{"id":10725,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/splendeurs-et-misere-de-lonanisme-ou-les-illusions-perdues-de-la-memoire-2\/"},"modified":"2021-12-08T09:43:24","modified_gmt":"2021-12-08T08:43:24","slug":"splendeurs-et-misere-de-lonanisme-ou-les-illusions-perdues-de-la-memoire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/splendeurs-et-misere-de-lonanisme-ou-les-illusions-perdues-de-la-memoire\/","title":{"rendered":"Splendeurs et mis\u00e8re de l\u2019onanisme ou les illusions perdues de la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Son corps&nbsp;! le d\u00e9gagement r\u00eav\u00e9, le brisement de la gr\u00e2ce crois\u00e9e de violences nouvelles (&#8230;) Cela commen\u00e7a par quelques d\u00e9gouts et cela fin\u00eet, ne pouvant nous saisir sur le champ de cette \u00e9ternit\u00e9, cela finit par une d\u00e9bandade de parfums&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup><br>\u00ab&nbsp;Quand la fanfare tournant, nous serons rendus \u00e0 notre ancienne Inharmonie.&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>.<br>\u00ab&nbsp;(&#8230;) apr\u00e8s de mauvaises nuits, bouche ouverte, je sens mon corps souill\u00e9 et puni comme une cochonnerie inconnue dans mon lit&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup><br>\u00ab&nbsp;On veut croire qu\u2019on est pas seul, on est dans ses bras, on ne recherche pas le plaisir solitaire pour lui-m\u00eame.&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup><br>\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait l\u2019heure o\u00f9 l\u2019essaim des r\u00eaves malfaisants tord sur leurs oreillers les bruns adolescents&nbsp;; o\u00f9 comme un \u0153il sanglant qui palpite et qui bouge, la lampe sur le jour fait une t\u00e2che rouge&nbsp;; o\u00f9 l\u2019\u00e2me sous le poids du corps rev\u00eache et lourd, imite les combats de la lampe et du jour. Comme un visage en pleurs que les brises essuient, l\u2019air est plein du frisson des choses qui s\u2019enfuient&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019intitul\u00e9 du colloque, <em>Splendeurs et mis\u00e8res de la r\u00e9gression<\/em>, semble faire allusion (non voil\u00e9e) \u00e0 Honor\u00e9 de Balzac &#8211; <em>Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes<\/em> et au livre qui pr\u00e9c\u00e8de celui-ci &#8211; <em>Les illusions perdues<\/em>. Ces deux livres sont, pour moi, (avec l\u2019<em>Education sentimentale<\/em> de Gustave Flaubert) les deux plus beaux romans fran\u00e7ais sur les affres et tourments de l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis identifi\u00e9, comme beaucoup, au h\u00e9ros du livre, l\u2019imprudent et par trop romantique (mais n\u00e9anmoins \u00e0 la modestie f\u00e9roce), Lucien de Rubempr\u00e9<sup>6<\/sup>, et j\u2019ai d\u00e9test\u00e9, comme beaucoup d\u2019autres, l\u2019arriviste, le bien trop rus\u00e9 et manipulateur Rastignac. Lucien de Rubempr\u00e9 est un adolescent aux na\u00efvet\u00e9s \u00e9vanescentes qui monte d\u2019Angoul\u00eame avec une soif d\u2019absolu, et se fait \u00ab&nbsp;d\u00e9niaiser&nbsp;\u00bb par la capitale, c\u00e8de sur ses id\u00e9aux et r\u00e9gresse d\u00e8s qu\u2019il ne se prend plus pour son propre id\u00e9al. Il devient alors le jouet d\u2019un Autre, Vautrin son diabolique mentor et pygmalion, qui lui voue une passion trouble &#8211; \u00ab&nbsp;je suis p\u00e8re, je suis m\u00e8re, je suis fou, je suis Dieu (\u2026) Je serais l\u2019auteur, tu seras le drame&nbsp;\u00bb, qui litt\u00e9ralement le poss\u00e8de, l\u2019incorpore\u2026 et m\u00eame le ressuscite&nbsp;; apr\u00e8s que Lucien devenu courtisan ne finisse par se suicider. Tandis que le calculateur Rastignac qui avance tout droit, faisant fi de la vivance \u00e9motionnelle du pass\u00e9 et de ses valeurs, a pu lui se d\u00e9tacher de l\u2019emprise de Vautrin, et accepte sans vergogne toutes les compromissions pour s\u2019\u00e9lever dans la haute soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence c\u2019est \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e2ge des boutons et de la po\u00e9sie<\/em>&nbsp;\u00bb (Julio Cort\u00e1zar), et l\u2019\u00e2ge de \u00ab&nbsp;<em>la fi\u00e8vre du temps dans la vie<\/em>&nbsp;\u00bb (Robert Musil), c\u2019est-\u00e0-dire ce pr\u00e9sent si particulier, soit \u00e0 l\u2019acm\u00e9 (exaltation-illumination) soit au creux <em>(Pot au noir \u2013 Saison en Enfer)<\/em> de la houle pulsionnelle, qui renaissant du pass\u00e9, monte \u00e0 l\u2019assaut du futur et advient\u2026 au pr\u00e9sent, \u00e9ternelle et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, dans l\u2019ascension et la chute. Ce pr\u00e9sent-l\u00e0 susceptible de conna\u00eetre ses extr\u00eames variations-l\u00e0 d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre (immanence intense) cr\u00e9e les conditions de toutes les r\u00e9gressions possibles, des po\u00e9sies aussi lyriques que mi\u00e8vres, aux demandes de soins maternels que la morale r\u00e9prouverait pour ce qui concerne un enfant en \u00ab&nbsp;formation&nbsp;\u00bb, en passant par le retour de la communication infraverbale de l\u2019enfance et des somatisations les plus diverses.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e2ge de la masturbation et de l\u2019exp\u00e9rience orgasmique \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et \u00e9ternelle. Cet auto\u00e9rotisme est dans la continuit\u00e9 de la sexualit\u00e9 infantile \u00ab&nbsp;perverse et polymorphe&nbsp;\u00bb, <em>Corps et \u00e2me de part en part<\/em> de l\u2019enfance, et \u00e9voluera physiologiquement (la pulsion sexuelle jusque-l\u00e0 essentiellement auto-\u00e9rotique \u00ab&nbsp;d\u00e9couvrant&nbsp;\u00bb l\u2019objet sexuel non conjoint \u00e0 l\u2019objet narcissique primaire) vers la sexualit\u00e9 sous le primat de la g\u00e9nitalit\u00e9. Le corps adolescent en proie aux m\u00e9tamorphoses pubertaires, est du fait de son inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 (nouvelle et famili\u00e8re), le premier objet externe de l\u2019adolescent, sur lequel naturellement celui-ci, sujet en devenir et en voie de subjectivation, va exercer ses potentialit\u00e9s nouvelles. Mais ce corps br\u00fblant et mouvement\u00e9, qui s\u2019affronte avec lui-m\u00eame pour exp\u00e9rimenter toutes ces capacit\u00e9s, n\u2019en a pas moins une histoire de \u00ab&nbsp;s\u00e9duction&nbsp;\u00bb par les soins maternels (La premi\u00e8re grande amoureuse&nbsp;; La musicienne du silence\u2026 Freud, Rilke), et l\u2019onanisme r\u00e9active \u00e9videmment les traces (de pr\u00e9sence et\/ou d\u2019absence) de cette s\u00e9duction originaire, dont la puissance d\u2019attraction est massive et source d\u2019exaltation (nostalgie) et d\u2019effroi (retour \u00e0 l\u2019origine). S\u00e9duction et r\u00e9pulsion, \u00e7a attirant qui, ne suffisant jamais (\u00e7a n\u2019est plus jamais \u00e7a) est sans cesse \u00e0 recommencer. Le message maternel (sous forme de \u00ab&nbsp;signifiants \u00e9nigmatiques inconscients<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb), \u00ab&nbsp;Objet source&nbsp;\u00bb de la pulsion&nbsp;; traduit (apr\u00e8s coup) \u00e0 l\u2019adolescence (tout en restant inconscient)&nbsp;; est plus ou moins d\u00e9charg\u00e9-m\u00e9tabolis\u00e9 dans une activit\u00e9 onaniste, qui r\u00e9active fonctionnellement (reviviscence de m\u00e9canismes psychiques) la signification des premi\u00e8res traces d\u2019\u00e9change sensuel m\u00e8re-enfant. Avant que le d\u00e9sir sans objet ne se pose, que la sexualit\u00e9 avec un Autre ne \u00ab&nbsp;chevauche&nbsp;\u00bb ce premier roman amoureux et que la r\u00e9alit\u00e9 sexuelle \u00ab&nbsp;ce mat\u00e9riau en fusion<sup>8<\/sup>&nbsp;\u00bb trouve sa vraie forme. Palimpseste de reprises fonctionnelles et non simple r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains adolescents encalamin\u00e9s dans <em>le pot au noir<\/em> (r\u00e9gression ectoplasmique, moralit\u00e9, ennui et mollesse\u2026) attendent le vent qui les portera&nbsp;; ils ne sortent plus de leur pass\u00e9, de leur chambre, de leur lit, de dessous leur couette, de dedans leur douche, et risquent \u00ab&nbsp;<em>livr\u00e9s aux r\u00e9pugnances<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>, au \u00ab&nbsp;<em>sortir d\u2019 un r\u00eave agit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, la m\u00e9tamorphose n\u00e9gative r\u00e9gressive animale en cancrelat<sup>10<\/sup>&nbsp;; ils attendent qu\u2019on les \u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e8ve&nbsp;\u00bb, les tire vers le haut, pour parer au risque qu\u2019ils ne sombrent dans la morosit\u00e9, soit la r\u00e9gression m\u00e9lancolique de leur humeur qui, la rencontre avec la n\u00e9gativit\u00e9<sup>11<\/sup> et la diff\u00e9rence terrorisant leur esprit, les pousse \u00e0 arr\u00eater de suivre le cours des choses (et de leurs \u00e9tudes\u2026 \u00ab&nbsp;<em>Passe ton bac d\u2019abord<\/em>&nbsp;\u00bb)\u2026 et qui pour se faire, refusent d\u2019\u00eatre affect\u00e9 par le monde, jusqu\u2019\u00e0 lui devenir indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces adolescents (c\u2019est ce que nous a enseign\u00e9 Donald Winnicott), ont besoin que nous les adultes, leur autorisions un rebond r\u00e9gressif, pour qu\u2019ils puissent mieux reprendre leur \u00e9lan \u00e0 partir de leur base narcissique plus ou moins <em>secure<\/em>, avant que de rebondir et de prendre conscience dans un d\u00e9clic de la r\u00e9alit\u00e9 vivante du monde ext\u00e9rieur, riche de promesses plus attirantes que les affres avec leurs b\u00e9n\u00e9fices primaires et secondaires de la r\u00e9gression. Et d\u2019alors d\u00e9buter l\u2019ascension plus ou moins d\u00e9finitive dans l\u2019\u00e2ge adulte, soit d\u2019accepter (sans freiner jusqu\u2019\u00e0 la stase), que leur enfance les quitte. Soit tout autant affirmer leurs go\u00fbts subjectifs et singuliers, et se d\u00e9gager d\u2019o\u00f9 les d\u00e9portent encore leurs d\u00e9go\u00fbts ant\u00e9rieurs. Et \u00e9videmment de se diff\u00e9rencier des go\u00fbts et de la culture parentale\u2026 en commen\u00e7ant \u00e0 enfin savoir (et pouvoir dire) ce qu\u2019ils feront plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>La pubert\u00e9 est un processus complexe, dynamique et circulaire, aussi faut-il autoriser (et \u00e9videmment accompagner et contenir) ces moments r\u00e9gressifs pour ne pas les laisser se fixer. Mais \u00e7a n\u2019est pas interdit de leur raconter encore une petite histoire avant de dormir, de conc\u00e9der une tartine de <em>Nutella<\/em> suppl\u00e9mentaire, d\u2019accepter de ne pas voir ce qui se passe sous la douche ou sous la couette, de tol\u00e9rer ces moments de retour d\u2019\u00e2ge \u00e0 l\u2019enfance, tant il est n\u00e9cessaire pour eux de v\u00e9rifier ce qu\u2019ils quittent ou plut\u00f4t ce qui les quittent, soit l\u2019enfance m\u00eame\u2026 avant de verser dans l\u2019inconnu, le nouveau, l\u2019ambigu, l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Premier \u00e9l\u00e9ment essentiel donc \u00e0 mon propos ces fameux rebonds r\u00e9gressifs \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;; et parmi ceux-ci, la possibilit\u00e9 pour l\u2019adolescent de c\u00e9der aux d\u00e9lices de la r\u00e9gression infantile, jusqu\u2019\u00e0 une certaine bestialit\u00e9, un <em>devenir animal<\/em> cher \u00e0 Proust<sup>12<\/sup>, Kafka ou Swift, jusqu\u2019\u00e0 (dans l\u2019illusion) rester \u00ab&nbsp;<em>Suspendu dans une \u00e9ternit\u00e9 heureuse<\/em>&nbsp;\u00bb par un acte qui concr\u00e9tise un v\u00e9ritable arr\u00eat du temps. Le temps est aboli dans une jouissance \u00e9ternelle et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. On verra plus loin qu\u2019au sens propre de l\u2019expression populaire, l\u2019onanisme est une fa\u00e7on de \u00ab&nbsp;<em>tuer le temps<\/em>&nbsp;\u00bb\u2026 cet assassin d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019excuse du titre propos\u00e9 pour cette intervention\u2026 un petit peu racoleur, et surtout survendeur, puisque que dans le trop peu de temps imparti, je ne vais pas pouvoir d\u00e9velopper les splendeurs (au pluriel) de l\u2019onanisme tandis que je vais m\u2019atteler \u00e0 n\u2019\u00e9voquer que sa grande mis\u00e8re. Sa trag\u00e9die maigre puisqu\u2019il est de notori\u00e9t\u00e9 publique que \u00e7a fait maigrir, et que \u00e7a fait encourir l\u2019angoisse de castration par le p\u00e8re s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Dpuis ctemps-l\u00e0 jfais pus dgymnastique<\/em><br><em>Et jmastiens des sports dbiver<\/em><br><em>Et comme avec fureur jmastique<\/em><br><em>Je pense que si je pers\u00e9v\u00e8re<\/em><br><em>Eh bien<\/em><br><em>Jm\u00e9grirai du bout des douas<\/em><br><em>Oui du bout des douas.<\/em><br><em>Oui du bout des douas<\/em><br><em>Jm\u00e9grirai m\u00eame de partout<\/em><br><em>M\u00eame de lesstr\u00e9mit\u00e9 du cou<\/em>.<sup>13<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il rappeler que parvenu au bout des huit s\u00e9ances consacr\u00e9es \u00e0 Vienne par Freud et ses affid\u00e9s \u00e0 la masturbation, le ma\u00eetre avait conclu&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le temps est venu de rompre, nous sommes tous d\u2019accord sur une chose, le sujet est in\u00e9puisable<\/em>&nbsp;\u00bb. Jetons donc imm\u00e9diatement nos cartes sur la table&nbsp;: la mis\u00e8re banale c\u2019est la mis\u00e8re psychique de tout post-co\u00eftum&nbsp;: l\u2019onanisme, violence instinctuelle animale v\u00e9cue comme une d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019\u00eatre humain par le sexe, une r\u00e9gression honteuse, (avec la douce culpabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre honteux et la honte vitriolante d\u2019\u00eatre coupable), la faute qui va, (cercle vicieux) verser jusqu\u2019\u00e0 la haine de soi apr\u00e8s la satisfaction de la vengeance contre l\u2019objet, lorsqu\u2019elle devient (esclave de son besoin plus que de son d\u00e9sir) probl\u00e9matique addictive, 6 heures par jour sous la douche pour cet obsessionnel, 50 laxatifs par jour pour cet anorexique, activit\u00e9 masturbatoire 15 fois par jour pour cet adolescent accroch\u00e9 \u00e0 internet. Alors\u2026 on va et vient mais on n\u2019avance plus, on se r\u00e9p\u00e8te, on s\u2019illusionne, on se d\u00e9sillusionne, on s\u2019enferme, on n\u2019ose plus sortir de soi pour se confronter au risque de l\u2019autre&nbsp;; on s\u2019\u00e9vanouit \u00e0 ce qu\u2019on croit \u00eatre la rencontre avec soi, alors que celle-ci ne peut \u00eatre prodigu\u00e9e justement que par l\u2019autre&nbsp;; on est poss\u00e9d\u00e9 par une faute d\u2019autant plus t\u00e9r\u00e9brante, qu\u2019elle est ant\u00e9rieure et nous est inconnue, habitant l\u2019inconscient de la m\u00e8re o\u00f9 l\u2019on est incarc\u00e9r\u00e9\u2026 et c\u2019est alors la possession par l\u2019archa\u00efque inqui\u00e9tant des formes informes, des odeurs \u00e9nigmatiques (le cassis chez Proust\u2026) de bruits inconnus lich\u00e9ens, de l\u2019ombre \u00e9trange du feuillage o\u00f9 se dessine des ombres fantasmatiques qui vont rattraper cette petite fille qui court, qui joue, qui explore sa vitalit\u00e9 pulsionnelle \u00e0 l\u2019ombre de deux femmes statues (m\u00e8re et grand-m\u00e8re) bavardant au loin, mais la gardant de l\u2019angle d\u2019un \u0153il d\u00e9vorant dans le tableau de Vallotton choisie pour l\u2019affiche de de congr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Moins banal, l\u2019onanisme visant la destruction de l\u2019objet (et non simplement la vengeance contre son absence\u2026 m\u00eame pas mal\u2026 et m\u00eame je peux me faire plaisir tout seul). Onanisme qui t\u00e9moigne de la peur\u00a0<em>du dedans de l\u2019objet<\/em>, quand persiste un lien archa\u00efque avec cet objet (plus pr\u00e9cis\u00e9ment avec des ilots autistiques, des fragments de corps, des fragments d\u2019espace, des zones compl\u00e9mentaires, bouches et seins fusionn\u00e9s). On (impersonnel)\u2026 soit un je\u2026 poss\u00e9d\u00e9 et violent\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur<sup>14<\/sup>, est oblig\u00e9 pour d\u00e9truire l\u2019objet de s\u2019annuler, risquant de dispara\u00eetre, on se ressaisit, on se maintient tant bien que mal en se <em>remembrant<\/em>, on essaye de r\u00e9-habiter son corps pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre envahi par celui du corps maternel. Corps originaire, que dans le m\u00eame temps on appelle psychiquement de ses v\u0153ux\u2026 mais cette fois plus comme une niche ou m\u00eame un creux o\u00f9 s\u2019enfouir et se r\u00e9fugier, plut\u00f4t que comme ce trou noir aspirant, o\u00f9 l\u2019on risque de se perdre, dans une fin qui rejoindrait (apocalyptiquement fut-ce extatiquement) l\u2019origine\u2026 du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La destruction de l\u2019objet dans l\u2019onanisme c\u2019est Eric Chevillard qui dit magnifiquement dans un texte, \u00ab&nbsp;<em>cette f\u00e9\u00e9rie d\u2019un amour maternel infini, quelle v\u00e9rit\u00e9 sa nostalgie d\u00e9signe, tournant et retournant la m\u00e8re infortun\u00e9e sur le matelas-ressort de son imagination malade, h\u00e9las grand masturbateur devant l\u2019\u00e9ternel, le plaisir que je me donnais c\u2019est parce que elle n\u2019en voulait pas<\/em>&nbsp;\u00bb. A fait d\u00e9faut \u00e0 l\u2019enfant, la sensualit\u00e9 (maternelle) qu\u2019elle imprime \u00e0 toutes les choses, la caresse suffisamment tendre et suffisamment \u00e9rotique de la musique du silence pratiqu\u00e9e par la professeure de d\u00e9sir. Encore plus \u00e0 l\u2019extr\u00eame, l\u2019onanisme qui verse dans l\u2019annulation de soi, mais peut chez certains comme Samuel Beckett et Francis Bacon basculer magiquement dans l\u2019auto-cr\u00e9ation de soi <em>via<\/em> l\u2019\u0153uvre (mettre toute sa vie dans son \u0153uvre) dans un fantasme d\u2019auto-engendrement. On a d\u00e9charg\u00e9 sa semence, on a d\u00e9charg\u00e9 sa conscience, mais chez Beckett on peut (\u00ab&nbsp;cap au pire&nbsp;\u00bb) aller plus loin\u2026 d\u00e9charger \u00ab&nbsp;<em>la conscience de sa semence<\/em>&nbsp;\u00bb, on peut alors dans un va et vient entre soi et non soi, pour \u00e9viter comme il le disait \u00ab&nbsp;<em>de penser \u00e0 faire sauter sa m\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb, on peut alors, verser dans une cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019effondrement, dans une f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019annulation. Echoueur\u2026 mais mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Disons les choses autrement avec l\u2019appui de la clinique quotidienne. La mis\u00e8re de l\u2019onanisme lors du d\u00e9veloppement psychosexuel, c\u2019est quand il est massivement solitaire, isolant le sujet de son environnement (les b\u00eatises c\u2019est toujours mieux de rapidement les faire \u00e0 deux et en lien&nbsp;; c\u2019est deux fois bon\u2026 pour soi et pour l\u2019autre circulairement, des auto\u00e9rotismes pourvoyeurs d\u2019un attachement affectif et d\u2019une satisfaction sexuelle par attouchement touch\u00e9-touchant partag\u00e9e)&nbsp;; quand il est pour l\u2019essentiel pr\u00e9g\u00e9nital (demander toujours \u00e0 votre patient, pas tout de suite bien s\u00fbr, apr\u00e8s un certain temps d\u2019accommodation, ce qu\u2019il fait avec l\u2019autre main)&nbsp;; quand il est compulsif<sup>15<\/sup>, avant que d\u2019\u00eatre addictif et auto-mutilatoire (pour Freud la masturbation est le terreau de toutes les autres addictions comme l\u2019amour maternel est le terreau de tous les amours ult\u00e9rieurs, c\u2019est nous qui faisons le rapprochement de ces deux c\u00e9l\u00e8bres citations)&nbsp;; quand cet onanisme \u00ab&nbsp;tire&nbsp;\u00bb \u00e0 blanc, c\u2019est-\u00e0-dire non pas tant \u00ab&nbsp;<em>livr\u00e9 aux r\u00e9pugnances<\/em><sup>16<\/sup>&nbsp;\u00bb car sous-tendu par des fantasmes incestueux ou de s\u00e9duction, mais apparemment m\u00fb m\u00e9caniquement sans \u00eatre sous-tension psychique&nbsp;; par une absence de fantasme. Un blanc<sup>17<\/sup>, l\u2019\u00e9tonnement idiot du blanc, l\u2019infini du blanc, lorsque l\u2019acte de crier, pleurer, d\u00e9charger, crie vers l\u2019objet absent. C\u2019est aussi quand cet onanisme se fait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 vide (\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de soi dans le vide entre soi et soi,\u2026 dans le vide entre soi et l\u2019autre\u2026 soit conformiste \u2013 faux-self, hygi\u00e9nique, sans chair ni passion, accroch\u00e9 \u00e0 un clich\u00e9 collectif)&nbsp;; quand cet onanisme est au-dessus de ses moyens psychiques, flirtant dangereusement avec des fantasmes archa\u00efques crus, qu\u2019il n\u2019est pas bon forc\u00e9ment de se \u00ab&nbsp;<em>remembrer<\/em>&nbsp;\u00bb et dont il faudrait mieux m\u00eame \u00e9viter de se rapprocher (refouler), tant la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019inconscient serait par trop brutale et que le sujet trop pr\u00e8s de ses fantasmes symbiotiques destructeurs, risque d\u2019imploser psychiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on reprend maintenant tous ces \u00e9l\u00e9ments cliniques&nbsp;; onanisme solitaire, pr\u00e9g\u00e9nital, compulsif-addictif, \u00e0 blanc, \u00e0 vide et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, au-dessus de ses moyens psychiques\u2026, tous t\u00e9moignent d\u2019une chose essentielle \u00e0 savoir que cet onanisme n\u2019est pas fondamentalement nourri de l\u2019objet mais bien plut\u00f4t travers\u00e9 par l\u2019emprise d\u2019un objet pers\u00e9cuteur actif, ou par celle (paradoxale) de l\u2019\u00e9vanescence d\u2019un objet flou, ou encore qu\u2019il est habit\u00e9 et hant\u00e9 par une absence d\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019est-il pas vrai de fait, que c\u2019est toujours la m\u00eame chose\u2026 quand on se d\u00e9shabille, se met \u00e0 nu, tant en bas qu\u2019en haut, que tout est toujours affaire de d\u00e9cor et ici en l\u2019occurrence de film int\u00e9rieur, de fantasme, ce dr\u00f4le de sc\u00e9nario psychique susceptible de soutirer au corps une satisfaction sexuelle<sup>18<\/sup>&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9parpiller un corps qui se tra\u00eene. Fantasme que la blancheur de la virginit\u00e9 corporelle et le \u00ab&nbsp;tendu&nbsp;\u00bb de la peau, \u00e0 l\u2019adolescence d\u00e9fend, fantasme que le sujet va ou non oser exposer puis partager avec soi et\/ou avec l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre question fondamentale, cette pratique-m\u00e9diation corporelle et le d\u00e9shabillage psychique qui va avec, est-elle (est-il) en exc\u00e8s&nbsp;? A partir du moment o\u00f9 il est en exc\u00e8s, <em>\u00e7a<\/em> t\u00e9moigne qu\u2019il traduit moins un d\u00e9sir qu\u2019il ne renvoie \u00e0 un besoin, qu\u2019il est moins sollicit\u00e9 par le d\u00e9sir qu\u2019il ne s\u2019impose au sujet (d\u00e9charge d\u2019un d\u00e9bordement pulsionnel \u00e0 risque de d\u00e9sintrication).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois \u00e9l\u00e9ments symptomatiques que sont l\u2019exc\u00e8s d\u2019excitation, le fantasme absent ou inacessible-intouchable, et la solitude qui confine \u00e0 l\u2019esseulement (pas de contact de soi \u00e0 soi), sont pr\u00e9dicteurs d\u2019une \u00e9volution vers une addiction comportementale, bient\u00f4t insuffisante \u00e0 apaiser l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019excitation, et qui va s\u2019associer \u00e0 des prises de toxiques ou d\u2019autres conduites addictives. Freud pr\u00e9conisait pour \u00e9viter cette \u00e9volution toxicomaniaque d\u2019user de l\u2019onanisme avec mod\u00e9ration pour \u00e9viter de verser dans la neurasth\u00e9nie-la d\u00e9pression de l\u2019\u00e9poque, mais pr\u00e9venait aussi qu\u2019il fallait qu\u2019il y en ait suffisamment pour \u00e9viter de verser dans la n\u00e9vrose d\u2019angoisse. Il faut bien que le corps et le psychisme s\u2019exaltent et exultent, se consomment et se consument\u2026 sans abus si ce n\u2019est avec mod\u00e9ration&nbsp;; la vie se vivant tout de m\u00eame par consommation (suffisamment) de la vie m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement psychosexuel \u00e0 l\u2019adolescence, qui conna\u00eet des mouvements progr\u00e9dients et des mouvements r\u00e9gressifs mus par les sollicitations de l\u2019objet qui r\u00e9activent les pulsionnalit\u00e9s internes, doit \u00e9voluer classiquement (apr\u00e8s quelques rebonds circulaires) de l\u2019auto\u00e9rotisme vers l\u2019amour d\u2019objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>l\u2019adolescence c\u2019est l\u2019\u00e2ge o\u00f9 s\u2019amuser tout seul ne suffit plus<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup>. Mais passer de l\u2019auto\u00e9rotisme \u00e0 l\u2019amour d\u2019objet n\u2019est pas si simple pour tout le monde. Pour que \u00e7a puisse s\u2019accomplir aussi harmonieusement que possible, encore faut-il avoir pu b\u00e9n\u00e9ficier de mouvements progr\u00e9dients progressifs et de mouvements r\u00e9gressifs sans que ces mouvements r\u00e9gressifs n\u2019aboutissent \u00e0 un repli, puis un retrait, puis un retranchement. Vous avez l\u00e0 tous les grades cliniques de la plong\u00e9e dans la m\u00e9lancolie et la psychose \u00e0 l\u2019adolescence tels que vous pouvez les lire dans la \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9sob\u00e9issance<\/em>&nbsp;\u00bb d\u2019Alberto Moravia.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est qu\u2019il faut \u00e9viter \u00e0 cet adolescent de se fixer et ensuite d\u2019involuer dans une m\u00e9tamorphose n\u00e9gative, une mue torpide invers\u00e9e, en parant \u00e0 la complaisance narcissique (primaire)<sup>20<\/sup> \u00e0 demeurer (e) dans cet auto\u00e9rotisme. Il faut lui \u00e9viter la cage<sup>21<\/sup> ou la coupe, certes dor\u00e9es mais la cage ou la coupe tout de m\u00eame, d\u2019un narcissisme n\u00e9gatif, d\u2019un narcissisme de mort. Comment&nbsp;? En l\u2019aidant \u00e0 apprivoiser sa relation \u00e0 l\u2019autre et \u00e0 parvenir \u00e0 une sexualit\u00e9 compl\u00e8te qui laisse sa part (importante) au g\u00e9nital, en laissant le soin \u00e0 cet autre (plus \u00e0 m\u00eame d\u2019accueillir l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de l\u2019adolescence que ses parents) de dessiner de nouvelles lignes de d\u00e9sir, (les nouvelles cartes du tendre) sur son nouveau corps amoureux, (son d\u00e9sir r\u00e9pondant et sollicitant le d\u00e9sir du sujet qui y consent avant d\u2019y assentir\u2026 pour un d\u00e9sir commun o\u00f9 personne ne gagne ou ne perd, o\u00f9 tout le monde gagne et perd, est poss\u00e9dant et poss\u00e9d\u00e9, victorieux et vaincu. Asymptomatiquement et dans l\u2019illusion bien s\u00fbr\u2026 dont on ne dira jamais assez qu\u2019elle est plus forte que la passion.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus profond\u00e9ment, que l\u2019autre puisse donner forme \u00e0 l\u2019informe<sup>22<\/sup> du corps du sujet rendu \u00e0 son ancienne inharmonie par la r\u00e9gression, et en qu\u00eate-attente de rendez-vous amoureux avec d\u2019autres formes, qui laisseront d\u2019autres traces que celles qu\u2019il a connues dans la prime enfance avec l\u2019amour maternel, sur lesquelles elles vont se superposer en un palimpseste plus ou moins harmonieux, et m\u00eame pourquoi pas r\u00e9ussir \u00e0 effacer d\u2019anciennes traces (empreintes, engrammes) issues de relations amoureuses avec l\u2019objet primaire maternel marqu\u00e9es par l\u2019emprise (qui impose plus que sa volont\u00e9\u2026effracte le corps par son excitation non gain\u00e9e en pulsion et m\u00e9tabolis\u00e9e en d\u00e9sir) ou par l\u2019absence (des nappes de pass\u00e9 faites de silences et d\u2019hostilit\u00e9 disait Henri Michaux, des \u00ab&nbsp;gouttes de silence&nbsp;\u00bb disait Beckett) \u00e0 pare-exciter et relibidinaliser.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019ange des plaisirs perdus, o\u00f9 rumeur d\u2019une autre habitude, mes d\u00e9sirs d\u00e8s lors ne sont plus qu\u2019un chagrin de ma solitude<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>23<\/sup>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Alors venons-en \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la nature r\u00e9gressive de l\u2019onanisme, lorsqu\u2019il traduit une immaturit\u00e9 infantile chez celui qui s\u2019y adonne. L\u2019\u00e2ge&nbsp;: jusqu\u2019\u00e0 l\u2019adolescence, la post-adolescence, et de mani\u00e8re \u00e9pisodique \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, dans de grands moments de solitude, pour retrouver illusoirement (et s\u2019y arrimer \u00e0 quelques traces corporelles et psychiques de son enfance), pourquoi pas mais avec un primat du g\u00e9nital, en \u00e9vitant de rester seul avec ses fantasmes archa\u00efques &#8211; \u00e0 partager et donc pour les faire ainsi \u00e9voluer. Avec en pratique \u00e0 l\u2019adolescence, face \u00e0 un moi du sujet en devenir, toujours menac\u00e9 par une fixation dans la r\u00e9gression<sup>24<\/sup> face aux assauts pulsionnels pubertaires, la n\u00e9cessit\u00e9 que l\u2019entourage favorise plus le refoulement que n\u2019incendie et ne rende \u00e9trange la psych\u00e9 en favorisant la lev\u00e9e du refoulement. C\u2019est le cerveau qui fournit au sexe un objet imaginaire et c\u2019est cet objet qu\u2019il incombe \u00e0 la main d\u2019incarner. Cette neurophysiologie sommaire est \u00e9clairante\u2026 eu \u00e9gard aux dimensions religieuses, \u00e0 l\u2019id\u00e9e du mal et du p\u00e9ch\u00e9, aux questions morales (le mal \u00e0 se faire du bien, le bien \u00e0 se faire du mal\u2026 tu me tue, tu me fais du bien\u2026) autour de l\u2019onanisme qui ont fleuri au 19<sup>\u00e8me<\/sup> et au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, qui s\u2019est un peu tari depuis mais qui revient. <em>\u00c7a tombe<\/em> bien que le cerveau fournisse cet objet imaginaire \u00e0 la main qui, l\u2019empaumant le laisse ruisseler et ainsi distille l\u2019incarnation \u00e0 l\u2019ensemble du corps, puisque physiquement le sexe (comme tout le monde peut le remarquer) tombe tout juste sous le coup ou sous la coupe de la main&nbsp;; il est tout \u00e0 fait \u00e0 sa port\u00e9e, il a ses dimensions, ces deux-l\u00e0 ne pouvaient que se rencontrer puisqu\u2019ils ob\u00e9issent aux lois de la pesanteur (si ce n\u2019est celles de la gravit\u00e9) qui sont dures pour tout le monde\u2026 les puritains comme les libertins. Autant donc tenter de rendre la main docile \u00e0 l\u2019ordre du d\u00e9sir\u2026 et en de\u00e7\u00e0 du sentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fantasmes sous-jacents (les fantasmes de s\u00e9duction, les fantasmes incestueux)\u00a0: comment acc\u00e9der avec le patient (dans l\u2019apr\u00e8s-coup et le transfert) \u00e0 une repr\u00e9sentation de ces fantasmes qui ne soit pas t\u00e9r\u00e9brante et ne fasse pas imploser le sujet. Et bien appelons Winnicott \u00e0 la rescousse, le Winnicott p\u00e9diatre avant d\u2019\u00eatre psychanalyste pose qu\u2019il est \u00ab\u00a0<em>un corporel et non un intellectuel<\/em>\u00a0\u00bb et qui a revaloris\u00e9 le concept de r\u00e9gression<sup>25<\/sup>. Pour Winnicott la r\u00e9gression est d\u2019abord instinctuelle, pulsionnelle, charnelle, corporelle, avant que d\u2019\u00eatre langagi\u00e8re ou symbolique. C\u2019est l\u00e0 une id\u00e9e centrale (que ce soit dans la cure classique ou lors d\u2019une hospitalisation longue) que \u00e7a puisse \u00eatre une r\u00e9gression instinctuelle\u00a0; mais voil\u00e0 qu\u2019imm\u00e9diatement se profile une antinomie (une aporie th\u00e9orique) avec ce que Freud r\u00e9clamait c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019asc\u00e8se sexuelle. Un projet (une aventure) qui commence par poser un cadre de contrainte et la r\u00e8gle de l\u2019abstinence, avant que de laisser advenir un jeu dangereux de s\u00e9duction \u00e0 deux (dans l\u2019apr\u00e8s-coup du transfert)\u2026 sans autre r\u00e8gle \u00e9dict\u00e9e, mais et o\u00f9 \u00e9videmment il n\u2019est pas interdit de r\u00eaver. Le menu est \u00e9dict\u00e9 par un tuteur inconnu qui n\u2019interdit pas la carte, tuteur de red\u00e9veloppement, et support accueillant de toutes les projections transf\u00e9rentielles du patient passant all\u00e8grement de la m\u00e8re aimante au juge kafka\u00efen, qui impose \u00e0 la fois de \u00ab\u00a0<em>parcourir les yeux ouverts la voie royale du r\u00eave<\/em>\u00a0\u00bb qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019inconscient honteux et terrifiant et de se contr\u00f4ler\u00a0: retour r\u00e9gressif \u00e0 la phase de latence et aux premiers apprentissages d\u2019avant l\u2019\u00e2ge de raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce qui me concerne, je dispose d\u2019un service hospitalier suffisamment hospitalier c\u2019est-\u00e0-dire contenant voire limitant, qui a encore la chance d\u2019avoir des patients en particulier anorexiques que l\u2019on peut hospitaliser pendant 6 mois-un an, et j\u2019affirme que c\u2019est parce qu\u2019on peut les hospitaliser 6 mois-un an qu\u2019il est possible de prendre le pari de les accompagner dans cette r\u00e9gression et pouvoir montrer que cette r\u00e9gression, ce lent et raisonn\u00e9 d\u00e9r\u00e8glement consenti des sens\u2026 ou du sens peut \u00eatre ensuite la source d\u2019un mouvement progr\u00e9dient. C\u2019est ainsi qu\u2019on soigne et non qu\u2019on traite.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dirais aussi (plus qu\u2019accessoirement) que cette r\u00e9gression\u2026 instinctuelle et corporelle, avant que d\u2019\u00eatre langagi\u00e8re et symbolique\u2026 C\u2019est aussi l\u2019essence m\u00eame de l\u2019art de la th\u00e9rapie, si l\u2019on s\u2019accorde \u00e0 penser qu\u2019il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation sans r\u00e9gression, sans rebond instinctuel dans l\u2019enfance<sup>26<\/sup>. Or pour moi une prise de conscience du patient dans la cure est une cr\u00e9ation, en \u00e9cho et miroir d\u2019une interpr\u00e9tation de l\u2019analyste, qui est elle-m\u00eame toujours une cr\u00e9ation. Cette r\u00e9gression dans la cure, dans l\u2019art, ou dans l\u2019institution permet de revisiter le sexuel avant qu\u2019avec \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e2ge de raison revenu&nbsp;\u00bb de verser dans l\u2019id\u00e9alisation ou la symbolisation. Rimbaud plut\u00f4t que Mallarm\u00e9, Andr\u00e9 Green plut\u00f4t que Jean Laplanche\u2026 soit l\u2019Orient sauvage avant les marais occidentaux fussent-ils pourvoyeurs des meilleures vignes du monde<sup>27<\/sup>. Essayer quand on parle de r\u00e9gression et donc de toute cure, de prendre vraiment le parti des processus primaires, et non de les tenir entre deux doigts-pincettes et n\u2019en pouvoir parler que dans le formant des processus secondaires (\u00ab&nbsp;la psychanalyse en dentelle&nbsp;\u00bb disait Andr\u00e9 Green). L\u2019analyse favorise la r\u00e9gression pr\u00e9supposant ou mieux pressentant que la r\u00e9gression est un moment central o\u00f9 le sujet va reprendre contact avec lui-m\u00eame, au plus pr\u00e8s de lui-m\u00eame et au risque de lui-m\u00eame bien s\u00fbr\u2026 plut\u00f4t qu\u2019elle ne veut verser dans un traitement adaptateur, op\u00e9ratoire technique, qui lui permettrait au sujet d\u2019\u00eatre plus rapidement rem\u00e9di\u00e9, psycho-\u00e9duqu\u00e9, r\u00e9habilit\u00e9 et r\u00e9tabli, adapt\u00e9 lui permettant de repartir dans la ronde du socius sans s\u2019\u00eatre coltin\u00e9 au sexuel, \u00e0 ses affres, extases et tourments.<\/p>\n\n\n\n<p>Je cite Pierre Fedida&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le propre d\u2019une psychoth\u00e9rapie analytique pourrait \u00eatre cette tentative de reconstituer la d\u00e9pressivit\u00e9 du psychique, afin de contribuer \u00e0 pr\u00e9server celui-ci d\u2019une d\u00e9pression dont l\u2019expression limite est la maladie somatique<\/em>&nbsp;\u00bb. La d\u00e9pressivit\u00e9 du psychique, \u00e7a n\u2019est plus ni moins que les auto\u00e9rotismes mentaux si on consid\u00e8re que l\u2019activit\u00e9 psychique elle-m\u00eame, est \u00ab&nbsp;<em>la m\u00e9taphore d\u00e9pressive de l\u2019absence<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>28<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes tous oblig\u00e9s de penser lorsque l\u2019absence est insupportable (besoin imp\u00e9rieux pour \u00e9viter l\u2019absorption par le vide) et que s\u2019impose \u00e0 nous de trouver une solution psychique qui fasse (un temps) contre-absence. Nous sommes alors dans une d\u00e9pressivit\u00e9 et non une d\u00e9pression, cette d\u00e9pressivit\u00e9 nous met (\u00e0 nouveau\u2026 et dans le transfert) en contact avec cet absent qui, vous laisse seul, livr\u00e9 \u00e0 vous-m\u00eame, ne nous porte plus, ne r\u00e9pond pas \u00e0 notre attente. Cette d\u00e9pressivit\u00e9, je cite \u00e0 nouveau Pierre Fedida est \u00ab&nbsp;<em>une modalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du fonctionnement de l\u2019appareil psychique voire une limite variable de ce fonctionnement en rapport avec une th\u00e9orie de excitations<\/em>&nbsp;\u00bb. Pas de r\u00e9ponse de l\u2019objet \u00e0 nos cris et nos actes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, il est absent ou ailleurs avec un autre objet&nbsp;! Que faire de l\u2019excitation n\u00e9e de cette attente&nbsp;? Retrouver le souvenir (reconstruit\u2026r\u00e9inventer un enchantement) d\u2019une exp\u00e9rience pass\u00e9e satisfaisante avec l\u2019objet&nbsp;; une pens\u00e9e auto-\u00e9rotique qui nous traite nous-m\u00eame comme objet. Cette d\u00e9pressivit\u00e9 favorable, les auto-\u00e9rotismes mentaux bienvenus&nbsp;; et la relance par les processus auto-narratifs, nous conduit dans les bons cas \u00e0 des retrouvailles psychiques avec l\u2019objet (le temps retrouv\u00e9) qui sont certes de l\u2019ordre de l\u2019imaginaire, de la fiction. Mais psychiquement vrais\u2026 dans le transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019\u00e0 Dieu ne plaise puisque les souvenirs s\u2019effacent, que la m\u00e9moire est fictionnante, il n\u2019est jamais trop tard \u00ab&nbsp;en pleine conscience&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;s\u2019inventer un pass\u00e9 plus heureux&nbsp;\u00bb avec nos objets que celui qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de vivre<sup>29<\/sup>. Evidemment, il arrive toujours un temps o\u00f9 l\u2019imagination ne suffit plus et que le retour de l\u2019objet, ou de son suppl\u00e9tif que l\u2019on id\u00e9alisera et habillera des v\u00eatements de la saison pass\u00e9e sera le bienvenu pour \u00e9viter au sujet de tomber malade dans la d\u00e9pression psychique et jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9pression essentielle psychosomatique. A moins d\u2019une r\u00e9silience singuli\u00e8re l\u2019intellectualisation-sublimation qui croit (sur-croit) aux symboles, soit qui accepte de prendre le nom pour la chose\u2026 l\u2019ombre pour la proie. Soit encore l\u2019acte psychique (en particulier artistique) comme destin du sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais et c\u2019est l\u00e0 un point d\u2019importance&nbsp;: il n\u2019y a pas de retour possible de ces auto-\u00e9rotismes mentaux sans r\u00e9activation des traces corporelles de passage (ou de l\u2019absence de passage) de l\u2019objet sur le sujet et donc sans r\u00e9activation des auto-\u00e9rotismes corporels. \u00ab&nbsp;<em>Corps et \u00e2me<\/em>&nbsp;\u00bb, soit comme les enfants vivent les choses. Il y a (Winnicott) une invite sexuelle dans l\u2019infantile qui contient en son c\u0153ur toute la tendresse du monde. Mais \u00e7a n\u2019est pas l\u00e0 une raison pour y r\u00e9pondre avec le sexuel adulte\u2026 il faut au contraire le temp\u00e9rer&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019amour sensuel d\u00e9trompe de l\u2019amour c\u00e9leste, tout seul il ne le pr\u00f4ne pas, mais comme il contient de fa\u00e7on inconsciente l\u2019\u00e9l\u00e9ment de l\u2019amour c\u00e9leste, il le peut&nbsp;\u00bb. Soit encore avec cette phrase de Kafka\u2026 sans une activation de processus inconscients puisque l\u2019inconscient est le r\u00e9ceptacle de l\u2019\u00e9motivit\u00e9 du corps ou plut\u00f4t de la chair. Pourquoi en effet cette d\u00e9pressivit\u00e9 du psychique dans la r\u00e9gression au cours de la cure, si ce n\u2019est que parce qu\u2019il faut que soient r\u00e9activ\u00e9s les fantasmes \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;? Et que ceux-ci se nichent dans les replis r\u00e9gressifs de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9fenses du sujet se sont assouplies dans cette d\u00e9pressivit\u00e9, et le sujet est au plus pr\u00e8s de la relation archa\u00efque qu\u2019il entretient avec ses objets plut\u00f4t que dans la trop format\u00e9e configuration de l\u2019\u0153dipe. Il nous faut donc en termes m\u00e9tapsychologiques en passer par la r\u00e9gression corporelle si nous voulons voir les lin\u00e9aments archa\u00efques sous-jacents \u00e0 la fantasmatique \u0153dipienne. Il faut donc autoriser le sujet dans la r\u00e9gression \u00e0 plonger dans l\u2019inconscient au plus pr\u00e8s du corporel (de ce qui demeure informe, plut\u00f4t que ce qui a pris forme, cf <em>le Plongeur<\/em> de Schiller, l\u2019ombilic du r\u00eave). Le r\u00eave, le fantasme, comme le corps dont ils sont issus \u00ab&nbsp;savent&nbsp;\u00bb \u00e0 leur fa\u00e7on que l\u2019image qu\u2019ils proposent n\u2019est pas celle de l\u2019anatomie psychique \u00e0 vif de la conscience, mais celle affective projet\u00e9e sur l\u2019arri\u00e8re fond blanc, noir ou color\u00e9, d\u2019une m\u00e9moire familiale plus ou moins muette. L\u2019\u00e9cran du r\u00eave, du fantasme\u2026 l\u2019arri\u00e8re fond du tableau o\u00f9 se sc\u00e9narise une action est une analogon du corps maternel dans son premier contact (en images) avec la libido de l\u2019enfant. \u00ab&nbsp;<em>Le r\u00eaveur est dans son ensemble un morceau de r\u00e9gression aux rapports les plus anciens du r\u00eaveur, une reviviscence de son enfance<\/em>&nbsp;\u00bb nous dit Freud. Cette pr\u00e9sence ressentie comme corporelle dans l\u2019absence, au cours du r\u00eave et de la masturbation (de l\u2019onirisme \u00e0 l\u2019onanisme), soit d\u2019une \u00ab&nbsp;pollution nocturne&nbsp;\u00bb, doit bien son \u00e9paisseur &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire se r\u00e9alise dans sa densit\u00e9 et dans sa gravit\u00e9, \u00e0 une lev\u00e9e du refoulement sur des \u00ab&nbsp;restes de vie&nbsp;\u00bb qui ne nous laissent pas en paix.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019important c\u2019est donc le(s) fantasme (s), celui ou ceux qui sous-tendent l\u2019activit\u00e9 onaniste. L\u2019imagerie intime qui n\u2019a aucune raison de ne pas \u00eatre comme la v\u00e9rit\u00e9 soit\u2026 multiple et changeante, tant le sujet la travaille, la d\u00e9veloppe, la perfectionne, la raffine\u2026 ce fantasme \u00e9rotique\u2026 on peut l\u2019imaginer est la perp\u00e9tuation d\u2019un fantasme issu de la sexualit\u00e9 infantile et\/ou un fantasme en voie de construction \u00e0 partir d\u2019un corps qui pressent l\u2019adolescence pubertaire \u00e0 venir. Ces fantaisies premi\u00e8res issues des interrelations pr\u00e9coces avec l\u2019objet premier, et le suppl\u00e9ment d\u2019imaginaire n\u00e9 des interactions avec le socius (diff\u00e9rent d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre) sont donc des cr\u00e9ations psychiques\u2026 dont on ne peut \u00e9luder la fonction protectrice\u2026 \u00e0 savoir celle de donner sens \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sexuelle \u00e0 venir. Et que la r\u00e9pression de la satisfaction, a potentiellement un effet d\u00e9pressog\u00e8ne\u2026 avec d\u00e9veloppement de fantasmes destructeurs\u2026 voie royale vers une \u00e9volution sado-masochiste ou en le disant autrement\u2026 la capacit\u00e9 de l\u2019auto\u00e9rotisme \u00e0 illusoirement restituer le temps de l\u2019enfance (le temps restitu\u00e9 et non celui retrouv\u00e9 de Mr Proust), a un effet apaisant du trauma de la s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019environnement (les enveloppes) premi\u00e8res. Comme toujours avec Freud, tout est une question de travail\u2026 ici de l\u2019auto\u00e9rotisme (comme celui du r\u00eave, du deuil, de la psych\u00e9,\u2026). \u00ab&nbsp;\u2026 travail d\u2019Eros cherchant continuellement \u00e0 jouir de la re-cr\u00e9ation du r\u00e9el&nbsp;\u00bb<sup>30<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le sujet onaniste donc ferme les yeux c\u2019est probablement pour mieux s\u2019\u00e9chapper de la perception du r\u00e9el insuffisant et parvenir \u00e0 mieux voir quoi\u2026 l\u2019inconscient\u2026 et laisser la main au retour (reprise) des traces mn\u00e9siques inconscientes de la sexualit\u00e9 infantile. C\u2019est aussi quand le sujet adolescent au sortir de la douche, au sortir de sa chambre, trahit dans ses yeux encore le reflet des fantaisies obscures avec lesquelles sa main s\u2019est distraite. Le corps a aim\u00e9 ce que faisait la main, comme et de la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019esprit mu par la m\u00e9moire a aim\u00e9 le corps. Il sort de sa chambre ou il sort de la cure (sic pour le terme\u2026 ramonage de chemin\u00e9e de Freud) o\u00f9 il s\u2019est retourn\u00e9 la m\u00e9moire, o\u00f9 l\u2019analyste a retourn\u00e9 sa m\u00e9moire, (c\u2019est \u00e7a fondamentalement la r\u00e9gression) et que les fantasmes (pas le fantasme masturbatoire central des auteurs anglais, Mr et Mme Laufer, les fantasmes, on a le droit d\u2019en avoir plusieurs) ces fantasmes-l\u00e0 se sont impos\u00e9s \u00e0 lui et l\u2019ont autoris\u00e9 \u00e0 jouer (en les fictionnant) tous les r\u00f4les, y compris dans le sc\u00e9nario fantasm\u00e9 de sc\u00e8ne primitive o\u00f9 le sujet a eu le choix des exp\u00e9riences du corps octroy\u00e9s par certains r\u00f4les, ceux de passivit\u00e9 ou d\u2019activit\u00e9 du masculin, ou du f\u00e9minin etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9n\u00e9fice primaire majeur\u00a0: Il n\u2019\u00e9tait plus sous emprise, il \u00e9tait le sc\u00e9nariste, le <em>deus-ex machina<\/em> de ses fantasmes, le producteur, l\u2019auteur, le sc\u00e9nariste, le projecteur et le seul spectateur, pour lui seul de son cin\u00e9ma priv\u00e9. A lui de se faire son film. Mais attention \u00e0 la surchauffe de l\u2019appareil de projection, et de ses effets br\u00fblants sur le film qui risque de se casser et de d\u00e9voiler son arri\u00e8re-fond blanc (Cf. <em>Persona<\/em> de Ingmar Bergman). Car on ne s\u2019approche pas impun\u00e9ment des zones archa\u00efques de d\u00e9veloppement sans risquer l\u2019effondrement. C\u2019est peut-\u00eatre ce qu\u2019avait pressenti St Thomas d\u2019Aquin qui jugeait que la masturbation \u00e9tait un p\u00e9ch\u00e9 plus grave (du fait du fantasme sous-jacent de s\u00e9duction, de sc\u00e8ne primitive\u2026) que la fornication. C\u2019\u00e9tait oublier que la main ne fait qu\u2019ob\u00e9ir \u00e0 un \u0153il retourn\u00e9 en dedans vers une fausse m\u00e9moire hypermn\u00e9sique, mais qui pour autant bonne m\u00e8re lui dicte un d\u00e9sir\u00a0; \u00ab\u00a0<em>Je m\u2019y livre \u00e0 moi de nouveau\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 vous<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; et rend ainsi un hommage plus ou moins passionn\u00e9 \u00e0 l\u2019objet du d\u00e9sir incestueux. On pourrait d\u00e9montrer avec l\u2019anorexie ce qu\u2019un d\u00e9sir sans m\u00e9moire pour l\u2019aiguillonner et le retenir, un d\u00e9sir longtemps refoul\u00e9, mis sous pression et tension, et tout pr\u00eat \u00e0 trop vite se d\u00e9charger violemment, g\u00e9n\u00e8re de d\u00e9passement du but (la satisfaction versant dans l\u2019exc\u00e8s am\u00e8ne \u00e0 la destructivit\u00e9). Le probl\u00e8me dans l\u2019anorexie est bien la division du corps d\u2019avec la t\u00eate plus que celle de la diff\u00e9rence des sexes. Le corps sexu\u00e9 devient \u00e0 l\u2019adolescence un objet \u00e9tranger, le clivage corps-psych\u00e9, chair-esprit, s\u2019insinue, avant que (clivage du moi) le sujet ne devienne \u00e9tranger \u00e0 son propre fonctionnement psychique. Aucune vibration pleine du corps ne faisant venir au jour les choses de l\u2019esprit. Mais c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre le pouvoir du corps n\u00e9 de ses besoins et qui ne s\u2019en laissera pas compter. Si il ne pense pas, ne parle pas, ne d\u00e9lire pas, il \u00ab\u00a0peut l\u2019esprit\u00a0\u00bb\u202f<sup>31<\/sup>, il \u00ab\u00a0<em>force \u00e0 penser\u2026 en particulier ce qui se d\u00e9robe \u00e0 la pens\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb<sup>32<\/sup>. Soit le pulsionnel\u2026, le sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux, trois exemples de fantaisies incestueuses plus ou moins lyriques&nbsp;: Jacques Brel dans sa tr\u00e8s belle chanson <em>Adolescence<\/em>, \u00ab&nbsp;<em>arp\u00e9geait son chagrin au chevet du lit familial trop grand<\/em>,&nbsp;\u00bb&nbsp;; Arthur Rimbaud se <em>manuellisait<\/em> (c\u2019est son terme) avec ardeur et une fureur sournoise, r\u00eavant du gros bout noir de son p\u00e8re (Album Zutique &#8211; <em>remembrance du vieillard idiot<\/em>) lorsqu\u2019il hibernait chez sa m\u00e8re dans la maison natale au retour de ses fugues\u2026 l\u00e0 seulement o\u00f9 il pouvait cr\u00e9er-\u00e9crire sa <em>Saison en Enfer<\/em> et ses <em>Illuminations<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e2cher la bride \u00e0 ses auto\u00e9rotismes mentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi la clinique plus \u00ab&nbsp;banale&nbsp;\u00bb, de l\u2019adolescent \u00ab&nbsp;normal&nbsp;\u00bb&nbsp;: qui, si il se touche trop c\u2019est parce qu\u2019il explore un corps nouveau o\u00f9 un avenir \u00e9tranger commence \u00e0 pulser\u2026 mais aussi qu\u2019il n\u2019est pas assez, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 assez touch\u00e9 &#8211; il y a donc un climat, un environnement, des enveloppes corporelles, psychiques, narratives insuffisantes. Dans la pathologie extr\u00eame, les masturbations compulsives \u00e0 vide, \u00e0 blanc, de l\u2019autiste, du schizophr\u00e8ne t\u00e9moignent pour l\u2019essentiel, au-del\u00e0 du besoin d\u2019une enveloppe affective, d\u2019une recherche imp\u00e9rieuse de sensation pour pare-exciter une sensorialit\u00e9 interne anarchique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les formes interm\u00e9diaires chez les patients limites, la masturbation compulsive de d\u00e9charge qui t\u00e9moigne d\u2019une violence interne difficile \u00e0 juguler. Il faudrait beaucoup plus d\u00e9tailler cette clinique, je vais me faire aider faute de temps de Georges Perec. Georges Perec adorait Marcel Proust et bien s\u00fbr dans <em>A la Recherche du Temps Perdu<\/em>, \u00ab&nbsp;<em>longtemps je me suis couch\u00e9 de bonne heure<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; &#8211; cette phrase-incipit glorieusement d\u00e9clarative de l\u2019onanisme et des auto\u00e9rotismes mentaux qui allaient se d\u00e9verser durant des centaines de pages. Georges Perec reprend le texte souche de Proust en le pastichant et le m\u00e9langeant, cr\u00e9ant ainsi de sensibles variations sur le th\u00e8me de l\u2019onanisme&nbsp;: \u00ab&nbsp;longtemps je me suis couch\u00e9 de bonne heure&nbsp;\u00bb&nbsp;; certes mais on pourrait dire \u00ab&nbsp;oh Dieu bien des choses en somme\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;; Comme\u2026 \u00ab&nbsp;<em>longtemps je me suis touch\u00e9 de bonne heure<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00e9videmment\u2026 comme on se couche, on fait son lit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>longtemps je me suis douch\u00e9 (ou mouch\u00e9) de bonne heure&nbsp;\u00bb, en y ajoutant \u00ab&nbsp;la v\u00e9rit\u00e9 sort de la douche des enfants<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis le parall\u00e8le entre la masturbation et la cr\u00e9ation\u2026 ici l\u2019\u00e9criture bien s\u00fbr, \u00ab&nbsp;d\u00e8s mon jeune \u00e2ge je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 des histoires de plumes&nbsp;\u00bb. L\u2019auto\u00e9rotisme dans la solitude et le silence, comme moteur de l\u2019\u00e9criture. \u00ab&nbsp;<em>longtemps je me suis coluch\u00e9 de bonne heure<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; accessoirement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je cherche le temps boug\u00e9 ou sem\u00e9 d\u2019un sinon&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 l\u2019effet traumatique de la rupture brutale de continuit\u00e9 avec l\u2019enfance et le risque de saut dans le vide ou de la maladie (\u00ab&nbsp;durant un grand laps ou m\u2019alit\u00e2t t\u00f4t&nbsp;\u00bb). Et puis la masturbation narcissique, honteuse et victorieuse, qui laisse entendre que le crime (f\u00fbt-il fantasmatique) paie, puisqu\u2019il fait jouir et purifie en m\u00eame temps avec le \u00ab&nbsp;lugubrement je me suis couronn\u00e9&nbsp;: honteusement&nbsp;\u00bb. Et puis de plus en plus m\u00e9lancolique et r\u00e9gressif&nbsp;; la masturbation-annulation de soi, \u00ab&nbsp;<em>longtemps je me suis coch\u00e9 de bonne heure<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;<em>longtemps j\u2019ai fait un malheur et dessin\u00e9 des cartes de g\u00e9ographie sur mes draps<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin pour les orphelins comme Georges Perec, d\u2019abord de p\u00e8re avant que de m\u00e8re, qui les appelant (\u00ab&nbsp;voix reconstitu\u00e9es&nbsp;\u00bb) qu\u00eatent le refuge et la r\u00e9paration du trauma de la s\u00e9paration brutale, sans explication avec l\u2019objet perdu, mais craignent de mourir asphyxi\u00e9 par manque d\u2019oxyg\u00e8ne dans le huis-clos d\u2019une crypte m\u00e9lancolique abritant une sc\u00e8ne incestueuse\u2026 \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019on rende leur fruit fourr\u00e9 aux veuves<\/em>&nbsp;\u00bb. Pas de trace par contre dans ce pastiche (ni chez Marcel) d\u2019un auto\u00e9rotisme t\u00e9moin d\u2019une lutte contre une h\u00e9morragie narcissique (psychose) pour se r\u00e9animer, quand le sujet se sent dissoudre et dispara\u00eetre (quoique&nbsp;: \u00ab&nbsp;isomorphismes&nbsp;: <em>une fois sur deux le confiteor (pri\u00e8res, confessions se chante \u00e0 capella\u2026 g\u00e9n\u00e9ralement le Peroxydase de Potassium s\u2019\u00e9vapore vite<\/em>.&nbsp;\u00bb) de ne pas \u00eatre affect\u00e9 \u2013 touch\u00e9 par l\u2019objet absent. Ni de la d\u00e9tresse persistante conf\u00e9rant aux fantasmes auto-\u00e9rotiques une coloration vengeresse et d\u00e9pressive sado-masochique.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc un aper\u00e7u d\u2019une clinique diff\u00e9rentielle qui me permet maintenant d\u2019aller \u00e0 l\u2019essentiel concernant cette fois les splendeurs \u00ab&nbsp;<em>de ce dangereux suppl\u00e9ment<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>33<\/sup> (Jean-Jacques Rousseau), les splendeurs \u00ab&nbsp;<em>de ce vice commode<\/em>&nbsp;\u00bb (Aragon), les splendeurs de \u00ab&nbsp;<em>ce funeste avantage<\/em>&nbsp;\u00bb (Georges Bataille).<\/p>\n\n\n\n<p>Splendeurs de l\u2019onanisme, c\u2019est d\u2019abord \u00e9videmment pour presque tous, la premi\u00e8re exp\u00e9rience sexuelle. L\u2019amour solitaire, l\u2019amour ind\u00e9pendant si ce n\u2019est autonome, dans l\u2019exploration et la prise de conscience de son corps, c\u2019est ce qui permet l\u2019\u00e9veil de la sensorialit\u00e9 et de la sensualit\u00e9, en apprivoisant la pulsionnalit\u00e9,\u2026 c\u2019est ce qui structure la sexualit\u00e9 naissante. C\u2019est aussi ce qui permet de caresser et d\u2019ainsi flatter le narcissisme secondaire, le culte de soi-m\u00eame<sup>34<\/sup>, ce qui permet (et il faudrait prendre du temps pour d\u00e9velopper cet aspect) de l\u00e2cher du lest dans un cri primal en y jetant son tourment ou son drame ou encore sa stupeur existentielle. De fait l\u2019onanisme est un excellent anxiolytique, un antid\u00e9presseur efficace si ce n\u2019est efficient, tant les secr\u00e9tions de b\u00e9ta endorphines c\u00e9r\u00e9brales au moment de la jouissance permettent d\u2019apaiser les tensions psychiques, dues aux r\u00e9pressions pulsionnelles. C\u2019est ce qui permet encore de d\u00e9caler la v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el qu\u2019il nous est donn\u00e9 de vivre (en la temp\u00e9rant d\u2019une imagination projective) la subvertissant plus ou moins longtemps, ce qui permet d\u2019exister dans le plaisir \u2026 \u00ab\u00a0<em>une merveille que je m\u2019applique \u00e0 moi-m\u00eame tous les jours<\/em>\u00a0\u00bb, et chaque fois qu\u2019il y aura du plaisir ce sera moi\u00a0; ce qui constitue un des m\u00e9canismes de d\u00e9fenses les plus efficaces contre la solitude, le silence, l\u2019ennui, l\u2019angoisse, la d\u00e9r\u00e9liction, la mort. Et m\u00eame plus\u2026 la main secourable peut-elle, par le pouvoir de la magie de l\u2019imaginaire, restituer, \u00e0 l\u2019adolescence en proie \u00e0 un basculement dans le vide ou dans un \u00eatre-soi adulte qu\u2019il ne conna\u00eet pas encore, le temps d\u2019avant la perte de l\u2019innocence\u2026 un paradis perdu qui n\u2019a jamais exist\u00e9, mais dont il a plus que besoin aujourd\u2019hui\u2026 et qu\u2019il lui convient de continuer \u00e0 l\u2019id\u00e9aliser\u2026 en l\u2019\u00e9rotisant. La nostalgie est l\u2019\u00e9rotisation du pass\u00e9 dans la solitude et le silence. Sans plus d\u00e9velopper, on indiquera ici le r\u00f4le et l\u2019impact de l\u2019auto\u00e9rotisme corporel et de l\u2019imaginaire fantasmatique intime qui le ment et le suit (en vice et versa) dans la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qui permet enfin, d\u00e8s qu\u2019il y a menace sur le psychisme, d\u2019en appeler au corps, aux forces certes obscures mais aussi les plus vives, celles cach\u00e9es refoul\u00e9es dans l\u2019inconscient (le sexe, la mort, la libido, le d\u00e9sir) qui reviennent \u00e0 la conscience et dont il faudra orienter la valence vers l\u2019exaltation, en \u00e9vitant leur potentiel de destructivit\u00e9. D\u2019o\u00f9 le besoin et le recours \u00e0 l\u2019auto-\u00e9rotisme, refuge \u00e9ph\u00e9m\u00e8re (doux, tendre, voluptueux) contre la solitude, la peur, l\u2019angoisse de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019onanisme c\u2019est un fantasme \u00e0 l\u2019\u0153uvre ob\u00e9issant \u00e0 l\u2019\u0153il retourn\u00e9 vers la m\u00e9moire, et au doigt, tentant de se rapprocher manuellement de la r\u00e9alit\u00e9, pour \u00e9viter de se cogner au r\u00e9el de la solitude. Une fantaisie pour chercher dans une exaltation du corps et de l\u2019esprit confondus une v\u00e9rit\u00e9 au-del\u00e0 du r\u00e9el. Travail en partie sublimatoire (re-cr\u00e9ation de fantaisies \u00e9rotiques avec d\u00e9placement symbolique de l\u2019objet source vers l\u2019objet nouveau), fait d\u2019une succession, un temps, de tristesse et d\u2019\u00e9lation, de retomb\u00e9es dans le vide, l\u2019absence, le manque, et l\u2019\u00e9l\u00e9vation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Je finis avec une phrase de C. Onetti qui r\u00e9sume mon propos&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Cependant je le sens, il n\u2019y a rien de neuf dans l\u2019intimit\u00e9, dans la physiologie exhib\u00e9e et heureuse, rien de neuf, je l\u2019ai imagin\u00e9, je l\u2019ai voulu, je l\u2019ai pens\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es depuis que j\u2019ai la m\u00e9moire de moi<\/em>&nbsp;\u00bb. Recr\u00e9er le monde dans les moments de grande solitude, \u00ab&nbsp;na\u00efvement&nbsp;\u00bb avec des mains d\u2019enfants, un monde ancien o\u00f9 trouver refuge, o\u00f9 se souvenir de soi en son commencement quand on a peur de la fin et que l\u2019on d\u00e9sire ardemment la pr\u00e9sence de l\u2019objet. Avec\u2026 Comment ne pas l\u2019innocenter\u2026 la n\u00e9cessit\u00e9 de revisiter l\u2019infantile en passant (passage oblig\u00e9) par la sexualit\u00e9 perverse polymorphe. Freud, \u00e0 propos du su\u00e7otement, n\u2019avait pas dit autre chose&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il y a recherche d\u2019un plaisir d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu et d\u00e9sormais rem\u00e9mor\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb\u2026 du sein maternel au pouce o\u00f9 comment se d\u00e9faire de la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019objet <em>via<\/em> l\u2019auto\u00e9rotisme, qui oblige le moi \u00e0 se construire un objet psychique, \u00e0 int\u00e9rioriser l\u2019objet source de plaisir. Le d\u00e9veloppement du moi et de la sexualit\u00e9 d\u00e9pend donc massivement des auto\u00e9rotismes qui eux-m\u00eames, pour ce qui est de leur qualit\u00e9 (apaisante, source de satisfaction) et de leur potentiel cr\u00e9atif, d\u00e9pendent des premi\u00e8res interrelations pr\u00e9coces m\u00e8re-enfant. Le plaisir de penser est fondamentalement auto-\u00e9rotique. Mieux dit\u2026le fantasme (mu par les auto-\u00e9rotismes) s\u2019approche jusqu\u2019\u00e0 devenir r\u00e9alit\u00e9 (le sujet (le moi) s\u2019approprie des zones \u00e9rog\u00e8nes sur soi et sur l\u2019autre). Toute la question est d\u2019obtenir satisfaction sans verser dans l\u2019emprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plaisir est fondamentalement auto\u00e9rotique\u2026 l\u2019onanisme comme <em>\u00e0 l\u2019insu de son plein gr\u00e9<\/em> une m\u00e9connaissance partielle de la re-connaissance en sous main et contrebande de l\u2019objet. Comme le disent C\u00e9sar et Sara Botella \u00ab&nbsp;<em>Seulement dedans, aussi dehors<\/em>&nbsp;\u00bb, ce que Andr\u00e9 Green traduit de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les choses existent dans mon univers int\u00e9rieur telles que je les fantasme, les r\u00eave, les fabrique, les construit. Mais quoique je fasse, je ne peux pas vivre seulement avec \u00e7a. Alors le \u00ab&nbsp;aussi dehors&nbsp;\u00bb veut dire que je cherche \u00e0 retrouver l\u2019objet qui \u00e9tait dans mon univers int\u00e9rieur, dans une r\u00e9alit\u00e9 psychique (\u2026)&nbsp;? savoir si je peux le retrouver dans le monde ext\u00e9rieur<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Arthur Rimbaud, <em>Matin\u00e9e d\u2019ivresse<\/em>.<\/li><li>Arthur Rimbaud, <em>G\u00e9nie<\/em> (Illuminations\u00a0; 1873-1875).<\/li><li>Franz Kafka, <em>Lettre \u00e0 Max Brod<\/em>. Juillet 1916.<\/li><li>Marcel Proust, <em>A la Recherche du Temps perdu<\/em>. Coll La Pl\u00e9iade. Gallimard. 1984.<\/li><li>Charles Baudelaire, <em>Les Fleurs du Mal<\/em>, 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1852, Po\u00e8me CIII, <em>Le cr\u00e9puscule du matin<\/em>.<\/li><li>Oscar Wilde disait que le plus grand malheur de sa vie avait \u00e9t\u00e9 la mort de Lucien de Rubempr\u00e9.<\/li><li>Jean Laplanche.<\/li><li>Pierre M\u00e2le.<\/li><li>Arthur Rimbaud.<\/li><li>Franz Kafka.<\/li><li><em>Cf.<\/em> Les films <em>A l\u2019envers de Alain Jessua<\/em> et <em>Un homme qui dort<\/em> de Georges Perec.<\/li><li>Marcel Proust \u00ab\u00a0La r\u00e9gression vers les r\u00e8gnes les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la nature\u00a0\u00bb.<\/li><li>Raymond Queneau. <em>Maigrir<\/em>. Coll La Pl\u00e9iade, \u0153uvres compl\u00e8tes, Gallimard. 2004.<\/li><li>\u00ab\u00a0On ne devrait pas dire je pense, mais on me pense\u2026 Je est un autre\u00a0\u00bb. Arthur Rimbaud, <em>Lettre du voyant<\/em>.<\/li><li>Andr\u00e9 Green\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La compulsion de r\u00e9p\u00e9tition crie vers l\u2019objet absent\u00a0\u00bb, et ce qu\u2019il s\u2019y reproduirait c\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019acte de survie d\u2019o\u00f9 le sujet sort d\u00e9finitivement mutil\u00e9, cependant pr\u00eat \u00e0 renouveler indiff\u00e9remment cette mutilation<\/em>\u00a0\u00bb.<\/li><li>Arthur Rimbaud.<\/li><li>\u00c7a n\u2019est donc pas une exp\u00e9rience de solitude extatique permettant paradoxalement \u00ab\u00a0<em>d\u2019int\u00e9rioriser le fond maternel silencieux, gr\u00e2ce aux d\u00e9veloppements de jeu auto-\u00e9rotique avec les repr\u00e9sentations de l\u2019objet maternel (tol\u00e9r\u00e9 et accept\u00e9 par la m\u00e8re)<\/em>\u00a0\u00bb, D. Winnicott\u00a0: <em>La capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul<\/em> In Petite biblioth\u00e8que. Mais une exp\u00e9rience d\u2019esseulement soit d\u2019absence de contact avec soi.<\/li><li>Voil\u00e0 la diff\u00e9rence fondamentale (autant qu\u2019on puisse le savoir) avec l\u2019animal, soit\u2026 la dimension sp\u00e9cifique de la sexualit\u00e9 humaine.<\/li><li>Georges Brassens<\/li><li>C\u2019est toute la question fondamentale de la s\u00e9paration originaire du narcissisme et du d\u00e9veloppement pulsionnel vers l\u2019objectalit\u00e9, avant que la premi\u00e8re ne s\u2019engage dans le jeu des investissements du second\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019enfant garde longtemps la nostalgie de son bonheur \u00e9lationnel narcissique pr\u00e9-ambivalent et a-pulsionnel, et n\u2019est pas \u00e0 m\u00eame de le troquer contre les satisfactions pulsionnelles qu\u2019\u00e0 l\u2019aide de certaines compensations<\/em>\u00a0\u00bb. Bela Grunberger, 1974, <em>Le narcissisme<\/em>, Petite biblioth\u00e8que, Payot.<\/li><li>Boris Vian, <em>L\u2019arrache c\u0153ur<\/em>. Henry James, <em>La coupe dor\u00e9e<\/em>.<\/li><li>En emplissant son vide d\u2019affects et de sensations. Vide que l\u2019adolescent a secr\u00e9t\u00e9 pour mettre sous vide son attachement \u00e9rotique \u00e0 ses parents. Voil\u00e0 l\u2019adolescent en suspens, en l\u2019air, entre le trap\u00e8ze qu\u2019il a l\u00e2ch\u00e9 et celui qui vient\u2026va venir.<\/li><li>L\u00e9o Ferr\u00e9, <em>La m\u00e9moire et la mer.<\/em><\/li><li>Arthur Rimbaud\u00a0: \u00ab\u00a0<em>on ne part pas \u2013 reprenons les chemins d\u2019ici, charg\u00e9 de mon vice qui a pouss\u00e9 ses racines de souffrance \u00e0 mon c\u00f4t\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de raison \u2013 qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traine<\/em>\u00a0\u00bb.<\/li><li>D\u2019ailleurs, il ne prenait qu\u2019un seul patient r\u00e9gress\u00e9 \u00e0 chaque fois, il ne pouvait pas accompagner des heures durant lors de la cure et en dehors m\u00eame du cabinet autant de patients lourdement r\u00e9gress\u00e9s. Souvenez-vous de Margaret Littel, l\u2019\u00e9tat de son bureau apr\u00e8s le passage de cette patiente la plus c\u00e9l\u00e8bre qui n\u2019avait pas r\u00e9gress\u00e9 avec sa premi\u00e8re analyste Ellen Sharpe (un peu trop fix\u00e9e sur le formant \u0153dipien). Il ne pouvait pas d\u00e9cemment avoir beaucoup plus qu\u2019un patient de ce type l\u00e0\u2026surtout avec ses probl\u00e8mes de sant\u00e9.<\/li><li>Baudelaire.<\/li><li>Evidemment le nec plus ultra, prendre en compte les deux.<\/li><li>Georges Didi Huberman.<\/li><li>Louise Bourgeois\u00a0: \u00ab\u00a0<em>si vous ne pouvez renoncer \u00e0 votre pass\u00e9, alors inventez-le<\/em>\u00a0\u00bb. Autrement dit\u00a0; il n\u2019y a pas de mal \u00e0 se faire du bien, \u00e0 se la raconter, \u00e0 laisser les auto\u00e9rotismes mentaux se d\u00e9ployer, s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019imaginaire pour contenir les fantasmes.<\/li><li>Daniel Widl\u00f6cher.<\/li><li>Spinoza.<\/li><li>Gilles Deleuze.<\/li><li>\u00ab\u00a0<em>j\u2019avais senti le progr\u00e8s des ans\u00a0; mon temp\u00e9rament inquiet s\u2019\u00e9tait enfin d\u00e9clar\u00e9 et sa premi\u00e8re \u00e9ruption tr\u00e8s involontaire m\u2019avait donn\u00e9 sur ma sant\u00e9 des alarmes qui peignent mieux que tout autre chose l\u2019innocence dans laquelle j\u2019avais v\u00e9cu jusqu\u2019alors. Bient\u00f4t rassur\u00e9, j\u2019appris ce dangereux suppl\u00e9ment qui sauve aux jeunes gens de mon humeur beaucoup de d\u00e9sordres\u2026 Ce vide que la honte et la timidit\u00e9 trouvent si commode a de plus un grand attrait pour les imaginations vives<\/em>.\u00a0\u00bb (<em>Les confessions<\/em>).<\/li><li>Proust\u2026 dans le contre Sante Beuve \u00ab\u00a0<em>et croyez-moi, l\u2019on peut se tutoyant beaucoup se flagorner un peu.<\/em>\u00a0\u00bb<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10725?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Son corps&nbsp;! le d\u00e9gagement r\u00eav\u00e9, le brisement de la gr\u00e2ce crois\u00e9e de violences nouvelles (&#8230;) Cela commen\u00e7a par quelques d\u00e9gouts et cela fin\u00eet, ne pouvant nous saisir sur le champ de cette \u00e9ternit\u00e9, cela finit par une d\u00e9bandade de parfums&nbsp;\u00bb1\u00ab&nbsp;Quand&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[210],"auteur":[1372],"dossier":[591],"mode":[60],"revue":[586],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10725","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-sexualite","auteur-maurice-corcos","dossier-splendeurs-et-miseres-de-la-regression","mode-payant","revue-586","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10725","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10725"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10725\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19621,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10725\/revisions\/19621"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10725"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10725"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10725"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10725"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10725"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10725"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10725"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10725"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10725"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}