre formation et recherche et, entre la psychanalyse et les autres disciplines pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, la m\u00e9decine, toutes les sciences humaines comme la psychologie, la linguistique ou l\u2019anthropologie mais aussi la litt\u00e9rature ou l\u2019histoire. L\u2019universit\u00e9 pourrait \u00eatre un lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 la psychanalyse serait affect\u00e9e par les donn\u00e9es des autres et o\u00f9 elle pourrait, en retour, affecter en tant que m\u00e9thode d\u2019investigation certaines recherches en s\u00e9miologie linguistique, en anthropologie des processus intimes ou en litt\u00e9rature\u00a0\u00bb (M.R. Moro, C. Lachal).<\/p>\n\n\n\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les analystes en formation, pour la plupart psychiatres et psychologues nettement engag\u00e9s dans la pratique psychoth\u00e9rapique institutionnelle et\/ou lib\u00e9rale, peuvent aussi \u00eatre menac\u00e9s d\u2019une forme de clivage entre leurs activit\u00e9s de cure-type didactiques et les psychoth\u00e9rapies si dans leur supervision le cuivre de la psychoth\u00e9rapie est \u00e0 \u00ab\u00a0abandonner\u00a0\u00bb au profit exclusif de l\u2019or. \u00c0 l\u2019inverse, une technique didactique en supervision de cure-type favorisant la compr\u00e9hension diff\u00e9rentielle des dosages \u00ab\u00a0sur mesure\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9l\u00e9ments relevant du psychoth\u00e9rapique et du psychanalytique sera certainement plus efficiente qu\u2019une \u00e9radication du psychoth\u00e9rapique. En d\u2019autres termes, c\u2019est la compr\u00e9hension de la suspension ou non du psychanalytique (\u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation virtuelle\u00a0\u00bb de M. Aisenstein par exemple) qui offrira le spectre didactique le plus large. L\u2019exp\u00e9rience cumul\u00e9e d\u2019une supervision divan\/fauteuil et d\u2019une supervision d\u2019un autre cadre am\u00e9nag\u00e9 (en face \u00e0 face ou autres) ne peut qu\u2019\u00eatre b\u00e9n\u00e9fique dans cet esprit. D\u2019ailleurs, c\u2019est probablement dans le cadre de la formation et de la recherche que la proposition d\u2019une dialectique complexe du psychanalytique et du psychoth\u00e9rapique m\u00eame et surtout dans la cure-type s\u2019impose comme beaucoup plus heuristique que celle qui consiste \u00e0 cliver artificiellement ces deux modalit\u00e9s. Mais un malentendu risque d\u2019obscurcir le d\u00e9bat \u00e0 ce sujet. Ceux qui a l\u2019instar de J. Laplanche pointent ces deux entit\u00e9s comme co-pr\u00e9sentes se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 une ph\u00e9nom\u00e9nologie descriptive de la rencontre au sein de la cure-type. Ceux qui comme M. Aisenstein d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e que le psychanalyste maintient une m\u00eame doctrine et une m\u00eame vis\u00e9e en d\u00e9pit des variations ne sont pas contre l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9laborer la connaissance de ces variations&nbsp;: \u00ab\u00a0Seule l\u2019\u00e9tude constante des limites du champ de la psychanalyse peut nous permettre d\u2019exister.\u00a0\u00bb (M. Aisenstein). Plus qu\u2019une opposition, il y a ici la revendication commune d\u2019une identit\u00e9 vivante de psychanalyste dont la plasticit\u00e9 en signe la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Alors, au fond, ne pourrait-on pas simultan\u00e9ment se faire l\u2019avocat de cette plaidoirie en faveur de la plasticit\u00e9 de l\u2019essence de la psychanalyse et accepter l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a une promesse heuristique capitale dans la recherche sur la dialectique entre les ingr\u00e9dients sp\u00e9cifiquement psychanalytiques et psychoth\u00e9rapeutiques de n\u2019importe quelles relations psychanalytiques de la cure-type ou d\u2019un cadre am\u00e9nag\u00e9&nbsp;?<\/em> Si le clinicien promoteur de telles recherches sur les covariations du cadre et des processus en pr\u00e9sence croit na\u00efvement (comme le d\u00e9nonce B. Brusset) que la continuit\u00e9 des variables \u00e9quivaut \u00e0 un <em>continuum<\/em> grossier entre conscient et inconscient, c\u2019est son probl\u00e8me. Mais ce serait une m\u00e9prise ou un coup bas obscurantiste que d\u2019accuser toute tentative d\u2019\u00e9tude de ces variations<sup>5<\/sup> comme un d\u00e9ni de la doctrine psychanalytique.<br>\u00c0 un niveau th\u00e9orique, plusieurs pistes s\u2019imposent actuellement comme heuristiques pour ces recherches&nbsp;: \u00ab\u00a0Nous avons, je pense, pris du recul par rapport \u00e0 cette vue \u00ab\u00a0physicaliste\u00a0\u00bb, gr\u00e2ce \u00e0 des notions comme celles de narrativit\u00e9, historisation voire subjectivation qui donnent \u00e0 la \u00ab\u00a0perlaboration\u00a0\u00bb freudienne un contenu bien plus riche, comme \u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9ment le temps \u00ab\u00a0psychoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb (J. Laplanche). La recherche clinique reposant sur ces \u00e9l\u00e9ments m\u00e9rite de ne pas \u00eatre <em>a priori<\/em> condamn\u00e9e comme un sympt\u00f4me m\u00eame si parfois \u00ab\u00a0Les psychanalystes qui ont une pratique r\u00e9duite de la psychanalyse tendent \u00e0 privil\u00e9gier la dimension psychoth\u00e9rapique et \u00e0 r\u00e9duire la m\u00e9tapsychologie \u00e0 une simple th\u00e9orie de la pratique psychoth\u00e9rapique&nbsp;: d\u2019o\u00f9 les d\u00e9rives dogmatique, herm\u00e9neutique, narrative ou inter-subjectiviste\u00a0\u00bb (B. Brusset). Les fili\u00e8res \u00e9pist\u00e9mologiques de la narrativit\u00e9 et de la subjectivation devraient pouvoir \u00eatre explor\u00e9es sans que leurs pionniers soient n\u00e9cessairement consid\u00e9r\u00e9s comme suspects par les gardiens de l\u2019orthodoxie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.2 \u2013 \u00c0 l\u2019abri du saturnisme, les vertus et les limites de l\u2019or rouge<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans sa traduction fran\u00e7aise de la conf\u00e9rence de Freud de 1918 au V<sup>\u00e8me<\/sup> Congr\u00e8s de Budapest, A. Berman<sup>6<\/sup> commet une erreur&nbsp;: elle traduit <em>mit dem kupfer der direkten suggestion<\/em> par \u00ab\u00a0du plomb de la suggestion directe\u00a0\u00bb. Le m\u00e9taphorique cuivre freudien est devenu du plomb. Or, dans la langue fran\u00e7aise, le plomb et le cuivre ne sont d\u00e9cid\u00e9ment pas log\u00e9s \u00e0 la m\u00eame enseigne&nbsp;! Le plomb symbolise la lourdeur. Les tentatives des alchimistes pour le transformer en or avec la pierre philosophale, son usage pour r\u00e9aliser les caract\u00e8res d\u2019imprimerie et sa vertu protectrice contre les rayons X ne suffisent pas pour inverser cette tendance d\u2019un vil plomb pollueur autrefois avec les munitions et aujourd\u2019hui avec les batteries \u00e9lectriques. De fait, c\u2019est bien sa toxicit\u00e9 qui marque probablement le plus les esprits depuis la fin du XIX<sup>\u00e8<\/sup> si\u00e8cle o\u00f9 la reconnaissance et la pr\u00e9vention du redoutable saturnisme<sup>7<\/sup> ont vu le jour parall\u00e8lement \u00e0 la d\u00e9couverte et \u00e0 l\u2019extension de la psychanalyse. Cette maladie n\u2019a certainement pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Freud.<\/p>\n\n\n\n<p><em>A contrario<\/em>, le cuivre v\u00e9hicule une toute autre atmosph\u00e8re&nbsp;: ce m\u00e9tal pur est un des rares qui existe \u00e0 l\u2019\u00e9tat natif ce qui explique probablement qu\u2019il fut le premier utilis\u00e9 par les hommes. Symboliquement, c\u2019est un m\u00e9tal associ\u00e9 \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9, la jeunesse, l\u2019amour\u2026 et au narcissisme<sup>8<\/sup> car les premiers miroirs des anciens \u00e9taient faits de cuivre&nbsp;! \u00c0 la g\u00e9n\u00e9ration de Freud, le cuivre est aussi vraisemblablement indissociable de l\u2019oralit\u00e9 des pr\u00e9cieux ustensiles de cuisine et du magn\u00e9tisme scopique des objets d\u00e9coratifs soigneusement entretenus par les ma\u00eetresses de maison. En m\u00e9tallurgie, ce sont ses qualit\u00e9s de composant de nombreux alliages<sup>9<\/sup> qui pr\u00e9valent. Mais c\u2019est en joaillerie, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 l\u2019or pour en augmenter sa rigidit\u00e9, qu\u2019il tire son principal titre de noblesse&nbsp;: l\u2019or rouge est compos\u00e9 de 45&nbsp;% d\u2019or et de 55&nbsp;% de cuivre. Bref, tout se passe au fond comme si l\u2019erreur de traduction de A. Berman refl\u00e9tait fid\u00e8lement les r\u00e9sistances de bon nombre de psychanalystes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cet alliage de la psychoth\u00e9rapie qui oblige \u00e0 m\u00ealer l\u2019or pur de l\u2019analyse au vil plomb de la suggestion. En suivant ce fil, rectifier la traduction et substituer le cuivre au plomb, c\u2019est s\u2019ouvrir aux possibles qualit\u00e9s intrins\u00e8ques de l\u2019or rouge et, m\u00e9taphoriquement, \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00e9tude de l\u2019usage de la suggestion, des variations des pratiques, des processus et de leurs th\u00e9orisations dans l\u2019alliage des cadres am\u00e9nag\u00e9s. <em>In fine<\/em>, j\u2019esp\u00e8re que ce travail favorisera l\u2019\u00e9mergence de recherches cliniques \u00e9valuatives pertinentes et de formations adapt\u00e9es \u00e0 la dialectique complexe entre le psychanalytique (l\u2019or pur) et le psychoth\u00e9rapique (l\u2019or rouge) dans le travail quotidien du psychanalyste. Parions avec confiance que l\u2019or pur et le cuivre pourront \u00e0 l\u2019avenir faire meilleur m\u00e9nage que l\u2019or pur et le plomb autrefois&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Frisch S., (2002), Psychoth\u00e9rapie In Mijolla de A., ( dir.), <em>Dictionnaire International de Psychanalyse<\/em>, Paris, Hachette Litt\u00e9rature, 2005.<\/li><li>Croire ou non que la d\u00e9fense d\u2019un tel continuum est in\u00e9vitablement synonyme de confusion des cat\u00e9gories conceptuelles psychanalytiques repr\u00e9sente une ligne de d\u00e9marcation importante.<\/li><li>Il faut souligner combien cette notion de processus psychique est en fait tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, selon les analystes contemporains (A. Braconnier, communication personnelle).<\/li><li>Il est aussi important d\u2019envisager d\u2019autres crit\u00e8res comme l\u2019inefficacit\u00e9 des traitements cure-type sur de nombreuses pathologies, le rapport co\u00fbt\/b\u00e9n\u00e9fice pour comprendre la forte d\u00e9sillusion par rapport \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme des ann\u00e9es 50-60 (A. Braconnier, Communication personnelle).<\/li><li>par exemple pour l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: se formuler \u00e0 soi m\u00eame silencieusement une interpr\u00e9tation, verbaliser un \u00ab\u00a0ballon sonde\u00a0\u00bb interpr\u00e9tatif, formuler explicitement une interpr\u00e9tation\u2026<\/li><li>Freud S., (1904-1919), Les voies nouvelles de la th\u00e9rapie psychanalytique In <em>La technique psychanalytique<\/em>, Paris, PUF, 1953, p.141.<\/li><li>Le saturnisme est induit par l\u2019ingestion de plomb sous forme de particule fines (\u00e9cailles de peinture au plomb) ou par intoxication via une eau contamin\u00e9e par d\u2019anciennes tuyauteries en plomb (notamment dans les r\u00e9gions o\u00f9 l\u2019eau est naturellement acide). L\u2019inhalation est localement un facteur important de contamination \u00e0 proximit\u00e9 des usines et de sites pollu\u00e9s par le plomb.<\/li><li>Wikipedia &lt;<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cuivre\">http:\/\/ fr. wikipedia. org\/ wiki\/ Cuivre<\/a>><\/li><li>Laiton (alli\u00e9 au zinc), bronze (alli\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tain), cuproaluminium (alli\u00e9 \u00e0 l\u2019aluminium), cupronickel (alli\u00e9 au nickel), maillechort (alli\u00e9 au nickel et au zinc).<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10728?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D. 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