{"id":10676,"date":"2021-08-22T07:32:32","date_gmt":"2021-08-22T05:32:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-toilette-naissance-de-lintime-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:32:32","modified_gmt":"2021-08-22T05:32:32","slug":"la-toilette-naissance-de-lintime","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-toilette-naissance-de-lintime\/","title":{"rendered":"La toilette, naissance de l&rsquo;intime"},"content":{"rendered":"<p>Exposition <strong>&quot;La toilette, naissance de l&rsquo;intime&quot;<\/strong><br \/>\nMus&eacute;e Marmottan Monet. Jusqu&rsquo;au 5 Juillet 2015.<\/p>\n<p>Cette jolie exposition aborde un th&egrave;me qui a &eacute;t&eacute; peu expos&eacute; en tant que tel. Elle n&rsquo;en donne qu&rsquo;une vision partielle, car il est difficile de retracer toutes les pratiques de la toilette &agrave; travers les si&egrave;cles. Apr&egrave;s les sc&egrave;nes de bain pudiques et all&eacute;goriques de la Renaissance, la &laquo; toilette s&egrave;che &raquo; du 17<sup>&egrave;me <\/sup>si&egrave;cle o&ugrave;, faute d&rsquo;eau, on s&rsquo;essuyait avec des linges blancs, puis les sc&egrave;nes libertines du 18<sup>&egrave;me<\/sup> avec de tr&egrave;s jolis Boucher, on retourne &agrave; la pudibonderie au d&eacute;but du 19<sup>&egrave;me.<\/sup> C&rsquo;est &agrave; la fin du 19&egrave;me, avec l&rsquo;apparition de l&rsquo;eau courante et des salles de bain, que le th&egrave;me se d&eacute;veloppe et devient v&eacute;ritablement un motif pour les peintres (Manet, Berthe Morisot, Degas, Toulouse Lautrec, Bonnard, une &laquo; chronophotographie &raquo; de <em>La femme &agrave; sa toilette<\/em> de Muybridge).<\/p>\n<p>A quelle image de la femme correspond ce nu f&eacute;minin moderne r&eacute;aliste, entre 1880 et 1930, surpris dans des sc&egrave;nes de la vie quotidienne ? Remarquons que c&rsquo;est la p&eacute;riode de la naissance de la psychanalyse. Apr&egrave;s cette p&eacute;riode assez circonscrite, le th&egrave;me de la toilette dispara&icirc;t. Les quelques &oelig;uvres modernes expos&eacute;es sont int&eacute;ressantes, mais elles restent isol&eacute;es et h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes. L&rsquo;hypoth&egrave;se des commissaires, dont Georges Vigarello qui a beaucoup travaill&eacute; sur les repr&eacute;sentations du corps, c&rsquo;est que, avec la toilette, l&rsquo;individu s&rsquo;approprie un temps n&rsquo;appartenant qu&rsquo;&agrave; lui. C&rsquo;est la naissance de l&rsquo;intimit&eacute;. La toilette n&rsquo;est plus ce rituel social o&ugrave; &eacute;taient admis des visiteurs, mais devient &laquo; un dialogue entre soi et soi &raquo;. Cependant, entre le soi et le soi, il y a le peintre, qui introduit dans cet espace clos le regard du spectateur. Si le nu f&eacute;minin est un th&egrave;me classique et r&eacute;current de la peinture occidentale, ces repr&eacute;sentations sont diff&eacute;rentes en ce qu&rsquo;elles questionnent l&rsquo;intimit&eacute; et l&rsquo;exhibition. Ce que nous voyons c&rsquo;est une femme occup&eacute;e, qui ne regarde pas le spectateur. Il est l&agrave; o&ugrave; il ne devrait pas &ecirc;tre. Il la surprend. Comme <em>Suzanne surprise par les vieillards<\/em>. Mais ici il est invisible et dissimul&eacute;. Cette femme ne s&rsquo;offre pas au regard, ou de mani&egrave;re d&eacute;rob&eacute;e. Le spectateur est voyeuriste. Il n&rsquo;est pas sollicit&eacute;. Rien &agrave; voir avec <em>Olympia<\/em> ou le <em>D&eacute;jeuner sur l&rsquo;herbe<\/em>. Elle n&rsquo;est l&agrave; ni pour s&eacute;duire, ni pour provoquer. Elle n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; peinte pour c&eacute;l&eacute;brer la beaut&eacute; f&eacute;minine. Souvent elle n&rsquo;est pas belle. Fatigu&eacute;e, le corps imparfait, alourdi. Quel est le fil conducteur de ces images ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est un tableau de Picasso qui donne la cl&eacute;. Un portrait de Dora Maar, <em>Femme &agrave; la montre<\/em>, se regardant dans un miroir pour coiffer sa chevelure &eacute;paisse et noire, le visage &eacute;trangement cliv&eacute; en deux, r&eacute;unit tous les ingr&eacute;dients de la m&eacute;lancolie : elle a des ongles peints en noir, elle est &agrave; l&rsquo;&eacute;troit dans le cadre du tableau, elle porte un v&ecirc;tement avec un imprim&eacute; quadrill&eacute; comme une prison, elle cherche son image dans un miroir, elle porte une montre qui rappelle le temps qui passe. Quelques si&egrave;cles en arri&egrave;re, Georges de la Tour a peint <em>La Femme &agrave; la puce<\/em>. De ce portrait magnifique de femme occup&eacute;e &agrave; se d&eacute;barrasser d&rsquo;une puce, se d&eacute;gage une tristesse presqu&rsquo;accablante. La lumi&egrave;re, mise en valeur par le clair-obscur, la pauvret&eacute; de la pi&egrave;ce, la position rel&acirc;ch&eacute;e, malhabile des jambes, le ventre apparent l&eacute;g&egrave;rement avachi, tout &eacute;voque la mis&egrave;re humaine, comme si c&rsquo;&eacute;tait au moment de la toilette, qu&rsquo;appara&icirc;trait la tendance m&eacute;lancolique.<\/p>\n<p>Avec <em>Apr&egrave;s le bain, femme s&rsquo;essuyant<\/em>, Degas figure la laborieuse solitude d&rsquo;une femme qui ramasse une magnifique chevelure rousse. Souvent pr&eacute;sente dans ces tableaux de toilette, la chevelure fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention f&eacute;tichique. &laquo; O toison, moutonnant jusque sur l&rsquo;encolure ! \/ O boucles ! O parfum charg&eacute; de nonchaloir ! \/ Extase ! &raquo; &eacute;crit Baudelaire. La chevelure qui ondule &eacute;voque l&rsquo;eau qui coule. Mais d&rsquo;apr&egrave;s Bachelard, &laquo; L&rsquo;eau communique avec toutes les puissances de la nuit et de la mort &raquo;. L&rsquo;eau de la toilette n&rsquo;est pas seulement hygi&eacute;niquement purificatrice, elle est aussi s&eacute;ductrice et mena&ccedil;ante. Femme au bain, femme &agrave; la chevelure, femme au miroir. Femme m&eacute;lancolique toute enti&egrave;re vou&eacute;e &agrave; la pr&eacute;occupation narcissique de son corps.<\/p>\n<p>Telle Marthe, mod&egrave;le et &eacute;pouse de Bonnard, possessive et m&eacute;lancolique, qui avait une passion pour le<em> tub<\/em>. Elle faisait des ablutions plusieurs fois par jour, et lui, regardait et dessinait. Dans <em>Nu dans la baignoire<\/em>, telle l&rsquo;Oph&eacute;lie shakespearienne, Marthe, recouverte d&rsquo;un voile ou d&rsquo;un linceul, semble flotter entre deux eaux, dans le &laquo; ruisseau pleurant &raquo; de la m&eacute;lancolie.<\/p>\n<p><em>Simone Korff-Sausse<br \/>\nPsychanalyste SPP<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10676?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exposition &quot;La toilette, naissance de l&rsquo;intime&quot; Mus&eacute;e Marmottan Monet. Jusqu&rsquo;au 5 Juillet 2015. Cette jolie exposition aborde un th&egrave;me qui a &eacute;t&eacute; peu expos&eacute; en tant que tel. 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