{"id":10646,"date":"2021-08-22T07:32:27","date_gmt":"2021-08-22T05:32:27","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/vassillis-kapsambelis-la-personnalite-est-elle-symptome-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:32:27","modified_gmt":"2021-08-22T05:32:27","slug":"vassillis-kapsambelis-la-personnalite-est-elle-symptome","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/vassillis-kapsambelis-la-personnalite-est-elle-symptome\/","title":{"rendered":"Vassillis Kapsambelis : La personnalit\u00e9 est-elle sympt\u00f4me ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\">V. Kapsambelis remet la personnalit&eacute; &agrave; sa place !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La personnalit&eacute; est tellement l&agrave;, solide, immuable&hellip; qu&rsquo;on aurait pu oublier de s&rsquo;interroger sur sa place dans l&rsquo;histoire de la psycho-pathologie. Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;&eacute;vident &agrave; consid&eacute;rer la personnalit&eacute; comme relevant du champ psycho-pathologique. Elle est le bois dont nous sommes faits, un point c&rsquo;est tout ! Alors, comment la &laquo; personnalit&eacute; &raquo; a-t-elle fini par int&eacute;resser la psychopathologie ? Comment les &laquo; troubles de la personnalit&eacute; &raquo; ont-ils &eacute;merg&eacute; dans le corpus psychiatrique ? Quel rapport entretiennent-ils avec la notion de sympt&ocirc;me ? Une personnalit&eacute; pourrait-elle &ecirc;tre l&rsquo;analogon d&rsquo;une maladie ? La conf&eacute;rence de V. Kapsambelis, la premi&egrave;re du cycle &laquo; adulte &raquo; des <em>Conf&eacute;rences d&lsquo;Introduction &agrave; la Psychanalyse<\/em> (CIP) de la <em>Soci&eacute;t&eacute; Psychanalytique de Paris<\/em> (SPP), aura permis de r&eacute;pondre &agrave; ces interrogations en traversant l&rsquo;histoire psychanalytique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">V. Kapsambelis nous rappelle que la personnalit&eacute; appara&icirc;t tardivement dans le savoir psychiatrique. Hippocrate avait bien &eacute;tabli une typologie des temp&eacute;raments dont nous gardons encore la trace dans le langage courant (personnalit&eacute; sanguine, flegmatique, bileuse&hellip;).&nbsp; Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;au d&eacute;but du XX<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle qu&rsquo;on porte un int&eacute;r&ecirc;t aux &laquo; personnalit&eacute;s pathologiques &raquo;. Kurt Schneider, p&egrave;re du DSM, d&eacute;crit dix &laquo; types psychopathiques &raquo; qui constitueront le socle de toutes les &eacute;tudes ult&eacute;rieures des troubles de la personnalit&eacute;. Quant &agrave; Freud, il consid&egrave;re la notion de personnalit&eacute; superficielle jusqu&rsquo;&agrave; ce qu&rsquo;il s&rsquo;int&eacute;resse au caract&egrave;re, terme qui s&rsquo;imposera en psychanalyse quand la psychiatrie continuera de parler de personnalit&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La psychiatrie s&rsquo;int&eacute;ressera &agrave; la personnalit&eacute; sur le m&ecirc;me mod&egrave;le que celui qu&rsquo;elle utilise d&eacute;j&agrave; pour d&eacute;crire les maladies. Les auteurs &eacute;tablissent des listes, &laquo; sympt&ocirc;mes &raquo; par &laquo; sympt&ocirc;mes &raquo; pour former des ensembles descriptifs d&rsquo;une personnalit&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Pourtant&hellip; un sympt&ocirc;me se d&eacute;finit par le fait qu&rsquo;il survient, qu&rsquo;il nous tombe dessus alors qu&rsquo;il &eacute;tait absent jusque-l&agrave;. Un trait de caract&egrave;re est tout l&rsquo;inverse. Il est pr&eacute;sent tr&egrave;s t&ocirc;t dans la vie et dirige notre fa&ccedil;on de r&eacute;agir de mani&egrave;re immuable. Les traits de caract&egrave;re sont donc l&agrave; depuis toujours et de surcro&icirc;t, ne sont pas accessibles &agrave; la conscience. Le caract&egrave;re, c&rsquo;est par les autres qu&rsquo;on le per&ccedil;oit. On ne peut &ecirc;tre conscient d&rsquo;un trait de caract&egrave;re comme on l&rsquo;est d&rsquo;un sympt&ocirc;me. Finalement, rien de ce qui fait un trait de caract&egrave;re ne semble correspondre &agrave; un sympt&ocirc;me. Mais l&rsquo;efficacit&eacute; du mod&egrave;le classificatoire habituel pr&eacute;vaut sur ses failles. Il continuera de s&rsquo;imposer et permettra d&rsquo;&eacute;tablir un savoir nosographique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Jusqu&rsquo;&agrave; ce que&hellip; la conception du sympt&ocirc;me connaisse une v&eacute;ritable r&eacute;volution, concomitante de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; &agrave; l&rsquo;inconscient &agrave; la fin du XIX<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle. Nombre d&rsquo;auteurs, dont bien &eacute;videment Freud, vont se pencher sur les manifestations ne relevant pas de la conscience, qu&rsquo;elles soient &laquo; automatiques &raquo; pour Janet ou non d&eacute;clench&eacute;es intentionnellement pour Pavlov. A partir du moment o&ugrave; Freud va s&rsquo;int&eacute;resser au sympt&ocirc;me comme une expression de m&ecirc;me nature que tout ce qui survient et qui n&rsquo;est pas contr&ocirc;l&eacute; dans un psychisme quelconque (lapsus, r&ecirc;ve, acte manqu&eacute;&hellip;), il contourne l&rsquo;opposition normal-pathologique et le sympt&ocirc;me perd sa sp&eacute;cificit&eacute; pathologique. Il est alors d&eacute;fini avant tout comme une formation de compromis visant &agrave; satisfaire deux forces contraires. Freud ne modifiera plus ce mod&egrave;le dynamique de formation du sympt&ocirc;me, seule la nature des forces contraires &eacute;voluera au fil de son &oelig;uvre : de l&rsquo;opposition principe de plaisir\/principe de r&eacute;alit&eacute; &agrave; celle des pulsions de vie\/pulsions de mort. Un des deux p&ocirc;les correspondra toujours &agrave; une partie indompt&eacute;e du psychisme humain quand l&rsquo;autre sera celle qui voudrait faire taire la premi&egrave;re.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Toutefois, Freud pr&eacute;cisera qu&rsquo;il arrive que toute la partie pulsionnelle soit repouss&eacute;e afin qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus du tout de conflit entre les deux forces. Inutile alors de former un compromis, le psychisme construit une digue contre la motion pulsionnelle et Freud parle de formation r&eacute;actionnelle. Il d&eacute;crira toute une s&eacute;rie de couples d&rsquo;oppos&eacute;s pour illustrer les formations r&eacute;actionnelles : la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; fait barrage &agrave; l&rsquo;avarice, la pudeur &agrave; l&rsquo;exhibitionnisme, la propret&eacute; &agrave; la salet&eacute;, la piti&eacute; &agrave; la cruaut&eacute;&hellip;<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Pendant un certain temps, Freud consid&egrave;re ce m&eacute;canisme comme signe de sant&eacute; mentale. La formation r&eacute;actionnelle produirait un psychisme o&ugrave; plus rien de la pulsion n&rsquo;appara&icirc;t et o&ugrave; toute l&rsquo;&eacute;nergie pulsionnelle peut &ecirc;tre utilis&eacute;e &agrave; des fins d&eacute;sexualis&eacute;es ou &agrave; des fins de civilisations. La formation r&eacute;actionnelle est alors per&ccedil;ue comme une d&eacute;fense r&eacute;ussie dans un psychisme sain au service de la sublimation et de la morale.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">A partir de 1920, lorsque Freud se saisit de la question de la r&eacute;p&eacute;tition, il s&rsquo;aper&ccedil;oit que la formation r&eacute;actionnelle, si elle se r&eacute;p&egrave;te de fa&ccedil;on continue et sur une longue p&eacute;riode, conduit &agrave; une d&eacute;formation du Moi : le trait de caract&egrave;re. Il d&eacute;crit l&agrave; une &eacute;volution pathologique de la formation r&eacute;actionnelle. La r&eacute;ponse &agrave; l&rsquo;attaque pulsionnelle que constitue la formation r&eacute;actionnelle aboutit &agrave; un investissement continu du Moi qui se maintient m&ecirc;me en l&rsquo;absence de la menace pulsionnelle. Une partie de l&rsquo;&eacute;nergie psychique est ainsi engag&eacute;e en permanence. En termes &eacute;cono-miques, l&rsquo;&eacute;nergie de l&rsquo;attaque pulsionnelle qui &eacute;tait tourn&eacute;e vers l&rsquo;objet est capt&eacute;e par le Moi. L&rsquo;&eacute;nergie objectale devient narcissique et perd sa dynamique. Elle court le danger de devenir fixe, d&rsquo;&ecirc;tre capt&eacute;e par la pulsion de mort. C&rsquo;est cette immuabilit&eacute; qui d&eacute;finit le trait de caract&egrave;re.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Alors, comment travailler avec un trait de caract&egrave;re ? Comment mouvoir un psychisme min&eacute;ralis&eacute;, chosifi&eacute; ? Une proposition d&rsquo;E. Kestemberg est de tenter de faire &eacute;voluer le trait de caract&egrave;re en sympt&ocirc;me pour retrouver une mobilit&eacute; psychique. Il s&rsquo;agirait de r&eacute;insuffler du conflit, de faire &eacute;merger la souffrance li&eacute;e &agrave; l&rsquo;appauvrissement libidinal, en veillant scrupuleusement &agrave; &eacute;viter toute blessure narcissique qui risquerait de faire &eacute;chouer la cure.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Pour conclure, V. Kapsambelis nous met en garde contre le risque d&rsquo;organiser un trait de caract&egrave;re acquis au cours d&rsquo;une cure. Il s&rsquo;appuie sur les travaux de R. Diatkine autour de patients qui, apr&egrave;s des ann&eacute;es d&rsquo;analyse, disent &laquo; je me suis encore arrang&eacute; pour&hellip; &raquo;. Ils pourraient avoir adopt&eacute; un trait de caract&egrave;re par identification narcissique &agrave; l&rsquo;analyste. Les patients auraient d&eacute;velopp&eacute; une nouvelle mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre au monde &laquo; gr&acirc;ce &raquo; &agrave; leur analyse mais qui les prive tout autant de libert&eacute; de penser. Finalement, ces traits de caract&egrave;re pourraient ne pas &ecirc;tre l&agrave; depuis toujours, ils pourraient nous tomber dessus, comme un sympt&ocirc;me&hellip; A moins que le processus aboutissant &agrave; ces traits de caract&egrave;re acquis au cours d&rsquo;une cure ne rel&egrave;ve d&rsquo;autres m&eacute;canismes que ceux expos&eacute;s par V. Kapsambelis. Une autre conf&eacute;rence s&rsquo;impose !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\n<strong><em>St&eacute;phanie George, Psychologue clinicienne, Psychanalyste (Institut de Psychanalyse, SPP)<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10646?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V. Kapsambelis remet la personnalit&eacute; &agrave; sa place ! 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