{"id":10654,"date":"2021-08-22T07:32:30","date_gmt":"2021-08-22T05:32:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entretien-avec-jacques-andre-2\/"},"modified":"2021-10-04T10:22:34","modified_gmt":"2021-10-04T08:22:34","slug":"entretien-avec-jacques-andre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entretien-avec-jacques-andre\/","title":{"rendered":"Entretien avec Jacques Andr\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Jacques Andr\u00e9 est Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Diderot, Laboratoire de Psychologie clinique et de Psychopathologie, psychanalyste, membre de l\u2019Association Psychanalytique de France<\/em>.<br><em>Directeur du Centre d\u2019\u00c9tudes en Psychopathologie et Psychanalyse (Paris 7) Directeur de la Petite Biblioth\u00e8que de Psychanalyse, aux PUF<\/em>.<br><em>Agr\u00e9g\u00e9 de philosophie, Jacques Andr\u00e9 a soutenu sa th\u00e8se en psychopathologie et psychanalyse \u00e0 partir d\u2019une \u00e9tude des conflits meurtriers dans l\u2019espace familial antillais. Auteur d\u2019un ouvrage de psychanalyse du lien social \u00e0 partir d\u2019une \u00e9tude de la R\u00e9volution fran\u00e7aise&nbsp;: \u00ab&nbsp;La r\u00e9volution fratricide&nbsp;\u00bb. Il a d\u00e9velopp\u00e9 de nombreux travaux sur une psychanalyse de la f\u00e9minit\u00e9. Son ouvrage principal&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aux origines f\u00e9minines de la sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb (1995) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en Quadrige, PUF, 2004. Il est traduit en cinq langues (chinois, espagnol, grec, italien, portugais). Il travaille plus particuli\u00e8rement sur les limites de la psychanalyse et la probl\u00e9matique associ\u00e9e des \u00e9tats borderline<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>La premi\u00e8re question porte sur votre parcours, votre formation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Le point de d\u00e9part, ce sont les \u00e9tudes de philosophie. J\u2019ai eu de la chance, parce que c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement impr\u00e9visible, de me retrouver \u00e0 Nanterre dans les ann\u00e9es 1968, de vivre l\u00e0 des moments d\u2019une grande excitation intellectuelle, politique bien s\u00fbr mais aussi philosophique. Il y avait l\u00e0 notamment Paul Ric\u0153ur, Emmanuel Levinas et Jean-Fran\u00e7ois Lyotard. Tous les trois ont \u00e9t\u00e9 mes professeurs. Lorsqu\u2019on sort du bac, c\u2019est \u00e9videmment une divine surprise. Puis, j\u2019ai pass\u00e9 l\u2019agr\u00e9gation de philosophie. La rencontre avec Jean-Fran\u00e7ois Lyotard a pes\u00e9 d\u2019un poids tout particulier parce que c\u2019est la premi\u00e8re personne \u00e0 m\u2019avoir parl\u00e9 de la psychanalyse et de Freud de telle sorte \u00e0 ce que j\u2019y entende quelque chose. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il r\u00e9digeait sa th\u00e8se <em>Discours, figures<\/em>. C\u2019\u00e9tait aussi le th\u00e8me de ses cours. <em>Discours, figures<\/em> reste jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui un grand livre du dialogue de la philosophie avec la psychanalyse, et pour moi un point de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis retrouv\u00e9 professeur de philosophie, \u00e0 devoir enseigner, et tr\u00e8s rapidement j\u2019ai ressenti une difficult\u00e9, une sorte de porte-\u00e0-faux avec la parole philosophique. L\u2019homme dont parle la philosophie est un homme en g\u00e9n\u00e9ral, un homme moyen (au sens anglais, <em>average man<\/em>), il n\u2019a pas de singularit\u00e9, le contraire de l\u2019homme psychanalytique. Je me suis vite d\u00e9gag\u00e9 de l\u2019enseignement de la philosophie classique, de sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 trop peu incarn\u00e9e, et suis devenu directeur d\u2019\u00e9tudes de ce qu\u2019on appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab&nbsp;les Centres de formation des ma\u00eetres \u00e0 l\u2019enfance inadapt\u00e9e&nbsp;\u00bb. Les ma\u00eetres en question \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 enseigner notamment en prison, ou en h\u00f4pital psychiatrique aupr\u00e8s d\u2019enfants en grande difficult\u00e9. Le propre de cette formation \u00e9tait d\u2019apporter un enseignement du c\u00f4t\u00e9 de la psychologie. J\u2019ai donc commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de jour pour enfants et adolescents, puis dans les prisons. C\u2019\u00e9tait en Guadeloupe o\u00f9 j\u2019\u00e9tais parti au titre de la coop\u00e9ration. J\u2019y suis rest\u00e9 assez longuement; j\u2019y ai travaill\u00e9 plusieurs ann\u00e9es et nous avons cr\u00e9\u00e9 avec quelques amis le CAR\u00c9 (Centre Antillais de Recherche et d\u2019\u00c9tudes) qui publiait une revue. J\u2019ai fini par y faire ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision de la th\u00e8se est li\u00e9e \u00e0 une rencontre avec des histoires tr\u00e8s particuli\u00e8res, des histoires de meurtres. Je me suis aper\u00e7u &#8211; \u00e7a a un peu chang\u00e9 depuis &#8211; qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque les seuls meurtres commis \u00e9taient de voisinage ou en famille. La question ne se posait jamais d\u2019avoir \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019assassin, ni de devoir courir apr\u00e8s le meurtrier, il se livrait toujours de lui-m\u00eame. Il m\u2019est apparu rapidement qu\u2019il y avait l\u00e0 un mat\u00e9riel privil\u00e9gi\u00e9, la traduction pathologique de conflits par ailleurs ordinaires. Tout se passait comme si ces conflits meurtriers ne faisaient que r\u00e9v\u00e9ler des lignes de fracture propre \u00e0 la configuration familiale antillaise. J\u2019ai donc suivi les Assises, lu les dossiers, rencontr\u00e9 les d\u00e9tenus en prison, dialogu\u00e9 avec les juges et les avocats. D\u2019abord sans vis\u00e9e claire, et je me suis dit pourquoi ne pas en faire un travail de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier contact psychanalytique et universitaire s\u2019est fait avec Fran\u00e7ois Gantheret. Je ne le connaissais pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque mais j\u2019avais beaucoup aim\u00e9 son article \u00ab&nbsp;Trois m\u00e9moires&nbsp;\u00bb paru dans la <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, et en particulier cette id\u00e9e d\u2019une m\u00e9moire \u00ab&nbsp;de ce qui n\u2019a jamais eu lieu&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s un premier contact \u00e9pistolaire, nous sommes devenus rapidement des amis et c\u2019est lui qui m\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Jean Laplanche avec qui j\u2019ai fait ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Votre parcours est-il un mouvement intellectuel de la philosophie \u00e0 la psychanalyse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> J\u2019ai commenc\u00e9 mon analyse assez tard par rapport \u00e0 des amis et des coll\u00e8gues de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration qui se sont mis sur le divan d\u00e8s leurs 20 ans ou presque. La psychanalyse a \u00e9t\u00e9 pour moi fortement pr\u00e9sente avant que ne s\u2019impose l\u2019exp\u00e9rience du divan. Joyce McDougall a \u00e9t\u00e9 mon analyste, la seule. C\u2019est \u00e9videmment une autre exp\u00e9rience, sur un autre versant, c\u2019est aussi une formation, mais pas du tout la m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Quelles ont \u00e9t\u00e9 les rencontres importantes des psychanalystes&nbsp;? Vous avez d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 Laplanche et Gantheret, quelles sont les autres rencontres importantes&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> D\u2019abord Fran\u00e7ois Gantheret, et tr\u00e8s vite Laplanche, puis J.B. Pontalis\u2026 mais il y a aussi l\u2019anthropologie, les anthropologues. Les Antilles sont des soci\u00e9t\u00e9s qui partagent, avec les Cara\u00efbes et le monde noir am\u00e9ricain, une structure familiale dite \u00ab&nbsp;matrifocale&nbsp;\u00bb, tout \u00e0 fait originale. Je garde le souvenir \u00e9mu de Jean Pouillon. Il dirigeait la revue <em>L\u2019homme<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque du laboratoire de Levi-Strauss et il \u00e9tait aussi membre de la <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>. Je me souviens aussi de nos discussions avec Alfred Adler, Michel Cartry. J\u2019ai gard\u00e9 le plaisir de ce d\u00e9bat, plus tard avec Fran\u00e7oise H\u00e9ritier, Anne-Christine Taylor. J\u2019ai un temps h\u00e9sit\u00e9 sur le plan universitaire entre anthropologie et psychanalyse et la psychanalyse s\u2019est impos\u00e9e, un peu comme un rouleau compresseur, simultan\u00e9ment avec l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019analyse ellem\u00eame. Le choix s\u2019est fait tout seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Le s\u00e9minaire de Laplanche a \u00e9t\u00e9 un lieu remarquable de travail, de r\u00e9flexion et de discussion. La rencontre avec J.B. Pontalis m\u2019importe aussi beaucoup, notamment sur le plan de l\u2019amiti\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 me publier en psychanalyse dans le num\u00e9ro <em>Liens<\/em> de la <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, puis j\u2019ai cotoy\u00e9 Anzieu, Rosolato, Green, de M\u2019Uzan. Plus tard j\u2019ai beaucoup travaill\u00e9 avec Pierre F\u00e9dida, notamment dans les ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sa mort, et aussi avec Daniel Widl\u00f6cher dont je partage le go\u00fbt pour le d\u00e9bat. J\u2019ajouterai un nom, celui de Christiane Guillemet, peu connue parce qu\u2019elle n\u2019a pas pris la peine d\u2019\u00e9crire, clinicienne remarquable, avec qui j\u2019ai fait ma premi\u00e8re supervision \u00e0 l\u2019APF. Il est probable que ce qui est devenu mon int\u00e9r\u00eat pour la question <em>borderline<\/em> et les \u00e9l\u00e9ments psychotiques de personnalit\u00e9 lui doit beaucoup. Elle est morte il y a quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Quel \u00e9tait votre sujet de th\u00e8se&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> La th\u00e8se s\u2019intitule <em>L\u2019inceste focal<\/em>, \u00ab&nbsp;focal&nbsp;\u00bb vient de \u00ab&nbsp;matrifocal&nbsp;\u00bb qui est un peu le signifiant-cl\u00e9 de l\u2019organisation de la famille noire am\u00e9ricaine, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: focalis\u00e9e autour d\u2019un p\u00f4le maternel. Le titre complet c\u2019est, <em>L\u2019inceste focal dans les soci\u00e9t\u00e9s noires antillaises<\/em>. La th\u00e8se a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e aux PUF, en 1987, mais le livre est aujourd\u2019hui \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Parmi les th\u00e9matiques que vous abordez, le f\u00e9minin a-t-il une place \u00e0 part&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> La f\u00e9minit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 et reste pour moi plus qu\u2019une question, une sorte de \u00ab&nbsp;fil rouge&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;De tout temps les hommes se sont creus\u00e9 la t\u00eate sur l\u2019\u00e9nigme de la f\u00e9minit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Freud, je n\u2019y \u00e9chappe pas. Qu\u2019en dehors d\u2019\u00eatre psychanalyste, je sois aussi un homme y est \u00e9videmment pour quelque chose. Mon entr\u00e9e dans la question a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 quel point la th\u00e9orie freudienne est quasiment homog\u00e8ne au \u00ab&nbsp;fantasme f\u00e9tichiste&nbsp;\u00bb des hommes, avec la focalisation sur l\u2019envie du p\u00e9nis. Je n\u2019\u00e9tais pas le premier \u00e0 le dire. C\u2019est Karl Abraham en 1924 qui, le premier, fait remarquer \u00e0 Freud l\u2019insuffisance de ses formulations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Qu\u2019entendez-vous par \u00ab&nbsp;fantasme f\u00e9tichiste&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Le fantasme f\u00e9tichiste est permis par un clivage&nbsp;: \u00ab&nbsp;je sais bien que la femme n\u2019a pas de p\u00e9nis\u2026 mais quand m\u00eame, elle a des talons aiguilles, ou un porte-jarretelles, etc&nbsp;\u00bb. Repris par la femme que Freud d\u00e9crit dans sa conf\u00e9rence de 1933 sur la f\u00e9minit\u00e9, cela donne&nbsp;: \u00ab&nbsp;je sais bien que je n\u2019ai pas de p\u00e9nis\u2026 mais quand m\u00eame, j\u2019ai un enfant m\u00e2le&nbsp;\u00bb. La fr\u00e9quence de cette position psychique chez une femme est v\u00e9rifi\u00e9e quotidiennement par l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique (y compris quand l\u2019enfant est une fille, phallus-de-sa-m\u00e8re), et la fa\u00e7on dont le complexe de castration peut gouverner une vie de femme est un constat maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9. La question est ailleurs, dans le fait de r\u00e9duire la f\u00e9minit\u00e9 \u00e0 cette figure.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma contribution n\u2019est pas s\u00e9parable des apports de Jean Laplanche, de sa reprise de la th\u00e9orie de la s\u00e9duction&nbsp;; non plus la s\u00e9duction de tel parent pervers mais l\u2019id\u00e9e d\u2019une s\u00e9duction qui se m\u00eale in\u00e9vitablement aux gestes de soins et d\u2019amour. Comment quelque chose de l\u2019inconscient parental (d\u2019abord maternel) pourrait-il ne pas infiltrer et donc d\u00e9tourner les gestes les plus \u00e9l\u00e9mentaires&nbsp;? Ce n\u2019est pas d\u2019une m\u00e8re pathologique ou perverse qu\u2019il s\u2019agit mais de celle, pour reprendre les mots de Freud, \u00ab&nbsp;qui, caressant, ber\u00e7ant son enfant le traite comme substitut d\u2019un objet sexuel \u00e0 part enti\u00e8re.&nbsp;\u00bb J\u2019ai toujours eu l\u2019id\u00e9e que la position f\u00e9minine, ce qui est li\u00e9 en particulier au dedans du corps, \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration du dedans, au franchissement de ses fronti\u00e8res, de ses limites relevait d\u2019une primitivit\u00e9 que l\u2019envie du p\u00e9nis est bien incapable d\u2019expliquer. Il y a une sorte d\u2019\u00e9vidence du phallus qui le rend ais\u00e9ment symbolisable, il y a un inconnu, un \u00e9nigmatique du f\u00e9minin, qui le rend beaucoup plus angoissant, et pas seulement pour les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud fait du f\u00e9minin une formation psychosexuelle secondaire et tardive, contemporaine de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u0152dipe. Contre cette id\u00e9e, j\u2019ai fait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une f\u00e9minit\u00e9 primitive qui met en relation cet enfant s\u00e9duit (quel que soit son sexe) avec la position passive f\u00e9minine, un enfant in\u00e9vitablement passiv\u00e9 par ce qu\u2019il re\u00e7oit, une sorte d\u2019enfant \u00ab&nbsp;orificiel&nbsp;\u00bb. La position f\u00e9minine est dans le fond la premi\u00e8re symbolisation de cette position primitive de l\u2019enfant, la premi\u00e8re transformation de cet enfant s\u00e9duit. Il y a quelques formulations freudiennes qui vont dans ce sens, celles qui font de l\u2019\u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin l\u2019\u00e9l\u00e9ment refoul\u00e9 par excellence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le f\u00e9minin n\u2019est pas seulement un objet sp\u00e9cifique de la th\u00e9orie psychanalytique, il a aussi une valeur analysante, notamment pour tout ce qui touche \u00e0 la question de l\u2019intrusion (voire de la pers\u00e9cution). Quand on pense \u00e0 l\u2019anorexie, pathologie aussi violente que typiquement f\u00e9minine, et qui n\u2019a pas son sym\u00e9trique chez le gar\u00e7on, on ne peut que s\u2019interroger sur ce qu\u2019il y a de sp\u00e9cifiquement violent, sauvage au c\u0153ur de la f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Y a-t-il quelque chose qui se lie autour du f\u00e9minin et du fonctionnement limite&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Oui mais pas de fa\u00e7on simple et d\u00e9ductive. Lorsque l\u2019on met l\u2019accent sur la question de la p\u00e9n\u00e9tration et des angoisses associ\u00e9es, on a tr\u00e8s vite fait de passer du c\u00f4t\u00e9 des angoisses d\u2019intrusion, d\u2019empi\u00e8tement, de franchissement des fronti\u00e8res, de destruction des limites du moi. M\u00eame si la probl\u00e9matique limite n\u2019est pas sp\u00e9cifiquement f\u00e9minine, elle ne concerne pas que les femmes, les hommes sont tout autant concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Pas en termes psychanalytiques, mais en termes \u00e9pid\u00e9miologiques, car il y a -ce qui m\u2019a toujours \u00e9tonn\u00e9 d\u2019ailleurs- une dominante f\u00e9minine pour le fonctionnement limite (3 femmes pour 1 homme selon les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Dans toutes les modalit\u00e9s addictives du fonctionnement limite (alcoolisme, toxicomanie), les hommes sont quand m\u00eame tr\u00e8s pr\u00e9sents. Mais c\u2019est vrai que le psychanalyste n\u2019a aucune id\u00e9e statistique&nbsp;; chez mes patients, je vois \u00e0 peu pr\u00e8s autant d\u2019hommes que de femmes, je serais bien incapable d\u2019\u00e9tablir des pourcentages.<\/p>\n\n\n\n<p>La question des fronti\u00e8res du moi n\u2019a \u00e9videmment pas de sexe, mais en m\u00eame temps on peut comprendre qu\u2019elle sollicite tout particuli\u00e8rement la femme, celle qui est soumise \u00e0 l\u2019intrusion d\u2019une autre mani\u00e8re que seulement narcissique. Je me souviens d\u2019une discussion avec Anzieu, je m\u2019\u00e9tais servi de son \u00ab&nbsp;Moi-peau&nbsp;\u00bb pour soutenir que la condition pour une femme de pouvoir jouir de la p\u00e9n\u00e9tration \u00e9tait d\u2019\u00eatre assur\u00e9e de la qualit\u00e9 de l\u2019enveloppe. On le voit bien dans les angoisses f\u00e9minines associ\u00e9es aux diff\u00e9rentes pertes, l\u2019image d\u2019un corps mal ferm\u00e9, qui fuit, un manque d\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 psychique et corporelle tout \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Dans les \u00ab&nbsp;Folies minuscules&nbsp;\u00bb, vous d\u00e9veloppez l\u2019id\u00e9e selon laquelle les folies maternelles sont les premi\u00e8res<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> La m\u00e8re est la premi\u00e8re, elle est l\u00e0 d\u2019abord, dans une relation avec un \u00eatre qui est dans la compl\u00e8te incapacit\u00e9 \u00e0 subvenir par lui-m\u00eame \u00e0 ses propres besoins. La m\u00e8re est d\u2019autant plus \u00ab&nbsp;folle&nbsp;\u00bb que le moi du nouveau-n\u00e9 est \u00e0 peine constitu\u00e9. La \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb, on l\u2019entend par exemple quand certaines femmes racontent l\u2019\u00e9tranget\u00e9 d\u2019\u00eatre enceinte, d\u2019engendrer de l\u2019int\u00e9rieur de soi un \u00eatre \u00e0 partir de soi qui va devenir diff\u00e9rent. On est parfois au bord de la d\u00e9personnalisation. La gamme des m\u00e8res est \u00e9videmment tr\u00e8s \u00e9tendue, de la folie minuscule \u00e0 celle qui l\u2019est moins. Il y a celles qui reproduisent la grossesse pour ellem\u00eame parce qu\u2019elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi bien dans leur vie que dans cet \u00e9tat de pl\u00e9nitude, jusqu\u2019\u00e0 celles qui ne veulent absolument pas \u00eatre enceintes parce que cela repr\u00e9sente une d\u00e9construction\/d\u00e9formation du corps qui leur fait fr\u00f4ler les zones psychotiques. L\u2019exp\u00e9rience psychique de la maternit\u00e9 permet de v\u00e9rifier cette d\u00e9couverte psychanalytique majeure&nbsp;: chez l\u2019homme, au sens g\u00e9n\u00e9rique, toutes les conduites instinctuelles sont d\u00e9qualifi\u00e9es. Sans m\u00eame parler des boulimiques, anorexiques ou alcooliques, pour aucun d\u2019entre nous l\u2019acte de boire ou manger ne se limite \u00e0 apaiser la soif ou la faim. Le propre d\u2019un besoin instinctuel est d\u2019\u00eatre apais\u00e9 une fois satisfait. Mais d\u00e8s que la pulsion s\u2019en m\u00eale, et elle se m\u00eale de tout, le besoin le c\u00e8de au d\u00e9sir, et le d\u00e9sir ne sait plus ce qu\u2019il veut. On ne sait pas davantage ce que veut l\u2019homme que ce que veut la femme. Pour revenir \u00e0 la m\u00e8re, par quel miracle pourrait-il rester quelque chose de l\u2019instinct maternel&nbsp;? On passe notre temps en clinique \u00e0 constater \u00e0 quel point la relation m\u00e8re\/enfant est charg\u00e9e d\u2019histoire, d\u2019une extr\u00eame complexit\u00e9 psychique inconsciente. Rien n\u2019est donn\u00e9, tout est acquis et l\u2019esp\u00e8ce de naturalit\u00e9 que Winnicott a esp\u00e9r\u00e9 retrouver est plus un espoir qu\u2019un constat. Une des images les plus fortes de la \u00ab&nbsp;folie maternelle&nbsp;\u00bb est donn\u00e9e par le b\u00e9b\u00e9 anorexique. Qu\u2019est-ce qui peut amener un nouveau-n\u00e9 \u00e0 courir ce risque vital&nbsp;? \u00c9videmment pas la qualit\u00e9 nutritive de son alimentation. Quelle situation psychique doit s\u2019installer pour qu\u2019un enfant trouve moins dangereux de refuser la nourriture que de manger&nbsp;? Dans les <em>Folies minuscules<\/em>, j\u2019ai pris des exemples diff\u00e9rents&nbsp;; entendre sa m\u00e8re dire un jour, alors qu\u2019on est enfant ou adolescent&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu es un accident&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tu n\u2019\u00e9tais pas d\u00e9sir\u00e9&nbsp;\u00bb, voire \u00ab&nbsp;tu es un trou dans une capote&nbsp;\u00bb, cela laisse des traces, au point, parfois, de fixer un destin. La m\u00e8re ne soup\u00e7onne pas \u00e0 quel point cette phrase dite en passant est susceptible de prendre une forme oraculaire. C\u2019est parce que la maternit\u00e9 est une exp\u00e9rience potentiellement d\u2019une richesse psychique exceptionnelle (pour les deux protagonistes) qu\u2019elle peut aussi \u00eatre l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un d\u00e9sastre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>A la lecture de vos travaux, ce que vous avez pu tirer comme r\u00e9flexion plus th\u00e9orique de votre pratique psychanalytique est issu de la probl\u00e9matique des liens&nbsp;: des liens entre f\u00e9minin et masculin, lien entre le moi et les autres instances. J\u2019ai eu le sentiment que \u00e7a s\u2019appuyait sur le transfert. Par rapport non plus \u00e0 la m\u00e9ta-psychologie ou \u00e0 la th\u00e9orie, mais par rapport \u00e0 la pratique, \u00e0 la technique, vous vous \u00eates plus int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la relation d\u2019 \u00ab&nbsp;impr\u00e9vu&nbsp;\u00bb qu\u2019\u00e0 la relation d\u2019 \u00ab&nbsp;inconnu&nbsp;\u00bb. Par rapport \u00e0 Rosolato, je trouve qu\u2019il y a quelque chose d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 souligner avec la position transf\u00e9rentielle<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> \u00c0 la r\u00e9flexion psychanalytique, il y a trois sources&nbsp;: la pratique, la th\u00e9orie elle-m\u00eame, et l\u2019exp\u00e9rience culturelle. Au fur et \u00e0 mesure, indiscutablement, c\u2019est la pratique qui est devenue ma source premi\u00e8re de r\u00e9flexion. La th\u00e9orie psychanalytique a d\u00e9j\u00e0 \u00e9norm\u00e9ment dit, construit et d\u00e9velopp\u00e9&nbsp;; si la surprise, l\u2019impr\u00e9vu peut encore surgir, ce n\u2019est gu\u00e8re qu\u2019\u00e0 partir de la pratique. Et il faut dire que de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, l\u2019impr\u00e9vu est assur\u00e9. Je n\u2019ai rien contre la th\u00e9orisation, bien au contraire. On travaille beaucoup mieux avec les patients, notamment quand l\u2019analyse est difficile, quand on travaille \u00ab&nbsp;avec eux&nbsp;\u00bb en dehors des s\u00e9ances. La pratique est ce qui peut arriver de mieux \u00e0 la th\u00e9orie, c\u2019est-\u00e0-dire un point de vue critique. La th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9ralise, elle ne peut pas faire autrement, parfois elle fait pire en pr\u00e9tendant \u00eatre unitaire, \u00eatre LA th\u00e9orie. Je pense notamment \u00e0 M\u00e9lanie Klein, quel que soit le m\u00e9rite de ses inventions, il y aussi ce moment o\u00f9 la th\u00e9orie chez elle et ses disciples s\u2019est ferm\u00e9e comme un syst\u00e8me. Il n\u2019existe pas de promontoire d\u2019o\u00f9 l\u2019on pourrait embrasser l\u2019ensemble de la vie psychique, sous toutes ses facettes. La f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre freudienne est indissociable de cette pluralit\u00e9 topique.<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique est le lieu o\u00f9 les th\u00e9ories se d\u00e9font avant de se faire. Quand un impr\u00e9vu de la clinique vient d\u00e9mentir une conviction th\u00e9orique, c\u2019est toujours un moment d\u2019excitation privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Vous avez une position qui peut surprendre sur la d\u00e9construction du temps. On a toujours cette r\u00e9f\u00e9rence classique que l\u2019inconscient n\u2019est pas inscrit dans la temporalit\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Philosophe de formation, la question du temps m\u2019int\u00e9resse depuis longtemps mais ce n\u2019est pas du tout la m\u00eame chose de lire Aristote ou Kant et d\u2019entendre un patient. J\u2019ai pu penser aussi na\u00efvement que Saint-Augustin que \u00ab&nbsp;rien n\u2019est plus familier \u00e0 tout un chacun que l\u2019exp\u00e9rience du temps&nbsp;\u00bb&nbsp;; m\u00eame chose pour l\u2019histoire&nbsp;: l\u2019id\u00e9e que tout le monde a une histoire. Et bien pas du tout, l\u2019histoire a son histoire, l\u2019histoire a sa psychog\u00e9n\u00e8se, et celle-ci n\u2019est pas la chose du monde la mieux partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela a \u00e9t\u00e9 une vraie surprise de d\u00e9couvrir que des hommes et des femmes ne sont pas inscrits psychiquement dans la temporalit\u00e9. Au sens fort d\u2019\u00ab&nbsp;avoir&nbsp;\u00bb, au sens de l\u2019appropriation, ils n\u2019ont pas de pass\u00e9. Leur enfance n\u2019est pas une histoire qui peut \u00eatre racont\u00e9e, les souvenirs se r\u00e9duisent \u00e0 des on-dits et quelques photos. Ils n\u2019ont pas davantage d\u2019avenir, anticiper et pr\u00e9voir les plongent dans l\u2019angoisse. Pas non plus de pr\u00e9sent, leur vie passe, ils passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle. La construction m\u00eame du temps est aussi une construction psychique, avec tous les al\u00e9as que cela comporte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Vous dites qu\u2019au fond le refoulement n\u2019est pas un rejet mais une transposition, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le psychique surgit dans la question du temps, on vit tous le temps, on vit tous \u00ab&nbsp;objectivement&nbsp;\u00bb un pass\u00e9, un pr\u00e9sent et un futur, mais qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019on ne peut pas en rester \u00e0 cette objectivit\u00e9 l\u00e0, est-ce que c\u2019est vraiment parce qu\u2019il n\u2019y a pas un pass\u00e9 &#8211; un pr\u00e9sent &#8211; un futur ou, est ce que c\u2019est parce qu\u2019il y a une sorte de transposition des s\u00e9quences ou de l\u2019\u00e9v\u00e9nement ou des rep\u00e8res ou de l\u2019histoire, encore plus de l\u2019anamn\u00e8se bien s\u00fbr, dans le r\u00e9cit sur le temps<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Ces id\u00e9es ne me seraient jamais venues hors l\u2019exp\u00e9rience analytique. Je soutiens effectivement un point de vue assez radical, l\u2019id\u00e9e que tout le monde n\u2019est pas psychiquement inscrit dans le temps. Cela n\u2019emp\u00eache pas de savoir lire l\u2019heure, de distinguer le jour et la nuit et de se servir d\u2019un agenda. Ce n\u2019est pas une question cognitive, ni sociale. La surprise c\u2019est donc d\u2019entendre quelqu\u2019un, qui n\u2019a pas le sens du temps, l\u2019acqu\u00e9rir au fil de la cure. Cela commence par l\u2019arriv\u00e9e des marqueurs syntaxiques du temps&nbsp;: quand, depuis, avant\u2026, au point parfois que chaque s\u00e9ance soit ouverte par un \u00ab&nbsp;depuis la derni\u00e8re fois\u2026&nbsp;\u00bb. L\u2019exp\u00e9rience de la cure construit le temps, l\u2019invente, la premi\u00e8re histoire est celle de l\u2019analyse. Le temps n\u2019est pas une cat\u00e9gorie psychique <em>a priori<\/em>. Plus remarquable encore, c\u2019est quand apparaissent des temps jusque l\u00e0 hors d\u2019usage&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019aurai d\u00fb&nbsp;\u00bb, le temps du regret, le conditionnel pass\u00e9 invente une autre histoire. Je crois que l\u2019on vient toujours en analyse pour changer le pass\u00e9, m\u00eame si aucun patient ne formulerait sa demande ainsi. Mais pour changer le pass\u00e9, encore faut-il que celui-ci se soit constitu\u00e9 en r\u00e9cit, en histoire. Il arrive que l\u2019histoire du transfert y pourvoie quand l\u2019histoire singuli\u00e8re a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 le faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>On peut d\u2019ailleurs faire un parall\u00e8le avec l\u2019\u00e9criture, m\u00eame dans l\u2019\u00e9criture contemporaine qui n\u2019est pas du tout narrative chronologiquement, c\u2019est vrai qu\u2019il y a une d\u00e9construction du temps qui est un peu comme dans l\u2019analyse<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Tout \u00e0 fait. C\u2019est vrai que l\u2019\u00e9poque s\u2019y pr\u00eate. Les historiens eux-m\u00eames (avec qui nous avons d\u00e9battu de ces questions, <em>Les r\u00e9cits du temps<\/em>, paru aux PUF en 2010) constatent qu\u2019il y a une histoire du temps, que les formes du temps varient avec l\u2019\u00e9poque et la culture, et que notre \u00e9poque, selon le mot de Fran\u00e7ois Hartog est marqu\u00e9 par le \u00ab&nbsp;pr\u00e9sentisme&nbsp;\u00bb. Un exemple, le changement de statut de la loi, on en est aujourd\u2019hui \u00e0 la loi \u00ab&nbsp;jetable&nbsp;\u00bb (avant m\u00eame que d\u2019\u00eatre applicable). De ce point de vue, la psychanalyse (je ne parle pas de celle, tr\u00e8s adapt\u00e9e, qui donne dans la s\u00e9ance variable, courte et jetable) est une pratique tr\u00e8s intempestive.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Quelle est votre position par rapport \u00e0 la psychanalyse \u00e0 l\u2019universit\u00e9 aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> L\u2019universit\u00e9 ne forme pas des psychanalystes, et il est souhaitable qu\u2019elle n\u2019en forme jamais. Psychanalyste est un m\u00e9tier de la maturit\u00e9, qui rel\u00e8ve d\u2019une formation sp\u00e9cifique, depuis l\u2019exp\u00e9rience de la cure jusqu\u2019aux supervisions, et rien de cela ne peut s\u2019enseigner \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Cette situation est unique&nbsp;: l\u2019enseignement universitaire de la psychanalyse ne forme pas des psychanalystes. Ce porte-\u00e0-faux, ce d\u00e9s\u00e9quilibre est aussi inconfortable que n\u00e9cessaire. Cela permet aux adversaires d\u2019attaquer de fa\u00e7on frontale en nous disant \u00ab&nbsp;vous ne formez pas de psychanalystes, que faites-vous l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je soutiens que la pr\u00e9sence de la psychanalyse \u00e0 l\u2019universit\u00e9 dans la formation des psychologues est indispensable. Je ne con\u00e7ois pas qu\u2019on puisse se consacrer au m\u00e9tier de psychologue (qui consiste la plupart du temps \u00e0 rencontrer un patient caract\u00e9ris\u00e9 par une bonne dose d\u2019angoisse et des difficult\u00e9s personnelles pour l\u2019essentiel inconscientes) sans avoir rencontr\u00e9 quelque chose de la psychanalyse. Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9tudiant psychologue fera de cette rencontre avec la psychanalyse, c\u2019est son affaire, cela ne peut pas \u00eatre l\u2019affaire de l\u2019universit\u00e9. J\u2019appartiens \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 analytique, l\u2019APF, qui aujourd\u2019hui et par le pass\u00e9, compte de nombreux universitaires parmi ses membres mais qui, par contre, n\u2019a jamais eu pour elle-m\u00eame de politique universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Une question sur le devenir des soci\u00e9t\u00e9s de psychanalyse, quelle serait votre position par rapport \u00e0 cette \u00e9volution qui a eu lieu entre une app\u00e9tence pour les psychologues et psychiatres pour les soci\u00e9t\u00e9s de psychanalyse, et aujourd\u2019hui un questionnement sur cet attrait l\u00e0&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Je n\u2019entonne pas trop le couplet pessimisme-optimisme, je constate par contre que les \u00e9volutions ne sont pas lin\u00e9aires. Par exemple, par rapport aux psychiatres. Comme beaucoup, je regrette le fait que la psychanalyse ait pratiquement disparu de l\u2019enseignement de la psychiatrie, mais alors que les jeunes psychiatres (internes compris) avaient d\u00e9sert\u00e9 les divans, ils y reviennent. Pourquoi&nbsp;? on entend notamment deux motifs&nbsp;: 1\/ prescrire c\u2019est ennuyeux si on ne fait que \u00e7a 2\/ et d\u00e8s qu\u2019on commence \u00e0 parler, d\u00e8s qu\u2019un patient parle, tout se complique.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse invite \u00e0 une exp\u00e9rience humaine unique, sans \u00e9quivalent dans les psychoth\u00e9rapies environnantes. Bien s\u00fbr elle subit les effets de la mode, et celle-ci lui est aujourd\u2019hui d\u00e9favorable. Je n\u2019en suis que plus surpris de voir des jeunes hommes ou femmes, sans rapport avec le milieu de la psy, s\u2019accorder cette parenth\u00e8se intempestive (3 fois 45 minutes par semaine, c\u2019est \u00e9norme \u00e0 l\u2019aune du d\u00e9compte du temps hyperactif d\u2019aujourd\u2019hui). Il y a donc des mouvements assez complexes \u00e0 saisir que la vue de l\u2019instant ne peut d\u00e9finir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Quel est votre point de vue, en tant que professeur de psychopathologie, par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019enseignement de la psychologie, qui a ces derniers temps \u00e9volu\u00e9 par rapport \u00e0 une vingtaine d\u2019ann\u00e9e, avec la place de plus en plus importante des approches autres que l\u2019approche psychanalytique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> La p\u00e9riode est particuli\u00e8rement conflictuelle voire guerri\u00e8re, il y a des cognitivistes-comportementalistes (pas les plus malins d\u2019entre eux, c\u2019est rassurant) qui veulent chasser la psychanalyse de l\u2019universit\u00e9, mais avec d\u2019autres (qui sont aussi les plus inventifs, c\u2019est-\u00e0-dire pas ceux qui dirigent la 500<sup>\u00e8me<\/sup> th\u00e8se sur la dyslexie), on travaille tr\u00e8s facilement. L\u2019exp\u00e9rience montre que l\u2019on peut \u00eatre cognitiviste, neuroscientifique et s\u2019embarquer dans le voyage d\u2019une analyse. Et on peut \u00eatre analyste et s\u2019int\u00e9resser aux avanc\u00e9es de l\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale. Il y a parfois, dans cet affrontement, des \u00e9pisodes encourageants. \u00c0 Reims, par exemple, le d\u00e9partement de Psychologie de l\u2019universit\u00e9 a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9carter tout ce qui pouvait ressembler \u00e0 un psychanalyste. Cela leur a valu une lettre de protestation d\u2019un chef de service en Neurologie, o\u00f9 sont pris en charge des parents \u00e2g\u00e9s, leur indiquant qu\u2019il ne pourrait plus recevoir en stage ni recruter comme psychologues des gens sans formation \u00e0 une clinique de la parole. \u00c0 Bordeaux comme \u00e0 Reims, la psychanalyse est introuvable, r\u00e9sultat nous recevons \u00e0 Paris VII des demandes fr\u00e9quentes d\u2019inscription d\u2019\u00e9tudiants cherchant autre chose qu\u2019une psychologie des comportements.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Parlons de votre livre <strong>Les 100 mots de la psychanalyse<\/strong>&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> La surprise apr\u00e8s la publication des <em>100 mots de la psychanalyse<\/em> a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9action plusieurs fois reproduites de journalistes disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;ah bon, apr\u00e8s le <em>Livre Noir de la Psychanalyse<\/em>, la psychanalyse n\u2019est donc pas morte&nbsp;!&nbsp;\u00bb Si ce livre a au moins permis de penser cela, ce n\u2019est pas si mal. L\u2019id\u00e9e de ce livre \u00e9tait d\u2019abord de toucher un lectorat de non-sp\u00e9cialistes, avec cette difficult\u00e9 particuli\u00e8re de faire clair sans l\u00e2cher sur l\u2019essentiel. Ce sont les 100 mots de la psychanalyse (complexe d\u2019\u0152dipe, de castration, surmoi, etc) mais ce sont aussi \u00ab&nbsp;mes&nbsp;\u00bb mots&nbsp;: mensonge, honte, indiff\u00e9rence, visage, etc. \u00c0 la fois essayer de restituer des instantan\u00e9s de la pratique et montrer en quoi l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique communique avec les questions, grandes et petites, qui font la condition humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Y avait-il un souhait p\u00e9dagogique&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Je n\u2019avais pas en t\u00eate l\u2019\u00e9tudiant, mais plut\u00f4t des gens curieux de la vie psychique, sans connaissance sp\u00e9cifique de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>A propos de votre livre avec Catherine Chabert <strong>La psychanalyse de l\u2019adolescent existe-t-elle&nbsp;?<\/strong> et le colloque que vous avez organis\u00e9, vous faites souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019enfant et m\u00eame au b\u00e9b\u00e9. Etes-vous plut\u00f4t un structuraliste qu\u2019un psychog\u00e9n\u00e9ticien, dans le champ de la psychanalyse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> J\u2019ai toujours du mal avec les oppositions binaires, je ne m\u2019y retrouve pas vraiment. Il y a une psychologie du d\u00e9veloppement, elle est l\u00e9gitime, mais en psychanalyse, le point de vue d\u00e9veloppemental n\u00e9cessite un abord complexe. Le mot \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb \u00e9voque une lin\u00e9arit\u00e9, tr\u00e8s discutable \u00e0 l\u2019aune de la vie psychique, celle qui est r\u00e9gie par les processus inconscients. Je rejoins la critique de Daniel Widl\u00f6cher quand il dit que la sexualit\u00e9 infantile n\u2019est pas pr\u00e9-g\u00e9nitale, elle n\u2019est d\u2019ailleurs \u00ab&nbsp;pr\u00e9&nbsp;\u00bb rien du tout. La sexualit\u00e9 infantile n\u2019est pas le premier temps dont la pubert\u00e9 serait le second, la pubert\u00e9 n\u2019ach\u00e8ve pas la sexualit\u00e9 infantile. Je crois que l\u2019id\u00e9e freudienne d\u2019un bi-phasisme de la sexualit\u00e9 est erron\u00e9e. Ce qui est saisissant, c\u2019est la violence fr\u00e9quente de la pubert\u00e9 et des pathologies adolescentes associ\u00e9es. On y comprend rien si l\u2019on reste dans l\u2019id\u00e9e du d\u00e9veloppement. La pubert\u00e9 humaine est tr\u00e8s tardive, elle a pris tout son temps, et pourtant elle explose. Les moments de d\u00e9personnalisation \u00e0 l\u2019adolescence ne sont pas rares, les d\u00e9clenchements de psychose non plus, sans parler de l\u2019anorexie, des scarifications, des addictions, etc. C\u2019est un moment dangereux psychiquement, m\u00eame s\u2019il arrive aussi qu\u2019il se traverse heureusement. Parce que l\u2019heure de l\u2019adolescence est traumatique, que le refoulement y joue un r\u00f4le essentiel et qu\u2019il faut en respecter le rythme, l\u2019adolescence n\u2019est pas l\u2019heure de la psychanalyse. On ne peut pas simultan\u00e9ment esp\u00e9rer lever le refoulement et franchir les zones de clivage alors m\u00eame qu\u2019elles sont en train de se mettre en place. Cela n\u2019emp\u00eache \u00e9videmment pas un travail aussi psychoth\u00e9rapique qu\u2019analytique dont on sait la qualit\u00e9 des r\u00e9sultats qu\u2019il peut obtenir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Etes-vous int\u00e9ress\u00e9 par le d\u00e9veloppement de tous les travaux sur le b\u00e9b\u00e9 et m\u00eame avant le b\u00e9b\u00e9&nbsp;? En 20 ans, un champ s\u2019est ouvert y compris pratiqu\u00e9 par des psychanalystes&nbsp;?<\/em><br><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Bien s\u00fbr. Le b\u00e9b\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus du tout celui que pouvait imaginer Freud. L\u2019ancien b\u00e9b\u00e9 \u00e9tait une sorte d\u2019\u0153uf, en \u00e9tat de narcissisme primaire, qui prenait tout son temps pour \u00e9clore et pour s\u2019ouvrir, prot\u00e9g\u00e9 par sa coquille. On sait aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019inverse que le b\u00e9b\u00e9 est ouvert \u00e0 tous les vents si on peut dire, extr\u00eamement curieux, comp\u00e9tent. Si la stimulation ext\u00e9rieure est bonne et favorable, c\u2019est fantastique, mais on voit bien \u00e0 quel point la rencontre humaine du b\u00e9b\u00e9 qui vient de na\u00eetre avec l\u2019adulte, avec l\u2019inconscient adulte, est une rencontre \u00e0 haut risque. Seulement dans ces approches, il faut respecter l\u2019autonomie des registres. Il existe une psychologie exp\u00e9rimentale du nourrisson et des relations pr\u00e9coces, l\u2019inconscient, lui, ne s\u2019observe pas, en tout cas pas sur le m\u00eame mode.<br><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Pouvez-vous d\u00e9velopper votre position sur la psychanalyse de l\u2019adolescent, position un peu particuli\u00e8re par rapport aux autres<\/em>.<br><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> J\u2019ai un peu forc\u00e9 le ton mais nous avions besoin de d\u00e9battre. Juste un exemple&nbsp;: une adolescente boulimique, vomisseuse, que je rencontre quand elle a 15 ans en CMPP. Je dois la voir 2 ou 3 fois, et tr\u00e8s rapidement la sexualit\u00e9 surgit, excessive, insupportable\u2026 elle claque la porte, elle dispara\u00eet. En m\u00eame temps, il s\u2019est sans doute produit un v\u00e9ritable moment d\u2019apr\u00e8s-coup, une violence psychique, traumatique certes, mais aussi prometteuse de sens. 3-4 ans plus tard, elle retrouve ma trace en priv\u00e9, elle a vu des psychoth\u00e9rapeutes dans l\u2019intervalle mais sans qu\u2019il ne se passe grand chose. Elle se souvient de la violence de notre rencontre, mais au moins il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 quelque chose. A partir de l\u00e0, on a pu commencer un v\u00e9ritable travail analytique. Les ann\u00e9es d\u2019intervalle avaient permis au refoulement comme \u00e0 la perlaboration de faire leur travail de transformation.<br><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Votre activit\u00e9 \u00e9ditoriale sur la \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, a-t-elle pris la place d\u2019un d\u00e9bat que vous trouviez inexistant&nbsp;?<\/em><br><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Je suis tr\u00e8s attach\u00e9 au d\u00e9bat, je reviens d\u2019un congr\u00e8s de la F\u00e9d\u00e9ration Europ\u00e9enne \u00e0 Londres o\u00f9 j\u2019ai eu un vrai d\u00e9bat avec une kleinienne Catalina Bronstein, les cartes \u00e9taient sur la table, nous avons fait l\u2019effort r\u00e9ciproque de nous \u00e9couter. On ne peut pas \u00e0 la fois soutenir qu\u2019il n\u2019y a pas de point de vue unitaire en psychanalyse et ne pas proposer le d\u00e9bat. Cela suppose \u00e9videmment qu\u2019on ne se contente pas de discuter entre soi. Cette \u00ab&nbsp;petite biblioth\u00e8que&nbsp;\u00bb, \u00e0 laquelle je suis tr\u00e8s attach\u00e9, conna\u00eet un certain succ\u00e8s, elle fonctionne principalement sur le mod\u00e8le de l\u2019ouvrage collectif (mais pas uniquement, il y aussi des ouvrages en seul auteur&nbsp;; je tente notamment de favoriser l\u2019arriv\u00e9e de jeunes auteurs, c\u2019est le cas du prochain ouvrage \u00e0 para\u00eetre en juin, celui d\u2019Is\u00e9e Bernateau <em>L\u2019adolescent et la s\u00e9paration<\/em>). L\u2019exemple r\u00e9cent d\u2019un d\u00e9bat remarquable, <em>Lacan et le contre-transfert<\/em>, (le livre para\u00eetra \u00e0 l\u2019automne)&nbsp;; Patrick Guyomard a travaill\u00e9 pendant des mois sur un texte qu\u2019il a propos\u00e9 ensuite \u00e0 quelques discutants, et c\u2019est \u00e0 partir de son texte que l\u2019on a organis\u00e9 la journ\u00e9e. Il ne s\u2019agit donc pas simplement de r\u00e9unir quelques personnes qui dissertent sur un m\u00eame sujet, comme cela se fait ici et l\u00e0, mais avoir un texte commun pour un travail en commun&nbsp;; on constate alors qu\u2019il y a un vrai plaisir du d\u00e9saccord f\u00e9cond, si je puis dire. Le format de la collection se rapproche du livre de poche, il est essentiel, vital pour la psychanalyse de conserver, de retrouver un lectorat. Le prochain d\u00e9bat (en novembre) concernera l\u2019\u0153uvre de Nathalie Zaltzman, r\u00e9cemment disparue, autour de la pulsion anarchiste.<br><strong>Alain Braconnier&nbsp;:<\/strong> <em>Derni\u00e8re question en lien avec l\u2019actualit\u00e9&nbsp;: que pensez-vous de la pol\u00e9mique autour du livre de Michel Onfray et de sa vision de la psychanalyse comme une religion&nbsp;?<\/em><br><strong>Jacques Andr\u00e9&nbsp;:<\/strong> Il fut un temps o\u00f9 la philosophie en France c\u2019\u00e9tait Ric\u0153ur, L\u00e9vinas, Lyotard, Deleuze, Derrida\u2026 aujourd\u2019hui c\u2019est Onfray, BHL et Cie\u2026 J\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la discussion sur <em>Canal<\/em> entre Onfray et G\u00e9rard Miller. C\u2019est vrai que <em>Canal<\/em> c\u2019est la cha\u00eene des <em>Guignols<\/em>, mais au moins les <em>Guignols<\/em> c\u2019est souvent dr\u00f4le. Entre Onfray et Miller, je n\u2019ai entendu ni un mot de philosophie, ni un mot de psychanalyse. Nous en sommes arriv\u00e9s l\u00e0, au philosophe-vu-\u00e0-la-t\u00e9l\u00e9 et au psychanalyste-vu-\u00e0-la-t\u00e9l\u00e9. Lire le \u00ab&nbsp;pav\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019Onfray n\u2019est pas n\u00e9cessaire, vous pouvez vous reporter \u00e0 son article dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial du <em>Point<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 Freud. Cela commence par trois lignes de psychanalyse de comptoir&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est parce que Freud et sa m\u00e8re\u2026&nbsp;\u00bb (Onfray \u00ab&nbsp;pratique&nbsp;\u00bb la psychanalyse&nbsp;!), et c\u2019est suivi de quelques v\u00e9rit\u00e9s, du genre de celles que le philosophe Dupont-la-joie ass\u00e8ne sur la condition humaine. Rien ici qui ne d\u00e9roge \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019est vrai de tous les domaines, il eut \u00e9t\u00e9 impensable il n\u2019y a pas si longtemps que les Berlusconi-Sarkozy occupent les plus hautes fonctions de l\u2019\u00e9tat. Maintenant s\u2019il s\u2019agit de d\u00e9battre de la psychanalyse, de ses errements, de sesmoments sectaires, voire religieux\u2026 beaucoup l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 fait, avec talent. Rosolato (un article impitoyable, <em>La psychanalyse id\u00e9aloducte<\/em>, sur la d\u00e9rive lacanienne), Routang avec <em>Un destin si funeste<\/em>, etc. Qui le sait, qui s\u2019en souvient&nbsp;? C\u2019est vrai que ce n\u2019est pas pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ouvrages<\/h3>\n\n\n\n<p><em><strong>Les d\u00e9sordres du temps<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Les r\u00e9cits du temps<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Hors collection&nbsp;\u00bb, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Les 100 mots de la psychanalyse<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Que sais-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La pens\u00e9e interdite<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La sexualit\u00e9 f\u00e9minine<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Que sais-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>L\u2019artiste et le psychanalyste<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2008<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Folies minuscules<\/strong><\/em>, \u00ab&nbsp;Trac\u00e9s&nbsp;\u00bb, Gallimard, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Humain, d\u00e9shumain<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Aux origines f\u00e9minines de la sexualit\u00e9<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Quadrige\u00bb, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>L\u2019impr\u00e9vu en s\u00e9ance<\/strong><\/em>, \u00ab&nbsp;Trac\u00e9s&nbsp;\u00bb, Gallimard, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>L\u2019oubli du p\u00e8re<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Fatalit\u00e9s du f\u00e9minin<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Transfert et \u00e9tats limites<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La r\u00e9volution fratricide<\/strong><\/em>, PUF, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de psychanalyse&nbsp;\u00bb, 1993.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10654?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Andr\u00e9 est Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Diderot, Laboratoire de Psychologie clinique et de Psychopathologie, psychanalyste, membre de l\u2019Association Psychanalytique de France.Directeur du Centre d\u2019\u00c9tudes en Psychopathologie et Psychanalyse (Paris 7) Directeur de la Petite Biblioth\u00e8que de Psychanalyse, aux PUF.Agr\u00e9g\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15560,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1230,1214],"thematique":[],"auteur":[1393],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[699],"type_article":[454],"check":[2023],"class_list":["post-10654","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","rubrique-a-la-une","rubrique-psychanalyse","auteur-alain-braconnier","mode-payant","revue-699","type_article-entretien","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10654","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10654"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10654\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16662,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10654\/revisions\/16662"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15560"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10654"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10654"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10654"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10654"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10654"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10654"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10654"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10654"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10654"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}