{"id":10703,"date":"2021-08-22T07:32:34","date_gmt":"2021-08-22T05:32:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-bobine-de-louis-ferdinand-celine-ou-le-negatif-peut-il-faire-trait-dunion-2\/"},"modified":"2021-09-18T13:10:49","modified_gmt":"2021-09-18T11:10:49","slug":"la-bobine-de-louis-ferdinand-celine-ou-le-negatif-peut-il-faire-trait-dunion","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-bobine-de-louis-ferdinand-celine-ou-le-negatif-peut-il-faire-trait-dunion\/","title":{"rendered":"La bobine de Louis-Ferdinand C\u00e9line ou : le n\u00e9gatif peut-il faire trait d\u2019union ?"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>\u00ab&nbsp;Il faut de tout pour faire un monde, et plus que tout dans le m\u00eame \u00eatre&#8230; \u00e0 comprendre, vous avez bonne mine&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><footer><em>Nord<\/em>, p. 221<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour commencer, consid\u00e9rons la chose sous l\u2019angle du lieu commun&nbsp;: C\u00e9line, c\u2019est d\u2019abord une \u00e9nigme paraissant r\u00e9pondre de forces qui toujours se d\u00e9doublent sans r\u00e9solution mutuelle. La logique du clivage est incessamment sollicit\u00e9e, par exemple le bon \u00e9crivain avant les pamphlets, le salaud haineux et ratiocineur par la suite mais, comme diraient les publicitaires, C\u00e9line est une valeur clivante depuis ses d\u00e9buts. D\u00e8s la parution en 1932 de <em>Voyage au Bout de la Nuit<\/em>, l\u2019\u00e9crivain aura divis\u00e9 remarquablement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des lignes de clivage&nbsp;; plus que cliver, C\u00e9line fragmente d\u2019embl\u00e9e les rep\u00e8res les plus habituels. C\u2019est dire que l\u2019\u0153uvre pose inauguralement autant que constitutivement un probl\u00e8me d\u2019int\u00e9gration, ce que nous allons suivre ici, consid\u00e9rant qu\u2019elle nous entretient de \u00e7a, de ce souci d\u2019int\u00e9gration qui nous incombe \u00e0 tous, le trait d\u2019union par exemple qu\u2019on peut mettre dans le mot psycho-somatique (sur ce trait&nbsp;: b\u00e2ton cass\u00e9 d\u2019avance aura-t-il pr\u00e9cis\u00e9, mais quand&nbsp;?). C\u00e9line ce serait comment le n\u00e9gatif, entendez l\u00e0 la haine, le r\u00e9dhibitoire, tout ce qui \u00e9carte jusqu\u2019\u00e0 la mutilation, comment ce n\u00e9gatif peut faire trait d\u2019union, ou pas. Et ce sera l\u2019int\u00e9r\u00eat, il faut le dire, des outrances de l\u2019auteur que de nous amener sur l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 tenter de r\u00e9pondre \u00e0 travers cette autre interrogation&nbsp;: qu\u2019est-ce que \u00e7a fait l\u2019\u00e9criture \u00e0 C\u00e9line&nbsp;? Comment l\u2019homme se tient \u00e0 travers la litt\u00e9rature, ceci autant que comment le lecteur peut tenir, ou pas, l\u2019\u00e9criture de Louis-Ferdinand C\u00e9line&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re \u00e9vidente (trop&nbsp;?), ce souci d\u2019int\u00e9gration renvoie \u00e0 l\u2019objet maternel et, sur cette lign\u00e9e, quelques singularit\u00e9s interpellent imm\u00e9diatement, ne serait-ce que ce choix du pseudonyme qui recouvre le r\u00e9cit d\u00e8s la page de garde&nbsp;: C\u00e9line, pr\u00e9nom de sa grand-m\u00e8re maternelle, un choix rare pour un homme, jusque-l\u00e0 d\u2019\u00e9tat civil Louis Ferdinand Auguste Destouches (sans trait d\u2019union). Il y a aussi la r\u00e9currence des femmes enceintes dans les romans, dont l\u2019accouchement est invariablement probl\u00e9matique, ou abruptement dissimul\u00e9 au lecteur; le fait que C\u00e9line soit m\u00e9decin et que, surtout, il ait consacr\u00e9 sa th\u00e8se \u00e0 Semmelweis. Il semble se d\u00e9signer ainsi, dans le moteur de l\u2019\u00e9criture, un axe tournant autour du f\u00e9minin, peut-\u00eatre plut\u00f4t autour du maternel, un maternel souvent grave, gravide, en voie pour une d\u00e9livrance irr\u00e9sistiblement ambigu\u00eb.<\/p>\n\n\n\n<p>Suivre tout ce qui infiltre et soutient l\u2019architecture c\u00e9linienne s\u2019av\u00e9rant t\u00e2che impossible, nous nous permettons une citation, ce pastiche dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit&nbsp;:<\/em> \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai eu souvent extr\u00eamement soif pr\u00e8s de la fontaine. Ma m\u00e8re s\u2019en est je crois aper\u00e7ue, elle m\u2019a donn\u00e9 encore deux francs.&nbsp;\u00bb<\/em><sup>1<\/sup>, ou comment la com\u00e9die infiltre le style, une intertextualit\u00e9 constante aussi, ici la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Villon, un mat\u00e9riel d\u00e9cal\u00e9 dans la forme qui parle pr\u00e9cis\u00e9ment du d\u00e9calage, de l\u2019inad\u00e9quation entre la m\u00e8re et les besoins de l\u2019enfant. Et, juste pour laisser entrevoir combien l\u2019architecture c\u00e9linienne est immense, cette reprise, couture dans le r\u00e9cit, \u00e0 la toute fin l\u2019oncle maternel qui chante&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Y a de la goutte \u00e0 boire&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette complexit\u00e9, Alexandre Vialatte \u00e9voque \u00ab&nbsp;<em>des cath\u00e9drales de vomissures qui se mirent dans des lacs de purin&nbsp;\u00bb<\/em><sup>2<\/sup>, toutefois, repliant le primat de l\u2019oralit\u00e9 pr\u00f4n\u00e9e par l\u2019auteur sur le manifeste de l\u2019analit\u00e9 d\u00e9bordante, Vialatte ne voit-il pas un peu juste&nbsp;? Surtout, musclant notre capacit\u00e9 \u00e0 lire, ce \u00e0 quoi nous invite C\u00e9line, on d\u00e9couvre qu\u2019il se trouve toujours quelques trou\u00e9es, quelques \u00e9toiles dans la nuit&nbsp;: le voyage n\u2019est pas fondamentalement aussi noir, ni si merdique, qu\u2019il se laisse appara\u00eetre. Pour ces clart\u00e9s, possiblement refus\u00e9es, l\u2019auteur utilise r\u00e9guli\u00e8rement des \u00eatres, m\u00e8re, grand-m\u00e8re ou oncle, diverses choses mais toujours de qualit\u00e9s maternelles \u00e9videntes et, de mani\u00e8re constante dans les romans, le texte se cl\u00f4t d\u2019ailleurs sur une telle figure, un lien non plus avec la violence ou le nihilisme, avec une sexualit\u00e9 crue et d\u00e9bordante, un lien contrepoint avec une possibilit\u00e9 de tendresse. Comme, par exemple, lorsque Lili la compagne danseuse, en terminaison de <em>F\u00e9\u00e9rie pour une autre fois<\/em>, lui demande enfin&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>mon petit\u2026 o\u00f9 as-tu mal&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa ma\u00eetrise est d\u00e9crite par C\u00e9line comme une habilit\u00e9 \u00e0 coudre des dentelles, \u00e9vocation nostalgique suivant le d\u00e9c\u00e8s de la m\u00e8re en 1945 qui rappelle que celle-ci \u00e9tait couturi\u00e8re, sp\u00e9cialiste aussi des dentelles. Le v\u0153u d\u2019emprise sur son art contient logiquement l\u2019emprise sur un objet absent, la m\u00e8re apr\u00e8s les pamphlets, le lecteur toujours. Dans son roman le moins fin, le premier, ce fil du rou\u00e9 C\u00e9line est pr\u00e9figur\u00e9 par l\u2019image d\u2019une corde, du bon bout pour tenir l\u2019autre, en particulier lorsque Bardamu fascine Lola par la description du cancer du foie de sa m\u00e8re \u00e0 elle. Justement, le foie est l\u2019organe qui se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re&nbsp;: on en coupe un bout, \u00e7a repousse et, par-l\u00e0, Prom\u00e9th\u00e9e se trouve \u00e9ternellement encha\u00een\u00e9. Dans sa d\u00e9m\u00e9taphorisation, le ravalement du sentiment au niveau du plus organique, le narrateur c\u00e9linien ne semble cesser d\u2019\u00e9voquer un espoir qui reste en lui, en fait une foi, l\u2019attente quoiqu\u2019il en dise d\u2019une tendresse qui pourrait bien exister, du moins son attente du tendre, et qu\u2019il vaudrait mieux s\u2019en moquer plut\u00f4t qu\u2019en subir, en l\u2019absence de r\u00e9ponse suffisamment accord\u00e9e, les coup de becs malignement mortif\u00e8res. Plus merdification que merde au fond, un espoir, une tendresse d\u00e9\u00e7us.<\/p>\n\n\n\n<p>La gerbe fantastique dont parle Vialatte appara\u00eet d\u2019ailleurs bien comme un proc\u00e9d\u00e9, C\u00e9line le confiant dans sa correspondance&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Et puis savoir ce que demande le lecteur [\u2026] Je choisis la direction ad\u00e9quate, le sens indiqu\u00e9 par la fl\u00e8che, obstin\u00e9ment. J\u2019embrasse ma maman et mets du caca partout si cela amuse le public<\/em>.\u00bb<sup>3<\/sup>. Cette fl\u00e8che nous \u00e9voque le pictogramme d\u00e9crit par Piera Aulagnier, le premier sch\u00e9ma relationnel de la rencontre sensorielle avec l\u2019objet, l\u2019\u00ab&nbsp;objet-zone compl\u00e9mentaire&nbsp;\u00bb qui aurait pu \u00eatre crevasse, ou sembler ainsi sec.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si l\u2019origine para\u00eet clairement pos\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain (premiers mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00e7a a d\u00e9but\u00e9 comme \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb), un myst\u00e8re semble surtout totalement referm\u00e9 sur lui-m\u00eame&nbsp;: myst\u00e8re de l\u2019origine comme du but, on ne saura jamais ce qui est cause de l\u2019engagement de Bardamu. C\u00e9line rejoint Kafka dans cette capacit\u00e9 \u00e0 amplifier l\u2019histoire \u00e0 travers la mise en sc\u00e8ne des effets persistants d\u2019un myst\u00e8re lui \u00e9chappant inexorablement, une intrigue pr\u00e9alable dont on ignorerait tout, sauf qu\u2019on se dirait qu\u2019elle est non r\u00e9solue et qu\u2019elle continue \u00e0 \u00e9branler le sujet, et son lien au tendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours un myst\u00e8re, on tourne autour, comme l\u2019esp\u00e8ce d\u2019antih\u00e9ros c\u00e9linien, et on d\u00e9crit des cercles, qui ne sont pas les cercles des enfers, ou pas seulement, qui sont plut\u00f4t les strates de l\u2019histoire, et pas seulement l\u2019histoire de Ferdinand\u2026 on circule dans les strates de la litt\u00e9rature&nbsp;: d\u2019une intertextualit\u00e9 puissante et incessante, on croise les classiques grecs et latins, Shakespeare, Dante et Rabelais, Villon, Montaigne bien s\u00fbr, plein\u2026 jusqu\u2019\u00e0 des contemporains, Proust le premier, et m\u00eame Freud. Ce serait l\u00e0 comme l\u2019expression d\u2019un souci historique de C\u00e9line qui nous donne l\u2019impression d\u2019avoir substitu\u00e9 aux \u00e9nigmes g\u00e9n\u00e9alogiques l\u2019ensemble de l\u2019histoire litt\u00e9raire (probablement des lectures auto-calmantes dans l\u2019enfance).<\/p>\n\n\n\n<p>A la question&nbsp;: comment vous \u00e9crivez&nbsp;? C\u00e9line aura r\u00e9pondu le plus souvent \u00ab&nbsp;c\u2019est mon secret&nbsp;\u00bb. Peut-\u00eatre il faudrait penser que secret il y a, et pour C\u00e9line lui-m\u00eame, et que son intranquillit\u00e9, it\u00e9rativement belliqueuse, autant que sa volont\u00e9 d\u2019empoigner l\u2019histoire, seraient l\u2019effet d\u2019un myst\u00e8re qu\u2019il sentirait peser, intimement, sans en avoir lui-m\u00eame la r\u00e9solution. A ce point, \u00e9voquer un peu la biographie de l\u2019\u00e9crivain permet surtout de constater qu\u2019elle suscite plus de questions qu\u2019elle n\u2019apporte de solutions. La premi\u00e8re interrogation (par exemple celle des pamphlets) c\u2019est&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais comment a-t-il pu faire&nbsp;?&nbsp;\u00bb, c\u2019est m\u00eame la question qui se r\u00e9p\u00e8te, qui se d\u00e9cline tout du long, comme si l\u2019\u0153uvre \u00e9crite avait pris pour charge de faire chronique du myst\u00e8re. Comment a-t-il pu&nbsp;? tenir en lui-m\u00eame le bon, le mauvais\u2026 mais avant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Comment a-t-il pu, lui fils de petits boutiquiers, sans \u00e9ducation litt\u00e9raire officielle, devenir cet \u00e9crivain aussi large&nbsp;? Avant \u00e7a&nbsp;: comment a-t-il pu, lui qui avait plut\u00f4t peur des chevaux, s\u2019engager volontairement \u00e0 18 ans tout juste au r\u00e9giment de cavalerie. En 1912, \u00e7a va donc le tenir, douloureusement, jusqu\u2019\u00e0 la guerre. Comment a-t-il pu vivre l\u2019exp\u00e9rience militaire et, surtout, se porter volontaire pour une mission extr\u00eamement p\u00e9rilleuse, dans le contexte des premiers combats, une mission qui se termine par sa blessure au bras droit et une commotion c\u00e9r\u00e9brale due au souffle de l\u2019explosion d\u2019obus.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment a-t-il pu noircir tant de pages avec ses s\u00e9quelles&nbsp;? La douleur r\u00e9activ\u00e9e du nerf de la guerre, son n\u00e9vrome (il est invalide \u00e0 75%), auquel il faut associer les vertiges plus ou moins li\u00e9s \u00e0 la commotion, les acc\u00e8s de fi\u00e8vre aussi plus ou moins li\u00e9s \u00e0 un paludisme. Il faudra bien s\u00fbr parler de la transe de l\u2019\u00e9criture chez C\u00e9line, quelque chose qui participerait de ces douleurs, les reprendrait, les raccommoderait.<\/p>\n\n\n\n<p>Semblant vouloir initialement \u00e9pouser la carri\u00e8re de commer\u00e7ant pens\u00e9e pour lui par ses parents, comment a-t-il pu se lancer dans une carri\u00e8re des plus aventureuses, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inscription en m\u00e9decine apr\u00e8s avoir pass\u00e9 son bac, une d\u00e9termination qui va lui permettre surtout de continuer \u00e0 voyager alors qu\u2019il aurait pu s\u2019encotonner, \u00e0 nouveau, dans un confort bourgeois. Comment a-t-il pu s\u00e9duire d\u2019ailleurs, si vite et si bien, le directeur de la facult\u00e9 de m\u00e9decine, sa famille enti\u00e8re, en \u00e9pousant la fille au passage&nbsp;? Il y a chez C\u00e9line, celui qu\u2019on conna\u00eetra plus tard r\u00e9volt\u00e9 et abject, il y a du moins chez le jeune Destouches des capacit\u00e9s adaptatives absolument \u00e9tonnantes, un conformisme m\u00eame dans sa jeunesse, une enfance r\u00e9guli\u00e8rement sentencieuse telle qu\u2019elle appara\u00eet dans ses premi\u00e8res lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien plus tard\u2026 comment a-t-il pu manquer le Goncourt&nbsp;? Il \u00e9tait all\u00e9 devant chez Drouant avec dans la poche le hochet de son enfance, qu\u2019il aurait jet\u00e9 par terre \u00e0 l\u2019annonce du r\u00e9sultat. Un doudou en dur\u2026 le dur d\u00e9sir de durer dans le regard de l\u2019autre&nbsp;? La rage semble cons\u00e9quence d\u2019une qu\u00eate de reconnaissance \u00e9chou\u00e9e, d\u2019un regard toujours insuffisant parce que pas accord\u00e9 \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019attente&nbsp;; hochet jet\u00e9 et bris\u00e9 ne pouvant dans cette frustration faire jeu de bobine, partir-revenir en tamisage des angoisses abandonniques. Enfin la question n\u2019est pas de manquer le Goncourt, c\u2019est plut\u00f4t comment a-t-il pu, d\u2019embl\u00e9e, avec son premier roman, faire une telle bombe&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de retomber sur la question des pamphlets, nous rel\u00e8verons, effectuant un retour sur la bombe, l\u2019embrasement, qu\u2019un de ces \u00ab&nbsp;comment a-t-il pu&nbsp;?&nbsp;\u00bb n\u2019est pas singulier \u00e0 C\u00e9line&nbsp;: c\u2019est la question que pose la fameuse fleur au fusil, l\u2019\u00e9rotisation dans la violence fondamentale, dans le meurtre et le suicide certainement. En 1914, C\u00e9line s\u2019est donc port\u00e9 volontaire, en cette plaine du nord totalement d\u00e9gag\u00e9e, sous la mitraille allemande, il part seul, porteur entre deux unit\u00e9s mobiles d\u2019un ordre de liaison. Logiquement, \u00e7a ne pardonne pas, donc blessure, mutilation. Le futur \u00e9crivain a-t-il fait une TS&nbsp;? Tentative de Suicide, ou Tentative de Sortie&nbsp;? nous penserions aux deux, <em>en m\u00eame temps<\/em>. L\u2019homme se tue d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la t\u00e2che, celle de son propre conformisme qui rejoint l\u2019ordre social de cette \u00e9poque&nbsp;; il \u00e9chouerait dans son suicide, mais s\u2019en d\u00e9gageraient des strat\u00e9gies adaptatives qui le mutilaient. D\u00e8s lors, ce seront les aventures effectivement&nbsp;: Destouches en roue libre, surtout devenant davantage lui-m\u00eame, se raccordant par exemple dans ses aventures scientifiques \u00e0 l\u2019\u00e9pist\u00e9mophilie infantile, la m\u00e9decine puis, ce sera contigu, la litt\u00e9rature qui fait Destouches devenir C\u00e9line.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me phrase du <em>Voyage<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Moi j\u2019avais jamais rien dit. Rien<\/em>.&nbsp;\u00bb, jusque-l\u00e0 Destouches n\u2019avait rien dit (enfance sans histoire), maintenant il ne cessera de parler, enfin d\u2019\u00e9crire. Derniers mots du <em>Voyage<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019on en parle plus<\/em>&nbsp;\u00bb, toute l\u2019\u0153uvre est dans cet intervalle, l\u2019\u0153uvre semble intervalle m\u00eame, comme trois points de suspension tenant l\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019impossibilit\u00e9 de se taire, le C\u00e9line pr\u00e9tendu chroniqueur, C\u00e9line toujours vivant, et la tentation du silence &#8211; en passant, trouver une issue entre l\u2019impossibilit\u00e9 de se taire et l\u2019envie du silence, on sait que c\u2019est la probl\u00e9matique d\u2019un enfant traumatis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9line pratiquera une moquerie constante vis-\u00e0-vis du faux-self litt\u00e9raire, les \u00e9crivains qu\u2019il qualifie de \u00ab&nbsp;<em>\u00e0lamani\u00e8rede&nbsp;\u00bb<\/em>. Il se pose expert, comme s\u2019il en connaissait bien quelque chose de ce faux&nbsp;: oui, la dimension chromo qu\u2019il accuse rejoint le conformisme qu\u2019il a pu un temps adopter dans sa famille. Et, dans les pamphlets les plus antis\u00e9mites, on note une flagrante rechute, un vrai style \u00ab&nbsp;<em>\u00e0lamani\u00e8rede&nbsp;\u00bb<\/em> puisque l\u2019auteur y effectue de r\u00e9els copier-coller de la vulgate raciste de son \u00e9poque (des pages et des pages qui ne seraient donc plus du \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb C\u00e9line au sens du \u00ab&nbsp;trouv\u00e9\/cr\u00e9\u00e9&nbsp;\u00bb litt\u00e9raire de Destouches).<\/p>\n\n\n\n<p>Comment prot\u00e9ger et\/ou se prot\u00e9ger&nbsp;? la question est r\u00e9currente dans l\u2019\u0153uvre&nbsp;: recouvrir de projections diverses, de caca, de vomi, en un mot de haine, quelque chose, du plus tendre peut-\u00eatre, un espoir irr\u00e9sistible vis-\u00e0-vis de ce plus tendre, c\u2019est ce qui semble se passer dans les romans mais, surtout, c\u2019est ce qui s\u2019organise dans l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame. Comme si le r\u00e9el de son agencement reprenait la contrainte qui incombe \u00e0 C\u00e9line ou \u00e0 Destouches, parce que cette contrainte remonterait \u00e0 avant l\u2019\u00e9criture. Ce que nous voulons d\u00e9signer par l\u00e0 c\u2019est bien que les pamphlets \u00e0 partir de leur parution recouvrent l\u2019\u0153uvre, la merdifie. Et \u00e7a n\u2019est pas seulement <em>Voyage<\/em>, <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em> et les autres romans qu\u2019on ne peut plus lire de la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019\u00e9criture pamphl\u00e9taire a directement oblit\u00e9r\u00e9, et m\u00eame mutil\u00e9, un r\u00e9cit sur lequel C\u00e9line travaillait tandis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pris dans sa \u00ab&nbsp;folie raciste&nbsp;\u00bb (dit par lui-m\u00eame dans l<em>\u2019Ecole des cadavres<\/em>). Ce roman perdu, nous en avons quelques pages et on y retrouve la figure maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sur la mutilation, comme inexorable dans la geste c\u00e9linienne, ce n\u00e9gatif extr\u00eame, il faut quand m\u00eame \u00e9voquer Semmelweis, la th\u00e8se de m\u00e9decine. Beaucoup de pages en sont troublantes, pas seulement au sujet d\u2019une vocation hygi\u00e9niste qui fera retour au sein des pamphlets, surtout, en appui sur le mythe romantique du m\u00e9decin br\u00fbl\u00e9 \u00e0 son propre g\u00e9nie, dans la pr\u00e9figuration par l\u2019\u00e9tudiant Destouches du destin de l\u2019\u00e9crivain C\u00e9line. Par exemple cette conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0<em>nous devons \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 signaler un grand d\u00e9faut de Semmelweis\u00a0: celui d\u2019\u00eatre brutal en tout et surtout pour lui-m\u00eame (\u2026\u00a0\ud83d\ude42 l\u2019enfer commence aux portes de notre raison\u2026 la douce impuissance de nos esprits, cette heureuse prison des sens nous prot\u00e8ge d\u2019une intelligence infinie\u2026<\/em>\u00a0\u00bb<sup>4<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Sujet de la th\u00e8se&nbsp;: si Semmelweis avait \u00e9t\u00e9 un tendre, s\u2019il avait connu suffisamment bien pour l\u2019int\u00e9rioriser la tendresse (le portrait de la m\u00e8re de Semmelweis est celui d\u2019une m\u00e8re op\u00e9ratoire et, bien vite, m\u00e8re morte), ce n\u00e9gatif en forme d\u2019inhibition quant au but, \u00ab&nbsp;<em>douce impuissance<\/em>&nbsp;\u00bb, il aurait mieux r\u00e9ussi\u2026 oui mais\u2026 sa qu\u00eate intellectuelle serait-elle pass\u00e9e par cette interrogation sur l\u2019agonie des m\u00e8res&nbsp;? En tous cas, le docteur Destouches \u00e9voque la n\u00e9cessit\u00e9 pour la raison de s\u2019\u00e9tablir sur ce manque bien temp\u00e9r\u00e9, n\u00e9gatif structurant et non pas, surtout pas, une excitation sans frein, un n\u00e9gatif hors duquel l\u2019absolu sera embrasement&nbsp;: de ne pouvoir \u00eatre frein\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, coup\u00e9 (en voie terminale, structuration du fantasme de castration), Semmelweis en vient \u00e0 se couper lui-m\u00eame, achevant sur lui ce n\u00e9gatif qui n\u2019aura pu se structurer autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Semmelweis annonce C\u00e9line, la th\u00e8se est pr\u00e9texte tant la mutilation appara\u00eet centrale dans la suite de l\u2019\u0153uvre, celle-ci qui ne pouvait sans doute pas exister sans elle, m\u00eame si on aurait souhait\u00e9 que le n\u00e9gatif de l\u2019auteur soit moins t\u00e9r\u00e9brant, que son besoin d\u2019interrompre, de d\u00e9crocher, reste par exemple contenu dans ses fameux points de suspension qui ne cessent de marquer la page. Remarquablement, le mot chez C\u00e9line est toujours \u00e0 la fois large et pr\u00e9cis, le roman auquel les pamphlets ont cass\u00e9 la pipe devait s\u2019appeler Casse-pipe (principe agonique de condensation&nbsp;: <em>en m\u00eame temps<\/em> allusion morbide et libidinale).<\/p>\n\n\n\n<p>Et le fragment conserv\u00e9 correspond fid\u00e8lement \u00e0 l\u2019histoire \u00ab&nbsp;<em>j\u2019embrasse ma maman et je mets du caca partout<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019auteur d\u00e9crit le d\u00e9but de son incorporation dans un r\u00e9giment de cavalerie, il faut relever des hommes de garde mais le brigadier a perdu le mot de passe&nbsp;; les soldats se planquent dans la chaude moiteur d\u2019une \u00e9curie&nbsp;; tous s\u2019amoncellent dans le crottin et le foin pour une agonie li\u00e9e \u00e0 l\u2019oubli du verbe, la perte des acquisitions symboliques, une r\u00e9gression jusqu\u2019au boutiste, intra-ut\u00e9rine, confort devenant suffocant. Dans le fond du caca, tandis qu\u2019on pense \u00e0 s\u2019en d\u00e9gager, \u00e0 l\u2019expulsion\u2026 d\u2019un coup un soldat s\u2019embrase. C\u00e9line nous d\u00e9crit, encore une fois, une transe, ce qui semblera s\u2019av\u00e9rer une crise d\u2019\u00e9pilepsie&nbsp;; le planton g\u00e9mit, le son <em>mmm<\/em>, puis \u00ab&nbsp;<em>Maman\u2026 Mar\u2026 gue\u2026 rite<\/em>&nbsp;\u00bb, le brigadier exulte alors de reconna\u00eetre le mot de passe. Une page plus loin, les hommes doutent, m\u00eame si c\u2019est bien le mot, pourquoi Marguerite&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>encore un nom de putain<\/em>&nbsp;\u00bb conclut l\u2019un d\u2019eux. Marguerite, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le pr\u00e9nom de la m\u00e8re de l\u2019\u00e9crivain, m\u00e8re qui est rabaiss\u00e9e, de la mani\u00e8re la plus g\u00e9n\u00e9rale, mais m\u00e8re qui est n\u00e9anmoins vitale&nbsp;: mot de passe, langue maternelle dans ses d\u00e9terminants les plus intimes d\u2019indiff\u00e9rencier corps et verbe. On retrouve l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 c\u00e9linienne et, aussi, combien cet auteur peut \u00eatre pr\u00e9cieux, \u00e0 travers le fumier certes, de nous permettre de penser cette complexit\u00e9 ind\u00e9terminant si c\u2019est le fait d\u2019avoir perdu la m\u00e8re, le mot, qui fait s\u2019embraser, ou bien si, au contraire, c\u2019est le fait de la poss\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>Casse-Pipe nous pr\u00e9ciserait l\u2019originaire de la mutilation ou de l\u2019embrasement, dans le manque maternel autant que dans sa possession. C\u00e9line c\u2019est des histoires de bombardements, bien s\u00fbr\u2026 mais il ram\u00e8ne tant de choses, l\u2019histoire de la litt\u00e9rature, son histoire \u00e0 lui, les filets sont tellement larges que, au fond, il s\u2019agit peut-\u00eatre effectivement de reprendre un embrasement plus intime. C\u2019est trop pour qu\u2019on n\u2019interroge pas le tr\u00e8s jeune Destouches, celui l\u00e0 qu\u2019a-t-il dans son barda&nbsp;? qui le met comme \u00e7a en branle et qui aura \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment recouvert d\u2019avoir sans doute paru trop mena\u00e7ant? D\u2019un lien \u00e0 la tendresse frustr\u00e9e, l\u2019hypersexualisation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Barda m\u00fb de ne pouvoir \u00eatre barde d\u2019amour&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u00e9brouiller cette \u00e9ni\u00e8me interrogation, regardons la besace qu\u2019il trimballe durant son p\u00e9riple entre l\u2019Allemagne et le Danemark (dans <em>Rigodon<\/em>), il s\u2019y trouve B\u00e9bert, le chat trait\u00e9 comme un enfant. Celui-ci est berc\u00e9 dans cette musette myst\u00e9rieuse, petit barda \u00e0 secret qui contient un double fond sous l\u2019animal. L\u00e0 un compartiment pour les vrais passeports, le livret de mariage et 4 ampoules de cyanure, ce que pr\u00e9cise C\u00e9line \u00e0 la fin puis, deux pages plus loin, un nouvel objet semblant encore plus secret&nbsp;: un pistolet. Des objets planqu\u00e9s par devers lui par le b\u00e9b\u00e9 B\u00e9bert, qui entrem\u00ealent les th\u00e8mes de l\u2019identit\u00e9, du lien et de la mort, d\u2019une mort \u00e9quivalant dans ce contexte \u00e0 une d\u00e9livrance, l\u00e0 encore r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019accouchement, l\u2019irr\u00e9sistible ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019\u0153uvre comme pos\u00e9e sur fond originaire d\u2019un court-circuit mort-vie. Ici un d\u00e9tail dans le d\u00e9tail, le pistolet&nbsp;: de quelle marque&nbsp;? C\u2019est un Mauser, figure maternelle et possibilit\u00e9 assassine de d\u00e9livrance \u00e0 jamais renferm\u00e9es dans le barda.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9bert dont le nom rappelle l\u2019enfant mort, le jeune B\u00e9bert dans <em>Voyage au Bout de la Nuit<\/em>, encore un enfant dont la filiation n\u2019est jamais explicit\u00e9e, comme plus tard le chat recueilli, cet enfant pr\u00e9sent\u00e9 ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>teint trop verd\u00e2tre, pomme qui ne m\u00fbrira jamais&nbsp;\u00bb<\/em><sup>5<\/sup>. C\u00e9line serait celui qui nous entretient du traumatisme pr\u00e9coce tel que S. Ferenczi va le th\u00e9oriser dans son article <em>Confusion de langue<\/em>, en 1932 pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ann\u00e9e de parution du <em>Voyage&nbsp;;<\/em> l\u2019analyste qui \u00e9voque l\u2019enfant abus\u00e9 comme un fruit g\u00e2t\u00e9, l\u2019\u00e9crivain qui filera, lui, tant de figures d\u2019une corruption de la tendresse et\/ou de l\u2019infantile par la sexualit\u00e9 &#8211; ne serait-ce que parce que le tendre, comme contenant premier, aura manqu\u00e9. Trop vert, l\u2019enfant B\u00e9bert meurt \u00e0 7 ans, \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de Ferdinand lors de l\u2019abus sexuel all\u00e9gu\u00e9 dans son deuxi\u00e8me roman <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019embrasement, la bombe\u2026 jusqu\u2019\u00e0 la traumatophilie de se retrouver cap au pire, l\u2019obsession c\u00e9linienne pourrait lever un coin de son myst\u00e8re en y accolant la figuration maternelle et le trauma voire l\u2019abus. Comme le train en temps de guerre, C\u00e9line c\u2019est \u00ab&nbsp;l\u2019affect\u00e9 tr\u00e8s sp\u00e9cial&nbsp;\u00bb, surtout c\u2019est l\u2019agonique, comme il le dit lui-m\u00eame. Tout se passe comme si l\u2019auteur, le narrateur nous parlait d\u2019un beaucoup trop, une agonie plus qu\u2019une mort, mille morts dans la chair vivante qui la morcellent en autant de fragments, ce moment, cette bascule entre l\u2019hallucination vibrante et son \u00e9puisement (temps d\u2019exacerbation avant le retrait autistique secondaire dans le d\u00e9tachement absolu de la relation d\u2019objet frustr\u00e9e, ce triomphe du n\u00e9gatif destructurant d\u00e9crit par R. Spitz). Ce serait la racine du naturalisme fantastique de l\u2019auteur&nbsp;: quelque chose, non pas de vide, mais d\u2019un trop plein d\u2019excitation, engramm\u00e9 chez Ferdinand, un trop plein en risque de d\u00e9bordement bien s\u00fbr mais aussi de rupture et d\u2019\u00e9puisement, un trop plein interne dont l\u2019\u00e9volution naturelle serait le d\u00e9sespoir, un nihilisme aussi intense et violent que l\u2019excitation pouvait l\u2019\u00eatre, d\u00e9sespoir qui pourrait se raffiner jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autisme et qu\u2019il faudrait surtout contrecarrer au prix de devoir se concentrer plut\u00f4t sur l\u2019embrasement.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous l\u2019avons dit ailleurs<sup>6<\/sup>, pour ce qui concerne le fonctionnement limite (notamment&nbsp;: pr\u00e9dominance du f\u00e9tichisme sur le transitionnel, pauvret\u00e9 structurelle des aires interm\u00e9diaires, carence d\u2019organisation des fantasmes originaires, manque d\u2019une structuration de l\u2019angoisse comme signal d\u2019alerte, r\u00e9currences traumatiques), une nosographie \u00e9tiologique de <em>Traumatisme Complexe<\/em> nous appara\u00eet moins pertinente que la notion que nous proposons d\u2019un <em>Complexe Traumatique<\/em> o\u00f9 la perspective s\u2019inverse&nbsp;: la cicatrice, comme structuration fibreuse des fantasmes originaires, pr\u00e9c\u00e8de le coup du trauma. C\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un traumatisme \u00ab&nbsp;toujours d\u00e9j\u00e0 l\u00e0&nbsp;\u00bb, avec des points d\u2019appui inter et transg\u00e9n\u00e9rationnels, tellement de points qu\u2019ils entra\u00eenent le sujet &#8211; comme le lecteur est entra\u00een\u00e9 par le style c\u00e9linien &#8211; qu\u2019ils se constituent en lign\u00e9e g\u00e9n\u00e9rant cette trajectoire limite, c\u2019est-\u00e0-dire amenant le sujet \u00e0 devoir se retrouver dans le traumatique. Le b\u00e2ton, celui du relai de la transmission des repr\u00e9sentations de transmission, celui des constructions originaires, est cass\u00e9 bien ant\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de ce sujet lequel en ressent, comme un cal vicieux, le rafistolage \u00e9nigmatique dans l\u2019union parentale. C\u00e9line, tant le parcours de l\u2019homme et ses contradictions et ambigu\u00eft\u00e9s, que le style de l\u2019\u00e9crivain, constituerait la d\u00e9monstration de ce complexe traumatique. En retour, la th\u00e9orisation du complexe, l\u2019attention envers l\u2019entente originaire pr\u00e9alable au sujet, m\u00e8re et p\u00e8re, comment ils s\u2019accordent dans le \u00ab&nbsp;filage&nbsp;\u00bb de leur propre trauma, permet d\u2019avancer quelques hypoth\u00e8ses nouvelles sur l\u2019homme et son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>A propos de trauma, il semble d\u2019abord naturel de d\u00e9river de l\u2019obus, re\u00e7u en 14, vers l\u2019abus (de l\u2019<em>o<\/em> vers l\u2019<em>a<\/em>, queue en haut et activit\u00e9, <em>versus<\/em> queue en bas et passivit\u00e9). Ici, il ne peut y avoir que des conjectures mais on peut lire <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em> comme un document clinique, le t\u00e9moignage d\u2019un enfant maltrait\u00e9 psychiquement, \u00e9galement sexuellement. Toutefois\u2026 l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019abus para\u00eet encore insuffisante pour tenter d\u2019expliquer l\u2019\u00e9nigmatique trajectoire c\u00e9linienne. Il faudrait conjecturer sur le contenant le plus primaire, celui qui engage effectivement la m\u00e8re et l\u2019\u00e9tablissement du courant tendre. Regarder vers la m\u00e8re d\u2019autant plus que le p\u00e8re est trait\u00e9 comme un enfant dans l\u2019\u0153uvre et que diff\u00e9rents d\u00e9tails biographiques nous le laissent imaginer ainsi&nbsp;; comme Marguerite, lui aussi il perd son propre p\u00e8re avant l\u2019adolescence, racine peut-\u00eatre d\u2019une difficult\u00e9 pour Fernand Destouches \u00e0 tenir l\u2019incarnation paternelle. Au sein d\u2019un domicile conjugal marqu\u00e9 de sa disqualification par la grand-m\u00e8re C\u00e9line, <em>l\u2019objet de l\u2019objet<\/em> ne para\u00eet s\u2019\u00eatre pas constitu\u00e9 pour le futur \u00e9crivain dans la voie d\u2019une identification soutenante lui permettant de ne pas rester en prise avec l\u2019objet archa\u00efque. Cons\u00e9quemment, toute \u00e9cartade de celui-ci ne pouvait \u00eatre v\u00e9cu que comme un manque non seulement pour lui mais <em>de<\/em> lui&nbsp;: <em>si mon objet n\u2019a aucun objet s\u00e9rieux qui l\u2019attire, et bien si cet objet s\u2019\u00e9carte de moi c\u2019est que vraiment je suis incapable de le retenir<\/em>, je suis <em>un moins que rien<\/em> (expression du n\u00e9gatif le plus mortif\u00e8re), je suis <em>une merde<\/em>, pas loin sur cette r\u00e9troversion de l\u2019\u00e9quation symbolique (en principe f\u00e8ces = cadeau = p\u00e9nis = enfant), un d\u00e9chet, un toxique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objet de la m\u00e8re c\u2019\u00e9tait les dentelles, donc ce m\u00e9lange de vide et de plein dans le tissu qui illustre remarquablement la condensation d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du complexe traumatique. Par commodit\u00e9, parce qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9crire (ce que n\u2019entreprend pas de faire C\u00e9line, son style \u00e9tant donc plus \u00ab&nbsp;parlant&nbsp;\u00bb sur le trauma), nous devons d\u2019abord choisir une de ces dimensions antagonistes et, selon une habitude (la carence, le d\u00e9faut fondamental, les angoisses agoniques\u2026), c\u2019est le vide qui est privil\u00e9gi\u00e9, ici la mutilation. Ce th\u00e8me est accol\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re qui, de par sa boiterie, va \u00e0 cloche-pied, l\u2019auteur en donnant le rythme au d\u00e9but de&nbsp;<em>Mort \u00e0 Cr\u00e9dit&nbsp;:<\/em>&nbsp;\u00ab<em>Ta&nbsp;! pas&nbsp;! tam&nbsp;! Ta&nbsp;! pas&nbsp;! tam&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup> \u2026 <em>t\u2019as pas ta maman<\/em>, voil\u00e0 ce qui s\u2019entend donc, ce manque qui pousse \u00e0 l\u2019excitation, \u00e0 l\u2019hallucination, \u00e0 la transe puis au d\u00e9sespoir, au d\u00e9crochage, \u00e0 la mutilation encore\u2026 \u00e0 moins de l\u2019accuser et d\u2019en constituer (f\u00e9\u00e9rie&nbsp;?) le rythme m\u00eame de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re, de ce qui l\u2019aurait rendu pr\u00e9occup\u00e9e, s\u2019il s\u2019\u00e9voque un \u00e9minent transg\u00e9n\u00e9rationnel, c\u2019est toujours de la dentelle (encore et d\u00e9j\u00e0&nbsp;: le temps du complexe qui ne passe pas), c\u2019est la robe de bapt\u00eame du roi de Rome qui symbolise assez bien le poids du narcissisme parental et le malheur aff\u00e9rent, la perte de l\u2019enfant. Le petit Louis aurait \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 dans cette tunique pr\u00e9cieuse, sa grand-m\u00e8re C\u00e9line, antiquaire, en ayant la possession. On rappellera que ce Napol\u00e9on II avait d\u00fb renier ses parents, qu\u2019il meurt \u00e0 21 ans de tuberculose durant son service militaire. C\u00e9line lui sera dans sa 21<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e quand il prend cette balle et ces obus qui d\u00e9vient sa destin\u00e9e. Bon\u2026 tout ceci ce sont des images, comme la dentelle qui rappelle l\u2019\u00e9criture c\u00e9linienne. Que faire de ces concordances&nbsp;? Au moins en relever le narcissisme maternel et grand-maternel projet\u00e9 sur le petit, en m\u00eame temps relever que quelque chose confirme ce narcissisme dans une impasse n\u00e9gative (Choiseul devient Passage B\u00e9r\u00e9zina dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>). C\u2019est le fait que, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet investissement grandiose de l\u2019enfant unique, Louis est \u00e9loign\u00e9 de ses parents, de sa m\u00e8re en particulier pour prot\u00e9ger la sant\u00e9 de celle-ci, ceci durant ses trois premi\u00e8res ann\u00e9es. On craignait que l\u2019enfant ne fasse rechuter la poliomy\u00e9lite maternelle dont la s\u00e9quelle \u00e9tait la fameuse boiterie. A la fois enfant roi et pas un cadeau donc, plut\u00f4t un toxique, ici se rep\u00e8re la dramatique \u00e9quation symbolique qui, pour nous, marque l\u2019originaire du complexe traumatique.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but de <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, C\u00e9line \u00e9voque sa naissance comme un Narcisse, comme celle du Roi de Rome si on veut&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je suis n\u00e9 en mai. C\u2019est moi le printemps&nbsp;\u00bb<\/em>. Narcisse tragique, quelque lignes plus loin, la grande d\u00e9gradation, aussi bas qu\u2019il aurait pu \u00eatre aussi haut, la fleur maladive s\u2019absout dans la pourriture m\u00e9lancoliforme&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je suis navrant et je m\u2019adore autant que la Seine est pourrie<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup>. On peut lire aussi sc\u00e8ne, primitive, qui g\u00e9n\u00e8re du toxique et qui est toxique&nbsp;: le Passage Choiseul immuablement d\u00e9crit comme cloche \u00e0 gaz inscrit dans l\u2019\u0153uvre le fantasme de la contamination\/transmission toxique.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re inaccessible, peut-\u00eatre secr\u00e8tement m\u00e9lancolique depuis la perte de son p\u00e8re \u00e0 11 ans (l\u2019\u00e2ge o\u00f9 finit l\u2019enfance dans <em>Les beaux draps<\/em>), cette m\u00e8re \u00e0 la bobine d\u00e9saffectiv\u00e9e suscite chez son petit le besoin d\u2019agripper, le besoin de comprendre au plus d\u00e9m\u00e9taphoris\u00e9, le besoin de suivre. S\u2019identifier, ou plut\u00f4t incorporer, avaler la m\u00e8re absente, c\u2019est moyen de la garder et de s\u2019encha\u00eener dans une fid\u00e9lit\u00e9 mutuelle&nbsp;: \u00e0 la vie \u00e0 la mort. C\u00e9line ranime, souvent \u00e0 sa mani\u00e8re qui engage violence, de contenir aussi en lui une m\u00e8re agonique et ses r\u00e9currences explosives sont Destouches projet\u00e9, l\u2019agonique en lui anim\u00e9 sur page blanche (affaire de digestion&nbsp;: passant de tout d\u00e9vorer \u00e0 tout transformer).<\/p>\n\n\n\n<p>Encore une fois, l\u00e2cher l\u2019enfant apr\u00e8s l\u2019avoir trait\u00e9 comme un roi, m\u00eame si roi de Rome, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 abuser. C\u2019est frustrer la tendresse au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une excitation, celle du manque, de l\u2019avidit\u00e9 qui fait enrager, qui d\u00e9borde, qui mutile en l\u2019absence de r\u00e9ponse. Manque qui peut faire le lit d\u2019autres abus, ainsi se constitue, ou plut\u00f4t se fortifie le complexe traumatique&nbsp;: l\u2019enfant qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 bien contenu, bien prot\u00e9g\u00e9, ne sait pas comment se prot\u00e9ger d\u2019autant plus qu\u2019il a en lui cette excitation dont il ne sait pas que faire (il la range d\u2019abord sous le couvercle du faux-self, empruntant l\u2019Id\u00e9al des autres pour, sans faire trop de bruits, continuer d\u2019\u00eatre dans leur regard).<\/p>\n\n\n\n<p>En passant, ce n\u2019est bien s\u00fbr pas parce qu\u2019on penserait le traumatique comme dynamique continue, qu\u2019il ne faudrait pas reconna\u00eetre l\u2019\u00e0-coup traumatique, tel un abus sur une trajectoire d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e, (qu\u2019il ne faudrait pas par exemple reconna\u00eetre un enfant, un ado victime \u00e0 nouveau). C\u2019est peut-\u00eatre effectivement le manque de reconnaissance apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation des abus dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em> qui pousse C\u00e9line vers davantage de rage encore, c\u2019est-\u00e0-dire vers les pamphlets. Ce manque nous le situerions volontiers comme li\u00e9 \u00e0 la formulation cod\u00e9e que l\u2019ancien enfant traumatis\u00e9 emploie (cas r\u00e9gulier des confidences prises entre la tentation du silence et l\u2019envie de hurler), ambigu\u00eft\u00e9 stylistique inexorablement r\u00e9activatrice du m\u00e9pris des besoins primaires de reconnaissance et, de plus, nous pouvons penser que ce manque aura activ\u00e9 puissamment celui du p\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 peu avant la publication du premier roman, p\u00e8re qui n\u2019aura donc jamais vu cet \u00e9crivain qu\u2019allait devenir Louis. Alors que C\u00e9line s\u2019est r\u00e9solument moqu\u00e9 de l\u2019antis\u00e9mitisme paternel dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, c\u2019est pourtant ce discours qu\u2019il reprend quelques mois apr\u00e8s la r\u00e9ception critique du roman, semblant canaliser l\u2019agressivit\u00e9 vers un autre objet et le saisir pour se ressaisir lui. Grande gueule ouverte d\u2019une incorporation m\u00e9lancoliforme, ou plus m\u00e9lancolique (plus pleine, plus noire) <em>via<\/em> l\u2019incorporation du dur du p\u00e8re, notamment son racisme, pour se d\u00e9prendre du \u00ab&nbsp;plus vide&nbsp;\u00bb repr\u00e9sentatif, ou \u00ab&nbsp;plus embras\u00e9&nbsp;\u00bb, rencontr\u00e9 avec la m\u00e8re et r\u00e9activ\u00e9 par la r\u00e9ception critique en demi-teinte et la hantise de la guerre \u00e0 revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le hochet dans la poche nous \u00e9voque la contrainte \u00e0 tenir un objet suffisamment dur l\u00e0 o\u00f9 la bobine doudou n\u2019a pu s\u2019installer avec sa qualit\u00e9 de souplesse alli\u00e9e \u00e0 la solidit\u00e9, le f\u00e9tichisme supplantant le transitionnel inatteignable (sur la base d\u2019un auto\u00e9rotisme, ce tendre, en carence&nbsp;: au moins la capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle). Nous nous m\u00e9fions pourtant de nous enferrer sur certains clich\u00e9s en d\u00e9signant surtout la m\u00e8re dans le manque excit\u00e9 du futur \u00e9crivain&nbsp;: surtout la forte d\u00e9signation par C\u00e9line des figures maternelles, l\u2019auteur nous ayant pr\u00e9venu qu\u2019il est menteur (comme son p\u00e8re donc, celui-ci qualifi\u00e9 ainsi par une voisine jalouse dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>) nous conduit \u00e0 ne pas m\u00e9sestimer l\u2019attente du p\u00e8re, d\u2019autant plus que l\u2019hypoth\u00e8se du complexe traumatique, son amplification transg\u00e9n\u00e9rationnelle des difficult\u00e9s \u00e0 structurer les fantasmes originaires, nous stimule \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir davantage sur l\u2019accordage du couple parental, ce que chacun trouve chez l\u2019autre pour maintenir le silence, nous entra\u00eene m\u00eame \u00e0 rep\u00e9rer dans les fameux points de suspension c\u00e9linien une dynamique qui pourrait avoir affaire avec le recouvrement d\u2019un secret familial du c\u00f4t\u00e9 paternel.<\/p>\n\n\n\n<p>Falot ce p\u00e8re&nbsp;? Ne serait-ce pas trop croire la grand-m\u00e8re maternelle, et\/ou la hantise par son fils du lien homosexuel&nbsp;? Les photographies cependant le montrent portant bien beau et, comme le sera son fils, lui aussi est passionn\u00e9 des bateaux&nbsp;; il poss\u00e8dera aussi deux esquifs (argent h\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la mort de la grand-m\u00e8re&nbsp;: \u00e0 malin, malin et demi&nbsp;?), modeste canotage sans doute, mais qu\u2019on imagine joyeux, loin de Choiseul, du bureau et des boutiques. Il aurait appr\u00e9ci\u00e9 aussi les danseuses\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re \u00e0 s\u00e9duire, retenir, agresser, secouer, \u00e0 r\u00e9animer, \u00e0 coup de mots-choses, raconter pour emp\u00eacher la mort quitte \u00e0 se figer sur l\u2019agonie, ce portrait de C\u00e9line en Sh\u00e9h\u00e9razade, il nous para\u00eet bien possible qu\u2019un identique mouvement s\u2019adresse en m\u00eame temps au p\u00e8re. L\u2019interpeller lui aussi, le solliciter \u00e0 voir&nbsp;: le \u00ab&nbsp;<em>en m\u00eame temps<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9signerait deux unit\u00e9s mobiles, m\u00e8re dans son op\u00e9ratoire autant que p\u00e8re dans ses plaisirs solitaires, vis-\u00e0-vis desquelles l\u2019enfant aurait comme l\u2019ordre, l\u2019imp\u00e9ratif, <em>de tenter une nouvelle op\u00e9ration de liaison<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs ce p\u00e8re, par petites touches dans l\u2019\u0153uvre, n\u2019est pas aussi minable que \u00e7a. Ses qualit\u00e9s peuvent m\u00eame engager un manifeste trait d\u2019identification avec le fils \u00e9crivain (monter des bateaux). Ses danseuses&nbsp;? Discr\u00e9tion\u2026 sur ce point on se rappelle que, dans la taxinomie c\u00e9linienne des beaut\u00e9s f\u00e9minines, une tr\u00e8s belle femme (souvent une danseuse) sera d\u00e9sign\u00e9e comme un \u00ab&nbsp;trois-m\u00e2ts&nbsp;\u00bb. P\u00e8re contre-mod\u00e8le&nbsp;? le sujet para\u00eet bien plus myst\u00e9rieux, c\u2019est comme si C\u00e9line voulait faire tomber son p\u00e8re au sens de le faire d\u00e9gringoler (sa grande d\u00e9rouill\u00e9e dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>) mais aussi, <em>en m\u00eame temps<\/em>, au sens de pouvoir enfin le rencontrer, et vraiment&nbsp;: \u00eatre le tombeur de son p\u00e8re, le s\u00e9duire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Nord<\/em>, \u00e9crit presque trente ans apr\u00e8s <em>Voyage<\/em> et sa r\u00e9f\u00e9rence au p\u00e8re qui ne regarde jamais sa famille, un extrait du po\u00e8me de Goethe <em>Le Roi des Aulnes<\/em> est cit\u00e9 comme un leitmotiv&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00f4 Vater, \u00f4 Vater&nbsp;\u00bb<\/em>, seul ce d\u00e9but de strophe. R\u00e9f\u00e9rence classique d\u2019un p\u00e8re ne s\u2019apercevant pas que son enfant est touch\u00e9 par le <em>Roi des Aulnes<\/em>, une instance p\u00e9dophile, et que l\u2019enfant meurt dans ses bras parce qu\u2019il n\u2019a pas vu, ou pas voulu voir. P\u00e8re, p\u00e8re ne vois-tu rien&nbsp;? ainsi C\u00e9line ne cesserait de s\u2019adresser aussi \u00e0 lui. Par quoi C\u00e9line est-il touch\u00e9, hant\u00e9&nbsp;? un abus pr\u00e9coce&nbsp;? conjecture\u2026 un ou plusieurs fant\u00f4mes (l\u2019incorporation d\u2019un objet absent aux besoins)&nbsp;? probablement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un a\u00efeul&nbsp;? Que Destouches s\u2019appelle C\u00e9line peut faire penser bien des choses&nbsp;: qu\u2019il veut r\u00e9activer un maternel qui pourrait se permettre d\u2019\u00eatre plus lib\u00e9ral parce qu\u2019il y a l\u00e0, du fait de l\u2019\u00e2ge, une naturelle sup\u00e9riorit\u00e9 de la tendresse sur le sensuel, d\u2019o\u00f9 moins d\u2019inhibitions r\u00e9ciproques. Que l\u2019\u00e9crivain fait survivre sa grand-m\u00e8re, bien s\u00fbr, qu\u2019il l\u2019entretient, elle comme sa moquerie plus ou moins rageuse du p\u00e8re mais, en m\u00eame temps, qu\u2019il prot\u00e8ge aussi le nom du p\u00e8re d\u2019une \u0153uvre li\u00e9e d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la violence et \u00e0 la haine dont C\u00e9line sent bien qu\u2019il recevra coup pour coup. La retenir \u00e9galement parce qu\u2019il s\u2019y tiendrait comme un savoir du dessus sur la m\u00e8re&nbsp;: grand-m\u00e8re pr\u00e9figuration des personnages r\u00e9currents de concierges, ma\u00eetresses des clefs et des secrets, en sachant en principe plus sur l\u2019ascendance g\u00e9n\u00e9alogique que les parents eux-m\u00eames. Se hisser pour distinguer enfin une solution au myst\u00e8re originaire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le d\u00e9tail r\u00e9trospectif de la course du complexe traumatique que de nous ramener toujours \u00e0 cette question&nbsp;: <em>avant&nbsp;?<\/em> sans r\u00e9solution, comme on l\u2019a vu \u00e0 propos des contradictions dans la biographie de l\u2019auteur, comme on l\u2019a consid\u00e9r\u00e9 dans son style m\u00eame, constitu\u00e9 d\u2019un \u00e9branlement persistant du sens sans que la cause v\u00e9ritable ne soit donn\u00e9e. Un autre a\u00efeul encore? On en trouve un, et rien de moins qu\u2019un ma\u00eetre de la terreur mis au secret. C\u00e9line en connaissait-il l\u2019existence&nbsp;? Aucune \u00e9vocation ne permet de l\u2019attester. Aurait-il pu \u00eatre \u00ab&nbsp;parl\u00e9&nbsp;\u00bb par cet anc\u00eatre&nbsp;? C\u2019est une id\u00e9e qui tente, notamment lorsqu\u2019on rel\u00e8ve l\u2019\u00e9tonnant d\u00e9but de sa th\u00e8se, consacr\u00e9 de mani\u00e8re hors sujet \u00e0 une petite histoire pleine de sauvagerie de la r\u00e9volution fran\u00e7aise (inaugural, du pur C\u00e9line).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique du p\u00e8re, Thomas Destouches est arri\u00e8re-arri\u00e8re grand-p\u00e8re de Louis (trisa\u00efeul donc), ce fut un des administrateurs du Morbihan sous la Terreur<sup>9<\/sup>. D\u2019une discussion avec l\u2019historien Ga\u00ebl Richard, il ressort que C\u00e9line n\u2019a probablement pas eu acc\u00e8s aux papiers de famille le concernant, lesquels auraient pu \u00eatre mis au secret par son fils Cl\u00e9ment Destouches (1800-1884), cet arri\u00e8re-grand-p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Lorient dix ann\u00e9es avant la naissance de l\u2019\u00e9crivain. Le fils de Cl\u00e9ment, Auguste, mort au Havre en 1870, semble avoir entrepris une recherche de rep\u00e8res g\u00e9n\u00e9alogiques&nbsp;; les papiers conserv\u00e9s par lui et transmis \u00e0 Fernand, puis \u00e0 Louis-Ferdinand, \u00e9taient cependant orient\u00e9s sur la piste d\u2019une hypoth\u00e9tique et autrement glorieuse noblesse, celle de la figure historico-litt\u00e9raire du Chevalier Destouches.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9 dans les biographies ou les \u00e9tudes familiales succinctes un quelconque \u00e9tat des relations du p\u00e8re de C\u00e9line avec son grand-p\u00e8re lequel avait surv\u00e9cu \u00e0 Auguste et qu\u2019on imaginerait avoir \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 par la situation de son jeune petit-fils. Nous relevons l\u00e0 une myst\u00e9rieuse absence de lien, superposable en quelque sorte au \u00ab&nbsp;blanc&nbsp;\u00bb entre Thomas et Cl\u00e9ment, \u00e0 la place de quelque chose qui aurait pu\/d\u00fb \u00eatre plus plein. L\u2019hypoth\u00e8se suivie ici est qu\u2019une r\u00e9p\u00e9tition de ce genre de vide fait partie de la lign\u00e9e Destouches, qu\u2019elle s\u2019impose \u00e0 elle tout en stimulant une recherche qui recouvre d\u2019autant plus l\u2019\u00e9nigme &#8211; comme ce d\u00e9placement de l\u2019interrogation originaire vers une mythologie litt\u00e9raire (comme, dans l\u2019\u0153uvre, l\u2019absentification des rep\u00e8res g\u00e9n\u00e9alogiques renvoie B\u00e9bert \u00e0 l\u2019histoire litt\u00e9raire, d\u2019abord dans le r\u00e9cit c\u00e9linien lui-m\u00eame&nbsp;: du chat \u00e0 l\u2019enfant de <em>Voyage<\/em>, et de celui-ci vers une figure agonique d\u2019abord invent\u00e9e par Zola).<\/p>\n\n\n\n<p>La complexit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture dans laquelle se \u00ab&nbsp;d\u00e9bobinent&nbsp;\u00bb, pass\u00e9 le trop de merdification des \u00e9curies d\u2019Augias, quelques \u00e9toiles maternelles en creux, nous laisse \u00e0 penser que du trop r\u00e9side peut-\u00eatre encore dans ces fanaux que nous avons suivis et que, derri\u00e8re ceux-ci, se tient peut-\u00eatre la continuation d\u2019une \u0153uvre paternelle de recouvrement. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 serait ancienne, port\u00e9e par des points de suspension d\u00e9j\u00e0 \u00ab&nbsp;trouv\u00e9s&nbsp;\u00bb par l\u2019arri\u00e8re grand-p\u00e8re Cl\u00e9ment et le grand-p\u00e8re Auguste, soit une interruption de la lign\u00e9e par quelque chose qui tout autant propulse l\u2019imagination (Auguste d\u00e9viant le regard vers la chouannerie et la litt\u00e9rature). La musette B\u00e9bert&nbsp;: l\u2019enfant qui prot\u00e8ge en l\u2019ignorant un fond secret.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se con\u00e7oit aussi, facilement, que le plus imp\u00e9rieusement contraignant n\u2019est pas dans une telle dynamique de r\u00e9v\u00e9ler le fameux secret\u2026 mais de pouvoir s\u2019extraire vis-\u00e0-vis d\u2019une \u00e9nigme qui p\u00e8se et fascine obscur\u00e9ment l\u2019esprit, \u00ab&nbsp;<em>mettre les voiles<\/em>&nbsp;\u00bb (contrainte r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par C\u00e9line, qui ranime aussi un go\u00fbt partag\u00e9 avec son p\u00e8re). Filer, mot d\u2019ambigu\u00eft\u00e9&nbsp;: \u00e0 la fois fuir et suivre, le narrateur c\u00e9linien file sa bobine \u00e9nigmatique, plus qu\u2019il ne peut se d\u00e9filer. Ainsi le p\u00e8re pouvait \u00eatre lui-m\u00eame occup\u00e9, incorpor\u00e9, pr\u00e9occup\u00e9 des p\u00e8res avant lui, et absent \u00e0 certains besoins de son petit. P\u00e8re, p\u00e8re, ne vois-tu rien&nbsp;? Dynamique du talion&nbsp;: l\u2019\u00e9crivain semblera mettre son p\u00e8re loin, et l\u2019ensemble des p\u00e8res, comme il aurait pu se sentir mis loin par lui tandis que l\u2019attente s\u2019en faisait plus sentir pour apaiser l\u2019excitation mortif\u00e8re li\u00e9e au maternel.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif r\u00e9current du rassemblement, le mot de passe qui tient ensemble libido et <em>destrudo<\/em>, nous ram\u00e8ne \u00e0 la question de l\u2019extraction&nbsp;: comment passer \u00e0 autre chose&nbsp;? La dynamique transg\u00e9n\u00e9rationnelle que nous qualifions de complexe traumatique semble pointer pour seule possibilit\u00e9 de filer \u00e0 quelqu\u2019un&nbsp;: au lecteur&nbsp;? L\u2019imp\u00e9ratif de l\u2019\u00e9crivain n\u2019est pas seulement comment s\u2019en sortir, c\u2019est surtout&nbsp;: comment jouir quand m\u00eame du verbe&nbsp;? C\u00e9line r\u00e9pond en ayant une \u00e9criture qui soit une transe, bien p\u00e9rilleuse d\u2019\u00eatre tout autant v\u00e9hicule traumatique, principe de continuit\u00e9 ou plut\u00f4t de fid\u00e9lit\u00e9 au trauma et \u00e0 l\u2019\u00e9nigme originaire, qu\u2019un v\u00e9hicule qui fasse se sentir mieux (\u00e0 la mani\u00e8re, oui, des hypno-th\u00e9rapeutes). Transe dont on conna\u00eet aussi le pouvoir saisissant. Rappelons cette histoire mythomaniaque, sa tr\u00e9panation apr\u00e8s la blessure de 14, qu\u2019il aurait surtout gard\u00e9 dans le cr\u00e2ne un morceau de fer, \u00e9clat de projectile&nbsp;; le sentir, se repr\u00e9senter de fait l\u2019incorporation et le m\u00e9tal comme une m\u00e8re dure et froide, l\u2019\u0153uvre se constituant entreprise d\u2019excoriation du Mauser autant que r\u00e9version des emprises. C\u2019est l\u2019autre qui va la sentir&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le lecteur qui me lit&nbsp;! il lui semble, il en jurerait, que quelqu\u2019un lui lit dans la t\u00eate&nbsp;!\u2026 dans sa propre t\u00eate&nbsp;!<\/em>\u2026&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>, C\u00e9line nous passe la balle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous embobine ainsi, \u00e0 son tour. Ecrivain pervers&nbsp;? Dans sa grossi\u00e8ret\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans son \u00e9vidence, C\u00e9line ne nous parle que de ce que c\u2019est la litt\u00e9rature et de ce que c\u2019est que d\u2019\u00e9crire. Enfermer les lecteurs dans le m\u00e9tro\u2026 oui, mais\u2026 c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit surtout d\u2019emp\u00eacher le d\u00e9raillement, d\u2019emp\u00eacher la folie qui fait sortir du sillon, contenir tous ceux-l\u00e0, les fragments en fait, et les amener \u00e0 meilleur port. C\u00e9line parle du lecteur autant qu\u2019il parle de lui, dans l\u2019ombre confondante peut-\u00eatre primairement une m\u00e8re absente qu\u2019il faut tenter d\u2019agripper, la diriger enfin dans son sens, dans ses sens, sinon c\u2019est l\u2019agonie. Un tout petit qui, de sa main, cherche \u00e0 agripper le menton de maman pour la rediriger vers lui&nbsp;: avoir un meilleur port, voil\u00e0 la petite clinique \u00e9norme dont nous cause C\u00e9line.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de l\u2019\u0153uvre, \u00ab&nbsp;<em>la butte qui fait cloche<\/em>&nbsp;\u00bb, dans <em>Rigodon<\/em> le terme vrai, ce parcours anatomique de retour intra-ut\u00e9rin o\u00f9 C\u00e9line croise m\u00eame les traces du p\u00e8re, du moins peut-on distinguer, avec cet \u00ab&nbsp;<em>\u00e9picier cadavre qui perd ses boyaux dans la glaise&nbsp;\u00bb<\/em><sup>11<\/sup>, les traces spermatiques paternelles que l\u2019auteur d\u00e9passe pour se saisir du fond. L\u2019interrogation <em>Avant&nbsp;?<\/em> est magistralement devenu <em>En avant&nbsp;!<\/em> C\u00e9line remontant tr\u00e8s loin, tr\u00e8s dedans, son \u00e9criture tourn\u00e9e, comme la chienne Bessy, vers un originaire \u00e0 reconstruire autant qu\u2019\u00e0 r\u00e9animer. L\u2019auteur, expert es r\u00e9gression, se pose ph\u00e9nom\u00e8ne du contre-courant, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ut\u00e9rus, libidinalisation qui reprend surtout l\u2019envie d\u2019\u00eatre bien dans la t\u00eate de maman (au-moins celle-ci).<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf que\u2026 le mat\u00e9riel recherch\u00e9 n\u2019est pas dans le verbe&nbsp;: but inaccessible autant qu\u2019ombilic irr\u00e9sistible. L\u2019\u00e9criture ne r\u00e9sout pas l\u2019\u00e9nigme, puisque celle-ci, du trop plein avec du trop vide, du trop chaud en m\u00eame temps que du trop froid, embobin\u00e9e d\u00e9j\u00e0 aux \u00e9tages grands-parentaux, sa r\u00e9solution ne saurait \u00eatre dans le verbe, d\u2019o\u00f9 l\u2019ambivalence quant \u00e0 la langue m\u00eame (telle qu\u2019on peut la lire chez Beckett), ambivalence qui peut-\u00eatre fait partie de la tache de l\u2019\u00e9crivain, enfin de celui qui va faire Job d\u2019\u00e9crire. Ceci chez C\u00e9line&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>nous avec la t\u00eate pleine de mots, effrayant le mal qu\u2019on se donne pour s\u2019emberlifiquer en pire&nbsp;! plus rien savoir&nbsp;!\u2026 tout barafouiller, rien saisir&nbsp;!..<\/em>.&nbsp;\u00bb<sup>12<\/sup>, l\u2019inventivit\u00e9 verbale est notable, qui fait contraste avec le constat d\u2019\u00e9chec, barafouiller par exemple\u2026 mais c\u2019est le constat d\u2019\u00e9chec qui aiguillonne la cr\u00e9ation, qui la relance encore et toujours. Ainsi se comprend aussi ce mouvement \u00ab&nbsp;toujours plus&nbsp;\u00bb chez C\u00e9line.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a fait mal, et l\u2019agressivit\u00e9 est centrale dans l\u2019\u00e9criture, m\u00eame si la haine est secondaire. C\u2019est bien s\u00fbr une volont\u00e9 d\u2019emprise, c\u2019est bien s\u00fbr l\u2019inaccessibilit\u00e9 du but qui nourrit la haine autant que la sensation confuse du trauma. La haine est utilis\u00e9e par C\u00e9line, c\u2019est aussi son tour de force, elle est utilis\u00e9e dans la direction de l\u2019\u00e9criture c\u2019est-\u00e0-dire dans la direction de la r\u00e9gression pour mieux toucher, fouiller. Elle est contigu\u00eb au comique, l\u00e0 o\u00f9 C\u00e9line est aussi dou\u00e9, haine et comique \u00e9tant \u00e9galement <em>ant\u00e9social<\/em>, de subvertir un ordre \u00e9tabli pour diriger puissamment l\u2019attention vers celui qui s\u2019exprime&nbsp;: c\u2019est encore un ordre de liaison pour des unit\u00e9s mobiles pr\u00eates \u00e0 s\u2019\u00e9carter.<\/p>\n\n\n\n<p>Soutenir que cette \u00e9criture est une transe vise d\u2019abord \u00e0 rappeler que l\u2019\u00e9tymologie de <em>transe<\/em> (<em>transir, aller \u00e0 travers<\/em>) renvoie encore \u00e0 l\u2019agonie (en-corps). Et <em>Guignol\u2019s band<\/em> sera d\u2019autant plus le grand roman de la transe, jusqu\u2019au d\u00e9s\u00e9quilibre, que l\u2019auteur entreprend, apr\u00e8s la d\u00e9charge pamphl\u00e9taire, d\u2019y gravir\/graver \u00e0 nouveau les pentes de la litt\u00e9rature. D\u00e9finition d\u2019un trouv\u00e9\/cr\u00e9\u00e9, auto-friction, \u00ab&nbsp;<em>je m\u2019iragine<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>13<\/sup> \u00e9crit C\u00e9line qui se met \u00e0 bouillir (r\u00e9cit en anagramme de migraine), \u00e0 s\u2019enfi\u00e8vrer, \u00e0 s\u2019halluciner. Il se met dans un \u00e9tat de fusion, au risque de la confusion bien s\u00fbr, et cette fusion est fantasmatiquement, mais au plus pr\u00e8s des \u00e9prouv\u00e9s corporels sollicit\u00e9s par les douleurs multiples, un retour intra-ut\u00e9rin ou plut\u00f4t une inclusion dans une unit\u00e9 corpor\u00e9is\u00e9e devenue par l\u2019\u00e9preuve plus vaste que lui. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il \u00e9crit, pour r\u00e9soudre son myst\u00e8re m\u00eame si, des mots aux plus pr\u00e8s des choses, il ne fera que recouvrir au lieu de recouvrer, drame qui constitue \u00e0 la fois l\u2019aiguillon excitant de sa recherche et la perp\u00e9tuation de la frustration.<\/p>\n\n\n\n<p>La fascination pour les b\u00eates, les ondes, les danseuses\u2026 renvoie \u00e0 la recherche de ce v\u00e9hicule plus puissant que le verbe, plus apte \u00e0 saisir un mat\u00e9riel (\u00ab&nbsp;<em>fleur du secret&nbsp;\u00bb<\/em> est-il dit dans <em>Guignol\u2019s band<\/em>) enserrant ce traumatique qui date d\u2019avant mais encaiss\u00e9 comme cristallis\u00e9 au point agonique originaire. \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9motion du langage parl\u00e9 \u00e0 travers l\u2019\u00e9crit<\/em>&nbsp;\u00bb, C\u00e9line l\u2019a assez dit, ce qu\u2019on range souvent dans une \u00e9l\u00e9vation \u00e0 peu pr\u00e8s in\u00e9dite du langage populaire dans la langue litt\u00e9raire, alimentant l\u00e0 encore une m\u00e9prise possible, voire le refoulement collectif. La tectonique c\u00e9linienne est autrement plus compliqu\u00e9e&nbsp;: quel populo parle ou a parl\u00e9 comme lui&nbsp;? Il n\u2019y a pas qu\u2019une langue chez C\u00e9line, sa tectonique affronte quantit\u00e9s de niveaux diff\u00e9rents, de langues et de litt\u00e9ratures. De l\u2019abus, notamment sexuel, ne serait-ce que par manque premier de tendre, C\u00e9line a pu devenir un abuseur textuel. C\u2019est l\u00e0 la patte de l\u2019auteur, il saisit tout, son avidit\u00e9 le fait agripper tout, y compris le populo. Il lui faut surtout \u00eatre au plus pr\u00e8s du corps, reprendre l\u2019affect au plus pr\u00e8s de sa source, d\u00e9m\u00e9taphorisation n\u00e9cessaire d\u2019un style pouss\u00e9 de mots-choses. Et tenir le lecteur pour se tenir lui, C\u00e9line, qui n\u2019\u00e9crit en fait que sur son \u00eatre de papier, s\u2019acharnant \u00e0 rassembler ses fragments, comme ces enfants agoniques de <em>Rigodon<\/em> (lorsque l\u2019officier les compte, il s\u2019en trouve un de plus par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9num\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9demment effectu\u00e9e par le narrateur&nbsp;: un de trop&nbsp;? L\u2019auteur lui-m\u00eame qui s\u2019est rassembl\u00e9)<sup>14<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui est l\u2019interlocuteur que C\u00e9line harangue incessamment&nbsp;? Du limon d\u2019une s\u00e9duction originaire mutil\u00e9e, ses parents qui ne pouvaient jouer avec lui, C\u00e9line a ce besoin du lecteur, fr\u00e8re lecteur qui pourrait extraire la pierre de folie mais, surtout, constater le trauma, devenir fr\u00e8re un peu petite m\u00e8re&nbsp;: quelqu\u2019un qui va faire le job avec lui, penser les pens\u00e9es, mettre du lien entre des unit\u00e9s mobiles. Alli\u00e9e \u00e0 cette complicit\u00e9 herm\u00e9neutique active recherch\u00e9e chez son lecteur, il se trouve aussi un principe de discontinuit\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture qui renforce l\u2019accordage \u00e0 notre capacit\u00e9 de r\u00eaverie&nbsp;: sa bobine nous parle puisque la discontinuit\u00e9, ces ruptures, ne rendent pas forc\u00e9ment compte d\u2019une agonie aussi dramatique que le complexe traumatique indique. Apr\u00e8s tout le n\u00e9gatif, la suspension est en chacun de nous&nbsp;: le fond de notre \u00eatre est hallucinatoire, pulsionnel, sauvage qui pousse \u00e0 la d\u00e9charge, il faut bien que des barri\u00e8res s\u2019\u00e9rigent pour que nous soyons ce que nous sommes, en somme. Notre pens\u00e9e est heureusement discontinue, ce qui lui permet l\u2019espace disponible pour l\u2019imagination (et le regret), et le style c\u00e9linien trouve sa force de s\u2019accorder \u00e0 ce niveau-l\u00e0. Ainsi ce n\u00e9gatif peut devenir un trait d\u2019union, pour nous la vis\u00e9e c\u00e9linienne originaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas dans le seul exc\u00e8s que l\u2019auteur est le meilleur (voir les pamphlets)&nbsp;: c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans un exc\u00e8s suffisamment tamis\u00e9. La \u00ab&nbsp;trouvaille&nbsp;\u00bb des trois points est celle d\u2019un pivot positivant le n\u00e9gatif c\u00e9linien en fractionnant ses embrasements (on travaille mieux sur de petites quantit\u00e9s). Nous \u00ab&nbsp;entendons&nbsp;\u00bb ces trois points comme les coups sur le plancher de la salle de danse de Lucette \u00e0 l\u2019\u00e9tage juste au-dessus du bureau d\u2019\u00e9criture, comme des bruits rythmiques qui ponctuaient la transe dans laquelle C\u00e9line se plongeait au risque de se vautrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors entre les trois points, encadr\u00e9e effectivement, la p\u00e2te litt\u00e9raire, tous les jeux et toutes les combinaisons, tous les croisements, toutes les hybridations de la langue, pour se fragmenter et recoudre les fragments. Au plus pr\u00e8s du corps, au plus pr\u00e8s du \u00c7a, d\u00e8s l\u2019entame celui-ci mis en exergue et r\u00e9p\u00e9t\u00e9, obstin\u00e9ment fouill\u00e9 par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a a d\u00e9but\u00e9 comme \u00e7a, ainsi se terminent mes propositions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Question du public&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous parlez quand m\u00eame peu de l\u2019antis\u00e9mitisme de l\u2019\u00e9crivain, ne trouvez-vous pas que, peut-\u00eatre effet de votre go\u00fbt pour lui, vous excuseriez les pamphlets&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette question est toujours sollicit\u00e9e par une pr\u00e9sentation consacr\u00e9e au sujet C\u00e9line. Peut-\u00eatre n\u2019ai-je effectivement pas d\u00e9velopp\u00e9 suffisamment ce point, consid\u00e9rant qu\u2019il ferait partie d\u2019une sorte de lieu commun et que, de plus, je n\u2019ai pas \u00e0 me servir de l\u2019\u00e9crivain pour mettre en avant mon propre humanisme. Toutefois, rien qu\u2019\u00e0 la consid\u00e9rer, l\u00e0, c\u2019est peut-\u00eatre cette expression de \u00ab&nbsp;lieu commun&nbsp;\u00bb qui refl\u00e8te au mieux la probl\u00e9matique que vous indiquez l\u00e9gitimement&nbsp;: C\u00e9line ne vient-il pas, tout \u00e0 fait \u00e0 dessein, nous saisir dans le lieu commun de notre abjection, l\u2019intol\u00e9rance \u00e0 un autre par exemple&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La bobine, le fil que j\u2019ai tent\u00e9 de suivre, est quand m\u00eame la prise en compte de ce contraste pos\u00e9 par C\u00e9line&nbsp;: c\u2019est le m\u00eame qui peut nous ravir, c\u2019est le m\u00eame qui peut nous horrifier. Dans cette difficult\u00e9 d\u2019int\u00e9gration, j\u2019ai dit voir la marque du traumatique, au sens d\u2019un complexe traumatique qu\u2019il nous passe, dont Destouches aurait eu \u00e0 se d\u00e9brouiller, parfois \u00e0 s\u2019embrouiller. Que les pamphlets ne soient pas de la litt\u00e9rature c\u2019est la position que j\u2019ai tenue, alors, oui&nbsp;: c\u2019est une position un peu facile.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne fait pas de litt\u00e9rature avec de bons sentiments, c\u2019est connu, c\u2019est surtout d\u00e9montr\u00e9 de la mani\u00e8re la plus \u00e9vidente par C\u00e9line. La perle est g\u00e2t\u00e9e, je le regrette aussi, mais ce que j\u2019ai tent\u00e9 de d\u00e9signer, en appui sur la conception ferenczienne du trauma, c\u2019est que la perle g\u00e2t\u00e9e est probablement consubstantielle \u00e0 la dynamique de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, si j\u2019\u00e9voque l\u2019hypnose \u00e0 propos de la puissance du style c\u00e9linien, c\u2019est en sachant naturellement quelle probl\u00e9matique je croise&nbsp;: l\u2019\u00e9crit pousse-t-il \u00e0 l\u2019acte&nbsp;? Reprendre ceci c\u2019est diff\u00e9rencier la r\u00e9alit\u00e9 du fantasme, celui accord\u00e9 \u00e0 l\u2019hypnose de pouvoir contr\u00f4ler l\u2019autre, et m\u00eame de pouvoir lui imposer des actes contraires \u00e0 ses rep\u00e8res moraux. C\u2019est comme cela que certains \u00e9crivent sur C\u00e9line, ayant per\u00e7u assez correctement son talent mais, \u00e0 mon avis, lui pr\u00eatant ce fantasme populaire et confondant chez lui une pulsion, d\u2019emprise, avec une r\u00e9alisation dans la t\u00eate du lecteur. J\u2019ai parl\u00e9 de \u00ab&nbsp;transe&nbsp;\u00bb parce que cet \u00e9crivain en parle, \u00e9galement parce que, remarquablement, les formulations th\u00e9orico-pratiques de l\u2019hypnose semblent parfaitement mises en \u00e9criture par lui, tout ce qu\u2019utilisent les hypnoth\u00e9rapeutes dans leurs injonctions et qui, \u00e9videmment, vise \u00e0 passer, faire passer, qui renvoie \u00e0 l\u2019agonie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour C\u00e9line probablement s\u2019en d\u00e9faire et s\u2019en refaire\u2026 ce faisant se faire le lecteur&nbsp;? Peut-\u00eatre, mais certainement pas d\u00e9faire ce lecteur, en particulier de ses rep\u00e8res moraux. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment, pour moi, le contraire de la machine \u00e0 d\u00e9cerveler&nbsp;: penser les pens\u00e9es avec lui stimule \u00e0 \u00e9prouver sa diff\u00e9rence, le lecteur est \u00e9galement par l\u00e0 fr\u00e8re d\u2019arme comme compagnon qui va se pr\u00eater \u00e0 l\u2019entra\u00eenement du combat.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, je dirai surtout que faire de la litt\u00e9rature c\u2019est justement s\u2019\u00e9lever du lieu commun. Sur la subsistance de la litt\u00e9rature dans les pamphlets, sur la substance de l\u2019\u00e9criture romanesque \u00e0 transporter, son auteur lui-m\u00eame, au d\u00e9passement de ses propres positions, je renvoie l\u2019auditoire \u00e0 la conclusion du <em>C\u00e9line<\/em> de Henri Godard, il exprime lumineusement ce que j\u2019ai tent\u00e9 ici de diff\u00e9rencier et qui tourne autour de cette id\u00e9e, combien pr\u00e9cieuse pour l\u2019analyste, que certains formants narratifs promeuvent effectivement le d\u00e9passement de certaines limites ou complexes, voire folies priv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, p. 793.<\/li><li>Alexandre Vialatte, Chroniques du d\u00e9c\u00e8s de C\u00e9line, pour <em>La Montagne<\/em> du 1 ao\u00fbt 1961.<\/li><li>Lettres, <em>Pl\u00e9iade V<\/em>, p. 370, lettre du 13 mai 1933.<\/li><li><em>Semmelweis<\/em>, p. 41 et 46.<\/li><li><em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, p. 242.<\/li><li>Corcos M., Loisel Y., Jeammet P. (2016), \u00ab\u00a0Expression n\u00e9vrotique, \u00e9tat limite, fonctionnement psychotique \u00e0 l\u2019adolescence\u00a0\u00bb, <em>E.M.C., Psychiatrie<\/em>, 2016, 1, 14, 37-215-B-20.<\/li><li><em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, p. 560.<\/li><li><em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, p. 527.<\/li><li>Voir \u00e0 ce sujet le premier chapitre de l\u2019excellent ouvrage\u00a0: <em>La Bretagne<\/em> de L.-F. C\u00e9line, Ga\u00ebl Richard.<\/li><li><em>Entretiens avec le Pr. Y<\/em>., p. 545.<\/li><li><em>Rigodon<\/em>, p. 867.<\/li><li><em>D\u2019un ch\u00e2teau l\u2019autre<\/em>, p. 128<\/li><li><em>D\u2019un ch\u00e2teau l\u2019autre<\/em>, P. 125.<\/li><li><em>Rigodon<\/em>, p. 898.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10703?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Il faut de tout pour faire un monde, et plus que tout dans le m\u00eame \u00eatre&#8230; \u00e0 comprendre, vous avez bonne mine&nbsp;!&nbsp;\u00bb Nord, p. 221 &nbsp; Pour commencer, consid\u00e9rons la chose sous l\u2019angle du lieu commun&nbsp;: C\u00e9line, c\u2019est d\u2019abord une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[],"thematique":[200],"auteur":[1379],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[638],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-10703","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","thematique-litterature","auteur-yoann-loisel","mode-gratuit","revue-638","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10703"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10703\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14178,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10703\/revisions\/14178"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10703"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10703"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10703"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10703"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10703"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10703"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10703"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}