{"id":10706,"date":"2021-08-22T07:32:34","date_gmt":"2021-08-22T05:32:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychanalyse-violence-et-institution-publique-de-soin-un-p-a-r-i-2\/"},"modified":"2021-09-18T23:21:26","modified_gmt":"2021-09-18T21:21:26","slug":"psychanalyse-violence-et-institution-publique-de-soin-un-p-a-r-i","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychanalyse-violence-et-institution-publique-de-soin-un-p-a-r-i\/","title":{"rendered":"Psychanalyse, violence et institution publique de soin : un P.A.R.I."},"content":{"rendered":"<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<div>\u00ab\u00a0La psychanalyse ne peut prosp\u00e9rer que l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne la libert\u00e9 de penser\u00a0\u00bb<\/p>\n<footer>Anna Freud (Lettre \u00e0 August Aichorn, 22 f\u00e9vrier 1946)<\/footer>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Les nouvelles cultures d\u2019entreprise export\u00e9es dans les syst\u00e8mes de soins, <em>via<\/em> le d\u00e9veloppement de logiques administratives \u00e9valuatives et \u00e9valuantes, ont besoin pour fonctionner d\u2019abraser la diversit\u00e9 et donc les diff\u00e9rences que cette derni\u00e8re g\u00e9n\u00e8re, au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un \u00ab\u00a0peuple de soignants\u00a0\u00bb partageant une seule et m\u00eame culture. Les soignants devenant alors des effecteurs de soins substituables les uns aux autres en fonction des besoins du gestionnaire de planning dans une optique louable d\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9chelle. Or, en psychiatrie la culture du soin ne semble devoir s\u2019\u00e9tayer que sur la rencontre entre un sujet soignant et un sujet souffrant. Contrat toujours singulier qui autorise peu &#8211; <em>a priori<\/em> &#8211; la normalisation du soin et le pr\u00eat-\u00e0-penser.<\/p>\n<p>C\u2019est dans un tel contexte que l\u2019on voit se d\u00e9velopper depuis quelques ann\u00e9es une maltraitance institutionnelle d\u2019un mod\u00e8le du soin inspir\u00e9 par la pratique analytique. Ces attaques confinent \u00e0 un parti pris id\u00e9ologique qui ne tient compte, ni de l\u2019histoire de la psychiatrie (et ce qu\u2019elle doit \u00e0 la psychopathologie psychanalytique), ni de la notion d\u2019une culture du soin coh\u00e9rente li\u00e9e \u00e0 un territoire culturel. La pathologie psychique, plus que toute autre, est articul\u00e9e \u00e0 un d\u00e9veloppement civilisationnel. Environnement, soci\u00e9t\u00e9 et pathologie psychique sont consubstantiellement li\u00e9s. Si les attaques contre la psychanalyse ont de tout temps accompagn\u00e9 son d\u00e9veloppement, elles se sont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es et acutis\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Que l\u2019on songe tant aux propos de Mme Carlotti imposant une mise au pas des \u00e9quipes qui ne travailleraient pas dans un sens donn\u00e9 dans les cas d\u2019autisme qu\u2019\u00e0 ceux de D. Fasquelles voulant interdire l\u2019exercice de pratiques analytiques<sup>1<\/sup>. Jusqu\u2019\u00e0 il y a peu, devant de telles attaques, on aurait parl\u00e9 d\u2019ing\u00e9rence mais en r\u00e9alit\u00e9 nous sommes face au d\u00e9veloppement de cette nouvelle gouvernance, infiltr\u00e9e de \u00ab\u00a0bienpensance\u00a0\u00bb, pr\u00f4n\u00e9e par la loi HPST<sup>2<\/sup> et appuy\u00e9e par des lobbies externes.<\/p>\n<p>Eug\u00e8ne Enriquez, analysant les fonctionnements institutionnels, montre combien tout syst\u00e8me organisationnel s\u2019\u00e9rige sur le d\u00e9ni de la diff\u00e9rence<sup>3<\/sup>. Cela d\u2019autant plus en p\u00e9riode de p\u00e9nurie budg\u00e9taire qui pousse \u00e0 la mutualisation et donc \u00e0 l\u2019\u00e9lagage. Cet auteur indique combien l\u2019avenir de ce type d\u2019institution se d\u00e9finit entre parano\u00efa et perversion.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que je vais illustrer ici \u00e0 travers l\u2019histoire d\u2019un dispositif institutionnel de psychoth\u00e9rapies psychanalytiques dont je fus l\u2019un des fondateurs, d\u00e9velopp\u00e9 dans le service de soins publics fran\u00e7ais et qui devint dans le temps \u00e0 destination, entre autres, d\u2019auteurs de violences sexuelles sous main de justice. Cette histoire s\u2019\u00e9tend sur plus de trente ann\u00e9es et montre les effets de transferts institutionnels que peut impliquer la prise en charge de certains patients auteurs de violences agies notamment sexuelles. Nous verrons combien l\u2019alliance entre une gouvernance, telle que je l\u2019ai succinctement d\u00e9finie plus haut qui supporte difficilement les \u00e9carts, qui se construit sur le d\u00e9ni des diff\u00e9rences et certaines formes d\u2019organisations psychiques utilisant comme r\u00e9gulation, non la symbolisation, mais le d\u00e9ni et le passage \u00e0 l\u2019acte, peut potentialiser la haine de psych\u00e9.<\/p>\n<h2>L\u2019histoire du PARI<\/h2>\n<p>L\u2019histoire commence en 1979. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, nous \u00e9tions plusieurs praticiens hospitaliers, tous psychologues ou psychiatres, qui pratiquions des psychoth\u00e9rapies d\u00e9nomm\u00e9es <em>d\u2019inspiration psychanalytique<\/em>. Or, nos pratiques se confrontaient \u00e0 de nombreux probl\u00e8mes touchant nos cadres de fonctionnement. Parmi eux se posaient les questions de la gratuit\u00e9 et les multiples intrications avec l\u2019engagement m\u00e9dico-social. Ces intrications assujettissant le soignant \u00e0 un certain nombre de fonctions diff\u00e9rentes dans l\u2019institution entra\u00eenaient l\u2019indiff\u00e9renciation des espaces. Cela se posait tant dans nos services hospitaliers que dans les CMP, tr\u00e8s connot\u00e9s d\u2019assistance et de soin. Or, dans cette \u00e9poque, que Jean-Luc Donnet nomme \u00ab\u00a0vibrionnante\u00a0\u00bb pour la pratique analytique<sup>4<\/sup>, les indications de psychoth\u00e9rapies analytiques se multipliaient dans la pratique publique du fait du d\u00e9ploiement du secteur, de l\u2019\u00e9volution des th\u00e9ories psychopathologiques sur les organisations pr\u00e9-psychotiques et de l\u2019introduction de nouvelles techniques psychoth\u00e9rapiques (traitement en groupe, en famille) qui \u00e9tendait les indications.<\/p>\n<p>Nous nous sommes alors demand\u00e9s s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019inventer une formule plus adapt\u00e9e \u00e0 la pratique psychoth\u00e9rapique psychanalytique tout en restant fid\u00e8les au cadre public. Ainsi, apr\u00e8s plusieurs mois de r\u00e9flexions, de lectures, de prises de contacts nous avons d\u00e9cid\u00e9 de proposer la cr\u00e9ation d\u2019une instance que nous avons nomm\u00e9e le PARI\u00a0: Psychoth\u00e9rapies, Applications et Recherches Intersectorielles. Cette instance, outre son acronyme, fonctionnait aussi pour nous comme un pari sur l\u2019avenir de nos pratiques psychoth\u00e9rapiques dans l\u2019espace de soins public.<\/p>\n<h2>Trois objectifs \u00e9taient vis\u00e9s\u00a0:<\/h2>\n<p>1) offrir un cadre mieux appropri\u00e9 \u00e0 la pratique psychoth\u00e9rapique fonctionnant comme une aire interm\u00e9diaire, en continuit\u00e9 mais aussi \u00e0 distance de l\u2019aire de soin proprement dite (notre centre \u00e9tant install\u00e9 en ville)\u00a0; 2) r\u00e9unir les comp\u00e9tences de chacun pour mieux les utiliser et d\u00e9velopper des outils techniques n\u00e9cessitant le regroupement de th\u00e9rapeutes (psychodrame de groupe, individuel, th\u00e9rapie familiale)\u00a0; 3) cr\u00e9er un lieu de r\u00e9flexions et de recherches sur la base de nos pratiques th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Nous nous sommes ainsi retrouv\u00e9s \u00e0 neuf psychoth\u00e9rapeutes qui tous avaient entrepris une d\u00e9marche analytique individuelle et une formation \u00e0 une technique groupale de r\u00e9f\u00e9rence psychanalytique (psychodrame, th\u00e9rapie familiale). Enfin, nous avions d\u00e9j\u00e0 dans nos services respectifs une pratique psychoth\u00e9rapeutique reconnue.<\/p>\n<p>Nos mod\u00e8les \u00e9taient ceux de nos a\u00een\u00e9s, certes le Centre de Consultation et de Traitement Psychanalytique Jean Favreau, fond\u00e9 en 1954<sup>5<\/sup> mais surtout le centre de psychanalyse et de psychoth\u00e9rapie (CPP) fond\u00e9 en 1974 par \u00c9velyne et Jean Kestemberg. En effet, cette \u00ab\u00a0formule\u00a0\u00bb nous semblait tr\u00e8s en ad\u00e9quation avec la position que notre centre occupait au regard du secteur psychiatrique, bien s\u00fbr toute proportion gard\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette mise en commun de comp\u00e9tences prit la forme d\u2019un plateau technique d\u00e9localis\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019h\u00f4pital lui-m\u00eame. Le PARI augmentait \u00e0 l\u2019\u00e9poque notablement le potentiel de soins du Centre hospitalier sp\u00e9cialis\u00e9 de Saint-\u00c9gr\u00e8ve, notamment pour la prise en charge des patients psychotiques, il fut donc accueilli favorablement par la communaut\u00e9 m\u00e9dicale. Pens\u00e9e comme strictement psychoth\u00e9rapeutique, cette unit\u00e9 \u00e9tait con\u00e7ue comme non prescriptrice de traitements chimioth\u00e9rapiques, non directement \u00ab\u00a0m\u00e9dico-sociale\u00a0\u00bb (sans personnel relevant de l\u2019assistance ou de l\u2019accompagnement social) et intersectorielle (au service de tous les secteurs). Au plan administratif, les patients pris en charge par nous, restaient rattach\u00e9s au service prescripteur de la psychoth\u00e9rapie \u00e0 entreprendre au PARI et les d\u00e9cisions m\u00e9dicales restaient du pouvoir de ces services que nous rencontrions \u00e0 espace r\u00e9gulier pour faire le point sur les prises en charge qui nous \u00e9taient adress\u00e9es. Enfin, pour que l\u2019alliance th\u00e9rapeutique puisse \u00eatre au meilleur niveau d\u2019efficacit\u00e9, nous demandions aux patients de ratifier la demande qui nous \u00e9tait adress\u00e9e par les praticiens prescripteurs des services. En bref, nous leur demandions de nous faire, dans la mesure de leurs moyens, une demande personnalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour la mise en \u0153uvre de la faisabilit\u00e9 du PARI, il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que chaque service int\u00e9ress\u00e9 fournirait un temps de psychologue ou de m\u00e9decin pour faire fonctionner cette nouvelle articulation. Il faut rappeler que nous \u00e9tions encore dans une p\u00e9riode faste au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, 20 ans apr\u00e8s la circulaire de mars 1960 ouvrant pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l\u2019id\u00e9e de secteur psychiatrique et 8 ans apr\u00e8s que l\u2019arr\u00eat\u00e9 de 1972 en ait d\u00e9fini son organisation juridique. La DDASS, tr\u00e8s sensible \u00e0 l\u2019ouverture que nous proposions, qui s\u2019inscrivait dans la nouvelle logique que la sectorisation impulsait, mit \u00e0 notre disposition des locaux ainsi qu\u2019un mi-temps de secr\u00e9tariat.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une ann\u00e9e de fonctionnement \u00ab\u00a0exp\u00e9rimental\u00a0\u00bb, en 1981, notre structure fut approuv\u00e9e par les votes de la CMC (aujourd\u2019hui nomm\u00e9e CME, comit\u00e9 m\u00e9dical d\u2019\u00e9tablissement) et du Conseil d\u2019Administration de l\u2019h\u00f4pital. Ces votes validaient \u00e9galement le r\u00e8glement int\u00e9rieur que nous avions propos\u00e9 et qui r\u00e9gissait notre fonctionnement interne au regard de notre institution d\u2019origine (le CHS). Ce r\u00e8glement avait pour but de d\u00e9finir et de prot\u00e9ger dans le temps notre cadre th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h2>Cadre analytique et cadre public de soin<\/h2>\n<p>En effet, dans la d\u00e9cennie 1980-1990, ces questions de pr\u00e9servation d\u2019un cadre propice \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une psychoth\u00e9rapie de type analytique, \u00e9taient fortement pr\u00e9sentes dans le d\u00e9bat institutionnel psychiatrique<sup>6<\/sup>. Or, nous \u00e9tions face \u00e0 deux modalit\u00e9s institutionnelles bien diff\u00e9rentes\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le service public de soins qui par essence repose sur une philosophie non discriminatoire assurant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits aux soins \u00e0 chacun et donc sa gratuit\u00e9, quelque soit le soin d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 la sant\u00e9\u00a0; de l\u2019autre la pratique psychanalytique qui repose sur la r\u00e8gle fondamentale dite de \u00ab\u00a0la libre association\u00a0\u00bb. Je rappelle que cette r\u00e8gle n\u2019est pas \u00ab\u00a0une simple m\u00e9thode\u00a0\u00bb (Laplanche et Pontalis, 1967), car elle institutionnalise l\u2019espace-temps du transfert qui fait de toute pratique analytique non seulement une m\u00e9thode mais aussi une institution dont les r\u00e8gles ne peuvent \u00eatre subrog\u00e9es \u00e0 d\u2019autres sans craindre un ab\u00e2tardissement, voire un d\u00e9voiement de la pratique elle-m\u00eame. Cela permet de comprendre notre questionnement quant \u00e0 la s\u00e9curisation de notre cadre th\u00e9rapeutique li\u00e9e \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une pratique psychanalytique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un service public de soins. En effet, remplir les conditions de cette vocation humanitaire \u00e9voqu\u00e9e plus haut, place paradoxalement l\u2019analyste en libert\u00e9 sous caution. Ici, le prix \u00e0 payer en est exhorbitant, c\u2019est celui de la gratuit\u00e9. Or, nous n\u2019\u00e9tions pas s\u00fbrs \u00e0 l\u2019\u00e9poque de pouvoir faire entendre que, dans une pratique analytique, nul n\u2019est \u00e9gal dans le transfert. Quant \u00e0 aujourd\u2019hui\u2026 laissons cette question en suspens.<\/p>\n<p>Aussi, pour contourner un d\u00e9bat complexe, et permettre \u00e0 chacun des th\u00e9rapeutes du PARI de pouvoir \u00eatre le garant de son cadre, deux \u00e9cueils \u00e9taient \u00e0 \u00e9viter\u00a0: celui des postes d\u00e9finis en fonction des titres et dipl\u00f4mes pouvant rendre interchangeables les personnes \u00e0 rang de dipl\u00f4mes et de comp\u00e9tences identiques, et celui de la structure hi\u00e9rarchique avec embo\u00eetement des responsabilit\u00e9s, ce qui peut potentialiser, \u00e0 termes, une forme de d\u00e9responsabilisation individuelle &#8211; cela d\u2019autant plus que l\u2019obligation en mati\u00e8re de soins n\u2019est que de moyens.<\/p>\n<p>Pour ces raisons, et compte tenu des <em>requisit<\/em> strictement psychoth\u00e9rapeutiques de notre fonctionnement, \u00e9taient inscrites dans notre \u00ab\u00a0R\u00e8glement int\u00e9rieur\u00a0\u00bb la coll\u00e9gialit\u00e9 et la cooptation. Propositions qui peuvent aujourd\u2019hui para\u00eetre utopistes. La premi\u00e8re supposait que l\u2019animation, la gestion en interne et la responsabilit\u00e9 du groupe appartiennent dans les faits \u00e0 ses participants qui les exercent en coll\u00e9gialit\u00e9, entra\u00eenant deux faits majeurs\u00a0: 1) il n\u2019y avait pas de syst\u00e8me hi\u00e9rarchique interne\u00a0; 2) chacun des th\u00e9rapeutes devenait responsable en interne de ses prises en charges et donc garant de son cadre d\u2019exercice. La seconde particularit\u00e9 inscrite dans notre r\u00e8glement int\u00e9rieur, la cooptation des nouveaux membres, permettait de pr\u00e9server une unit\u00e9 interne favorable \u00e0 un exercice psychoth\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Bien entendu, au regard de l\u2019administration, c\u2019\u00e9tait un m\u00e9decin qui assurait la responsabilit\u00e9 m\u00e9dicale de la structure et la liaison avec les instances de l\u2019\u00e9tablissement mais la coll\u00e9gialit\u00e9 entra\u00eenait le fait, valid\u00e9 par notre r\u00e8glement int\u00e9rieur, qu\u2019au sein m\u00eame du PARI, sa voix n\u2019avait pas plus de poids que celle des autres membres. Il \u00e9tait psychoth\u00e9rapeute au m\u00eame titre que les autres. Cela avait une petite incidence qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u2019\u00e9tait pas pass\u00e9e inaper\u00e7ue\u00a0: dans notre salle d\u2019attente un tableau affichait le nom des th\u00e9rapeutes par ordre alphab\u00e9tique et sous une seule appellation \u00ab\u00a0Psychoth\u00e9rapeute\u00a0\u00bb et non par fonction hospitali\u00e8re hi\u00e9rarchique. Symbole qui fut, dans le temps, le point d\u2019appel des violences que notre structure eut \u00e0 subir presque trente ans plus tard. Quant \u00e0 son fonctionnement <em>stricto sensu<\/em> administratif, cette unit\u00e9, tout en \u00e9tant reconnue intersectorielle, \u00e9tait rattach\u00e9e \u00e0 un service hospitalier<sup>7<\/sup>.<\/p>\n<p>Notre plateau technique s\u2019\u00e9toffa dans le temps d\u2019une diversit\u00e9 de dispositifs th\u00e9rapeutiques (psychodrame de groupe et individuel, th\u00e9rapie familiale, th\u00e9rapie de couple, groupe de paroles, groupe d\u2019aide \u00e0 la mentalisation, groupes d\u2019accompagnements \u00e0 l\u2019insertion, mais aussi les diverses prises en charge th\u00e9rapeutiques individuelles dont la relaxation). Par ailleurs nous avions une politique au regard de notre institution faite volontairement d\u2019une grande r\u00e9activit\u00e9. Nos d\u00e9lais d\u2019attente \u00e9taient tr\u00e8s courts (de deux \u00e0 trois semaines maximum). Chaque demande \u00e9tait discut\u00e9e en \u00e9quipe avant toute proposition de prise en charge. Notre politique de soins \u00e9tait, avec des patients aux fonctionnements pr\u00e9caires (psychose, troubles limites), de les recevoir rapidement et de construire avec eux une prise en charge qui, elle, pouvait \u00eatre diff\u00e9r\u00e9e en fonction de nos possibilit\u00e9s. Nous mettions simplement en place un suivi, si n\u00e9cessaire, en revoyant ces patients en consultations \u00e9pisodiques, \u00e0 leur demande, dans l\u2019attente du d\u00e9but de la prise en charge. De la m\u00eame fa\u00e7on nous avions un empan horaire facilitant de 7h30 \u00e0 20h15.<\/p>\n<p>Ainsi le PARI \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine un collectif qui pr\u00e9sentait des appartenances analytiques plurielles. Progressivement, au travers de nos inter-identifications et de nos supervisions avec des membres de diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s analytiques (Colette Zimeray, Simone Blajan-Marcus, Jean Guillaumin, Andr\u00e9 Beetschen, Jacques Hochmann), nous nous sommes r\u00e9unis autour d\u2019une pratique th\u00e9rapeutique d\u00e9finie par un cadre fixe mais souple et une effectivit\u00e9 du travail th\u00e9rapeutique appuy\u00e9 sur le processus transf\u00e9ro-contre-tranf\u00e9rentiel prenant en compte la dimension du pulsionnel comme promoteur d\u2019une organisation psychique dans sa dimension de trauma organisateur. En quelques ann\u00e9es nous \u00e9tions tous membres de la SPP. L\u2019ensemble de ce travail en commun conduisit \u00e0 la cr\u00e9ation de valeurs partag\u00e9es, notamment les qualit\u00e9s d\u2019un soin psychanalytique pour tous, dans une forme d\u2019\u00e9quit\u00e9 qui prenait en compte les singularit\u00e9s de chaque rencontre avec la souffrance de nos patients g\u00e9n\u00e9ratrice de leur demande de soins.<\/p>\n<h2>La double all\u00e9geance<\/h2>\n<p>Le temps passant, le succ\u00e8s fut au rendez-vous, aussi nous semblait-il que nous avions r\u00e9ussi la migration d\u2019un cadre analytique dans un syst\u00e8me de soin public. Pour r\u00e9ussir une telle migration, le PARI, et ses membres, se sont plac\u00e9s dans une double all\u00e9geance en regard des r\u00e8gles de fonctionnement de leurs deux institutions de r\u00e9f\u00e9rence. L\u2019all\u00e9geance, je le rappelle est intimement li\u00e9e \u00e0 la notion d\u2019identit\u00e9. Il ne saurait y avoir d\u2019identit\u00e9 sans all\u00e9geance. C\u2019est elle qui assure identit\u00e9 et libert\u00e9 par la reconnaissance et le respect de certaines r\u00e8gles communes et partageables. Ainsi pouvait se d\u00e9finir une double limite, d\u2019abord l\u2019espace de soins public avec ces crit\u00e8res sp\u00e9cifiques mais aussi, et surtout un espace priv\u00e9 o\u00f9, sans jamais abolir les r\u00e8gles du public, celles-l\u00e0 s\u2019y trouvaient n\u00e9cessairement suspendues. Espace du priv\u00e9 favorable \u00e0 la constitution d\u2019une aire transf\u00e9rentielle. Nous avions ainsi d\u00e9fini une forme de double cadre.<\/p>\n<h2>La recherche clinique<\/h2>\n<p>Notre r\u00e9f\u00e9rentiel analytique, notre plasticit\u00e9 institutionnelle, nos moyens th\u00e9rapeutiques tr\u00e8s diversifi\u00e9s nous attir\u00e8rent de nombreuses demandes pour ceux que l\u2019on nommait des \u00ab\u00a0patients difficiles\u00a0\u00bb. Cet ensemble d\u00e9boucha rapidement sur des partenariats scientifiques nous permettant de participer \u00e0 de nombreuses recherches tant au niveau local que national en partenariat avec l\u2019INSERM<sup>8<\/sup>, divers CHU et Universit\u00e9s tant fran\u00e7aises qu\u2019\u00e9trang\u00e8res, les Minist\u00e8res de la Sant\u00e9 et de la Justice, la DGS. C\u2019est dans ce cadre qu\u2019avec Claude Balier certains d\u2019entre nous ont dirig\u00e9 l\u2019\u00e9tude fran\u00e7aise sur les auteurs de violences sexuelles sur l\u2019ensemble des sites p\u00e9nitentiaires fran\u00e7ais entre 1993 et 1996. Je rappelle que les pr\u00e9conisations de cette \u00e9tude ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es aux attendus de la Loi du 17 juin 1998 \u00ab\u00a0relative \u00e0 la pr\u00e9vention et \u00e0 la r\u00e9pression des infractions sexuelles ainsi qu\u2019\u00e0 la protection des mineurs\u00a0\u00bb qui instaure, pour la premi\u00e8re fois dans le champ p\u00e9nal, une peine de suivi socio-judiciaire pouvant inclure une <em>injonction de soins<\/em> et cr\u00e9e la fonction de <em>m\u00e9decin coordonnateur<\/em><sup>9<\/sup>. C\u2019est \u00e0 partir de nos travaux sur la recherche de cadres favorables aux soins pour ces auteurs de violences sexuelles que furent cr\u00e9\u00e9s les CRIAVS (Centres Ressources pour les Intervenants aupr\u00e8s de Auteurs de Violences Sexuelles, en 2005). Le premier en France \u00e0 \u00eatre cr\u00e9\u00e9, fut \u00e0 Grenoble en 2006<sup>10<\/sup>. Par ailleurs, le PARI a progressivement fa\u00e7onn\u00e9 un cadre d\u2019accueil et des outils appropri\u00e9s (dont le QICPAAS<sup>11<\/sup>, outil reconnu pour sa pertinence clinique) pour engager les auteurs de violences sexuelles dans un soin psychique. Ce travail, au fil des ann\u00e9es, acquit une reconnaissance internationale dans le monde de la francophonie et devint une forme de \u00ab\u00a0mod\u00e8le fran\u00e7ais\u00a0\u00bb de la prise en charge de ces sujets<sup>12<\/sup>. Tant et si bien que c\u2019est sur son mode de fonctionnement que fut calqu\u00e9 le cahier des charges que j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 pour la DGS, de ce qui allait devenir les <em>Plates-Formes R\u00e9f\u00e9rentielles<\/em> (PFR), unit\u00e9s cliniques de prise en charge des auteurs de violences sexuelles qui \u00e9taient le pendant clinique des centres ressources. Le PARI devint ainsi la premi\u00e8re PFR de la r\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes et pour cela re\u00e7ut une budg\u00e9tisation suppl\u00e9mentaire et d\u00e9di\u00e9e. Soulignons que le PARI originel, visit\u00e9 par la Commission des Lois en 2011 conduite par Monsieur le D\u00e9put\u00e9 \u00c9tienne Blanc, sera la seule structure ambulatoire cit\u00e9e en exemple dans le rapport d\u2019information rendu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale en f\u00e9vrier 2012 sur le suivi des auteurs d\u2019infractions \u00e0 caract\u00e8re sexuel<sup>13<\/sup>.<\/p>\n<p>Si j\u2019\u00e9voque ces quelques r\u00e9sultats, c\u2019est pour mieux faire comprendre la violence qui allait \u00eatre faite \u00e0 notre centre. Malgr\u00e9 cela, le PARI a travers\u00e9 ces trente ann\u00e9es de fonctionnement, non sans difficult\u00e9s li\u00e9es aux diverses r\u00e9formes de la psychiatrie. Si nous \u00e9tions r\u00e9guli\u00e8rement menac\u00e9s de red\u00e9ploiement, il nous semblait que notre travail aupr\u00e8s des auteurs de violences sexuelles, qu\u2019aucun secteur ne voulait assumer, \u00e9tait pour nous une forme de bouclier contre toutes ces attaques et nous garantissait une p\u00e9rennit\u00e9. C\u2019\u00e9tait sans compter la r\u00e9forme de 2007 de la gouvernance hospitali\u00e8re qui allait profond\u00e9ment modifier la donne dans notre h\u00f4pital. Apr\u00e8s un temps d\u2019errance administrative, le PARI fut d\u2019autorit\u00e9 administrative int\u00e9gr\u00e9 en 2009 \u00e0 un nouveau p\u00f4le dont le responsable, sous couvert d\u2019une d\u00e9fense d\u2019une certaine id\u00e9e du soin, fit rapidement peser sur notre centre des menaces de red\u00e9ploiement sans tenir compte des accords anciens que nous pensions toujours valides. Pour ce praticien, les soins psychiatriques devaient avant tout \u00eatre centr\u00e9s sur les pathologies psychotiques. Les auteurs de violences sexuelles \u00e9taient pour lui une population qui relevait de la justice et non du soin. En cons\u00e9quence de quoi, nous consommions des postes inutilement. Il fallut toute la constance, le calme et la pers\u00e9v\u00e9rance du responsable m\u00e9dical de notre centre pour \u00ab\u00a0contenir\u00a0\u00bb l\u2019envie de r\u00e9attribuer notre petit potentiel. C\u2019\u00e9tait sans compter avec l\u2019avancement du temps et la prise de retraite de ce m\u00eame responsable en juin 2012, qui fit sonner le glas de notre unit\u00e9.<\/p>\n<p>Par voie d\u2019appel, le poste fut ouvert et les postulants, compte tenu de notre sp\u00e9cificit\u00e9 centr\u00e9e sur les violences, furent peu nombreux. Aussi, quasi impos\u00e9 par le chef de p\u00f4le, le \u00ab\u00a0choix\u00a0\u00bb se porta sur une jeune psychiatre trentenaire, tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 une \u00e9cole analytique diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. Au moins, pensions-nous, la dimension analytique semblait pr\u00e9sente dans son discours. Dans le discours peut-\u00eatre, mais dans les faits il en alla bien autrement. Tr\u00e8s rapidement les <em>requisit<\/em> du PARI furent contourn\u00e9s par la nouvelle arrivante\u00a0; par exemple &#8211; et cela para\u00eetra \u00e0 certains anodin, mais dans le contexte historique que je viens de rappeler, cela fut v\u00e9cu comme une atteinte \u00e0 l\u2019identit\u00e9 du centre &#8211; sur le tableau d\u2019affichage o\u00f9 \u00e9taient rang\u00e9s par ordre alphab\u00e9tique les th\u00e9rapeutes, sous le vocable \u00ab\u00a0Psychoth\u00e9rapeutes\u00a0\u00bb, elle exigea que son nom soit inscrit en premier avec l\u2019appellation \u00ab\u00a0M\u00e9decin responsable du centre\u00a0\u00bb. Petite note, vraie au demeurant, mais qui modifiait profond\u00e9ment l\u2019identit\u00e9 m\u00eame des soins que le PARI originel dispensait. Avec cette note disparaissaient la coll\u00e9gialit\u00e9 et ce qu\u2019elle avait permis de construire avec nos partenaires. Tout devait d\u00e9sormais passer par la voie hi\u00e9rarchique. Le m\u00e9decin responsable n\u2019\u00e9tait plus un partenaire interne parmi d\u2019autres mais devenait celui qui pourrait autoriser ou pas tel ou tel type de prise en charge.<\/p>\n<p>Cette position, tr\u00e8s frontale, mettait ainsi en p\u00e9ril nombre de dispositifs que nous avions d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 destination des auteurs de violences sexuelles. Malgr\u00e9 les multiples r\u00e9unions d\u2019\u00e9quipe, les explications qui lui furent fournies, cette jeune femme, face \u00e0 la r\u00e9sistance des membres de l\u2019\u00e9quipe, se plaignit d\u2019\u00eatre mal accueillie, puis avec le temps d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0maltrait\u00e9e\u00a0\u00bb. Tant et si bien que le chef de p\u00f4le fit remonter sa plainte \u00e0 la direction hospitali\u00e8re et en l\u2019espace de trois mois, l\u2019ancien m\u00e9decin partant \u00e0 la retraite, qui avait propos\u00e9 de rester le temps de ses RTT pour aider \u00e0 la transition de sa jeune cons\u0153ur, fut pri\u00e9 d\u2019autorit\u00e9, par lettre du Directeur adjoint en charge des relations humaines, de ne plus venir au centre<sup>14<\/sup>. Les plaintes de cette jeune praticienne furent entendues jusqu\u2019\u00e0 la CME qui la re\u00e7ut et o\u00f9 elle se montra en larmes, toujours \u00e0 se dire qu\u2019elle \u00e9tait maltrait\u00e9e\u2026 dont acte. Cette jeune praticienne devenait une victime. Le chef de p\u00f4le n\u2019ayant de cesse de cautionner cette plainte qu\u2019il faisait remonter avec vigueur \u00e0 la Direction hospitali\u00e8re. Il fallait d\u00e8s lors faire cesser ce qui fut nomm\u00e9 une \u00ab\u00a0maltraitance\u00a0\u00bb, ce qu\u2019elle cautionna. L\u2019\u00e9tonnant de cette affaire est que la CME n\u2019auditionna que la seule praticienne et le chef de p\u00f4le et aucun des membres de notre \u00e9quipe. Se mit en jeu la logique victimaire\u00a0: la victime est \u00e9cout\u00e9e et les pr\u00e9sum\u00e9s agresseurs sont vilipend\u00e9s et ch\u00e2ti\u00e9s sans autre forme de proc\u00e8s.<\/p>\n<p>La sanction tomba le 7 janvier 2013. Ce matin-l\u00e0, \u00e0 7h30, sans aucune intimation pr\u00e9alable, les diff\u00e9rents praticiens du PARI se trouv\u00e8rent face \u00e0 une \u00e9quipe de serruriers du Centre Hospitalier qui changeait les serrures et, par courrier de la Direction, il leur \u00e9tait interdit de p\u00e9n\u00e9trer dans les locaux\u00a0; puis rapidement furent supprim\u00e9s leurs identifiants d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019intranet hospitalier. Ces personnels se trouv\u00e8rent alors d\u2019autorit\u00e9 r\u00e9partis dans divers espaces de soins intra et extra hospitaliers. Les patients pris en charge par cette structure, dont plus d\u2019une cinquantaine d\u2019auteurs de violences sexuelles sous main de justice, se trouv\u00e8rent devant une porte close. La seule pr\u00e9caution fut de placer sur la porte du centre une affichette manuscrite leur proposant de pouvoir prendre contact avec un CMP proche. Dans l\u2019ann\u00e9e qui suivit une partie de l\u2019\u00e9quipe fut \u00ab\u00a0pri\u00e9e\u00a0\u00bb de quitter la fonction publique (d\u00e9part n\u00e9goci\u00e9 avec indemnit\u00e9s financi\u00e8res &#8211; rarissime dans la fonction publique &#8211; contre l\u2019engagement de ne rien dire de ce qui c\u2019\u00e9tait pass\u00e9), une autre partie fut dispach\u00e9e dans des secteurs \u00e9loign\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi, en quelques mois, l\u2019\u00e9quipe du PARI \u00e9tait devenue maltraitante sans que personne ne vienne s\u2019interroger sur la v\u00e9racit\u00e9 des dires de cette jeune praticienne.<\/p>\n<p>Que s\u2019est-il pass\u00e9 pour que nous en arrivions \u00e0 ce qui peut-\u00eatre qualifi\u00e9 de drame institutionnel\u00a0? Qu\u2019est-ce qui peut ainsi aveugler toute une communaut\u00e9 m\u00e9dicale et conduire \u00e0 une forme de d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9 entrainant un tel passage \u00e0 l\u2019acte\u00a0?<\/p>\n<h2>Comprendre<sup>15<\/sup><\/h2>\n<p>Une fois la sid\u00e9ration pass\u00e9e, comme dans toutes les situations traumatiques, il faut bien tenter de comprendre. Les travaux de Ren\u00e9 Ka\u00ebs et de Jean-Pierre Pinel<sup>16<\/sup> furent pour nous d\u2019un grand apport. Ces deux auteurs, compl\u00e9mentairement, proposent une lecture groupale et transf\u00e9rentielle de certaines violences institutionnelles nomm\u00e9es des alliances psycho-pathiques dont la vis\u00e9e destructrice est agie. Pour Jean-Pierre Pinel, il s\u2019agit \u00ab d\u2019une coalition plus ou moins ouverte et consciente entre un \/ des actant(s) et un \/ des complice(s) muet(s) contre une victime qui subit l\u2019agir violent. [\u2026] L\u2019ensemble tient dans une interactivit\u00e9 o\u00f9 chacun est assign\u00e9 \u00e0 un fonctionnement boucl\u00e9<sup>17<\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans le cas qui nous occupe, au travers d\u2019une transposition institutionnelle de ce mod\u00e8le, nous sommes dans une figure proche de cette trame destructrice, en ce sens qu\u2019il y a eu un r\u00e9el passage \u00e0 l\u2019acte. Les actants principaux sont la jeune praticienne hospitali\u00e8re, celle qui se dit \u00ab\u00a0victime de maltraitance\u00a0\u00bb, et le directeur de l\u2019h\u00f4pital, celui qui ordonne l\u2019acte\u00a0; dans le r\u00f4le du t\u00e9moin muet, on trouve le chef de p\u00f4le, celui qui cautionne l\u2019un et l\u2019autre\u00a0; enfin, la place de la victime r\u00e9elle est occup\u00e9e par l\u2019\u00e9quipe du PARI originel. Mais pour qu\u2019une telle attaque puisse se d\u00e9rouler en dehors de tout \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9alit\u00e9 venant valider un danger imaginaire qui justifierait une fermeture d\u2019urgence, ce qui confine \u00e0 un d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9, il est n\u00e9cessaire qu\u2019il y ait des \u00e9l\u00e9ments qui viennent fausser la perception de ladite r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne ferai ici que citer les sept raisons que j\u2019ai pu identifier, et qui semblent fonctionner comme des sceaux, venant participer au passage \u00e0 l\u2019acte final\u00a0:<\/p>\n<p>1. L\u2019extra territorialit\u00e9 du PARI source d\u2019envie ayant aliment\u00e9 les rumeurs les plus folles comme celle voulant que nous fassions payer nos th\u00e9rapies\u00a0!<\/p>\n<p>2. Des dispositifs de soins psychanalytiques r\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 la SPP<sup>18<\/sup>.<\/p>\n<p>3. La rivalit\u00e9 ancienne entre le chef de p\u00f4le (d\u2019ob\u00e9dience lacanienne) et le praticien partant \u00e0 la retraite.<\/p>\n<p>4. La prise en charge des auteurs de violences sexuelles consid\u00e9r\u00e9s comme ne relevant pas des soins d\u2019une institution psychiatrique vou\u00e9e \u00e0 la psychose.<\/p>\n<p>5. Les questions portant sur la confidentialit\u00e9, en effet compte tenu de notre population sous main de justice nos dossiers comportaient le minimum de renseignements exigibles pour \u00e9viter une divulgation bien facile sur l\u2019intranet hospitalier. Ce qui nous fut \u00e2prement reproch\u00e9 par cette jeune praticienne.<\/p>\n<p>6. La question de la demande en psychoth\u00e9rapie, une ligne de fracture interne \u00e0 notre centre lui-m\u00eame. Entre nous \u00e9tait rest\u00e9e sensible la question de la demande de soins comme moteur du travail th\u00e9rapeutique \u00e0 venir. En prenant en charge des auteurs de violences sexuelles, sans demande personnelle, certains d\u2019entre nous disaient que nous n\u2019avions plus de fonctionnement psychanalytique mais retournions \u00e0 une pratique psychiatrique classique participant de surcro\u00eet d\u2019une r\u00e9gulation s\u00e9curitaire soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>7. Le septi\u00e8me sceau<sup>19<\/sup>\u00a0: le recrutement quasi impos\u00e9 du nouveau praticien qui se r\u00e9alisa en dehors de la coll\u00e9gialit\u00e9 qui, jusqu\u2019\u00e0 son recrutement, avait toujours pr\u00e9valu.<\/p>\n<p>Les diverses raisons que je viens d\u2019\u00e9num\u00e9rer permettent de comprendre que personne ne s\u2019enquit d\u2019entendre les membres de l\u2019\u00e9quipe du PARI. En quelques semaines, le PARI originel, espace de soins o\u00f9 \u00e9taient trait\u00e9s nombre d\u2019auteurs d\u2019agressions sexuelles, se retrouvait pr\u00e9cis\u00e9ment dans la fonction de l\u2019agresseur\u00a0! Personne ne remarqua le retournement de r\u00f4le qui \u00e9tait subi par cette \u00e9quipe. L\u2019objet \u00ab\u00a0PARI\u00a0\u00bb, plut\u00f4t bon et cela malgr\u00e9 les projections imaginaires dont j\u2019ai fait \u00e9tat jusqu\u2019au jour du d\u00e9part de son praticien responsable, devint en quelques semaines un objet agresseur d\u2019une jeune femme. La complicit\u00e9 du d\u00e9ni entre la direction, la jeune praticienne et le chef de p\u00f4le (lui-m\u00eame ancien pr\u00e9sident de la CME) battit son plein, prenant ainsi en otage l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 hospitali\u00e8re. Un tel retournement suppose que nul ne vit ce qui s\u2019agissait dans cette communaut\u00e9\u00a0: \u00e0 travers la complicit\u00e9 des d\u00e9nis, engageant l\u2019ouverture d\u2019une alliance inconsciente destructrice, s\u2019actait une forme de haine. S\u2019agit-il d\u2019une haine de la mentalisation qui repose sur l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un inconscient toujours \u00e0 entendre car jamais circonscriptible, confrontant toujours et encore l\u2019humain \u00e0 sa castration et qui nourrirait une forme de psychophobie<sup>20<\/sup>\u00a0? Ou plut\u00f4t une \u00ab\u00a0haine dans l\u2019inter-contre-transfert<sup>21<\/sup>\u00a0\u00bb institutionnel, ou plus certainement un peu des deux\u00a0?<\/p>\n<p>Si cette haine inanalys\u00e9e fut si redoutable, c\u2019est qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment la contenant venait \u00e0 manquer. En quittant son poste, le praticien prenant sa retraite n\u2019op\u00e9rait plus aucune contention de cette haine hospitali\u00e8re \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019abord psychanalytique du PARI, de sa constitution extraterritoriale et surtout de ces auteurs de violences sexuelles qu\u2019il prenait en charge. L\u2019ensemble du PARI fut alors assimil\u00e9 \u00e0 ces auteurs. D\u00e8s lors, il fallait les arr\u00eater de nuire. \u00ab\u00a0Les\u00a0\u00bb, ce sont les membres du PARI. En l\u2019\u00e9tat, la structure fut dissoute. Fin de partie.<\/p>\n<p>L\u2019exemple que je viens d\u2019\u00e9voquer montre comment se constituent certaines formes de violences institutionnelles et comment certaines institutions r\u00e9agissent \u00e0 la prise en charge des sujets violents qui, d\u2019une certaine fa\u00e7on, fonctionnent dans le m\u00eame registre, se d\u00e9lestant de leurs parts bless\u00e9es, de leurs insus non mentalis\u00e9s, dans des passages \u00e0 l\u2019acte. Comment la manipulation perverse d\u2019un effet de souffrance (celle de cette jeune praticienne per\u00e7ue comme une victime\u00a0!), ce qu\u2019en a fait le chef de p\u00f4le responsable du PARI, peut engendrer un aveuglement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 conduisant au d\u00e9cha\u00eenement de la haine destructrice.<\/p>\n<p>En effet, les derniers professionnels concern\u00e9s par la fermeture du PARI ont \u00e9t\u00e9 gravement humili\u00e9s dans leur int\u00e9grit\u00e9 et leur identit\u00e9 professionnelle, certes, mais aussi personnelle sans que nul ne s\u2019en inqui\u00e8te. Les dispositifs de soins aux auteurs de violences sexuelles d\u00e9velopp\u00e9s par le PARI ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s aux orties de l\u2019aveuglement, les savoir-faire qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s ont suivi le m\u00eame chemin. Et personne, malgr\u00e9 l\u2019ensemble des expertises qui ont \u00e9t\u00e9 diligent\u00e9es, n\u2019a pu dire \u00e0 ce jour quelles \u00ab\u00a0fautes graves\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 commises<sup>22<\/sup>. L\u2019aveuglement aujourd\u2019hui vaut pour v\u00e9rit\u00e9 et malheureusement pas qu\u2019en psychiatrie. C\u2019est, faut-il le pr\u00e9ciser, ce que les travaux entrepris par Claude Balier et, dans sa suite, par l\u2019\u00e9quipe m\u00eame du PARI originel, ont montr\u00e9 \u00eatre \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les familles o\u00f9 r\u00e8gnent des abus sexuels. Mais de cela, nul autre que les membres du PARI eux-m\u00eames, ne s\u2019en est aper\u00e7u.<\/p>\n<h2>Pour conclure\u00a0: la psychanalyse, nouveau territoire de la haine<\/h2>\n<p>Le PARI continua donc d\u2019exister sous la houlette de cette jeune praticienne avec la \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9diction\u00a0\u00bb de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale, du chef de p\u00f4le et de la direction hospitali\u00e8re. Toute l\u2019\u00e9quipe a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e, seul reste l\u2019acronyme PARI, masquant ainsi les violences qui furent faites \u00e0 ses anciens membres par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui valident le PARI d\u2019aujourd\u2019hui. Ainsi, aux yeux du champ social et des autorit\u00e9s de tutelle, rien ne s\u2019est pass\u00e9, mais ce qui semble pire, c\u2019est qu\u2019aux yeux de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale locale rien non plus ne s\u2019est vraiment pass\u00e9 puisqu\u2019\u00e0 ce jour rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait pour reconna\u00eetre les erreurs commises, les violences engendr\u00e9es par cette communaut\u00e9. Communaut\u00e9 m\u00e9dicale qui, faute de syst\u00e8me analyseur pertinent indiquant la d\u00e9faillance des contenants\/conteneurs psychiques, a laiss\u00e9 se d\u00e9ployer la violence administrative de la mise au pas\u00a0? Cette mise au pas \u00e9voqu\u00e9e par Mme Carlotti. Il s\u2019ensuit, dans le champ de la psychiatrie publique, une autodestruction de savoir-faire qu\u2019elle a contribu\u00e9 \u00e0 former. Ainsi, se termine cette terrible et triste histoire\u2026 o\u00f9 la vision de \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9al administratif\u00a0\u00bb, sensible \u00e0 tous les lobbies et \u00e0 toutes les rumeurs, vient supplanter la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une clinique, f\u00fbt-elle appuy\u00e9e par des r\u00e9sultats valid\u00e9s par tous.<\/p>\n<p>Dans cette violence dont j\u2019ai fait le r\u00e9cit, il semble que l\u2019insupportable ne soit pas que le PARI, ou plut\u00f4t qu\u2019un PARI existe, non l\u2019insupportable est que ce PARI ait pu vivre de mani\u00e8re autonome, car vivre c\u2019est penser et r\u00e9sister (E. Enriquez, p. 916). Or, face aux nouvelles formes de gouvernance, tant des structures que des humains, la psychanalyse est r\u00e9sistance car elle est anim\u00e9e par une \u00e9thique de la finitude qui d\u00e9signe l\u2019illimit\u00e9 comme une utopie et ainsi d\u00e9finit l\u2019humain comme limit\u00e9. En effet, son \u00e9thique permet, \u00e0 ceux qui l\u2019exercent, de r\u00e9sister aux volont\u00e9s h\u00e9g\u00e9moniques, omnipotentes de la d\u00e9liaison, sous couvert du masque de la meilleure gestion dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du malade, cette nouvelle bienpensance qui, pour exister, doit honnir toute subjectivit\u00e9. Une telle \u00e9thique suppose de faire le deuil de ce que l\u2019on peut nommer \u00ab\u00a0le meilleur pour l\u2019humain\u00a0\u00bb, d\u2019un humain qui ne pourra jamais faire pi\u00e8ce \u00e0 sa pulsionnalit\u00e9 dont nous savons qu\u2019elle est \u00e0 la fois de vie, mais aussi de mort. Ce meilleur-l\u00e0 n\u2019existe pas car il n\u2019y a de meilleur que d\u2019humain. En revanche, cette r\u00e9sistance, fondatrice de son \u00e9thique, d\u00e9signe de plus en plus, et malheureusement pas qu\u2019en psychiatrie, la psychanalyse comme un objet de haine.<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<ol>\n<li>Mme Marie-Arlette Carlotti, Ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e charg\u00e9e des personnes handicap\u00e9es de l\u2019\u00e9poque, d\u00e9clarait \u00e0 propos du troisi\u00e8me plan autisme 2013-2017 (dernier en date) \u00ab\u00a0que les choses soient claires\u00a0: n\u2019auront les moyens pour agir que les \u00e9tablissements qui travailleront dans le sens o\u00f9 nous leur demanderons de travailler\u00a0\u00bb (Carlotti M.-A. (2013)\u00a0: Entretien exclusif, journal <em>Le Parisien<\/em>, 2 mai 2013). C\u2019\u00e9tait en 2013. Trois ans plus tard, le 8 d\u00e9cembre 2016, le d\u00e9put\u00e9 <em>Les R\u00e9publicains<\/em>, Daniel Fasquelle, appuy\u00e9 par 93 autres tente de faire condamner l\u2019exercice de la psychanalyse aupr\u00e8s des patients autistes. Pour cette fois, et heureusement, cette proposition de loi ne vit pas le jour. Mais qu\u2019en sera t-il demain\u00a0?<\/li>\n<li>HPST\u00a0: H\u00f4pital, Sant\u00e9, Patients, Territoire, dite aussi \u201cLoi Bachelot\u201d, du 21\/07\/2009.<\/li>\n<li>Enriquez E. (2006), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Gougoulis N. (2006), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Donnet J.-L. (2006)\u00a0: in Gougoulis N., <em>op. cit.<\/em> F1985.<\/li>\n<li>Ces questions furent initi\u00e9es par la publication, en 1973, de l\u2019ouvrage princeps de Paul-Claude Racamier\u00a0: <em>Le psychanalyste sans divan<\/em>. (Paris, \u00e9d. Payot, 435 p.). Je renvoie aussi \u00e0 toutes les interrogations qui animaient les groupes analytiques \u00e0 l\u2019\u00e9poque, dont la SPP, <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Ce fut d\u2019abord le service du Dr Robert Millon qui en assuma la responsabilit\u00e9.<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Organisation psychique des familles de diab\u00e9tiques insulino-d\u00e9pendants jeunes et impact des \u00e9v\u00e8nements de vie\u00a0\u00bb, Contrat INSERM N\u00b0 90CN74.<\/li>\n<li>Je renvoie le lecteur au rapport de recherche qui a servi de base \u00e0 certains attendus de la Loi\u00a0: Balier C., Ciavaldini A., Girard-Khayat M. (1996), <em>cf. biblio.<\/em> Voir aussi Ciavaldini A. (1999), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Fondateur du CRIAVS Rh\u00f4ne-Alpes et premier directeur de programme : Andr\u00e9 Ciavaldini, jusqu\u2019en 2011. Actuellement il existe un CRIAVS par r\u00e9gion fran\u00e7aise.<\/li>\n<li>Questionnaire d\u2019Investigations Cliniques Pour les Auteurs d\u2019Agressions Sexuelles. Voir pour plus de d\u00e9tails : Mormont C., Giovannangeli D., Cornet J.-P. (2003), <em>cf. biblio<\/em>.Michel L., Brahmy B. (2005), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Ciavaldini A. (2012), <em>cf. biblio<\/em>. [13] Blanc E. (2012), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Courrier interne de la DRH du 15 novembre 2012.<\/li>\n<li>Pour une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e de ces faits, je renvoi \u00e0 mon article de 2014 dont la suite est en grande partie une reprise : Ciavaldini A. (2014), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Particuli\u00e8rement : Ka\u00ebs, R. (2009), <em>cf. biblio<\/em> et Pinel, J.-P. (2001), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Pinel J.-P., <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>SPP : Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris. Premier organisme professionnel de r\u00e9f\u00e9rence psychanalytique fond\u00e9 en 1926 et regroupant actuellement plus de huit cents psychanalystes en France. Soci\u00e9t\u00e9 constituante de l\u2019<em>International Psychoanalytic Association<\/em>, fond\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de S. Freud en 1910.<\/li>\n<li><em>Le septi\u00e8me sceau<\/em>, film d\u2019Ingmar Bergman datant de 1957. <em>Le septi\u00e8me sceau<\/em> est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>Apocalypse<\/em>, dans le film c\u2019est la rencontre de la mort. Cependant, dans l\u2019ex\u00e9g\u00e8se du texte de Jean, le septi\u00e8me sceau est l\u2019ouverture d\u2019une temporalit\u00e9 faite de nombreuses souffrances \u00e0 venir mais \u00e0 son terme c\u2019est la r\u00e9demption qui sera trouv\u00e9e par la venue du Christ. Ce septi\u00e8me sceau est \u00e0 la fois un signe double\u00a0: celui de la col\u00e8re de Dieu et de sa Mis\u00e9ricorde. Pour la situation qui nous occupe ici, ce septi\u00e8me sceau n\u2019est le signe que de la fin, le glas de notre histoire. Il n\u2019y a pas de r\u00e9demption \u00e0 attendre pour les pratiques analytiques dans la nouvelle gouvernance hospitali\u00e8re.<\/li>\n<li>Cohen S. (2014), <em>cf. biblio<\/em>.<\/li>\n<li>Ce terme reprend la th\u00e9orisation de D. W. Winnicott sur la haine dans le contre-transfert et l\u2019applique \u00e0 l\u2019institution o\u00f9 les diverses parties d\u2019une institution (services, p\u00f4les hospitaliers) sont des partenaires du soin, donc se situent, par rapport aux patients qu\u2019ils prennent en charge, dans un inter-transfert. Pour \u00eatre plus juste, il faudrait dire un inter-contre-transfert. <em>Cf.<\/em> Winnicott (1947).<\/li>\n<li>Pour information, voici le texte int\u00e9gral de l\u2019encart publi\u00e9 dans la <em>Lettre<\/em> n\u00b01 de d\u00e9cembre 2013 <em>de la section CFDT du centre hospitalier de r\u00e9f\u00e9rence<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0PARI, un an apr\u00e8s\u00a0! Quel \u00e9norme g\u00e2chis\u00a0! Une \u00e9quipe explos\u00e9e, d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e et d\u00e9plac\u00e9e avec une violence inacceptable. Des personnels \u00e0 la valeur professionnelle reconnue mais affubl\u00e9s d\u2019une moralit\u00e9 douteuse sur fond de rumeurs infond\u00e9es et mensong\u00e8res. Quatre salari\u00e9s \u00e9clat\u00e9s au sein du PGSI au bon gr\u00e9 du chef de p\u00f4le n\u2019ont jamais pu \u00eatre re\u00e7us individuellement par le Directeur, malgr\u00e9 leur demande. Un constat plus qu\u2019amer apr\u00e8s de longs mois d\u2019incompr\u00e9hension et de refus de dialoguer\u00a0:1) Un d\u00e9part n\u00e9goci\u00e9 avec indemnit\u00e9s financi\u00e8res au motif de \u00ab\u00a0D\u00e9part dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du service\u00a0\u00bb. Ceci m\u00e9riterait une franche explication. 2) Une d\u00e9mission au 31 d\u00e9cembre 2013 avec une lettre qui en dit long sur les modes de management. 3) Un d\u00e9part \u00e0 la retraite pr\u00e9cipit\u00e9 et presque forc\u00e9. 4) Une ins\u00e9curit\u00e9 pendant plusieurs mois quant \u00e0 la continuit\u00e9 du lieu d\u2019exercice pour des psychologues qui ont besoin de programmer leurs suivis th\u00e9rapeutiques, pour pr\u00e9server psychiquement les patients dont ils s\u2019occupent. La maltraitance dans la gestion de l\u2019\u00e9quipe du PARI nous montre tout le chemin qu\u2019il reste \u00e0 parcourir pour d\u00e9bloquer avec intelligence des conflits qui ne prennent initialement leur source que dans la complexit\u00e9 des rapports humains.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p>Balier C., Ciavaldini A., Girard-Khayat M. (1996) : <em>Rapport de recherche sur les agresseurs sexuels<\/em>. Direction G\u00e9n\u00e9rale de la Sant\u00e9, 264 p.<\/p>\n<p>Blanc E. (2012) : <em>Rapport d\u2019informations sur le suivi des auteurs d\u2019infractions \u00e0 caract\u00e8re sexuel, <\/em>Commissions des lois constitutionnelles, de la l\u00e9gislation et de l\u2019administration de la r\u00e9publique, Assembl\u00e9e nationale, f\u00e9vrier 2012, 170 p.<\/p>\n<p>CFDT (2013) : <em>Lettre <\/em>n\u00b01, 12\/2013, section CFDT du Centre Hospitalier Alpes-Is\u00e8re.<\/p>\n<p>Ciavaldini A. (1990) : \u00ab Organisation psychique des familles de diab\u00e9tiques insulino-d\u00e9pendants jeunes et impact des \u00e9v\u00e8nements de vie \u00bb, <em>Contrat INSERM <\/em>n\u00b0 90CN74.<\/p>\n<p>Ciavaldini A. (1994) ; \u00ab Psychanalyse et syst\u00e8me de soins publics : une transition, le P.A.R.I. \u00bb, in <em>Synapse<\/em>, n\u00b0 110, p. 56-62.<\/p>\n<p>Ciavaldini A. (1999) : <em>Psychopathologie des agresseurs sexuels<\/em>, Masson, 1999, nouvelle \u00e9d. revue 2001.<\/p>\n<p>Ciavaldini A. (2012) : <em>Prise en charge des d\u00e9linquants sexuels<\/em>, Bruxelles, \u00e9d. yapaka, col. Temps d\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>Ciavaldini A. (2014) : \u00ab L\u2019incroyable (et triste) histoire du PARI. R\u00e9flexions d\u2019aujourd\u2019hui sur la perversion et la violence institutionnelle \u00bb, <em>Revue de psychoth\u00e9rapie psychanalytique de groupe<\/em>, 2014\/2, n\u00b0 63, p. 161-178.<\/p>\n<p>Ciavaldini A., Cohen S. (1988) : \u00ab Un P.A.R.I. th\u00e9rapeutique : la cr\u00e9ation d\u2019un espace psychoth\u00e9rapique interm\u00e9diaire \u00bb, in <em>Synapse<\/em>, n\u00b0 48, p. 65-73.<\/p>\n<p>Cohen S. (2014) : \u00ab La phobie de la peste \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 2014\/3, vol. 78, p. 806-819.<\/p>\n<p>Enriquez E. (2006) : \u00ab L\u2019institution de la \u201cvie mutil\u00e9e\u201d \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, tome LXX, n\u00b04, p. 899-917.<\/p>\n<p>Gougoulis N. (2006) : \u00ab Entretien avec Jean-Luc Donnet : \u201cLe Centre Jean-Favreau\u201d \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, vol. LXX, n\u00b04, p.1015-1041.<\/p>\n<p>Ka\u00ebs R. (2009) : <em>Les alliances inconscientes<\/em>, Dunod.<\/p>\n<p>Michel L., Brahmy B. (2005) : <em>Guide de la pratique psychiatrique en milieu p\u00e9nitentiaire<\/em>, \u00e9d. Heures de France.<\/p>\n<p>Mormont C., Giovannangeli D., Cornet J.-P. (2003) : <em>Les d\u00e9linquants sexuels : Th\u00e9ories, \u00e9valuations et traitements<\/em>, Bruxelles, \u00e9d. Frison-Roche.<\/p>\n<p>Pham T. H. (2006) : <em>L\u2019\u00e9valuation diagnostique des agresseurs sexuels<\/em>, Bruxelles, \u00e9d. Mardaga.<\/p>\n<p>Pinel, J.-P. (2001) : \u00ab Enseigner et \u00e9duquer en institution sp\u00e9cialis\u00e9e : approche clinique des liens d\u2019\u00e9quipe \u00bb, <em>Connexion<\/em>, n\u00b0 75, p. 141-152.<\/p>\n<p>Racamier P.-C. (1973) : <em>Le psychanalyste sans divan<\/em>, Paris, Payot, 435 p.<\/p>\n<h2>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/h2>\n<p>1982, vol. 46, n\u00b0 5 \u00ab La psychanalyse : technique ou pratique ?<\/p>\n<p>1984, vol. 48, n\u00b0 6, \u00ab Variations du cadre \u00bb<\/p>\n<p>1985, vol. 49, n\u00b0 2, \u00ab Th\u00e9orie et pratique de la psychanalyse : r\u00e9flexions actuelles. \u00bb<\/p>\n<p>1991, vol. 55, n\u00b02, \u00ab\u00a0Psychanalyse et id\u00e9al th\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb\u00a0; 1991, vol. 55, n\u00b03, \u00ab\u00a0Psychoth\u00e9rapie et id\u00e9al psychanalytique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Winnicott D. W. (1947) : \u00ab La haine dans le contre-transfert \u00bb, in <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1969, p.48-58.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10706?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La psychanalyse ne peut prosp\u00e9rer que l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne la libert\u00e9 de penser\u00a0\u00bb Anna Freud (Lettre \u00e0 August Aichorn, 22 f\u00e9vrier 1946) Introduction Les nouvelles cultures d\u2019entreprise export\u00e9es dans les syst\u00e8mes de soins, via le d\u00e9veloppement de logiques administratives \u00e9valuatives&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1214],"thematique":[278,217,418],"auteur":[1584],"dossier":[589],"mode":[60],"revue":[550],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10706","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-psychanalyse","thematique-institution","thematique-psychotherapie","thematique-transfert","auteur-andre-ciavaldini","dossier-la-consultation-psychanalytique-en-institution-2-3-quels-transferts","mode-payant","revue-550","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10706","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10706"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10706\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14310,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10706\/revisions\/14310"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10706"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10706"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10706"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10706"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10706"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10706"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10706"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10706"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10706"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}