{"id":10726,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lamour-fou-des-borderlines-a-la-recherche-du-contenant-perdu-2\/"},"modified":"2021-09-16T14:27:03","modified_gmt":"2021-09-16T12:27:03","slug":"lamour-fou-des-borderlines-a-la-recherche-du-contenant-perdu","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lamour-fou-des-borderlines-a-la-recherche-du-contenant-perdu\/","title":{"rendered":"L\u2019amour fou des borderlines : \u00e0 la recherche du contenant perdu"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>De quel amour parle-t-on donc quand on parle d\u2019amour fou&nbsp;? Apr\u00e8s avoir bien trop vite rappel\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019amour sans folie, et qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019amour heureux &#8211; l\u2019amour m\u00e9rite mieux que le bonheur, aussi est-il grave et profond, avec de sublimes soleils et quelques sombres orages&nbsp;; la question \u00e0 m\u00eame de devoir \u00eatre pos\u00e9e pourrait \u00eatre la suivante&nbsp;: qu\u2019est-ce qui peut faire (bien ou mal&nbsp;; apr\u00e8s cristallisation ou incubation) <em>aimer \u00e0 la folie<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et la r\u00e9ponse imm\u00e9diate qui vient me semble-t-il au corps et \u00e0 l\u2019esprit pourrait \u00eatre dans une premi\u00e8re approximation&nbsp;: ce qui meut et \u00e9meut, met en mouvement <em>corps et \u00e2me<\/em>, met en branle l\u2019affect et le d\u00e9sir du sujet (un geste, un regard,\u2026), d\u00e9sir qui s\u2019\u00e9meut lui-m\u00eame et \u00e9meut (d\u2019\u00eatre \u00e9mu) l\u2019autre en retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9raisonnables sont ceux qui veulent penser, \u00e0 leur corps d\u00e9fendant, que la raison raisonnante, pure de toute exp\u00e9rience sensorielle, les mettrait \u00e0 l\u2019abri de la folie. Ils se ferment d\u00e8s lors \u00e0 l\u2019affect et \u00e0 ses risques de d\u00e9bordement\u2026 de l\u2019\u00e9motion jusqu\u2019au sentiment (de la d\u00e9pendance jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ali\u00e9nation&nbsp;; de la confusion jusqu\u2019\u00e0 la dissolution du moi\u2026), ceux qui g\u00e8rent leur \u00ab&nbsp;<em>commerce<\/em>&nbsp;\u00bb objectal sans perdre de vue l\u2019\u00e9cart narcissico-objectal, consid\u00e9rant que la liaison amoureuse pourrait, \u00eatre l\u00e9sion de soi par envahissement du territoire de leurs propri\u00e9t\u00e9s, alors qu\u2019elle est l\u00e9gion d\u2019attractions rythmiques multiples et d\u2019autant d\u2019ouvertures possibles. Bref \u00e0 ceux qui ont la passion tremblante rappelons que \u00ab&nbsp;<em>tout \u00e7a n\u2019est qu\u2019un jeu<\/em>&nbsp;\u00bb certes dangereux mais\u2026 que l\u2019amour est illusion mobilisatrice, asymptote toujours fuyante, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et \u00e9ternelle, dans les intermittences du c\u0153ur\u2026 c\u2019est mourir et ressusciter, perdre la t\u00eate et retrouver ses esprits. Se montrer trop raisonnable, exigeant trop de preuves mat\u00e9rielles, s\u2019interrogeant trop sur sa gen\u00e8se et ses conditions, t\u00e2tonnant (tourner autour en l\u2019\u00e9vitant) \u00e7a leur perturbe le lucre\u2026 si \u00e7a n\u2019est celui de la ma\u00eetrise. En pensant \u00e9viter le risque de d\u00e9ception-frustration-humiliation avec le retournement haineux de l\u2019amour devenu vache, ils perdent l\u2019essentiel. Au sens propre, l\u2019amour fou pourrait \u00eatre celui qui <em>tombe sur\u2026<\/em> ou <em>se saisit<\/em> d\u2019un homme ou d\u2019une femme, victime, plus ou moins consentante-assentante, pour <em>le plus<\/em> d\u2019une d\u00e9mence li\u00e9e \u00e0 un coup de foudre ou d\u2019une ali\u00e9nation par possession, pour <em>le moins<\/em> d\u2019une obsession qui finit par convertir le sujet \u00e0 la loi de sa logique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour fou est donc tout sauf courtois ou bourgeois, soit poliss\u00e9 ou calcul\u00e9\u2026 le mirage d\u2019une oasis plant\u00e9e entre le d\u00e9sir et le devoir quand <em>\u00e7a<\/em> n\u2019est pas dans le <em>d\u00e9sert de l\u2018amour<\/em> originel qui d\u00e9bouche sur une stabilit\u00e9 de l\u2019imparfait but\u00e9e sur la r\u00e9p\u00e9tition. Il est plein d\u2019ardeur, pulsionnel et affectif <em>en diable<\/em> et ne vise pas un bonheur climatis\u00e9, celui des mis\u00e9rables vendeurs de bonheur <em>boudhinistes<\/em> et adeptes du <em>faire le vide<\/em> qui dealent si habilement la vision traditionnelle qu\u2019ont leurs lecteurs d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour fou a plut\u00f4t tout \u00e0 avoir avec faire le plein des sens et d\u2019essence (le sens advient \u00e0 partir des mouvements et des transformations des \u00e9tats de plaisir-d\u00e9plaisir) pour pouvoir r\u00e9pondre aux questions pressantes de l\u2019\u00eatre et de l\u2019avoir, du d\u00e9sir et du besoin, de l\u2019\u0152dipe et de l\u2019archa\u00efque&nbsp;; il est fait d\u2019un restant de trop plein de caprices et d\u2019enfantillages pour un jeu d\u2019adulte sans trop de r\u00e8gles&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Vouloir, d\u00e9sirer, aimer, c\u2019est gu\u00e9rir et c\u2019est ch\u00e9rir. Tour \u00e0 tour et selon le ton qu\u2019on lui donne, il exprime la passion la plus imp\u00e9rative, le caprice le plus l\u00e9ger. C\u2019est un ordre ou une pri\u00e8re, une d\u00e9claration ou une condescendance. Parfois ce n\u2019est qu\u2019une ironie<\/em>&nbsp;\u00bb.<sup>1<\/sup>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>En tout \u00e9tat de cause, cet amour \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb se doit de d\u00e9passer la mesure, ou pour le moins de ne pas trop en avoir le sens (de la mesure), et d\u2019\u00eatre suffisamment d\u00e9raisonnable jusqu\u2019\u00e0 encourir le risque de d\u00e9couvrir le sixi\u00e8me sens\u2026 celui du manque. Dont certains pensent qu\u2019il est l\u2019essence m\u00eame du d\u00e9sir et donc de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Et de fait l\u2019amour n\u2019est-il pas a-social (les amoureux sont seuls au monde) et a-moral (hors la loi &#8211; il n\u2019a <em>jamais jamais<\/em> connu de loi) tant les deux protagonistes sont pr\u00eats \u00e0 se et lui demander l\u2019impossible (rien n\u2019est trop\u2026 beau ni trop grand, pour toi et pour lui\u2026 notre amour) et donc toujours dispos\u00e9s \u00e0 avoir recours au r\u00eave et \u00e0 l\u2019imaginaire quand ce n\u2019est pas prendre secours aupr\u00e8s de l\u2019illusion et du d\u00e9lire. Il peut \u00eatre jug\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9 et inconsid\u00e9r\u00e9, lorsqu\u2019il appara\u00eet \u00eatre dict\u00e9 par l\u2019ubris (\u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb qui consiste \u00e0 vouloir aller au-del\u00e0 du possible\u2026 mais n\u2019est-ce point une autre folie que de ne c\u00e9der qu\u2019\u00e0 la facilit\u00e9&nbsp;?), quand \u00ab&nbsp;<em>le d\u00e9bordement de la libido du moi sur l\u2019objet a la force de supprimer les refoulements et de r\u00e9tablir les perversions en \u00e9levant l\u2019objet au rang d\u2019id\u00e9al sexuel<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>. Ou encore pervers quand la libido s\u2019associe \u00e0 la pulsion de mort, non plus seulement pour ravir mais pour envahir et s\u2019emparer du territoire de l\u2019objet et en jouir\u2026 \u00e0 la limite de la chosification <em>via<\/em> la d\u00e9sobjectalisation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Autrefois-Ailleurs\u2026 Ici et maintenant<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019amour est un mal du pays (\u2026) L\u2019inqui\u00e9tant, le Unheimliche, est dans ce cas, ce qui \u00e9tait jadis le Heimisch, le chez soi, les parties g\u00e9nitales ou le corps de la m\u00e8re, ce qui est familier depuis longtemps<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Seulement dedans, aussi dehors<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr (?!), avec Freud, l\u2019amour est un r\u00eave d\u2019enfance o\u00f9 \u00ab&nbsp;<em>la m\u00e8re acquiert une importance unique, incomparable, inalt\u00e9rable et permanente et devient pour les deux sexes, l\u2019objet du premier et du plus puissant des amours, prototype de toutes les relations amoureuses ult\u00e9rieures<\/em>&nbsp;\u00bb. D\u00e8s lors \u00ab&nbsp;<em>trouver l\u2019objet n\u2019est jamais qu\u2019une retrouvaille<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 r\u00eav\u00e9 et aim\u00e9 par l\u2019objet primaire, dans le don et jusqu\u2019\u00e0 la folie de soi, sans condition (au-del\u00e0 d\u2019un investissement narcissique) donne une assurance inalt\u00e9rable, et m\u00eame une autorit\u00e9 (li\u00e9e \u00e0 l\u2019estime de soi que cela octroie) et donc un courage. Le courage d\u2019aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre, et de (re)trouver la s\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9<sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi et corr\u00e9lativement pour le m\u00eame Freud, le bonheur ne serait possible que dans la satisfaction d\u2019un d\u00e9sir infantile<sup>7<\/sup>&nbsp;; le d\u00e9sir ne serait donc pas mu par le besoin biologique de la rencontre d\u2019avec l\u2019\u00e9tranger (avec son risque de menace-violation du territoire et de l\u2019identit\u00e9 confondus et de d\u00e9possession de soi), mais bien par celui de retrouver son origine et avec elle\u2026 continuit\u00e9 et coh\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le site <em>en soi<\/em> pour l\u2019\u00e9tranger est celui occup\u00e9 par l\u2019objet primaire internalis\u00e9. Et poussant plus loin\u2026 du m\u00eame \u00e9ternel d\u00e9sillusioniste encore, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019amour infantile est sans mesure, il r\u00e9clame l\u2019exclusivit\u00e9 et ne se contente pas de fragments<\/em>&nbsp;\u00bb. Sur le premier objet d\u2019amour au fondement de l\u2019\u00e9closion de la vie psychique de l\u2019enfant, Julio Cortazar ajoutait magnifiquement \u00e0 ces freudaines que l\u2019adolescent est le \u00ab&nbsp;<em>nouveau Narcisse<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup> qui se \u00ab&nbsp;<em>mire en la tremblante clart\u00e9, mais ne voit dirait-on que sa m\u00e9moire \u00e9prise\u2026 l\u2019inaccessible image d\u2019une femme perdue en une lointaine contemplation<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, dans le <em>t\u00eate \u00e0 t\u00eate<\/em> amoureux adolescent sur les bancs publics (qui a remplac\u00e9 depuis des lustres et belle lurette le <em>joue contre joue<\/em> des rallyes et des bals populaires), et qui n\u2019est pas sans rappeler celui qui a pu pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l\u2019allaitement dans la relation m\u00e8re-enfant (qui lui-m\u00eame pallie tant bien que mal \u00e0 la r\u00e9cente s\u00e9paration de leurs deux corps)&nbsp;; et bien avant que n\u2019adviennent les lignes de front du n\u00e9goce amoureux adulte, les deux jeunes tourtereaux ne se regardent-ils pas les yeux dans les yeux, de tous leurs yeux se voient (double pl\u00e9onasme utile), plongent leur m\u00e9moire dans les yeux de l\u2019autre, jusqu\u2019\u00e0 se choisir (plus ou moins n\u00e9vrotiquement) en regard de la projection <em>en l\u2019autre<\/em>, de l\u2019image de l\u2019objet perdu et ainsi retrouv\u00e9. Chacun est le miroir de l\u2019autre, et dans l\u2019interface se partage le sensible\u2026 tout est affaire de cadrage et de mouvement. Ici, il est de la plus haute importance de pouvoir reprendre son souffle avant de poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce\u2026 <em>les yeux dans yeux<\/em>\u2026 n\u2019est donc pas (encore) le face \u00e0 face du conflit narcissique, il abolit la distance et donc l\u2019isolement, et (de ce fait m\u00eame) aussi le temps (le temps mort de la solitude), au vertige et au risque de la confusion des espaces physiques et des g\u00e9n\u00e9rations dans un hors temps qui comprend tous les temps, et \u00e0 ceux de ne plus se mirer et de ne plus exister que dans un seul regard, celui de l\u2019autre\u2026 <em>dans ses yeux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le coup de foudre, le ravissement, l\u2019\u00e9namoration est un court-circuit de la perception permettant une A-perception (A-privatif) autorisant toutes les hallucinations, justifiant toutes les confusions transf\u00e9rentielles (<em>translatio<\/em>-d\u00e9placement translatif, mouvement \u00e9motionnel) entre l\u2019objet primaire (internalis\u00e9) et le nouvel objet externe (id\u00e9alis\u00e9), entre le r\u00e9el et l\u2019imaginaire, entre soi et son suppos\u00e9 double, alter \u00e9go, moiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant que la lune de miel, une triste nuit \u00e9clips\u00e9e, n\u2019installe au grand jour, la vision de l\u2019\u00e9cart entre les deux protagonistes. Et que d\u00e8s lors, soit il y a un investissement positif de cet \u00e9cart salvateur qui paradoxalement raffermit le lien, soit que la d\u00e9sillusion-d\u00e9sid\u00e9alisation massive et brutale entra\u00eene une rupture plus ou moins haineuse \u00e0 la hauteur de l\u2019investissement et de la d\u00e9ception. C\u2019est le temps de l\u2019amour vache\u2026 qui a vu passer le train sans pouvoir le prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce t\u00eate \u00e0 t\u00eate, les yeux dans les yeux, si chacun percevait v\u00e9ritablement l\u2019autre plut\u00f4t que ne le r\u00eavait ou (pour faire plus jeune, l\u2019hallucinait), il le verrait alors, de tous ses yeux le verraient, tel qu\u2019en lui-m\u00eame dans toute sa configuration et dans toutes ses imperfections\u2026 trous, cavit\u00e9s, orbites, pleins et vides, endroits et envers, et tr\u00e8s vite d\u00e9fensivement clignerait des yeux et le partielliserait. C\u2019est d\u2019ailleurs symptomatiquement le cas d\u00e8s qu\u2019il y a une rupture dans la continuit\u00e9 du lien t\u00e9l\u00e9pathique&nbsp;; le sujet confront\u00e9 alors au tranchant du r\u00e9el, sans le filtre du moindre parexcitation, s\u2019aper\u00e7oit, parfois un peu tard, que ce tout-m\u00e9dusant, ce soleil trompeur int\u00e9grait de nombreux petits riens&nbsp;: le galbe d\u2019une hanche, la ligne d\u2019un sein\u2026 la couleur de ses yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour serait donc cette folie autoris\u00e9e et assentie de pouvoir projeter une image sur le miroir-\u00e9cran du visage de l\u2019autre et de se faire son film\u2026 au risque de l\u2019in\u00e9vitable perception de l\u2019inad\u00e9quation entre cette image int\u00e9rieure et l\u2019image externe\u2026 au r\u00e9veil. Ouvrir les yeux trop t\u00f4t et c\u2019est le risque de contamination par l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019autre&nbsp;; le r\u00eave vire alors au cauchemar, avec pour seule possibilit\u00e9 de reprise de continuit\u00e9 (pour certains sujets limites), le recours au retour de la douleur primitive dans <em>l\u2019amour mis \u00e0 mort<\/em>. Sacrifice au surmoi de ce nouvel amour qui risquait de supplanter le premier avec ce qu\u2019il \u00e9veillait de \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Volupt\u00e9 complaisante \u00e0 la douleur de soi&nbsp;; reflet de celle de l\u2019autre autrefois per\u00e7ue dans la d\u00e9pression maternelle&nbsp;? Les deux certainement qui concourent \u00e0 l\u2019insatisfaction qui creuse ce petit noyau m\u00e9lancolique si touchant voire si s\u00e9duisant chez les sujets limites que certains vont sadiser pour satisfaire un masochisme gardien d\u2019une vie ancienne o\u00f9 la tristesse de l\u2019objet culpabilisait le sujet de sa capacit\u00e9 \u00e0 le faire souffrir&nbsp;: Elle\u2026 il n\u2019y avait et il n\u2019y a qu\u2019elle qui puisse s\u2019abandonner ainsi (et abandonner le sujet)\u2026 comme \u00e7a&nbsp;; le faire jouir et souffrir comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re le sein et le visage-regard maternel\u2026 n\u2019oublions pas les dessous de la mer quand elle est d\u00e9mont\u00e9e, l\u2019archa\u00efque qui rode\u2026 attend son heure pour faire retour. Le dur m\u00e9tier de m\u00e8re (et d\u2019analyste) est de tout accueillir y compris ce qui la (le) fait souffrir sans repr\u00e9sailles\u2026 voil\u00e0 ce qui n\u2019eut pas lieu d\u2019\u00eatre pour le sujet limite.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez le n\u00e9vros\u00e9, le r\u00eave vire non au cauchemar mais aux multiples r\u00eaveries quotidiennes\u2026 l\u2019amour c\u2019est justement quand <em>\u00e7a n\u2019est plus \u00e7a<\/em> et que <em>cela devient plus et autre chose que \u00e7a<\/em>, quand l\u2019instinctuel s\u2019\u00e9l\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 l\u2019amour, le besoin jusqu\u2019au d\u00e9sir, et que le sexe se confond avec le sacr\u00e9 dans la possibilit\u00e9 d\u2019engendrer et d\u2019enfanter. Les femmes et les hommes toujours font grandir l\u2019objet aim\u00e9, quand cr\u00e8ve leur enfance\u2026 alors peuvent \u00e9merger des \u00e9v\u00e9nements inou\u00efs\u2026 alors place \u00e0 la cr\u00e9ation. Fin de la r\u00e9gression.<\/p>\n\n\n\n<p>Et oui avec le sujet-limite, il faut tout particuli\u00e8rement en revenir au commencement\u00a0: \u00ab\u00a0<em>c\u2019est dans l\u2019espace tragique qu\u2019est la famille o\u00f9 se meuvent et se m\u00ealent pour la premi\u00e8re fois les liens d\u2019amour et de haine, avec ses proches, que l\u2019intersubjectivit\u00e9 primaire, d\u2019abord et avant tout corporelle et affective et rapidement \u00e9motionnelle, a \u00e9t\u00e9 fondatrice de l\u2019objectivit\u00e9 du monde<\/em>\u00a0\u00bb<sup>9<\/sup>. C\u2019est dire que ce f\u00fbt l\u00e0 et en ces temps-l\u00e0 que se jouait la part de cr\u00e9dit que le sujet pouvait accorder au monde, selon la qualit\u00e9 de la r\u00e9ponse de la m\u00e9diatrice de celui-ci, la m\u00e8re\u00a0; un cr\u00e9dit d\u2019amour et de confiance s\u2019il est bienveillant\u00a0; de haine et d\u2019indiff\u00e9rence s\u2019il exerce des repr\u00e9sailles ou demeure silencieux\u2026 dans une fin de non recevoir. En ajoutant et trahissant Evelyne Kestemberg que tout ou partie va se (re)jouer \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Corps \u00e0 corps \u00e0 corps perdus<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les yeux dans les yeux, abordons donc les rivages des corps \u00e0 corps. Tant il est vrai avec Pascal que \u00ab\u00a0<em>les passions de feu ne sont que des sentiments et des pens\u00e9es qui si elles appartiennent purement \u00e0 l\u2019esprit, sont occasionn\u00e9es par le corps<\/em>\u00a0\u00bb<sup>10<\/sup>. Et qu\u2019\u00e0 l\u2019adolescence tout particuli\u00e8rement, en mati\u00e8re de sentiment, c\u2019est bien l\u2019intensit\u00e9 (l\u2019\u00e9chauffement jusqu\u2019au volcanisme) qui fait le tout de l\u2019affaire\u2026 Plus et avant que le contenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9voquerons un mod\u00e8le catoptrique<sup>11<\/sup>, celui de l\u2019affect en son lien premier avec le corps&nbsp;: un sujet est per\u00e7u, touch\u00e9, ressent, endure, \u00e9prouve, souffre\u2026 par et\/ou pour un autre sujet quelque chose (\u00ab&nbsp;la chose&nbsp;\u00bb) qui n\u2019est pas encore circonscrit(e) dans une \u00e9motion (qui est un \u00e9tat physique et mental) et <em>a fortiori<\/em> un sentiment (qui est l\u2019interpr\u00e9tation subjective que l\u2019on s\u2019en fait). Cet \u00e9prouv\u00e9 \u00e9mane directement de son corps affect\u00e9 par le corps de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Une inter-physiologie<sup>12<\/sup> et une intersubjectivit\u00e9\u2026 l\u2019homme et la femme captifs de leurs sens, proches de leurs racines biologiques, sont seuls \u00e0 m\u00eame capables de palper animalement l\u2019ordre du monde\u2026 bien avant que d\u2019en produire une histoire. D\u2019abord\u2026 parce que c\u2019est lui&nbsp;; parce que c\u2019est moi. Son corps s\u2019irrite, se tend, se r\u00e9tracte, ou se fait bouger par ce quelque chose, qui lui arrive en provenance d\u2019un autre corps lui-m\u00eame \u00e9prouv\u00e9. Qui a commenc\u00e9 est \u00e9videmment une trop vaste question pour \u00eatre abord\u00e9e ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9prouv\u00e9 devient (myst\u00e9rieusement\u2026 c\u2019est le d\u00e9but du saut du somatique au psychologique) affect (dont la partie endosomatique laisse sourdre chaleurs et frissons). Contrairement \u00e0 l\u2019image r\u00e9fl\u00e9chie par un miroir, cet \u00e9prouv\u00e9 n\u2019a pas de r\u00e9pondant-copie dans le monde r\u00e9el (l\u2019affect de l\u2019autre comme de soi implique d\u2019embl\u00e9e la subjectivit\u00e9). Si donc l\u2019affect est la copie de quelque chose, c\u2019est bien de la pulsion\u2026 soit d\u2019un quantum d\u2019excitations plus ou moins d\u00e9j\u00e0 gain\u00e9 si ce n\u2019est orient\u00e9 (par l\u2019\u00e9ducation\u2026 le surmoi et l\u2019id\u00e9al du moi&nbsp;; pulsion qui m\u00e9conna\u00eet son origine et son but\u2026 ou pulsion de\u2026). Cette pulsion si difficilement concevable (et dont on attend la preuve de la r\u00e9alit\u00e9) n\u2019est en d\u00e9finitive perceptible qu\u2019au travers de ses manifestations&nbsp;: l\u2019acte de d\u00e9charge ou l\u2019affect-action, soit le mouvement \u00e9motionnel (<em>in<\/em> ou <em>out<\/em>) du sujet en r\u00e9ponse \u00e0 une sollicitation de l\u2019objet. Dans ce syst\u00e8me, c\u2019est l\u2019affect (et en de\u00e7\u00e0 la pulsion) de l\u2019autre qui provoque l\u2019affect en soi (et active ou r\u00e9-active la pulsion du r\u00e9cepteur). Autrement dit, c\u2019est le corps travers\u00e9 et infiltr\u00e9 par la libido d\u2019un sujet<sup>13<\/sup> (corps qui se diff\u00e9rencie alors du soma) qui provoque et \u00e9meut le corps d\u2019un autre sujet. Les exemples pullulent dans la vie adulte de contaminations affectives sans repr\u00e9sentation consciente (les larmes ou les rires jusqu\u2019au fou rire toujours douloureux, cruel et caustique&nbsp;; la crise nerveuse o\u00f9 le corps sue litt\u00e9ralement d\u2019angoisse) qui se transmettent de visage \u00e0 visage, de corps \u00e0 corps, sans conscience claire de ce qui est \u00e0 rire ou \u00e0 pleurer. La question demeure&nbsp;: transmission inconsciente ou mim\u00e9tisme animal&nbsp;? Et si l\u2019autre question\u2026 par o\u00f9 \u00e7a passe (\u00e9videmment par le syst\u00e8me nerveux et les hormones)\u2026 est plus ou moins r\u00e9solue, et n\u2019en d\u00e9plaise aux nouveaux scientistes, le probl\u00e8me ne se solde pas par l\u2019impossibilit\u00e9 de mettre en \u00e9vidence une telle transmission inconsciente, si elle existe. En tout cas pour le psychanalyste, si la conscience oublie et si il n\u2019y a pas plus dangereux qu\u2019un souvenir tant la m\u00e9moire est manipulatrice et falsificatrice, l\u2019inconscient au plus proche des traces, engramm\u00e9es, restes corporels, lui n\u2019oublie pas et nous ram\u00e8ne chaque nuit sur les lieux de nos amours et de nos crimes, de nos affres et de nos tourments. En tout cas pour ceux qui, paresseux\u2026 ne passent pas uniquement leur nuit \u00e0 dormir\u2026 mais aussi \u00e0 r\u00eaver peut-\u00eatre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Avan\u00e7ons que le cha\u00eenon manquant entre soma et psych\u00e9 pourrait bien \u00eatre l\u2019inconscient en son terreau corporel\u2026 et donc, le langage secret de l\u2019amour, celui des sensations corporelles devenues affects et pr\u00e9-repr\u00e9sentation puis \u00e9motion et sentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc bien (pour nous) l\u2019aimantation pulsionnelle du sujet par l\u2019objet qui g\u00e9n\u00e8re la r\u00e9flexivit\u00e9 et amorce le narcissisme primaire&nbsp;; ce qui ne laisse pas d\u2019\u00eatre perplexe quant \u00e0 la possible compr\u00e9hension des tensions, angoisses, jalousies propres aux frottements humains. Et ce tout particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019adolescence, quand et o\u00f9 surgit la connaissance puis la conscience de l\u2019amour, de sa pratique, de son \u00e9motion, de son sentiment, de sa valeur, et de son plaisir dans un mixte charnel et psychique, \u00e0 la fois radicalement nouveau et \u00e9trangement familier. Jamais la science physicochimique et les th\u00e9ories attachementistes (Bowlby&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le symbolique doit \u00eatre abandonn\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb) ne r\u00e9soudront seules un probl\u00e8me, une difficult\u00e9, une douleur amoureuse, sentimentale, esth\u00e9tique, morale. Et oui c\u2019est \u00e0 l\u2019adolescence (premi\u00e8re et deuxi\u00e8me&nbsp;; d\u00e9mon de midi et de minuit) qu\u2019on tombe fou amoureux. A l\u2019\u00e2ge de la po\u00e9sie et des boutons, du psychique le plus \u00e9th\u00e9r\u00e9 et du biologique le plus hormonal, cet \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on t\u00e2tonne plus ou moins aveugle, ob\u00e9issant \u00e0 des ordres et des commandements int\u00e9rieurs qu\u2019on ne comprend pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9tonateur, fondamentalement corporel et sentimental, r\u00e9activerait donc \u00e0 l\u2019adolescence une \u00ab\u00a0<em>bombe du temps<\/em>\u00a0\u00bb de l\u2019enfance<sup>14<\/sup>, qui explose en diff\u00e9rents sympt\u00f4mes. Celle-ci \u00e9tait amorc\u00e9e par une probl\u00e9matique centrale pour le sujet limite\u00a0: l\u2019absence de la m\u00e8re aux autres, comme \u00e0 elle-m\u00eame du fait d\u2019une d\u00e9tresse, d\u2019un d\u00e9sarroi ou d\u2019une d\u00e9pression limite\u00a0; l\u2019immense souffrance g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la rupture de continuit\u00e9 et sa cons\u00e9quence, la dysharmonie dans l\u2019enfance installant un trou dans le temps et la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre (qui va se revivre \u00e0 l\u2019adolescence \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une d\u00e9ception sentimentale, premier facteur de d\u00e9compensation, apr\u00e8s que de \u00ab\u00a0compensation\u00a0\u00bb des sujets limites)\u00a0; l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019absence (a-privatif\u2026 absence des sens et de sens) souffrance insens\u00e9e d\u2019\u00eatre sans lien, non port\u00e9<sup>15<\/sup>, investi, valid\u00e9, aim\u00e9, pens\u00e9, r\u00eav\u00e9, parl\u00e9\u2026 la r\u00e9solution de cette ali\u00e9nation dans l\u2019orgasme synchronique dans le sympt\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Toujours la m\u00eame histoire sans cesse recommenc\u00e9e\u2026 en attente d\u2019une nouvelle vague<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour le sujet limite, cet id\u00e9aliste qui attend tout de lui, cet amour fou devrait \u00eatre absolu et \u00e9ternel\u2026 intense depuis toujours, et m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 la haine quand le narcissisme (l\u2019amour-propre) est bless\u00e9\u2026 aussi exprime-t-il son besoin-d\u00e9sir avide dans la violence tant sa passion le fait saigner d\u2019une h\u00e9morragie narcissique d\u2019h\u00e9mophile. C\u2019est souvent, si ce n\u2019est toujours, la m\u00eame histoire bien trop pr\u00e9visible car inscrite ontologiquement dans une ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019absence. C\u2019est une histoire d\u2019identification oblig\u00e9e par n\u00e9cessit\u00e9 de survie entre un chasseur et sa proie, un bourreau et sa victime, un \u00e9lu et un damn\u00e9\u2026 sans que le d\u00e9tective sauvage qu\u2019est le sujet-limite ne puisse v\u00e9ritablement tomber amoureux de l\u2019objet de son enqu\u00eate dont l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 (celle-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il recherche) toujours lui \u00e9chappe. Alors il ne lui reste plus qu\u2019\u00e0 l\u2019inventer, qu\u2019\u00e0 la recr\u00e9er\u2026 sans cesse la recommencer.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr\u2026 cet amour fou l\u00e0 (du sujet limite) na\u00eet du manque d\u2019amour et ce d\u00e9sir \u00e9perdu l\u00e0 du manque de d\u00e9sir. Tout de son statut \u00e9mane d\u2019une discontinuit\u00e9 constitutive. Et ce d\u00e8s l\u2019origine, et dans le transcorporel\u2026 une meurtrissure dans la chaude mati\u00e8re des origines. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 le postulat freudien que l\u2019objet d\u2019amour primaire est pour l\u2019enfant l\u2019unique puissance secourable et le premier objet hostile, et apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 aussi que l\u2019\u00e9rotique dans les \u00e9changes primitifs n\u2019est pas ce qui est le mieux partag\u00e9 au monde (entre l\u2019enfant dans <em>la nature<\/em> jouissant de la libert\u00e9 corporelle et mentale, l\u2019enfant dans <em>la culture<\/em> plus ou moins brim\u00e9 au nom du primat de la s\u00e9curit\u00e9 corporelle et mentale, et l\u2019enfant dans la religion\u2026 du puritanisme protestant \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 chr\u00e9tienne et en passant par tous les int\u00e9grismes juifs et musulmans&nbsp;; nous avons fait n\u00f4tre l\u2019option que la stimulation tendre d\u2019une m\u00e8re pas trop d\u00e9go\u00fbt\u00e9e par des d\u00e9go\u00fbts ant\u00e9rieurs (de la peau et des orifices du corps de l\u2019enfant) sa libidinalisation, a le don (et non le pouvoir) d\u2019encorbeller et de litt\u00e9ralement envelopper en un tout unifi\u00e9 les excitations diffuses de l\u2019enfant, et d\u2019ainsi favoriser l\u2019int\u00e9gration par lui de son moi corporel. Et aussi de faire \u00ab&nbsp;co-nna\u00eetre&nbsp;\u00bb (na\u00eetre avec) le plaisir (unification des sens) plut\u00f4t que la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi peut-on penser l\u2019accordage corporel comme terreau de l\u2019accordage psychique, l\u2019accordage libidinal des excitations sexualis\u00e9es comme terreau de l\u2019accordage affectif et \u00e9motionnel. Ainsi peut-on penser que c\u2019est la sexualisation des exp\u00e9riences de satisfactions primaires qui leur ajoute un quantum de plaisir\u2026 et que c\u2019est ce quantum de plaisir qui permet de les int\u00e9grer corporellement (autosensualit\u00e9) et psychiquement (auto-\u00e9rotismes). Sans celles-ci, point de jouissance et exp\u00e9rience agonique \u00e0 un moment de construction corporelle et psychique de soi, douleur physique et blanc psychique, qui eux ne sont pas ou peu int\u00e9grables et repr\u00e9sentables, et trouvent \u00e0 se revivre plus qu\u2019\u00e0 se rem\u00e9morer dans la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition\u2026 dans une recherche morbide de soi-m\u00eame infinie.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons avanc\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 poser que l\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9isation du corps de l\u2019enfant par la m\u00e8re, de cette surface (le moi-surface corporelle, <em>\u00e9tendue qui s\u2019ignore<\/em> de Freud, le <em>moi-peau<\/em> de Didier Anzieu\u2026), qui va \u00ab&nbsp;connecter&nbsp;\u00bb sa psych\u00e9 avec le monde externe, lui donne l\u2019exp\u00e9rience et l\u2019\u00e9preuve d\u2019un premier contact avec une premi\u00e8re surface du monde ext\u00e9rieure \u00e0 lui, en l\u2019occurrence le corps maternel. Si \u00e7a n\u2019est pas le cas, ou de mani\u00e8re insuffisante, partielle ou discontinue, alors on peut appr\u00e9hender les \u00e9prouv\u00e9s de l\u2019<em>infans<\/em>, d\u2019\u00eatre enferm\u00e9, encag\u00e9, embastill\u00e9 dans son propre corps, sa propre virginit\u00e9, sa propre asc\u00e8se, et le risque de d\u00e9veloppement d\u2019une autosensualit\u00e9 et d\u2019une pr\u00e9-pens\u00e9e en vase clos, entrecoup\u00e9e de moments de rage narcissique lors de d\u00e9bordements pulsionnels&nbsp;: auto\u00e9rotismes mentaux et corporels non nourris de l\u2019objet et versant dans un automatisme mortif\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous privil\u00e9gions les traces du corps de la m\u00e8re sur celui de l\u2019enfant\u2026 et la possibilit\u00e9 pour l\u2019enfant d\u2019\u00eatre contin\u00fbment affect\u00e9 par ses traces en soi et g\u00e9n\u00e9ratrices de soi vivantes&nbsp;; et de possiblement en jouir. Ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu a \u00e9t\u00e9 vrai et beau\u2026 l\u2019objet a r\u00e9pondu aux attentes\u2026 qu\u2019il ne le soit plus \u00e0 un moment donn\u00e9 (sevrage) n\u2019annule rien de ce qui a \u00e9t\u00e9 et reste trace &#8211; f\u00fbt ce un reste&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re v\u00e9rit\u00e9 subjective de l\u2019\u00eatre, et sa jouissance <em>corps et \u00e2me<\/em>, va \u00eatre \u00ab&nbsp;travaill\u00e9e&nbsp;\u00bb par la sexualit\u00e9 infantile et ses th\u00e9orisations, et le message de l\u2019Autre puis des nombreux autres. Mais il est \u00e0 parier qu\u2019il reste un fond de base issu des premi\u00e8res interrelations pr\u00e9coces, toujours agissant et toujours \u00e0 rechercher en ce qu\u2019il correspondrait (avec toutes les reconstructions possibles) \u00e0 un espace-temps o\u00f9 les besoins affectifs et sensuels des deux protagonistes, la m\u00e8re et l\u2019enfant \u00e9taient combl\u00e9s dans une illusion de pl\u00e9nitude niant la s\u00e9paration. Et que si \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas le cas, les effets de l\u2019absence de traces et\/ou de traces absentes, sont \u00e0 risque d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 des trous dans la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre en formation. \u00c0 ce titre, l\u2019amour fou des patients limites est une maladie de la s\u00e9paration provoqu\u00e9e par les m\u00e9tamorphoses d\u2019un corps qui se souvient d\u2019anciens chaos dans la continuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr (?), le moi [qui n\u2019est pas le soi (le moi priv\u00e9)\u2026 mais son envers social soit trop souvent le narcissisme de l\u2019imb\u00e9cilit\u00e9] est l\u2019ennemi (moi\u2026 toujours moi&nbsp;! Il n\u2019y en a que pour moi&nbsp;!)\u2026et le but est l\u2019amour (mais l\u2019autre\u2026 l\u2019autre est bien attirant). Aussi la petite ou grande mort du moi dans l\u2019amour fou, peut-il \u00eatre le prix (certes \u00e9lev\u00e9) non du bonheur mais de la jouissance. Mais s\u2019il y faut un total abandon<sup>16<\/sup>, (\u00ab&nbsp;<em>l\u2019amour est cette affection de l\u2019\u00e2me qui fait d\u2019un \u00eatre la chose de l\u2019autre<\/em>&nbsp;\u00bb), toujours \u00e0 la certitude de l\u2019\u00e9lan vers l\u2019autre r\u00e9pondra l\u2019incertitude de la position de l\u2019autre&nbsp;: sera-t-il l\u00e0 o\u00f9 je le cherche, l\u00e0 o\u00f9 je pose mon besoin et mon d\u00e9sir\u2026 mon id\u00e9al&nbsp;; o\u00f9 sont les preuves&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais bien s\u00fbr aussi, \u00ab&nbsp;<em>un solide \u00e9go\u00efsme peut pr\u00e9server de la maladie<\/em>&nbsp;\u00bb, mais \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 la fin l\u2019on doit se mettre \u00e0 aimer pour ne pas tomber malade<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019amour\u2026 il faudrait donc savoir et ne pas savoir, pour pouvoir tomber (de son pi\u00e9destal narcissique), et totalement s\u2019abandonner pour aimer et jouir.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est toujours affaire d\u2019\u00e9quilibre chez Freud qui pr\u00e9conise toujours de consommer avec mod\u00e9ration (l\u2019\u00e9conomie psychique toujours en ligne de mire) et rappelle que de toute fa\u00e7on&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La libido comme exc\u00e8s narcissique (\u2026) ne se d\u00e9tache du moi, ne se tourne vers les choses ext\u00e9rieures<\/em>&nbsp;\u00bb que lorsque le trop plein d\u2019excitation menace le moi de d\u00e9sagr\u00e9gation<sup>17<\/sup>. Elle verse alors dans l\u2019amour d\u2019un autre que soi, sinon non li\u00e9e (cette libido) devient folle d\u2019elle-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la mortification (pulsion de mort&nbsp;!?). Ainsi et au total, l\u2019amour permet-il une tr\u00eave d\u2019avec soi-m\u00eame de par la gr\u00e2ce accord\u00e9e par l\u2019autre. Aimer ailleurs, jouir avec et dans l\u2019autre, plut\u00f4t que seul fix\u00e9 \u00e0 ses objets infantiles\u2026 ou de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et aussi, posait Freud, il faut prendre en compte qu\u2019il y a une n\u00e9cessit\u00e9 pour la libido de rencontrer un obstacle pour l\u2019accro\u00eetre, comme si il \u00e9tait de son essence de rester toujours insatisfaite&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Aussi \u00e9trange que cela paraisse, je crois que l\u2019on devrait envisager la possibilit\u00e9 que quelque chose dans la nature m\u00eame de la pulsion sexuelle ne soit pas favorable \u00e0 la r\u00e9alisation de sa pleine satisfaction<\/em>&nbsp;\u00bb, et\/ou que l\u2019objet ne puisse \u00eatre que toujours insuffisant \u00e0 contenir cette pulsionnalit\u00e9 l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>A fortiori<\/em> chez le sujet-limite\u2026 qui de manque n\u2019a jamais manqu\u00e9 et que plus que tout autre, il va chercher \u00e0 retrouver pour \u00eatre en continuit\u00e9 avec le manque initial. L\u2019amour fou des sujets-limites, l\u2019objet de leur passion-fusion \u00e0 laquelle et auquel ils peuvent totalement s\u2019abandonner dans un fantasme de retrouvaille avec l\u2019espace originel, c\u2019est l\u2019objet absent. Le <em>no-thing<\/em>, la non-m\u00e8re, le non-sens qui est paradoxalement un objet omnipotent et omnipr\u00e9sent, une chose-une m\u00e8re a-m\u00e8re, un contenant perdu, un sens-celui du hors sens, entre le microcosme \u00e9l\u00e9mentaire et le macrocosme social. La passion\u2026 insiste Cl\u00e9ment Rosset<sup>18<\/sup> est \u00ab&nbsp;<em>toujours in\u00e9puisable et interminable&nbsp;: son objet \u00e9tant manquant<\/em> (son ma\u00eetre Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 d\u2019accord et aurait dit qu\u2019il y a toujours \u00ab&nbsp;un presque rien, un je ne sais quoi&nbsp;\u00bb, et c\u2019est bien ce que l\u2019on observe dans la clinique des sujets-limites contrairement \u00e0 celle des patients psychotiques o\u00f9 il n\u2019y a jamais de fum\u00e9e f\u00fbt-elle \u00e9paisse sans feu f\u00fbt-il petit<sup>19<\/sup>)&nbsp;; elle est assur\u00e9e de ne jamais parvenir \u00e0 ses fins&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes l\u00e0 avec ces sujets \u00e0 la limite de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition\u2026 o\u00f9 \u00ab&nbsp;<em>la force est pr\u00e9dominante, et se saisit du sens, l\u2019accapare, le ligote, s\u2019en empare et le tient prisonnier<\/em><sup>20<\/sup>&nbsp;\u00bb. A la limite d\u2019une illumination-r\u00e9v\u00e9lation de par l\u2019\u00e9quilibre entre force et sens, avec \u00e0 tout moment le risque de l\u2019\u00e9branlement voire de l\u2019anarchie du sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aussi \u00e0 la limite d\u2019une fascination puis addiction et solution perverse sadomasochique dont il va \u00eatre particuli\u00e8rement difficile de se d\u00e9faire. Autant dire que cet objet passionnel addictif qui joue avec et du sujet-limite, de son manque, et de son aura, c\u2019est ce qui lui permet de tenir, de vivre pour se le raconter, de croire (d\u2019avoir la foi pour parler plus jeune) en se payant des mots d\u2019une belle histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment diable se d\u00e9barrasser de l\u2019absence, du trou <em>en soi<\/em> laiss\u00e9 par le disparu ou le non advenu&nbsp;? Avant que de craindre de la refiler \u00e0 sa descendance. \u00ab&nbsp;<em>Est-ce aimer\u2026 Est-ce aimer<\/em>&nbsp;\u00bb chantait Alain Bashung\u2026 et aussi \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019importe l\u2019amour importe, qu\u2019importe l\u2019amour s\u2019exporte<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr (?), l\u2019amour \u00e0 l\u2019adolescence devrait pouvoir \u00eatre un nouveau terrain de jeu dans un espace priv\u00e9 et confidentiel o\u00f9 \u00ab&nbsp;<em>je te fais du bien, tu me fais du bien et \u00e7a reste en nous<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>primum non nocere<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais le probl\u00e8me du sujet-limite, c\u2019est la nostalgie vague et languide de ses amours d\u00e9compos\u00e9s, celle de ses angoisses abyssales associ\u00e9es \u00e0 des douleurs exquises (\u00ab&nbsp;<em>tu me tues tu me fais du bien<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>21<\/sup>, \u00ab&nbsp;<em>que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup>, celle de la souffrance comme source de plaisir (masochisme \u00e9rog\u00e8ne recouvrant et recoudrant le sadisme \u00ab&nbsp;ne t\u2019arr\u00eate pas de frapper jusqu\u2019\u00e0 ce que ta main te fasse mal&nbsp;\u00bb), et de la continuit\u00e9 dans la souffrance \u00e0 deux fusionn\u00e9s (masochisme moral). Dont la fonction \u00e9conomique est de g\u00e9n\u00e9rer les liens d\u2019attachement les plus solides\u2026 l\u2019on se colmate l\u2019un l\u2019autre, tenon et mortaise, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on \u00e9change deux solitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais (?) l\u2019amour, quand \u00e7a devient suffisamment soi et l\u2019autre, devrait \u00eatre plus fort que la simple addition de soi et l\u2019autre&nbsp;! 1+1=3 et non 2 ou 1, m\u00eame si \u00e7a renvoie \u00e0 une surestimation et \u00e0 une id\u00e9alisation de l\u2019autre, comme aux premiers temps de l\u2019objet primaire. Alors qu\u2019\u00e0 un certain niveau de passion et d\u2019indiff\u00e9renciation\u2026 \u00e7a devient au-del\u00e0\u2026 ou en de\u00e7\u00e0 du narcissisme et du bien et du mal. L\u2019individu (non-sujet) se dissout dans une possession \u00ab&nbsp;<em>dramatisant, plus que symbolisant l\u2019indistinction v\u00e9cue du poss\u00e9d\u00e9 et de l\u2019esprit possesseur ou d\u00e9possesseur<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>23<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu me fais du bien<\/em> si la transmission est \u00ab&nbsp;suffisamment incestueuse&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;suffisamment non incestueuse&nbsp;\u00bb. <em>Tu me tues<\/em> si elle est trop incestueuse ou pas assez incestueuse, c\u2019est-\u00e0-dire incestuelle, trop narcissique. <em>Tu me tues<\/em> dans la passion amoureuse car je suis totalement dessaisi de moi \u00e0 ton profit. <em>Tu me fais du bien<\/em>\u2026 de par la gr\u00e2ce d\u2019une tr\u00eave d\u2019avec moi-m\u00eame que cela offre. Tout serait <em>in fine<\/em> avec Winnicott dans ce <em>suffisamment<\/em>, ce quantitatif qui devient du qualitatif, cette suffisante biologie qui devient de la culture. J. Allouch disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9preuve la plus difficile de l\u2019amour\u2026 laisser l\u2019autre \u00eatre seul<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019amour passionnel n\u2019est pas amour d\u2019un objet r\u00e9el qui manque \u00e0 l\u2019appel, mais amour d\u2019un objet irr\u00e9el ou, pour le dire plus radicalement \u00ab&nbsp;amour d\u2019un manque d\u2019objet<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>24<\/sup> finit pas conclure Cl\u00e9ment Rosset. Voil\u00e0 l\u2019appel de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019objet\u2026 non manquant mais plus profond\u00e9ment absent. Et il finit enfin d\u2019en finir en ajoutant\u2026 tragique \u00ab&nbsp;<em>la plainte de l\u2019hyst\u00e9rie s\u2019attaque \u00e0 des objets r\u00e9els pour mieux les accuser&nbsp;; la passion \u00e0 des objets irr\u00e9els pour \u00eatre s\u00fbr de ne jamais les rencontrer<\/em>&nbsp;\u00bb. Il n\u2019est pas exclu que la d\u00e9pression de Cl\u00e9ment Rosset l\u2019emp\u00eache de voir une porte de sortie \u00e0 cette ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019absence. Cette porte, c\u2019est la s\u00e9paration d\u00e9finitive d\u2019avec l\u2019id\u00e9alisation (r\u00e9paration, couverture) de l\u2019objet primaire absent. Et la qu\u00eate d\u2019un autre objet d\u2019amour qui instaurerait la possibilit\u00e9 d\u2019une nouvelle origine. Un nouveau commencement, une renaissance, dans l\u2019exotique\u2026 \u00e9pouser un autre objet et une autre famille avec le risque (incurable \u00e9conomie de la r\u00e9p\u00e9tition) que l\u2019attente du nouvel \u00eatre aim\u00e9 confine \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un nouvel objet qui justifie l\u2019existence du sujet. C\u2019est ainsi que le sujet-limite recommence son histoire et son cirque fun\u00e8bre, il demande \u00e0 l\u2019autre de l\u2019aimer comme il a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire mal (un d\u00e9sir sans objet jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9sobjectalisation\u2026 un d\u00e9sir d\u2019absence d\u2019objet porteur, ouvrant tous deux \u00e0 la voie du sadomasochisme). Et\u2026 tragique, s\u2019il trouve dans les bras, le c\u0153ur, le corps de l\u2019autre, ce qu\u2019il n\u2019a pas eu, il le vivra comme faux, irr\u00e9el, (puisqu\u2019ignorant d\u2019ignorer ce que \u00e7a peut \u00eatre, ou craignant que \u00e7a puisse le d\u00e9saffilier), ou encore le vivant comme une pure fiction (d\u2019abord un mirage, puis un r\u00eave) il demandera alors\u2026 plus vite, plus haut, plus fort, plus cru, plus r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait facile de conclure que chez le sujet-limite primitivement traumatis\u00e9 (en plein et\/ou en creux), il n\u2019y aurait pas \u00e0 proprement parler d\u2019amour (de l\u2019ordre du d\u00e9sir plus ou moins temp\u00e9r\u00e9). Tomber passionn\u00e9ment amoureux rel\u00e8verait plut\u00f4t chez lui du besoin imp\u00e9rieux d\u2019\u00eatre per\u00e7u, reconnu, aim\u00e9\u2026 et de celui de <em>tomber<\/em> toujours excessivement (sans mod\u00e9ration) amoureux, d\u2019y consumer toute sa vie, et de jouir \u00e9go\u00efstement de sa propre passion\u2026 reflet d\u2019une premi\u00e8re passion \u00e9l\u00e9mentaire (pour ne pas tomber malade\u2026ne pas agoniser seul). Tomber\u2026 comme un retour de l\u2019\u00e9prouv\u00e9 primitif de chute, lors du l\u00e2chage par l\u2019objet, un \u00e9prouv\u00e9 de baisse de tension jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effondrement \u00e9nerg\u00e9tique. On peut comprendre d\u00e8s lors que pour les sujets limites, rien ne compte plus que le vertige\u2026 vertige amoureux d\u2019\u00eatre passionn\u00e9ment aim\u00e9\u2026 roi et reine dans le pr\u00e9sent d\u2019un soir&nbsp;; vertige absurde d\u2019\u00eatre juste apr\u00e8s l\u00e2ch\u00e9 et tomber. Vertige des sens et du sens dans un vertige du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le besoin d\u2019enfouissement (maternel) dans l\u2019autre peut devenir dans certaines situations carentielles besoin d\u2019\u00e9treinte forte, comme on le voit chez les sujets limites, difficile \u00e0 contenter au vu des lacunes sous-jacentes \u00e0 combler.<\/p>\n\n\n\n<p>Chuter est certes un mouvement terrible, mais c\u2019est encore un mouvement vivant\u2026 en allemand le participe <em>gefallen<\/em> signifie tomber et aimer. S\u2019enfouir, c\u2019est ne pas pouvoir s\u2019enfuir. Aussi qui sommes-nous (l\u2019auteur de ces textes et les lecteurs complices ou fr\u00e8res n\u00e9vrotico-normaux&nbsp;?) pour juger\u2026 jusqu\u2019\u00e0 interdire aux autres une histoire d\u2019amour\u2026 quelle qu\u2019en soit la forme. Tout le monde a besoin et le droit de vivre une histoire d\u2019amour, d\u2019\u00eatre amoureux et d\u2019aimer. C\u2019est m\u00eame un devoir tant \u00ab&nbsp;<em>l\u2019amour est le moyen invent\u00e9 par la nature pour vaincre la mort<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>25<\/sup>. L\u2019amour contrepoison \u00e0 la mort, quand il permet de crever l\u2019opacit\u00e9 du r\u00e9el\u2026 pour tenter de retrouver une place dans le contenant perdu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Pierre Lou\u00ffs\u00a0: <em>La femme et le pantin<\/em>, Albin Michel, 1998.<\/li><li>Sigmund Freud\u00a0: <em>La vie sexuelle<\/em>. PUF. Biblioth\u00e8que de Psychanalyse. 1999.<\/li><li>Sigmund Freud. <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em>\u00a0; et autres essais\u00a0; Essais. Folio. 1988. <\/li><li>Cesar et Sara Botella.<\/li><li>Sigmund Freud. <em>Ibid op cit.<\/em><\/li><li>Pas de r\u00e9assurance et de s\u00e9curit\u00e9 sans d\u00e9sir donc\u00a0!<\/li><li>Le DSM<\/li><li>Julio Cortazar. <em>Marelle<\/em>. Collection l\u2019Imaginaire. Gallimard. 1981. Nul doute qu\u2019avec Cortazar et le sujet limite, il sera plus question de Narcisse que de \u0152dipe.<\/li><li>Pierre Fedida.<\/li><li>Blaise Pascal\u00a0: <em>Discours sur les passions de l\u2019amour<\/em>. Ed. Mille et une nuits. 1992.<\/li><li>La science des miroirs.<\/li><li>De la vue par la m\u00e8re de son b\u00e9b\u00e9 qui \u00ab\u00a0lui\u00a0\u00bb gonfle les seins et fait jaillir le lait de la tendresse humaine, \u00e0 la vue de l\u2019objet aim\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence qui g\u00e9n\u00e8re frissons et chaleur.<\/li><li>Et aussi de signifiants langagiers et symboliques sociaux-culturels.<\/li><li>\u00ab\u00a0<em>Les paroles du c\u0153ur sont enfantines. Les voix de la chair sont \u00e9l\u00e9mentaires<\/em>\u00a0\u00bb. Paul Valery\u00a0; <em>Monsieur Teste<\/em>. Coll. L\u2019imaginaire, Gallimard. 1992. pp 49.<\/li><li>On ne dira jamais assez qu\u2019un sujet n\u2019existe pleinement qu\u2019en tant qu\u2019il est bien port\u00e9 par un objet id\u00e9al, qu\u2019il tient et ne chute pas que gr\u00e2ce \u00e0 un maximum de contenance et un minimum de contention.<\/li><li>Sigmund Freud. <em>Pour introduire le narcissisme<\/em>. Petite biblioth\u00e8que Payot, Classique, 2004.\u00ab\u00a0<em>La plus haute phase de d\u00e9veloppement que peut atteindre la libido d\u2019objet nous la voyons dans l\u2019\u00e9tat de passion amoureuse qui nous apparait comme un dessaisissement de la personnalit\u00e9 propre au profit de l\u2019investissement d\u2019objet<\/em>\u00a0\u00bb.<\/li><li>Evidemment, nous n\u2019avons pas tous la m\u00eame vitesse de combustion (tr\u00e8s rapide \u00e0 l\u2019adolescence) et nous ne sommes pas tous \u00e9gaux en terme de base secure au sens de base biologique et psychologique de r\u00e9ponse.<\/li><li>Cl\u00e9ment Rosset, <em>Le R\u00e9gime des passions<\/em>, Ed. de Minuit, 1992.<\/li><li>C\u2019est nous qui rajoutons.<\/li><li>Andr\u00e9 Green, R\u00e9p\u00e9tition et compulsion de r\u00e9p\u00e9tition. Relation \u00e0 l\u2019objet et ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019objet. Quelques hypoth\u00e8ses sur la fonction de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, pp. 63, In <em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>. Ed de minuit, 1994.<\/li><li>Marguerite Duras.<\/li><li>Franz Kafka.<\/li><li>Raymond Cahn. <em>L\u2019adolescent dans la psychanalyse. L\u2019aventure de la subjectivation<\/em>. PUF, Fil rouge,1994.<\/li><li><em>Ibid op cit<\/em>.<\/li><li>Jean Guitton<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10726?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction De quel amour parle-t-on donc quand on parle d\u2019amour fou&nbsp;? Apr\u00e8s avoir bien trop vite rappel\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019amour sans folie, et qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019amour heureux &#8211; l\u2019amour m\u00e9rite mieux que le bonheur, aussi est-il grave&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[186],"auteur":[1372],"dossier":[188],"mode":[60],"revue":[189],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10726","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-amour","auteur-maurice-corcos","dossier-lamour-fou","mode-payant","revue-189","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10726","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10726"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10726\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13503,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10726\/revisions\/13503"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10726"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10726"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10726"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10726"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10726"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10726"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10726"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10726"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10726"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}