{"id":10716,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-interdits-discriminants-du-corps-et-des-affects-a-ladolescence-2\/"},"modified":"2021-09-15T23:46:11","modified_gmt":"2021-09-15T21:46:11","slug":"les-interdits-discriminants-du-corps-et-des-affects-a-ladolescence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-interdits-discriminants-du-corps-et-des-affects-a-ladolescence\/","title":{"rendered":"Les interdits, discriminants du corps et des affects \u00e0 l&rsquo;adolescence"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les interdits et le surmoi<\/h2>\n\n\n\n<p>En 1927 dans l\u2019<em>Avenir d\u2019une illusion<\/em>, Freud<sup>1<\/sup> propose une corr\u00e9lation entre trois termes&nbsp;: Refus, Interdit et Privation. \u00ab&nbsp;<em>\u2026 Nous appellerons refus le fait qu\u2019une pulsion ne puisse \u00eatre satisfaite, interdit la disposition qui \u00e9tablit ce refus et privation l\u2019\u00e9tat qui en d\u00e9coule<\/em>&nbsp;\u00bb. Freud diff\u00e9rencie corr\u00e9lativement trois interdits fondamentaux, trois tabous universels qui forment le socle des conditions d\u2019existence de la culture&nbsp;: les tabous du cannibalisme, de l\u2019inceste et du meurtre.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l\u2019or\u00e9e de l\u2019histoire humaine, ce triple interdit s\u00e9pare l\u2019\u00e9tat de culture de l\u2019\u00e9tat de nature, \u00e9crit Freud. Chaque nouveau-n\u00e9 est soumis \u00e0 un imp\u00e9ratif d\u2019inscription dans un processus de civilisation, un contrat narcissique originaire, transmis \u00e0 l<em>\u2019infans<\/em> par les parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud admet qu\u2019une tendance \u00e0 la destructivit\u00e9 envers l\u2019autre semblable est irr\u00e9ductible au processus m\u00eame de civilisation. Le malaise dans la civilisation est le signe d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9 inconscient, d\u2019une \u00ab&nbsp;conscience morale&nbsp;\u00bb qui force \u00e0 la sublimation et au renoncement de la satisfaction pulsionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Interdire&nbsp;\u00bb, dit le dictionnaire, c\u2019est d\u00e9fendre quelque chose \u00e0 quelqu\u2019un, emp\u00eacher, prohiber. C\u2019est une injonction qui impose qu\u2019un acte soit prohib\u00e9, tabou. Et comme le verbe est pronominal, l\u2019on peut, ou plut\u00f4t l\u2019on doit, t\u00f4t ou tard, l\u2019appliquer \u00e0 soi-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je m\u2019emp\u00eache de\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une int\u00e9riorisation des interdits au point qu\u2019ils fassent partie de notre trame psychique, qu\u2019ils s\u2019int\u00e9riorisent en une instance.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment s\u2019inscrivent les interdits fondamentaux de l\u2019inceste et du meurtre dans le corps et dans la psych\u00e9, d\u00e8s l\u2019origine&nbsp;? Les objets primaires transmettent \u00e0 l\u2019<em>infans<\/em> la voix et la loi du surmoi \u00e0 travers des gestes et des mots qui marquent l\u2019interdit. En de\u00e7\u00e0 des mots, c\u2019est dans le corps \u00e0 corps, dans les charges et d\u00e9charges pulsionnelles que se transmettent pr\u00e9cocement les interdits, sous le sceau du refoulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce d\u2019autant plus que le corps et la psych\u00e9 naissante du b\u00e9b\u00e9 sont aussit\u00f4t \u00ab&nbsp;compromis&nbsp;\u00bb par les messages sexuels inconscients transmis par la m\u00e8re, \u00e0 son corps d\u00e9fendant (Laplanche<sup>2<\/sup>, Andr\u00e9<sup>3<\/sup>). Par cet interdit qui fait le lit du complexe d\u2019\u0152dipe, les zones du corps psychique et les topiques internes se diff\u00e9rencient. Interdit et Surmoi ne sont pas \u00e9quivalents, ils coexistent dans un rapport dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Freud, le surmoi est une instance n\u00e9e de l\u2019int\u00e9riorisation pr\u00e9coce des parents interdicteurs qui s\u2019inscrivent comme une identification dans le moi. Il \u00ab&nbsp;s\u2019impersonnalise&nbsp;\u00bb. Le surmoi est ainsi \u00ab&nbsp;l\u2019h\u00e9ritier&nbsp;\u00bb du complexe d\u2019\u0152dipe infantile. Tout interdit n\u00e9cessite un processus en apr\u00e8s-coup, une temporalit\u00e9 en deux temps afin que son inscription et sa dynamique soient op\u00e9rantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Inversement, l\u2019interdit \u0153dipien transmis par les parents participe \u00e0 maintenir une fronti\u00e8re entre le Moi et le Surmoi. Son indice est le sentiment inconscient de culpabilit\u00e9. Sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9sulte du retournement contre soi-m\u00eame de la r\u00e9volte agressive de l\u2019enfant envers ses parents interdicteurs. Sans cet interdit qui fait le lit du complexe d\u2019\u0152dipe, les zones du corps psychique et des topiques internes se d\u00e9-diff\u00e9rencient.<\/p>\n\n\n\n<p>D. Anzieu<sup>4<\/sup> a th\u00e9oris\u00e9 un \u00ab&nbsp;double interdit du toucher&nbsp;\u00bb, int\u00e9rioris\u00e9 \u00e0 partir des interdits du toucher corporel dans les interactions pr\u00e9coces avec les parents. Il en a montr\u00e9 les doubles valences. Le double interdit porte sur les deux tabous de l\u2019exc\u00e8s d\u2019excitation et de la violence. L\u2019interdit du toucher porte ainsi sur les deux tabous de l\u2019inceste et du meurtre. Il interdit la violence et il oblige \u00e0 l\u2019auto-conservation. \u00ab&nbsp;<em>Il vise \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019enfant de l\u2019agressivit\u00e9 (la sienne, celle des autres) et il vise \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019enfant de la sexualit\u00e9 (la sienne, celle des autres<\/em>)&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;214). En cela, l\u2019interdit oblige \u00e0 l\u2019autoconservation. \u00ab&nbsp;Cet interdit pr\u00e9pare et rend possible l\u2019interdit \u0153dipien, en lui fournissant son fondement pr\u00e9-sexuel et les premi\u00e8res inscriptions d\u2019une instance surmo\u00efque&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). Sans ce processus, l\u2019on reste dans une logique d\u2019interdiction, et non d\u2019interdit.<\/p>\n\n\n\n<p>Claude Smadja<sup>5<\/sup> a th\u00e9oris\u00e9 plus r\u00e9cemment le concept de Surmoi-corps, en lien avec le sentiment de culpabilit\u00e9 inconscient et l\u2019imp\u00e9ratif de transformation des excitations pulsionnelles induit par les objets primaires. Ces premi\u00e8res inscriptions pr\u00e9coces des interdits sont essentielles. Que deviennent-elles \u00e0 la pubert\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le surmoi &#8211; qui garde toujours une fonction de repr\u00e9sentance du \u00c7a &#8211; se resexualise. Les interdits de l\u2019inceste et du meurtre inscrits dans l\u2019enfance en sont d\u2019autant plus sollicit\u00e9s. \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9lasticit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb de la relation entre le moi et le surmoi se transforme en potentielle \u00ab&nbsp;<em>inf\u00e9odation incestueuse du moi au surmoi<\/em>&nbsp;\u00bb (Zilka<sup>6<\/sup>).<\/p>\n\n\n\n<p>La lev\u00e9e brutale des refoulements et des contre-investissements qu\u2019induit la pubert\u00e9 peut mener \u00e0 un fonctionnement quasi hallucinatoire. Tel Hamlet, cet adolescent hallucin\u00e9 et dou\u00e9 qui invente le psychodrame th\u00e9rapeutique, faisant jouer des acteurs afin de mettre en repr\u00e9sentation plut\u00f4t qu\u2019en acte son drame \u0153dipien et sa culpabilit\u00e9 inconsciente.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise pubertaire a ses raisons d\u2019\u00eatre, physiologique, ontologique, phylog\u00e9n\u00e9tique. L\u2019\u00e9preuve de m\u00e9tamorphose pubertaire et de meurtre symbolique des parents, devenus d\u00e9sormais \u00ab&nbsp;obsol\u00e8tes&nbsp;\u00bb, est un champ de bataille, une sc\u00e8ne interne et relationnelle n\u00e9cessaire. La pulsionnalit\u00e9 de l\u2019adolescent est agie, les projections sont massives. Les vicissitude des interdits de la prime enfance se remobilisent. Tout parent d\u2019adolescent connait la virulence de la violence inter-g\u00e9n\u00e9rationnelle. Cette violence est toujours une d\u00e9fense n\u00e9cessaire, vitale. Elle coupe une seconde fois le cordon. La seule question en jeu \u00e0 l\u2019adolescence est celle du meurtre des parents, souligne Winnicott<sup>7<\/sup>. \u00ab&nbsp;<em>Le refus d\u2019ob\u00e9issance fait loi<\/em>&nbsp;\u00bb ajoute J.L. Donnet<sup>8<\/sup>. Ce v\u0153u parricide est ins\u00e9parable du d\u00e9sir incestueux, le refoulement \u00e9tant compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements pulsionnels. Dans cette conception, le processus d\u2019int\u00e9riorisation des interdits d\u00e9pend des al\u00e9as de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019utilisation de l\u2019objet<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9crit par Winnicott<sup>9<\/sup>. D\u00e8s le d\u00e9but de la vie, l\u2019\u00e9preuve de survie des parents implique qu\u2019ils interagissent avec l<em>\u2019infans<\/em> sans exercer de repr\u00e9sailles, la pire d\u2019entre elles \u00e9tant le retrait d\u2019investissement de la part des parents. L\u2019\u00e9preuve de la survie \u00e0 la destructivit\u00e9 n\u2019est pas moins essentielle \u00e0 l\u2019adolescence. L\u2019objet pubertaire (Gutton)<sup>10<\/sup> na\u00eet lui aussi dans la destructivit\u00e9. L\u2019\u00e9preuve de l\u2019utilisation de l\u2019objet et de sa survie se rejoue et r\u00e9veille les traces des al\u00e9as de la prime enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>A d\u00e9faut d\u2019objets fiables qui survivent, vaille que vaille, \u00e0 l\u2019ind\u00e9niable violence pulsionnelle parricide et matricide de tout adolescent, celle-ci se retourne contre soi, l\u2019agir auto-destructeur prime, dans une logique d\u2019auto-engendrement et de d\u00e9fenses massives contre les liens \u00e0 l\u2019autre. L\u2019objet externe d\u00e9faillant d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le surmoi interne vacillant de l\u2019autre sont per\u00e7us comme un cheval de Troie, envahissant et mena\u00e7ant pour le moi pris en tenaille.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescent n\u2019a plus d\u2019autre solution que de terroriser afin d\u2019expulser sa propre terreur que les objets parentaux n\u2019ont pu recevoir ni transformer. Il devra d\u2019urgence se blinder par des d\u00e9fenses de survie&nbsp;: clivage, double retournement, identification \u00e0 l\u2019agresseur, auto-amputation narcissique. Ces d\u00e9fenses drastiques impliquent une violence agie, sur soi ou sur l\u2019autre &#8211; les deux \u00e9tant mal diff\u00e9renci\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui mieux qu\u2019un adolescent fragile pressent les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019int\u00e9rioriser un interdit fondamental qui soit inscrit au sein d\u2019une topique interne, fiable et cr\u00e9ative&nbsp;? Il le sait d\u2019autant plus qu\u2019il n\u2019a justement pas pu s\u2019\u00e9tayer sur de tels garants dans son enfance ou parce que ses cadres internes infantiles ont vol\u00e9 en \u00e9clat sous la violence de la pulsionnalit\u00e9 pubertaire. C\u2019est l\u2019enjeu de nombreux adolescents qui mettent leur corps en danger dans les conduites dites \u00ab&nbsp;\u00e0 risque&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne nous y trompons pas&nbsp;: l\u2019agir et l\u2019auto-destruction, voire l\u2019explosion psychotique \u00e0 l\u2019adolescence t\u00e9moignent du profond d\u00e9sespoir de ne pas trouver les termes et les formes d\u2019un interdit digne de ce nom, digne de s\u2019y affronter violemment, authentiquement, rituellement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 d\u00e9faut d\u2019objets parentaux suffisamment r\u00e9silients, le besoin inconscient de punition bien temp\u00e9r\u00e9 se transforme en agirs sacrificiels, en d\u00e9pression primaire, en phobie scolaire, en conduites sexuelles sauvages d\u00e9vastatrices pour le moi de l\u2019adolescent. Cette redoutable logique d\u2019ordre m\u00e9lancolique est paradigmatique de la dynamique des adolescents radicalis\u00e9s et fanatis\u00e9s dont je vais vous parler \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le surmoi terroriste des adolescents fanatis\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne individuel et collectif de la radicalisation fanatique des adolescents me semble paradigmatique d\u2019un pervertissement des interdits et de ses cons\u00e9quences&nbsp;: l\u2019av\u00e8nement d\u2019un surmoi cruel que je qualifierai de \u00ab&nbsp;<em>Surmoi terroriste<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour nombre d\u2019adolescents fragiles en qu\u00eate d\u2019id\u00e9aux et d\u2019absolu, la tentation du <em>djihad<\/em> est devenu une conduite \u00e0 risque privil\u00e9gi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est une d\u00e9clinaison passionnelle de la haine pubertaire, une explosion de rage et de d\u00e9sespoir sacrificielle, d\u00e9guis\u00e9e en fanatisme rigoriste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9preuve rituelle de l\u2019ordalie &#8211; <em>affronter la mort afin de prendre une place, sa place parmi les hommes<\/em> &#8211; cette \u00e9preuve mutative est ici d\u00e9clin\u00e9e dans sa version la plus extr\u00eame, dans un paradoxe mortif\u00e8re&nbsp;: <em>se faire exploser afin de rena\u00eetre immortel<\/em><sup>11<\/sup>. Les adolescents suicidaires que je re\u00e7ois \u00e9voquent presque toujours que le geste violent retourn\u00e9 contre soi \u00e9tait sous-tendu par une qu\u00eate de calme, un d\u00e9sir d\u2019effacement puis de renaissance, tel un tableau magique&nbsp;; un \u00ab&nbsp;syndrome du Phoenix&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les post-adolescents radicalis\u00e9s et fanatis\u00e9s s\u2019y ajoute une logique sacrificielle et meurtri\u00e8re, d\u2019essence fondamentalement m\u00e9lancolique. Les \u00ab&nbsp;a<em>ttentats-suicide<\/em>&nbsp;\u00bb portent bien leur nom&nbsp;! Le meurtre se joue non pas tant dans une logique du meurtrier par culpabilit\u00e9 (Freud)<sup>12<\/sup>, mais plut\u00f4t dans une logique de honte \u00e0 \u00eatre et de culpabilit\u00e9 primaire (Ferenczi)<sup>13<\/sup>, qui entretient un processus m\u00e9lancolique. Le surmoi terroriste se venge de la d\u00e9faillance et de la petitesse du moi m\u00e9cr\u00e9ant auquel le sujet est narcissiquement identifi\u00e9. Seul un sacrifice grandiose le sauvera de sa honte t\u00e9r\u00e9brante. L\u2019appel au <em>djihad<\/em> et au meurtre offre la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9demption paradoxale, la purification d\u2019une culpabilit\u00e9 insaisissable, irrepr\u00e9sentable chez ces jeunes. C\u2019est en ce point pr\u00e9cis que l\u2019int\u00e9riorisation des interdits \u0153dipiens ont fait d\u00e9faut et que s\u2019enclenche la logique m\u00e9lancolique, \u00ab&nbsp;<em>une pure culture de mort<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le surmoi terroriste est d\u2019autant plus explosif que les pr\u00e9dicateurs savent y faire pour pervertir tous les interdits et les impossibles fondamentaux. L\u2019interdit le plus fondamental pour la survie du sujet porte sur \u00ab&nbsp;<em>l\u2019interdit de l\u2019accomplissement pulsionnel brut, non m\u00e9diatis\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb (Anzieu)<sup>14<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce libre d\u00e9ferlement pulsionnel que promet le discours djihadiste. Profitant des remaniements topiques de l\u2019adolescence et de la qu\u00eate d\u2019absolu et d\u2019id\u00e9aux qui la caract\u00e9rise, les utopies mortif\u00e8res pourront facilement se substituer au surmoi et \u00e0 l\u2019id\u00e9al du moi du sujet radicalis\u00e9. Pr\u00e9dominent la falsification de l\u2019id\u00e9al du moi et du surmoi, ainsi que le pervertissement de la loi et de l\u2019\u00e9thique. En fait, ces pseudo-instances n\u2019en sont pas. Le pseudo-surmoi rigoriste et purifi\u00e9 masque un moi-id\u00e9al c\u2019est-\u00e0-dire un objet maternel omnipotent, combin\u00e9 incestuellement \u00e0 un <em>infans<\/em> incastrable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une logique paradoxale \u00ab&nbsp;anti- et ant\u00e9-\u0153dipienne&nbsp;\u00bb &#8211; configuration d\u00e9crite par Racamier (1989)<sup>15<\/sup> \u00e0 propos de l\u2019emprise narcissique et de la psychose, impliquant une destruction active de la structuration \u0153dipienne et de la v\u00e9rit\u00e9 psychique par l\u2019objet d\u2019emprise. Tous les tabous fondamentaux sont \u00ab&nbsp;forclos&nbsp;\u00bb. L\u2019impossible retour dans la matrice originaire (le paradis) est d\u00e9sormais garanti. Le pacte collectif de la \u00ab&nbsp;<em>communaut\u00e9 de fr\u00e8res<\/em>&nbsp;\u00bb &#8211; qui fonde l\u2019humanit\u00e9 et instaure les interdits fondamentaux indissociables de l\u2019inceste et du meurtre &#8211; ce pacte des fr\u00e8res humains se transforme en gang meurtrier. Les pr\u00e9dicateurs offrent ainsi l\u2019illusion d\u2019un acc\u00e8s \u00e9ternel au statut grandiose de sujet \u00e9lu, immortel.<\/p>\n\n\n\n<p>La promesse porte \u00e9galement sur une jouissance incestuelle sans limites du sein maternel, du lait divin, f\u00fbt-il un lait de mort (Celan)<sup>16<\/sup>. Les tabous du meurtre, du fratricide sont abolis. Face \u00e0 la d\u00e9route des tabous fondamentaux, le Surmoi m\u00e9lancolique ne s\u2019interdit plus rien, il clame vengeance et r\u00e9paration. Il se d\u00e9chaine et m\u00e8ne au suicide altruiste, \u00e0 l\u2019explosion vengeresse contre le moi, r\u00e9duit \u00e0 un objet m\u00e9cr\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit \u00e0 mon sens d\u2019un \u00e9quivalent psychique du syndrome de Cottard, cette psychose m\u00e9lancolique terrifiante o\u00f9 le patient a le v\u00e9cu que ses organes vitaux ont disparus, sont d\u00e9truits. Cette clinique de l\u2019extr\u00eame fournit \u00e0 contrario la preuve de la valeur fondamentale des interdits \u0153dipiens comme garants et comme ancrages contre la tentation m\u00e9lancolique et meurtri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pulsions scopiques et interdits du toucher dans la cure d\u2019adolescents<\/h2>\n\n\n\n<p>Je rencontre Zo\u00e9, \u00e2g\u00e9e de 14&nbsp;ans \u00e0 ma consultation en CMPP. Elle m\u2019est adress\u00e9e par une assistante sociale du Tribunal de la Jeunesse. Zo\u00e9 multiplie les prises de toxiques et d\u2019alcool, fugue de son internat, s\u2019auto-mutile, menace de se suicider, se fait vomir occasionnellement. Elle est en d\u00e9route scolaire. Elle a des angoisses tant agoraphobiques que claustrophobiques. Elle ne peut venir aux s\u00e9ances qu\u2019accompagn\u00e9e d\u2019une amie, double narcissique et objet contra-phobique, charg\u00e9e de s\u2019annoncer au secr\u00e9tariat en se faisant passer pour Zo\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 est la troisi\u00e8me de six enfants qui tous ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en pouponni\u00e8re \u00e0 cause de la violence familiale qu\u2019elle d\u00e9crit comme un \u00e9tat sauvage permanent. Elle a toujours v\u00e9cu en institution et rentre les week-end, alternativement chez chaque parent, ceux-ci \u00e9tant s\u00e9par\u00e9s depuis qu\u2019elle a 3&nbsp;ans. Cach\u00e9e dans un pull informe, les cheveux coup\u00e9s courts, il m\u2019est impossible de dire si elle est gar\u00e7on ou fille&nbsp;: Zo\u00e9 est du genre neutre. C\u2019est du moins ce qu\u2019elle donne \u00e0 voir et \u00e0 cacher&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 se plaint d\u2019\u00eatre le r\u00e9ceptacle et la messag\u00e8re des d\u00e9charges verbales haineuses et excitantes de ses parents. Le chaos et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 r\u00e8gnent. Les affects et les liens s\u2019inversent \u00e0 tout moment. Le p\u00e8re est per\u00e7u \u00e0 la fois comme trop proche, ambigu et rejetant. La m\u00e8re est dans une rivalit\u00e9 envieuse avec ses filles. Sa s\u0153ur ain\u00e9e se prostitue et se drogue, incitant Zo\u00e9 \u00e0 faire de m\u00eame, ce qu\u2019elle refuse cat\u00e9goriquement. Elle semble issue d\u2019un univers digne de la horde primitive r\u00e9gie par une figure indiff\u00e9renci\u00e9e de p\u00e8re primitif et pervers. Aussi Zo\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re-t-elle vivre en institution. L\u00e0 au moins, les \u00e9ducatrices sont \u00ab&nbsp;<em>sadiques mais au moins, pr\u00e9visibles<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mue par une logique traumatophile, Zo\u00e9 doit se punir \u00e0 force de se sentir coupable et honteuse, sans objet. Et pourtant, plus que jamais, elle est en qu\u00eate d\u2019interdit, de limites fiables, dans l\u2019espoir de ranimer un sentiment d\u2019existence vacillant. Du coup, elle accompagne un groupe de gar\u00e7ons \u2026 qui volent des voitures&nbsp;! Zo\u00e9 m\u2019explique que cette d\u00e9linquance par procuration est devenue une drogue, car ce qu\u2019elle recherche, c\u2019est ce moment tant attendu o\u00f9 elle entend les sir\u00e8nes de police qui se rapprochent. Alors, elle court \u00ab&nbsp;<em>avec le c\u0153ur qui bat fort<\/em>&nbsp;\u00bb et la terreur d\u2019\u00eatre rattrap\u00e9e par les policiers. Zo\u00e9 souligne que c\u2019est l\u2019un des rares moments o\u00f9 elle se sent \u00ab&nbsp;<em>vraiment exister<\/em>&nbsp;\u00bb car elle y ressent une intense excitation, quasi orgasmique. Au-del\u00e0 de sa valence quantitative, ce r\u00e9cit me sembla riche de potentialit\u00e9s fantasmatiques, y compris transf\u00e9rentielles.<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 ne me regarde jamais dans les yeux, ne me sert pas la main. Elle arrive toujours avec un baladeur sur les oreilles, la musique jouant \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 tue-t\u00eate<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est bien ce qu\u2019elle cherche&nbsp;: tuer ce qu\u2019elle a dans la t\u00eate, ne surtout pas penser, ne pas ressentir, tout \u00e9vacuer. Elle se berce d\u2019un incessant tremblement de la jambe &#8211; proc\u00e9d\u00e9 auto-calmant<sup>17<\/sup> qui \u00e9volue au gr\u00e9 de ses \u00e9motions en s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9matique du regard et du toucher trop excitants est centrale. Le regard des autres a le pouvoir de happer Zo\u00e9 et de la rendre difforme. Se regarder dans le miroir est source de honte et de rejet. La distinction entre sujet et objet est tr\u00e8s fragile. Sa sensorialit\u00e9 \u00e0 fleur de peau est source d\u2019une confusion permanente entre restauration narcissique, excitation \u00e9rog\u00e8ne et violence traumatique.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;\u2026<em>Quand le transfert r\u00e9p\u00e8te fondamentalement (et paradoxalement) le non- investissement dont on a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet, la question du toucher, de son contact, rassemble l\u2019essentiel<\/em>&nbsp;\u00bb.<footer>\u00e9crit J. Andr\u00e9<sup>18<\/sup><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>De fait, la sexualisation des sens &#8211; vue, ou\u00efe, toucher, audition &#8211; est tangible. Zo\u00e9 me fait ressentir la menace de \u00ab&nbsp;surchauffe&nbsp;\u00bb pulsionnelle en s\u00e9ance, d\u2019une s\u00e9duction incestuelle qui viendrait trop \u00ab&nbsp;toucher&nbsp;\u00bb la psych\u00e9 et le corps adolescent. La dimension \u00e9conomique prime. Mais elle masque une passion de transfert&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 semble autant excit\u00e9e que terroris\u00e9e par sa rencontre avec un analyste masculin, quand bien m\u00eame le transfert est autant maternel que paternel, narcissique qu\u2019\u00e9rotique. Ce noyau m\u00e9lancolique se rejoue dans le transfert maternel sur l\u2019analyste masculin. Dans un tel r\u00e9gime de paradoxalit\u00e9 o\u00f9 court une excitation d\u00e9li\u00e9e, en prise avec un Surmoi qui se resexualise sans cesse, la dynamique des interdits de l\u2019inceste et du \u00ab&nbsp;meurtre d\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb prennent valeur de boussole et de signal pour Zo\u00e9, tout autant que pour l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux s\u00e9quences de la psychoth\u00e9rapie permettront d\u2019en \u00e9clairer les enjeux. Apr\u00e8s plusieurs mois de cure, Zo\u00e9 me confie qu\u2019elle ne peut jamais s\u2019endormir sans avoir recours \u00e0 une r\u00eaverie \u00e9veill\u00e9e dans laquelle elle m\u2019a d\u00e9sormais attribu\u00e9 un r\u00f4le. Honteuse, \u00e9vitant plus que jamais de me regarder, elle me raconte son contenu&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je me vois, en prison, dans une cellule, enferm\u00e9e. Deux gardiens en uniformes me tombent dessus et me frappent, sans s\u2018arr\u00eater. Je tombe \u00e9vanouie sous les coups. Puis, les deux gardiens ont disparu&nbsp;; vous venez me chercher, vous ouvrez la cellule et vous m\u2019emmenez dans vos bras, toujours \u00e9vanouie. Je me r\u00e9veille dans vos bras. Vous me d\u00e9posez dans mon lit, vous restez au pied du lit \u00e0 me regarder, debout, jusqu\u2019\u00e0 ce que je m\u2019endorme<\/em>&nbsp;\u00bb. Dans un \u00ab&nbsp;transfert de base&nbsp;\u00bb, le fantasme peut se traduire ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Une fille est port\u00e9e et calm\u00e9e tendrement par l\u2019analyste-p\u00e8re-m\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb. La r\u00eaverie de Zo\u00e9 est un appel \u00e0 un p\u00e8re suffisamment ferme et protecteur autant qu\u2019\u00e0 une m\u00e8re pare-excitante, d\u00e9toxifiante et s\u00e9curisante. Zo\u00e9 peut enfin s\u2019endormir gr\u00e2ce \u00e0 cette fantaisie, sous la \u00ab&nbsp;couverture&nbsp;\u00bb d\u2019un \u00e9tayage tendre et fondamental par un \u00ab&nbsp;objet secourable&nbsp;\u00bb. Elle tente de se d\u00e9gager d\u2019une sc\u00e8ne traumatique ali\u00e9nante. Elle passe du coma \u00e0 l\u2019endormissement puis aux r\u00e9veils dans les bras de l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019endormissement rend compte m\u00e9taphoriquement d\u2019un refoulement efficient, avec tous les ressorts de l\u2019inconscient pour satisfaire inconsciemment les d\u00e9sirs \u0153dipiens et les b\u00e9n\u00e9fices de la punition fantasm\u00e9e. Pour autant, il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019une mise en sc\u00e8ne remarquable du fantasme \u00ab&nbsp;<em>Une fille est battue<\/em>&nbsp;\u00bb, qui se d\u00e9ploie dans le champ radio-actif, passionnel du transfert pubertaire. Il inclue la petite fille \u0153dipienne mais aussi l\u2019adolescente, au sein d\u2019une sc\u00e8ne primitive dont est exclue la m\u00e8re. Comme le dit J.M. L\u00e9vy<sup>19<\/sup>, le fantasme \u00ab&nbsp;un enfant est battu&nbsp;\u00bb est \u00ab&nbsp;<em>une tentative de transformer la r\u00e9alit\u00e9 agie des violences subies en fantasme qui conjoint l\u2019interdit&nbsp;; la satisfaction de la r\u00e9alisation inconsciente du fantasme passe par la dimension sadomasochiste inh\u00e9rente \u00e0 la sc\u00e8ne primitive<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019endormissement rend compte m\u00e9taphoriquement d\u2019un refoulement efficient, avec tous les ressorts de l\u2019inconscient pour satisfaire inconsciemment les d\u00e9sirs \u0153dipiens et les b\u00e9n\u00e9fices de la punition fantasm\u00e9e. Les enjeux de l\u2019analyse conjoignent une v\u00e9ritable n\u00e9vrose de transfert \u0153dipienne et une mise en jeu des interdits fondateurs qui n\u2019avaient jamais encore pu se jouer ni se symboliser.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles sont les conditions pour que le fantasme d\u2019endormissement qui masque le plaisir d\u2019\u00eatre battue par le p\u00e8re ne soit pas repris dans la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition et la d\u00e9symbolisation d\u2019un agir incestuel&nbsp;? Les regards tendres du p\u00e8re qui porte sa fille battue\/aim\u00e9e\/punie dans ses bras ne sont-ils pas &#8211; pour Zo\u00e9 et pour l\u2019analyste &#8211; \u00e0 haut risque de se transformer en un \u00e9change de regards o\u00f9 se rejouerait la s\u00e9duction incestueuse et la transgression du tabou&nbsp;; le regard p\u00e9trifiant de M\u00e9duse et la c\u00e9cit\u00e9 de l\u2019adolescent Tiresias, puni d\u2019avoir regard\u00e9 Ath\u00e9na nue. La confusion des langues n\u2019est pas bien loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019essentiel ne se joue-t-il pas dans l\u2019inscription pr\u00e9coce des interdits, un pr\u00e9curseur du surmoi, transmis d\u00e8s l\u2019origine par les objets primaires, la m\u00e8re avant tout&nbsp;?&nbsp;! Dans l\u2019histoire pr\u00e9coce de Zo\u00e9, on pourrait envisager &#8211; comme l\u2019\u00e9crit C. De Vriendt-Goldman<sup>20<\/sup> &#8211; que \u00ab&nbsp;<em>l\u2019ombre de l\u2019objet maternel est tomb\u00e9e sur le Moi naissant de l\u2019infans, telle une \u00e9bauche embryonnaire d\u2019un incorporat m\u00e9lancolique. Cela a pu se manifester dans des interactions du corps \u00e0 corps qui combinent charges et d\u00e9charge pulsionnelles<\/em>&nbsp;\u00bb, entravant le travail de s\u00e9paration d\u2019avec la m\u00e8re et donc la mise en place d\u2019une instance surmo\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la cure, le contre-transfert de l\u2019analyste, son surmoi analytique sera l\u2019un des op\u00e9rateurs des interdits, au vif des transferts. L\u2019\u00e9laboration des enjeux des interdits du toucher chez l\u2019analyste est essentiellement inconsciente. \u00ab&nbsp;<em>Ce que personne ne d\u00e9sire faire, on n\u2019a pas besoin de l\u2019interdire\u2026 L\u2019interdit (et donc le d\u00e9sir) du toucher, quand il se pr\u00e9sente comme formation psychique &#8211; chez l\u2019analysant ou l\u2019analyste -, est un mat\u00e9riel analysable comme un autre\u2026.<\/em>&nbsp;\u00bb (J. Andr\u00e9)<sup>21<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019interdit s\u2019applique tout autant au parent interdicteur qu\u2019\u00e0 l\u2019enfant. Les d\u00e9sirs \u0153dipiens ne sont pas moindres chez l\u2019adulte que chez l\u2019enfant. L\u2019enfant pervers polymorphe dans l\u2019adulte n\u2019est pas peu excit\u00e9 lorsqu\u2019il voit, entend, sent les d\u00e9sirs incestueux de son enfant. Sans compter ses propres projections. Il en deviendra d\u2019autant plus s\u00e9v\u00e8re que son propre surmoi vacille face \u00e0 la tentation de la r\u00e9gression. Et que dire de cette excitation face \u00e0 un fils ou une fille adolescent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la cure, le contre-transfert de l\u2019analyste, son surmoi analytique sera l\u2019un des op\u00e9rateurs d\u2019une remise en jeu des interdits, au vif des transferts. L\u2019\u00e9laboration des enjeux des interdits du toucher chez l\u2019analyste est essentiellement inconsciente. Elle en tire sa force et ses \u00e9cueils. C\u2019est l\u2019un des enjeux essentiels de la cure d\u2019adolescents. D\u2019autant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une seconde chance. Certes, une part essentielle se joue d\u00e8s l\u2019inscription pr\u00e9coce des interdits et du surmoi, transmis par les objets primaires. Pour autant, J. Andr\u00e9, apr\u00e8s Freud, a d\u00e9montr\u00e9 que c\u2019est \u00ab&nbsp;le temps 2&nbsp;\u00bb de l\u2019apr\u00e8s-coup pubertaire qui est premier et qui re-configure \u00ab&nbsp;le temps 1&nbsp;\u00bb de l\u2019originaire<sup>22<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 m\u2019apporte des dessins et des po\u00e8mes qu\u2019elle r\u00e9alise entre les s\u00e9ances. Elle me les tend sans commentaire, le regard fuyant. Par contre, lorsque je lis ou regarde ses productions, son regard se porte sur moi, tr\u00e8s attentif tandis que je m\u2019arr\u00eate et commente un aspect de son dessin, une tournure de phrase du po\u00e8me, une ressemblance entre deux personnages. La menace d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition inconsciente de la captation et de l\u2019intrusion abusive dans son monde interne persiste et pourtant, \u00ab&nbsp;les objets de m\u00e9diation&nbsp;\u00bb (Brun)<sup>23<\/sup> que Zo\u00e9 trouve et cr\u00e9e semblent op\u00e9rants et symbolisants. C\u2019est elle qui a trouv\u00e9 &#8211; cr\u00e9\u00e9 le champ transitionnel qui prot\u00e8ge de la menace d\u2019un toucher (au sens large) trop excitant. Elle peut d\u00e8s lors me regarder tandis que je regarde ses textes et ses peintures. Elle me regarde en train de regarder le regard qu\u2019elle a pos\u00e9 sur elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce \u00ab&nbsp;m\u00e9ta-regard&nbsp;\u00bb &#8211; sous tendu par l\u2019interdit du toucher int\u00e9rioris\u00e9 de l\u2019analyste &#8211; renverse la logique de compulsion de r\u00e9p\u00e9tition. Le plaisir d\u2019investissement mutuel en s\u00e9ance permet un jeu de passivit\u00e9, sans passivation. Zo\u00e9 peut &#8211; pas \u00e0 pas, regard apr\u00e8s regard &#8211; se laisser regarder par l\u2019analyste, objet secourable qui devient objet de d\u00e9sir \u0153dipien, car d\u00e9montrant son plaisir \u00e0 l\u2019investir, tout en r\u00e9gulant, par les interdits, un trop d\u2019excitations.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans que je n\u2019en interpr\u00e8te les contenus, afin de ne pas d\u00e9-transitionnaliser ce mat\u00e9riel \u00ab&nbsp;interm\u00e9diaire&nbsp;\u00bb, nous pensons-r\u00eavons \u00e0 deux \u00e0 ses cr\u00e9ations, \u00ab&nbsp;<em>dans une alternance subtile de sym\u00e9trie et asym\u00e9trie relationnelle<\/em>&nbsp;\u00bb (Bolognini)<sup>24<\/sup>. Cela requiert un mode d\u2019intervention psychodramatique, suffisamment pulsionnel et simultan\u00e9ment pare-excitant. L\u2019exp\u00e9rience de transformation passe par la prise en compte chez l\u2019analyste de ses propres mouvements internes, au vif de son exp\u00e9rience de sid\u00e9ration, de s\u00e9duction puis de reprise de la pens\u00e9e. Le risque d\u2019empi\u00e8tement et de captation incestueuse mutuelle peut ainsi se transformer en une boucle subjectivante des regards \u00e9tayants et pensants qui lui ont tant fait d\u00e9faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 dessine des s\u00e9ries de personnages de femmes, des nus, de tous \u00e2ges&nbsp;; elle se dessine souvent en femme vieille aux seins fl\u00e9tris ou en auto-portraits vus de dos. Elle r\u00e9alise une s\u00e9rie de dessins qui repr\u00e9sente la gamme de sentiments \u2013 pas les siens, pr\u00e9cise-t-elle &#8211; tels que la haine, le d\u00e9sespoir, le calme, le bonheur. Puis elle m\u2019am\u00e8nera un autoportrait vu de face, cette fois. Elle lui ressemble&nbsp;! Puis, un jour, Zo\u00e9 brandit soudain un dessin jusque-l\u00e0 cach\u00e9 dans son sac. Il s\u2019agit d\u2019une reproduction, qu\u2019elle a peint \u00e0 l\u2019aquarelle, du tableau de Courbet, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019Origine du Monde<\/em>&nbsp;\u00bb. Zo\u00e9 me regarde comme si sa vie en d\u00e9pendait. Elle me regarde regardant l\u2019\u00e9nigme des \u00e9nigmes, l\u2019\u00e9nigme des origines. Elle questionne son propre maternel originaire, me dis-je, et simultan\u00e9ment, elle questionne comment moi, je me d\u00e9brouille avec le mien. D\u00e9sormais, Zo\u00e9 tente de transformer, en pr\u00e9sence d\u2019un homme objettiers, l\u2019\u00e9nigme du maternel et du f\u00e9minin originaire, jusqu\u2019ici impensable. Car Zo\u00e9, \u00ab&nbsp;en pleine naissance psychique&nbsp;\u00bb, a pu accoucher d\u2019une re-pr\u00e9sentation de re-pr\u00e9sentation. Certes, elle en th\u00e9\u00e2tralise l\u2019apparition par un jeu de cach\u00e9-montr\u00e9, sur la sc\u00e8ne de la cure. Mais c\u2019est la dose d\u2019hyst\u00e9rie n\u00e9cessaire \u00e0 la production du fantasme.<\/p>\n\n\n\n<p>D. Anzieu<sup>25<\/sup> souligne que l\u2019interdit du toucher \u00ab&nbsp;<em>canalise la pouss\u00e9e des pulsions&nbsp;; il d\u00e9limite leurs sources corporelles&nbsp;; il r\u00e9organise leurs objets et leurs buts<\/em>&nbsp;\u00bb. En cela, cette \u00ab&nbsp;\u00e9preuve&nbsp;\u00bb de l\u2019interdit du toucher&nbsp;\u00bb -qui s\u2019\u00e9prouve dans le champ du transfert et du contretransfert &#8211; est essentielle pour la discrimination des pulsions, des affects, de la cartographie des zones psycho-sexuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je regarde &#8211; sans avoir ni trop froid, ni trop chaud aux yeux &#8211; sa reproduction du tableau&nbsp;; je lui demande si elle en connait le titre&nbsp;; elle me demande son titre&nbsp;; je nomme \u00ab&nbsp;<em>l\u2019Origine du Monde<\/em>&nbsp;\u00bb. Le sexe f\u00e9minin exhib\u00e9 du dessin de Zo\u00e9 s\u2019inscrit dans une histoire et une filiation f\u00e9minine, intriquant l\u2019excitation potentiellement p\u00e9trifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nomination en s\u00e9ance a valeur d\u2019interpr\u00e9tation. L\u2019excitation peut ainsi se relier \u00e0 la repr\u00e9sentation de la repr\u00e9sentation, puis au signifiant, au travers d\u2019une exp\u00e9rience partag\u00e9e, suffisamment pulsionnelle et suffisamment pare-excitante, en s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tableau \u00ab&nbsp;<em>L\u2019origine du monde<\/em>&nbsp;\u00bb ne repr\u00e9sente-t-il pas l\u2019irrepr\u00e9sentable et le myst\u00e8re, ce qui toujours \u00e9chappera &#8211; \u00e0 commencer par la sc\u00e8ne primitive qui nous a fond\u00e9s et dont nous sommes forc\u00e9ment exclus&nbsp;? \u00c0 bien y penser, ce tableau &#8211; qui aurait pu \u00eatre aveuglant, il l\u2019est, juste assez &#8211; m\u2019appara\u00eet comme une figuration des fantasmes originaires et, dans le m\u00eame mouvement, il en figure les interdits et les impossibles&nbsp;: l\u2019impossible retour intra-ut\u00e9rin, l\u2019interdit de l\u2019inceste m\u00e8re-fille, l\u2019interdit du meurtre de la repr\u00e9sentation. Au prix de ces renoncements, ces interdits deviennent formidablement op\u00e9rants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol id=\"block-143d724e-fec0-42ad-bc0b-fcdfe8a74f17\" class=\"block-editor-rich-text__editable block-editor-block-list__block wp-block is-selected wp-block-list rich-text\"><li>Freud S. (1927). <em>L\u2019Avenir d\u2019une illusion<\/em>, trad. fr., M. Bonaparte, Paris, PUF, 1971.<\/li><li>Laplanche J. (2014). <em>Sexual. La sexualit\u00e9 \u00e9largie au sens freudien<\/em>. Quadrige, PUF.<\/li><li>Andr\u00e9 J. <em>Aux origines f\u00e9minines de la sexualit\u00e9<\/em>. Paris, PUF, 1995, coll. \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb&nbsp;; 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition Quadrige augment\u00e9e d\u2019une pr\u00e9face de l\u2019auteur, Paris, PUF, 2004.<\/li><li>Anzieu D. <em>Le double interdit du toucher<\/em>. In Marie-Claire Durieux et al., Interdit et tabou. PUF, \u00ab&nbsp;Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse&nbsp;\u00bb. 2006, pp.&nbsp;201-220.<\/li><li>Smadja C. Le surmoi-corporel. <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>. 2016\/5 (Vol. 81), pp.1521-1525.<\/li><li>Zilkha N., \u00ab&nbsp;D\u2019une certaine \u00e9lasticit\u00e9&nbsp;? dans la relation moi &#8211; surmoi&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2010\/3 (Vol. 74), p.&nbsp;761-769.<\/li><li>D. Winnicott, \u00ab&nbsp;L\u2019adolescence&nbsp;\u00bb (1962), in <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1969.<\/li><li>Communication de J.L. Donnet, cit\u00e9e in&nbsp;: Zilkha N., \u00ab&nbsp;D\u2019une certaine \u00e9lasticit\u00e9 dans la relation moi &#8211; surmoi&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2010\/3 (Vol. 74), p.&nbsp;761-769.<\/li><li>Winnicott D. W., \u00ab&nbsp;Commentaires sur mon expos\u00e9 intitul\u00e9&nbsp;? \u201cL\u2019usage d\u2019un objet\u201d&nbsp;\u00bb (d\u00e9cembre 1969), in <em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em>, p.&nbsp;252.<\/li><li>Gutton Ph. (1991). <em>Le pubertaire<\/em>. PUF, Paris.<\/li><li>Hirsch D. (2016), Prise en otage du moi inconscient dans le terrorisme religieux extr\u00e9miste, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2016\/5, pp.&nbsp;1658-1666.<\/li><li>Freud S., \u00ab Quelques types de caract\u00e8re d\u00e9gag\u00e9s par le travail psychanalytique \u00bb (1916), in <em>L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et autres essais<\/em>, Paris, Gallimard, 1985, pp.&nbsp;134-171.<\/li><li>Ferenczi S. (1929). \u00ab L\u2019enfant mal accueilli et sa pulsion de mort \u00bb, <em>Psychanalyse IV<\/em>, Payot, Paris, 1982. pp.&nbsp;76-81.<\/li><li>Anzieu D. <em>Le double interdit du toucher<\/em>. In Marie-Claire Durieux et al., Interdit et tabou. PUF, \u00ab&nbsp;Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse&nbsp;\u00bb. 2006, p.&nbsp;214.<\/li><li>Racamier P. (1989). <em>Ant\u0153dipe et ses destins<\/em>, Coll\u00e8ge de psychanalyse groupale et familiale, 1989.<\/li><li>Celan P. (1978). <em>Schneepart<\/em> (1971, posthume), po\u00e8mes. Nouvelle traduction&nbsp;: <em>Partie de neige<\/em>, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Seuil, 2007.<\/li><li>Zwec G. (1988). <em>Les gal\u00e9riens volontaires<\/em>. Essai sur les proc\u00e9d\u00e9s autocalmants. Paris, PUF.<\/li><li>Andr\u00e9 J. (2009). L\u2019\u00e9v\u00e9nement et la temporalit\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-coup dans la cure. <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>. Vol 73, pp.&nbsp;1285-1352.<\/li><li>Levy J.M. (2019). \u00ab Ombre et lumi\u00e8re \u00bb. pp 1421-1476. Rapport du CPLF. \u00ab Bisexualit\u00e9s et genres \u00bb. <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 2019\/5. Vol 83, pp.150-1.<\/li><li>De Vriendt-Goldman C. : <em>Communication personnelle<\/em>.<\/li><li>Andr\u00e9 J. (2006). A fleur de mots, interdit du toucher et cadre analytique, p. 230, In \u00ab Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse \u00bb, Marie-Claire Durieux et al., <em>Interdit et tabou<\/em>. PUF, pp.&nbsp;221-237.<\/li><li>Andr\u00e9 J. (2009). L\u2019\u00e9v\u00e9nement et la temporalit\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-coup dans la cure. <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>. Vol 73, pp 1285-1352.<\/li><li>Brun A. (2011). <em>Les m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques<\/em>. Collection <em>Carnet Psy<\/em>, Er\u00e8s.<\/li><li>Bolognini S. (2007). Le bar dans le d\u00e9sert, sym\u00e9trie et asym\u00e9trie dans le traitement d\u2019adolescents difficiles, <em>Adolescence<\/em>, 25, pp.&nbsp;133-144.<\/li><li>Anzieu D., <em>Le double interdit du toucher<\/em>, In Marie-Claire Durieux et al., <em>Interdit et tabou<\/em>. PUF, \u00ab&nbsp;Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2006, pp.&nbsp;201-220.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n<p>Andr\u00e9 J. (1995).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Aux origines f\u00e9minines de la sexualit\u00e9<\/em>. Paris, PUF, coll. Biblioth\u00e8que de psychanalyse\u00a0; 1<sup class=\"exposant\">\u00e8re<\/sup>\u00a0\u00e9dition, Quadrige augment\u00e9e d\u2019une pr\u00e9face de l\u2019auteur, Paris, PUF, 2004.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 J. (2006). \u00c0 fleur de mots. Interdit du toucher et cadre analytique. in Marie-Claire Durieux et al.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Interdit et tabou.<\/em>\u00a0Presses Universitaires de France. Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse, pp 221 \u00e0 237.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 J. (2006). \u00c0 fleur de mots. interdit du toucher et cadre analytique. In\u00a0<em class=\"marquage italique\">Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse<\/em>, Marie-Claire Durieux et al.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Interdit et tabou<\/em>. Presses Universitaires de France. pp 221 \u00e0 237.<\/p>\n<p>Anzieu D.\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le double interdit du toucher<\/em>. In Marie-Claire Durieux et al., Interdit et tabou. Presses Universitaires de France | \u00ab\u00a0Monographies et d\u00e9bats de psychanalyse\u00a0\u00bb. 2006, pp.\u00a0201 \u00e0 220<\/p>\n<p>Brun A. (2011).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Les m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques<\/em>. Collection\u00a0<em class=\"marquage italique\">Carnet Psy<\/em>, Er\u00e8s.<\/p>\n<p>Celan P. (1978).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Schneepart<\/em>\u00a0(1971, posthume), po\u00e8mes. Nouvelle traduction\u00a0:\u00a0<em class=\"marquage italique\">Partie de neige<\/em>, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Seuil, 2007.<\/p>\n<p>Ferenczi S. (1929). \u00ab\u00a0L\u2019enfant mal accueilli et sa pulsion de mort\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Psychanalyse IV<\/em>, Payot, Paris, 1982. pp.\u00a076-81.<\/p>\n<p>Freud S. (1927).\u00a0<em class=\"marquage italique\">L\u2019Avenir d\u2019une illusion<\/em>, trad. fr., M. Bonaparte, Paris, PUF, 1971.<\/p>\n<p>Freud S. (1916). \u00ab\u00a0Quelques types de caract\u00e8re d\u00e9gag\u00e9s par le travail psychanalytique\u00a0\u00bb, in\u00a0<em class=\"marquage italique\">L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et autres essais<\/em>, Paris, Gallimard, 1985, pp.\u00a0134-171.<\/p>\n<p>Laplanche J. (2014).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Sexual. La sexualit\u00e9 \u00e9largie au sens freudien.<\/em>\u00a0Quadrige, PUF.<\/p>\n<p>Gutton Ph. (1991).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le pubertaire<\/em>. P.U.F. Paris.<\/p>\n<p>Hirsch D. (2016), Prise en otage du moi inconscient dans le terrorisme religieux extr\u00e9miste,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2016\/5, pp.\u00a01658-1666.<\/p>\n<p>Levy J.M. (2019). \u00ab\u00a0Ombre et lumi\u00e8re\u00a0\u00bb. pp 1421 \u00e0 1476.. Rapport du CPLF. \u00ab\u00a0Bisexualit\u00e9s et genres\u00a0\u00bb.\u00a0<em class=\"marquage italique\">Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 2019\/5. Vol 83. Citation pp150-1.<\/p>\n<p>Racalmier P. (1989).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Ant\u0153dipe et ses destins<\/em>, Coll\u00e8ge de psychanalyse groupale et familiale, 1989<\/p>\n<p>Smadja C. Le surmoi-corporel.\u00a0<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>\u00a02016\/5 (Vol. 81), pp.1521 \u00e0 1525.<\/p>\n<p>Winnicott D. \u00ab\u00a0L\u2019adolescence\u00a0\u00bb (1962), in\u00a0<em class=\"marquage italique\">De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1969.<\/p>\n<p>Winnicott D. W., \u00ab\u00a0Commentaires sur mon expos\u00e9 intitul\u00e9 \u201cL\u2019usage d\u2019un objet\u201d\u00a0\u00bb (d\u00e9cembre 1969), in\u00a0<em class=\"marquage italique\">La crainte de l\u2019effondrement<\/em>, p.\u00a0252.<\/p>\n<p>Zilkha N., \u00ab\u00a0D\u2019une certaine \u00e9lasticit\u00e9 dans la relation moi\u2011surmoi\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2010\/3 (Vol. 74), p.\u00a0761-769.<\/p>\n<p>Zwec G. (1988).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Les gal\u00e9riens volontaires. Essai sur les proc\u00e9d\u00e9s autocalmants<\/em>. Paris, PUF.<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10716?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les interdits et le surmoi En 1927 dans l\u2019Avenir d\u2019une illusion, Freud1 propose une corr\u00e9lation entre trois termes&nbsp;: Refus, Interdit et Privation. \u00ab&nbsp;\u2026 Nous appellerons refus le fait qu\u2019une pulsion ne puisse \u00eatre satisfaite, interdit la disposition qui \u00e9tablit ce&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[],"auteur":[1404],"dossier":[215],"mode":[60],"revue":[216],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10716","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","auteur-denis-hirsch","dossier-les-interdits-pour-quoi-faire","mode-payant","revue-216","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10716","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10716"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10716\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13395,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10716\/revisions\/13395"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10716"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10716"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10716"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10716"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10716"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10716"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10716"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10716"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10716"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}