{"id":10670,"date":"2021-08-22T07:32:30","date_gmt":"2021-08-22T05:32:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/mediation-picturale-et-psychose-infantile-2\/"},"modified":"2021-10-04T18:03:14","modified_gmt":"2021-10-04T16:03:14","slug":"mediation-picturale-et-psychose-infantile","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/mediation-picturale-et-psychose-infantile\/","title":{"rendered":"M\u00e9diation picturale et psychose infantile"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans la psychose infantile, le travail th\u00e9rapeutique \u00e0 partir de la m\u00e9diation picturale s\u2019articule autour de la constitution d\u2019un fond pour la repr\u00e9sentation. La peinture des enfants psychotiques se compose peu en effet de formes reconnaissables et identifiables, elle ne renvoie gu\u00e8re \u00e0 des formes repr\u00e9sentatives imag\u00e9es, avec un contenu figuratif, du fait de la d\u00e9faillance des contenants psychiques, caract\u00e9ristique de la psychose. Dans la m\u00e9diation picturale, l\u2019enfant psychotique met bien plus en jeu sa sensori-motricit\u00e9 qu\u2019il ne cherche \u00e0 peindre des figures \u00e0 contenu repr\u00e9sentatif. Cette pr\u00e9dominance de la sensori-motricit\u00e9 s\u2019accompagne de l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 des enfants \u00e0 repr\u00e9senter et de la mise en \u0153uvre d\u2019une forte destructivit\u00e9, souvent difficile \u00e0 supporter par les soignants. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019abord d\u2019interpr\u00e9ter un quelconque contenu repr\u00e9sentatif, comme dans la th\u00e9rapie d\u2019enfants non psychotiques, car leur production picturale se compose moins de traces figuratives dot\u00e9es de significations latentes \u00e0 d\u00e9crypter, que de traces sensori-affectivomotrices&nbsp;; loin de figurer des repr\u00e9sentations pr\u00e9existantes, ces traces vont au contraire conditionner la possibilit\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la repr\u00e9sentation. Nous verrons que le r\u00f4le essentiel du <em>medium mall\u00e9able<\/em> (au double sens du mat\u00e9riau et du th\u00e9rapeute) consiste \u00e0 permettre que la repr\u00e9sentation sensorielle puisse se r\u00e9fl\u00e9chir en repr\u00e9sentation d\u2019un \u00e9tat du sujet. Par ailleurs, l\u2019int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique de la m\u00e9diation picturale dans la psychose consiste essentiellement en un travail de constitution des contenants psychiques, en lien avec la constitution d\u2019un fond pour la repr\u00e9sentation, avec une mise en place progressive des qualit\u00e9s plastiques de l\u2019enveloppe psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici l\u2019id\u00e9e principale que je me propose de d\u00e9velopper dans le cadre de cet article&nbsp;: ce qui sp\u00e9cifie le travail th\u00e9rapeutique avec des m\u00e9diations dans la psychose est un possible acc\u00e8s aux processus de symbolisation, \u00e0 partir de la sensorialit\u00e9. L\u2019originalit\u00e9 de ce cadre th\u00e9rapeutique consiste \u00e0 permettre d\u2019engager un travail de figuration \u00e0 partir du registre sensoriel, de la sensori-motricit\u00e9 de l\u2019enfant d\u2019une part, de l\u2019implication corporelle des th\u00e9rapeutes en lien avec l\u2019enfant d\u2019autre part, ainsi que des qualit\u00e9s sensorielles du <em>medium mall\u00e9able<\/em>, dont la manipulation par l\u2019enfant s\u2019inscrit dans la dynamique transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cadre-dispositif de la m\u00e9diation picturale<\/h2>\n\n\n\n<p>Le traitement de la clinique de la psychose n\u00e9cessite donc de construire des cadres-dispositifs qui prennent en compte, de fa\u00e7on sp\u00e9cifique, les registres de la sensorialit\u00e9, de la motricit\u00e9 ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement de la corpor\u00e9it\u00e9. Dans ce contexte, il s\u2019agit principalement de laisser les enfants utiliser \u00e0 leur gr\u00e9 l\u2019ensemble du mat\u00e9riel mis \u00e0 leur disposition. Ceux-ci choisissent leur fa\u00e7on de peindre, leur mat\u00e9riel et leurs techniques, qui peuvent \u00e9ventuellement leur \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es mais l\u2019exp\u00e9rience montre qu\u2019un enfant ne se saisit jamais d\u2019une technique, si elle ne lui permet pas de travailler un aspect de sa probl\u00e9matique. Les th\u00e9rapeutes se laissent utiliser par les enfants, sans leur demander de repr\u00e9sentation et sans peindre avec eux, sauf occasionnellement, quand cela pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique. Le clinicien sera attentif avec des enfants psychotiques \u00e0 tout ce qui rel\u00e8ve du registre corporel et sensoriel, \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019enfant va mettre en jeu sa gestualit\u00e9 et dont il exploite la mat\u00e9rialit\u00e9 m\u00eame du cadre de l\u2019atelier, les mat\u00e9riaux mis \u00e0 sa disposition (les instruments, les supports, les qualit\u00e9s sensorielles de la mati\u00e8re picturale, les diff\u00e9rentes techniques).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9actualisation de v\u00e9cus agonistiques, sous forme de sensations hallucin\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Une partie du travail th\u00e9rapeutique s\u2019effectue en effet \u00e0 l\u2019appui de l\u2019impact des stimulations sensorielles provenant du mat\u00e9riel et de la mati\u00e8re picturale mis \u00e0 la disposition de l\u2019enfant. Le travail de la peinture, dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 m\u00eame, permet de r\u00e9activer des traces perceptives d\u2019exp\u00e9riences sensorielles qui se pr\u00e9sentent souvent sous la forme de sensations hallucin\u00e9es, dont la m\u00e9diation picturale suscitera une premi\u00e8re figuration. Cette rencontre avec la mat\u00e9rialit\u00e9 m\u00eame du cadre et l\u2019exp\u00e9rimentation de diff\u00e9rents mat\u00e9riaux mobiliseront notamment des angoisses archa\u00efques irrepr\u00e9sentables, de l\u2019ordre des agonies primitives, d\u00e9crites par Winnicott (1974), angoisses inimaginables du b\u00e9b\u00e9, terreurs extr\u00eames, sans fin et sans limites, telles que le sujet se retire de cette exp\u00e9rience de mort psychique, pour pouvoir survivre. Du coup, ces exp\u00e9riences primitives catastrophiques n\u2019ont jamais pu \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es, car elles n\u2019ont en quelque sorte pas \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9es par le sujet. Un des int\u00e9r\u00eats th\u00e9rapeutiques du cadre de la m\u00e9diation picturale consiste \u00e0 permettre de r\u00e9activer au niveau perceptif ces exp\u00e9riences d\u2019agonie primitive, au gr\u00e9 de la rencontre avec tel ou tel mat\u00e9riau, telle ou telle technique, sans qu\u2019il soit jamais possible de pr\u00e9voir ce qui va mobiliser, de fa\u00e7on singuli\u00e8re pour chaque enfant, ces v\u00e9cus originaires impensables et irrepr\u00e9sentables.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour montrer comment le travail de la mati\u00e8re et des mat\u00e9riaux en peinture r\u00e9active ces v\u00e9cus agonistiques, voici une s\u00e9quence clinique d\u2019un atelier th\u00e9rapeutique individuel de peinture&nbsp;: Victor, enfant de sept ans, dans le registre d\u2019une psychose symbiotique, manie tr\u00e8s bien le langage mais est v\u00e9cu dans l\u2019h\u00f4pital de jour comme un fant\u00f4me, tant il est absent au monde et ferm\u00e9 \u00e0 la communication. Il a un graphisme de qualit\u00e9, \u00e9tonnant chez un enfant de cet \u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les premiers temps de son atelier peinture, cet enfant a d\u00e9ploy\u00e9 toute son \u00e9nergie \u00e0 faire le vide sur sa feuille&nbsp;: il passait inlassablement un rouleau imbib\u00e9 d\u2019eau sur sa feuille blanche qui se gondolait ou se d\u00e9chirait en petits morceaux. Il pouvait effectuer quelques taches de peinture sur sa feuille, mais il les diluait ensuite, \u00e0 l\u2019aide de rouleaux ou de chiffons tremp\u00e9s sans rel\u00e2che dans l\u2019eau, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effacement de toute trace. Souvent, la feuille gondol\u00e9e par l\u2019eau se trouait et laissait \u00e9chapper l\u2019eau par le trou. Son r\u00e9f\u00e9rent, \u00e0 la fois \u00e9ducateur et peintre lui-m\u00eame, pendant plusieurs mois, l\u2019a simplement accompagn\u00e9 dans sa t\u00e2che, en \u00e9pongeant et en r\u00e9cup\u00e9rant dans une cuvette l\u2019eau qui d\u00e9goulinait de la table, et en lui d\u00e9crivant ce qui se passait avec la peinture. Dans le cadre de la supervision que j\u2019assurais en tant que psychologue institutionnelle, il \u00e9voquait son intense d\u00e9ception qu\u2019un enfant aussi dou\u00e9 en dessin ne repr\u00e9sente rien et qu\u2019il ne se sente pas exister pour Victor. <em>Cette premi\u00e8re phase a \u00e9t\u00e9 fondamentale pour cet enfant, qui a r\u00e9alis\u00e9 ensuite un travail tr\u00e8s vari\u00e9 en peinture, avec un jeu sur l\u2019\u00e9paisseur et un acc\u00e8s progressif \u00e0 la figuration de personnages et de sc\u00e8nes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette activit\u00e9 picturale met donc en sc\u00e8ne une liqu\u00e9faction, un trouage de la feuille et un effacement complet de toute trace. Cette dissolution active des traces de peinture sur la feuille, et m\u00eame du support de la feuille, pourrait s\u2019interpr\u00e9ter comme une premi\u00e8re forme de reprise interne de terreurs primitives, comme la terreur d\u2019effacement, de disparition ou de dissolution, ou encore d\u2019effondrement, \u00e0 l\u2019image de ce que l\u2019enfant fait subir \u00e0 la feuille. Cette activit\u00e9 picturale acharn\u00e9e d\u2019effacement pendant de longs mois mettrait en sc\u00e8ne un authentique v\u00e9cu de mort psychique, contre lequel l\u2019enfant lutte, en infligeant \u00e0 la feuille le vide, dans un processus de retournement passif\/actif. Le retournement passif\/actif constitue souvent la premi\u00e8re forme de symbolisation pour un enfant psychotique. Ce type d\u2019activit\u00e9 en peinture permet ainsi une premi\u00e8re emprise sur une exp\u00e9rience agonistique d\u2019effacement ou d\u2019\u00e9coulement, de liqu\u00e9faction, exp\u00e9rience qui se retourne en effacement\/vidage contr\u00f4l\u00e9. D\u2019autre part, cette angoisse de liqu\u00e9faction pourrait \u00eatre en lien avec un objet indisponible et insaisissable, objet lisse et glissant. On assiste ici \u00e0 un transfert de la relation premi\u00e8re \u00e0 l\u2019objet sur le <em>medium<\/em>, au double sens du mat\u00e9riau et du th\u00e9rapeute. On rencontre souvent face \u00e0 de tels cas de destructivit\u00e9 en m\u00e9diation la tentation de remettre en cause l\u2019indication et d\u2019arr\u00eater l\u2019atelier, ou encore la tendance des soignants \u00e0 emp\u00eacher l\u2019enfant de tout effacer et \u00e0 le forcer \u00e0 peindre, alors qu\u2019il para\u00eet fondamental de ne pas intervenir et de ne pas r\u00e9agir \u00e0 la destructivit\u00e9 par le retrait.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un rapport sp\u00e9culaire \u00e0 l\u2019objet m\u00e9diateur<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019activit\u00e9 picturale d\u00e9crite pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019enfant devient pour ainsi dire un Je\/peinture qui se liqu\u00e9fie, qui dispara\u00eet ou qui est aspir\u00e9 par un trou, ou encore, en miroir avec la feuille de peinture, \u00ab&nbsp;un appui qui s\u2019effondre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;une surface plane qui ondule&nbsp;\u00bb, ou un \u00ab&nbsp;trou\/caca\/liqu\u00e9fi\u00e9\/vidang\u00e9&nbsp;\u00bb. Ces sensations hallucin\u00e9es proviennent donc d\u2019une sorte de sp\u00e9cularit\u00e9 entre l\u2019enfant et le <em>medium mall\u00e9able<\/em>&nbsp;: l\u2019enfant psychotique, en de\u00e7\u00e0 de toute distinction entre moi et non moi, s\u2019identifie et se refl\u00e8te dans la mati\u00e8re, \u00e0 partir de ses qualit\u00e9s sensorielles et, en miroir avec le mat\u00e9riau travaill\u00e9, peut devenir fragment de mati\u00e8re et, r\u00e9ciproquement, vivre celle-ci comme fragment de son corps propre. On constate une indissociabilit\u00e9 entre le corps de l\u2019enfant, sa feuille, les instruments de peinture et la mati\u00e8re picturale, avec une \u00e9vidente confusion des enfants avec la mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre avec le <em>medium mall\u00e9able<\/em> va donc activer chez l\u2019enfant psychotique des sensations hallucin\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire des v\u00e9cus d\u2019ordre psychocorporels, qui vont s\u2019actualiser \u00e0 partir des sensations procur\u00e9es par la mat\u00e9rialit\u00e9 du <em>medium<\/em>. C\u2019est la perception dans la r\u00e9alit\u00e9 des sensations procur\u00e9es par la mat\u00e9rialit\u00e9 du m\u00e9diateur qui active le processus hallucinatoire chez l\u2019enfant, et, r\u00e9ciproquement, l\u2019enfant met en forme dans le mat\u00e9riau ses propres sensations hallucin\u00e9es, li\u00e9es \u00e0 des exp\u00e9riences ant\u00e9rieures, qu\u2019il associera aux sensations donn\u00e9es par le m\u00e9diateur. Du coup, les sensations hallucin\u00e9es de l\u2019enfant peuvent se mat\u00e9rialiser dans sa manipulation du m\u00e9diateur. Le cadre-dispositif de la m\u00e9diation th\u00e9rapeutique semble ainsi r\u00e9activer une premi\u00e8re m\u00e9moire archa\u00efque de nature essentiellement perceptive, d\u00e9crite par Freud. Dans <em>Constructions en analyse<\/em> (1937), il \u00e9voque en effet la possibilit\u00e9 d\u2019un retour hallucinatoire de perceptions ant\u00e9rieures au sein de la cure classique&nbsp;: il constate dans le contexte de la cure analytique un possible retour hallucinatoire d\u2019un vu ou d\u2019un entendu dans la premi\u00e8re enfance, pour des patients non psychotiques. Freud indique donc l\u2019id\u00e9e d\u2019une coexistence possible entre une hallucination de perceptions ant\u00e9rieures et des perceptions actuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre d\u2019une th\u00e9rapie m\u00e9diatis\u00e9e, c\u2019est le <em>medium sensoriel<\/em> qui va r\u00e9activer ces traces perceptives. L\u2019exemple de Victor t\u00e9moigne en effet d\u2019une co\u00efncidence entre hallucination et perception, soit d\u2019un retour hallucinatoire de perceptions, qui coexiste avec les perceptions actuelles procur\u00e9es par le <em>medium mall\u00e9able<\/em>. Autrement dit, l\u2019exp\u00e9rience de la rencontre du <em>medium<\/em> dans l\u2019espace th\u00e9rapeutique permettra de transformer la sensation hallucin\u00e9e en une forme perceptive, la sensation hallucin\u00e9e va prendre forme dans l\u2019objet m\u00e9diateur et devenir ainsi figurable et transformable. Il s\u2019agit donc l\u00e0, selon un concept de R. Roussillon (2001) de restaurer le processus de symbolisation primaire, particuli\u00e8rement d\u00e9faillant dans la psychose, qui consiste \u00e0 lier une trace mn\u00e9sique perceptive \u00e0 une repr\u00e9sentation de chose.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des sensations hallucin\u00e9es \u00e0 la figuration de protorepr\u00e9sentations<\/h2>\n\n\n\n<p>En lien avec ces sensations hallucin\u00e9es, le travail du <em>medium mall\u00e9able<\/em> par l\u2019enfant, va permettre l\u2019\u00e9mergence et la mise en forme de protorepr\u00e9sentations, qui renvoient \u00e0 une inscription des premi\u00e8res exp\u00e9riences de la relation \u00e0 l\u2019objet, exp\u00e9riences d\u2019ordre sensoriel et affectif. Ces protorepr\u00e9sentations se caract\u00e9risent par une indissociabilit\u00e9 entre corps, psych\u00e9 et monde, ou entre espace corporel, espace psychique et espace ext\u00e9rieur. C\u2019est la fa\u00e7on dont P. Aulagnier (1975) d\u00e9finit les pictogrammes, proches aussi des formes autistiques, d\u00e9crites par F. Tustin (1986).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9mergence et mise en forme de sensations hallucin\u00e9es peut se pr\u00e9senter de multiples fa\u00e7ons&nbsp;; en voici quelques exemples&nbsp;: \u201cMoi\/bouche\/peinture vomi(e) et vomissant(e), ou \u201cmoi noy\u00e9 dans la \u201cm\u00e8re merde\u201d de la peinture\u201d, ou moi dissous dans la feuille. Il peut s\u2019agir aussi d\u2019une sensation d\u2019arrachement d\u2019une peau commune, en lien avec le d\u00e9collage d\u2019une peinture plastifi\u00e9e, ou encore d\u2019un v\u00e9cu de glissade sans fin et de chute sur la feuille etc. Le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb de l\u2019enfant peut aussi \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une \u00ab&nbsp;sensation main agripp\u00e9e \u00e0 la feuille&nbsp;\u00bb pour des enfants qui ne peuvent que faire de la peinture au doigt, en restant longtemps coll\u00e9 \u00e0 la feuille, ou r\u00e9duit \u00e0 une \u00ab&nbsp;feuille peau caress\u00e9e&nbsp;\u00bb ou \u00e0 un \u00ab&nbsp;Moi\/pinceau englouti dans la peinture&nbsp;\u00bb. Il arrive aussi que toute rencontre entre instrument, peinture et feuille ne puisse qu\u2019aboutir \u00e0 une destruction, par exemple le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb se pr\u00e9sente comme \u00ab&nbsp;Moi\/feuille peau trou\u00e9e ou perc\u00e9e ou arrach\u00e9e&nbsp;\u00bb. Cet acc\u00e8s \u00e0 la figurabilit\u00e9 met ainsi en jeu la \u00ab&nbsp;corpor\u00e9isation figurative&nbsp;\u00bb des pictogrammes, certes infigurables \u00e0 l\u2019origine, mais qui vont pouvoir trouver un mode de \u00ab&nbsp;figuration sc\u00e9nique&nbsp;\u00bb (P. Aulagnier, 1986) dans la rencontre de la corpor\u00e9it\u00e9 du <em>medium mall\u00e9able<\/em>. Au d\u00e9cours d\u2019un atelier peinture, apparaissent donc des \u00e9l\u00e9ments matriciels de l\u2019activit\u00e9 de symbolisation, qui rel\u00e8vent non seulement du registre des pictogrammes, mais aussi souvent des signifiants formels (D. Anzieu, 1987), sous la forme de traces pr\u00e9figuratives.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la sensation \u00e0 l\u2019\u00e9motion&nbsp;: r\u00f4le des accordages affectifs<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais le travail de figuration ne peut s\u2019effectuer qu\u2019en mobilisant la dimension transf\u00e9rentielle, qui r\u00e9actualise le lien primaire \u00e0 l\u2019objet, dans une relation th\u00e9rapeutique en miroir, o\u00f9 les accordages corporels et affectifs jouent un r\u00f4le pr\u00e9dominant&nbsp;; c\u2019est la dynamique transf\u00e9rentielle qui va permettre de donner sens aux diff\u00e9rentes formes prises par le <em>medium mall\u00e9able<\/em>. Les th\u00e9rapeutes offrent \u00e0 l\u2019enfant une sorte de miroir corporel et affectif, avec th\u00e9\u00e2tralisation, avec aussi partage d\u2019affect, ce qui r\u00e9tablit la fonction de miroir en double de la relation primaire. Dans la relation th\u00e9rapeutique, il s\u2019agit essentiellement en effet de mettre en jeu les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019accordages entre la m\u00e8re et l\u2019enfant, d\u00e9crits par Stern (1985), soit d\u2019effectuer des transpositions d\u2019un mode d\u2019expression dans une autre modalit\u00e9 sensorielle, par exemple entre les registres kinesth\u00e9siques, sonores, visuels et mimo-gestuo-posturaux, sur le mode d\u2019un plaisir partag\u00e9, processus au cours duquel les sensations pourront progressivement se transformer en \u00e9motions. En d\u00e9finitive, la m\u00e9diation th\u00e9rapeutique de la peinture va susciter des messages corporels, visuels, kinesth\u00e9siques, mimo-gestuo-posturaux, qui vont pouvoir prendre sens dans les interrelations au sein de l\u2019atelier, avec les soignants et le groupe. Le travail th\u00e9rapeutique en m\u00e9diation va donc permettre d\u2019une part d\u2019inscrire l\u2019expression pulsionnelle dans une forme de langage sensori-moteur, langage du corps et de l\u2019acte, d\u2019autre part de lui donner sens, et de transformer ainsi les projections des enfants en messages signifiants. Comme dans les premiers liens de l\u2019enfant avec son entourage, c\u2019est l\u2019environnement -les soignants- qui donneront une valeur de message aux \u00e9prouv\u00e9s de l\u2019enfant, notamment par les accordages affectifs. Dans le contexte transf\u00e9rentiel, la repr\u00e9sentation sensorielle li\u00e9e au travail du <em>medium mall\u00e9able<\/em> pourra se r\u00e9fl\u00e9chir elle-m\u00eame, se mettre en sens dans l\u2019interaction avec les r\u00e9ponses des th\u00e9rapeutes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers la sensorialit\u00e9, la motricit\u00e9, le mouvement, il s\u2019agit donc de mettre en forme, en figure, en rythme, des impressions sensorielles, qui vont pouvoir devenir des repr\u00e9sentations-choses sensorielles, auto-repr\u00e9sent\u00e9es par l\u2019enfant. Le travail th\u00e9rapeutique au sein de cadres-dispositifs \u00e0 m\u00e9diation amorcera ainsi un processus de m\u00e9tabolisation du registre sensori-moteur en figurable, soit un passage du registre de la sp\u00e9cularit\u00e9 \u00e0 une possible r\u00e9flexivit\u00e9. Les transformations des formes du mat\u00e9riau, les avatars formels du <em>medium<\/em> travaill\u00e9 par l\u2019enfant, seront dot\u00e9s d\u2019une signification dans la dynamique relationnelle avec les th\u00e9rapeutes et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, avec le groupe d\u2019enfants\u00a0: d\u00e8s lors, la production ou l\u2019objet r\u00e9alis\u00e9 dans ce cadre th\u00e9rapeutique s\u2019inscrit comme message interrelationnel. L\u2019appropriation d\u2019un sens s\u2019effectue l\u00e0 dans l\u2019intersubjectivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Anzieu D.<\/strong> (1987), \u00ab&nbsp;Les signifiants formels et le Moi Peau&nbsp;\u00bb, in Anzieu D. et al. <em>Les enveloppes psychiques<\/em>, Paris, Dunod, 1-22.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aulagnier P.<\/strong>, (1975), <em>La violence de l\u2019interpr\u00e9tation<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aulagnier P.<\/strong>, (1986), <em>Un interpr\u00e8te en qu\u00eate de sens<\/em>, Paris, Ramsay.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Brun A.<\/strong> (2007). <em>M\u00e9diations th\u00e9rapeutiques et psychose infantile<\/em>, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1937), \u00ab&nbsp;Constructions dans l\u2019analyse&nbsp;\u00bb, trad. fr., in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes II<\/em> (1921-1938), Paris, PUF, 1985.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Roussillon R.<\/strong> (2001), <em>Le plaisir et la r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Dunod, 159-174.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Stern D. N.<\/strong> (1989), <em>Le monde interpersonnel du nourrisson<\/em>, 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition 1985, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tustin F.<\/strong> (1986), <em>Le trou noir de la psych\u00e9<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Winnicott D. W.<\/strong> (1974), <em>La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques<\/em>, Paris, Gallimard, 2000.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10670?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la psychose infantile, le travail th\u00e9rapeutique \u00e0 partir de la m\u00e9diation picturale s\u2019articule autour de la constitution d\u2019un fond pour la repr\u00e9sentation. 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