{"id":10713,"date":"2021-08-22T07:32:37","date_gmt":"2021-08-22T05:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/ladolescence-entre-corps-et-psyche-entre-moi-et-je-2\/"},"modified":"2021-09-15T15:54:54","modified_gmt":"2021-09-15T13:54:54","slug":"ladolescence-entre-corps-et-psyche-entre-moi-et-je","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/ladolescence-entre-corps-et-psyche-entre-moi-et-je\/","title":{"rendered":"L\u2019adolescence, entre corps et psych\u00e9, entre Moi et Je"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour un psychiatre d\u2019adolescent, aborder la question du corps \u00e0 l\u2019adolescence est comme l\u2019antienne bien connue d\u2019une chanson de ses vingt ans dont il reprend le refrain malgr\u00e9 lui avec un plaisir saupoudr\u00e9 d\u2019un l\u00e9ger agacement, n\u2019arrivant pas \u00e0 s\u2019en d\u00e9faire&nbsp;! Que dire de plus qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 dit, souvent bien dit et plus souvent encore p\u00e9niblement rab\u00e2ch\u00e9&nbsp;! Depuis S. Freud, qui certes fait remonter la sexualit\u00e9 aux ann\u00e9es d\u2019enfance mais qui pr\u00e9cise que cette \u00ab&nbsp;sexualit\u00e9 infantile&nbsp;\u00bb se r\u00e9v\u00e8le apr\u00e8s-coup du fait de la pubert\u00e9, jusqu\u2019aux auteurs contemporains, avec par exemple l\u2019attaque du corps sexu\u00e9 de Moses Laufer ou le \u00ab&nbsp;pubertaire&nbsp;\u00bb de Philippe Gutton \u00ab&nbsp;qui est \u00e0 la psych\u00e9 ce que la pubert\u00e9 est au corps&nbsp;\u00bb, sans parler des multiples articles en boucles sur l\u2019image du corps, sa transformation, le narcissisme, le CORPS occupe le centre de gravit\u00e9 de nos pr\u00e9occupations\u2026 Tr\u00e8s bien&nbsp;! Le corps adolescent se transforme sous l\u2019impact de la pubert\u00e9, r\u00e9alisant une \u00ab&nbsp;attaque&nbsp;\u00bb du sentiment de continuit\u00e9 existentielle, donc une menace \u00e0 la fois narcissique et identitaire&nbsp;; en m\u00eame temps il est envahi d\u2019une pouss\u00e9e le contraignant \u00e0 sortir de ses gonds (sortir de son corps, de sa psych\u00e9, de sa famille, de sa maison&nbsp;: cela fait beaucoup&nbsp;!) pour aller \u00e0 la rencontre d\u2019autre chose dont il n\u2019a encore qu\u2019une vague id\u00e9e, donc plus ou moins inqui\u00e9tant&nbsp;; pour couronner le tout, l\u2019\u00eatre humain pris dans ce basculement n\u2019y peut mais, tout cela se produisant malgr\u00e9 lui, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, spectateur soumis \u00e0 un sc\u00e9nario qui semble lui \u00e9chapper\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article pourrait s\u2019arr\u00eater l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Un papa, ce pourrait aussi \u00eatre une maman, porte sa fille Camille, \u00e2g\u00e9e de 5 ou 6 mois et passe devant un grand miroir. Attir\u00e9 par cette image, il s\u2019y arr\u00eate, contemple la sc\u00e8ne avec plaisir puis se met \u00e0 sourire&nbsp;! Il sourit parce qu\u2019il constate que Camille a le regard fix\u00e9 sur le reflet du visage parental&nbsp;! Elle regarde son papa&nbsp;! En g\u00e9n\u00e9ral quand on est devant un miroir, on commence par SE regarder. Amus\u00e9 par ce qu\u2019il prend pour une m\u00e9prise, le papa encha\u00eene quasi-simultan\u00e9ment trois conduites. Ecrire nous oblige \u00e0 les \u00e9noncer l\u2019une \u00e0 la suite de l\u2019autre mais dans la r\u00e9alit\u00e9 elles se d\u00e9roulent en m\u00eame temps&nbsp;: 1) de son regard il va chercher le regard de sa fille dans le reflet du visage parental, le sien&nbsp;; puis il d\u00e9tourne son regard pour le porter sur le reflet du visage de sa fille, comme s\u2019il cherchait \u00e0 \u00ab&nbsp;piloter&nbsp;\u00bb le regard de Camille&nbsp;; 2) il pointe du doigt ce reflet&nbsp;; 3) il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0&nbsp;! Regarde, c\u2019est Camille&nbsp;! Elle est o\u00f9, Camille&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Pilot\u00e9 par le regard parental, en m\u00eame temps qu\u2019elle voit le doigt qui pointe et entend la parole qui nomme, le regard de Camille s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9 du visage parental pour se fixer sur le reflet de Camille. Camille vient de recevoir sa premi\u00e8re le\u00e7on identitaire&nbsp;! D\u00e9taillons-la&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle est o\u00f9, Camille&nbsp;?&nbsp;\u00bb, question innocemment perverse car qu\u2019est-ce qui est d\u00e9sign\u00e9&nbsp;: le reflet ou le corps propre&nbsp;? O\u00f9 est vraiment Camille&nbsp;? Mais une certitude, ce qui est d\u00e9sign\u00e9, c\u2019est le corps ou plut\u00f4t l\u2019image du corps, son reflet&nbsp;! Dans cette s\u00e9quence tr\u00e8s ordinaire de la vie quotidienne, le corps repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;l\u2019axe objectal&nbsp;\u00bb support de la d\u00e9signation d\u2019une identit\u00e9 d\u00e9butante, cette part \u00ab&nbsp;autre&nbsp;\u00bb \u00e0 la fois d\u00e9sign\u00e9e, nomm\u00e9e par un autre, mais flottante entre le reflet et sa mat\u00e9rialit\u00e9. Comme j\u2019ai eu l\u2019occasion de le dire, l\u2019identit\u00e9 est une double tromperie puisqu\u2019elle provient de la d\u00e9signation par un autre sur une image de soi (le reflet dans le miroir) qui n\u2019est pas soi&nbsp;: double processus d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans ce moment fondateur que j\u2019ai nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re pr\u00e9sentation au miroir&nbsp;\u00bb. Pourquoi Camille regarde d\u2019abord son papa&nbsp;? C\u2019est une \u00e9vidence, lors des premi\u00e8res pr\u00e9sentations devant un miroir, le petit enfant regarde en priorit\u00e9 ce qu\u2019il conna\u00eet bien&nbsp;: le visage parental. Son propre visage lui est encore m\u00e9connu&nbsp;: par cette d\u00e9signation, il apprend \u00e0 le reconna\u00eetre. Comment se termine cette courte s\u00e9quence&nbsp;? Il ne viendrait \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019aucun parent bien portant d\u2019embrasser le miroir&nbsp;! En g\u00e9n\u00e9ral, amus\u00e9, le parent serre un peu plus fort son enfant dans ses bras (une embrassade) et parfois lui fait un bisou. Se faisant, il reporte sur le corps du petit enfant l\u2019affection qu\u2019il porte \u00e0 l\u2019enfant vrai et pas seulement \u00e0 son image&nbsp;: il libidinalise et identifie le corps de son enfant et non pas son image, il cr\u00e9e un lien entre l\u2019image de soi et l\u2019investissement du corps propre\u2026 Lors de cette premi\u00e8re pr\u00e9sentation au miroir, <em>le parent r\u00e9v\u00e8le \u00e0 son enfant l\u2019unit\u00e9 de son corps<\/em>. Autour du m\u00eame \u00e2ge ou un peu plus tard, parents et enfant vont jouer de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive \u00e0 ce jeu de pointage bien connu ou le parent pointe sur un objet qui suscite l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant avant que ce dernier ne se mette lui-m\u00eame \u00e0 pointer du doigt, le parent commentant l\u2019objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! Tu as vu, il est beau ce hochet\u2026&nbsp;\u00bb. <em>Le parent offre \u00e0 son enfant la beaut\u00e9 du monde<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9c\u00e9demment, quand Camille avait 2 ou 3 mois, m\u00e8re et enfant jouaient \u00e0 ce jeu des imitations crois\u00e9es o\u00f9, comme l\u2019a dit Winnicott, le visage de la m\u00e8re est le premier miroir de l\u2019enfant&nbsp;: ce dernier \u00e9bauche un sourire, la maman en miroir pose un vrai sourire sur son visage, ce qui entra\u00eene un sourire franc sur le visage du b\u00e9b\u00e9 puis la maman d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! Tu souris, tu es content&nbsp;!&nbsp;\u00bb. <em>Elle avait intronis\u00e9 son b\u00e9b\u00e9 en partenaire interactif<\/em> (\u00ab&nbsp;tu es\u2026&nbsp;\u00bb) et avait nomm\u00e9 ses affects (\u00ab&nbsp;content&nbsp;\u00bb). Quant au \u00ab&nbsp;stade du miroir&nbsp;\u00bb il surviendra plus tard, vers l\u2019\u00e2ge de 16\/18 mois&nbsp;: seul dans son <em>Youpala<\/em> tel que le d\u00e9crit J. Lacan, cet enfant se met \u00e0 jubiler devant le miroir dans une prise de conscience par lui-m\u00eame de son enti\u00e8ret\u00e9. Cette \u00ab&nbsp;assomption jubilatoire&nbsp;\u00bb, comme la nomme Lacan, est une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans l\u2019appropriation identitaire&nbsp;: en effet elle t\u00e9moigne de la perception par soi-m\u00eame de l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du corps propre, moment jubilatoire d\u2019unification de soi (encore qu\u2019il s\u2019agisse uniquement du reflet&nbsp;!) mais reste largement d\u00e9pendante de l\u2019autre (le parent) pour ce qui est de sa nomination. Pr\u00e9cis\u00e9ment concernant le langage, si on suit la succession d\u2019apparition des formules pronominales, on constate que la premi\u00e8re concerne le \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Tu souris\u2026&nbsp;\u00bb), et la suivante le \u00ab&nbsp;il\/elle&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;O\u00f9 elle est Camille&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Il est beau le hochet&nbsp;!&nbsp;\u00bb). Pour ce qui concerne l\u2019enfant lui-m\u00eame l\u2019image de son corps (le reflet) puis son corps propre (le bisou et l\u2019embrassade) sont les objets par lesquels transitent ce processus d\u2019identification. Mais o\u00f9 est le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb&nbsp;? Il ne viendra que plus tard, beaucoup plus tard, lorsque ce petit enfant vers 26\/28 mois commence \u00e0 jouer r\u00e9guli\u00e8rement aux jeux de faire-semblant. Affair\u00e9 \u00e0 son jeu, l\u2019enfant donne \u00e0 manger \u00e0 son poupon. Ce dernier accepte le biberon ou la cuill\u00e8re puis soudain le ou la refuse&nbsp;! On voit le petit enfant insister pour que son poupon accepte&nbsp;! Que se passe-t-il&nbsp;? Notons qu\u2019au m\u00eame moment cet enfant qui marche, court et grimpe, est de plus en plus souvent confront\u00e9 au \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb parental (\u00ab&nbsp;non, ne touche pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;non arr\u00eate&nbsp;!&nbsp;\u00bb) en m\u00eame temps que lui-m\u00eame refuse (\u00ab&nbsp;non je ne veux pas faire ceci ou cela\u2026&nbsp;\u00bb). Le \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb devient un v\u00e9hicule interactif assez fr\u00e9quent \u00e0 cet \u00e2ge, marque du besoin de diff\u00e9renciation.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons au jeu de faire-semblant&nbsp;: l\u2019enfant joue \u00e0 un double d\u00e9calage&nbsp;! Il sort de lui-m\u00eame pour s\u2019imaginer \u00eatre la m\u00e8re qui donne le biberon, il identifie le poupon \u00e0 lui-m\u00eame qui commence par accepter puis finit par refuser. Il est \u00e0 la fois la m\u00e8re qui donne et le b\u00e9b\u00e9 qui refuse. S\u2019il est souvent silencieux, j\u2019attribue cependant un dialogue interne \u00e0 ce petit enfant qui dans son double mouvement d\u2019identification, \u00e0 la maman d\u2019abord, fait dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;mange&nbsp;!&nbsp;\u00bb et au b\u00e9b\u00e9\/poupon ensuite, fait r\u00e9pondre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non, JE ne veux pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Une constatation clinique&nbsp;: le jeu de faire-semblant est un pr\u00e9requis pour le d\u00e9veloppement du langage et l\u2019apparition du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans ce langage. Une hypoth\u00e8se psychodynamique&nbsp;: le \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb est d\u2019abord un refus, une n\u00e9gation, une cl\u00f4ture sur soi, besoin de se prot\u00e9ger, de se diff\u00e9rencier. Tout \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb commence par dire \u00ab&nbsp;Non&nbsp;\u00bb&nbsp;! Dans le d\u00e9veloppement du langage, le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb n\u2019appara\u00eet qu\u2019en troisi\u00e8me place, il est le repli r\u00e9flexif sur soi du \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb puis du \u00ab&nbsp;il\/elle&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu manges\u2026&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;il ne veut pas\u2026 \u00ab&nbsp;JE ne veux pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019est dans ce dialogue interne que le \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb commence \u00e0 appara\u00eetre, raison pour laquelle lorsqu\u2019on demande aux parents l\u2019\u00e2ge auquel leur enfant \u00e0 commencer \u00e0 dire \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb, ils ont les plus grandes difficult\u00e9s \u00e0 le pr\u00e9ciser, ce qui n\u2019est pas le cas pour la marche, le d\u00e9but du langage ou les premiers \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb&nbsp;! Par contraste, le corps du petit enfant est ce lieu de d\u00e9signation objectale, support du \u00ab&nbsp;il\/elle&nbsp;\u00bb parental&nbsp;: \u00ab&nbsp;O\u00f9 elle est Camille&nbsp;?&nbsp;\u00bb. L\u00e0 encore dans l\u2019\u00e9volution du langage, il est fr\u00e9quent que les enfants commencent par se nommer \u00e0 la troisi\u00e8me personne ou par leur pr\u00e9nom \u00ab&nbsp;Camille veut\u2026&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Camille, elle veut\u2026&nbsp;\u00bb (reprise en miroir du langage parental), avant qu\u2019ils ne condensent ce \u00ab&nbsp;Camille&nbsp;\u00bb et ce \u00ab&nbsp;elle&nbsp;\u00bb en un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est moi qui\u2026&nbsp;\u00bb (reprise en miroir du geste de d\u00e9signation parentale). Puis pendant quelques semaines (pendant la p\u00e9riode des jeux de faire-semblant&nbsp;?) ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb viendra au secours du \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb comme pour en soutenir une \u00e9mergence encore fragile&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi, je \u2026&nbsp;\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral en face du parent comme d\u00e9sir de diff\u00e9renciation\/affirmation plus que comme pens\u00e9e r\u00e9flexive<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Que viennent faire ici ces descriptions des premiers stades du langage&nbsp;? Quelle pertinence pour le sujet qui nous occupe, le corps \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;? Pour le petit enfant qui n\u2019a pas encore lu S. Freud et ne conna\u00eet pas sa seconde topique, le reflet du visage puis du corps ainsi d\u00e9sign\u00e9 repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;l\u2019axe narcissique\/objectal&nbsp;\u00bb de sa future identit\u00e9&nbsp;: narcissique parce qu\u2019il s\u2019agit du corps propre de l\u2019enfant&nbsp;; objectal parce que cette part provient d\u2019un autre (la nomination) et d\u2019un ailleurs (le reflet). Le terme \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb est utilis\u00e9 pour d\u00e9signer cette part interm\u00e9diaire dont on pourrait dire qu\u2019elle correspond \u00e0 l\u2019aire transitionnelle de l\u2019identit\u00e9, part flottante entre le reflet<sup>2<\/sup>, sa nomination et sa mat\u00e9rialit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est MOI&nbsp;!&nbsp;\u00bb. D\u2019ailleurs le petit enfant aime d\u00e9signer les parties de son corps, de son visage en particulier, en r\u00e9ponse \u00e0 la demande de l\u2019adulte&nbsp;: \u00ab&nbsp;O\u00f9 elle est ton oreille&nbsp;!&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Montre-moi ton nez&nbsp;!&nbsp;\u00bb qui, lors des premi\u00e8res fois, accompagne sa demande d\u2019un geste o\u00f9 lui-m\u00eame adulte montre sur son corps l\u2019organe d\u00e9sign\u00e9\u2026 Ce jeu de d\u00e9signation qui amuse beaucoup adulte et enfant s\u2019appuie sur le questionnement parental (\u00ab&nbsp;montre-moi\u2026&nbsp;\u00bb) pour retourner ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb sur le corps de l\u2019enfant dans un processus d\u2019identification en bascule comme ce m\u00eame enfant le fait quand il joue aux jeux de faire-semblant, identification d\u2019abord corporelle, pr\u00e9symbolique pourrait-on dire. Avec plaisir il se d\u00e9signe volontiers, retournant l\u2019index sur lui pour dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Je pense qu\u2019il nous reste des traces de cette s\u00e9mantique&nbsp;: lorsque, dans le langage courant on recourt \u00e0 l\u2019expression \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, la r\u00e9f\u00e9rence au corps et \u00e0 l\u2019image du corps n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e, diff\u00e9rente bien entendu de ce que signifie \u00ab&nbsp;le moi&nbsp;\u00bb de la seconde topique freudienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout autre est l\u2019usage du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb&nbsp;! On l\u2019a vu, chez le petit enfant l\u2019apparition du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans son langage est plus d\u00e9licate \u00e0 saisir et il semble que celui-ci en fasse un usage modeste si ce n\u2019est hom\u00e9opathique&nbsp;! Car, en suivant le contexte de son \u00e9mergence, ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb se place du c\u00f4t\u00e9 de la diff\u00e9renciation et de la n\u00e9gation (\u00ab&nbsp;Non, JE ne veux pas\u2026&nbsp;\u00bb) l\u00e0 o\u00f9 le \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb marque la pr\u00e9sence et l\u2019affirmation (\u00ab&nbsp;C\u2019est MOI&nbsp;!&nbsp;\u00bb). L\u2019usage du pronom \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb est, au plan linguistique, particuli\u00e8rement complexe, notion tr\u00e8s abstraite et fluctuante puisque dans le discours parl\u00e9 comme \u00e9crit, \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb ne d\u00e9signe pas une personne particuli\u00e8re, identifi\u00e9e comme telle mais toute personne qui est en train d\u2019\u00e9crire ou de parler. En quelque sorte, \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 n\u2019importe qui&nbsp;! On peut tenir ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb comme un marqueur essentiel du principe de r\u00e9flexivit\u00e9 exigeant que celui qui se d\u00e9signe en retournant l\u2019index vers son corps (\u00ab&nbsp;C\u2019est MOI&nbsp;\u00bb) puisse en m\u00eame temps penser cet acte de r\u00e9flexion et se dire \u00ab&nbsp;JE me d\u00e9signe\u2026&nbsp;\u00bb. Ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb est la part subjective de l\u2019identit\u00e9 celle qui est plac\u00e9e \u00ab&nbsp;sous le jet&nbsp;\u00bb (<em>sub jectum<\/em>&nbsp;: sous le jet du doigt qui pointe) par opposition \u00e0 la part objective&nbsp;: \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb. L\u2019affirmation du \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u00e9mergence du \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb comme l\u2019\u00e9volution du langage le confirme et il existera toujours une tension entre ce \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb et ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb. <em>Eprouver cette tension, trouver les mots pour la dire, pouvoir la nommer et en faire un r\u00e9cit, telle est la t\u00e2che de l\u2019adolescence&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Devant le miroir, l\u2019adolescent SE regarde\u2026 Il voit son visage, le d\u00e9taille, cherche son profil ou le bouton d\u2019acn\u00e9 aper\u00e7u hier, puis le regard perdant son acuit\u00e9 inquisitoriale et se faisant plus r\u00eaveur, la question surgit \u00ab&nbsp;Qui suis-JE&nbsp;?&nbsp;\u00bb Comment faire co\u00efncider ce MOI sous mon regard et ce JE dans mon regard&nbsp;? Comme dans une projection cin\u00e9matographique en 3D, l\u2019adolescent cherche les lunettes qui lui permettront de supprimer ce d\u00e9calage&nbsp;! Longtemps l\u2019enfant d\u00e9l\u00e8gue \u00e0 son\/ses parent(s) la question de sa propre identit\u00e9&nbsp;: il est \u00ab&nbsp;le fils de\u2026&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;la fille de\u2026&nbsp;\u00bb et socialement cette identit\u00e9 est inscrite sur le passeport parental. Pendant tout le temps de l\u2019enfance ce \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb et ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb n\u2019ont pas de lien direct, il sont l\u2019un et l\u2019autre en lien aux parents, \u00e0 la figure parentale qui fonctionne comme un \u00ab&nbsp;juge de paix&nbsp;\u00bb. L\u2019enfant s\u2019objective en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est MOI qui fait\u2026&nbsp;\u00bb et se subjective en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;non, JE ne veux pas\u2026&nbsp;\u00bb mais toujours en regardant son parent (ou l\u2019adulte). En investissant sa pens\u00e9e de pens\u00e9es (l\u2019investissement libidinal de la pens\u00e9e dans la th\u00e9orie freudienne, la pens\u00e9e abstraite de second niveau dans la th\u00e9orie piag\u00e9tienne, la m\u00e9ta-pens\u00e9e dans les th\u00e9ories de la cognition) l\u2019adolescent cherche \u00e0 expulser l\u2019autre de ces pens\u00e9es pour en devenir le seul d\u00e9positaire tout comme l\u2019enfant veut agir de son propre chef&nbsp;: c\u2019est moi qui pense cela, ce sont mes pens\u00e9es, \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb pense, se dit l\u2019adolescent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fantasme de d\u00e9velopper une pens\u00e9e propre<sup>3<\/sup>, une pens\u00e9e qui ne soit pas contamin\u00e9e par l\u2019autre rend compte de la susceptibilit\u00e9 parano\u00efde de beaucoup d\u2019adolescents et de sa propension aux diff\u00e9rentes th\u00e8ses complotistes&nbsp;! Tout comme le \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb, la m\u00e9ta-pens\u00e9e est d\u2019abord un refus qui prend dans la vie courante cette allure de phase d\u2019opposition bien connue des parents et qui a m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en cat\u00e9gorie diagnostique par le DSM&nbsp;: \u00ab&nbsp;Trouble Oppositionnel avec Provocation&nbsp;\u00bb. En disant NON, \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb conforte son existence. Mais h\u00e9las pour lui, ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb ne peut s\u2019appuyer que sur un \u00ab&nbsp;MOI&nbsp;\u00bb fragilis\u00e9 par la m\u00e9tamorphose pubertaire du corps<sup>4<\/sup>&nbsp;! Ce corps incertain qui se transforme et se d\u00e9robe, concentre sur lui les craintes parano\u00efdes, suspicieuses et pers\u00e9cutrices. Ce \u00ab&nbsp;moi\/corps&nbsp;\u00bb devenant incertain complique la t\u00e2che identitaire de l\u2019adolescence en rendant plus al\u00e9atoire le travail de recouvrement, de co\u00efncidence, \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus entre la part corporelle, objectale de l\u2019identit\u00e9, le MOI, et la part psychique, subjective de celle-ci, le JE. Si l\u2019identit\u00e9 repose sur le sentiment de m\u00eamet\u00e9 (Ric\u0153ur) lequel passe par le truchement de la narrativit\u00e9, alors il est possible de dire que le r\u00e9cit produit par l\u2019adolescent a pour fonction de faire en sorte que cette m\u00eamet\u00e9 assure le lien entre ce MOI et ce JE. La t\u00e2che de l\u2019adolescence tourne autour de ce <em>Moi\/corps<\/em> \u2013 <em>Je\/psych\u00e9<\/em> \u2013 <em>M\u00eame\/narratif<\/em>&nbsp;: moi, je, m\u00eame&nbsp;! Le lecteur peut entendre cette formule dans ces deux sens&nbsp;! A d\u00e9faut d\u2019aimer, sachant l\u2019ambivalence inh\u00e9rente au fonctionnement psychique, en cas d\u2019adversit\u00e9 l\u2019adolescent peut trouver un \u00e9quivalent dans la formule \u00ab&nbsp;moi &#8211; je &#8211; ha\u00efr&nbsp;: moi je me hais&nbsp;\u00bb, la haine pouvant prendre comme cible soit le <em>MOI\/corps<\/em> soit le <em>JE\/psych\u00e9<\/em>, fa\u00e7on n\u00e9gative de rompre le lien et de suspendre la contrainte d\u00e9veloppementale afin de n\u00e9gativer les effets de la pubert\u00e9 ou du pubertaire et d\u2019assurer la m\u00eamet\u00e9 existentielle<sup>5<\/sup>&nbsp;! Pouss\u00e9 par ce JE \u00e0 se s\u00e9parer, se d\u00e9sengager de ses liens aux objets \u0153dipiens, selon la formule de Peter Blos, le MOI revendique son individualit\u00e9, double mouvement condens\u00e9 dans la formule du m\u00eame auteur, la seconde phase de s\u00e9paration\/individuation, o\u00f9 il est possible de dire que <em>l\u2019individualisation<\/em> proc\u00e8de de la d\u00e9signation du corps, mouvement qui provient de l\u2019ext\u00e9rieur (le geste de se d\u00e9signer en retournant l\u2019index sur son corps propre&nbsp;!) tandis que <em>l\u2019individuation<\/em> proc\u00e8de de l\u2019int\u00e9rieur, de ce JE cherchant le chemin de sa diff\u00e9renciation (\u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb refuse de confondre ses pens\u00e9es avec celles des parents\u2026 Ce qu\u2019on pourrait d\u00e9crire de fa\u00e7on \u0153dipienne comme le refus de coucher ses pens\u00e9es sur celles de ses proches&nbsp;!). Plus le JE est \u00e9rig\u00e9 en seigneur de la guerre identitaire, plus l\u2019expulsion de l\u2019autre devient primordiale, plus le corps devient l\u2019outil de ce besoin d\u2019affirmation identitaire. Malheureusement, comme on l\u2019a dit, ce corps est \u00e0 la fois l\u2019objet d\u00e9sign\u00e9 par un autre et un objet aux contours incertains en pleine transformation. La seule fa\u00e7on pour le JE d\u2019\u00eatre s\u00fbr que ce corps est \u00e0 MOI est que \u00ab&nbsp;JE se pince&nbsp;!&nbsp;\u00bb. La douleur est la signature de l\u2019appropriation individuelle de sa propre existence&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s a 16&nbsp;ans lorsque je la vois pour la premi\u00e8re fois. Depuis l\u2019\u00e2ge de 13&nbsp;ans, elle a pr\u00e9sent\u00e9 quatre graves \u00e9pisodes d\u00e9lirants imaginatifs, interpr\u00e9tatifs mais surtout hallucinatoires, o\u00f9 dominent les th\u00e8mes de mort, de filiation, de pers\u00e9cution. Ces \u00e9pisodes sont survenus tous les huit-dix mois environ. Ils durent et r\u00e9sistent de plus en plus aux traitements propos\u00e9s obligeant \u00e0 une augmentation des doses de neuroleptiques que le psychiatre initialement consult\u00e9 commence \u00e0 trouver inqui\u00e9tantes. Ce dernier me sollicite pour un avis clinique et th\u00e9rapeutique car les parents posent avec insistance la question de la schizophr\u00e9nie, souhaitent le retour \u00e0 la maison de leur fille en demandant avec insistance que celle-ci soit mise sous un traitement neuroleptique retard. Il convient de pr\u00e9ciser ici que la maman est aidesoignante dans un service de psychotiques chroniques adultes. Lors de cette premi\u00e8re consultation avec moi, au d\u00e9cours de son quatri\u00e8me \u00e9pisode d\u00e9lirant qui a dur\u00e9 plus de deux mois, une question pratique se pose, celle de savoir si Agn\u00e8s pourra retourner dans son internat scolaire \u00e0 une centaine de kilom\u00e8tres du domicile de ses parents. Cet internat correspond \u00e0 une demande forte d\u2019Agn\u00e8s qui a choisi elle-m\u00eame cet \u00e9tablissement scolaire en fonction de la fili\u00e8re d\u00e9sir\u00e9e. En effet malgr\u00e9 ces \u00e9pisodes pathologiques, Agn\u00e8s a eu jusque-l\u00e0 des r\u00e9sultats scolaires satisfaisants, a pu passer son BEPC avec succ\u00e8s et a choisi une section de seconde technique qui lui impose une solution d\u2019internat (il sera impossible de savoir si le d\u00e9sir d\u2019Agn\u00e8s \u00e9tait celui de cette fili\u00e8re pr\u00e9cise ou \u00e9tait celui d\u2019un internat \u00e9loign\u00e9 de la famille&nbsp;!). La m\u00e8re, pour sa part, s\u2019oppose au retour de sa fille dans cet \u00e9tablissement et veut avec insistance que sa fille revienne \u00e0 la maison. Lors de l\u2019entretien, le contact avec Agn\u00e8s est de bonne qualit\u00e9, le dialogue est assez facile et \u00e0 une ou deux reprises Agn\u00e8s prend m\u00eame l\u2019initiative de la parole. Toutefois elle para\u00eet de temps \u00e0 autre absorb\u00e9e dans ses pens\u00e9es au point que l\u2019\u00e9change semble comme suspendu. Au cours de cette premi\u00e8re rencontre, c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus inqui\u00e9tant. L\u2019autre concerne la mani\u00e8re dont Agn\u00e8s parle des \u00e9pisodes d\u00e9lirants en disant \u00ab&nbsp;mon d\u00e9lire&nbsp;\u00bb, sorte de discours \u00ab&nbsp;objectif&nbsp;\u00bb, ext\u00e9rieur \u00e0 elle, en miroir du discours de la m\u00e8re qui, elle, utilise des termes tr\u00e8s \u00ab&nbsp;m\u00e9dicaux&nbsp;\u00bb (d\u00e9lire, schizophr\u00e9nie, etc.) pour parler de sa fille. Lors de cette premi\u00e8re rencontre, je suis sensible au fait qu\u2019Agn\u00e8s est une adolescente de 16&nbsp;ans tr\u00e8s mignonne&nbsp;: c\u2019est incontestablement \u00ab&nbsp;une jolie jeune fille&nbsp;\u00bb. Elle a des traits fins, des gestes gracieux sans s\u00e9duction excessive. Elle fait de la danse et participe avec plaisir \u00e0 un atelier th\u00e9\u00e2tre, ce qui explique certainement son aisance relationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s raconte fort bien ses deux premiers \u00e9pisodes pathologiques qu\u2019elle rattache assez facilement \u00e0 des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es avec des gar\u00e7ons. Le premier, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 13&nbsp;ans, est survenu sur le bateau lors du retour d\u2019un s\u00e9jour linguistique en Angleterre, premi\u00e8re s\u00e9paration d\u2019avec les parents. Pendant ce s\u00e9jour, elle avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de moqueries de ses camarades fran\u00e7aises parce que sa correspondante anglaise \u00e9tait une naine ce qu\u2019elle-m\u00eame ignorait. Lors de la travers\u00e9e, s\u2019isolant un peu de son groupe de copines, un gar\u00e7on s\u2019est approch\u00e9 cherchant \u00e0 flirter avec elle&nbsp;: elle refuse maladroitement cette \u00ab&nbsp;premi\u00e8re avance&nbsp;\u00bb et de nouveau ses camarades se moquent d\u2019elle. Le premier \u00e9pisode d\u00e9lirant survient deux jours plus tard pendant lesquels Agn\u00e8s n\u2019a cess\u00e9 de ressasser ces \u00e9v\u00e8nements et son humiliation. Le second \u00e9pisode se produit un an plus tard \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une premi\u00e8re sortie dans une discoth\u00e8que. De nouveau, un gar\u00e7on cherche \u00e0 flirter avec elle. Elle accepte, l\u2019embrasse, se sent \u00e0 la fois inqui\u00e8te et excit\u00e9e. Au bar avec ce gar\u00e7on pour prendre une consommation, elle a alors la conviction que le barman met dans son verre un produit pour la droguer. Le lendemain elle est mutique, repli\u00e9e, les th\u00e8mes d\u00e9lirants apparaissent rapidement. Agn\u00e8s se souvient moins bien de ce qui a pu d\u00e9clencher les deux \u00e9pisodes suivants mais ils sont toujours survenus \u00e0 l\u2019occasion de moments pass\u00e9s avec d\u2019autres jeunes et se d\u00e9roulent de fa\u00e7on assez st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e&nbsp;: les p\u00e9riodes pathologiques sont toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019insomnie, d\u2019hyperphagie, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 croissante avec hyperactivit\u00e9&nbsp;: Agn\u00e8s est tr\u00e8s \u00e9nerv\u00e9e, marche beaucoup&nbsp;; elle se sent brusquement envahie par des id\u00e9es noires, a le sentiment que rien ne va, que tout est mauvais. Elle a l\u2019impression d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e, que personne ne peut rien pour elle. Elle perd sa gait\u00e9 naturelle, dit sa m\u00e8re qui, d\u2019ailleurs, a rep\u00e9r\u00e9 ces phases comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;sans musique&nbsp;\u00bb. Puis, au bout d\u2019une semaine environ, il se produit un d\u00e9clic&nbsp;: \u00ab&nbsp;tout est beau, tout est magnifique&nbsp;\u00bb, mais en m\u00eame temps les th\u00e8mes d\u00e9lirants surgissent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre un grand devin ni un grand p\u00e9dopsychiatre pour reconna\u00eetre que ces \u00e9pisodes ressemblent fortement \u00e0 des effondrements d\u2019allure d\u00e9pressive si ce n\u2019est m\u00e9lancolique suivis d\u2019un basculement de type d\u00e9lirant\/maniaque, ni un grand psychopathologue pour reconna\u00eetre que ces \u00e9pisodes sont probablement amorc\u00e9s par une culpabilit\u00e9 d\u2019allure d\u00e9lirante. Les parents ont de plus not\u00e9 l\u2019existence d\u2019\u00e9pisodes \u00ab&nbsp;sans musique&nbsp;\u00bb durant quelques jours qui se sont r\u00e9solus spontan\u00e9ment. En raison de ces oscillations thymiques je propose alors une modification du traitement m\u00e9dicamenteux \u00e0 Agn\u00e8s et \u00e0 ses parents en accord avec le premier psychiatre consultant qui y \u00e9tait tout \u00e0 fait favorable (soit un traitement thymor\u00e9gulateur conjugu\u00e9 \u00e0 l\u2019arr\u00eat progressif des neuroleptiques<sup>6<\/sup>). Mais j\u2019insisterai aussi pour qu\u2019Agn\u00e8s ne retourne pas \u00e0 la maison tout en donnant acte \u00e0 la m\u00e8re qu\u2019un retour dans l\u2019internat de son \u00e9tablissement scolaire para\u00eet pr\u00e9matur\u00e9&nbsp;! Je leur propose alors une admission dans un \u00ab&nbsp;foyer th\u00e9rapeutique&nbsp;\u00bb d\u00e9pendant du service, ce qu\u2019Agn\u00e8s accepte rapidement sans aucune r\u00e9ticence contrairement aux parents, tr\u00e8s ambivalents, n\u2019acceptant que \u00ab&nbsp;du bout des l\u00e8vres&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il est temps de donner quelques indications sur le contexte familial. Agn\u00e8s est l\u2019a\u00een\u00e9e d\u2019une fratrie de quatre, la famille se pr\u00e9sente comme tr\u00e8s unie, les enfants sortant souvent avec leurs parents. Il a d\u2019ailleurs fallu qu\u2019Agn\u00e8s soit \u00e2g\u00e9e de 13-14&nbsp;ans pour qu\u2019elle ait l\u2019autorisation de sortir seule en ville, les deux parents mettant en avant le fait qu\u2019on ne laisse pas sortir seule une aussi jolie petite fille. En effet selon eux, Agn\u00e8s a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s belle et ils en ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fiers. Je percevrai une l\u00e9g\u00e8re rougeur sur le visage du p\u00e8re au moment o\u00f9 il dit cela, bien que cette rougeur soit cach\u00e9e derri\u00e8re une barbe \u00e9paisse. Depuis qu\u2019Agn\u00e8s est adolescente un ami photographe en a fait un portrait particuli\u00e8rement beau qui est install\u00e9 sur le dessus de la chemin\u00e9e du salon. Les parents ont eux-m\u00eames abonn\u00e9 Agn\u00e8s \u00e0 une revue qui s\u2019appelle <em>Jeune et Jolie<\/em>, revue qui donne aux adolescentes des recettes pour devenir belle et s\u00e9duire les gar\u00e7ons, revue dans laquelle il est aussi beaucoup question de \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re fois&nbsp;\u00bb. Pendant ses hospitalisations, elle passera le plus clair de son temps \u00e0 feuilleter cette revue, le regard perdu\u2026 Le mythe de la famille repose sur deux lign\u00e9es parentales contrast\u00e9es. Le p\u00e8re, a\u00een\u00e9 de deux, pr\u00e9sente sa famille comme tr\u00e8s unie, sans probl\u00e8me. Ses propres parents sont issus de fratrie r\u00e9duite \u00e0 un ou deux enfants. Peut-\u00eatre est-ce ce qui explique pourquoi lui-m\u00eame et ses parents avaient insist\u00e9 pour que la m\u00e8re d\u2019Agn\u00e8s interrompe sa quatri\u00e8me grossesse ce que celle-ci refusa, Agn\u00e8s avait alors une douzaine d\u2019ann\u00e9e. Depuis cette m\u00e8re se dit d\u00e9prim\u00e9e, oblig\u00e9e de prendre un traitement. De son c\u00f4t\u00e9, madame est fille d\u2019une m\u00e8re c\u00e9libataire qui avait un a\u00een\u00e9 d\u2019un autre g\u00e9niteur. Cette grand-m\u00e8re maternelle d\u2019Agn\u00e8s \u00e9tait issue d\u2019une abondante fratrie dont la maman d\u2019Agn\u00e8s ne conna\u00eet pas exactement le nombre. Celle-ci a le souvenir de conflits permanents avec sa m\u00e8re (la grand-m\u00e8re d\u2019Agn\u00e8s) qu\u2019elle a quitt\u00e9e impulsivement \u00e0 l\u2019adolescence. Lors de l\u2019entretien, elle se souvient qu\u2019enfant, dans ses r\u00eaveries r\u00e9currentes, elle quittait la maison quand il y avait trop de conflit et devenue adulte elle a continu\u00e9 \u00e0 faire souvent ce type de r\u00eave&nbsp;: elle quitte sa m\u00e8re&nbsp;! Cette femme tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante pr\u00e9sente une malformation des doigts \u00e0 l\u2019une de ses mains, ce qu\u2019elle essaie manifestement de cacher. Il faut noter que, d\u00e8s le premier entretien, Agn\u00e8s racontera assez facilement faire un cauchemar r\u00e9p\u00e9titif&nbsp;: ses parents meurent dans un accident, toute la fratrie est s\u00e9par\u00e9e, plac\u00e9e \u00e0 droite ou \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce premier entretien Agn\u00e8s pr\u00e9sente une am\u00e9lioration remarquable. Admise dans le foyer elle s\u2019y adapte sans difficult\u00e9s puis reprend sa scolarit\u00e9, terminant son ann\u00e9e scolaire avec des r\u00e9sultats tr\u00e8s satisfaisants\u2026 En revanche nous serons pendant dix-huit mois confront\u00e9s \u00e0 une prise en charge chaotique. Malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe soignante, les parents, sous une soumission apparente, s\u2019opposent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9volution. Par exemple, au d\u00e9but du s\u00e9jour ils ont tendance \u00e0 envahir le foyer, occuper la chambre d\u2019Agn\u00e8s, faire des remarques sur sa d\u00e9coration. Soucieuse de pr\u00e9server l\u2019espace personnel de celle-ci, l\u2019infirmi\u00e8re responsable demande aux parents de moins p\u00e9n\u00e9trer dans le foyer tout en les invitant au groupe de parents. Depuis ce jour, ils restent dans la voiture, n\u2019adressent pratiquement plus la parole aux soignants et bien s\u00fbr ne viennent pas au groupe de parole. Le p\u00e8re refuse de signer l\u2019autorisation permettant \u00e0 sa fille d\u2019aller le soir \u00e0 un groupe d\u2019expression th\u00e9\u00e2trale et de rentrer en v\u00e9lo vers 20h30-21h. Pr\u00e9cisons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un quartier calme et que le centre culturel est \u00e0 moins d\u2019un kilom\u00e8tre du foyer. La prise du traitement est al\u00e9atoire, surtout quand Agn\u00e8s rentre \u00e0 la maison\u2026 D\u00e8s la rentr\u00e9e scolaire suivante, Agn\u00e8s est en proie \u00e0 une vive anxi\u00e9t\u00e9. Quelques jours apr\u00e8s, croyant \u00eatre suivie, elle se sauve du lyc\u00e9e, saute d\u2019un mur, se fracture le f\u00e9mur. Les parents consid\u00e8rent qu\u2019on ne l\u2019a pas surveill\u00e9e correctement. Agn\u00e8s est hospitalis\u00e9e en chirurgie puis dans l\u2019unit\u00e9 d\u2019hospitalisation adolescents. Elle pr\u00e9sente alors un \u00e9tat catatonique dont elle sortira peu \u00e0 peu. Puis soudainement son apparence est \u00e0 nouveau normale&nbsp;; elle veut reprendre la scolarit\u00e9 mais tout aussi rapidement on voit r\u00e9appara\u00eetre les manifestations anxieuses. Il faut d\u00e9crire Agn\u00e8s pendant ces phases&nbsp;: elle est fig\u00e9e, manifestement tr\u00e8s angoiss\u00e9e&nbsp;; mutique, elle ne demande rien, refuse de boire et de s\u2019alimenter. Elle urine et d\u00e9f\u00e8que sous elle, ne se lave pas, laisse ses longs cheveux emm\u00eal\u00e9s. Quand on la nourrit, liquide et aliments se r\u00e9pandent sur son visage, elle recrache ou vomit et ne fait aucun geste pour s\u2019essuyer. A deux reprises, il nous a sembl\u00e9 que ces \u00e9pisodes co\u00efncidaient avec la venue des r\u00e8gles dont bien s\u00fbr elle ne parlait pas. M\u00eame quand elle allait moins mal, son hygi\u00e8ne \u00e9tait devenue pour le moins douteuse et tous les quinze jours, d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e chez les parents, ceux-ci, peut-\u00eatre encore plus le p\u00e8re que la m\u00e8re, la d\u00e9shabillaient de force et malgr\u00e9 ses protestations la lavaient \u00e9nergiquement puis passaient de longs moments \u00e0 la peigner&nbsp;: Agn\u00e8s \u00e9tait alors calme. Il nous a fallu intervenir directement pour que le p\u00e8re cesse ces intrusions sur le corps de sa fille et que seule la m\u00e8re s\u2019en occupe. Pour couronner le tout, \u00e0 chaque retour \u00e0 la maison, le premier geste qu\u2019Agn\u00e8s accomplissait \u00e9tait de retourner le cadre de sa photo sur la chemin\u00e9e en d\u00e9clarant&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce n\u2019est pas moi&nbsp;\u00bb. La photo restait ainsi retourn\u00e9e tout le week-end mais les parents la r\u00e9installaient dans le \u00ab&nbsp;bon sens&nbsp;\u00bb d\u00e8s le d\u00e9part de leur fille. Ce sont eux qui parlaient du \u00ab&nbsp;bon sens&nbsp;\u00bb&nbsp;! Mais ils n\u2019ont jamais eu le \u00ab&nbsp;bon sens&nbsp;\u00bb de ranger cette outrageante photo.<\/p>\n\n\n\n<p>Dix-huit mois plus tard les parents sont assis face \u00e0 moi. Ils viennent de r\u00e9cup\u00e9rer leur fille \u00e0 Paris apr\u00e8s une fugue de l\u2019unit\u00e9 d\u2019hospitalisation o\u00f9 elle avait de nouveau \u00e9t\u00e9 admise. Ils nous avaient alors menac\u00e9s de proc\u00e8s pour faute de surveillance si Agn\u00e8s n\u2019\u00e9tait pas retrouv\u00e9e rapidement. Ils exigent l\u2019arr\u00eat de la prise en charge, parlent de reprendre Agn\u00e8s chez eux mais aussi de l\u2019hospitaliser en psychiatrie adulte. Agn\u00e8s est \u00e2g\u00e9e de 18&nbsp;ans, son visage est bouffi, elle est grosse, p\u00e2teuse, mal coiff\u00e9e, la peau est grasse, suintante. Elle est laide et m\u00eame repoussante. A la fin de l\u2019entretien, le p\u00e8re me regarde et d\u2019une voix douce, radieuse avec une expression souriante d\u2019une extr\u00eame douceur, il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;alors docteur, finalement, vous aussi vous vous \u00eates tromp\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Les parents rentrent chez eux avec Agn\u00e8s que nous ne reverrons plus\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La beaut\u00e9 d\u2019Agn\u00e8s \u00e9tait, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, trop excitante pour ces parents, trop lourde pour l\u2019adolescente, trop mena\u00e7ante pour le lien parent-enfant. Prise dans un lien paradoxal, Agn\u00e8s que ses parents avaient eux-m\u00eames abonn\u00e9e \u00e0 cette revue dont le contenu est centr\u00e9 sur \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re fois&nbsp;\u00bb (le premier baiser, le premier petit ami, le premier flirt, et cerise sur le g\u00e2teau, la premi\u00e8re relation\u2026) devait aussi rester aupr\u00e8s de papa et maman, fillette r\u00e9parant les conflits d\u2019enfance de sa m\u00e8re\u2026 La pubert\u00e9, la pression des pairs, filles (les moqueries) comme gar\u00e7ons (leur attirance), la menace d\u2019une possible relation, tout cela a fait exploser le fragile barrage de l\u2019enfance. Agn\u00e8s s\u2019est trouv\u00e9e dans la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9truire cette beaut\u00e9, d\u2019attaquer ce corps, de le rendre r\u00e9pugnant tandis que ses parents pouvaient garder sur la chemin\u00e9e l\u2019ic\u00f4ne d\u2019un temps r\u00e9volu, un enfant d\u2019une beaut\u00e9 id\u00e9ale \u00e0 jamais perdue. Car, \u00e0 l\u2019adolescence les dangers guettent, aussi bien internes qu\u2019externes. Agn\u00e8s est un exemple de cette confusion dedans\/dehors, \u00ab&nbsp;JE psych\u00e9&nbsp;\u00bb <em>versus<\/em> \u00ab&nbsp;MOI corps&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dangers sont internes car l\u2019excitation c\u00f4toie l\u2019inqui\u00e9tude quand un gar\u00e7on l\u2019embrasse. Elle a envie de partir loin mais elle fait des cauchemars de mort parentale, puis d\u2019abandon. En m\u00eame temps les parents, surtout le p\u00e8re ne sont plus ces parents bienveillants, gentils, heureux et satisfaits du temps de l\u2019enfance mais deviennent soup\u00e7onneux, intrusifs, insatisfaits. Au moment o\u00f9 Agn\u00e8s en avait le plus besoin elle perd le soutien parental qui se transforme m\u00eame en relation agressive, pers\u00e9cutive, mena\u00e7ante et intrusive. Les dangers externes ne sont qu\u2019une projection de ces menaces internes&nbsp;: il est s\u00fbr que certains gar\u00e7ons devaient parfois regarder avec insistance et envie cette belle adolescente, voire m\u00eame l\u2019interpeller, la siffler mettant Agn\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise et confuse. Cette envie confuse (qui avait envie et de quoi&nbsp;?) \u00e9tait mena\u00e7ante&nbsp;: il fallait imp\u00e9rativement la faire cesser. Une autre adolescente, anorexique mentale, en psychoth\u00e9rapie depuis deux\/trois ans, se souvient de cet \u00e9pisode en tout d\u00e9but d\u2019adolescence qui l\u2019avait fortement marqu\u00e9e et avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de quelques semaines les conduites de restriction alimentaire&nbsp;: dans la rue, cette toute jeune fille, \u00e0 la poitrine naissante, se fait siffler par un homme qu\u2019elle identifie comme \u00ab&nbsp;un adulte&nbsp;\u00bb. Elle en est g\u00ean\u00e9e mais elle reconna\u00eet aussi en elle un sentiment confus de contentement ou de fiert\u00e9. De retour \u00e0 la maison elle raconte cet \u00e9pisode \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;: elle est alors sid\u00e9r\u00e9e et angoiss\u00e9e par la r\u00e9action de cette derni\u00e8re. En effet sa m\u00e8re, en col\u00e8re et m\u00e9prisante, la traite de \u00ab&nbsp;tra\u00een\u00e9e&nbsp;\u00bb et la menace&nbsp;: \u00ab&nbsp;si tu commences comme \u00e7a, o\u00f9 finiras-tu par aller&nbsp;?&nbsp;\u00bb De cet instant, elle change de v\u00eature, d\u00e9teste son corps, ne supporte pas le regard des autres, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Agn\u00e8s comme de ses parents, le corps adolescent devient le responsable d\u2019une excitation d\u00e9bordante, menace pour la continuit\u00e9 existentielle du \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb, menace que seules des \u00ab&nbsp;destructions&nbsp;\u00bb syst\u00e9matiques pourront \u00e9teindre&nbsp;! Le p\u00e8re d\u2019Agn\u00e8s offre \u00e0 sa fille la revue <em>Jeune et Jolie<\/em> mais lui interdit d\u2019aller \u00e0 l\u2019activit\u00e9 th\u00e9\u00e2tre \u00e0 cause des rencontres qu\u2019elle pourrait faire, rencontres que sa beaut\u00e9 rend d\u2019autant plus dangereuses. Agn\u00e8s n\u2019a d\u2019autre solution que d\u2019attaquer son corps et son d\u00e9sir. Toute sa pathologie \u00e0 expression comportementale est une destruction programm\u00e9e de ce corps&nbsp;: fracture, souillure, salissure, bouffissure\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Toute sa pathologie \u00e0 expression psychique est une destruction de son d\u00e9sir&nbsp;: ne plus penser \u00e0 la s\u00e9paration, se taire et rentrer chez les parents. Il est toutefois plus difficile de d\u00e9truire le fonctionnement psychique que le corps puisque celle-ci avait laiss\u00e9 ce mot dans sa chambre, avant sa fugue \u00e0 Paris&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Monsieur Marcelli je vous emmerde, je fais une belle fugue sans vous&nbsp;; c\u2019est la libert\u00e9 et je ne ferai pas de psychoth\u00e9rapie, je parlerai \u00e0 mon copain. Quant \u00e0 vous Monsieur C., vous avez une belle coupe de cheveux et vous \u00e9tiez plut\u00f4t sympa<\/em>&nbsp;\u00bb. C. est le psychiatre hospitalier qui s\u2019occupait d\u2019elle lors des phases de r\u00e9gression-repli. On peut craindre compte tenu du dispositif de soin recherch\u00e9 par les parents en particulier la revendication d\u2019une unit\u00e9 psychiatrique ferm\u00e9e, qu\u2019il s\u2019agisse pour Agn\u00e8s avant longtemps de la derni\u00e8re \u00ab&nbsp;belle fugue&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019observation d\u2019Agn\u00e8s nous montre au moins \u00e0 deux reprises, de fa\u00e7on caricaturale, comment la folie banale et ordinaire de tout adolescent peut basculer dans la psychose et ce que sont alors les enjeux. Quand Agn\u00e8s, dans la discoth\u00e8que, embrasse pour la premi\u00e8re fois un gar\u00e7on, elle est excit\u00e9e et inqui\u00e8te. Excit\u00e9e, parce qu\u2019elle est envahie de l\u2019int\u00e9rieur par l\u2019exigence pulsionnelle, de l\u2019ext\u00e9rieur par le rapprochement de l\u2019objet&nbsp;: ce gar\u00e7on qui veut obtenir d\u2019elle quelque chose. Inqui\u00e8te, parce que, en l\u2019embrassant, elle actualise la trace d\u2019un lien \u0153dipien qui est menac\u00e9 par cette excitation. Ce lien devient, de ce fait, source d\u2019angoisse et donc mena\u00e7ant parce qu\u2019il risque d\u2019\u00eatre perdu. Tout adolescent est un jour ou l\u2019autre de son adolescence pris dans les rets de cette excitation-folie&nbsp;: le d\u00e9sir g\u00e9nital d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la menace incestueuse de l\u2019autre, la revendication du MOI qui demande satisfaction, le cramponnement d\u2019un JE qui cherche \u00e0 suspendre le temps et faire que rien ne change. Agn\u00e8s ne peut supporter dans son propre espace intrapsychique cette excitation\/folie&nbsp;: elle la projette sur l\u2019ext\u00e9rieur dans la figure parano\u00efde pers\u00e9cutive du barman qui lui a peut-\u00eatre vers\u00e9 une drogue. La drogue est, parmi bien des craintes, ce que redoutaient aussi ces parents pour leur fille. Agn\u00e8s s\u2019engage l\u00e0 sur le chemin du fonctionnement psychotique. Quand elle entre de nouveau au lyc\u00e9e, lieu investi par elle comme symbole de la \u00ab&nbsp;normalit\u00e9-gu\u00e9rison&nbsp;\u00bb mais plus encore comme justification de l\u2019\u00e9loignement du domicile parental pour une bonne cause celle de l\u2019acquisition d\u2019un m\u00e9tier et enfin comme endroit de toutes les rencontres possibles avec \u00ab&nbsp;les gar\u00e7ons&nbsp;\u00bb, Agn\u00e8s est envahie d\u2019une angoisse\/ excitation\/confusion qui la pousse \u00e0 fuir. Par la suite, elle oscillera dans son r\u00e9cit confus entre un sentiment pers\u00e9cutif d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 suivie et un v\u00e9cu d\u2019effondrement d\u00e9pressif (geste suicidaire&nbsp;?). Quoiqu\u2019il en soit, elle saute d\u2019un mur \u00e9lev\u00e9 et casse son corps&nbsp;: f\u00e9mur bris\u00e9, elle est alit\u00e9e, impotente. Son d\u00e9sir d\u2019autonomie est du m\u00eame coup bris\u00e9. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas MOI&nbsp;\u00bb dit Agn\u00e8s devant la photo, le JE refusant cette identification \u00e0 un corps id\u00e9alis\u00e9 par les parents mais que ce \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb ne peut s\u2019approprier. Quant au JE lui-m\u00eame, il ne peut que dire \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb, refuser&nbsp;: \u00ab&nbsp;JE fais une belle fugue\u2026 JE ne ferai pas de psychoth\u00e9rapie&nbsp;\u00bb. Arrim\u00e9e \u00e0 ses liens \u0153dipiens dont elle ne peut se d\u00e9sengager (relation d\u2019allure incestuelle au p\u00e8re, d\u2019allure culpabilis\u00e9e \u00e0 la m\u00e8re), Agn\u00e8s refuse de s\u2019engager dans un chemin psychoth\u00e9rapeutique nouveau et inconnu o\u00f9, pr\u00e9cis\u00e9ment, ces liens \u0153dipiens pourraient \u00eatre travaill\u00e9s. Elle choisit (mais choisit-elle vraiment&nbsp;?) la r\u00eaverie impossible de la s\u00e9duction (parler avec un copain) d\u00e9plac\u00e9e sur \u00ab&nbsp;la belle coupe de cheveux&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;psy copain&nbsp;\u00bb subtil rappel de la sc\u00e8ne incestuelle du peignage des cheveux par ses parents. Il n\u2019y a pas de rapprochement possible entre la s\u00e9duction corporelle et le travail psychique de penser, corps et psych\u00e9 restent \u00e9cartel\u00e9s, MOI et JE se d\u00e9chirent\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la travers\u00e9e de l\u2019adolescence, l\u2019\u00eatre humain est n\u00e9cessairement confront\u00e9 \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e8nements, de rencontres, d\u2019\u00e9tonnements, de flottements, d\u2019inqui\u00e9tude, qui provoquent d\u2019intenses \u00e9motions, mobilisant ses ressources affectives et cognitives&nbsp;: relations nouvelles aux parents, \u00e9loignement du domicile, relations amicales diff\u00e9rentes, \u00e9motions amoureuses naissantes, d\u00e9sirs confus, r\u00eaveries d\u00e9rangeantes, d\u00e9couvertes de territoires inconnus, choix de fili\u00e8res scolaires, etc. Pour affronter ces divers micro-\u00e9v\u00e8nements, il doit recourir \u00e0 une construction narrative qui lui assure un sentiment de coh\u00e9rence et de continuit\u00e9 donnant sens \u00e0 sa vie pass\u00e9e et future, construction narrative qui repose sur la r\u00e9duction de tension entre le corps et la psych\u00e9 permettant le n\u00e9cessaire recouvrement entre le MOI et le JE, une alliance apais\u00e9e. Mais ces micro-\u00e9v\u00e8nements peuvent devenir autant de micro-traumatismes potentiels et si de plus l\u2019environnement se fait hostile alors cet \u00eatre humain n\u2019arrive plus \u00e0 recruter les ressources n\u00e9cessaires pour les surmonter puis les assimiler, la tension conflictuelle ne fait que cro\u00eetre. Lorsque les obstacles sont trop nombreux ou trop puissants, MOI et JE se font la guerre et se fragmentent, l\u2019\u00eatre humain perd sa coh\u00e9rence, au mieux le MOI fabriquant des sympt\u00f4mes dont le sens \u00e9chappe au JE, au pire le JE basculant dans une destructivit\u00e9 haineuse de lui-m\u00eame et du <em>MOI\/corps<\/em> \u2026 Le soin \u00e0 l\u2019adolescence, par-del\u00e0 toutes les diversit\u00e9s techniques, consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 accompagner l\u2019adolescent en lui proposant, sugg\u00e9rant, susurrant les mots, les repr\u00e9sentations propices \u00e0 construire cette narrativit\u00e9. L\u2019important est que cette narrativit\u00e9 soit la sienne, que les mots soient les siens, ceux qu\u2019il choisit dans la palette qu\u2019on lui offre afin qu\u2019il puisse d\u00e9couvrir non pas tant les mots pour le dire (interpr\u00e9tation du psy) que les mots pour <em>se dire<\/em>, cr\u00e9ation de l\u2019adolescent\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>On trouvera de plus amples d\u00e9veloppements et de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences sur ce qui vient d\u2019\u00eatre d\u00e9crit dans ce dernier ouvrage\u00a0: Daniel Marcelli, <em>Moi, je\u00a0! De l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019individualisme<\/em>, Albin Michel, paru en octobre 2020.<\/li><li>Aujourd\u2019hui, plus souvent encore que le reflet dans un miroir, c\u2019est l\u2019image fixe (photographie) ou mobile (film ou vid\u00e9o) que l\u2019enfant regarde avec plaisir apr\u00e8s l\u2019avoir reconnue, l\u00e0 encore gr\u00e2ce au parent\u00a0: \u00ab\u00a0tu vois l\u00e0, c\u2019est toi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/li><li>R. Cahn donne de la \u00ab\u00a0subjectivation\u00a0\u00bb la d\u00e9finition suivante\u00a0: la capacit\u00e9 de l\u2019adolescent \u00e0 d\u00e9velopper une pens\u00e9e propre\u2026<\/li><li>Anna Freud a elle aussi \u00e9voqu\u00e9 la faiblesse de \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019adolescence, mais c\u2019est en se situant dans la seconde topique freudienne et en d\u00e9crivant un moi en position de vuln\u00e9rabilit\u00e9 face aux exigences pulsionnelles redoubl\u00e9es du fait de la pubert\u00e9\u2026 Voir\u00a0: A. Freud, <em>Le moi et les m\u00e9canismes de d\u00e9fenses<\/em>, chapitres 11 et 12, PUF, Paris,<\/li><li>Mod\u00e8le de haine du <em>MOI\/corps<\/em>\u00a0: l\u2019anorexie mentale\u00a0; mod\u00e8le de haine du <em>JE\/psych\u00e9<\/em> la rupture psychotique.<\/li><li>A l\u2019\u00e9poque de cette observation les antipsychotiques actuels n\u2019\u00e9taient pas encore mis sur le march\u00e9\u00a0!<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Cahn R.&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Adolescence et Folie. Les d\u00e9liaisons dangereuses.<\/em>&nbsp;PUF, Paris, 1991, 1 vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud A.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le moi et les m\u00e9canismes de d\u00e9fenses<\/em>, chapitres 11 et 12, PUF, Paris,<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S.&nbsp;: Les transformations de la pubert\u00e9&nbsp;<em class=\"marquage italique\">In<\/em>&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Trois essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>&nbsp;(1923), Gallimard \u00e9d, Paris, 1962, trad., 1 vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Gutton Ph.&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le pubertaire<\/em>, PUF \u00e9d, Paris, 1991, 1 vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeammet Ph.&nbsp;: Addiction, d\u00e9pendance, adolescence. R\u00e9flexions sur leurs liens In&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Les nouvelles addictions<\/em>, Venisse J.L. r\u00e9dacteur, Masson \u00e9d, Paris, 1991, 1 vol.&nbsp;10-29.<\/p>\n\n\n\n<p>Laufer M., Laufer M.E.&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Adolescence et rupture du d\u00e9veloppement<\/em>, PUF, Paris, 1989, 1 vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelli D., Braconnier A.&nbsp;:&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Psychopathologie de l\u2019adolescent<\/em>. Chapitre&nbsp;: l\u2019Adolescent et sa famille, Elsevier \u00e9d, Paris, 8<sup class=\"exposant\">e<\/sup>&nbsp;\u00e9dition, 2018, 1 vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelli D.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Moi, je&nbsp;! De l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019individualisme<\/em>, Albin Michel, Paris, octobre 2020.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10713?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour un psychiatre d\u2019adolescent, aborder la question du corps \u00e0 l\u2019adolescence est comme l\u2019antienne bien connue d\u2019une chanson de ses vingt ans dont il reprend le refrain malgr\u00e9 lui avec un plaisir saupoudr\u00e9 d\u2019un l\u00e9ger agacement, n\u2019arrivant pas \u00e0 s\u2019en&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214],"thematique":[176,177],"auteur":[1580],"dossier":[493],"mode":[60],"revue":[494],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10713","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","thematique-corps","thematique-narcissisme","auteur-daniel-marcelli","dossier-corps-et-adolescence","mode-payant","revue-494","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10713","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10713"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10713\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13297,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10713\/revisions\/13297"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10713"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10713"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10713"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10713"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10713"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10713"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10713"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}