{"id":10702,"date":"2021-08-22T07:32:34","date_gmt":"2021-08-22T05:32:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/a-la-recherche-du-temps-manque-a-propos-de-lamour-en-soi-dans-marelle-de-julio-cortazar-2\/"},"modified":"2021-09-18T16:59:21","modified_gmt":"2021-09-18T14:59:21","slug":"a-la-recherche-du-temps-manque-a-propos-de-lamour-en-soi-dans-marelle-de-julio-cortazar","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/a-la-recherche-du-temps-manque-a-propos-de-lamour-en-soi-dans-marelle-de-julio-cortazar\/","title":{"rendered":"A la recherche du temps manqu\u00e9 A propos de l\u2019amour en soi dans \u201cMarelle\u201d de Julio Cort\u00e0zar"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Voulant \u00e9viter d\u2019ass\u00e9ner au lecteur des id\u00e9es qui souvent, loin d\u2019enrichir le texte, l\u2019alourdissent, j\u2019ai pens\u00e9 que celui-ci parlait de lui-m\u00eame et n\u2019appelait qu\u2019un minimum de commentaires psychanalytiques (&#8230;) il m\u2019a sembl\u00e9 que le pouvoir de conviction de la psychanalyse \u00e9tait d\u2019autant plus grand qu\u2019elle se faisait plus discr\u00e8te.&nbsp;\u00bb<footer><em>A. Green<\/em> Joseph Conrad&nbsp;: le premier commandement.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>Quel silence ta peau (&#8230;)<\/em>&nbsp;\u00bb<footer>Julio Cort\u00e1zar <em>Marelle<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais l\u2019amour, ce mot&#8230; <em>Horacio moraliste, redoutant les passions sans une raison d\u2019eaux profondes, d\u00e9rout\u00e9 et m\u00e9fiant dans la ville o\u00f9 l\u2019amour s\u2019appelle de tous les noms de toutes les rues, de toutes les maisons, de tous les \u00e9tages, de toutes les chambres, de tous les lits, de tous les r\u00eaves, de tous les oublis ou de tous les souvenirs. Mon amour, je ne t\u2019aime pas parce que le sang me pousse \u00e0 t\u2019aimer, je t\u2019aime parce que tu n\u2019es pas mienne, parce que tu es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, m\u2019invitant \u00e0 sauter pour te rejoindre mais je ne peux pas sauter, parce que, au plus profond de la possession, tu n\u2019es pas en moi, je ne t\u2019atteins pas, je ne d\u00e9passe pas ton corps, ton rire, il y a des heures o\u00f9 cela me tourmente que tu m\u2019aimes (&#8230;) ton amour me tourmente, car il ne me sert pas de pont, jamais Wright ou Le Corbusier ne feront de pont soutenu d\u2019un seul c\u00f4t\u00e9, et ne me regarde pas avec ces yeux d\u2019oiseau, pour toi l\u2019op\u00e9ration amour est si simple, tu gu\u00e9riras avant moi bien que tu m\u2019aimes plus que je ne t\u2019aime. Bien s\u00fbr tu gu\u00e9riras, car tu vis dans la sant\u00e9, apr\u00e8s moi en viendra un autre, on en change comme de corsage. Si triste d\u2019entendre le cynique Horacio qui veut un amour passeport, amour passe-montagne, amour clef, amour revolver, amour qui lui donne les mille yeux d\u2019Argus, l\u2019ubiquit\u00e9, le silence \u00e0 partir duquel la musique est possible, la racine \u00e0 partir de laquelle on pourrait commencer \u00e0 tisser une langue. Et c\u2019est b\u00eate parce que tout \u00e7a au fond, dort en toi, il n\u2019y aurait qu\u2019\u00e0 te plonger dans un verre d\u2019eau comme une fleur japonaise pour que peu \u00e0 peu jaillissent les p\u00e9tales, se gonflent les formes courbes, apparaisse la beaut\u00e9. Donneuse d\u2019infini, moi je ne sais pas prendre, pardonne-moi.<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup> (pp. 441-442).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces mots sont prononc\u00e9s par Horacio Oliveira, le personnage central de <em>Marelle<\/em>. Il les dit int\u00e9rieurement \u00e0 la Sibylle, dont l\u2019absence le tue, alors que \u00ab&nbsp;tout est fini entre (eux) et qu\u2019(il) erre par-l\u00e0, tournant sur (lui)-m\u00eame, cherchant le nord, cherchant le sud, si tant est qu\u2019(il) les cherche.&nbsp;\u00bb (p. 102)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 la Sibylle \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) que je parle, maintenant qu\u2019elle est si loin. Et je ne lui parle pas avec les mots qui n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 ne pas nous entendre, je commence, maintenant qu\u2019il est trop tard, \u00e0 en employer d\u2019autres, les siens, ceux color\u00e9s de cette chose qu\u2019elle comprend et qui n\u2019a pas de nom, auras et vibrations qui tendent l\u2019air entre deux corps ou qui remplissent de poussi\u00e8re d\u2019or une chambre ou un po\u00e8me.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 104)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour pr\u00e9sent dans <em>Marelle<\/em> de Julio Cort\u00e1zar pose de nombreuses questions pour ce qui en est de <em>l\u2019amour en soi<\/em>. Certes, <em>l\u2019amour de l\u2019amour<\/em>, mais aussi peut-\u00eatre cet amour que l\u2019on porte (ou pas, ou si peu) en soi-m\u00eame, pour soi, pour Moi, parfois pour un autre qui ne soit qu\u2019un autre soi-m\u00eame. <em>L\u2019amour que le Moi se porte \u00e0 lui-m\u00eame<\/em>, dans un syst\u00e8me par d\u00e9finition si clos<sup>2<\/sup>. <em>Le Moi aimant s\u2019aimer<\/em> devient ici peut-\u00eatre \u2013 et au plus \u2013 lorsqu\u2019un objet se dessine \u00e0 l\u2019horizon, <em>le Moi s\u2019aimant aimer<\/em><sup>3<\/sup>, dans une tentative d\u2019autosuffisance qui ne vise qu\u2019\u00e0 assurer une unit\u00e9 possible, aussi recherch\u00e9e que fragile et menac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet univers o\u00f9 les limites et les fronti\u00e8res sont devenues si fr\u00eales, si instables, si difficilement perceptibles, parce que la plupart du temps inexistantes, qu\u2019en est-il du statut du Moi et de l\u2019Objet, de Soi et de l\u2019Autre&nbsp;? Lorsque la souffrance narcissique-identitaire<sup>4<\/sup> est au rendez-vous, que devient cet amour en soi adress\u00e9 \u00e0 un \u00ab&nbsp;autre&nbsp;\u00bb porteur \u00e0 la fois de la maladie si crainte et de l\u2019espoir d\u2019un rem\u00e8de&nbsp;? Les diff\u00e9rences viennent alors \u00e0 manquer, m\u00eame du c\u00f4t\u00e9 du lien&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il n\u2019y a pas de message, il y a des messagers et c\u2019est eux le message, de m\u00eame que l\u2019amour c\u2019est celui qui aime<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 412), ou celle que l\u2019on aime.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oliveira ne sait pas, n\u2019a pas la moindre id\u00e9e de ce qu\u2019est le bon chemin, il n\u2019a aucune id\u00e9e (en positif) sur quoi que ce soit, pour lui tout est (en) n\u00e9gatif (\u2026)<sup>5<\/sup>&nbsp;\u00bb. Il est un homme qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment des choses qu\u2019il ignore. Il les d\u00e9signe pourtant par des noms tels que <em>le Kibboutz du d\u00e9sir<\/em> ou <em>le Centre<\/em>, \u00e0 savoir, \u00ab&nbsp;ce qui subsiste quand on a tout rejet\u00e9. Et <em>Marelle<\/em> est, en fait, une accumulation de rejets&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Tout se d\u00e9fait entre tes mains d\u00e8s que tu touches quelque chose, et m\u00eame quand tu le regardes, dit Pola. Tu es comme un acide terrible, tu me fais peur.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 380)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oliveira d\u00e9molit peu \u00e0 peu tout sur son passage. Il rejette tout&nbsp;: les femmes, les choses, le temps, les villes. Car, apr\u00e8s avoir liquid\u00e9 tout ce qu\u2019il voulait liquider, il a alors l\u2019espoir de pouvoir r\u00e9inventer la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup>, de pouvoir enfin se <em>r\u00e9inventer<\/em>. Une telle qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, qui passerait par un d\u00e9pouillement extr\u00eame de soi et du monde jusqu\u2019aux extr\u00eames de l\u2019\u00eatre et jusqu\u2019\u00e0 la non-existence, &#8211; car Horacio incarne bien pour nous l\u2019\u00eatre qui bascule dans le non-\u00eatre afin de se (re)trouver enfin, quitte \u00e0 se perdre pour toujours-, nous rappelle in\u00e9vitablement cette formulation essentielle pour les psychanalystes que nous sommes&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 partir de la non-existence que l\u2019existence peut commencer<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 une recherche sans rencontre promise, ni d\u00e9finie<sup>9<\/sup>, ni d\u00e9finitive, Horacio Oliveira fera appel \u00e0 un autre, en parcourant la voie probable de l\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La v\u00e9ritable alt\u00e9rit\u00e9 faite de d\u00e9licats contacts, de merveilleux ajustements avec le monde, ne pouvait s\u2019accomplir avec un seul terme, \u00e0 la main tendue devait r\u00e9pondre une autre main venue du dehors, de l\u2019autre.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 108) Cet autre prendra plusieurs noms dans le roman, mais c\u2019est surtout celui de la Sibylle que nous souhaiterions retenir et c\u2019est de leur amour impossible que nous voudrions traiter dans ce qui suit.<\/p>\n\n\n\n<p>La Sibylle, Luc\u00eda de son vrai pr\u00e9nom, une femme qui soigne son enfant, comme cela est le cas dans plusieurs nouvelles de Cort\u00e1zar<sup>10<\/sup>, saurait peut-\u00eatre lui indiquer le chemin ou l\u2019aider \u00e0 construire ce passage vers l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, o\u00f9 pourrait vivre &#8211; ou se sentir vivre enfin &#8211; le v\u00e9ritable Soi. Elle pourrait donner r\u00e9ponse \u00e0 cette envie \u00ab&nbsp;<em>d\u2019avoir piti\u00e9 de quelque chose, l\u2019envie qu\u2019il pleuve l\u00e0-dedans, qu\u2019il se mette enfin \u00e0 pleuvoir et que \u00e7a sente la terre, les choses vivantes, oui, enfin les choses vivantes<\/em>.&nbsp;\u00bb (p. 105). Elle saurait, elle, offrir une seconde chance \u00e0 l\u2019illusion, \u00e0 la cr\u00e9ation, \u00e0 la d\u00e9sillusion<sup>11<\/sup>, \u00e0 une <em>continuit\u00e9 d\u2019existence<\/em> qui fait tellement d\u00e9faut \u00e0 Horacio, d\u2019une fa\u00e7on profonde et douloureuse. Une telle faille se manifeste autant dans une dissociation entre l\u2019esprit et le corps<sup>12<\/sup>, que dans son impossibilit\u00e9 de si\u00e9ger dans son <em>\u00eatre<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;(\u2026) <em>et l\u2019irritation de penser \u00e0 tout cela, en sachant que comme toujours il me co\u00fbtait beaucoup moins de penser que d\u2019\u00eatre, que dans mon cas le ergo de la petite phrase n\u2019\u00e9tait pas si ergo, ni rien qui lui ressemble (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>**<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est tr\u00e8s simple, toute exaltation ou toute d\u00e9pression me pousse vers un \u00e9tat propice (\u2026) \/ une aptitude instantan\u00e9e \u00e0 sortir de moi-m\u00eame pour m\u2019appr\u00e9hender aussit\u00f4t du dehors, ou du dedans mais sur un autre plan, \/ comme si j\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un qui me regarde \/ mieux encore \u2013 car en r\u00e9alit\u00e9 je ne me vois pas \u2013 comme quelqu\u2019un qui serait en train de me vivre.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 420).<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sonances, dans de tels propos, d\u2019un homme qui \u00ab&nbsp;ne se voit pas&nbsp;\u00bb, \u00e0 la recherche du regard d\u2019une femme qui serait surtout une m\u00e8re voyante, une <em>sibylle<\/em> aimante et \u00e0 aimer, sont \u00e9videntes.<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio Oliveira, cet argentin dans la quarantaine, d\u00e9barque un jour \u00e0 Paris sans trop savoir pourquoi ni comment. Il sait, par contre, qu\u2019il m\u00e8ne une vie futile et absurde. Faute de trouver une issue (un lieu chez soi), il s\u2019y jette \u00e9perdument, en sentant que \u00ab&nbsp;ce n\u2019est qu\u2019en vivant absurdement qu\u2019on pourrait peut-\u00eatre rompre cet absurde infini&nbsp;\u00bb. (p.110) \u00ab&nbsp;<em>Peut-\u00eatre vivre absurdement pour en finir avec l\u2019absurde, se jeter en soi-m\u00eame avec tant de violence que le saut s\u2019ach\u00e8ve dans les bras d\u2019un autre.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 108) Et, entre temps, il persiste \u00e0 s\u2019attendre, parfois inutilement, \u00e0 se chercher, souvent sans r\u00e9sultat. Il continue \u00e0 avoir un si grand besoin de s\u2019approcher mieux de lui-m\u00eame, de laisser tomber tout ce qui le s\u00e9pare de ce qu\u2019il appelle son centre, quel qu\u2019il soit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Cette existence m\u00eame que j\u2019essaie parfois de d\u00e9crire, ce Paris o\u00f9 je tourne comme une feuille morte ne seraient pas visibles s\u2019il ne battait, derri\u00e8re, cette angoisse axiale, la rencontre avec le noyau. Que de mots, que de nomenclatures pour un m\u00eame d\u00e9sarroi&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 23).<\/p>\n\n\n\n<p>La qu\u00eate d\u2019Oliveira se situe du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019<em>\u00eatre<\/em> et de l\u2019<em>unit\u00e9<\/em>. La recherche d\u2019un soi unitaire dont il ressent le manque fondamental. Absence d\u2019assises qui le plonge dans la d\u00e9tresse. Unit\u00e9 qu\u2019il voudrait chercher et trouver tout d\u2019abord dans l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, voire dans l\u2019asc\u00e8se. Car il est un \u00ab&nbsp;cathare existentiel, un pur&nbsp;\u00bb, cherchant \u00e0 se d\u00e9pouiller de tout, de l\u2019intelligence, de la raison, de la conscience, de l\u2019imagination et surtout du langage. Il pr\u00e9tend changer la r\u00e9alit\u00e9, en commen\u00e7ant par la sienne, avec une m\u00e9fiance permanente vis-\u00e0-vis du caract\u00e8re us\u00e9 et trompeur d\u2019un langage qu\u2019il ressent charg\u00e9 de tout ce qu\u2019il porte de n\u00e9gatif du pass\u00e9. Un langage qu\u2019il s\u2019impose par cons\u00e9quent de r\u00e9viser, de nettoyer. <em>Parvenir \u00e0 la certitude d\u2019un \u00ab&nbsp;je suis&nbsp;\u00bb qui ne passe pas par les mots, mais par l\u2019\u00e9vidence de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>. Appr\u00e9hender son unit\u00e9, sans \u00eatre un h\u00e9ros, sans \u00eatre un saint, ni un criminel (p. 88), sans renoncer non plus \u00e0 une essence qu\u2019il ne parvient pas encore \u00e0 pr\u00e9ciser, mais dont la perte serait v\u00e9cue comme une trahison.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>La question de l\u2019unit\u00e9 le pr\u00e9occupait, car il sentait bien qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s facile de tomber dans les pires pi\u00e8ges. Du temps qu\u2019il \u00e9tait \u00e9tudiant vers 1930, il avait d\u00e9couvert avec surprise (d\u2019abord) et ironie (ensuite) que des tas de types s\u2019installaient confortablement dans une soi-disant unit\u00e9 de personne qui \u00e9tait une simple unit\u00e9 linguistique et une scl\u00e9rose pr\u00e9matur\u00e9e du caract\u00e8re. (\u2026) (il voudrait se frayer un passage) jusqu\u2019\u00e0 une r\u00e9conciliation totale avec soi-m\u00eame et avec la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019on habite. Parvenir \u00e0 la parole sans la parole (\u2026) et, sans conscience raisonnante, appr\u00e9hender une unit\u00e9 profonde, quelque chose qui montr\u00e2t enfin le sens de ce qui, pour le moment, se bornait \u00e0 \u00eatre l\u00e0 (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb. (pp. 88-89).<\/p>\n\n\n\n<p>Du sentiment de futilit\u00e9 au v\u00e9cu d\u2019inconsistance&nbsp;; de la rencontre avec l\u2019autre \u00e0 la perte de la capacit\u00e9 de relation avec les objets&nbsp;; de l\u2019engagement au non-engagement, voire au d\u00e9sinvestissement&nbsp;; de l\u2019introspection exquise \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re&nbsp;; de l\u2019angoisse qui soutient \u00e0 l\u2019agonie qui engloutit. Horacio Oliveira se perd et se retrouve et se perd \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je crois que la peur qu\u2019il \u00e9prouve est comme un dernier refuge, la barre o\u00f9 il se cramponne avant de se jeter dans le vide.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 547).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, dans le passage si p\u00e9nible du sommeil \u00e0 la veille, \u00ab&nbsp;avec les restes d\u2019un paradis entrevu en r\u00eave et qui pendent \u00e0 pr\u00e9sent sur (soi) comme les cheveux d\u2019un noy\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>(\u2026) tu tombes en toi-m\u00eame, et pendant que tu te brosses les dents (\u2026) c\u2019est comme si le lavabo blanc t\u2019absorbait, comme si tu glissais par ce trou qui emporte le tartre, la morve, la chassie, les pellicules, la salive et tu te laisses glisser avec l\u2019espoir de retourner peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019autre chose, \u00e0 ce que tu \u00e9tais avant de te r\u00e9veiller et qui flotte encore, qui est encore en toi, qui est toi-m\u00eame, mais commence \u00e0 s\u2019en aller\u2026 Oui, pendant un moment, tu tombes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur jusqu\u2019\u00e0 ce que les d\u00e9fenses de la veille, oh&nbsp;! la jolie expression&nbsp;! \u00f4 langage&nbsp;! se chargent de t\u2019arr\u00eater.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Exp\u00e9rience typiquement existentielle, dit Gregorovius d\u2019un air pr\u00e9tentieux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Certainement, mais tout d\u00e9pend de la dose (lui r\u00e9torqua Oliveira). Moi, le lavabo m\u2019avale pour de bon (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 368)<\/p>\n\n\n\n<p>Des mots qui tentent de traduire en paroles ce qu\u2019un Francis Bacon exprime souvent en images&nbsp;: <em>la possibilit\u00e9 de communiquer la douleur de l\u2019incommunicable<\/em><sup>13<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc \u00e0 Paris que Horacio part \u00e0 la recherche d\u2019un Soi jamais advenu. Paris, cette \u00ab&nbsp;\u00e9norme m\u00e9taphore&nbsp;\u00bb o\u00f9 il pressent qu\u2019en un certain lieu, une certaine mort ou une certaine rencontre, il y trouvera une clef (p. 144). Une trouvaille qui doit passer, ressent-il, par l\u2019\u00e9prouver et le sentir, et non par le penser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Paris est un centre (\u2026) un mandala qu\u2019il faut parcourir sans dialectique, un labyrinthe o\u00f9 les formules pragmatiques ne servent qu\u2019\u00e0 mieux se perdre. Alors un cogito qui soit comme respirer Paris, entrer en lui en le laissant entrer, neuma et non logos.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 443).<\/p>\n\n\n\n<p>Paris serait ce lieu, ce centre o\u00f9 il pourrait rencontrer enfin l\u2019amour incarn\u00e9 dans un semblable, entrer en lui et le laisser entrer. Un amour vie, amour air, amour respiration, amour que l\u2019on inspire et l\u2019on exhale, un amour \u00e9l\u00e9ment essentiel pour la vie, un amour que, par d\u00e9finition, on ne peut pas choisir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Ce que beaucoup de gens appellent aimer consiste \u00e0 choisir une femme et \u00e0 l\u2019\u00e9pouser. Ils la choisissent, je te jure, je l\u2019ai vu. Comme si l\u2019on pouvait choisir dans l\u2019amour, comme si ce n\u2019\u00e9tait pas un \u00e9clair qui te fend en deux et te laisse p\u00e9trifi\u00e9 sur place. (..) Tu ne choisis pas la pluie qui te trempera jusqu\u2019aux os \u00e0 la sortie d\u2019un concert.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 442)<\/p>\n\n\n\n<p>Un amour qui lui permette de sortir de son insularit\u00e9 extr\u00eame, d\u2019un <em>esseulement<\/em><sup>14<\/sup> bien plus grand que la seule solitude, car alors ce n\u2019est pas tant l\u2019autre qui vient \u00e0 manquer mais soi-m\u00eame. Ces temps o\u00f9 ma propre compagnie me manque, cette sensation de vivre ou de survivre en marge de la vie, et de soi et des autres. L\u2019amour serait un donneur d\u2019\u00eatre, un rem\u00e8de probable pour cet isolement qu\u2019Horacio vit comme ind\u00e9passable, irr\u00e9ductible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Seul un optimisme biologique et sexuel pouvait cacher \u00e0 certains leur insularit\u00e9, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 John Donne. Les contacts dans l\u2019action, la race, le m\u00e9tier, le lit ou le stade \u00e9taient des contacts de branches et de feuilles qui s\u2019entrelacent et se caressent d\u2019arbre \u00e0 arbre tandis que les troncs \u00e9l\u00e8vent d\u00e9daigneux leurs parall\u00e8les inconciliables. (\u2026) Oui, peut-\u00eatre l\u2019amour, mais l\u2019<\/em>otherness <em>nous dure ce que dure une femme et encore seulement pour ce qui touche \u00e0 cette femme. Allons, il n\u2019y a pas d\u2019<\/em>otherness, <em>tout au plus l\u2019agr\u00e9able<\/em> togetherness<em>. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 quelque chose\u2026 Amour, c\u00e9r\u00e9monie ontologisante, donneuse d\u2019\u00eatre. Et c\u2019est pour cela qu\u2019il lui venait \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit ce qu\u2019il aurait peut-\u00eatre d\u00fb penser d\u00e8s le d\u00e9but&nbsp;: sans la possession de soi, il n\u2019y a pas possession de l\u2019autre et qui se poss\u00e9dait v\u00e9ritablement&nbsp;? Qui \u00e9tait vraiment d\u00e9sabus\u00e9 de soi, de la solitude absolue au point de ne pouvoir compter sur sa propre compagnie et d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 de se jeter au cin\u00e9ma, au bordel, chez les amis, dans un m\u00e9tier absorbant ou dans le mariage pour \u00eatre au moins seul-parmi-les-autres? Ainsi, paradoxalement, le comble de la solitude menait au comble du gr\u00e9gaire, \u00e0 la grande illusion de la compagnie, \u00e0 l\u2019homme seul dans la salle des \u00e9chos et des miroirs. Ainsi, des gens comme lui qui s\u2019acceptaient (ou se refusaient, mais en se connaissant de pr\u00e8s) tombaient dans le pire paradoxe, celui d\u2019\u00eatre peut-\u00eatre au bord de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sans pouvoir franchir ce bord<\/em>.&nbsp;\u00bb (p. 108).<\/p>\n\n\n\n<p>Un amour enrichissement vital, amour exaltation, amour pur, amour &#8211; acc\u00e8s \u00e0 l\u2019autre et <em>donc<\/em> \u00e0 soi. Dans sa recherche d\u2019absolu, d\u2019un amour qui serait donneur d\u2019un infini plein, Horacio se confronte lui-m\u00eame avec son vide infini. Or de la confrontation de deux contenus<sup>15<\/sup>, de l\u2019accouplement impossible de deux infinis extr\u00eames, l\u2019infini du tout et l\u2019infini du rien, si dissemblables et pourtant si proches, ne saurait na\u00eetre une vie. D\u2019autre part, le tout et le rien sont si \u00e9loign\u00e9s, l\u2019un et l\u2019autre, du non-rien, de la non-chose<sup>16<\/sup>, cette absence et ce manque inh\u00e9rents \u00e0 un \u00e9tat d\u2019exp\u00e9rience suspendue o\u00f9 naissent le fantasme et la repr\u00e9sentation. Et pourtant, il \u00ab&nbsp;doit y avoir un \u00e9tat <em>entre<\/em> la perte totale et la pr\u00e9sence excessive (\u2026)&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup>, entre le trop plein et le vide absolu, sans mesure sans nuances, sans \u00e9change possible&nbsp;: il se nomme <em>absence<\/em>, et faute d\u2019absence, la cr\u00e9ation du psychisme \u00e9choue. <em>On a beau croire alors \u00e0 la dimension r\u00e9demptrice d\u2019un amour dont l\u2019autre serait d\u00e9sormais le seul d\u00e9tenteur, un amour qui serait en mesure de donner le jamais advenu<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il avait cru une fois \u00e0 l\u2019amour comme enrichissement, exaltation des puissances m\u00e9diatrices\u2026 Un jour, il s\u2019\u00e9tait aper\u00e7u que ses amours \u00e9taient impures parce qu\u2019elles pr\u00e9supposaient cet espoir, alors que le v\u00e9ritable amant aime sans rien esp\u00e9rer d\u2019autre que l\u2019amour, acceptant aveugl\u00e9ment que le ciel devienne plus bleu, la nuit plus douce et le tramway moins incommode. (\u2026) Les femmes commen\u00e7aient par l\u2019adorer (\u2026) par l\u2019admirer (\u2026) puis quelque chose leur faisait pressentir le vide, elles se rejetaient en arri\u00e8re, et lui, il leur facilitait la fuite, il leur ouvrait la porte pour qu\u2019elles puissent aller jouer plus loin.<\/em>&nbsp;\u00bb (pp. 435-436).<\/p>\n\n\n\n<p>Inspiration &#8211; Expiration. Inhalation &#8211; Exhalaison. Se remplir et se vider. L\u2019amour se situe pourtant dans le voyage, dans le parcours, dans ce qui est entre, et non dans les deux termes qu\u2019il relie. Il vit dans la possibilit\u00e9 d\u2019aller et de venir, du positif au n\u00e9gatif, du vide au plein. Et vice-versa&nbsp;: un lien \u00e0 double direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio et la Sibylle se sont rencontr\u00e9s un jour, sans se chercher, tout en \u00e9tant persuad\u00e9s &#8211; comme ils le furent toujours &#8211; qu\u2019une rencontre fortuite \u00e9tait ce qu\u2019il y avait de moins fortuit dans leurs vies (p. 11).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait une petite librairie de la rue du Cherche-Midi, c\u2019\u00e9tait un ciel si bleu si calme, c\u2019\u00e9tait le soir et l\u2019heure, c\u2019\u00e9taient les fleurs aux balcons de Paris penchant comme la tour de Pise, c\u2019\u00e9tait le Verbe (au commencement), c\u2019\u00e9tait un homme qui se croyait un homme. Quelle infinie connerie, ma m\u00e8re&nbsp;! Et elle est sortie de la librairie (\u2026) et nous avons \u00e9chang\u00e9 deux mots et nous sommes all\u00e9s boire un verre de pelure d\u2019oignon dans un caf\u00e9 de S\u00e8vres &#8211; Babylone (\u00e0 propos de m\u00e9taphores, moi, d\u00e9licate porcelaine r\u00e9cemment d\u00e9ball\u00e9e<\/em> Handle with care, <em>et elle, Babylone, racine du temps, chose ant\u00e9rieure,<\/em> primeval being, <em>terreur et d\u00e9lice des commencements, romantisme d\u2019Atala mais avec un vrai tigre qui attend derri\u00e8re l\u2019arbre). Et c\u2019est ainsi que S\u00e8vres s\u2019en alla avec Babylone prendre un verre de pelure d\u2019oignon, nous nous regardions et je crois bien que nous commencions \u00e0 nous d\u00e9sirer (\u2026) et survint alors un dialogue m\u00e9morable plein de malentendus, de m\u00e9sententes qui se r\u00e9solvaient en vagues silences, et puis les mains se sont mises en mouvement de leur c\u00f4t\u00e9, il \u00e9tait doux de se caresser les mains en se regardant et en se souriant, nous allumions nos Gauloises au m\u00e9got l\u2019un de l\u2019autre, nous nous frottions des yeux, nous \u00e9tions d\u2019accord sur tout que c\u2019en \u00e9tait une honte, Paris dansait au-dehors en nous attendant, nous venions de d\u00e9barquer, nous venions de na\u00eetre, tout \u00e9tait l\u00e0 sans nom et sans histoire (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 443-444).<\/p>\n\n\n\n<p>Au commencement, c\u2019\u00e9tait un homme qui <em>se croyait<\/em> un homme. <em>Ma m\u00e8re<\/em> est sortie de la librairie. Moi, d\u00e9licate porcelaine r\u00e9cemment d\u00e9ball\u00e9e, <em>handle with care<\/em>. Elle, racine du temps, chose ant\u00e9rieure, <em>primeval being<\/em>, terreur et d\u00e9lice des commencements. Nous venions de <em>na\u00eetre<\/em>, tout \u00e9tait l\u00e0, sans nom et sans histoire. <em>M\u00e8re, quelle fragilit\u00e9 la mienne, lorsque je t\u2019ai rencontr\u00e9e&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Certes, le besoin d\u2019\u00eatre aim\u00e9s est notre lot \u00e0 tous. Mais l\u2019amour peut devenir parfois <em>la promesse d\u2019une r\u00e9paration<\/em> pour ceux chez lesquels l\u2019<em>Hilflosigkeit<\/em><sup>18<\/sup> du d\u00e9part est rest\u00e9e sans r\u00e9ponse. Ils persisteront \u00e0 croire toujours que, comme l\u2019amour, elle se trouve enti\u00e8rement chez l\u2019autre. Ils chercheront d\u00e9sormais la r\u00e9ponse si esp\u00e9r\u00e9e dans l\u2019<em>illusion<\/em> et dans la <em>passion<\/em> amoureuses, en croyant peut-\u00eatre qu\u2019il serait encore temps de tout d\u00e9faire et tout recommencer. <em>Il est des vies qui se construisent<\/em>, <em>en effet, \u00e0 la recherche du temps manqu\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Horacio, au commencement ce fut l\u2019<em>illusion<\/em>, une illusion qui d\u00e9passait de loin celle &#8211; pourtant si grande &#8211; qui accompagne le fait de tomber amoureux. \u00ab&nbsp;Enlac\u00e9 \u00e0 la Sibylle, cette concr\u00e9tion de n\u00e9buleuse&nbsp;\u00bb (p. 23), Horacio d\u00e9couvrait une illusion sans temps, inscrite dans son \u00eatre depuis toujours, une illusion qui se r\u00e9aliserait un jour et mettrait fin \u00e0 une attente interminable. Il y avait l\u00e0 comme une sorte de promesse. Il ne saurait dire qui le lui avait promis, ni quand, ni pour quel jour. Il avait pourtant la certitude d\u2019<em>une r\u00e9ponse qui devait arriver du dehors<\/em>. Depuis lors, il attendait. Quelqu\u2019un viendrait l\u00e0 o\u00f9 il l\u2019attendait et se mettrait \u00e0 sa port\u00e9e. Il saurait alors l\u2019inventer et s\u2019inventer. Il pourrait tout d\u00e9faire et tout recommencer. Le monde pourrait enfin \u00eatre trouv\u00e9 et cr\u00e9\u00e9, sans cesse recr\u00e9e<sup>19<\/sup>. Il aurait alors la certitude de sa propre existence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je touche tes l\u00e8vres, je touche d\u2019un doigt le bord de tes l\u00e8vres, je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s\u2019entrouvrait pour la premi\u00e8re fois, et il me suffit de fermer les yeux pour tout d\u00e9faire et tout recommencer, je fais na\u00eetre chaque fois la bouche que je d\u00e9sire, la bouche que ma main choisit et qu\u2019elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine libert\u00e9 pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas \u00e0 comprendre, co\u00efncide exactement avec ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu me regardes, tu me regardes de tout pr\u00e8s, tu me regardes de plus en plus pr\u00e8s, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent ti\u00e8des avec leurs l\u00e8vres, appuyant \u00e0 peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte o\u00f9 va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s\u2019enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvements vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines m\u00eal\u00e9es en une br\u00e8ve et terrible noyade, cette mort instantan\u00e9e est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit m\u00fbr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l\u2019eau.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 41).<\/p>\n\n\n\n<p>Illusion, l\u2019amour est aussi une <em>passion<\/em>, et \u00ab&nbsp;la passion d\u2019aimer est celle du \u201cp\u00e2tir\u201d, du \u201csubir\u201d&nbsp;\u00bb<sup>20<\/sup>. \u00c0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 primordiale de l\u2019univers pulsionnel, il faut ici ajouter celle, irr\u00e9ductible, de l\u2019objet. La d\u00e9pendance extr\u00eame du semblable qui en r\u00e9sulte, de par sa diff\u00e9rence car autre que soi lorsque l\u2019illusion \u00e9clate de fa\u00e7on pr\u00e9matur\u00e9e en morceaux, s\u2019y fait alors sentir comme une menace vitale. \u00ab&nbsp;<em>Au fond<\/em>, dira Horacio plus tard, <em>la Sybille a une vie personnelle, m\u00eame si j\u2019ai mis du temps \u00e0 m\u2019en apercevoir.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 590). Dans la passion de l\u2019amour, \u00ab&nbsp;quelque chose para\u00eet unir deux \u00eatres humains <em>diff\u00e9rents<\/em>. (\u2026) Ainsi, ceux qui sont dispos\u00e9s \u00e0 larguer les amarres sur les flots temp\u00e9tueux de l\u2019amour prennent le risque d\u2019affronter l\u2019exp\u00e9rience douloureuse et effrayante du naufrage&nbsp;\u00bb<sup>21<\/sup>. Ils chercheront pourtant la r\u00e9ponse si esp\u00e9r\u00e9e dans d\u2019autres corps, parfois dans ce deuxi\u00e8me corps \u00e0 corps o\u00f9 l\u2019amour joue sans cesse \u00e0 s\u2019inventer. \u00c0 l\u2019in\u00e9vitable d\u00e9faite en suivra immanquablement une autre, \u00ab&nbsp;la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019innombrables \u00e9checs, un jeu auquel on doit perdre mais qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 beau de jouer&nbsp;\u00bb (p. 438).<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio et la Sibylle apprirent \u00e0 s\u2019aimer dans les chambres de petits h\u00f4tels. Ils r\u00e9invent\u00e8rent encore une fois cette c\u00e9r\u00e9monie du plaisir ultime avant et apr\u00e8s lequel le monde \u00e9clate en morceaux, quand il faut le nommer \u00e0 nouveau, doigt par doigt, l\u00e8vre par l\u00e8vre, ombre par ombre (p. 439).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Oliveira aimait faire l\u2019amour avec la Sibylle car il n\u2019y avait rien de plus important pour elle, m\u00eame si, d\u2019une mani\u00e8re incompr\u00e9hensible, elle restait comme en de\u00e7\u00e0 de son plaisir, le rejoignant parfois, s\u2019y accrochant, le prolongeant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait alors comme un \u00e9veil, comme apprendre son v\u00e9ritable nom, puis elle retombait dans une zone un peu cr\u00e9pusculaire qui enchantait Oliveira car il se m\u00e9fiait des perfections, mais elle, elle souffrait v\u00e9ritablement quand elle revenait \u00e0 ses souvenirs, tout ce \u00e0 quoi, obscur\u00e9ment, elle aurait d\u00fb penser et ne pouvait penser, il fallait, \u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019embrasser profond, l\u2019appeler \u00e0 de nouveaux jeux, alors l\u2019autre, r\u00e9concili\u00e9e, grandissait \u00e0 nouveau sous lui et l\u2019emportait, elle se donnait avec une fr\u00e9n\u00e9sie de b\u00eate, les yeux perdus, les doigts crisp\u00e9s, mythique et atroce comme une statue roulant la pente d\u2019une montagne, d\u00e9chirant le temps de ses ongles, de ses sursauts et d\u2019une plainte rauque qui n\u2019en finissait pas.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 36).<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio semblait \u00eatre un sp\u00e9cialiste des causes perdues. \u00ab&nbsp;Les perdre d\u2019abord, puis se lancer comme un fou \u00e0 leur poursuite.&nbsp;\u00bb (p. 192). Cela \u00e9tait d\u2019autant plus vrai que, d\u00e8s qu\u2019une chose commen\u00e7ait \u00e0 bien fonctionner, il se sentait emprisonn\u00e9 (p. 178). Il lui fallait alors prendre la fuite, <em>mettre en acte plut\u00f4t qu\u2019agir.<\/em> Certes, l\u2019amour est respiration, l\u2019air indispensable pour la vie la plus \u00e9l\u00e9mentaire. Mais une respiration qui ne serait qu\u2019inspiration conduirait \u00e0 la noyade, autant que le manque d\u2019air. C\u2019est dans l\u2019<em>oscillation<\/em> entre le vide et le plein et dans la <em>transformation<\/em><sup>22<\/sup> r\u00e9alis\u00e9e au cours du voyage que se trouve la vie et donc la possibilit\u00e9 de l\u2019amour. Un <em>lien<\/em> qui peut \u00eatre, <em>alternativement<\/em>, positif et n\u00e9gatif<sup>23<\/sup>. Encore faut-il, pour ce faire, avoir la certitude de ne pas tomber dans l\u2019un des deux contraires absolus et, surtout, de ne pas risquer d\u2019y sombrer pour toujours. Inhalation. Exhalation. Inhalation\u2026 Horacio \u00ab&nbsp;<em>aimait faire des choses pleines d\u2019espace libre, il aimait que l\u2019air entre et sorte, sorte plut\u00f4t&nbsp;; cela lui arrivait aussi avec les livres, les femmes et les devoirs civiques (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 341).<\/p>\n\n\n\n<p>La Sibylle a compris tr\u00e8s vite quelle douleur habitait Horacio et combien elle serait impuissante \u00e0 y porter rem\u00e8de. Ailleurs, pensait-elle, \u00ab&nbsp;(\u2026) <em>il serait moins triste. Ici, tout le blesse, tout lui fait mal, m\u00eame l\u2019aspirine lui fait mal.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 75). Elle a vite compris que l\u2019unit\u00e9 qu\u2019il recherchait \u00e9tait faite de \u00ab&nbsp;c<em>hoses tr\u00e8s belles mais mortes (\u2026) (qu\u2019il voulait) que toutes les choses de (sa) vie se rassemblent et (qu\u2019il puisse) les voir en m\u00eame temps.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 85). Elle a vite compris qu\u2019il \u00e9tait en danger, \u00ab&nbsp;<em>\u00e7a se voyait, c\u2019\u00e9tait comme une sir\u00e8ne au loin\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 98), car l\u2019absence dont il p\u00e2tissait \u00e9tait bien la sienne. D\u00e8s lors, il ne pouvait que s\u2019appr\u00e9hender du dehors, survivre en marge de la vie, s\u2019absenter du monde. Horacio, \u00ab&nbsp;<em>Toi, tu es comme un t\u00e9moin, tu es celui qui va au mus\u00e9e et qui regarde les tableaux. Je veux dire, les tableaux sont l\u00e0 et tu es dans le mus\u00e9e, pr\u00e8s et loin \u00e0 la fois. Moi, je suis un tableau, Rocamadour est un tableau, (\u2026) cette pi\u00e8ce est un tableau. Tu crois que tu es dans cette pi\u00e8ce mais ce n\u2019est pas vrai. Toi, tu regardes la pi\u00e8ce, tu n\u2019es pas dans la pi\u00e8ce.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 28)<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 la Sibylle, Horacio ne parvenait m\u00eame pas \u00e0 regarder la pi\u00e8ce. Il ne pouvait que la d\u00e9sirer, la d\u00e9finir, la d\u00e9crire. Les mots, toujours les mots, ces chiennes noires qui mordent et se vengent comme elles peuvent\u2026 Allons&nbsp;! \u00ab&nbsp;En guerre contre le mot, en guerre, qu\u2019on ne recule devant rien, m\u00eame s\u2019il faut renoncer \u00e0 l\u2019intelligence (\u2026) Oublie les chiennes. Arri\u00e8re, meute, nous avons \u00e0 penser, ce qui s\u2019appelle penser, <em>c\u2019est-\u00e0-dire sentir<\/em>, se situer par rapport et se confronter avec avant de laisser le passage \u00e0 la moindre petite phrase principale ou subordonn\u00e9e.&nbsp;\u00bb (pp. 442-443. C\u2019est nous qui soulignons.) Certes, les mots et le penser deviennent un obstacle lorsqu\u2019il s\u2019agit de parvenir enfin au sentir. \u00c0 rebours. Mais comment s\u2019en d\u00e9prendre lorsqu\u2019ils constituent la seule colonne vert\u00e9brale de l\u2019\u00eatre, comment les l\u00e2cher et larguer les amarres sans risquer d\u2019\u00eatre emport\u00e9 par des flots inconnus.<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio tenait \u00e0 appr\u00e9hender les dangers qu\u2019il courrait comme n\u2019\u00e9tant que \u00ab&nbsp;m\u00e9taphysiques&nbsp;\u00bb. La Sibylle savait pourtant qu\u2019il y avait des \u00ab&nbsp;fleuves m\u00e9taphysiques&nbsp;\u00bb et que c\u2019\u00e9tait dans un de ces fleuves qu\u2019il se jetterait un jour. (p.98).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il y a des fleuves m\u00e9taphysiques, mais c\u2019est elle qui les nage comme cette hirondelle nage en l\u2019air, tournant fascin\u00e9e autour du clocher, se laissant tomber pour mieux rebondir ensuite avec l\u2019\u00e9lan. Je d\u00e9cris, je d\u00e9finis et je d\u00e9sire ces fleuves, elle les nage. Je les cherche, je les trouve, je les regarde du haut du pont, elle les nage. Et elle ne le sait pas, comme cette hirondelle. Elle n\u2019a pas besoin de savoir comme moi, elle peut vivre dans le d\u00e9sordre sans qu\u2019aucune conscience d\u2019ordre ne la retienne. Ce d\u00e9sordre qui est son ordre myst\u00e9rieux, cette boh\u00e8me du corps et de l\u2019\u00e2me qui lui ouvre grandes les portes v\u00e9ritables. Sa vie n\u2019est d\u00e9sordre que pour moi, enterr\u00e9 dans des pr\u00e9jug\u00e9s que je m\u00e9prise et que je respecte \u00e0 la fois. Moi, condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre irr\u00e9m\u00e9diablement absous par la Sibylle qui me juge sans le savoir. Ah&nbsp;! laisse-moi entrer, laisse-moi voir un jour par tes yeux.<\/em>&nbsp;\u00bb (p.105).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Inutile. Condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre absous. (\u2026) Juge inou\u00ef, juge \u00e0 cause d\u2019un seul regard qui me met \u00e0 nu, juge parce que stupide, malheureuse, \u00e9gar\u00e9e, obtuse et moins que rien. A cause de tout ce que je sais avec mon amer savoir, mon \u00e9cumoire rouill\u00e9e d\u2019universitaire, d\u2019homme cultiv\u00e9, \u00e0 cause de tout cela, juge. Laisse-toi<sup>***<\/sup> tomber, hirondelle, et avec ces ciseaux effil\u00e9s qui d\u00e9coupent le ciel de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s, arrache ces yeux qui regardent sans voir, je suis condamn\u00e9 sans appel, vite cet \u00e9chafaud bleu o\u00f9 me hissent les mains de la femme qui soigne son enfant, vite la peine, vite l\u2019ordre mensonger d\u2019\u00eatre seul et de retrouver l\u2019omniscience, l\u2019egoscience, la conscience. Et avec toute cette science, une envie inutile d\u2019avoir piti\u00e9 de quelque chose, l\u2019envie qu\u2019il pleuve l\u00e0-dedans, qu\u2019il se mette enfin \u00e0 pleuvoir et que \u00e7a sente la terre, les choses vivantes, oui, enfin les choses vivantes.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 105).<\/p>\n\n\n\n<p>Condamn\u00e9 sans appel. \u00c0 l\u2019absolution, \u00e0 la peine de mort ou \u00e0 mourir de peine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>O mon amour, tu me manques, tu me fais mal \u00e0 la peau, \u00e0 la gorge, chaque fois que je respire c\u2019est comme si le vide entrait dans ma poitrine o\u00f9 tu n\u2019es pas.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 103).<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio avait esp\u00e9r\u00e9 peut-\u00eatre, sans le savoir, au-del\u00e0 des apparences physiques d\u2019un amour liant deux adultes, que <em>cette femme qui soigne son enfant<\/em> pourrait enfin devenir un jour une m\u00e8re&nbsp;: la sienne. Un terme serait ainsi pos\u00e9 \u00e0 un supplice qui n\u2019en finissait pas. C\u2019\u00e9tait cela, peut-\u00eatre, la r\u00e9ponse si attendue. S\u2019il avait pu seulement parvenir \u00e0 <em>\u00eatre cet enfant que la femme soigne<\/em>, son seul enfant, f\u00fbt-il aveugle\u2026 La trag\u00e9die d\u2019un \u0152dipe dont les yeux, qui regardent sans voir, auraient \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s cette fois par une m\u00e8re qui lui pr\u00eaterait les siens, pour qu\u2019il puisse voir et vivre et comprendre enfin. Une m\u00e8re voyante qui vit et voit et comprend pour deux. Quel choix impossible entre l\u2019absence de vie et une vie o\u00f9 quelqu\u2019un serait en train de le vivre&nbsp;! \u00c0 moins que ce ne soient plus les yeux qui se superposent et les respirations des cyclopes qui se confondent, mais deux vies, deux psych\u00e9s. <em>La superposition<\/em>, et la confusion qui en r\u00e9sulte, peut devenir alors la seule mani\u00e8re de se sentir vivre&nbsp;: \u00ab&nbsp;elle pense donc je suis\u2026&nbsp;\u00bb<sup>24<\/sup>. L\u2019\u00eatre sera d\u00e9sormais toujours en qu\u00eate d\u2019un objet irrempla\u00e7able avec lequel rien ne saura rivaliser. \u00ab&nbsp;L\u2019amour infantile est sans mesure, il r\u00e9clame l\u2019exclusivit\u00e9 et ne se contente pas de fragments&nbsp;\u00bb, nous dit Freud<sup>25<\/sup>. Certes. Mais il est des d\u00e9mesures, fussent-elles par absence de r\u00e9ponse, qui font d\u2019une vie une passion sans mesure, sans rem\u00e8de. Souffrir. P\u00e2tir. Subir.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons que l\u2019\u00ab&nbsp;exp\u00e9rience d\u2019omnipotence&nbsp;\u00bb rel\u00e8ve essentiellement de la d\u00e9pendance, alors qu\u2019une certaine omnipotence suppose qu\u2019on d\u00e9sesp\u00e8re de pouvoir d\u00e9pendre de quelqu\u2019un<sup>26<\/sup>. Omnipotence du sujet&nbsp;? Omnipotence de l\u2019objet&nbsp;? Certaines d\u00e9tresses feraient pencher la balance plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la deuxi\u00e8me, sans oublier pourtant \u00ab&nbsp;la source infantile de cette toute-puissance, conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la m\u00e8re le plus souvent&nbsp;\u00bb<sup>27<\/sup>. Les trois liens positifs qui conforment la v\u00e9ritable passion<sup>28<\/sup> se trouveraient alors enti\u00e8rement dans l\u2019autre, nanti d\u2019une <em>puissance<\/em> sur soi plus que d\u2019un pouvoir. Seul l\u2019autre peut aimer, ha\u00efr et conna\u00eetre. Et vivre donc. Du c\u00f4t\u00e9 du sujet, tout au moins dans son v\u00e9cu le plus essentiel, \u00e0 savoir celui o\u00f9 r\u00e9side son essence, il ne resterait que des liens en n\u00e9gatif&nbsp;: l\u2019impuissance absolue. La puissance, \u00e0 l\u2019inverse, est enti\u00e8rement attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019objet. Puissance qui \u00ab&nbsp;est toujours plus ou moins divine (ou diabolique), en tout cas surhumaine&nbsp;\u00bb<sup>29<\/sup>. Et la seule protection de la part d\u2019un objet dont est attendue la vie, <em>not less than everything<\/em><sup>30<\/sup>, s\u2019av\u00e8re dans de telles conditions d\u2019une si faible port\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai cru que je pourrais te prot\u00e9ger. Ne dis rien. Je me suis tout de suite rendu compte que tu n\u2019avais pas besoin de moi.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 98).<\/p>\n\n\n\n<p>La Sibylle avait vite compris, mais elle s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9e en croyant qu\u2019Horacio n\u2019avait pas besoin d\u2019elle. L\u2019histoire a une tendance d\u00e9moniaque \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter inlassablement. Son besoin \u00e9tait, en fait, aussi immense qu\u2019intol\u00e9rable. Pour lui, peut-\u00eatre aussi pour elle. Un enfant criant un vide, une faim, une souffrance que nul ne pourrait assouvir. Un enfant vorace dont l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur, &#8211; pourrons-nous seulement l\u2019imaginer -, \u00e9tait \u00ab&nbsp;fait \u00e0 la fois du vide de ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9, d\u2019une avidit\u00e9 qui s\u2019effraie elle-m\u00eame d\u2019\u00eatre sans limites, d\u2019une souffrance \u00e0 vif qui n\u2019a point rencontr\u00e9 une enveloppe pour se contenir&nbsp;\u00bb<sup>31<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Instant interminable&nbsp;: s\u2019entendre pleurer au milieu de la surdit\u00e9 universelle\u2026&nbsp;\u00bb<sup>32<\/sup>. La douleur qui en r\u00e9sulte ne s\u2019effacera jamais. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas une blessure, c\u2019est un trou&nbsp;\u00bb. Un centre vide, plus qu\u2019une absence de centre. Plus tard, seul l\u2019\u00e9cho d\u2019un cri d\u00e9ment nous atteindra et nous frappera sans avertir. \u00ab&nbsp;Un enfant qui hurle sans retenue, enferm\u00e9 \u00e0 jamais&nbsp;\u00bb<sup>33<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 moins que l\u2019amour\u2026 Oui, peut-\u00eatre l\u2019amour\u2026 Mais l\u2019amour, ce mot\u2026<\/em> Enrichissement vital, exaltation des puissances m\u00e9diatrices, c\u00e9r\u00e9monie ontologisante, donneur d\u2019\u00eatre, illusion, passion, puissance, impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant de la Sibylle, &#8211; qu\u2019elle surnommait Rocamadour alors qu\u2019\u00e0 Montevideo il s\u2019appelait modestement Carlos Francisco -, vivait depuis peu chez eux. Il \u00e9tait malade, terriblement faible et malade (p. 103). Elle \u00e9tait all\u00e9e le reprendre de chez la nourrice qui le gardait car, pensait-elle, Mme Ir\u00e8ne s\u2019occupait mal de lui. La Sibylle avait pourtant beaucoup h\u00e9sit\u00e9, craignant qu\u2019elle ne pourrait l\u2019avoir avec elle, sentant qu\u2019il lui fallait encore \u00eatre seule avec Horacio, vivre avec lui, \u00ab&nbsp;en l\u2019aidant, pour combien de temps, \u00e0 chercher ce qu\u2019il cherche (\u2026)&nbsp;\u00bb (p. 200). Horacio, de son c\u00f4t\u00e9, disait ne pas la comprendre. Il la traitait de mauvaise m\u00e8re, la traitait de sentimentale, la traitait de mat\u00e9rialiste, la traitait de tout parce qu\u2019elle n\u2019amenait pas Rocamadour ou parce qu\u2019elle voulait l\u2019amener, parce qu\u2019elle y renon\u00e7ait, parce qu\u2019elle voulait aller le voir, parce qu\u2019elle comprenait soudain qu\u2019elle ne pouvait pas y aller (cf. p.201). Lorsqu\u2019il arriva chez eux, Horacio ne les supportait plus, ni Rocamadour, ni la Sibylle, ni lui-m\u00eame. Le petit \u00ab&nbsp;<em>n\u2019entrait pas dans (ses) pr\u00e9visions. Trois est un mauvais nombre dans une seule pi\u00e8ce<\/em>&nbsp;\u00bb, lui dit-il un jour (p.91). Il ignorait s\u00fbrement que le nombre auquel il pensait ne conformait pas un triangle \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb. <em>Il y avait l\u00e0 une m\u00e8re et deux enfants\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils se sont encore vus une derni\u00e8re fois, le soir o\u00f9 Rocamadour finit par mourir. Horacio sortit sans dire un mot, sans se retourner, alors qu\u2019il savait qu\u2019elle le regardait. \u00ab&nbsp;Il enfon\u00e7a les mains dans les poches de sa canadienne et marcha vers la porte.&nbsp;\u00bb (p. 184). Quelque part, une corde essentielle s\u2019\u00e9tait rompue. Avec la mort de Rocamadour, quelque chose venait de mourir aussi en lui<sup>34<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Horacio sentait bien qu\u2019il avait d\u00e9moli sa maison, qu\u2019en lui rien n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 sa place. Le d\u00e9sordre triomphait et courait \u00e0 travers la maison. Il y avait l\u00e0 des \u00e9toiles et des morceaux d\u2019\u00e9ternit\u00e9, des po\u00e8mes comme des soleils et d\u2019<em>\u00e9normes visages de femmes.<\/em> Chaos. Confusion. D\u00e9sordre. Tout cela soudain grandissait et c\u2019\u00e9tait une musique atroce, plus atroce encore que le silence feutr\u00e9 des maisons bien cir\u00e9es de ses irr\u00e9prochables parents (pp. 83-84). Mais \u00e0 pr\u00e9sent, \u00ab&nbsp;un homme respirait \u00e0 perdre haleine, se sentait vivre jusqu\u2019au d\u00e9lire dans cet acte m\u00eame de contempler la confusion qui l\u2019entourait et de se demander si tout cela avait un sens.&nbsp;\u00bb (ibid.). <em>Il lui faudrait tout recommencer, mais ailleurs et surtout autrement.<\/em> Il avait esp\u00e9r\u00e9 une fois qu\u2019il rencontrerait <em>ces plis de la vie<\/em>, ces manifestations inattendues d\u2019une chose qu\u2019on ne soup\u00e7onnait m\u00eame pas et qui soudain mettent tout en question (p. 284). Il les avait cherch\u00e9s dans l\u2019amour, dans l\u2019autre, <em>en dehors de lui<\/em>, avec cette nostalgie du royaume que nous portons tous dans la couleur de nos yeux, dans chaque amour, en tout ce qui, au plus profond de nous-m\u00eames, nous tourmente, et nous lib\u00e8re, et nous trompe (p. 395). Donner enfin forme \u00e0 l\u2019<em>informe<\/em><sup>35<\/sup>. Faire d\u2019un sens potentiel un sens enfin v\u00e9ridique<sup>36<\/sup>. Mais si la vie est ailleurs, si l\u2019autre reste comme lors des premiers jours nanti de la puissance divine que le sujet lui a conf\u00e9r\u00e9e, l\u2019amour en soi d\u00e9cevra toujours. \u00c0 la fin, un dilemme essentiel se posera avec une acuit\u00e9 douloureuse&nbsp;: <em>l\u2019amour ou soi, telle est la question<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 la recherche du temps manqu\u00e9<\/em>. Horacio est encore loin de pouvoir chasser \u00ab\u00a0de ce monde un dieu qui y \u00e9tait entr\u00e9 avec l\u2019insatisfaction et le go\u00fbt des douleurs inutiles\u00a0\u00bb<sup>37<\/sup>. Il est encore loin de se savoir \u00ab\u00a0le ma\u00eetre de ses jours\u00a0\u00bb. Il est encore loin d\u2019assumer que son destin personnel est \u00ab\u00a0cr\u00e9\u00e9 par lui\u00a0\u00bb. Mais il commence \u00e0 savoir quel est son fardeau et qu\u2019il le retrouvera toujours. Il sait que son centre est un trou. Un centre vide. Un centre de silence. Comme Sisyphe, il est d\u00e9j\u00e0 un \u00ab\u00a0aveugle qui d\u00e9sire voir et qui sait que la nuit n\u2019a pas de fin\u00a0\u00bb. Comme lui, \u00ab\u00a0il est toujours en marche.\u00a0\u00bb\u00a0<em>Tout d\u00e9faire et tout recommencer<\/em>.\u00a0<em>Mais autrement, ailleurs<\/em>. Il est des montagnes o\u00f9 Narcisse et Sisyphe se retrouvent et se fondent.\u00a0<em>Le mythe de Narcisyphe<\/em>\u00a0est peut-\u00eatre en attente des mots qui sauraient le dire.\u00a0<em>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9<\/em>, s\u2019intitule la premi\u00e8re partie de\u00a0<em>Marelle<\/em>. \u00c0 Horacio, il lui reste encore \u00e0 vivre son \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb de folie\u202f<sup>38<\/sup>, mais cette fois, <em>De ce c\u00f4t\u00e9-ci<\/em>. Laissons-le donc poursuivre son voyage int\u00e9rieur et d\u00e9couvrir enfin ce que dit le silence\u00a0: nous sommes tous manque et recherche<sup>39<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>[*] Conf\u00e9rence au Colloque Babylone <em>Psychanalyse et Litt\u00e9rature<\/em> \u00ab&nbsp;Destin\u00e9es sentimentales&nbsp;: l\u2019amour en soi&nbsp;\u00bb. Vendredi 5 d\u00e9cembre 2008, IMM, Paris.<\/li><li>J. Cort\u00e1zar (1963) <em>Marelle<\/em>. Paris, Gallimard, 1966 (pour la traduction fran\u00e7aise). Toutes les citations en italique et les r\u00e9f\u00e9rences des pages cit\u00e9es dans ce texte renvoient \u00e0 l\u2019\u00e9dition de Gallimard publi\u00e9e dans la collection \u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire&nbsp;\u00bb en 2002.<\/li><li>S. Freud (1914) <em>Pour introduire le narcissisme.<\/em> In&nbsp;: <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Vol.XII (1913-1914). Paris, PUF, 2005.<\/li><li>A. Green (1979) L\u2019angoisse et le narcissisme. In&nbsp;: <em>Narcissisme de vie. Narcissisme de mort<\/em>. Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1983 (p.164).<\/li><li>Selon l\u2019expression de R. Roussillon.<\/li><li>J. Cort\u00e1zar (1984) <em>Entretiens avec Omar Prego<\/em>. Paris, Gallimard, Collection folio essais, 1986. (p.135).<\/li><li>Op.Cit., p. 149.<\/li><li>Ibid., p. 158.<\/li><li>D.W. Winnicott (1960s-1973), \u00ab&nbsp;Fear of Breakdown&nbsp;\u00bb. <em>International Review of Psycho-Analysis<\/em>, 1, 1973 (trad.fran\u00e7. La crainte de l\u2019effondrement. In&nbsp;: <em>La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques<\/em>. Paris, Gallimard, 2000).<\/li><li>J. Cort\u00e1zar (1984) Op.Cit., p. 157.<\/li><li>Voir \u00e0 ce sujet notre article \u00ab Julio Cort\u00e1zar et la maison de l\u2019\u00eatre \u00bb (2008). <em>Confrontations Psychiatriques<\/em>, n\u00b0 48, \u00ab&nbsp;Folies singuli\u00e8res en litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, pp. 229-244.<\/li><li>D.W. Winnicott (1971) Transitional Objects and Transitional Phenomena. In : <em>Playing and Reality. London<\/em>, Tavistock (trad.fran\u00e7. Objets transitionnels et ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels, In&nbsp;: <em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9<\/em>. L\u2019espace potentiel. Paris, Gallimard, 1973).<\/li><li>D.W. Winnicott (1949) Mind an its Relation to the Psyche-Soma ; (1960) Ego Distortion in Terms of the True and False Self (trad.fran\u00e7. : L\u2019esprit et se rapports avec le psych\u00e9-soma. In : <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>. Paris, Payot, 1969 et D.W.Winnicott (1960) Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux \u00ab&nbsp;self&nbsp;\u00bb. In&nbsp;: <em>Processus de maturation chez l\u2019enfant<\/em>, Paris, Payot, 1983).<\/li><li>Notre traduction. De fa\u00e7on surprenante, l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise omet tout ce passage\u2026<\/li><li>D. Anzieu (1981) La peau, la m\u00e8re et le miroir dans les tableaux de Francis Bacon. In : <em>Le corps de l\u2019\u0153uvre<\/em>. Paris, Gallimard.<\/li><li>M. Schneider (1988) <em>Glenn Gould piano solo. Aria et trente variations<\/em>. Paris, Gallimard, Folio (\u00ab&nbsp;\u00catre seul n\u2019est pas \u00eatre dans la solitude. Je garderai le mot de solitude pour parler de cet \u00e9tat o\u00f9 l\u2019on est sans les autres, certes, mais o\u00f9 l\u2019on se tient compagnie, et nommerai esseulement les temps, que je sois seul ou en compagnie, o\u00f9 ma propre compagnie me manque, les moments o\u00f9 le \u201cquelqu\u2019un qui manque\u201d n\u2019est pas tant l\u2019autre que moi-m\u00eame. (\u00c0 l\u2019inverse, l\u2019amour, quand l\u2019autre vous manque, m\u00eame quand il est l\u00e0.) \u00catre dans la solitude, c\u2019est \u00e9prouver la certitude que l\u2019autre est l\u00e0, en moi. Et puis, il y a l\u2019isolement, o\u00f9 manquent et l\u2019autre et moi.&nbsp;\u00bb) (p. 30).<\/li><li>W.R. Bion (1962) <em>Learning from Experience<\/em>. New York, Basic Books (trad.fran\u00e7. <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>. Paris, PUF, 1979. Cf. en particulier le Chapitre 27) et (1963) <em>Elements of Psycho-Analysis<\/em>. London, William Heinemann (trad.fran\u00e7. <em>\u00c9l\u00e9ments de la psychanalyse<\/em>. Paris, PUF, 1979. Cf. en particulier Chapitre 1, contenant-contenu comme premier \u00e9l\u00e9ment de la psychanalyse).<\/li><li>W.R. Bion (1962) <em>Learning from Experience<\/em>. Op.Cit., p.52.<\/li><li>A. Green (1987) L\u2019exp\u00e9rience et la pens\u00e9e dans la pratique psychanalytique. In : <em>Jouer avec Winnicott<\/em>. Paris, PUF, 2005 (p. 71).<\/li><li>S. Freud (1926) <em>Inhibition, Sympt\u00f4me et Angoisse<\/em>. In&nbsp;: <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Vol.XVII (1923-1925). Paris, PUF, 1992.<\/li><li>D.W. Winnicott (1971) <em>Transitional Objects and Transitional Phenomena<\/em>. Op.Cit.<\/li><li>A. Green (1980) Passions et destins des passions. In <em>La folie priv\u00e9e. Psychanalyse des cas-limites<\/em>, Paris, Gallimard, 1990 (p. 143). [21] W.R. Bion (1982) <em>S\u00e9minaires italiens. Bion \u00e0 Rome<\/em>. Paris, In Press \u00c9ditions, 2005 (p.104) (C\u2019est nous qui soulignons).<\/li><li>W. R. Bion (1965) <em>Transformations. Change from Learning to Growth<\/em>. (trad.fran\u00e7. <em>Transformations. Passage de l\u2019apprentissage \u00e0 la croissance<\/em>. Paris, PUF, 1982).<\/li><li>W.R. Bion (1962) <em>Learning from Experience<\/em>. Op.Cit. Cf. en particulier Chapitres 14, 15, 16 et 17.<\/li><li>Nous corrigeons ici la traduction fran\u00e7aise qui dit \u00ab laisse-moi tomber \u00bb\u2026<\/li><li>M. Corcos (2005) <em>Penser la m\u00e9lancolie. Une lecture de Georges Perec<\/em>. Paris, Albin Michel (p. 242)<\/li><li>S. Freud (1933 [1932]) <em>Nouvelle suite des le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>. XXXIII<sup>e<\/sup> Le\u00e7on&nbsp;: La f\u00e9minit\u00e9. In&nbsp;: <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Vol.XIX (1931-1936). Paris, PUF, 2004.<\/li><li>D.W. Winnicott (1971) R\u00eaver, fantasmer, vivre. Une histoire de cas illustrant une dissociation primaire. In : <em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9<\/em>. Op.Cit. p. 45<\/li><li>A. Green (1982) Apr\u00e8s coup, l\u2019archa\u00efque. In : <em>La folie priv\u00e9e. Psychanalyse des cas-limites<\/em>. Paris, Gallimard, 1990 (p.250)<\/li><li>W. R. Bion (1963) <em>Elements of Psycho-Analysis.<\/em> Op.Cit. (\u00ab&nbsp;J\u2019entends par \u201cpassion\u201c ou par \u201cabsence de passion\u201c la composante d\u00e9riv\u00e9e de A, H et C. Ce terme doit repr\u00e9senter une \u00e9motion \u00e9prouv\u00e9e avec intensit\u00e9 et chaleur, sans toutefois contenir une suggestion de violence&nbsp;; le terme \u201cpassion\u201c ne peut v\u00e9hiculer un sens de violence que s\u2019il est associ\u00e9 au terme d\u2019 \u201cavidit\u00e9\u201d&nbsp;\u00bb p. 20).<\/li><li>A. Green (1982) Op.Cit., p. 247.<\/li><li>Pour reprendre le vers de T. S. Eliot (\u00ab Costing not less than everything\/What we call the beginning is often the end\/And to make an end is to make a beginning.\/ The end is what we start from. \u00bb)<\/li><li>D. Anzieu, Op.Cit., p. 338.<\/li><li>O. Paz (sans date) cit\u00e9 In : E. Poniatowska (1998) <em>Las palabras del \u00e1rbol<\/em>. M\u00e9xico, Plaza Jan\u00e9s (p. 43).<\/li><li>I. Bergman (1987) <em>Laterna Magica<\/em> (trad.fran\u00e7. Paris, Gallimard, Folio, 1987, p. 64).<\/li><li>Voir \u00e0 ce sujet la lettre \u00e0 Rocamadour (chapitre 32) ; le v\u00e9cu d\u2019Horacio d\u2019en \u00eatre le v\u00e9ritable et seul destinataire, voire l\u2019auteur des Lettres compl\u00e8tes \u00e0 Rocamadour (chapitre 33) ; le r\u00eave du pain \u00ab <em>fran\u00e7ais<\/em>&nbsp;\u00bb (chapitre 100) et la reprise du r\u00eave&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas moi qui l\u2019ai tu\u00e9&nbsp;\u00bb (chapitre 122).<\/li><li>D.W. Winnicott (1971) <em>R\u00eaver, fantasmer, vivre.<\/em> Op.Cit.<\/li><li>A. Green (1980) La m\u00e8re morte. In : <em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>. Op.Cit.<\/li><li>A. Camus (1942) <em>Le mythe de Sisyphe<\/em>. In&nbsp;: <em>Essais.<\/em> Paris, Gallimard, Biblioth\u00e8que de La Pl\u00e9iade, 1997 (pp.197-198).<\/li><li>R. Roussillon (2004) Winnicott et le \u201cbesoin\u201d de folie. In : <em>Winnicott insolite<\/em>. Monographies de Psychanalyse de la RFP. Paris, PUF, 2004.<\/li><li>O. Paz Op.Cit.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10702?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Voulant \u00e9viter d\u2019ass\u00e9ner au lecteur des id\u00e9es qui souvent, loin d\u2019enrichir le texte, l\u2019alourdissent, j\u2019ai pens\u00e9 que celui-ci parlait de lui-m\u00eame et n\u2019appelait qu\u2019un minimum de commentaires psychanalytiques (&#8230;) il m\u2019a sembl\u00e9 que le pouvoir de conviction de la psychanalyse&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[],"thematique":[200],"auteur":[1571],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[709],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10702","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","thematique-litterature","auteur-alejandro-rojas-urrego","mode-gratuit","revue-709","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10702","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10702"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10702\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14237,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10702\/revisions\/14237"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10702"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10702"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10702"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10702"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10702"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10702"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10702"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10702"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10702"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}