{"id":10727,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/halte-du-souvenir-fragments-et-lambeaux-de-memoire-se-souvenir-fait-mal-oublier-cest-se-perdre-2\/"},"modified":"2021-09-16T00:27:26","modified_gmt":"2021-09-15T22:27:26","slug":"halte-du-souvenir-fragments-et-lambeaux-de-memoire-se-souvenir-fait-mal-oublier-cest-se-perdre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/halte-du-souvenir-fragments-et-lambeaux-de-memoire-se-souvenir-fait-mal-oublier-cest-se-perdre\/","title":{"rendered":"Halte du souvenir, fragments et lambeaux de m\u00e9moire : se souvenir fait mal, oublier, c\u2019est se perdre"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Souffrir, c\u2019est donner \u00e0 quelque chose une attention supr\u00eame (\u2026) la douleur recherchait l\u2019appareil qui eut chang\u00e9 la douleur en connaissance<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Mourez en pens\u00e9e chaque matin, et vous ne craindrez plus de mourir<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>O\u00f9 sont nos bornes, certes\u2026 mais o\u00f9 sont nos racines, notre but&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Everything passed except the past<\/em>&nbsp;\u00bb.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction&nbsp;: M\u00e9thodes et enjeux<\/h2>\n\n\n\n<p>Je me propose de d\u00e9velopper deux ou trois r\u00e9flexions sur l\u2019actualit\u00e9 du traumatisme psychique, centr\u00e9es autour du dilemme (entre Charybde et Scylla) \u00e9nonc\u00e9 dans le titre de cette intervention&nbsp;: Se souvenir ou oublier&nbsp;; r\u00e9activer ou d\u00e9nier&nbsp;; faire parler les silences ou rester \u00e0 leur merci&nbsp;; favoriser ou non la lev\u00e9e du refoulement nich\u00e9 derri\u00e8re des \u00ab&nbsp;\u00e9crans&nbsp;\u00bb protecteurs&nbsp;; traverser la douleur de la m\u00e9moire traumatique pour parvenir \u00e0 la m\u00e9taboliser et \u00e9laborer une d\u00e9fense plus solide contre ses r\u00e9surgences, voire s\u2019appuyer sur elle pour la transcender, ou renoncer et trouver refuge derri\u00e8re des remparts phobo-obsessionnels, ou des gels alexithymiques et des anesth\u00e9sies affectives par mises sous vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire confiance ou non \u00e0 l\u2019apport potentiel de fragments de m\u00e9moire \u00e0 rassembler comme autant de cognitions structur\u00e9es en \u00eelots, et aux lambeaux de m\u00e9moire rest\u00e9s intacts dans leur ancrage corporel sensoriel et dans l\u2019inconscient\u2026 ou dit autrement, accorder du cr\u00e9dit \u00e0 la plasticit\u00e9 synaptique, soit aux progressions des traces dans le r\u00e9seau neuronal que l\u2019exp\u00e9rience traumatique a g\u00e9n\u00e9r\u00e9es. Traces ou restes\u2026 ou \u00ab&nbsp;halte du souvenir&nbsp;\u00bb (Freud) \u00e0 l\u2019origine d\u2019une possible cr\u00e9ation (par le jeu des associations sensorielles et psychiques) d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 interne du trauma pour le sujet. Celle qui s\u2019exprime dans les faits de conscience mais aussi celle tapie dans l\u2019inconscient, cette derni\u00e8re, \u00ab&nbsp;folle du logis&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;b\u00eate dans la jungle&nbsp;\u00bb dont il ne faudrait pas n\u00e9gliger l\u2019impact sur le comportement du sujet&nbsp;: la conscience peut toujours refouler ou d\u00e9nier, l\u2019inconscient (comme le corps o\u00f9 il si\u00e8ge) lui n\u2019oublie jamais. Sans \u00e9luder bien \u00e9videmment le remaniement constant de ces traces et de ces restes de par la multiplicit\u00e9 des exp\u00e9riences post-traumatiques, quand celles-ci font \u00e9v\u00e9nement, et contrebalancent par leur force (densit\u00e9 pulsionnelle positive) les effets t\u00e9r\u00e9brants de l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique. Objectif et ambition louables\u2026 mais qu\u2019en est-il de la possibilit\u00e9 pour tous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il sera ici question de la gestion de masse <em>\u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine<\/em> du trauma&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Apologie de la marche en avant <em>(move forward)<\/em>, en d\u00e9cr\u00e9tant la fin de l\u2019histoire <em>(End of the story)<\/em> oublier son histoire individuelle plut\u00f4t que d\u2019en entretenir la douleur<sup>4<\/sup> (exit le pass\u00e9) avancer (th\u00e9rapies cognitivo-comportementales) <em>step by step<\/em> sur le mode injonction-soumission en ob\u00e9issant \u00e0 une discipline qui r\u00e9ordonne le sujet\u2026 (ce qui est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable)&nbsp;; \u00ab&nbsp;<em>m\u00e9thode Cou\u00e9 na\u00efve ou cynique, EMDR, hypnose, b\u00eatabloquants, m\u00e9ditation<\/em> en pleine conscience&nbsp;; autant de \u201ctranquillisants\u201d anesth\u00e9siant efficaces\u2026 y compris dans l\u2019effacement, privant (si utilis\u00e9s seuls et sans approfondissement) le sujet d\u2019explorer la capacit\u00e9 de ses ressources internes de lutter contre le trauma&nbsp;; se d\u00e9clarer victime&nbsp;; \u00eatre oblig\u00e9 de surench\u00e9rir plut\u00f4t que de rebondir et donc complaisance \u00e0 devenir un \u00eatre \u00ab&nbsp;maladivement exceptionnel&nbsp;\u00bb, survivant dans un \u00ab&nbsp;si beau malheur&nbsp;\u00bb \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement majeur jusqu\u2019\u00e0 devenir d\u00e9pendant de l\u2019orgueilleuse douleur et que toute la vie relationnelle ne tourne plus qu\u2019autour d\u2019elle. Avec encore en arri\u00e8re-fond la question de rester dans la plainte, c\u2019est-\u00e0-dire dans l\u2019attente d\u2019une r\u00e9ponse de l\u2019objet et du <em>socius<\/em>&nbsp;; plainte qui induit la r\u00e9p\u00e9tition\u2026 r\u00e9p\u00e9tition qui s\u2019installe en tant qu\u2019elle est la \u00ab&nbsp;pr\u00e9occupation de l\u2019absence&nbsp;\u00bb (Pierre Fedida)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>volontarisme et pens\u00e9es positives des survivors et des reborn<\/em>&nbsp;\u00bb, avec pour corr\u00e9lat oblig\u00e9 la victimisation avec revendication et proc\u00e8s\u2026 soit \u00ab&nbsp;<em>l\u2019excr\u00e9tion d\u2019un corps \u00e9tranger jet\u00e9 comme un projectile \u00e0 la face du corps social ou apport\u00e9 avec son cort\u00e8ge de preuves devant un tribunal<\/em><sup>5<\/sup>&nbsp;\u00bb. Et avec pour risque psychique majeur de ces traitements op\u00e9ratoires techniques, de verser dans un complexe traumatique&nbsp;: \u00e9viter \u00e0 tout prix la douleur en traitant au risque de maltraiter (\u00e9pid\u00e9mie de morts sous opiac\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p>Et en parall\u00e8le plus qu\u2019\u00e0 l\u2019oppos\u00e9 il sera aussi question de ce qui reste de la psychanalyse <em>\u00e0 l\u2019europ\u00e9enne<\/em> dans sa capacit\u00e9 \u00e0 observer (sans ing\u00e9rence trop press\u00e9e \u00e0 rem\u00e9dier ou \u00e0 r\u00e9tablir) la vie psychique dans son \u00e9coulement&nbsp;: travail de la m\u00e9moire dans le transfert, r\u00e9miniscence-revivisence et diff\u00e9renciation&nbsp;; effet d\u2019apr\u00e8s-coup quand survient cette intuition absurde, ce sentiment \u00e9trange (heureusement plus ou moins fugace) mais terriblement r\u00e9el que le sujet est responsable-coupable de ce qui est arriv\u00e9\u2026 que la cause de ce trauma date d\u2019avant\u2026 \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait \u00e9crit&nbsp;\u00bb dans une fascinante reconstruction, m\u00e9tabolisation, \u00e9laboration. Avec pour risque majeur d\u2019auto-renforcement et auto-engendrement de d\u00e9fenses symptomatiques et de passages \u00e0 l\u2019acte. La psychanalyse n\u2019a pas tenu ses promesses de \u00ab&nbsp;gu\u00e9rison&nbsp;\u00bb\u2026 sauf peut-\u00eatre (ses meilleurs r\u00e9sultats) quand elle avait \u00e0 faire face aux traumas en plein. Son ambition\u2026 (mesur\u00e9e\u2026 lorsque cela est \u00e9conomiquement possible) \u00e9tait de lever les d\u00e9nis et les refoulements\u2026 et de faire parler les silences du sujet, de dessiller le sujet pour qu\u2019il puisse voir et regarder en pleine conscience ce sur quoi d\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent fermer les yeux, et d\u00e8s lors de tenter de traverser la douleur, puis de se retourner, la retrouver et l\u2019affronter. Plut\u00f4t que de l\u2019hypnotiser et la b\u00e9ta-bloquer donc.<\/p>\n\n\n\n<p>Et avec \u00e9videmment l\u2019\u00e9vitement d\u2019une conclusion p\u00e9remptoire binaire quant au choix syst\u00e9matique ou syst\u00e9matis\u00e9 (par de hautes recommandations) d\u2019une approche plut\u00f4t que d\u2019une autre, tant les indications sont multiples et vari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de fait toute la question des capacit\u00e9s ant\u00e9rieures et de celles restantes du sujet traumatis\u00e9 de faire face \u00e0 la douleur qui revient (reviviscences) par flashs traumatiques (trauma en plein), ou installe d\u00e9pressivit\u00e9 et \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9lire de chagrin<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: se souvenir que rien ne s\u2019est pass\u00e9 ou d\u2019un oubli, nostalgie des choses que l\u2019on n\u2019a pas connu, qui n\u2019ont pas eu lieu d\u2019\u00eatre, \u00e9prouv\u00e9 d\u2019impuissance, de frustration et d\u2019abandon, menace de retour du rien, du vide (pas de retour d\u2019exp\u00e9rience satisfaisante pass\u00e9e, soutenante) avec du fait de l\u2019internalisation de la honte et de la m\u00e9lancolie d\u2019une autorit\u00e9 d\u00e9chue, moments d\u00e9pressifs, rages d\u00e9pressives, coup de vague entre position d\u00e9pressive et position schizo-parano\u00efde avec sensitivit\u00e9 extr\u00eame au bord des limbes.<\/p>\n\n\n\n<p>A opposer \u00e0 la gestion plus calme et \u00ab&nbsp;adapt\u00e9e&nbsp;\u00bb d\u2019une existence cliv\u00e9e, en <em>faux-self<\/em> tangentiellement au r\u00e9el. La crainte demeurant que le sujet toujours craintif mais cadr\u00e9 risque d\u2019\u00eatre sous la menace de l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s de la discontinuit\u00e9 (du \u00ab&nbsp;sans solution de continuit\u00e9&nbsp;\u00bb)&nbsp;: <em>on<\/em> n\u2019a pas combl\u00e9 le trou et le vide par une \u00e9toffe de pens\u00e9e et l\u2019<em>on<\/em> s\u2019\u00e9loigne ainsi de son corps et de son identit\u00e9, <em>on<\/em> est d\u00e9connect\u00e9 de son soi profond corporel et affectif (celui qui va \u00eatre \u00ab&nbsp;d\u00e9sensibilis\u00e9&nbsp;\u00bb par les b\u00e9tabloquants) et l\u2019<em>on<\/em> demeure d\u00e9tach\u00e9 des autres &#8211; perte du sentiment d\u2019appartenance. On est On (impersonnel)\u2026 faute de n\u2019avoir pas (je) fait le travail psychique n\u00e9cessaire et de s\u2019en \u00eatre remis passivement au\u2026 rem\u00e9diateur, traiteur,\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au risque majeur de changer de souffrance, de m\u00e9moire, de peau, de vie dans une collusion plus ou moins consciente, entre la victime et le m\u00e9decin, tous deux consentants \u00e0 jouer leur partition&nbsp;: celui qui ne veut plus avoir mal, et celui qui efface la douleur (EMDR, hypnose, m\u00e9dicaments). Gestion m\u00e9canique <em>anti<\/em> plus que <em>contre<\/em>transf\u00e9rentielle. Effacer un tel \u00e9v\u00e9nement de son histoire jusqu\u2019\u00e0 faire qu\u2019il n\u2019ait jamais eu lieu est un fantasme<sup>6<\/sup> et\u2026 attention au retour du r\u00e9foul\u00e9-d\u00e9ni-forclos.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ne pas mourir \u00e0 soi\u2026 en d\u00e9niant ou en se rappelant trop (\u00e0) la douleur&nbsp;? Comment, sans rester fix\u00e9 sur elle, en relater tous les d\u00e9tails, multiplier les angles de vue pour tenter de ne rien perdre\u2026 esp\u00e9rer la retenir et l\u2019exprimer par la parole, l\u2019\u00e9criture\u2026 et la livrer \u00e0 l\u2019autre\u2026 l\u2019\u00e9coutant. En travaillant \u00e0 convertir le per\u00e7u et le ressenti en \u00e9prouv\u00e9 interne subjectif\u2026 puis transposer ce qu\u2019on a senti dans ce qu\u2019on veut faire sentir \u00e0 l\u2019autre&nbsp;! Mais est-ce si facile&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame Nietzsche parfois reculait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans la douleur, il y a autant de sagesse que dans le plaisir&nbsp;: tous deux sont au premier chef des forces conservatrices de l\u2019esp\u00e8ce (\u2026) que la douleur fasse mal, ce n\u2019est pas un argument contre elle, c\u2019est au contraire son essence (\u2026) Il faut aussi que nous sachions vivre avec une \u00e9nergie r\u00e9duite&nbsp;: aussit\u00f4t que la douleur donne son signal de suret\u00e9, il faut r\u00e9duire la voile&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il croire avec Marcel Proust qu\u2019\u00ab&nbsp;<em>Il y a plus de psychologie dans la douleur que dans la psychologie&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/em> et avec Paul Valery qu\u2019il est possible de <em>\u00ab&nbsp;transformer la douleur en appareil de connaissance<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Au risque de la d\u00e9pression\u2026 de sa douleur et de ses bienfaits (\u00ab&nbsp;<em>Pleurer m\u2019a sauv\u00e9 du suicide<\/em>&nbsp;\u00bb)<sup>8<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Position philosophique plus que scientifique pourra-t-on objecter \u00e0 raison. Mais position engag\u00e9e (politique) tant l\u2019\u00e9volution historique et sociale de la gestion r\u00e9gularisation expression des \u00e9motions (au-del\u00e0 de leur dimension biologique) conna\u00eet des changements brutaux ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Qu\u2019est-ce qui fait trauma&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est moins l\u2019\u00e9v\u00e9nement r\u00e9el ext\u00e9rieur malgr\u00e9 son intensit\u00e9 et sa brutalit\u00e9, que ce qu\u2019il ouvre, d\u00e9clenche, r\u00e9v\u00e8le, instaure et r\u00e9ordonne ou r\u00e9p\u00e8te et d\u00e9sorganise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1-<\/strong> Le fait que le sujet surpris par la brutalit\u00e9, massivit\u00e9, impr\u00e9visibilit\u00e9, du trauma, et que son inconscient lui soit d\u00e9voil\u00e9 par cette surprise (son <em>\u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb est un autre<\/em>, ce <em>je<\/em> constitu\u00e9 de tout ce qu\u2019il avait refoul\u00e9-d\u00e9ni\u00e9-forclos, lui soit brutalement d\u00e9-livr\u00e9)<sup>9<\/sup>. Il lui est moins rendu, qu\u2019il n\u2019oblige le sujet \u00e0 s\u2019en retourner \u00e0 ces anciennes angoisses. Il a certes, <em>ici et maintenant<\/em>, rencontr\u00e9 le dur, le r\u00e9el, le mur, le n\u00e9ant, la mort, mais il voit aussi remonter en lui et dans un <em>apr\u00e8s-coup<\/em>\u2026 l\u2019archa\u00efque<sup>10<\/sup>. Il subit le retour d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9v\u00e9nements traumatiques plus ou moins importants (nature et degr\u00e9 des failles et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s narcissiques ant\u00e9rieures) et il doit<sup>11<\/sup> pour y faire face &#8211; tant il lui appara\u00eet qu\u2019elles n\u2019ont pas suffi la premi\u00e8re fois, lors de la premi\u00e8re chute, du premier effondrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, au plus bas de la chute, il retrouve un \u00e9tat de d\u00e9tresse ant\u00e9rieur avec l\u2019\u00e9prouv\u00e9 d\u2019une terreur agonique sans nom&nbsp;: l\u2019<em>hiflosigkeit<\/em>, le d\u00e9saide et le d\u00e9semparement, \u00ab&nbsp;une d\u00e9faite sans avenir&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;d\u2019un avenir qui a d\u00e9j\u00e0 eu lieu&nbsp;\u00bb. Ce qui est \u00e9valu\u00e9 alors, ici et maintenant, \u00e7a n\u2019est pas tant l\u2019adulte d\u2019aujourd\u2019hui ou l\u2019enfant traumatis\u00e9 dans les interrelations pr\u00e9coces, c\u2019est l\u2019enfant <em>apr\u00e8s-coup<\/em> en proie aux \u00ab&nbsp;d\u00e9lires&nbsp;\u00bb d\u2019enfances imaginaires, tel qu\u2019il se rejoue (reconstruit et plus ou moins m\u00e9tabolis\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence ou \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte) lors du trauma\u2026 du fait de la r\u00e9gression que celui-ci provoque.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du trauma, il y a en effet quelque chose qui se meut du pass\u00e9 infantile vers le futur anticip\u00e9 par le sujet, comme si un message \u00e9nigmatique enfoui dans les nappes de notre pass\u00e9, celles-l\u00e0 m\u00eames qui nous accompagnent sans cesse pour qui y est attentif, un secret implant\u00e9 en nous, n\u2019attendait que cette effraction dans la quotidiennet\u00e9, le banal, le foyer, pour \u00e9merger. Et nous servir de roue de secours plus ou moins crev\u00e9e ou de moyen de transport r\u00eav\u00e9 dans le temps \u00e0 la red\u00e9couverte d\u2019exp\u00e9riences pass\u00e9es en lien avec l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique d\u2019aujourd\u2019hui<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le trauma rompt la continuit\u00e9, marque de son impact et bient\u00f4t de son empreinte l\u2019espace-temps, fait ressentir le temps qui auparavant s\u2019\u00e9coulait sans trop de bruit, il y a un avant et un apr\u00e8s. Le d\u00e9veloppement psychomoteur (\u00e9rotique et spirituel) s\u2019interrompt et se contamine du r\u00e9el du trauma\u2026 massif (maltraitance) ou insidieux (n\u00e9gligence \u00e9motionnelle) qui l\u2019inscrit et l\u2019oriente d\u00e8s lors dans les possibles voies du masochisme et de la parano\u00efa (intrusion, manipulation, abandon de l\u2019objet). Scandale absolu pour l\u2019enfant dans le premier cas, humiliation ou sentiment d\u2019\u00eatre incompris, non per\u00e7u et non \u00e9cout\u00e9 dans le second\u2026 Soit le sujet-enfant renonce et s\u2019enferme dans la sauvegarde sadomasochique, soit s\u2019installe en lui le d\u00e9sir de vengeance. Les deux s\u2019intriquant bien \u00e9videmment et le trauma ne cessant de se reproduire [en toute innocence par inconscience (point aveugle)] dans une compulsion de r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;: on re-cr\u00e9e\u2026 le th\u00e9\u00e2tre de son innocence bafou\u00e9e avec sa vengeance m\u00e9galomaniaque&nbsp;; cette immobilisation dans cette \u00e9ternelle r\u00e9p\u00e9tition, et ce non l\u00e2chage de l\u2019histoire traumatique et de ses r\u00e9pliques est travaill\u00e9e par un d\u00e9sir trouble d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2026 soit de retrouvailles d\u2019une continuit\u00e9 perdue.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui on se doit d\u2019aller en cure dans <em>un retour vers le futur<\/em> pour nettoyer ce pass\u00e9 qui insiste \u00e0 pulser\u2026 d\u2019autant que celui-ci est parfois moins le sien que celui qui nous contamine (celui d\u2019un pr\u00e9dateur) ou dont on a h\u00e9rit\u00e9 plus ou moins inconsciemment de nos parents. Cette chose enfouie (refoul\u00e9e, d\u00e9ni\u00e9e, forclose, encrypt\u00e9e) qui revient (fait retour\u2026 \u00e0 laquelle nous sommes rendus), est une r\u00e9surgence archa\u00efque (nos premi\u00e8res et multiples petites morts lors de micro traumas par s\u00e9parations) plus ou moins colmat\u00e9e<sup>13<\/sup>, plus ou moins cicatris\u00e9e mais jamais tout \u00e0 fait abolie. Cette chose\u2026 c\u2019est Elle, cette inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 si famili\u00e8re qui s\u2019inscrivant dans la r\u00e9p\u00e9tition institue l\u2019\u00e9ternel retour. C\u2019est avec et en elle que le trauma tire la force de son angoisse, plus qu\u2019avec l\u2019\u00e9v\u00e9nement nouveau ext\u00e9rieur. Ce qui terrorise le sujet traumatis\u00e9 est tout autant son monde interne r\u00e9veill\u00e9 que la menace du monde externe qui l\u2019a traumatis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est bien autour des zones plus ou moins bien cicatris\u00e9es de la f\u00ealure, de la faille, du trou b\u00e9ant dans le monde interne, que se r\u00e9veille l\u2019effroi, la douleur, mais aussi l\u2019excitation<sup>14<\/sup> ant\u00e9rieure<sup>15<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est bien autour de ces zones que l\u2019on craint de trop se souvenir du moindre d\u00e9tail qui r\u00e9veillerait l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9v\u00e9nement premier\u2026 on aimerait que ce pass\u00e9 soit couvert par l\u2019amn\u00e9sie bien s\u00fbr\u2026 mais il semble y r\u00e9sister et insister, \u00e0 d\u00e9faut par l\u2019anamn\u00e8se (l\u2019histoire qu\u2019on se raconte\u2026 la rem\u00e9diation) \u00e0 d\u00e9faut que de pouvoir l\u2019\u00eatre par l\u2019amnistie (eu \u00e9gard \u00e0 la culpabilit\u00e9 et\/ou la honte qu\u2019il nous fait \u00e9prouver). Aussi faut-il tol\u00e9rer et respecter le traumatisme lorsqu\u2019il manque \u00e0 son travail (et non \u00e0 son devoir\u2026 nulle morale dans cette histoire) de m\u00e9moire et se montre r\u00e9ticent \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler certains d\u00e9tails recouverts de cendres par le travail de la d\u00e9pression, du deuil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, le trauma est d\u2019autant plus inassimilable qu\u2019il est en creux (carence), pr\u00e9coce, incestueux, r\u00e9p\u00e9t\u00e9, avec la complicit\u00e9 des proches ou l\u2019absence de soutien des objets primaires en particulier la m\u00e8re, l\u2019ultime rempart, l\u2019ultime recours-secours\u2026 installant une d\u00e9faite am\u00e8re sans avenir. Il est fait \u00e9videmment ici (trauma par absence) r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Winnicott&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quelque chose qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9 et pourtant a d\u00e9j\u00e0 eu lieu<\/em>&nbsp;\u00bb chez l\u2019enfant immature, neurologiquement, psychologiquement et affectivement, qui ne peut \u00e0 cet \u00e2ge int\u00e9grer et comprendre le trauma et l\u2019\u00e9prouvera et le vivra vraiment dans l\u2019apr\u00e8s-coup. La question est en effet de savoir comment s\u2019inscrit dans la psych\u00e9 et la m\u00e9moire ce trauma non assimil\u00e9&nbsp;: sous forme de non repr\u00e9sentation&nbsp;?, un trou ou un puits de vide&nbsp;? En n\u00e9gatif&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons tous ces \u00e9l\u00e9ments au regard de la clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je sors d\u2019un attentat et d\u2019une op\u00e9ration de 6-8 heures, je suis couvert de tuyaux et de pansements, je ne sens rien et je souffre d\u00e9j\u00e0 de tout, mais je suis obs\u00e9d\u00e9 par les d\u00e9tails pratiques et par le sens d\u2019une exp\u00e9rience que je n\u2019ai pas encore assimil\u00e9e ni m\u00eame \u00e0 vrai dire v\u00e9cue<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>. Le sujet traumatis\u00e9 est travers\u00e9 par une excitation interne qui ne trouve, pendant un temps, nul objet o\u00f9 se poser en se projetant, ou m\u00eame nul lien possible auquel s\u2019accrocher. Excitation qui le violente de l\u2019int\u00e9rieur, le ronge, le vitriole de son acidit\u00e9 et de sa v\u00e9rit\u00e9. En de\u00e7\u00e0 des sentiments de honte et\/ou de culpabilit\u00e9, au plus pr\u00e8s du v\u00e9cu d\u2019impuissance, cette excitation insens\u00e9e creuse moins un trou qu\u2019une trou\u00e9e, qui s\u2019accentue et n\u2019en finit pas de vriller vers l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 la recherche d\u2019une r\u00e9sonance et d\u2019un support ant\u00e9rieur. Moins un trou qu\u2019un puits\u2026 un puits de potentiel au sens de Ren\u00e9 Thom et de sa th\u00e9orisation des catastrophes. \u00c7a pulse et \u00e7a pousse en dedans, \u00e7a laisse craindre l\u2019implosion dans l\u2019impasse\u2026 sans possible voie de frayage salvatrice dans une contre-all\u00e9e virtuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait donc un vide profond (les diff\u00e9rentes lignes de d\u00e9fense ont \u00e9t\u00e9 effract\u00e9es et ce jusqu\u2019aux assises-bases narcissiques) dans lequel le sujet d\u00e9j\u00e0 plus ou moins d\u00e9personnalis\u00e9 risque de tomber ou du moins de sombrer (vertigo interne) dans un saut r\u00e9gressif dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, ce qui fait trauma serait donc moins l\u2019\u00e9v\u00e9nement en lui-m\u00eame (qui est, d\u2019une certaine mani\u00e8re paradoxale, irr\u00e9el et de l\u2019ordre de la fiction\u2026 qui est trop\u2026) que la r\u00e9surgence-reviviscence, \u00e0 la faveur de l\u2019effraction des d\u00e9fenses, de fantasmes archa\u00efques. L\u2019informe r\u00e9alit\u00e9 ant\u00e9rieure de ceux-ci semble prendre sens aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019aune, \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la mesure, de la r\u00e9alit\u00e9 irr\u00e9elle car impensable du trauma&nbsp;: une n\u00e9o-r\u00e9alit\u00e9 absurde et d\u00e9lirante. \u00c9p\u00e9e de Damocl\u00e8s donc d\u2019un effondrement ant\u00e9rieur\u2026 ou du moins de la r\u00e9surgence de lignes de failles, que le sujet avait sa vie durant contourn\u00e9, colmat\u00e9, d\u00e9ni\u00e9,\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Auxquels il faut ajouter \u00e9videmment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>La collusion entre l\u2019\u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur r\u00e9el et le fantasme archa\u00efque&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pour moi dit-il les sentiments les plus violents se pr\u00e9sentent avec quelque chose en eux (\u2026) je les sens venir d\u2019au-del\u00e0 de mon royaume, une fois pleur\u00e9, une fois ri<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ce qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent, les r\u00e9surgences successives g\u00e9n\u00e8rent de brusques passages d\u2019un temps \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un plan \u00e0 l\u2019autre, qui plus ou moins se t\u00e9lescopent et se fondent l\u2019un dans l\u2019autre, se transforment (le futur modifie le pass\u00e9), s\u2019absorbent (le pass\u00e9 instruit le futur)\u2026 et ce qui \u00e9tait d\u2019abord \u00e0 la marge, tangentiel, se retrouve au centre et inversement&nbsp;: effet spirale du temps, le pass\u00e9 originaire et archa\u00efque (d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient) plus ou moins chaotique, se repr\u00e9sente brutalement \u00e0 nous, indiquant douloureusement o\u00f9 l\u2019on va\u2026 o\u00f9 l\u2019on ne peut qu\u2019aller, o\u00f9 l\u2019on s\u2019en retourne. Un \u00e9lastique &#8211; une attache a l\u00e2ch\u00e9. La bo\u00eete de Pandore est ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point important est le suivant&nbsp;: dans certains cas\u2026 c\u2019est comme si la r\u00e9alit\u00e9 du trauma semblait venir concr\u00e9tiser le fantasme ou en tout cas r\u00e9-ouvrir la voie \u00e0 la r\u00e9alisation du fantasme. D\u2019o\u00f9 la douleur (paradoxalement mais forc\u00e9ment exquise)\u2026 comme si quelque chose d\u2019un malheur-bonheur ancien, une plaie plus ou moins ignor\u00e9e mais jadis ressentie et qui continue \u00e0 tirailler, comme une douleur physique qui revient en hiver avec le froid ou une douleur psychique d\u00e9pendante des al\u00e9as de la m\u00e9t\u00e9o interne, rattrapait le sujet, \u00e0 travers le temps, et trouvait enfin \u00e0 faire, ou \u00e0 prendre corps. Le retour du refoul\u00e9d\u00e9ni\u00e9-forclos remonte \u00e0 la surface, il va bient\u00f4t \u00eatre temps pour le sujet de faire (solder&nbsp;!) ses comptes.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme encore, si le sujet \u00e9tait oblig\u00e9 (par souci de faire continuit\u00e9 et de trouver un sens) d\u2019\u00e9tablir un lien entre pass\u00e9 infantile et pr\u00e9sent, pour tenter d\u2019y mettre un terme. Dans les deux sens du mot terme. Le sujet veut tendre vers le fameux \u00ab&nbsp;<em>sans solution de continuit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb qui signifie (contrairement \u00e0 ce que l\u2019on peut entendre) qu\u2019il n\u2019est plus dans le vide\u2026 dans le trou, entre pr\u00e9sent et pass\u00e9, mort et vif. Le trauma a r\u00e9veill\u00e9 un fantasme, qui fait pi\u00e8ce douloureuse mais pi\u00e8ce tout de m\u00eame, pour parer le trou op\u00e9r\u00e9 par le trauma dans la continuit\u00e9 r\u00e9alit\u00e9 psychique. Le sujet pense et panse de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ant\u00e9rieur par le fantasme plus que par l\u2019imaginaire ce trou&nbsp;; d\u2019o\u00f9 l\u2019angoisse t\u00e9r\u00e9brante. La psychoth\u00e9rapeute cherchera \u00e0 co-construire avec le sujet des pensements pansements, \u00e9toffes de pens\u00e9e, moins archa\u00efques.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme enfin, si toute la libido n\u00e9e des premi\u00e8res excitations traumatiques, retenue, insatisfaite dans le pass\u00e9, faisait retour et cherchait un lieu o\u00f9 se poser et s\u2019expurger, mais pour l\u2019instant ne faisant que violenter le sujet de l\u2019int\u00e9rieur. Un viol endo-psychique d\u2019un sujet menac\u00e9 par sa propre intelligence sensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Auquel il faut ajouter \u00e9videmment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Les remaniements psychiques que le sujet op\u00e8re <em>sur<\/em> et conf\u00e8re <em>\u00e0<\/em> ces \u00e9v\u00e9nements, lui permettant de se donner un sens <em>apr\u00e8s-coup<\/em>, en leur octroyant plus ou moins \u00ab&nbsp;complaisamment&nbsp;\u00bb un pouvoir pathog\u00e8ne&nbsp;: de quel crime inconscient suis-je coupable \u2013 tout Sophocle&nbsp;? Pourquoi ai-je m\u00e9rit\u00e9 \u00e7a&nbsp;? Jusqu\u2019au syndrome de Stockholm avec identification \u00e0 l\u2019agresseur- c\u2019est moi qui l\u2019ai provoqu\u00e9, qui l\u2019ai s\u00e9duit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et surveiller donc la satisfaction d\u2019une culpabilit\u00e9-honte ant\u00e9rieure r\u00e9activ\u00e9e sous forme sadomasochiste et plus ou moins ordalique<sup>18<\/sup>. Le traumatis\u00e9 se satisfait (de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 la complaisance) alors de son r\u00f4le de victime\u2026 Mais le risque est que d\u00e8s lors il exag\u00e8re ses pr\u00e9tentions\u2026 \u00e0 subir sa \u00ab&nbsp;juste&nbsp;\u00bb punition (justifiant nos soins par l\u2019exacerbation de ses sympt\u00f4mes), et\/ou \u00e0 \u00eatre indemnis\u00e9 de son \u00ab&nbsp;innocence&nbsp;\u00bb (jusqu\u2019\u00e0 verser dans la parano\u00efa et la m\u00e9lancolie).<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse&nbsp;; autre feinte de la m\u00e9moire (humaine-trop humaine) dont il convient de se m\u00e9fier&nbsp;; celle qui permet au psychisme de donner une nouvelle forme \u00e0 l\u2019histoire (et ce jusqu\u2019\u00e0 refa\u00e7onner), pour en rendre le souvenir tol\u00e9rable au regard de la capacit\u00e9 psychique du sujet \u00e0 supporter aujourd\u2019hui la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9voile, qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le (au sens d\u2019un clich\u00e9 photographique). Souvenir fiction pour un rangement et jusqu\u2019\u00e0 un arrangement. Jusqu\u2019\u00e0 quel point peut-on, veut-on se fier \u00e0 un souvenir qui nous dit que \u00ab&nbsp;la chose&nbsp;\u00bb s\u2019est pass\u00e9e ainsi. Nul jugement l\u00e0 encore\u2026 C\u2019est bien la cr\u00e9dulit\u00e9 enfantine qui chez l\u2019adulte permet d\u2019entrer dans la fiction. Mais souvenons-nous de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie des personnalit\u00e9s multiples aux Etats-Unis\u2026 qui a fait le <em>buzz<\/em> puis <em>pschitt<\/em>. Il faut ajouter enfin que cette excitation non li\u00e9e (cette <em>chose<\/em> pulsionnelle faite d\u2019excitation g\u00e9n\u00e9ratrice de douleur et d\u2019effroi de ne pas s\u2019expurger) qui fait retour, va plus ou moins s\u2019accrocher dans la m\u00e9moire traumatis\u00e9e, <em>ici et maintenant<\/em> \u00e0&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a-<\/strong> Une repr\u00e9sentation-secours qui, au-del\u00e0 de sa nature, a l\u2019int\u00e9r\u00eat de fixer la douleur, d\u2019\u00e9teindre la dimension fugitive de la m\u00e9moire (qui risque d\u2019aller dans tous les sens et de surtout r\u00e9trograder) et d\u2019amorcer le flux imaginatif&nbsp;: importance ici des exp\u00e9riences personnelles collectives pass\u00e9es&nbsp;; de la culture\u2026 des comm\u00e9morations &#8211; reconnaissances collectives.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b-<\/strong> Une absence de repr\u00e9sentation, une \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb d\u2019absence de repr\u00e9sentation\u2026 un blanc et derri\u00e8re lui toute une lign\u00e9e n\u00e9gative. Une forme d\u2019oubli\u2026 sans oublier que l\u2019oubli n\u2019existe pas dans l\u2019inconscient. D\u2019o\u00f9 l\u2019insistance de certains \u00e0 vouloir profond\u00e9ment se souvenir de leur m\u00e9moire y compris des <em>restes<\/em>\u2026 soit les d\u00e9chets encore longtemps radioactifs apr\u00e8s leur enterrement y compris sous la forme de l\u2019\u00e9laboration m\u00e9tabolisation-digestion des souvenirs, de la m\u00e9moire de ce qui fut,\u2026 et de ce qui allait \u00eatre et qui a avort\u00e9. Au risque de la d\u00e9pression m\u00e9lancolique. Le m\u00e9lancolique ou l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 adulte assum\u00e9e&nbsp;: j\u2019ai le souvenir de tout\u2026 m\u00eame des oublis. Je veux voir les choses telles qu\u2019elles se sont pass\u00e9es\u2026 telles qu\u2019elles sont.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>c-<\/strong> Un passage \u00e0 l\u2019acte&nbsp;: j\u2019ai failli mourir, tout est vernis fictionnel\u2026 qui lorsqu\u2019il s\u2019effrite ou craque me re-montre ma fragilit\u00e9\u2026 Tout est donc possible&nbsp;! Je me l\u00e2che, je m\u2019en vais, j\u2019\u00e9pouse, je fais un enfant\u2026 je me mets en danger. Dans <em>A la recherche de Mr Goodbar<\/em>, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, une institutrice pour enfants sourds le jour, fr\u00e9quente des bo\u00eetes \u00ab&nbsp;\u00e0 risque&nbsp;\u00bb la nuit. Son pass\u00e9 traumatique est massif, mixte de violence incestueuse paternelle et de corset pl\u00e2tr\u00e9 \u00e0 la pubert\u00e9 pour contenir l\u2019\u00e9volution d\u2019une cyphoscoliose importante. Elle recherche, plus ou moins inconsciemment, la rencontre avec le sexuel cru et le r\u00e9el, soit le retour de l\u2019excitation g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la violence paternelle dans l\u2019enfance,\u2026 qui cette fois ne sera pas corset\u00e9e mais ma\u00eetris\u00e9e\u2026 croit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fois en besoin et en demande, mais ne pouvant supporter la r\u00e9ponse sous forme du retour du trauma, c\u2019est elle qui d\u2019une certaine fa\u00e7on provoque le passage \u00e0 l\u2019acte meurtrier d\u2019un psychopathe, en projetant en lui sa pulsionnalit\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e pour mieux apr\u00e8s-coup le castrer. C\u2019est que sa qu\u00eate de la pulsionnalit\u00e9 sauvage de l\u2019autre visait aussi \u00e0 combler son vide int\u00e9rieur, n\u00e9 de l\u2019absence du rapport suffisamment tendre avec sa m\u00e8re (assimil\u00e9 \u00e0 la ma\u00eetrise du corset pl\u00e2tr\u00e9), face \u00e0 la violence excitante du p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>d-<\/strong> Si l\u2019excitation d\u00e9li\u00e9e et non li\u00e9e ne peut s\u2019accrocher ni \u00e0 une repr\u00e9sentation ni \u00e0 un passage \u00e0 l\u2019acte, il y a \u00e9videmment un risque de court-circuit du pr\u00e9 conscient et d\u2019un passage direct au niveau du corps sous forme de somatisation comme on le voit souvent dans les psychotraumatismes. Apr\u00e8s une phase d\u00e9pressive et jusqu\u2019\u00e0 une d\u00e9pression essentielle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>e-<\/strong> \u00c0 la question&nbsp;: A qui\u2026 \u00e0 quoi peut s\u2019accrocher ce qui remonte \u00e0 la surface&nbsp;? Il faut enfin r\u00e9pondre bien \u00e9videmment \u00e0 l\u2019environnement<sup>19<\/sup> et en particulier aux proches, tout en consid\u00e9rant (s\u2019agissant d\u2019un retour) l\u2019importance dans l\u2019<em>avant-coup<\/em> de la qualit\u00e9 et de la nature des liens avec les objets primaires<sup>20<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est toute la question de l\u2019enfance et de ses besoinsd\u00e9sirs naissants<sup>21<\/sup>, qui remonte \u00e0 la surface au moment o\u00f9 le sujet traumatis\u00e9 r\u00e9gresse profond\u00e9ment et que r\u00e9-\u00e9mergent des souvenirs inconscients qui charrient des exp\u00e9riences satisfaisantes mais aussi des traumas et des petites morts (\u00ab&nbsp;on meurt plusieurs fois dans une vie&nbsp;\u00bb) avec ses objets primaires.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est toute la question de l\u2019objet primaire<sup>22<\/sup> et de la (possible) protection maternelle<sup>23<\/sup>&nbsp;: l\u2019absence de r\u00e9ponse de l\u2019objet aujourd\u2019hui (v\u00e9cue comme) hier&nbsp;; et la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition qui enserre le sujet en tant qu\u2019elle est la pr\u00e9-occupation de l\u2019absence. On le verra plus tard, et c\u2019est l\u00e0 un axe essentiel du traitement&nbsp;: \u00e0 qui peut-on faire le r\u00e9cit <em>ici et maintenant<\/em>, (comme autrefois et ailleurs dans le transfert), de l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique&nbsp;? A quel auxiliaire psychique qui puisse nous aider \u00e0 le r\u00e9organiser&nbsp;? Qui pourra, saura \u00e9couter (l\u2019inconscient) plus qu\u2019entendre (le r\u00e9el)&nbsp;? Une cellule de crise anonyme o\u00f9 l\u2019on se vide, se purge, d\u00e9gorge,\u2026 un analyste<sup>24<\/sup> \u00e0 qui rendre gorge&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce qui concerne la psychoth\u00e9rapie analytique, rappelons quelques \u00e9l\u00e9ments essentiels&nbsp;: dans le processus m\u00e9moriel propre \u00e0 la psychanalyse, le transfix\u00e9 dans l\u2019<em>ici et maintenant<\/em> du transfert, c\u2019est le pass\u00e9 qui se noue et se traduit au pr\u00e9sent dans une rencontre qui en change la configuration. Et dans ce pass\u00e9 l\u00e0\u2026 ce qui se meut c\u2019est fondamentalement l\u2019\u00e9motion&nbsp;: le transfert est translatio-d\u00e9placement translatif, mouvement \u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le travail de la <em>cure<\/em>\u2026 travail de la m\u00e9moire et du souvenir, du r\u00eave, du deuil, de la cr\u00e9ation\u2026 Le travail que fait le patient (personne ne peut le faire \u00e0 sa place) mais au regard-miroir du transfert. Qu\u2019est-ce que le sujet garde&nbsp;? Qu\u2019est-ce qu\u2019il rejette&nbsp;? Au montage&nbsp;! Quand il associe (sensoriellement et psychiquement) et relie avant d\u2019en faire le r\u00e9cit (relit), les fragments (bribes, ou lambeaux de m\u00e9moire) de souvenirs du trauma personnel, \u00e0 l\u2019histoire pr\u00e9sente et pass\u00e9e\u2026 connue et inconnue, sue ou insue, \u2026 et voit comment les (ces) morceaux \u00e9pars mais vivants, d\u2019apr\u00e8s le d\u00e9sastre, en viennent les uns \u00e0 \u00e9clairer les autres. Le voil\u00e0 qui travaille (r\u00eave, d\u00e9prime et recr\u00e9e) son pass\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du pr\u00e9sent, r\u00e9f\u00e8re le pr\u00e9sent au pass\u00e9 pour engranger [dans le pressentiment (le premier et le second) d\u2019un danger] dans le futur, d\u2019utiles ressources. Activit\u00e9 d\u2019un montage ou reconfection d\u2019un puzzle pour faire advenir une image oubli\u00e9e\u2026 mais avec des pi\u00e8ces manquantes et d\u2019autres qui ne \u00ab&nbsp;veulent&nbsp;\u00bb ou ne \u00ab&nbsp;peuvent&nbsp;\u00bb plus s\u2019ajuster aux autres\u2026 avec le risque, \u00e0 forcer ainsi, de faire isoler toute la pi\u00e8ce\u2026 tout le jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019importance dans la cure d\u2019une cr\u00e9ativit\u00e9 dans un retour \u00e0 l\u2019ouverture du champ des possibles et \u00e0 la multiplicit\u00e9 des sens possibles \u00e0 donner \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u2026&nbsp;; de la virtualit\u00e9 de m\u00e9canismes de d\u00e9fense qui substituent une fiction traumatique, une sorte de \u00ab&nbsp;trauma-\u00e9cran&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;trauma de couverture&nbsp;\u00bb \u00e0 la trace mn\u00e9sique d\u2019un trauma r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, et dans le meilleur des cas, le sujet est d\u00e9sormais arm\u00e9 de cette image et de sa propre image en regard de celle-ci. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, si comme c\u2019est peu ou prou le cas\u2026 lors du trauma r\u00e9el, la psych\u00e9 d\u00e9bord\u00e9e par l\u2019exc\u00e8s d\u2019excitation, ne remplit plus sa fonction d\u2019\u00e9laboration de l\u2019exp\u00e9rience par la mise en repr\u00e9sentation et la mise en sens, la confection \u00e0 distance d\u2019un r\u00e9cit fictionnel du trauma prendra valeur de r\u00e9alit\u00e9 historique. Une sorte de \u00ab&nbsp;trauma-\u00e9cran&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;trauma de couverture&nbsp;\u00bb \u00e0 la trace mn\u00e9sique du trauma r\u00e9el, qui sera non fig\u00e9e, d\u00e9finitive mais le support d\u2019\u00e9laborations d\u00e9fensives \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>La cure satisfait au besoin du sujet d\u2019\u00eatre r\u00e9-enchant\u00e9, de croire \u00e0 nouveau en la fiction (l\u2019abolition de la cr\u00e9dulit\u00e9 enfantine chez le lecteur de fictions)\u2026 soit la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame et non le r\u00e9el. Le r\u00e9cit fictionnel, m\u00eame tiss\u00e9, nourri, par les \u00e9l\u00e9ments autobiographiques est ramen\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la cure, celle d\u2019une relation transf\u00e9rentielle pos\u00e9e comme r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment et profond\u00e9ment, lors du trauma le temps s\u2019arr\u00eate (il y a un avant et un apr\u00e8s)\u2026 la mort (psychique) a interrompu la continuit\u00e9 de la vie. Le temps ne passe plus\u2026 et l\u2019histoire traumatique sans d\u00e9but ni fin revient sans cesse \u00e0 chaque assoupissement de la conscience. La barri\u00e8re du temps explosant, d\u00e9sagr\u00e9geant la profonde distance, favorise la collusion pass\u00e9-pr\u00e9sent et la relation de cette chim\u00e8re au futur anticip\u00e9. Le moment traumatique est brutalement sorti du temps\u2026 il est tout pr\u00e8s du commencement (r\u00e9gression \u00e0 l\u2019enfance) et de l\u2019affranchissement final (la mort)&nbsp;; la computation (mot f\u00e9minin) soit la mani\u00e8re de calculer le temps change\u2026 les ann\u00e9es et les g\u00e9n\u00e9rations ne comptent plus et se t\u00e9lescopent. C\u2019est aussi le temps de la r\u00e9gression&nbsp;: dans le v\u0153u d\u2019un retour \u00e0 une \u00e9ternit\u00e9 heureuse<sup>25<\/sup>. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance dans la cure de prendre en compte la dissolution-disparition de la barri\u00e8re du temps (pendant un temps) avant que le temps ne se rappelle au souvenir des deux protagonistes de l\u2019aventure analytique, et reprenne son rythme et ses droits.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le travail de la cure \u00ab&nbsp;utilisant&nbsp;\u00bb le rebond post r\u00e9gressif, le transfert m\u00e9prise le temps et d\u00e9place les lieux&nbsp;; ce qui se joue ici et maintenant est hant\u00e9 par ce qui se jouait ou ne se jouait pas avant. Ce que le sujet agit aujourd\u2019hui fait \u00e9cho \u00e0 une chose ancienne, peut \u00eatre \u00e0 ce qu\u2019il redoutait de faire (qui \u00e9tait plus ou moins inhib\u00e9) et cela devient donc aujourd\u2019hui une chance de survie ou un risque d\u2019implosion. Ce que le sujet fait aujourd\u2019hui c\u2019est r\u00e9parer, se rendre responsable de ce qu\u2019il a fait ailleurs et autrefois ou de ce qu\u2019il n\u2019a pas fait. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019aider le sujet \u00e0 mettre en r\u00e9cit et en intrigue ce qu\u2019il vit <em>ici et maintenant<\/em> en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qu\u2019il a v\u00e9cu ou non v\u00e9cu, <em>ailleurs et autrefois<\/em> pour permettre une suffisamment bonne r\u00e9inscription et r\u00e9organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre recommandation \u00e0 la psychoth\u00e9rapie vise \u00e0 ne pas oublier&nbsp;; pour \u00e9viter la p\u00e9rennit\u00e9-perp\u00e9tuit\u00e9 de ce qui fait trauma\u2026 \u00e0 savoir moins l\u2019\u00e9v\u00e9nement en lui-m\u00eame, moins la re-duplication d\u2019un pass\u00e9 qui ne passe pas, moins la collision-t\u00e9lescopage-collusion fantasme-r\u00e9alit\u00e9 et plus la d\u00e9termination r\u00e9trospective&nbsp;; se justifie par de nombreux risques. Risques chez les <em>survivors<\/em> de l\u2019enfermement dans la plainte-pr\u00e9occupation de l\u2019absence avec multiplications des proc\u00e8s (autant que de personnalit\u00e9s multiples) en faux <em>self<\/em>. Attention \u00e0 cette fa\u00e7on insidieuse (le faux <em>self<\/em>) pour les victimes de payer les frais de justice. La d\u00e9termination r\u00e9trospective de sens par l\u2019adulte (aid\u00e9 par l\u2019environnement) de ce qu\u2019il a v\u00e9cu enfant, risque dans ces cas de l\u2019inscrire dans un d\u00e9terminisme, une r\u00e9p\u00e9tition, une fatalit\u00e9 tragique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait pouvoir, comme Alain Resnais, ne pas faussement se s\u00e9curiser dans des p\u00f4les de suret\u00e9\u2026 mais douter de tout \u00ab&nbsp;<em>sauf du fait que les choses puissent se passer diff\u00e9remment<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? \u00c7a n\u2019est pas un retour \u00e0 la foi en la providence, c\u2019est v\u00e9rifier que l\u2019incertain est toujours s\u00fbr. Il faut pouvoir lutter contre cette m\u00e9moire traumatique hypermn\u00e9sique, sans faille, sans feinte et mauvaise m\u00e8re\u2026 \u00ab&nbsp;Hypermn\u00e9sique&nbsp;\u00bb car elle se laisse emplir par la remont\u00e9e de ses fantasmes archa\u00efques et \u00ab&nbsp;Mauvaise m\u00e8re&nbsp;\u00bb dans le sens o\u00f9 elle reduplique de ce fait l\u2019\u00e9prouv\u00e9 de l\u2019absence de protection primaire. Et se rappeler avec Pierre Aulagnier qu\u2019il est \u00ab&nbsp;<em>toujours temps de se r\u00e9inventer un pass\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, avec Bob Dylan que \u00ab&nbsp;<em>l\u2019on ne sait jamais comment le pass\u00e9 tournera<\/em>&nbsp;\u00bb et avec Philippe Lan\u00e7on\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui peut contrecarrer les r\u00e9pliques (\u00e0 l\u2019image du tremblement de terre) et constituer un contre poison c\u2019est la traduction cr\u00e9ative, r\u00e9troactive des traces incompl\u00e8tes d\u2019un \u00e9v\u00e9nement &#8211; pr\u00e9 signifiant.<\/p>\n\n\n\n<p>Agir et cr\u00e9er \u00e0 partir de ces restes un avenir qui tienne compte du pass\u00e9, \u00e0 donc ne pas effacer sous peine de perdre des traces vives de soi\u2026 Ce reste \u00ab&nbsp;entre le vif et la douleur&nbsp;\u00bb encore vif plus que mort, <em>nature morte-still life<\/em>, a une saveur qu\u2019aucune strat\u00e9gie cognitive ne retrouvera. Et qu\u2019importe la nature et la r\u00e9alit\u00e9 historique de ce reste, tant il est vrai qu\u2019il n\u2019existe dans l\u2019inconscient aucun indice de r\u00e9alit\u00e9 pouvant permettre la diff\u00e9renciation entre fantasme et r\u00e9alit\u00e9. Et d\u2019ailleurs la gu\u00e9rison du trauma n\u2019est ce pas lorsque l\u2019on croit le revoir (le trauma) dans son souvenir comme relevant de l\u2019imaginaire, ne plus arriver \u00e0 y croire, et donc qu\u2019il n\u2019y a plus tant de raisons de le craindre. Que voil\u00e0 une \u00ab&nbsp;solution&nbsp;\u00bb th\u00e9rapeutique aussi adaptative (mais en interne) qu\u2019un autre type de rem\u00e9diation&nbsp;: m\u00e9lange de r\u00e9alit\u00e9 et de fiction\u2026 jusqu\u2019\u00e0 ne plus savoir ce qui appartient \u00e0 l\u2019une ou \u00e0 l\u2019autre, et d\u00e9samor\u00e7age de la bombe du temps. Plut\u00f4t que de chercher, inconsciemment dans la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, un autre trauma pour perdre la m\u00e9moire du premier&nbsp;; ou plut\u00f4t qu\u2019attendre que \u00e7a s\u2019att\u00e9nue de soi-m\u00eame par la force de l\u2019oubli.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un reste (par rapport \u00e0 une trace)&nbsp;? C\u2019est le produit (la litt\u00e9rature\u2026 telle qu\u2019elle figure dans la trop fameuse phrase et <em>le reste est litt\u00e9rature<\/em>), soit \u00ab&nbsp;la danse de l\u2019ange avant de remonter au ciel&nbsp;\u00bb face au d\u00e9sastre. La d\u00e9fense maniaque face \u00e0 la m\u00e9lancolie. Le reste c\u2019est ce qui reste. Ce qui dure, le \u00ab&nbsp;dur d\u00e9sir de durer&nbsp;\u00bb<sup>26<\/sup> dans \u00ab&nbsp;cette chienne de vie&nbsp;\u00bb, dans cette \u00ab&nbsp;chienne de (sexualit\u00e9) pulsion de vie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui demeure est au mieux un r\u00e9sidu d\u2019exp\u00e9rience, une pr\u00e9disposition, une agglutination plus ou moins durable de mol\u00e9cules ou si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re de champs magn\u00e9tique dont le psychisme va s\u2019accommoder&nbsp;: je m\u2019arrange avec l\u2019id\u00e9e que je me fais du biologique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Paul Valery. <em>Monsieur Teste. L\u2019imaginaire<\/em>. Gallimard, 1946.<\/li><li>Hayakure, trait\u00e9 japonais du XVIIIe si\u00e8cle, cit\u00e9 par Marguerite Yourcenar.<\/li><li>Paul Eluard.<\/li><li>Comme oublier le g\u00e9nocide indien et le Vietnam\u2026 et leurs r\u00e9p\u00e9titions.<\/li><li>Jacques Hochmann (2004)&nbsp;: Actualit\u00e9s du traumatisme psychique&nbsp;: fixation au sympt\u00f4me ou mise en r\u00e9cit, in <em>Le trauma entre cr\u00e9ation et destruction<\/em> (2004) sous la direction de K. Nassikas, L\u2019Harmattan.<\/li><li>cf <em>Paradis pour tous<\/em> de Alain Jessua, ou les romans de Philip K. Dick qui t\u00e9moignent que l\u2019inconscient n\u2019oublie rien.<\/li><li>Friedrich Nietzsche.<\/li><li>Peter Handke.<\/li><li>Au moment m\u00eame o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 lui son identit\u00e9 profonde par la br\u00e8che ouverte par le trauma\u2026 il ne sera plus jamais le m\u00eame qu\u2019avant\u2026 sauf peut \u00eatre en r\u00eave et seulement si les cauchemars traumatiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s cessent.<\/li><li>Andr\u00e9 Green&nbsp;: le retour se fait lors des crises existentielles (adolescence, vieillesse, crise du milieu de vie, s\u00e9paration, perte,\u2026).<\/li><li>V\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019ignore, savoir <em>insu<\/em> contre les effets du chaos et de l\u2019oubli.<\/li><li>\u00ab&nbsp;<em>Les pr\u00e9tendus instantan\u00e9s pris par ma m\u00e9moire ne m\u2019avaient jamais rien dit\u2026 c\u2019est la sensation que j\u2019avais ressentie jadis qui m\u2019a rendu avec toutes les autres sensations jointes ce jour l\u00e0 \u00e0 cette sensation l\u00e0, et qui \u00e9taient rest\u00e9es dans l\u2019attente \u00e0 leur rang, d\u2019o\u00f9 un brusque hasard les avait imp\u00e9rieusement fait sortir, dans la s\u00e9rie des jours oubli\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb. Marcel Proust, <em>Le temps retrouv\u00e9<\/em>.<\/li><li>C\u2019est la question fondamentale du statut de la r\u00e9alit\u00e9 historique. Les traces psychiques, les restes, sont \u00e9videmment raccommod\u00e9es \u00e0 la sauce du pr\u00e9sent&nbsp;; plus ou moins assaisonn\u00e9es, \u00e9pic\u00e9es, affadies\u2026 pour permettre l\u2019adaptation\u2026 jusqu\u2019\u00e0 subir l\u2019action du refoulement pour permettre le <em>statu quo ante<\/em>.<\/li><li>Que nous appellerons avec William Blake l\u2019\u00e9nergie\u2026 soit \u00ab&nbsp;l<em>e d\u00e9lice \u00e9ternel\u2026 le mariage du ciel et de l\u2019enfer<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Et si l\u2019EMDR &#8211; hypnose &#8211; beta bloquants &#8211; TCC, att\u00e9nuent la m\u00e9moire affective&nbsp;; il est \u00e0 craindre que la m\u00e9moire de la sensation via la m\u00e9moire du corps\u2026 celle de la peur au ventre&nbsp;; elle n\u2019oublie pas.<\/li><li>Philippe Lan\u00e7on, <em>Le lambeau<\/em>, Gallimard. 2018, p 124.<\/li><li>Paul Valery, <em>Monsieur Teste. L\u2019imaginaire<\/em>, Gallimard. 1972, p 133.<\/li><li><em>Tout Dosto\u00efevski<\/em> et ses fameuses crises d\u2019hyst\u00e9ro\u00e9pilepsie qui (Freud l\u2019a soulign\u00e9) cessent magiquement lors de son arrestation et de son exil. Et tout Flaubert aussi.<\/li><li>Parmi les facteurs d\u2019in\u00e9galit\u00e9 face au trauma&nbsp;: le temp\u00e9rament biologique, l\u2019aptitude ant\u00e9rieure au clivage, refoulement\u2026 les <em>care-giver<\/em> sur le moment, l\u2019amour apr\u00e8s (tomber amoureux pour ne pas tomber malade).<\/li><li>L\u2019objet \u00ab&nbsp;trop pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;trop absent&nbsp;\u00bb de toute fa\u00e7on \u00ab&nbsp;objet en trop&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire objet qui marque de son empreinte quantitative la constitution de l\u2019objet primaire interne.<\/li><li>La seule chose qui soit \u00e9ternelle en nous c\u2019est l\u2019enfance, ou en tout cas la m\u00e9moire et <em>le m\u00e9moire<\/em> qu\u2019on en a, r\u00e9miniscence ou reviviscence selon la nature du trauma et la pr\u00e9cocit\u00e9 du sujet.<\/li><li>Dans le livre de Philippe Lan\u00e7on est notable l\u2019omnipr\u00e9sence de la chirurgienne et la quasi-absence de l\u2019objet maternel. L\u2019effraction traumatique a pour cons\u00e9quence la sid\u00e9ration du Moi, ainsi que l\u2019asphyxie, voire l\u2019agonie de la vie psychique favorisant la r\u00e9gression au d\u00e9triment de mouvements progr\u00e9dients (impuissance, sentiment de ne plus pouvoir avancer\u2026). D\u00e8s lors et ainsi (pour Sandor Ferenczi) d\u00e9crivant cette d\u00e9tresse, le trauma doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9sultant d\u2019une absence de r\u00e9ponse de l\u2019objet primaire face \u00e0 une situation de d\u00e9tresse infantile.<\/li><li>Jacques Hochmann&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>une fragmentation de soi, li\u00e9 au d\u00e9faut d\u2019empathie des objets primaires (de leur capacit\u00e9 \u00e0 se laisser utiliser et d\u2019ainsi favoriser la subjectivation et les processus de symbolisation cnqr) qui n\u2019ont pas su cr\u00e9er autour de l\u2019enfant la climat affectif n\u00e9cessaire \u00e0 son d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb in \u00ab&nbsp;Actualit\u00e9 du traumatisme psychique&nbsp;: fixation au sympt\u00f4me ou mise en r\u00e9cit<\/em>&nbsp;\u00bb. <em>Ibid op. cit<\/em>.<\/li><li>Dans le livre de Philippe Lan\u00e7on, l\u2019importance de la rencontre \u00ab&nbsp;amoureuse&nbsp;\u00bb avec la chirurgienne (Chlo\u00e9, la f\u00e9e imparfaite), objet de transfert massif. C\u2019est l\u00e0 bien son vrai pr\u00e9nom&nbsp;! Proche de Clio. Clio\u2026 soit \u00ab&nbsp;Kleio en grec ancien (\u00ab&nbsp;c\u00e9l\u00e9brer&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;chanter&nbsp;\u00bb), fille de Zeus et de Mn\u00e9mosyne (d\u00e9esse de la m\u00e9moire), muse de l\u2019histoire qui chante le pass\u00e9 des Hommes et des cit\u00e9s en glorifiant leurs hauts faits&nbsp;\u00bb. Source <em>Wikip\u00e9dia<\/em>.<\/li><li>A noter l\u2019importance pour Philippe Lan\u00e7on qui se retrouve tel Robinson dans une \u00eele d\u00e9serte, l\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement salutaire qu\u2019est la rencontre avec un vendredi (Saint\u2026 cf la transcription filmique de Bunuel) \u00e0 qui faire le r\u00e9cit de son chagrin. Comme Robinson, il a le fabuleux pressentiment qu\u2019une autre \u00eele que celle ici (v\u00e9cue d\u00e9serte de la relation \u00e0 sa m\u00e8re) existe. Il a aussi (\u00e0 l\u2019image de la entation du repli, retranchement au monde dans une \u00eele autre comme chez Houellebecq) le pressentiment d\u2019une \u00eele telle que l\u2019a d\u00e9crite Maurice Blanchot \u00ab&nbsp;<em>plus fra\u00eeche, plus chaude, plus fraternelle<\/em>&nbsp;\u00bb. Et voil\u00e0 pourquoi chez Defoe et Tournier, Robinson r\u00e9gresse, s\u2019enfouit dans la grotte et y redevient f\u0153tus s\u2019enfon\u00e7ant dans la terre comme un n\u00e9o-vagin \u00ab&nbsp;<em>suspendu dans une \u00e9ternit\u00e9 heureuse<\/em>&nbsp;\u00bb. Un arri\u00e8re monde pr\u00e9natal, dans le fantasme d\u2019un retour possible au ventre maternel protecteur.<\/li><li>Paul Eluard.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10727?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Souffrir, c\u2019est donner \u00e0 quelque chose une attention supr\u00eame (\u2026) la douleur recherchait l\u2019appareil qui eut chang\u00e9 la douleur en connaissance&nbsp;\u00bb1. &nbsp; \u00ab&nbsp;Mourez en pens\u00e9e chaque matin, et vous ne craindrez plus de mourir&nbsp;\u00bb2. &nbsp; \u00ab&nbsp;O\u00f9 sont nos bornes, certes\u2026&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[601],"auteur":[1372],"dossier":[602],"mode":[60],"revue":[595],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10727","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-traumatisme","auteur-maurice-corcos","dossier-memoire-traumatique-et-fonctionnement-limite-a-ladolescence","mode-payant","revue-595","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10727","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10727"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10727\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13412,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10727\/revisions\/13412"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10727"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10727"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10727"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10727"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10727"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10727"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10727"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10727"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10727"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}