{"id":10707,"date":"2021-08-22T07:32:34","date_gmt":"2021-08-22T05:32:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-phobie-dans-tous-ses-etats-2\/"},"modified":"2021-09-22T10:02:58","modified_gmt":"2021-09-22T08:02:58","slug":"la-phobie-dans-tous-ses-etats","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-phobie-dans-tous-ses-etats\/","title":{"rendered":"La phobie dans tous ses \u00e9tats"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour parler de la n\u00e9vrose, nous avons choisi de nous centrer sur les phobies et les processus psychiques qui les organisent. Les phobies, multiples et fort vari\u00e9es, sont habituellement r\u00e9f\u00e9renc\u00e9es au fonctionnement n\u00e9vrotique. Pourtant, les processus phobog\u00e8nes se situent au carrefour des diverses pathologies du fonctionnement mental, et certaines phobies peuvent traduire des fonctionnements plus archa\u00efques. Les phobies ont partie li\u00e9e avec l\u2019angoisse, affect d\u00e9sagr\u00e9able intrins\u00e8que \u00e0 la condition humaine<sup>1<\/sup>, au d\u00e9veloppement psychique du moi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019objet phobog\u00e8ne<\/h2>\n\n\n\n<p>Bien que toutes les angoisses ne deviennent pas des phobies, c\u2019est parce qu\u2019il y a angoisse pr\u00e9alable que se cr\u00e9e une phobie. D\u00e8s que, investis pulsionnellement, le moi et l\u2019objet se distinguent, l\u2019angoisse s\u2019\u00e9prouve. Si celle-ci peut se lier \u00e0 une repr\u00e9sentation, puis, ainsi lest\u00e9e, \u00eatre projet\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, pour devenir peur, peur de quelque chose, le lieu de projection perceptif, devient l\u2019objet phobog\u00e8ne. Le sujet peut alors \u00e9viter l\u2019angoisse tant qu\u2019il ne rencontre pas la perception devenue phobog\u00e8ne, et tant que la liaison de l\u2019angoisse \u00e0 la perception reste solide.<\/p>\n\n\n\n<p>La phobie est donc peur d\u2019une perception, visuelle et\/ou auditive (un animal bien souvent, ou un objet mat\u00e9riel plus ou moins pr\u00e9cis, \u00e9voquant le mouvement). Elle peut \u00eatre aussi peur d\u2019une situation perceptive plurisensorielle, mobile, anim\u00e9e, tout au moins suppos\u00e9e l\u2019\u00eatre (l\u2019eau, le vent, l\u2019orage, les ombres) ainsi que des lieux mal d\u00e9finis. Initialement, la perception incrimin\u00e9e n\u2019est pas famili\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant. Contenant un peu d\u2019inconnu, elle est \u00e0 la fois attractive et r\u00e9pulsive. La phobie se distingue de la crainte du danger en ce qu\u2019elle est rationnellement injustifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation de phobies n\u00e9vrotiques suppose un acc\u00e8s \u00e0 la probl\u00e9matique objectale. Le moi \u00e9prouve de l\u2019angoisse car il \u00e9prouve des conflits d\u00e8s son organisation\u00a0: conflits entre les investissements narcissiques et objectaux, conflits des investissements d\u2019objet entre eux d\u00e8s que la relation duelle se mue en relation triangulaire. Les d\u00e9sirs s\u2019av\u00e8rent impossibles (la r\u00e9alit\u00e9) ou interdits (le surmoi), et ne sont que partiellement refoul\u00e9s. Pour traiter l\u2019angoisse r\u00e9siduelle le moi recourt \u00e0 la projection phobique des d\u00e9sirs d\u00e9rangeants. La phobie signe donc l\u2019\u00e9chec partiel du refoulement. L\u2019objet phobog\u00e8ne ainsi cr\u00e9\u00e9 repr\u00e9sente le d\u00e9sir conflictuel persistant. La phobie en tant que sympt\u00f4me r\u00e9alise un compromis d\u00e9fensif vis-\u00e0-vis du d\u00e9sir. Elle contrinvestit la pulsion. Le moi s\u2019accroche \u00e0 son objet phobog\u00e8ne par crainte du retour \u00e0 la conscience du d\u00e9sir refoul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa5\">La phobie na\u00eet donc d\u2019une rencontre entre le dedans et le dehors, entre une repr\u00e9sentation et une perception. Quoique diff\u00e9rent de celle-l\u00e0, l\u2019objet phobog\u00e8ne n\u2019est pas sans quelque ressemblance avec l\u2019objet de la pulsion. Le rencontre&nbsp;<em>princeps<\/em>&nbsp;avec le percept qui deviendra phobog\u00e8ne r\u00e9alise un moment sp\u00e9cifique quasi traumatique pour le moi. En effet, celui-ci est le si\u00e8ge d\u2019une brusque confrontation entre la repr\u00e9sentation angoissante de d\u00e9sir et une perception qui possiblement la figure, qui pourrait sugg\u00e9rer l\u2019action inconsciemment redout\u00e9e. La perception fait office d\u2019interpr\u00e9tation sauvage. Ainsi la phobie des chevaux de Hans se d\u00e9clenche apr\u00e8s qu\u2019il ait assist\u00e9 \u00e0 la chute d\u2019un cheval qui conduisait un omnibus, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il jouait beaucoup au cheval, chevauchant sans m\u00e9nagement ses montures, des camarades, son p\u00e8re&#8230; et la servante. Le spectacle de l\u2019accident venait faire \u00e9cho au souvenir de ses jeux, \u00e0 ses cavalcades impr\u00e9gn\u00e9es d\u2019\u00e9rotisme.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa6\">La mobilit\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019objet phobog\u00e8ne est essentielle. Celui-ci est cr\u00e9dit\u00e9 d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019action mettant en danger le sujet. \u00ab\u00a0J\u2019ai peur\u00a0!\u00a0\u00bb. Mais peur de quoi\u00a0? D\u2019un acte, d\u2019une action d\u00e9sagr\u00e9able qui aurait \u00e0 \u00eatre subie (\u00eatre mordu, piqu\u00e9, enlev\u00e9, \u00e9touff\u00e9), \u00e0 laquelle on serait passivement soumis. Ces craintes fantasmatiques sont habituellement la projection de fantasmes actifs d\u2019emprise agressive du sujet envers l\u2019objet insatisfaisant (que l\u2019on a voulu mordre, blesser, prendre). L\u2019\u00e9ventuelle attribution d\u2019un certain sadisme \u00e0 l\u2019objet phobog\u00e8ne est projection du sadisme du sujet. \u00ab\u00a0Le fantasme n\u2019est pas l\u2019action, il la repr\u00e9sente\u00a0\u00bb. Un fantasme \u00ab\u00a0implique toujours trois termes, un sujet, une action et un objet\u00a0\u00bb. R. Perron et M. Perron-Borelli<sup>2<\/sup> nous ont aid\u00e9s \u00e0 ne pas chosifier la notion de repr\u00e9sentation. Les objets phobog\u00e8nes sont angoissants pour l\u2019action dangereuse qu\u2019ils pourraient ex\u00e9cuter. Le cheval de Hans fait peur car il pourrait mordre, et sans doute renverser. L\u2019objet phobog\u00e8ne est donc \u00e0 la fois dehors et dedans. Le sujet craint de le rencontrer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, le fuit si cela arrive. L\u2019\u00e9motion est d\u2019autant plus grande que la rencontre n\u2019est pas anticip\u00e9e, qu\u2019il y a surprise. Une fois constitu\u00e9, l\u2019objet phobog\u00e8ne est \u00e9vocable en tant que repr\u00e9sentation. L\u2019anticipation de la rencontre phobique devient alors possible, ce qui amoindrit l\u2019\u00e9motion. Pour cela, hors de la perception incrimin\u00e9e, le sujet \u00e9voque la repr\u00e9sentation qui lui fait peur\u00a0; avec angoisse mais aussi avec plaisir, puisqu\u2019elle est charg\u00e9e d\u2019\u00e9rotisme. Il en vient \u00e0 esp\u00e9rer la rencontre avec la perception phobog\u00e8ne, l\u2019anticipation rendant l\u2019\u00e9motion plus ma\u00eetrisable. Hans, sous le porche de sa maison, guettait ardemment le passage des attelages, se r\u00e9fugiant dans la maison d\u00e8s que l\u2019un d\u2019eux approchait, pour revenir aussit\u00f4t guetter le suivant. Pour toutes ces raisons, on comprendra ais\u00e9ment qu\u2019un objet phobog\u00e8ne est investi avec ambivalence, est un mixte d\u2019attraction et de r\u00e9pulsion\u00a0; ce qui fait parler du versant \u00ab\u00a0philique\u00a0\u00bb des phobies<sup>3<\/sup>. L\u2019\u00e9vocation de l\u2019objet phobog\u00e8ne est \u00e9vocation de l\u2019objet du d\u00e9sir refoul\u00e9. Aller \u00e0 la rencontre de l\u2019objet phobog\u00e8ne, le voir en vrai et le comparer aux fantasmes le concernant, c\u2019est \u00e9prouver le battement de c\u0153ur de l\u2019instant phobique, du d\u00e9sir sous-jacent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il arrive que, malgr\u00e9 les processus phobiques, l\u2019angoisse reste massive, avec toutes ses graves cons\u00e9quences, lorsque les inhibitions physiques et psychiques prennent le relais, lorsque les obsessions craintives se multiplient (obsessionnalisation). C\u2019est souvent le cas quand le v\u00e9cu de danger se fait ubiquitaire (panphobie) et principalement situationnel. Le moi a alors \u00e9chou\u00e9 \u00e0 traiter l\u2019angoisse. Est-il trop faible&nbsp;? A-t-il \u00e9rotis\u00e9 l\u2019affect d\u2019angoisse auquel il se soumet avec un plaisir masochiste&nbsp;? Les phobies sont-elles archa\u00efques&nbsp;? Lorsque le sujet souffre d\u2019un d\u00e9ficit de la diff\u00e9renciation sujet\/objet avec anomalies de la triangulation, et tendance au clivage, les projections sur le monde ext\u00e9rieur sont d\u2019un autre ordre. Les objets d\u2019angoisse sont pers\u00e9cuteurs, plus seulement phobog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Peurs pr\u00e9coces<\/h2>\n\n\n\n<p>Les situations phobog\u00e8nes les plus pr\u00e9coces sont celles de la solitude, du noir et du silence, phobies <em>princeps<\/em> du petit enfant que Freud d\u00e9crit dans <em>Inhibition, Sympt\u00f4me, Angoisse<\/em> (1926). L\u2019enfant d\u00e9sire la pr\u00e9sence de sa m\u00e8re et elle n\u2019est pas l\u00e0, ni personne ni RIEN. Une fois la repr\u00e9sentation de l\u2019objet de d\u00e9sir refoul\u00e9e, reste l\u2019angoisse. Pour peupler le vide de la chambre tout \u00e0 coup trop petite ou trop grande, la moindre perception devient phobog\u00e8ne\u00a0; y compris la lune ou le battement du c\u0153ur. Mieux vaut un fant\u00f4me, une imaginaire souris, que le silence assourdissant de personne. Une ombre, un bruit, aussi phobog\u00e8nes soient-ils, viennent peupler le n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa9\">L\u2019\u00e9trange, l\u2019\u00e9tranger se constituent en perception phobog\u00e8ne d\u00e8s le second semestre de la vie. L\u2019inconnu, le nouveau, tout ce qui n\u2019a pas les caract\u00e9ristiques du familier, inqui\u00e8te, int\u00e9resse aussi si les conditions s\u2019y pr\u00eatent, si la m\u00e8re famili\u00e8re fait son travail de traductrice<sup>4<\/sup>. Le familier, habituellement incarn\u00e9 par la m\u00e8re, symbolise le sentiment de continuit\u00e9, ce qui rassure. La peur de l\u2019\u00e9tranger a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par certains (Spitz<sup>5<\/sup>, Lebovici<sup>6<\/sup>) comme une premi\u00e8re phobie dans la mesure o\u00f9 l\u2019objet qui fait peur vient en place de l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9, de la m\u00e8re famili\u00e8re qui est absente, qui manque. Le d\u00e9sir insatisfait engendrerait une angoisse qui est projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9tranger. Celui-ci appara\u00eet alors comme cr\u00e9ateur de l\u2019angoisse. Il nous semble en fait que l\u2019angoisse vient de la confrontation inattendue entre repr\u00e9sentation (de l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9) et perception (de l\u2019objet \u00e9tranger)\u00a0: la repr\u00e9sentation, venue du souvenir, de la m\u00e8re famili\u00e8re se heurte \u00e0 la perception de l\u2019\u00e9tranger qui vient en place de la perception attendue<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tranger serait celui qui vient troubler la dyade famili\u00e8re du d\u00e9but et, on le sait, le p\u00e8re en serait le repr\u00e9sentant paradigmatique. La r\u00e9alit\u00e9 psychique est plus complexe. La m\u00e8re peut aussi devenir \u00e9trange, \u00e9trang\u00e8re. L\u2019enfant peut \u00eatre mi-amus\u00e9 mi-inquiet au cours du jeu du \u00ab&nbsp;coucou-le voil\u00e0&nbsp;\u00bb qui est bas\u00e9 sur la rencontre entre la repr\u00e9sentation et la perception, semblables mais jamais identiques, de l\u2019objet aim\u00e9. L\u2019\u00e9cart repr\u00e9sentation\/perception est source de perplexit\u00e9, de curiosit\u00e9 ou d\u2019angoisse quand elle est trop forte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La m\u00e8re inqui\u00e9tante, le conflit, l\u2019ambivalence<\/h2>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de l\u2019objet primaire, objet indiff\u00e9renci\u00e9 de satisfaction ou de d\u00e9plaisir, la m\u00e8re est d\u2019embl\u00e9e investie avec ambivalence<sup>8<\/sup> d\u00e8s qu\u2019elle a acquis sa singularit\u00e9. Son alt\u00e9rit\u00e9, c\u2019est ce qui la rend imparfaite, au regard d\u2019un mythique objet id\u00e9al&nbsp;; c\u2019est ce qui la rend, simultan\u00e9ment ou tour \u00e0 tour<sup>9<\/sup>, aimable et ha\u00efssable. Mais la m\u00e8re peut aussi devenir myst\u00e9rieuse, \u00e9nigmatique, famili\u00e8re et inconnue, susciter des sentiments d\u2019\u00ab&nbsp;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9&nbsp;\u00bb. Son enfant ne la reconna\u00eet pas toujours, comme nous l\u2019avons observ\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de modifications de son <em>habitus<\/em>. Elle devient elle-m\u00eame, l\u2019espace d\u2019un moment, la repr\u00e9sentante de son absence. Nous avons rencontr\u00e9 certains enfants \u00e0 qui leur m\u00e8re faisait authentiquement peur, d\u00e8s que celle-ci cessait d\u2019\u00eatre famili\u00e8re, \u00ab&nbsp;aimable&nbsp;\u00bb. Apparaissait-elle alors aussit\u00f4t dangereuse&nbsp;? Objet de projections destructrices&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9lanie Klein<sup>10<\/sup><sup>,<\/sup><sup>11<\/sup> a abondamment trait\u00e9 des angoisses pr\u00e9coces de l\u2019enfant. Bien que redevables des apports fondamentaux de son \u0153uvre, nous ne consid\u00e9rons pas que la d\u00e9sintrication pulsionnelle soit aussi profonde qu\u2019elle le sugg\u00e8re, tout au moins habituellement. La haine de l\u2019enfant pour la m\u00e8re imparfaite est empreinte d\u2019\u00e9rotisme, tout comme son agressivit\u00e9 envers elle. C\u2019est pourquoi les phobies archa\u00efques nous semblent souvent repr\u00e9senter la peur que l\u2019enfant a de ses propres pulsions agressives envers un objet qu\u2019il veut poss\u00e9der et ma\u00eetriser&#8230; parce qu\u2019il la d\u00e9sire, parce qu\u2019il est s\u00e9duit par elle au sens de J. Laplanche. Sur cet objet sont projet\u00e9s des d\u00e9sirs et ses col\u00e8res, un mixte d\u2019attraction et de r\u00e9pulsion qu\u2019il lui attribue en miroir, ce qui la rend angoissante, mais pas seulement \u00ab&nbsp;mauvaise&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le conflit d\u2019ambivalence envers la m\u00e8re est aussi conflit entre les investissements narcissiques et objectaux. La m\u00e8re frustrante, insatisfaisante ou interdictrice, s\u2019oppose ou se d\u00e9robe aux d\u00e9sirs dans leur crudit\u00e9. Elle est imparfaite et l\u2019enfant qui va bien prend de la distance, recourt \u00e0 l\u2019hallucination de la satisfaction \u00e0 ses objets internes et aux auto\u00e9rotismes. Ainsi va-t-il pouvoir se s\u00e9parer d\u2019elle, jouer ou dormir, voire se tourner vers un objet tiers. Le conflit qui oppose le narcissisme et l\u2019amour pour l\u2019objet se joue autour de ce qui est appel\u00e9 le conflit anal<sup>12<\/sup>, <em>conflit qui oppose l\u2019enfant \u00e0 sa m\u00e8re<\/em>. Celui-ci voudrait bouger, manger, d\u00e9f\u00e9quer, comme il l\u2019entend, il d\u00e9sire s\u2019adonner \u00e0 des exp\u00e9riences sensori-motrices sans toujours tenir compte des injonctions temporo-spatiales de la m\u00e8re. Lorsque les int\u00e9r\u00eats auto\u00e9rotiques s\u2019opposent trop aux attentes de l\u2019objet, qui ne se montre aucunement s\u00e9duit par les premiers rudiments d\u2019ind\u00e9pendance (m\u00e8res qui disent \u00ab&nbsp;attention&nbsp;\u00bb pour un rien, qui interdisent de toucher, de prendre, de faire du bruit, finalement de bouger), s\u2019en suit un conflit angoissant entre le narcissisme et l\u2019objectal. Les motions pulsionnelles sont refoul\u00e9es, l\u2019angoisse est projet\u00e9e <sup>13<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re interdictrice n\u2019est alors pas \u00ab&nbsp;aimable&nbsp;\u00bb, bien que, peu ou prou, aim\u00e9e et famili\u00e8re<sup>14<\/sup>. Elle agit en tant que repr\u00e9sentante de ce qui deviendra l\u2019id\u00e9al du moi\/surmoi. Elle fait peur et provoque l\u2019agressivit\u00e9 quand elle menace de ch\u00e2tier, de m\u00e9sestimer. S\u2019il veut garder l\u2019amour de sa m\u00e8re, l\u2019enfant se doit de combattre la sauvagerie de ses pulsions. Le conflit int\u00e9rieur est l\u00e0 de toutes fa\u00e7ons. Il conduit aux tentatives de refoulement et aux productions phobiques&nbsp;: il est plus facile de fuir un objet phobog\u00e8ne que ses pulsions. A l\u2019objet phobog\u00e8ne sera attribu\u00e9 le danger, le ch\u00e2timent redout\u00e9. La m\u00e8re n\u2019interdit-elle pas au nom d\u2019un autre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le tiers et les angoisses \u0153dipiennes<\/h2>\n\n\n\n<p>Aussi bien l\u2019angoisse de l\u2019\u00e9tranger que la mise en sens de l\u2019ambivalence envers la m\u00e8re supposent l\u2019existence d\u2019une personne tierce. Un nourrisson seul cela n\u2019existe pas, comme l\u2019a dit Winnicott, mais une m\u00e8re seule, cela n\u2019existe pas non plus<sup>15<\/sup>, un entourage existe toujours, apte \u00e0 int\u00e9resser l\u2019enfant. P\u00e8re ou pas, des tiers sont toujours l\u00e0. Le tiers est une personne qui fait partie de l\u2019entourage de l\u2019enfant, est connue de lui, bien qu\u2019habituellement moins famili\u00e8re. Cette personne, (la non-m\u00e8re, l\u2019autre que la m\u00e8re) qui est aussi un substitut de la m\u00e8re, ne peut se constituer en tiers que si elle est investie par l\u2019enfant, ce qui n\u2019est pas donn\u00e9 au d\u00e9part. Deux autres conditions sont n\u00e9cessaires \u00e0 cette position tierce&nbsp;: l\u2019investissement en retour de l\u2019enfant par ce tiers, mais aussi un investissement, aussi ambivalent soit-il, entre l\u2019objet de pr\u00e9dilection (la m\u00e8re) et ce tiers (qui devient l\u2019objet de l\u2019objet). C\u2019est ce qui constituera l\u2019assise de la sc\u00e8ne primitive. Le lien entre les parents devient en lui-m\u00eame objet d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9couverte du tiers inaugure une autre angoisse&nbsp;: celle de la diff\u00e9rence des sexes. La m\u00e8re est incompl\u00e8te, perd son phallus, devient ch\u00e2tr\u00e9e. Le porteur du phallus est-il le p\u00e8re&nbsp;? Est-il l\u2019enfant lui-m\u00eame&nbsp;? Autant de questions matricielles pour les d\u00e9placements phobiques en gestation. Le phallus, mais aussi la b\u00e9ance de la castration maternelle pourront \u00eatre projet\u00e9s sur le monde ext\u00e9rieur comme autant de repr\u00e9sentations angoissantes, en fonction des conflits sous-jacents, du conflit oedipien principalement. L\u2019investissement salvateur du tiers au regard des vicissitudes des relations envers le premier objet (la d\u00e9pression et la pers\u00e9cution), am\u00e8ne ce nouveau conflit psychique, inh\u00e9rent \u00e0 la triangulation, qu\u2019est le conflit oedipien. Si le tiers a sa place dans l\u2019environnement familier, s\u2019il est le compagnon habituel de la m\u00e8re, et de surcro\u00eet le p\u00e8re de l\u2019enfant, nous retrouvons les descriptions classiques du triangle \u0153dipien. On conna\u00eet les \u00e9l\u00e9ments du conflit&nbsp;: le rival \u0153dipien n\u2019est pas seulement ha\u00ef, il est aussi un objet d\u2019amour et ce, quel que soit le sexe de l\u2019enfant. Sont r\u00e9unies les conditions cr\u00e9atrices de refoulements et de retour du refoul\u00e9 dans le d\u00e9placement phobique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de la p\u00e9riode \u0153dipienne que l\u2019on peut parler d\u2019am\u00e9nagements n\u00e9vrotiques du conflit. Avec Serge Lebovici<sup>16<\/sup>, nous distinguerons des processus n\u00e9vrotiques normaux, ce qu\u2019il appelle la n\u00e9vrose infantile de d\u00e9veloppement (constituant le transfert), d\u2019\u00e9ventuelles n\u00e9vroses cliniques de l\u2019enfant qui sont de l\u2019ordre du pathologique. Leur distinction ne va pas de soi. L\u2019appr\u00e9ciation de sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques est, nous semble-t-il, appr\u00e9ciation des vicissitudes de la conflictualit\u00e9 \u0153dipienne d\u2019une personne donn\u00e9e. Le conflit \u0153dipien \u00e9tant une solution aux conflits ant\u00e9rieurs, il est aussi marqu\u00e9 des vicissitudes de ces derniers. C\u2019est pourquoi nous les avons rappel\u00e9s. Quand aux processus phobiques, ils sont les plus pr\u00e9coces des sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques, ils en constituent le fondement. Ils sont l\u00e0 en tant qu\u2019\u00e9laboration de la diff\u00e9rence des sexes et du conflit oedipien. L\u2019angoisse cons\u00e9cutive de castration, matrice des projections phobiques n\u00e9vrotiques, porte cependant la trace des angoisses ant\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez le gar\u00e7on, les d\u00e9sirs d\u2019affirmation narcissique-phallique et d\u2019appropriation de la m\u00e8re engendrent de l\u2019angoisse de castration. A l\u2019imago paternelle est habituellement rapport\u00e9e cette angoisse (en ch\u00e2trant son fils, le p\u00e8re se vengerait des d\u00e9sirs incestueux de l\u2019enfant envers sa m\u00e8re qui est par ailleurs sa femme). Mais la m\u00e8re elle-m\u00eame peut \u00eatre v\u00e9cue comme potentiellement castratrice, soit par ce qu\u2019elle est rest\u00e9e fantasmatiquement phallique (la fonction paternelle est de rendre \u00e0 la m\u00e8re sa castration), soit du fait de sa castration elle-m\u00eame (avec la repr\u00e9sentation b\u00e9ante de sa f\u00e9minit\u00e9) qu\u2019elle propose au sujet d\u00e9sirant. Il y a de quoi d\u00e9placer \/projeter les d\u00e9sirs et les craintes en quelque objet du monde ext\u00e9rieur, une personne, un animal, surtout si les conflits \u0153dipiens r\u00e9veillent les conflits ant\u00e9rieurs. Le gar\u00e7on n\u2019est pas \u00e0 l\u2019aise avec le sentiment de peur, car celui-ci, en submergeant le moi, lui fait ressentir une passivit\u00e9 que la position narcissique-phallique r\u00e9prouve. Il est particuli\u00e8rement adepte des strat\u00e9gies contraphobiques, qui feront croire, \u00e0 lui et \u00e0 son entourage, qu\u2019il n\u2019a peur de rien\u00a0; il lui suffit de se mesurer sans cesse \u00e0 l\u2019adversit\u00e9, sous forme d\u2019exploits moteurs ou de confrontations avec un adversaire d\u00e9sign\u00e9, dont les objets phobog\u00e8nes font partie, sans omettre l\u2019exhibition des performances cens\u00e9e assurer l\u2019admiration et l\u2019amour des objets.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa19\">La fille n\u2019est pas de reste. Contrainte au changement d\u2019objet (du fait de la prise en compte de sa castration), elle devient rivale de sa m\u00e8re&nbsp;; mais la fillette qui subsiste en elle en a encore besoin. Il lui faut aussi garder envers elle estime et consid\u00e9ration pour d\u00e9sirer s\u2019identifier \u00e0 elle, acc\u00e9der \u00e0 une f\u00e9minit\u00e9 \u00e9panouie. La reviviscence du conflit d\u2019ambivalence est garantie. Quant au p\u00e8re, sa puissance phallique est \u00e0 la fois objet de d\u00e9sir et de crainte. Etre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, \u00eatre f\u00e9cond\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 avoir un b\u00e9b\u00e9, cela suscite maintes frayeurs. Les angoisses sexuelles r\u00e9veillent les angoisses du pass\u00e9. L\u2019\u00e9tranger, l\u2019inconnu, est partout, il affole, attire et fait peur. Mieux tol\u00e9r\u00e9es par les filles qui ne rechignent pas \u00e0 la passivit\u00e9, les angoisses et les peurs (phobies multiples, y compris corporelles) peuvent devenir des arguments de demande d\u2019attention, de soin, de plaintes, bref de d\u00e9pendance aux objets, cens\u00e9s assurer contre les angoisses d\u2019abandon.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa20\">La conflictualit\u00e9 oedipienne se complique encore quand le triangle \u0153dipien dysfonctionne, quand manque un des angles ou un des c\u00f4t\u00e9s. P. Blos<sup>17<\/sup> pense que le triangle se constitue \u00e0 partir de deux pr\u00e9-triangles \u00e0 tiers exclu. Mais ces pr\u00e9-triangles \u0153dipiens peuvent perdurer, dans une ou l\u2019autre des versions (exclusion du p\u00e8re ou de la m\u00e8re). La sc\u00e8ne primitive reste inop\u00e9rante. Le tiers exclu est objet de projections phobiques et\/ou pers\u00e9cutrices qui se fixent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s l\u2019\u0152dipe<\/h2>\n\n\n\n<p>Vient habituellement la phase de latence, cons\u00e9cutive au d\u00e9clin du conflit. Le refoulement s\u2019est renforc\u00e9, s\u2019accompagnant d\u2019une int\u00e9riorisation des objets \u0153dipiens y compris de leur surmoi. De ce fait, les phobies s\u2019amenuisent. La mani\u00e8re dont les conflits \u0153dipiens se r\u00e9solvent est responsable de l\u2019organisation du fonctionnement n\u00e9vrotique de la latence. A cette \u00e9poque, par r\u00e9gression, les conflits de la p\u00e9riode pr\u00e9\u0153dipienne sont raviv\u00e9s et ont aussi \u00e0 \u00eatre apais\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les deux parents ont \u00e9t\u00e9 investis avec ambivalence et le restent, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque le clivage d\u2019objet n\u2019am\u00e8ne pas \u00e0 la bipartition \u00ab&nbsp;bon&nbsp;\u00bb pour l\u2019un des deux, \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb pour l\u2019autre, les auto\u00e9rotismes se sont d\u00e9ploy\u00e9s en contrepoint d\u2019une sc\u00e8ne primitive rassurante. L\u2019int\u00e9riorisation du surmoi ne prend pas un caract\u00e8re pers\u00e9cuteur (ce qui se produit quand l\u2019agressivit\u00e9 cliv\u00e9e est projet\u00e9e sur l\u2019un des deux), et les identifications secondaires se font harmonieusement, apportant leur contingent \u00e0 l\u2019enrichissement des id\u00e9aux. Le moi se fortifie, s\u2019autonomise. Les objets \u0153dipiens pouvant \u00eatre d\u00e9sinvestis, tout au moins dans leur imm\u00e9diatet\u00e9, au profit de nouveaux objets tels que les enseignants, mais aussi les pairs&nbsp;; les angoisses qui y \u00e9taient li\u00e9es se d\u00e9placent sur ces nouveaux investissements. Ce sont eux qui font \u00e9ventuellement peur. La contrainte phobique d\u00e9pend des imagos et du surmoi interne et projet\u00e9. Diffract\u00e9es, att\u00e9nu\u00e9es cependant, les angoisses de castration se repr\u00e9sentent de mille mani\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019au contraire l\u2019\u0152dipe reste conflictuel dans son actualit\u00e9, quand un parent est ha\u00ef, voire les deux, le lien de haine cr\u00e9e des clivages et emp\u00eache la prise de distance envers les objets de la r\u00e9alit\u00e9. De m\u00eame si un parent manque dans le r\u00e9el, si une lign\u00e9e ne se trouve pas de repr\u00e9sentant, la contenance que repr\u00e9sente la sc\u00e8ne primitive manque, et le moi s\u2019occupe plus de ses investissements conflictuels d\u2019objet que de son propre \u00e9panouissement&nbsp;; autrement dit, le narcissisme est fragilis\u00e9, et l\u2019angoisse retrouve la force de la petite enfance. Les phobies risquent de garder leur intensit\u00e9 pass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb constellations familiales n\u2019emp\u00eachent pas une bonne \u00e9volution dans la mesure o\u00f9 les diff\u00e9rents parents ne se disqualifient pas entre eux, ce qui pr\u00e9serve le fonctionnement triangulaire. Lorsque les phobies de la n\u00e9vrose infantile ne s\u2019att\u00e9nuent pas, lorsque les d\u00e9placements substitutifs restent aussi imp\u00e9rieux, voire s\u2019\u00e9tendent de proche en proche \u00e0 d\u2019autres objets, le sujet est amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire son activit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 son moi aurait \u00e0 faire des exp\u00e9riences nouvelles. Il peut \u00eatre touch\u00e9 par une inhibition massive, ne plus oser sortir, ne plus entrer en contact, ne plus jouer, ne plus penser. Pour Serge Lebovici<sup>18<\/sup> l\u2019inhibition est le sympt\u00f4me majeur des n\u00e9vroses cliniques chez l\u2019enfant. Tout fait peur. Le narcissisme en est affect\u00e9 avec risque de cons\u00e9quences d\u00e9pressives parfois graves.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Phobies d\u2019enfance<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019existence de phobies n\u2019est pas anormale. Seule l\u2019appr\u00e9ciation de leur valeur \u00e9conomique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9tude des conflictualit\u00e9s sous-jacentes en d\u00e9terminent l\u2019\u00e9ventuel caract\u00e8re pathologique. Le petit Hans ne pouvait plus sortir de chez lui \u00e0 une certaine p\u00e9riode. Mais il n\u2019avait que 5 ans. De plus il t\u00e9moignait d\u2019une intense curiosit\u00e9 et sa pens\u00e9e \u00e9tait fort agile. Enfin, il ne rechignait pas \u00e0 mettre son papa en difficult\u00e9 avec ses r\u00e9ponses saugrenues, qu\u2019il savait destin\u00e9es \u00e0 Freud. Hans \u00e9tait un enfant normal. Les phobies d\u2019animaux sont banales, et s\u2019accompagnent potentiellement d\u2019un d\u00e9sir de ma\u00eetrise ou de possession pour un animal, voire d\u2019un int\u00e9r\u00eat zoologique qui croit et se transforme avec l\u2019\u00e2ge. Initialement, ce sont des \u00eatres \u00e0 qui sont pr\u00eat\u00e9s les plaisirs pr\u00e9g\u00e9nitaux que l\u2019enfant \u00e9prouve pour lui-m\u00eame. Les animaux mangent gloutonnement, mordent, urinent et d\u00e9f\u00e8quent. Ils ont le droit d\u2019\u00eatre sales et nus. Leurs organes g\u00e9nitaux (le \u00ab&nbsp;zizi&nbsp;\u00bb et les mamelles) sont autant de zones \u00e0 observer. La peur s\u2019accompagne de fascination, d\u2019identification au plaisir pris sans contrainte \u00e9ducative. Les sorties \u00e0 l\u2019aquarium et au zoo sont pris\u00e9es, ainsi que les films animaliers. Avec l\u2019\u00e2ge, la contemplation des animaux peut engendrer du d\u00e9go\u00fbt ou le souhait d\u2019en avoir un&#8230; pour l\u2019apprivoiser. Un des d\u00e9sirs professionnels les plus fr\u00e9quents chez les petits enfants est celui de soigneur de zoo, de v\u00e9t\u00e9rinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les phobies des petits animaux, tels les insectes et parfois les oiseaux, qui par la rapidit\u00e9 de leurs d\u00e9placements \u00e9voquent des angoisses d\u2019intrusion, d\u2019atteinte de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle, sont elles aussi banales. Elles surviennent habituellement plus tard, figurant moins l\u2019angoisse de castration que des fantasmes d\u2019intrusion accompagnant la curiosit\u00e9 sexuelle. Elles peuvent persister pendant la p\u00e9riode de latence&#8230; et m\u00eame ensuite. Si elles n\u2019apparaissent qu\u2019en situation, elles n\u2019emp\u00eachent pas une vie normale. La phobie des souris et des serpents suscite de semblables peurs d\u2019intrusion et de p\u00e9n\u00e9tration (reprise d\u2019angoisses archa\u00efques).<\/p>\n\n\n\n<p>Normalement, apr\u00e8s l\u2019\u0152dipe, les phobies normales de la n\u00e9vrose infantile s\u2019obsessionnalisent dans le sens o\u00f9 elles deviennent plus id\u00e9iques et moins situationnelles. L\u2019objet phobog\u00e8ne n\u2019est plus essentiellement externe, il persiste dans l\u2019espace psychique en tant que repr\u00e9sentation, habituellement ambivalente. La d\u00e9fense ne pouvant plus \u00eatre la fuite, elle devient psychique. Des d\u00e9placements successifs se produisent, avec contre-investissements en cascade pour assurer le refoulement. Il fait aussi appel \u00e0 d\u2019autres m\u00e9canismes de d\u00e9fense, obsessionnels ou de caract\u00e8re, qui vont masquer les phobies initiales. Les sublimations y ont leur place.<\/p>\n\n\n\n<p>A la latence, les contre-investissements repr\u00e9sentatifs peuvent \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques cognitifs pour tel ou tel domaine, l\u2019objet phobog\u00e8ne ayant pu centrer sur lui une pulsion de savoir et de comprendre. L\u2019ordre r\u00e9flexif de la pens\u00e9e semble alors avoir remplac\u00e9 le d\u00e9sordre \u00e9motionnel de la phobie. La peur des animaux est devenue attrait, la curiosit\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard est devenue collectionneuse, les insectes sont \u00e9pingl\u00e9s et les fichiers minutieusement rang\u00e9s. C\u2019est tout aussi op\u00e9rant pour la fascination, empreinte d\u2019inqui\u00e9tude, pour les volcans et les tsunami, envers les guerres pass\u00e9es ou les combats mythiques. Le spectacle, souvent cin\u00e9matographique, d\u2019une \u00e9ruption, d\u2019une explosion est diversement appr\u00e9ci\u00e9. Les petits gar\u00e7ons s\u2019identifient \u00e0 la puissance de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, qui donne envie d\u2019\u00eatre \u00e9galement actif, de faire exploser des p\u00e9tards. Les petites filles ont un ressenti plus passif, c\u2019est-\u00e0-dire plus anxiog\u00e8ne, des images.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019entourage qui permet le traitement cognitif de ces fascinations. Les parents et l\u2019\u00e9cole ont \u00e0 fournir des \u00e9l\u00e9ments pour qu\u2019adviennent la curiosit\u00e9 et la pens\u00e9e en processus secondaires. Les contre-investissements cognitifs se font alors tout naturellement. Mais si les contre-investissements prennent la fixit\u00e9 de formations r\u00e9actionnelles <sup>19<\/sup>, de diff\u00e9rencier les formations r\u00e9actionnelles d\u2019authentiques sublimations. Pourtant la distinction est de taille. Les formations r\u00e9actionnelles risquent toujours d\u2019\u00eatre balay\u00e9es au cas o\u00f9 les pulsions sous-jacentes sont brusquement sollicit\u00e9es, comme cela peut \u00eatre \u00e0 l\u2019adolescence. Le gentil collectionneur s\u2019en prend alors tout \u00e0 coup aux poules du voisin ou s\u2019adonne au dressage quelque peu sadique d\u2019un animal domesticable. Le gar\u00e7on trop poli, entra\u00een\u00e9 par quelque mouvement collectif, va mettre des boules puantes dans la classe, ou un papier enflamm\u00e9 dans les poubelles. Bien s\u00fbr les parents accuseront les \u00ab&nbsp;mauvaises fr\u00e9quentations&nbsp;\u00bb de leurs enfants. Ceux-ci veulent exp\u00e9rimenter en vrai, (de fa\u00e7on sexualis\u00e9e) ce qui les angoissait nagu\u00e8re, veulent jouer, parfois cruellement, avec les animaux, jouer avec l\u2019eau, le feu, en troquant la passivit\u00e9 ant\u00e9rieure contre un moment d\u2019activit\u00e9. S\u2019il s\u2019agit de sublimation, (la pulsion qu\u2019il avait fallu initialement refouler s\u2019est peu \u00e0 peu d\u00e9s\u00e9rotis\u00e9e) le bon \u00e9l\u00e8ve fait un dossier passionnant et bien color\u00e9 sur les plus gros volcans du monde, le gentil collectionneur d\u2019images poursuit ses investigations pour devenir chercheur, pour \u00e9tudier l\u2019animal dans ses habitudes de vie, dans son mode de reproduction sans \u00eatre parasit\u00e9 par des fantasmes voyeuristes trop crus. Il va sans dire que la distinction entre sublimation et formation r\u00e9actionnelle n\u2019est jamais totale. Mais l\u2019appr\u00e9ciation clinique en est int\u00e9ressante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les phobies de l\u2019enfance sont plut\u00f4t moins contre-investies chez la fille qui ne d\u00e9daigne pas rester un peu craintive, on l\u2019a vu. Cependant les anciens objets phobog\u00e8nes peuvent prendre la place de b\u00e9b\u00e9s animaux \u00e0 nourrir et soigner, \u00e0 dresser si la peur n\u2019est pas tarie. Les fantasmes de pu\u00e9riculture sont fantasmes de ma\u00eetrise des b\u00e9b\u00e9s gloutons et sales, issus de la sc\u00e8ne primitive. Les jeux de ma\u00eetresse ajoutent une projection des pulsions agressives envers les enfants rivaux et les adultes contraignants. La fascination des gar\u00e7ons pour les super h\u00e9ros, tels Tarzan, Goldorak, Batman, Spiderman&#8230; s\u2019adresse \u00e0 des h\u00e9ros surpuissants qui n\u2019ont peur de rien. Leur s\u00e9duction est infinie. Les petites filles s\u2019identifient plut\u00f4t \u00e0 des h\u00e9ro\u00efnes rus\u00e9es (Fantomette), ou capables de s\u00e9duire un Prince Charmant puissant et protecteur. Filles et gar\u00e7ons jouent \u00ab&nbsp;au docteur&nbsp;\u00bb pour tenter d\u2019apprivoiser, par l\u2019exp\u00e9rience, les angoisses li\u00e9es \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Normalement, \u00e0 la latence, les phobies de situation se sont apais\u00e9es. La persistance de certaines phobies archa\u00efques, vestiges de la phobie de la solitude, du noir et du silence de la petite enfance, traduisent une \u00ab&nbsp;incapacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul&nbsp;\u00bb, avec de vives angoisses de s\u00e9paration sous-jacentes. Ces phobies peuvent \u00eatre responsables de troubles de l\u2019endormissement ou du sommeil qui perdurent. Elles peuvent aussi expliquer des troubles de concentration et des difficult\u00e9s d\u2019apprentissage. Apprendre avec compr\u00e9hension de ce qui est appris n\u00e9cessite en effet une bonne capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul. L\u2019incapacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul peut n\u2019\u00eatre pas apparente. Ce qui se passe quand la m\u00e8re est tout aussi incapable d\u2019\u00eatre seule, quand elle-m\u00eame est phobique&#8230; Persiste un collage, un agrippement psychique entre les deux protagonistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les projections phobiques ne se sont pas efficacement centr\u00e9es sur un objet phobog\u00e8ne, l\u2019angoisse est rest\u00e9e libre, se projette et se diffracte sur le monde ext\u00e9rieur dans son ensemble. On peut alors parler de panphobie, et nous voil\u00e0 revenus \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie d\u2019angoisse, avec ses \u00e9ventuelles attaques de panique, souvent associ\u00e9es \u00e0 un grand sentiment d\u2019impuissance (rage narcissique). L\u2019entourage de l\u2019enfant peut assimiler ces comportements d\u2019origine anxieuse \u00e0 un caprice ou \u00e0 une col\u00e8re. De possibles traductions somatiques, sous forme de troubles fonctionnels les plus vari\u00e9s ne sont pas rares.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important, mais pas facile chez l\u2019enfant, de rep\u00e9rer les angoisses de type agora et claustrophobies. Elles sont pourtant fr\u00e9quentes, en tant qu\u2019angoisses particuli\u00e8res de solitude. Elles sont archa\u00efques dans la mesure o\u00f9 l\u2019angoisse est rest\u00e9e diffuse, le moi n\u2019ayant pu trouver un bon objet phobog\u00e8ne. Ce sont des angoisses archa\u00efques qui ont \u00e0 voir avec la repr\u00e9sentation du corps dans le monde. Ce sont des phobies de l\u2019espace, qui, autour du corps, ne semble jamais ad\u00e9quat (P. L. Assoun<sup>20<\/sup>). Dans l\u2019agoraphobie, l\u2019espace est trop grand, comme illimit\u00e9, ce qui met en cause les propres limites du corps du sujet. Dans la claustrophobie, son compl\u00e9ment, l\u2019espace est trop petit, les parois du lieu trop proches, et s\u2019en suit un sentiment d\u2019\u00e9touffement. La pr\u00e9sence de l\u2019objet familier \u00e9taye le sentiment de continuit\u00e9 qui d\u00e9pend encore de la permanence de l\u2019objet externe. Le d\u00e9sir \u00e0 refouler est celui de la revendication imp\u00e9rieuse de pr\u00e9sence de l\u2019objet d\u2019amour. L\u2019objet familier aurait fonction de \u00ab\u00a0doudou\u00a0\u00bb (objet contraphobique), le \u00ab\u00a0doudou\u00a0\u00bb habituel ne suffisant pas. La nuit, la survenue de peurs, telles celle des ombres ou des bruits, cr\u00e9e un semblant de causalit\u00e9 \u00e0 l\u2019angoisse. Si le \u00ab\u00a0doudou\u00a0\u00bb est aussi insuffisant que le murmure des parents au loin, le surgissement imaginaire d\u2019un personnage de fiction inqui\u00e9tant l\u2019est cependant moins que le sentiment de vide \u00e9touffant des v\u00e9cus agora-claustrophobiques. Certains enfants racontent des angoisses particuli\u00e8res\u00a0: leur lit m\u00eame pourrait \u00eatre envahi d\u2019\u00eatres dangereux risquant de s\u2019attaquer, sous les draps, \u00e0 leur int\u00e9grit\u00e9. L\u2019angoisse de la solitude peut \u00eatre camoufl\u00e9e le jour par une qu\u00eate continue de pr\u00e9sence qui sait parfois se faire s\u00e9ductrice, ou par une f\u00e9brilit\u00e9 pouvant passer pour du dynamisme. Trop souvent, le besoin imp\u00e9rieux de pr\u00e9sence obtient satisfaction sous forme de rebuffades incessantes pour caprices ou agitation. Les enfants qui \u00ab\u00a0ne cessent de se faire remarquer\u00a0\u00bb ne supportent pas la solitude. Tous ces comportements aveuglent les parents qui ne peuvent ou ne veulent pas voir qu\u2019il y a revendication de r\u00e9assurance et non sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0Il fait expr\u00e8s pour m\u2019\u00e9nerver\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa34\">Les agora-claustrophobies ne sont pas les seules angoisses de situation. On l\u2019a vu, les accidents, les catastrophes peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s par certains enfants en p\u00e9riode de latence comme fr\u00e9quentes, redoutables en permanence. Ces drames symbolisent alors un sentiment constant d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 interne attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Il en est de m\u00eame, lorsque les angoisses projet\u00e9es au dehors donnent naissance \u00e0 des angoisses d\u2019intrusion diffuses. Est imagin\u00e9 tout ce qui pourrait entrer subrepticement \u00e0 chaque instant dans le corps, tels les virus ou la pollution. Cela peut entra\u00eener des restrictions alimentaires majeures, ou des peurs immotiv\u00e9es de p\u00e9n\u00e9tration au bain ou dans les toilettes. Le sujet est comme priv\u00e9 d\u2019un fonctionnement sphinct\u00e9rien psychique qui pourrait r\u00e9guler les entr\u00e9es et les sorties, la limite sujet\/objet. Ces angoisses archa\u00efques sous-jacentes sont habituellement r\u00e9activ\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion de conflits \u0153dipiens pathologiques.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa35\">Les phobies scolaires s\u2019apparentent \u00e0 des phobies de situations. Elles condensent souvent plusieurs phobies qu\u2019il importe d\u2019\u00e9tudier et de diff\u00e9rencier avant toute prise de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa36\">Dans ces cas de grandes angoisses situationnelles, la pulsion d\u2019autoconservation est comme sans cesse \u00e9branl\u00e9e. Certains enfants ont d\u2019authentiques angoisses de mort, pour leur proches et\/ou pour eux. Ils n\u2019en parlent pas toujours. Ils voudraient des explications, des certitudes. Le concept de mort en tant que disparition d\u00e9finitive n\u2019est acquis que vers 3 ou 4 ans en m\u00eame temps que l\u2019acm\u00e9 de l\u2019\u0152dipe (M. Hanus<sup>21<\/sup>).<\/p>\n\n\n\n<p>Les phobies de situation s\u2019accompagnent d\u2019un sentiment d\u2019impuissance et d\u2019accablement, voire d\u2019un v\u00e9cu d\u00e9pressif qui peut les masquer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les comportements contraphobiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Chez la fille comme chez le gar\u00e7on, les phobies donnent naissance \u00e0 des am\u00e9nagements contraphobiques, souvent comportementaux. Freud en 1920, tout \u00e0 sa r\u00e9flexion sur la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0Les enfants r\u00e9p\u00e8tent dans le jeu tout ce qui leur fait une grande impression\u00a0\u00bb (1920, p. 287). Il donne un exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Si le docteur examine la gorge de l\u2019enfant ou lui fait subir une petite op\u00e9ration on peut \u00eatre certain que cette exp\u00e9rience effrayante sera le contenu du prochain jeu\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>). On reconna\u00eet le m\u00e9canisme de l\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur. Il y a passage d\u2019une position passive \u00e0 une position active, une retournement de situation. \u00ab\u00a0Dans le jeu des enfants, nous croyons saisir ceci\u00a0: l\u2019enfant r\u00e9p\u00e8te l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, m\u00eame d\u00e9plaisante pour la raison qu\u2019il acquiert par son activit\u00e9 une ma\u00eetrise bien plus radicale de l\u2019impression forte qu\u2019il ne le pouvait en se bornant \u00e0 l\u2019\u00e9prouver passivement\u00a0\u00bb. Nous avons l\u00e0 la clef du recours aux agis contraphobiques\u00a0: faire peur pour ne pas avoir peur. Reste la question de la relation au partenaire de jeu, \u00e0 l\u2019objet dont on requiert la passivit\u00e9. Freud ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0En m\u00eame temps qu\u2019il passe de la passivit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 l\u2019activit\u00e9 du jeu, l\u2019enfant inflige \u00e0 un camarade de jeu le d\u00e9sagr\u00e9ment qu\u2019il avait lui-m\u00eame subi et se venge sur la personne du rempla\u00e7ant\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 287). Les enfants ont grand plaisir \u00e0 faire peur. Ce n\u2019est pas toujours pour jouir sadiquement de la souffrance de l\u2019autre. C\u2019est d\u2019abord pour \u00e9vacuer la peur \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, pour \u00eatre le spectateur attentif de la peur de l\u2019autre, pour mieux comprendre ce sentiment si ambigu, si ambivalent qu\u2019est la peur. La peur d\u2019autrui peut d\u2019ailleurs faire \u00e0 nouveau peur en miroir, la culpabilit\u00e9 au d\u00e9sir de susciter de l\u2019angoisse chez autrui y ayant sa part. Faire peur aux parents, c\u2019est aussi tenter de les d\u00e9sid\u00e9aliser, de les faire tomber de leur pi\u00e9destal. C\u2019est partager les affres du sentiment d\u2019impuissance. Les strat\u00e9gies contraphobiques trompent l\u2019entourage, parfois aussi les professionnels. \u00ab\u00a0M\u00eame pas peur\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0: que de jeux organis\u00e9s, de films vus, pour s\u2019en convaincre. Peuvent s\u2019organiser de v\u00e9ritables clivages entre l\u2019effront\u00e9(e) du jour et le peureux de la nuit (et du soir et de tout moment r\u00e9gressif). Ces strat\u00e9gies se retrouvent habituellement dans les psychoth\u00e9rapies, ainsi que les agis qui les traduisent souvent.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa39\">On l\u2019aura compris, les comportements sadiques des enfants sont pour nous fort polys\u00e9miques, et la r\u00e9ponse sur le m\u00eame mode (punition, retaliation), cl\u00f4ture le sens du seul c\u00f4t\u00e9 de l\u2019agressivit\u00e9. Les fantasmes sadiques eux-m\u00eames ne sont pas d\u00e9nu\u00e9s de d\u00e9sirs \u00e9rotiques envers l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le plaisir de la peur<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa40\">Toujours en 1920, Freud s\u2019\u00e9merveillait de constater l\u2019app\u00e9tence des enfants \u00e0 \u00e9couter des histoires qui font peur. Si l\u2019on est attentif au contenu des histoires dont les enfants sont friands, on retrouve la trame, assez constante, de ce qui fascine. Le h\u00e9ros a des d\u00e9sirs intenses et en tentant de les assouvir rencontre le danger. Le r\u00e9cit devient celui, en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup plus long, de la lutte contre l\u2019adversit\u00e9 afin de satisfaire le d\u00e9sir initial. L\u2019<em>happy end<\/em>&nbsp;est beaucoup plus celui de la victoire sur les obstacles que celui, implicite, de la satisfaction, que ce soit la conqu\u00eate de la belle ou du Graal, ou tout simplement le retour \u00e0 la maison. L\u2019enjeu peut \u00eatre plus all\u00e9gorique encore quand il s\u2019agit de la conqu\u00eate de nouvelles contr\u00e9es, de l\u2019espace ou des ab\u00eemes, encore que l\u2019image de quelque princesse puisse incarner l\u2019enjeu de l\u2019aventure.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa41\">La peur elle-m\u00eame devient le danger \u00e0 combattre et le plaisir de la vaincre, apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9prouv\u00e9e, est un plaisir narcissique ais\u00e9ment renouvelable. C\u2019est le plaisir de transformer l\u2019exp\u00e9rience passive en activit\u00e9, fantasm\u00e9e, agie. Le masochisme \u00e9rog\u00e8ne n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 la capacit\u00e9 de supporter, sans d\u00e9charge motrice intempestive, le temps passif de l\u2019\u00e9prouv\u00e9 angoissant. Le plaisir de la peur n\u2019est sans doute pas sans lien avec celui du \u00ab&nbsp;<em>shoot<\/em>&nbsp;\u00e0 l\u2019adr\u00e9naline&nbsp;\u00bb que revendiquent certains adolescents.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa42\">Etre bien dans la passivit\u00e9, aupr\u00e8s de l\u2019objet qui incarne le monde ext\u00e9rieur, suppose une int\u00e9riorisation pr\u00e9alable d\u2019un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 (un bon objet interne et pas de projections n\u00e9gatives \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ni sur la m\u00e8re ni sur le p\u00e8re). L\u2019enfant passif qui va bien accueille ses \u00e9mois internes&nbsp;; il accueille aussi les stimulations externes. Attentif, il observe, \u00e9prouve. Il ressent le trouble que cr\u00e9e l\u2019inconnu, prend plaisir au jeu du \u00ab&nbsp;coucou-le-voil\u00e0&nbsp;\u00bb, mais aussi au bercement d\u2019un c\u00e2lin. Oubliant l\u2019objet externe il peut s\u2019endormir. Mais ce Nirvana n\u2019est que transitoire, les dangers de la vie perdurent, les conflits internes aussi&nbsp;; l\u2019angoisse revient, il faut agir, r\u00e9agir.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa43\">Si le retournement en activit\u00e9 solutionne un v\u00e9cu angoissant de passivit\u00e9, il prive des d\u00e9lices de la passivit\u00e9. Alors comment concilier les deux&nbsp;? Comment \u00eatre \u00e0 la fois passif et actif&nbsp;? Il est les deux, l\u2019enfant qui assiste \u00e0 un spectacle dont il a peur, tout en s\u2019identifiant au h\u00e9ros qui domine les dangers. Et il est rassur\u00e9&nbsp;<em>in fine<\/em>&nbsp;: l\u2019adversit\u00e9 peut \u00eatre surmont\u00e9e. Les sports de glisse et apparent\u00e9s, si pris\u00e9s des jeunes, apportent eux aussi, dans le m\u00eame temps, les plaisirs de l\u2019action et des sensations passives.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa44\">Parmi les plaisirs que la peur procure, mentionnons \u00e0 nouveau ce que suscite la diff\u00e9rence des sexes. Pour chacun, le sexe de l\u2019autre est attirant et inqui\u00e9tant, et sans doute attirant parce qu\u2019inqui\u00e9tant, au sens de l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9. L\u2019inconnu du sexe constitue sans doute une des premi\u00e8res repr\u00e9sentations phobog\u00e8nes et ne cesse de se m\u00e9taphoriser, de donner naissance \u00e0 toutes sortes de d\u00e9placements repr\u00e9sentatifs. Tout objet phobog\u00e8ne est en lui-m\u00eame un spectacle qui attire et inqui\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa45\">Lorsqu\u2019un enfant souffre de phobies apr\u00e8s la p\u00e9riode \u0153dipienne, plut\u00f4t que d\u2019en faire le recensement le praticien devra consid\u00e9rer la relation d\u2019objet, telle qu\u2019elle se met en place \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une consultation, ou se dessine lors d\u2019un protocole de tests. On l\u2019a vu, les processus phobiques peuvent se cacher derri\u00e8re&nbsp;de multiples tableaux cliniques fort trompeurs. Les phobies retrouv\u00e9es ne seront pas toutes objectales. Elles peuvent \u00eatre archa\u00efques, pr\u00e9g\u00e9nitales, narcissiques. Il importe d\u2019\u00e9tudier les conflits sous-jacents, d\u2019appr\u00e9cier la trajectoire de l\u2019angoisse qui les accompagne. Le praticien en vient ainsi \u00e0 diff\u00e9rencier les fonctionnements n\u00e9vrotiques o\u00f9 domine l\u2019angoisse de castration dans une probl\u00e9matique objectale, des psychotiques o\u00f9 dominent les angoisses archa\u00efques, \u00e0 diff\u00e9rencier les fonctionnements qui reposent sur la triangulation de ceux qui se sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la dualit\u00e9 avec exclusion du tiers. Les phobies n\u00e9vrotiques impliquent des objets partiels, les phobies psychotiques mettent en jeu les objets totaux. Un enfant \u00e9prouve un certain soulagement \u00e0 d\u00e9couvrir ce qu\u2019il n\u2019avait pas per\u00e7u de lui. Une famille peut aussi b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une meilleure compr\u00e9hension de son enfant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>L\u2019angoisse n\u2019est pas plus \u00e9vitable que ne le sont les conflits psychiques. Se d\u00e9chargeant spontan\u00e9ment dans le soma, l\u2019angoisse s\u2019accompagne d\u2019effets physiques douloureusement ressentis par le moi. Aussi celui-ci peut tenter de traiter psychiquement l\u2019angoisse plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre submerg\u00e9 par l\u2019affect. On le sait, les rapports entre l\u2019angoisse et le moi sont doubles (1<sup>\u00e8re<\/sup>&nbsp;et 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;th\u00e9orie freudienne des pulsions). L\u2019angoisse envahit le moi quand l\u2019excitation est trop forte pour ses capacit\u00e9s int\u00e9gratives, mais elle peut aussi \u00eatre provoqu\u00e9e par le moi lui-m\u00eame, en tant que signal d\u2019alarme, pour anticiper une situation potentiellement phobique (l\u2019angoisse serait alors un moteur du refoulement).<\/li><li>Perron R. et Perron-Borelli M., 1987,&nbsp;<em>Fantasme et action<\/em>&nbsp;Rapport au congr\u00e8s des langues fran\u00e7aises de 1986 R.F.P., LI, 539-637.<\/li><li>Denis P., 2006,&nbsp;<em>Les phobies<\/em>, Paris, PUF, Que sais-je&nbsp;?<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/numero.php?ID_NUMPUBLIE=PUF_DENIS_2011_01\">&nbsp;<\/a><\/li><li>Fr\u00e9javille A., 2009, \u00ab&nbsp;Le familier, l\u2019\u00e9trange, la curiosit\u00e9&nbsp;\u00bb, in Fr\u00e9javille A., Sacco F., 2009,&nbsp;<em>Curiosit\u00e9 et r\u00eaverie chez l\u2019enfant<\/em>, Toulouse, Ed. In Press, pp. 85-112.<\/li><li>Spitz R., 1965,&nbsp;<em>De la naissance \u00e0 la parole<\/em>, Paris, PUF, 1968.<\/li><li>Enseignement oral<\/li><li>Si survient une personne qui n\u2019est pas connue de l\u2019enfant, elle fait peur. Pas parce qu\u2019elle est \u00e9trang\u00e8re, mais parce que, quoi qu\u2019inconnu son visage a des points communs avec celui de la m\u00e8re, puisque c\u2019est un visage humain. Sa forme, des mimiques, rappellent du connu, mais pas vraiment. L\u2019\u00e9tranger est un \u00eatre \u00e9trange qui suscite un sentiment d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, du familier qui pourtant se d\u00e9robe. C\u2019est l\u2019ind\u00e9termination m\u00eame de la perception qui est angoissante.<\/li><li>Certes l\u2019objet maternel est attractif car dispensateur d\u2019exp\u00e9riences agr\u00e9ables&nbsp;; il est devenu aim\u00e9, sa pr\u00e9sence est recherch\u00e9e, son absence redout\u00e9e et sa perte crainte puisqu\u2019il incarne la continuit\u00e9 famili\u00e8re et rassurante du monde ext\u00e9rieur et du soi. Mais il est aussi r\u00e9pulsif, parce qu\u2019il est parfois pourvoyeur d\u2019exp\u00e9riences d\u00e9sagr\u00e9ables, frustrantes, ou obstacle aux d\u00e9sirs, ce m\u00eame objet suscite alors de la haine, un d\u00e9sir d\u2019\u00e9loignement.<\/li><li>L\u2019angoisse g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le conflit d\u2019ambivalence a tendance \u00e0 cliver l\u2019objet, les deux parties \u00e9tant projet\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment, la \u00ab&nbsp;mauvaise&nbsp;\u00bb m\u00e8re devenant phobog\u00e8ne, et plus, pers\u00e9cutrice.<\/li><li>Klein M., 1928, \u00ab&nbsp;Les stades pr\u00e9coces du conflit oedipien&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1972.<\/li><li>Klein M., 1945, Le conflit oedipien \u00e9clair\u00e9 par les angoisses pr\u00e9coces, in&nbsp;<em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1972.<\/li><li>La sexualit\u00e9 pr\u00e9g\u00e9nitale se d\u00e9veloppe comme premier effet de la s\u00e9paration\/diff\u00e9renciation d\u2019avec la m\u00e8re. Se constitue un espace d\u2019\u00e9change (les objets partiels) normalement investis par les deux. Ses int\u00e9r\u00eats pour ce que donne la m\u00e8re (son sein, son giron, ses bras, sa voix, la nourriture) se sont doubl\u00e9es, quand tout va bien, d\u2019int\u00e9r\u00eats pour ses propres productions, sensations, exp\u00e9rimentations&nbsp;; autant de d\u00e9placements symbolisants enrichissant le narcissisme.<\/li><li>Le double retournement pulsionnel est \u00e0 l\u2019\u0153uvre (actif\/passif, sujet\/objet ainsi que le renversement de l\u2019amour en haine). Si ce m\u00e9canisme acquiert une certaine constance, avec forts contrinvestissements, les d\u00e9sirs initiaux sont de moins en moins reconnaissables.<\/li><li>C\u2019est la m\u00eame personne qui est successivement bonne et mauvaise. Malgr\u00e9 ses manquements et ses refus, comment en vouloir longuement \u00e0 l\u2019objet familier devenu indispensable&nbsp;? L\u2019enfant apprend \u00e0 composer avec les exigences de ses objets (\u00ab&nbsp;pauvre moi&nbsp;\u00bb&nbsp;!). L\u2019objet est-il modifiable, apte \u00e0 \u00eatre plus conciliant&nbsp;? Les pulsions s\u2019intriquent, se constituent en d\u00e9sir d\u2019emprise envers l\u2019objet. Mais jusqu\u2019o\u00f9 aller&nbsp;? On ne peut avoir envie de scier la branche sur laquelle on est assis. Alors l\u2019enfant commence \u00e0 se soucier de son objet au sens de Winnicott, il d\u00e9couvre les dangers de sa hargne, de sa possessivit\u00e9, et les vertus des fantasmes de r\u00e9paration. Son surmoi se d\u00e9veloppe, mais aussi des sentiments d\u00e9pressifs (la \u00ab&nbsp;position d\u00e9pressive&nbsp;\u00bb de M. Klein).<\/li><li>Certaines c\u00e9libataires militantes parviennent cependant \u00e0 faire le vide autour d\u2019elles et de leur b\u00e9b\u00e9.<\/li><li>Lebovici S., 1980,&nbsp;<em>L\u2019exp\u00e9rience du psychanalyste chez l\u2019enfant et chez l\u2019adulte devant le mod\u00e8le de la n\u00e9vrose infantile et de la n\u00e9vrose de transfert<\/em>. R.F.P., n? 5-6, 733-857.<\/li><li>Blos P., 1962,&nbsp;<em>Les adolescents. Essai de psychanalyse<\/em>, Paris, Stock, 1967.<\/li><li>Lebovici S., 1980, op. cit.<\/li><li>Enseignement oral<\/li><li>Assoun P.L., 2000,&nbsp;<em>Les phobies. Le\u00e7ons psychanalytiques<\/em>, Paris, Anthropos. Ed Economica.<\/li><li>Hanus M., 1995,&nbsp;<em>Les deuils dans la vie. Deuils et s\u00e9parations chez l\u2019adulte et chez l\u2019enfant<\/em>, Paris, Maloine.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10707?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour parler de la n\u00e9vrose, nous avons choisi de nous centrer sur les phobies et les processus psychiques qui les organisent. Les phobies, multiples et fort vari\u00e9es, sont habituellement r\u00e9f\u00e9renc\u00e9es au fonctionnement n\u00e9vrotique. 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