{"id":10648,"date":"2021-08-22T07:32:27","date_gmt":"2021-08-22T05:32:27","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/traces-de-la-destructivite-entre-frankenstein-et-promethee-2\/"},"modified":"2021-09-18T15:38:07","modified_gmt":"2021-09-18T13:38:07","slug":"traces-de-la-destructivite-entre-frankenstein-et-promethee","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/traces-de-la-destructivite-entre-frankenstein-et-promethee\/","title":{"rendered":"Traces de la destructivit\u00e9, entre Frankenstein et Prom\u00e9th\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Y a-t-il une destructivit\u00e9 pr\u00e9sente d\u00e8s l\u2019origine, fatalement pr\u00e9sente d\u00e8s la conception, engageant le vivant vers un destin funeste&nbsp;? Des traces potentiellement destructrices, inscrites d\u2019embl\u00e9e, d\u00e9termin\u00e9es et d\u00e9terminantes&nbsp;? On pourrait partir d\u2019un cas &#8211; un cas qui date de deux cents ans. Celui de Victor Frankenstein et de sa cr\u00e9ature, le monstre qu\u2019il a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9. Cette cr\u00e9ature \u00e9tait-elle fatalement destructrice&nbsp;? On lit peut-\u00eatre trop souvent le roman de Mary Shelley \u00e0 travers des interpr\u00e9tations toutes faites, utilis\u00e9 \u00e0 des fins technophobiques. Bien s\u00fbr, c\u2019est le roman de l\u2019exaltation du savant et de la destructivit\u00e9 de sa cr\u00e9ature. Mais il a aussi de multiples autres facettes. Peut-\u00eatre faut-il l\u2019aborder comme n\u2019\u00e9tant pas interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, lui redonner une valeur \u00e9nigmatique. Mary Shelley lui a donn\u00e9 pour sous-titre <em>Le moderne Prom\u00e9th\u00e9e<\/em>. C\u2019est donc bien le mythe de Prom\u00e9th\u00e9e qu\u2019il remet en jeu, de l\u2019<em>hubris<\/em> de l\u2019humain face aux dieux, qui se reporte aussi entre les humains. Un mythe porte une contradiction, quelque chose qu\u2019on ne peut penser. Il r\u00e9siste \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation. Peut-\u00eatre faut-il d\u2019abord le penser par rapport \u00e0 sa fonction&nbsp;: la fonction de traiter, de mettre dans un r\u00e9cit, une fiction, quelque chose qui nous d\u00e9passe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce roman, ce mythe moderne, qui n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre repris depuis 200 ans, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par une adolescente de 19 ans, qui a v\u00e9cu sous le signe de la mort&nbsp;: la mort de sa m\u00e8re suite \u00e0 sa naissance, la mort de son enfant, la mort par suicide de la femme de son amant, Percy Shelley. La mort est pour elle li\u00e9e tant \u00e0 l\u2019amour qu\u2019\u00e0 la procr\u00e9ation &#8211; la mort, la destructivit\u00e9 contenue dans la fabrication de la vie, est au centre du roman de Mary Shelley. On y revisite en effet la place du sexe et de la mort dans la procr\u00e9ation, et de tout ce qui peut venir brouiller la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations dans la g\u00e9n\u00e9alogie. C\u2019est ainsi qu\u2019on pourrait prendre ce roman, ce mythe moderne, pour nous aider \u00e0 penser les cons\u00e9quences, tant subjectives que soci\u00e9tales, entre exaltation et destructivit\u00e9, des nouveaux modes de procr\u00e9ation. Victor Frankenstein fabrique sa cr\u00e9ature en court-circuitant la sexualit\u00e9, sans passer par le corps d\u2019une femme, sans gam\u00e8tes, en partant de la mort, de fragments de cadavres. En cela, il va plus loin que ce que l\u2019on peut r\u00e9aliser aujourd\u2019hui avec les bio-technologies de la procr\u00e9ation. Pourtant, celles-ci d\u00e9bouchent aussi sur une r\u00e9alit\u00e9 in\u00e9dite, d\u00e9cal\u00e9e par rapport \u00e0 ce que l\u2019on connaissait jusqu\u2019ici, qui bouscule tous nos rep\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait prendre l\u2019exemple des procr\u00e9ations transsexuelles. Pourquoi pas en effet des procr\u00e9ations chez les transsexuels. Ceux qui changent de sexe peuvent conserver leurs gam\u00e8tes. Les femmes qui deviennent des hommes peuvent conserver leur ut\u00e9rus. Bref, il y a le moyen de faire que la procr\u00e9ation soit possible au-del\u00e0 du changement de genre. Mon propos n\u2019est pas de le discuter, ni de le contester, ni d\u2019en faire une d\u00e9marche \u00e0 consid\u00e9rer seulement entre exaltation et destructivit\u00e9. Ce qui n\u2019emp\u00eache que tout cela nous fait aller vers un monde nouveau, inconnu. A travers ce type de procr\u00e9ation, on est projet\u00e9 dans un monde o\u00f9 une m\u00e8re peut revendiquer d\u2019\u00eatre p\u00e8re, comme avec ce cas de ce transsexuel <em>FtM<\/em> (<em>Female-to-Male<\/em>) qui a conserv\u00e9 ses organes g\u00e9nitaux internes, et a con\u00e7u un enfant suite \u00e0 une ins\u00e9mination. Il est donc la m\u00e8re biologique de cet enfant, tout en voulant \u00eatre reconnu comme \u00e9tant son p\u00e8re. Dans un autre exemple, \u00e0 l\u2019inverse, une femme transsexuelle <em>MtF<\/em> (<em>Male to Female<\/em>) ayant procr\u00e9\u00e9 avec ses propres spermatozo\u00efdes qui avaient \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s et qui a fait ensuite les d\u00e9marches pour \u00eatre reconnue p\u00e8re, tout en restant cependant une femme. On est donc aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on peut \u00eatre femme et p\u00e8re, mais aussi homme et m\u00e8re. Cela montre en tout cas \u00e0 quel point on peut faire des choix bien au-del\u00e0 des d\u00e9fits de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 nouvelle se r\u00e9v\u00e8le difficile \u00e0 penser. On n\u2019en mesure pas les cons\u00e9quences. Plus elles sont pr\u00e9sentes, moins on peut se les repr\u00e9senter&nbsp;: ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 travers les biotechnologies le plus souvent n\u2019est pas repr\u00e9sentable. Au point de d\u00e9clencher une angoisse qui peut prendre aussi toute la soci\u00e9t\u00e9. A t\u00e9moin, les d\u00e9bats qui agitent les commissions d\u2019\u00e9thique, qui deviennent les observatoires de la perplexit\u00e9, des observatoires des limites de la repr\u00e9sentation, mais surtout des observatoires des angoisses contemporaines. L\u2019impensable g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans l\u2019exaltation par les biotechnologies peut d\u00e9boucher sur l\u2019angoisse. On passe de l\u2019exaltation \u00e0 l\u2019angoisse. Peut-on aller jusqu\u2019\u00e0 la destructivit\u00e9&nbsp;? Y aurait-t-il un lien entre exaltation et destructivit\u00e9&nbsp;? Passe-t-on fatalement de l\u2019exaltation \u00e0 la destructivit\u00e9&nbsp;? Et si oui, comment&nbsp;? Y aurait-t-il une autre issue&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Victor Frankenstein<\/h2>\n\n\n\n<p>Partons donc du cas de Victor Frankenstein, ce m\u00e9decin de Gen\u00e8ve qui, dans l\u2019exaltation, d\u00e9couvre le myst\u00e8re de la vie&nbsp;: \u00ab&nbsp;je r\u00e9ussis \u00e0 trouver la cause de la g\u00e9n\u00e9ration et de la vie&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>. Il r\u00e9ussit \u00e0 \u00ab&nbsp;infuser la vie \u00e0 un corps inanim\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>, \u00e0 introduire \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tincelle de vie&nbsp;\u00bb dans la mati\u00e8re inerte laiss\u00e9e par la mort. Frankenstein est bel et bien un Prom\u00e9th\u00e9e moderne, comme le titre Mary Shelley, annonciateur des biotechnologies contemporaines, capable de cr\u00e9er la vie sans passer par la sexualit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9ration. Mais Frankenstein passe de l\u2019exaltation \u00e0 la panique. Face \u00e0 la cr\u00e9ature qu\u2019il vient de fabriquer il est pris par l\u2019effroi. C\u2019est sa premi\u00e8re r\u00e9action. Il est saisi par l\u2019horreur, envahi par le d\u00e9go\u00fbt&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 je vis s\u2019ouvrir l\u2019\u0153il jaune et vitreux de cet \u00eatre. Sa poitrine se soulever et il commen\u00e7a \u00e0 respirer p\u00e9niblement. Brusquement un mouvement convulsif agita ses membres&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>. Et que fait Victor Frankenstein, le cr\u00e9ateur&nbsp;? Il prend la fuite, terrifi\u00e9 par le produit de son acte&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 la beaut\u00e9 de mon r\u00eave s\u2019\u00e9vanouissait, et l\u2019horreur et le d\u00e9go\u00fbt remplissait mon c\u0153ur. Incapable de supporter la vue de cet \u00eatre que j\u2019avais cr\u00e9\u00e9, je me pr\u00e9cipitais hors de la pi\u00e8ce\u2026 je tentais de fuir le mis\u00e9rable, dont je craignais la rencontre \u00e0 chaque coin de rue&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>. C\u2019est ainsi que Frankenstein abandonne sa cr\u00e9ature, la laissant sans nom, dans l\u2019anonymat le plus absolu, directement adulte, sans \u00e9ducation, sans transmission, sans un point d\u2019o\u00f9 il puisse d\u2019une quelconque fa\u00e7on se voir aimable<sup>5<\/sup>, l\u2019amenant ainsi \u00e0 un destin destructeur.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un des messages du roman de Mary Shelley, trop souvent laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019horreur fascinante du monstre, relay\u00e9e par l\u2019imaginaire collectif. Le soi-disant monstre, rejet\u00e9 par son cr\u00e9ateur, tente de s\u2019\u00e9duquer tout seul, \u00e0 partir de ses sensations, application romanesque des th\u00e8ses de Condillac<sup>6<\/sup> et des sensualistes. Il ne peut s\u2019\u00e9duquer tout seul, sans Autre. Est-ce cela qui le rend destructeur&nbsp;? Ses crimes, bien que monstrueux, sont cibl\u00e9s&nbsp;: le fr\u00e8re de Victor, William (qui porte le pr\u00e9nom du p\u00e8re de Mary Shelley et de son fils n\u00e9 en janvier 1816, peu avant l\u2019\u00e9criture du roman pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve), la fianc\u00e9e de Victor, et son meilleur ami. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup&nbsp;! Il ne tue pas de fa\u00e7on indiff\u00e9renci\u00e9e. Malgr\u00e9 la destructivit\u00e9 qui l\u2019habite, il ne tue pas hors de son histoire. Il n\u2019est pas compl\u00e8tement d\u00e9bord\u00e9 par des passions destructrices qui le d\u00e9passent. Il est m\u00eame capable de culpabilit\u00e9, qu\u2019il \u00e9nonce devant Victor Frankenstein qui s\u2019\u00e9teint&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 encore une de mes victimes&nbsp;!\u2026 Cette mort est la consommation de mes crimes. Elle cl\u00f4t la longue liste des meurtres que le destin m\u2019avait impos\u00e9s. Ah, Frankenstein, \u00eatre bon et g\u00e9n\u00e9reux&nbsp;! A quoi bon maintenant te demander pardon&nbsp;?\u2026 Moi qui en tuant les tiens suis la cause de ta mort dans ce d\u00e9sert de glace\u2026&nbsp;\u00bb<sup>7<\/sup>. Devant Frankenstein mort, la cr\u00e9ature exprime le d\u00e9go\u00fbt d\u2019elle-m\u00eame, l\u2019horreur devant le crime. Il \u00e9voque sa souffrance qu\u2019il \u00e9prouvait pendant qu\u2019il les perp\u00e9trait, son remords&nbsp;: \u00ab&nbsp;le remords empoisonnait mon c\u0153ur pendant qu\u2019un effrayant \u00e9go\u00efsme me poussait \u00e0 agir&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup>. Il se dit avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019esclave d\u2019une impulsion qu\u2019il ex\u00e9crait. C\u2019est ainsi que la cr\u00e9ature d\u00e9cide finalement de se donner la mort, et dispara\u00eet sur un radeau de glace, pour accomplir son dernier projet destructeur et r\u00e9dempteur \u00e0 la fois&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je monterai en triomphe sur mon b\u00fbcher fun\u00e8bre, j\u2019exulterai dans mon agonie et les flammes vengeresses effaceront les traces de mes crimes&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>. P\u00e9rir par les flammes dans un d\u00e9sert de glace&nbsp;: une sc\u00e8ne en contre-point de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tincelle de vie&nbsp;\u00bb par laquelle Frankenstein l\u2019a extrait de la mort, des morts dont il est issu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Victor Frankenstein, le cr\u00e9ateur, lui aussi se sent coupable face \u00e0 sa cr\u00e9ature. L\u00e0 aussi, c\u2019est dans la glace que la sc\u00e8ne se passe, dans une autre mer de glace, celle en dessus de Chamonix, peu apr\u00e8s le meurtre du petit William. Sa cr\u00e9ature l\u2019accuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souviens-toi que je suis ta cr\u00e9ature&nbsp;; je devrais \u00eatre ton Adam&nbsp;; mais je suis plut\u00f4t l\u2019ange d\u00e9chu, que tu rejettes&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>. La cr\u00e9ature accuse ainsi son cr\u00e9ateur, pointe sa responsabilit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 se r\u00e9volter contre Victor&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cr\u00e9ateur maudit&nbsp;! Pourquoi vivais-je&nbsp;? Pourquoi en cet instant n\u2019\u00e9teignis-je pas l\u2019\u00e9tincelle de vie que vous m\u2019aviez donn\u00e9e avec si peu de r\u00e9flexion&nbsp;?&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>. Au point que Victor reconna\u00eet sa faute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour la premi\u00e8re fois aussi, je ressentais ce qu\u2019\u00e9taient les devoirs d\u2019un cr\u00e9ateur envers sa cr\u00e9ature&nbsp;\u00bb<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La cr\u00e9ature est destructrice parce qu\u2019elle est seule, sans autre, dans la d\u00e9tresse de la solitude. N\u2019est-ce pas une des causes g\u00e9n\u00e9rales de la destructivit\u00e9&nbsp;? La cr\u00e9ature n\u2019a pas tort. Il anticipe m\u00eame d\u2019une certaine<sup>13<\/sup>. Quoi qu\u2019il en soit, Victor admet cette hypoth\u00e8se sur la destructivit\u00e9 de sa cr\u00e9ature et c\u2019est sur ce constat qu\u2019il acc\u00e8de \u00e0 sa demande de lui cr\u00e9er une compagne, une femme qu\u2019il puisse aimer et de laquelle il puisse obtenir l\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;si je suis malfaisant, c\u2019est que je suis malheureux [\u2026] Vous devez cr\u00e9er pour moi une femme avec qui je pourrai vivre et \u00e9changer ses sentiments affectueux n\u00e9cessaires \u00e0 tout \u00eatre vivant&nbsp;\u00bb<sup>14<\/sup>. S\u2019il peut aimer ou \u00eatre aim\u00e9, il sortira de sa destructivit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;pour l\u2019amour d\u2019une seule cr\u00e9ature, je ferais la paix avec le genre humain tout entier&nbsp;\u00bb<sup>15<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Victor entreprend cette nouvelle fabrication. Mais tr\u00e8s vite il r\u00e9alise qu\u2019il est dans la r\u00e9p\u00e9tition, dans la m\u00eame exaltation. Et il ne veut pas se laisser prendre comme la premi\u00e8re fois par sa qu\u00eate du myst\u00e8re de la vie, qui l\u2019avait sorti du monde, de toute regard sur ce qu\u2019il \u00e9tait en train de r\u00e9aliser, en l\u2019isolant de tous ceux qui l\u2019aimaient, le rendant inatteignable, inaccessible, coup\u00e9 de l\u2019autre, coup\u00e9 de la vie, tout occup\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 cr\u00e9er la vie. Mais il y a surtout quelque chose d\u2019autre qui r\u00e9veille Frankenstein et l\u2019am\u00e8ne cette fois \u00e0 refuser de r\u00e9pondre \u00e0 cette demande&nbsp;: c\u2019est la question de la procr\u00e9ation. Il est capable de cr\u00e9er la vie. Mais avec le fait de cr\u00e9er une femme, il ouvre la perspective \u00e0 ce que ses cr\u00e9atures se reproduisent elles-m\u00eames et donnent naissance \u00e0 une lign\u00e9e qui perp\u00e9tue la monstruosit\u00e9<sup>16<\/sup>. Il r\u00e9alise que la reproduction sexuelle et la g\u00e9n\u00e9alogie sont les dimensions impossibles \u00e0 ma\u00eetriser. Si Victor Frankenstein a r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er la vie, il refuse \u00e0 sa cr\u00e9ature de la transmettre au-del\u00e0, de se perp\u00e9tuer. Il lui refuse la lign\u00e9e. Sa fabrication doit rester une cr\u00e9ation sans g\u00e9n\u00e9alogie. Il y a peut-\u00eatre l\u00e0 un risque que comporte toute biotechnologie qui vise \u00e0 la fabrication de la vie<sup>17<\/sup>. La reproduction de la vie, c\u2019est aussi la cr\u00e9ation de ce qui ne peut \u00eatre ma\u00eetris\u00e9. On peut se demander si on ne va pas retrouver ce m\u00eame type de dilemme comme un point limite face \u00e0 toute avanc\u00e9e qui vise la procr\u00e9ation, la cr\u00e9ation de la vie, sa transmission plus exactement, en particulier \u00e0 travers les technologies contemporaines qui visent \u00e0 sa conception&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les biotechnologies avancent-t-elles toute seules, au-del\u00e0 de ceux qui les ont con\u00e7ues, comme la cr\u00e9ature produite par Victor Frankenstein&nbsp;? Face aux avanc\u00e9es des biotechnologiques, \u00e0 l\u2019exaltation qu\u2019elles suscitent, une panique semble surgir, une panique parfois contagieuse. Une crainte de la destructivit\u00e9 qui pourrait r\u00e9sulter du fait d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9 par des cr\u00e9ations dont on pourrait perdre totalement le contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Frankenstein est bel et bien un Prom\u00e9th\u00e9e moderne. Il oblige \u00e0 se resituer par rapport \u00e0 ce que ce mythe met en jeu, \u00e0 savoir l\u2019<em>hubris<\/em> propre \u00e0 l\u2019humain, sa d\u00e9mesure, son orgueil, son exaltation. Cette <em>hubris<\/em> a-t-elle fatalement un destin destructeur&nbsp;? Prom\u00e9th\u00e9e fa\u00e7onne le premier homme \u00e0 partir de la glaise avant de voler le feu au ciel pour animer sa cr\u00e9ature. Cet acte transgressif a entra\u00een\u00e9 la vengeance des dieux, \u00e0 travers le supplice sans fin prescrit par les dieux qui l\u2019ont fait encha\u00eener \u00e0 un rocher, \u00ab&nbsp;o\u00f9 un vautour lui d\u00e9vorait perp\u00e9tuellement le foie, organe de la col\u00e8re et du tourment&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup>. Le h\u00e9ros transgressif du mythe grec utilisait la terre et le feu, Frankenstein, lui, est parti de fragments de cadavres et de la force galvanique. Aujourd\u2019hui, on part de gam\u00e8tes ou de cellules souches reprogramm\u00e9es, bient\u00f4t peut-\u00eatre de mati\u00e8res synth\u00e9tiques, pourquoi pas aussi virtuelles, allant de plus en plus vers des interfaces avec des machines et des strat\u00e9gies prosth\u00e9tiques&nbsp;: est-ce que tout cela doit \u00eatre vu comme transgressif, exalt\u00e9, et potentiellement destructeur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La but\u00e9e sur l\u2019impensable<\/h2>\n\n\n\n<p>Sous l\u2019impact des biotechnologies, le monde est soumis \u00e0 des changements de plus en plus difficiles \u00e0 penser, dont on ne mesure pas les cons\u00e9quences. Les avanc\u00e9es des biotechnologies am\u00e8nent avec elles des questions nouvelles, in\u00e9dites, difficiles \u00e0 penser, aux dimensions encore irrepr\u00e9sentables, qui font buter sur l\u2019impossibilit\u00e9 de se repr\u00e9senter ce dont il s\u2019agit. Des points de but\u00e9e, des but\u00e9es logiques sur un impossible \u00e0 penser<sup>19<\/sup> &#8211; un butoir de la pens\u00e9e, quelque chose sur quoi la pens\u00e9e achoppe. Des but\u00e9es \u00ab&nbsp;logiques&nbsp;\u00bb parce qu\u2019issues des limites du <em>logos<\/em> pour aborder les questions qui se posent. On est entr\u00e9 dans une sorte de spirale&nbsp;: plus les bio-technologies se d\u00e9veloppent, plus elles interviennent sur le r\u00e9el en cr\u00e9ant des possibilit\u00e9s nouvelles, plus les questions se multiplient et plus les points de but\u00e9e apparaissent au premier plan. Plus on bute sur des impasses de la pens\u00e9e, moins on sait de quoi il s\u2019agit, plus les questions non r\u00e9solues se multiplient, plus les avis divergents prennent le dessus. D\u2019o\u00f9 des questions qu\u2019on adresse comme en urgence aux comit\u00e9s d\u2019\u00e9thique, qui deviennent ainsi les chambres d\u2019\u00e9cho de la perplexit\u00e9 contemporaine face aux avanc\u00e9es des technologies, au risque d\u2019\u00eatre pris eux-m\u00eames par les m\u00eames vertiges que ceux qui les interrogent, au point de d\u00e9boucher sur l\u2019angoisse, sur un \u00ab&nbsp;point panique&nbsp;\u00bb<sup>20<\/sup>. On risque de remplacer le d\u00e9faut d\u2019\u00e9laboration des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par la multiplication d\u2019avis, de plus en plus divergents, ce qui ne va pas r\u00e9duire la panique qui en r\u00e9sulte. On passe ainsi, d\u2019un avis \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une querelle \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un point panique \u00e0 l\u2019autre, en m\u00ealant au discours \u00e9thique des sc\u00e9narios imaginaires, qu\u2019ils soient catastrophistes ou au contraire bio-proph\u00e9tiques. Une vraie impasse de la pens\u00e9e, un vrai cercle vicieux. Ce qui est particulier avec les biotechnologies aujourd\u2019hui, c\u2019est ce que l\u2019on pourrait d\u00e9signer<sup>21<\/sup>. Et le fantasme pousse aussi la science \u00e0 concevoir de nouvelles techniques qui permettent de r\u00e9aliser ces nouveaux sc\u00e9narios. Et ainsi de suite, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini, sans mettre de limite \u00e0 l\u2019impossible, basculant du m\u00eame coup dans une panique sans limite.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ils font du m\u00eame coup buter sur un r\u00e9el impensable, qui angoisse jusqu\u2019\u00e0 la panique, et qui va se trouver inclus dans un nouveau fantasme. Lacan pose tr\u00e8s clairement le rapport du r\u00e9el au fantasme&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est par apport au r\u00e9el que fonctionne le plan du fantasme. Le r\u00e9el supporte le fantasme, le fantasme prot\u00e8ge le r\u00e9el&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup>. Avec le r\u00e9el, le fantasme inclut aussi l\u2019angoisse&nbsp;: le r\u00e9el et l\u2019angoisse inclus dans le sc\u00e9nario du fantasme, sont \u00e0 la fois trait\u00e9s par celui-ci tout en pouvant \u00eatre remis en jeu si celui-ci est activ\u00e9. Les biotechnologies semblent permettre de franchir toutes les limites. Finalement c\u2019est cette spirale entre biotechnologie et fantasme qui est destructrice, plus que les technologies elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vers une issue<\/h2>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019o\u00f9 faut-il aller&nbsp;? Quelle position prendre&nbsp;? \u00catre du c\u00f4t\u00e9 des techno-proph\u00e8tes, pris par la fascination technologique, ou des bio-catastrophistes<sup>23<\/sup> qui d\u00e9noncent le pire, en prenant leurs exemples dans les situations les plus extr\u00eames. S\u2019il y a un enjeu pour le clinicien, pour le psychanalyste face aux bio-technologies, c\u2019est d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur du temps qu\u2019il vit<sup>24<\/sup>. Il s\u2019agit de veiller \u00e0 ne pas se laisser aller \u00e0 glisser sur une pente conservatrice. On ne peut maudire son propre temps. Si classiquement, la science visait d\u2019abord \u00e0 produire un savoir nouveau, pour en d\u00e9duire des techniques, aujourd\u2019hui la science op\u00e8re d\u2019abord sur le monde \u00e0 travers ses techniques, qui produisent un monde nouveau, un monde invent\u00e9, dont on ne sait pas ce qu\u2019il est. La science bute sur un non-savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 dans un cercle sans fin&nbsp;: plus on intervient, plus le r\u00e9el surgit. Plus il surgit, moins on sait de quoi il s\u2019agit. Plus la panique augmente. Faut-il consid\u00e9rer, comme l\u2019annon\u00e7ait Freud dans <em>Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em>, que la science aurait irr\u00e9m\u00e9diablement fait \u00ab&nbsp;un pacte avec la barbarie&nbsp;\u00bb<sup>25<\/sup>&nbsp;? Allons-nous vers une crise du symbolique&nbsp;? Cette crise est-elle fatalement destructrice&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ne pourrait-on pas distinguer une destructivit\u00e9 de mort et une destructivit\u00e9 de vie&nbsp;: une destructivit\u00e9 qui va vers un destin cr\u00e9ateur&nbsp;? On peut faire usage de la destructivit\u00e9 \u00e0 des fins cr\u00e9atrices. On pourrait en effet rep\u00e9rer une paradoxale destructivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le travail du cr\u00e9ateur, une destructivit\u00e9 n\u00e9cessaire pour s\u2019ouvrir \u00e0 des formes nouvelles de cr\u00e9ation&nbsp;: une sorte de \u00ab&nbsp;sublimation&nbsp;\u00bb de la destruction, relan\u00e7ant sans cesse la cr\u00e9ation<sup>26<\/sup>. Comme dans la m\u00e9thode inductive, Francis Bacon dans son <em>Novum organum<\/em> en 1620, o\u00f9 la <em>pars destruens<\/em> qui devient du m\u00eame coup la <em>pars construens<\/em>, les deux processus \u00e9tant ins\u00e9parables l\u2019un de l\u2019autre. Ce qu\u2019on retrouve chez son homonyme, le peintre Francis Bacon au XX<sup>\u00e8me<\/sup> qui peint l\u2019impossibilit\u00e9 de peindre un visage, o\u00f9 l\u2019accident dans la repr\u00e9sentation devient la source de la repr\u00e9sentation. Ou avec Picasso, tel qu\u2019on peut le voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le film de Clouzot, <em>Le myst\u00e8re Picasso<\/em>, o\u00f9 il montre \u00e0 quel point la cr\u00e9ation de l\u2019artiste repose sur un incessant travail de destruction. On voit Picasso ne jamais s\u2019arr\u00eater \u00e0 des formes produites, les d\u00e9truisant pour en refaire de nouvelles, avec le d\u00e9sir pour celui qui regarde ce travail, de l\u2019arr\u00eater avant qu\u2019il ne recouvre de noir tout ce qu\u2019il avait cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pari du clinicien, c\u2019est aussi de transformer la destructivit\u00e9 en effets de cr\u00e9ation, ou au moins de faire reculer la destructivit\u00e9 en la r\u00e9orientant vers la vie, \u00e0 travers une invention nouvelle du quotidien, une cr\u00e9ation du quotidien. De s\u2019en servir pour ouvrir au sujet &#8211; \u00e0 chaque sujet, un par un &#8211; des voies nouvelles pour advenir au-del\u00e0 de la destructivit\u00e9 ou de l\u2019exaltation\u00a0: qu\u2019<em>Eros<\/em> et <em>Thanatos<\/em> puissent enfin se lier dans le sens de la vie. Plut\u00f4t que de situer le d\u00e9bat entre exaltation et destructivit\u00e9 dans le champ des biotechnologies, allant vers une crise du symbolique, ne faudrait-il pas plut\u00f4t consid\u00e9rer que le curseur du symbolique<sup>27<\/sup> est en train de se d\u00e9placer aujourd\u2019hui plus vite que notre capacit\u00e9 \u00e0 le suivre\u00a0? Le monde change. A nous de pouvoir le suivre dans ses changements. Et pour pouvoir le suivre, il s\u2019agit de faire d\u2019abord confiance \u00e0 la clinique &#8211; de faire un retour \u00e0 la clinique, qui parfois s\u2019est retir\u00e9e derri\u00e8re des protocoles standardis\u00e9s, voire des avis <em>a priori<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019aborder ce monde nouveau au cas par cas, loin des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s de ce qu\u2019on peut dire ou penser de tout cela. Finalement, pour la psychanalyse, il n\u2019y a d\u2019\u00e9thique que du particulier. On ne peut passer que par le d\u00e9tail qui \u00e9chappe, par la surprise qui survient. Ne pas ramener le sujet qu\u2019\u00e0 son mode de procr\u00e9ation, ne pas en faire un destin, mais suivre chaque sujet dans ses solutions, ses bricolages, ses inventions, qui vont bien au-del\u00e0 des recettes de la science et des technologies qui s\u2019en d\u00e9duisent. C\u2019est l\u00e0 que la clinique peut faire reculer la destructivit\u00e9, inventant des liens nouveaux, toujours uniques, diff\u00e9rents et irrempla\u00e7ables.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Notes <\/h1>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li><div class=\"wrapper-note\">Mary Shelley,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Frankenstein ou le moderne Prom\u00e9th\u00e9e<\/em>, traduction Eug\u00e8ne Rocartel et Georges Cuvelier, Pocket, Paris, 1995, p. 65.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 71.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 71.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 72-73.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ce point d\u2019o\u00f9 le sujet puisse se voir aimable, voir\u00a0: Lacan J.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le s\u00e9minaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/em>, 1964, Paris, Seuil, 1973. p. 243.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">on pourrait dire avec Michel Serres que Frankenstein, c\u2019est bel est bien litt\u00e9ralement la \u00ab\u00a0pierre fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, r\u00e9f\u00e9rence indirecte \u00e0 la statue de Condillac (conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 la Fondation Brocher, Gen\u00e8ve, le 11.06.16, dans le cadre des manifestations sur le bicentenaire du roman de Mar Shelley)\u00a0; m\u00eame si Michel Serres n\u2019est pas all\u00e9 jusque l\u00e0, on pourrait aussi se demander si le pr\u00e9nom de Victor n\u2019est pas une allusion \u00e0 Victor de l\u2019Aveyron, l\u2019enfant sauvage, et au d\u00e9bat qui a eu lieu une quinzaine d\u2019ann\u00e9e auparavant entre Pinel et Itard sur le destin des enfants abandonn\u00e9s \u00e0 la nature, sans Autre, et sur leur possibilit\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer dans l\u2019apr\u00e8s-coup ce qui ne leur a pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au bon moment, par l\u2019action de l\u2019autre humain, du\u00a0<em class=\"marquage italique\">Nebenmensch<\/em>, pour reprendre de fa\u00e7on anachronique le terme freudien \u00e0 propos de l\u2019exp\u00e9rience de satisfaction.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Mary Shelley,\u00a0<em class=\"marquage italique\">op.cit<\/em>, 260.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 261.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 265.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 122.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 165.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 124.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Freud S., \u00ab\u00a0Pourquoi la guerre\u00a0?\u00a0\u00bb (1932), in\u00a0<em class=\"marquage italique\">R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes, II<\/em>, PUF, Paris, 1985, page 211.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 174.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\"><em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 175.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Finalement Frankenstein d\u00e9truit la femme que lui avait demand\u00e9 sa cr\u00e9ature, pour \u00e9viter que vienne de leur union \u00ab\u00a0une race de d\u00e9mons\u00a0\u00bb qui se propage ensuite sur la terre\u00a0; en effet\u00a0: \u00ab\u00a0une des premi\u00e8res cons\u00e9quences de cet amour dont le d\u00e9mon \u00e9prouvait tant le besoin serait la naissance d\u2019enfants\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p. 199.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Il y a une parent\u00e9 \u00e9tymologique troublante entre vie et violence. La vie produite biologiquement peut introduire \u00e0 violence\u00a0: c\u2019est peut-\u00eatre aussi ce qui fait passer Lacan du terme de biologie \u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0la viologie, la logie de la violence\u00a0\u00bb, Lacan J., \u00ab\u00a0RSI, 8 avril 1975\u00a0\u00bb, Ornicar, 1975\/76, 5, p. 45.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Voir \u00e0 ce propos le d\u00e9veloppement sur Frankenstein et Prom\u00e9th\u00e9e dans le texte introductif de David Spurr, \u00ab\u00a0Frankenstein, cr\u00e9\u00e9 des t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb, en ouverture du catalogue de l\u2019exposition pour les 200 ans de l\u2019\u00e9criture du roman de Mary Shelley, publi\u00e9 sous le m\u00eame titre, sous la direction de David Spurr et Nicolas Ducimeti\u00e8re, Gallimard &amp; Fondation Bodmer, Paris, Gen\u00e8ve, 2016, p. 9.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">\u00ab\u2026 la but\u00e9e logique de ce qui, du symbolique, s\u2019\u00e9nonce comme impossible. C\u2019est l\u00e0 que le r\u00e9el surgit\u00a0\u00bb, Lacan J.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le S\u00e9minaire, Livre VII<\/em>,\u00a0<em class=\"marquage italique\">L\u2019envers de la psychanalyse<\/em>, 1969-1970, Paris, Le Seuil, 1991, p. 143.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Avec les biotechnologies, on op\u00e8re sur le r\u00e9el, on touche concr\u00e8tement au r\u00e9el\u00a0: on fabrique des situations nouvelles dont on ne sait pas ce que c\u2019est. On a cr\u00e9\u00e9 un monde, un monde invent\u00e9, sans savoir o\u00f9 l\u2019on va. Quelque chose appara\u00eet donc dans \u00ab\u00a0l\u2019aventure de la science\u00a0\u00bb (Lacan J.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le S\u00e9minaire, Livre VI, Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation<\/em>, 1958-1959, Paris, La Martini\u00e8re\/Champ Freudien, 2013, p. 449.) qui est au-del\u00e0 de toute connaissance possible (<em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p.450). Cet impossible se manifeste pr\u00e9cis\u00e9ment pour Lacan \u00e0 travers ce qu\u2019il d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0le point panique\u00a0\u00bb (<em class=\"marquage italique\">Ibid.<\/em>, p.108).<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Lacan J., \u00ab\u00a0Allocution sur les psychoses de l\u2019enfant\u00a0\u00bb, 1967, in\u00a0<em class=\"marquage italique\">Autres \u00e9crits<\/em>, Paris, Seuil, 2001, p. 366.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Lacan J.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le s\u00e9minaire, Livre XI<\/em>,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/em>, 1964, Seuil, 1973, p. 41.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Lecourt D., Humain,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Posthumain<\/em>, Paris, PUF, 2003.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y renonce donc plut\u00f4t celui qui ne peut rejoindre \u00e0 son horizon la subjectivit\u00e9 de son \u00e9poque\u00a0\u00bbJacques Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse (1953), In\u00a0:\u00a0<em class=\"marquage italique\">Ecrits<\/em>, Seuil, Paris, 1966, 321.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Freud S.,\u00a0<em class=\"marquage italique\">L\u2019homme Moise et la religion monoth\u00e9iste<\/em>, 1939, Paris, Gallimard, 1986, p. 131.<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Comme l\u2019a dit Kraus \u00ab\u00a0L\u2019artiste est celui qui transforme la solution en \u00e9nigme\u00a0\u00bb. Voir Giorgio Agamben. Aby Warburg et la science sans nom\u00a0: In Giorgio Agamben,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Image et m\u00e9moire<\/em>, Ed. Ho\u00ebbeke 1998, page 17<\/div> <\/li><li><div class=\"wrapper-note\">Selon une expression de la philosophe Marie-Jos\u00e9 Mondzain.<\/div> <\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10648?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Y a-t-il une destructivit\u00e9 pr\u00e9sente d\u00e8s l\u2019origine, fatalement pr\u00e9sente d\u00e8s la conception, engageant le vivant vers un destin funeste&nbsp;? Des traces potentiellement destructrices, inscrites d\u2019embl\u00e9e, d\u00e9termin\u00e9es et d\u00e9terminantes&nbsp;? 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