{"id":10641,"date":"2021-08-22T07:32:27","date_gmt":"2021-08-22T05:32:27","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/dis-moi-qui-tu-preferes-2\/"},"modified":"2021-09-19T12:20:20","modified_gmt":"2021-09-19T10:20:20","slug":"dis-moi-qui-tu-preferes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/dis-moi-qui-tu-preferes\/","title":{"rendered":"Dis-moi qui tu pr\u00e9f\u00e8res ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Un jour, enfin, il a rencontr\u00e9 la femme de sa vie. Il a bient\u00f4t 40 ans, il a toujours \u00e9t\u00e9 c\u00e9libataire&nbsp;: il est tomb\u00e9 follement amoureux de Laura. Tr\u00e8s vite, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de se marier \u2013 un mariage classique, traditionnel \u2013 et ils ont eu un enfant, une petite fille. Jamais il n\u2019avait imagin\u00e9 un bonheur pareil. Tout de suite apr\u00e8s la naissance, Laura, la jeune m\u00e8re, est tomb\u00e9e gravement malade et elle est morte en quelques semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de mots pour dire l\u2019effondrement de Romain, l\u2019\u00e9croulement de son \u00eatre entier, la fuite de tous ses investissements \u2013 sauf un seul, qui demeure exclusif, l\u2019amour pour son b\u00e9b\u00e9-fille&nbsp;: il lui consacre tout son temps. Elle pleure beaucoup, elle ressemble aux b\u00e9b\u00e9s inconsolables mais pour elle, la cause de la d\u00e9tresse s\u2019impose imm\u00e9diatement. Un jour, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de ne pouvoir calmer ses hurlements, il trouve par hasard, oubli\u00e9e, une lingerie de sa femme&nbsp;: il en entoure le biberon, l\u2019enfant t\u00e8te et s\u2019endort.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s vite, les choses s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent&nbsp;: Romain est tent\u00e9 de s\u2019envelopper dans les v\u00eatements de Laura, puis de les porter, il les fait mettre \u00e0 sa taille, il s\u2019ach\u00e8te une perruque blonde comme elle et d\u00e9sormais, il s\u2019occupe de l\u2019enfant r\u00e9guli\u00e8rement travesti. L\u2019op\u00e9ration lui est apparue naturelle&nbsp;: depuis, non seulement l\u2019enfant semble consol\u00e9e, mais lui-m\u00eame se d\u00e9gage du sombre d\u00e9sespoir qui l\u2019habitait comme si, gr\u00e2ce \u00e0 ce subterfuge, la mort et l\u2019absence \u00e9taient annul\u00e9es. \u00ab&nbsp;Un enfant a absolument besoin de sa m\u00e8re&nbsp;!&nbsp;\u00bb dit-il&nbsp;; \u00ab&nbsp;Mais il a aussi besoin de son p\u00e8re\u2026&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Et bien, je peux \u00eatre les deux&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se souvient qu\u2019\u00e0 la mort de sa m\u00e8re, il avait conserv\u00e9 son manteau de fourrure et qu\u2019il le portait chez lui, parfois, en se regardant dans un miroir&nbsp;: il sentait son parfum de femme, il marchait comme elle, elle \u00e9tait l\u00e0&nbsp;! Puis, un jour, ces essayages avaient disparu de sa vie m\u00eame si le manteau de fourrure restait l\u00e0, disponible, \u00e0 port\u00e9e de main, au milieu de ses v\u00eatements d\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019essentiel de l\u2019histoire ne se r\u00e9sume pas, bien s\u00fbr, \u00e0 une modalit\u00e9 particuli\u00e8re de deuil&nbsp;: ce qui se r\u00e9v\u00e8le avec une intensit\u00e9 troublante, c\u2019est, au-del\u00e0 de la curiosit\u00e9 excit\u00e9e par l\u2019autre sexe, la croyance in\u00e9branlable chez Romain, que la seule mani\u00e8re de satisfaire la b\u00e9ance de la diff\u00e9rence, qu\u2019il \u00e9prouve comme une absence terrifiante, est d\u2019alimenter cette passion du f\u00e9minin qui lui donne l\u2019impression d\u2019exister totalement. Du f\u00e9minin, toutes les expressions apparentes le fascinent et il essaie d\u2019apprendre patiemment, humblement, les voies qui lui permettront de le conqu\u00e9rir. A la question \u00ab&nbsp;Etre une femme, c\u2019est quoi pour vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb, il r\u00e9pond avec une candeur \u00e9poustouflante \u00ab&nbsp;C\u2019est pouvoir faire tout ce qui ne m\u2019est pas permis de faire en tant qu\u2019 homme&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 une situation, certes particuli\u00e8re, qui r\u00e9pond abruptement aux questions soulev\u00e9es dans l\u2019argument de cette journ\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Non, le probl\u00e8me du choix d\u2019objet ne se pose pas&nbsp;; se demander \u00ab&nbsp;Qui je pr\u00e9f\u00e8re, mon p\u00e8re ou ma m\u00e8re&nbsp;? Qui j\u2019aime le plus, elle ou lui&nbsp;?\u00a0\u00bb est absurde&nbsp;! Non, il n\u2019y a pas \u00e0 \u00eatre davantage du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019un <em>ou<\/em> de l\u2019autre, et du coup, il n\u2019y a aucun risque de perdre l\u2019amour de l\u2019un ou de l\u2019autre. Oui, la conviction d\u2019une bisexualit\u00e9 absolue assure toutes les places et permet de rassembler un p\u00e8re et une m\u00e8re en une seule unit\u00e9, indivisible et ins\u00e9parable. Et oui, ainsi, la douleur qu\u2019infligerait la reconnaissance de leur vie commune, de leurs liens, de leurs d\u00e9sirs n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre. Enfin, si l\u2019un <em>est<\/em> l\u2019autre, choisir l\u2019un plut\u00f4t que l\u2019autre revient, de toutes mani\u00e8res, \u00e0 n\u2019en choisir qu\u2019un seul, omnipr\u00e9sent, assurant la co-existence de l\u2019un et l\u2019autre sans qu\u2019aucun renoncement ne soit impos\u00e9 vraiment. La r\u00e9versibilit\u00e9 acquise gr\u00e2ce \u00e0 une bisexualit\u00e9 sans faille favorise les passages du masculin au f\u00e9minin en ignorant triomphalement la castration et ses tourments. Une seule personne mais deux sexes s\u2019offrent \u00e0 la fois comme figures d\u2019identification et comme choix d\u2019objet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je peux \u00eatre le p\u00e8re et la m\u00e8re&nbsp;\u00bb pourrait \u00eatre le mot d\u2019ordre d\u2019une bisexualit\u00e9 pure, d\u00e9faite des entraves de la castration\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une chose est s\u00fbre&nbsp;: si Romain est tarraud\u00e9 par sa volont\u00e9 d\u2019\u00eatre aussi une femme, ses d\u00e9sirs sexuels, puissants, se dirigent toujours vers les femmes, il a passionn\u00e9ment d\u00e9sir\u00e9 la sienne et il d\u00e9sire ardemment la meilleure amie de Laura, la sienne d\u00e9sormais. Il n\u2019a aucune attirance pour les hommes, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par une unique exp\u00e9rience homosexuelle \u00e0 la fin de son adolescence. L\u2019enjeu essentiel pour lui est finalement de pouvoir \u00eatre les deux, un homme et une femme, un p\u00e8re et une m\u00e8re. Sa jouissance identitaire est conditionn\u00e9e par sa double appartenance sexuelle&nbsp;: avoir l\u2019apparence d\u2019une femme quand il le veut et n\u2019avoir aucun doute quant \u00e0 l\u2019existence de son p\u00e9nis. Il est surtout fascin\u00e9 par les man\u0153uvres de transformation qui permettent le passage visuel, perceptible, du masculin au f\u00e9minin, et il exp\u00e9rimente de mani\u00e8re tr\u00e8s particuli\u00e8re la question pos\u00e9e par Freud<sup>1<\/sup>&nbsp;:\u00ab&nbsp;Comment devient-on une femme&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0, Romain n\u2019est pas Romain, ou plut\u00f4t, oui, c\u2019est Romain Duris, dans le r\u00f4le de David, le h\u00e9ros du film de Fran\u00e7ois Ozon, <em>Une nouvelle amie<\/em>. Film troublant, doublement troublant&nbsp;: d\u2019une part, du fait des d\u00e9ploiements actifs de la bisexualit\u00e9 qu\u2019il met en sc\u00e8ne et dramatise par la massivit\u00e9 des affects associ\u00e9s aux images&nbsp;; d\u2019autre part, du fait de la conviction profonde qui l\u2019anime et qui nous expose frontalement aux croyances infantiles dans leur brutalit\u00e9 surprenante.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant le <em>happy-end<\/em> ne convainc pas &#8211; l\u2019image de fin rassemble en un joyeux trio, David travesti, sa nouvelle amie enceinte de lui et la petite fille -. L\u2019absence est trop criante de deux d\u00e9serteurs dont on se prend tout \u00e0 coup \u00e0 souhaiter le retour&nbsp;: le p\u00e8re du h\u00e9ros et le conflit&nbsp;! Comme si l\u2019effacement du p\u00e8re avait emport\u00e9 avec lui les indices les plus t\u00e9nus d\u2019affects et de repr\u00e9sentations contradictoires. David pourrait illustrer les descriptions les plus idylliques de l\u2019amour maniaque&nbsp;: pas de s\u00e9paration, pas de renoncement, pas de col\u00e8re, pas de haine, il est tout amour, fol amour, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 immense, mais aussi sa candeur et son \u00e9merveillement face \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 le rendraient presque niais&nbsp;: il pourrait mourir s\u2019il devait renoncer \u00e0 cette bisexualit\u00e9 t\u00eatue, audible et visible.<\/p>\n\n\n\n<p>Que la castration et la mort aient r\u00e9guli\u00e8rement partie li\u00e9e, voil\u00e0 qui est entendu, depuis longtemps&nbsp;: cependant, de quelle(s) mani\u00e8re(s) cette partie se joue&nbsp;?, voil\u00e0 qui peut retenir l\u2019attention. Dans le d\u00e9ploiement du r\u00e9cit et des fantasmes du film de Fran\u00e7ois Ozon, l\u2019intrication des \u00e9tats d\u2019affects et de la sexualit\u00e9 est \u00e9vidente, sans doute \u00e0 l\u2019insu de celui qui les associe. La bisexualit\u00e9 pourrait contenir une composante maniaque c\u2019est-\u00e0-dire, au-del\u00e0 de ses soubassements narcissiques, assurer un triomphe du moi au regard de l\u2019objet perdu, bien s\u00fbr, mais tout autant au regard de la castration. L\u2019avantage \u00e9conomique de la bisexualit\u00e9 pourrait donc \u00eatre obtenu par l\u2019excitation m\u00e9galomaniaque associ\u00e9e \u00e0 la conviction d\u2019appartenance aux deux sexes et en m\u00eame temps \u00e0 l\u2019\u00e9loignement sinon \u00e0 l\u2019exclusion de la douleur d\u00e9termin\u00e9e par la perte de l\u2019objet aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ambivalence des sentiments, cette exp\u00e9rience essentielle et motrice de la vie est totalement abras\u00e9e, si bien que l\u2019inqui\u00e9tude voire l\u2019effroi surgissent&nbsp;: quelles angoisses, quelle destructivit\u00e9, quelle m\u00e9lancolie se cachent derri\u00e8re l\u2019id\u00e9alisation d\u2019une d\u00e9funte toujours pr\u00e9sente dans les incarnations compulsives qui nient sa disparition&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cette ambivalence et les conflits qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re que Freud d\u00e9veloppe \u00e0 propos de la cure de Ernst Lanzer&nbsp;: au-del\u00e0 du sympt\u00f4me et de la d\u00e9nomination r\u00e9pulsive qui l\u2019a rendu c\u00e9l\u00e8bre, l\u2019<em>Homme aux rats<\/em>, le jeune patient de Freud pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019exemple m\u00eame de la torture qu\u2019infligent le choix d\u2019objet et les al\u00e9as de la bisexualit\u00e9 psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9but de la maladie de Ernst remonte \u00e0 une situation amoureuse \u00e0 la fois compliqu\u00e9e et banale&nbsp;: il aimait une jeune fille depuis fort longtemps mais il en rencontra une autre et c\u2019est celle-ci qu\u2019il voulut \u00e9pouser. Sa maladie lui permit de ne pas prendre de d\u00e9cision&nbsp;: il ne pouvait choisir l\u2019une plut\u00f4t que l\u2019autre, ce qui entra\u00eena un emballement sympt\u00f4matique de plus en plus invalidant, d\u00e9termin\u00e9 par des oscillations constantes, contaminantes, r\u00e9p\u00e9titives, effets d\u2019un d\u00e9chirement inconscient que Freud renvoie au \u00ab&nbsp;choix conflictuel entre p\u00e8re et objet sexuel.&nbsp;\u00bb<sup>2<\/sup>. Cette construction est d\u00e9concertante d\u2019abord, car comment et pourquoi Freud substitue au choix impossible entre deux femmes, l\u2019ancienne et le nouvelle, un \u00e9cart\u00e8lement douloureux entre le p\u00e8re et l\u2019objet sexuel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a bien un choix de Freud \u00e0 aller du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re&nbsp;: beaucoup de fragments de cure consacr\u00e9s \u00e0 la m\u00e8re, tr\u00e8s pr\u00e9sente dans nombre de sc\u00e8nes et de souvenirs dans le <em>Journal de l\u2019analyse de l\u2019Homme aux rats<\/em> <sup>3<\/sup>, sont comme effac\u00e9s, refoul\u00e9s au profit du p\u00e8re qui constitue la figure centrale dans la publication sur la n\u00e9vrose obsessionnelle. Pour nous, c\u2019est une \u00e9vidence, il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition \u0153dipienne mais cette construction n\u2019est pas franchement formul\u00e9e par Freud&nbsp;: il ne dit pas que la \u00ab&nbsp;dame v\u00e9n\u00e9r\u00e9e&nbsp;\u00bb se substitue \u00e0 la m\u00e8re comme \u00ab&nbsp;objet sexuel&nbsp;\u00bb et insiste sur une cristalisation autour du p\u00e8re, de la culpabilit\u00e9 et de la castration. En m\u00eame temps, on peut se demander jusqu\u2019\u00e0 quel point l\u2019ambiguit\u00e9 de ce passage d\u2019un couple \u00e0 l\u2019autre ne contient pas, justement, les complications de la bisexualit\u00e9 dans ses d\u00e9ploiements narcissiques, identificatoires et objectaux. Et dans quelle mesure, la bisexualit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e en quelque sorte \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes, ne constitue-t-elle pas la condition de ce double choix, de cette double identification et des conflits majeurs qui les sous-tendent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019interroge aujourd\u2019hui sur le surinvestissement du d\u00e9placement dans la cure de Ernst et cette op\u00e9ration m\u2019int\u00e9resse, parce qu\u2019elle est la racine m\u00eame du transfert&nbsp;: ses id\u00e9es obs\u00e9dantes concernent au d\u00e9part son incapacit\u00e9 absolue \u00e0 aller chercher le petit objet qu\u2019il a perdu. Et cette incapacit\u00e9 \u00e0 aller d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un lieu \u00e0 un autre, pourrait bien repr\u00e9senter \u00e0 la fois le d\u00e9sir et l\u2019immense difficult\u00e9 dans laquelle il se trouve \u00e0 aller d\u2019un parent \u00e0 un autre. Certes, le p\u00e8re est l\u00e0, extraordinairement pr\u00e9sent, malgr\u00e9 ou \u00e0 cause de sa mort, pr\u00e9sent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hallucination, mais Ernst est paralys\u00e9&nbsp;: est-ce \u00e0 dire qu\u2019il ne peut plus revenir vers sa m\u00e8re, maintenant que le meurtre du p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 accompli&nbsp;? Avec, comme effet dans sa vie, de ne pas pouvoir aller vers une femme, de ne pas se donner le droit de la d\u00e9sirer, d\u2019en avoir du plaisir, d\u2019\u00eatre un homme enfin&nbsp;! Autre interpr\u00e9tation&nbsp;: la gen\u00e8se de cette impuissance pourrait tout autant \u00eatre li\u00e9e \u00e0 son amour pour sa m\u00e8re, \u00e0 sa peur et \u00e0 sa culpabilit\u00e9 d\u2019en aimer \u00ab&nbsp;une autre&nbsp;\u00bb, comme cela se passe d\u2019ailleurs au d\u00e9but de sa maladie, lorsqu\u2019il est terrass\u00e9 par la tentation d\u2019\u00e9pouser une nouvelle femme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Si la bisexualit\u00e9 ordonne et le choix d\u2019objet et les identifications, alors elle permet de penser sans g\u00eane les r\u00e9seaux alternatifs qui les traversent et de saisir au plus pr\u00e8s les difficult\u00e9s de choix d\u2019objet de l\u2019<em>Homme aux rats<\/em>&nbsp;: la co-existence des deux formes \u0153dipiennes, positive et n\u00e9gative, inscrit la dialectique des mouvements identificatoires qui font aimer ou ha\u00efr l\u2019un ou l\u2019autre, puis l\u2019un et l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien le Complexe d\u2019\u0152dipe qui permet <em>in fine<\/em> l\u2019orchestration de l\u2019ambivalence. La distribution pulsionnelle qu\u2019il implique, fractionne et d\u00e9l\u00e8gue des quantit\u00e9s d\u2019excitation plus mobiles&nbsp;: elles s\u2019attachent \u00e0 l\u2019un, \u00e0 l\u2019autre, elles se lient, se d\u00e9lient\u2026 Sauf que, dit Freud, il arrive que l\u2019amour ne parvienne pas \u00e0 att\u00e9nuer la haine, il arrive que celle-ci demeure et continue de cro\u00eetre dans l\u2019inconscient, de mani\u00e8re extr\u00eamement active. Comment comprendre autrement la place immense de la mort dans la n\u00e9vrose obsessionnelle&nbsp;? Comment saisir autrement le sens de cette menace constante&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas tant que l\u2019un ou l\u2019autre objet sexuel mobilise sp\u00e9cifiquement des composantes pulsionnelles diff\u00e9rentes &#8211; plus libidinales ou plus agressives&nbsp;: on sait bien que le masculin et le p\u00e8re ne sont pas toujours porteurs d\u2019une activit\u00e9 qui leur donnerait r\u00e9guli\u00e8rement le pouvoir, la force et la domination&nbsp;! On sait bien, par ailleurs, que le f\u00e9minin et la m\u00e8re n\u2019engagent pas toujours la passivit\u00e9 et la soumission, peu s\u2019en faut&nbsp;! C\u2019est plut\u00f4t que la dynamique des fantasmes s\u2019empare de couples d\u2019oppos\u00e9s &#8211; activit\u00e9-passivit\u00e9, masculin-f\u00e9minin, sadisme-masochisme, et enfin et surtout amour-haine en les assignant au p\u00e8re ou \u00e0 la m\u00e8re&nbsp;: ils sont les figures et les objets d\u2019amour originaires et leur empreinte demeure dans les repr\u00e9sentations communes du masculin et du f\u00e9minin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux grandes r\u00e9f\u00e9rences, le masculin et le f\u00e9minin, (\u00e0 ne pas confondre avec l\u2019homme et la femme&nbsp;!) ne nous int\u00e9ressent pas seulement au regard des figures qui les incarnent, le p\u00e8re et la m\u00e8re, mais tout autant pour leurs entrelacements&nbsp;: ce sont ces balancements, ces h\u00e9sitations, qui permettent de suivre, jusque dans les constructions th\u00e9oriques, les traces d\u2019une bisexualit\u00e9 constamment active. Plus la sexuation impose ses diff\u00e9rences, plus elle soumet \u00e0 l\u2019emprise de la bisexualit\u00e9, comme si l\u2019engagement de l\u2019identit\u00e9 sexuelle mobilisait son maintien indispensable. Chaque fois qu\u2019une diff\u00e9rence contraint, le surinvestissement de son contraire s\u2019impose du fait de l\u2019attaque narcissique que celle-ci implique.<\/p>\n\n\n\n<p>La bisexualit\u00e9, en effet, s\u2019ancre aux origines narcissiques de la psychosexualit\u00e9 et peut \u00eatre maintenue tout au long de la vie par la d\u00e9pendance \u00e0 la toute-puissance ali\u00e9nante et inamovible du m\u00eame objet. Mais elle est aussi l\u2019h\u00e9riti\u00e8re du complexe d\u2019\u0152dipe dans le vaste mouvement de diff\u00e9renciation qu\u2019il d\u00e9termine, autant dans l\u2019\u00e9tablissement plus ferme du surmoi que dans celui des identifications sexuelles et de l\u2019engagement des choix d\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La bisexualit\u00e9 de tous les humains&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup> d\u00e9clar\u00e9e par Freud (1896, 1932<sup>5<\/sup>), signale l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019approcher du masculin ou du f\u00e9minin sans l\u2019inscrire dans son rapport \u00e0 l\u2019autre sexe&nbsp;: les deux sont li\u00e9s, intrins\u00e8quement, et li\u00e9s, paradoxalement, par la diff\u00e9rence. Or la logique de la diff\u00e9rence soutient et affirme l\u2019existence et la reconnaissance d\u2019objets internes pris dans les r\u00e9seaux de la chose sexuelle, quels qu\u2019en soient les registres&nbsp;: partiellement d\u00e9faite de ses rouages narcissiques, celle-ci s\u2019\u00e9loigne d\u2019une identification soutenue par le m\u00eame jusque dans la mort&nbsp;; la logique de la diff\u00e9rence rel\u00e8ve, elle, de la projection de l\u2019amour et de la haine, elle prend l\u2019objet en compte dans une d\u00e9mesure impressionnante pour s\u2019en emparer ou s\u2019en d\u00e9prendre, radicalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au complexe d\u2019\u0152dipe, il ne peut s\u2019entendre seulement dans ses configurations les plus structurantes&nbsp;: la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations n\u2019est pas psychiquement admise sans h\u00e9sitation. Et pourtant, l\u2019infantile ne se cantonne jamais exclusivement dans les zones les plus opaques de l\u2019indiff\u00e9renciation, il affronte in\u00e9vitablement la diff\u00e9rence et s\u2019en accommode plus ou moins. La bisexualit\u00e9, cette formidable construction freudienne, demeure incroyablement vivante, elle ne penche que par \u00ab&nbsp;un bien plus&nbsp;\u00bb de l\u2019un ou de l\u2019autre, elle ne signifie surtout pas la confusion des sexes, elle maintient l\u2019existence des deux, le masculin et le f\u00e9minin, et leurs articulations courantes ou extraordinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2018en viens maintenant \u00e0 un autre enjeu c\u2019est-\u00e0-dire un autre obstacle, d\u00e9termin\u00e9 par la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dis-moi qui tu pr\u00e9f\u00e8res, ton p\u00e8re ou ta m\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Hippolyte, aux abords de la quarantaine, s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 avoir des enfants. Sa compagne le d\u00e9sirait tout autant que lui et leur projet avait \u00e9t\u00e9 scell\u00e9 par un mariage. Cependant, l\u2019effet de cet engagement fut radical&nbsp;: le d\u00e9sir d\u2019Hippolyte pour sa femme disparut, d\u00e9finitivement. Il \u00e9tait obs\u00e9d\u00e9 par ce sympt\u00f4me qu\u2019il n\u2019\u00e9prouvait pas comme une impuissance sexuelle au sens habituel du terme, mais comme l\u2019effet d\u2019une impossibilit\u00e9 \u00e0 devenir p\u00e8re. Sa vie enti\u00e8re en \u00e9tait boulevers\u00e9e et surtout, il \u00e9tait submerg\u00e9 par son angoisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Hippolyte avait dix ans lorsque ses parents ont divorc\u00e9&nbsp;: de leur couple, il conserve uniquement des images de sc\u00e8nes violentes, et de son enfance, seulement les moments pass\u00e9s aupr\u00e8s de son p\u00e8re. Sa m\u00e8re existait, bien s\u00fbr, elle ne l\u2019a jamais abandonn\u00e9, mais elle n\u2019\u00e9tait pas dans la quotidiennet\u00e9 de sa vie&nbsp;: pas de traces d\u2019elle dans la maison, pas d\u2019indices de la pr\u00e9sence d\u2019une femme, nulle part. Avec son d\u00e9part, c\u2019est comme si, manifestement, perceptivement, les marques f\u00e9minines de la vie domestique avaient disparu. Et pourtant, justement sans doute, les filles, puis les femmes ont toujours occup\u00e9 une grande place pour Hippolyte&nbsp;: il ne peut se passer d\u2019elles, il a r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 pris entre deux liaisons, entre deux amours, il est assailli par le remords et la culpabilit\u00e9 mais voil\u00e0, il a toujours besoin de l\u2019une et de l\u2019autre et il ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 choisir sans grand dommage. Sa d\u00e9cision de se marier a \u00e9t\u00e9 pour lui une grande victoire, mais celle-ci a \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e. Il \u00e9voque avec une certaine g\u00eane, des conduites contraignantes, r\u00e9p\u00e9titives dans ses relations amoureuses&nbsp;: quelle que soit la femme qu\u2019il d\u00e9sire, il se f\u00e2che r\u00e9guli\u00e8rement avec elle, d\u2019abord verbalement, de plus en plus violemment et in\u00e9vitablement, ils finissent par se battre. Alors, dans ces sc\u00e8nes, il ne sait plus qui il est, lui ou elle, un homme ou une femme, un gar\u00e7on ou une fille. Il se souvient qu\u2019adolescent, il avait cess\u00e9 de s\u2019alimenter pour arr\u00eater de grandir et conserver la tendre ambiguit\u00e9 du fr\u00eale petit gar\u00e7on tant aim\u00e9 par ses parents&nbsp;: une mani\u00e8re de fixer, dans son corps inchang\u00e9, l\u2019image de l\u2019enfant unique et ch\u00e9ri d\u2019un couple qui s\u2019aimait&nbsp;? Plus tard, il s\u2019\u00e9tait entra\u00een\u00e9 avec acharnement pour transformer son corps d\u2019enfant en corps d\u2019athl\u00e8te. Dans l\u2019analyse, il se plaignit de la mani\u00e8re dont son p\u00e8re l\u2019avait charg\u00e9 des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res alors qu\u2019il vivait avec lui. Des ann\u00e9es apr\u00e8s, il en \u00e9tait tout \u00e0 coup r\u00e9volt\u00e9, furieux, et il retrouvait avec moi quelque chose de cette soumission insupportable. Il ne voulait pas \u00eatre \u00e9ternellement l\u2019enfant d\u00e9pendant des volont\u00e9s de son p\u00e8re, il avait \u00e9t\u00e9 son valet, non, son servant, non, sa servante, sa bonne, sa femme\u2026 Cela, il put le dire seulement apr\u00e8s qu\u2019il ait retrouv\u00e9, dans le cours de l\u2019analyse, sa place de fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de sa m\u00e8re, son tr\u00e9sor \u00e0 elle, son enfant-passion. Comme si la r\u00e9-int\u00e9gration de sa m\u00e8re dans sa vie psychique avait permis enfin une position conflictuelle avec son p\u00e8re&nbsp;: la reconnaissance de sa soumission et sa rebellion.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui restait enkyst\u00e9, inabordable, impensable, c\u2019\u00e9tait toujours et encore la relation de d\u00e9sir entre ses parents&nbsp;: certes, l\u2019insistance sur leurs disputes et leurs batailles pouvaient tout \u00e0 fait \u00eatre entendue comme sc\u00e8nes primitives, sexuelles. Hippolyte cependant ne pouvait admettre, banalement, le souvenir ou la reconnaissance de leur amour perdu&nbsp;: quelque chose de plus fondamental faisait obstacle, son incapacit\u00e9 \u00e0 saisir chez eux l\u2019essence de leur identit\u00e9 sexuelle, l\u2019impossibilit\u00e9 de repr\u00e9senter son p\u00e8re comme un homme, sa m\u00e8re comme une femme. Et cette absence, cette impuissance compliquaient d\u00e9mesur\u00e9ment les mouvements de sa propre identit\u00e9 sexuelle&nbsp;: il ne pouvait \u00eatre ni l\u2019un ni l\u2019autre&nbsp;; ni l\u2019un et l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait compl\u00e8tement du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019un ou de l\u2019autre&nbsp;: du c\u00f4t\u00e9 de celui qui parle, qui s\u00e9pare, qui \u00e9nonce, qui interdit, qui s\u00e9duit, son p\u00e8re&nbsp;? Ou bien du c\u00f4t\u00e9 de celle qui touche, qui excite, qui contient, qui confond, sa m\u00e8re&nbsp;? Comme si cette d\u00e9marcation, cette alternative restait indispensable pour les installer l\u2019un et l\u2019autre dans des lieux diff\u00e9rents, pour \u00e9tablir chacun dans son fief et rendre impossible la pens\u00e9e de leurs rencontres, de leurs d\u00e9sirs, de leurs plaisirs. Ce que Winnicott appelle le \u00ab&nbsp;clivage&nbsp;\u00bb des \u00e9l\u00e9ments masculins et des \u00e9l\u00e9ments f\u00e9minins&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9vidence d\u2019une grande simplicit\u00e9 s\u2019impose&nbsp;: en \u00e9tant du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019un ou de l\u2019autre, il les s\u00e9parait, il ne les voyait pas ensemble, et ne pouvait donc pas les repr\u00e9senter tous les deux, pr\u00e8s l\u2019un de l\u2019autre, dans ces moments o\u00f9 il \u00e9tait tout seul, o\u00f9 il attendait et o\u00f9 la d\u00e9tresse l\u2019envahissait. En de telles situations, l\u2019impossibilit\u00e9 de supporter la sc\u00e8ne primitive contraint \u00e0 la bisexualit\u00e9 dans son versant narcissique, celui qui traque la diff\u00e9rence pour \u00e9viter le d\u00e9sir en assurant une protection contre l\u2019horreur de l\u2019exclusion, \u00eatre hors du d\u00e9sir des parents, \u00eatre exil\u00e9 de la terre maternelle ou paternelle, \u00eatre banni de leurs corps et de leur commerce amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici deux r\u00eaves d\u2019Hippolyte&nbsp;: dans le premier, il pilotait un petit avion, un biplace et sa m\u00e8re \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, sur le si\u00e8ge passager. Un choc, en plein vol, les pr\u00e9cipite l\u2019un contre l\u2019autre et ils se retrouvent couch\u00e9s sur le sol, lui sur elle. Le r\u00eave le troubla beaucoup&nbsp;: c\u2019\u00e9tait dans les premiers temps de l\u2019analyse, lorsqu\u2019il \u00e9tait convaincu qu\u2019il n\u2019aimait pas sa m\u00e8re et qu\u2019elle ne comptait pas pour lui. Avait-il pu, pouvait-il encore la d\u00e9sirer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le second r\u00eave, beaucoup plus tard, son p\u00e8re lui pr\u00e9sente sa nouvelle femme. Hippolyte dit que cette femme me ressemble, peut-\u00eatre m\u00eame que la femme de son p\u00e8re, dans le r\u00eave, c\u2019est moi&nbsp;! Et il se souvient avec effroi de ce qu\u2019elle lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne peux plus \u00eatre votre analyste. Je suis la femme de votre p\u00e8re. Il vous faut en trouver une autre&nbsp;! Et il s\u2019insurge et se r\u00e9volte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une autre femme, une autre analyste, Et quoi encore&nbsp;? Toutes pour lui&nbsp;? Tout pour lui&nbsp;! Non, je lui laisse sa femme, mais l\u2019analyste, je la garde pour moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mots pour conclure&nbsp;: j\u2019aurais sans doute d\u00fb commencer mon propos par un bref rappel des conceptions de Freud &#8211; \u00e0 la fin de sa vie &#8211; concernant les articulations de psych\u00e9 et de la diff\u00e9rence des sexes&nbsp;: sa th\u00e8se est celle d\u2019une diff\u00e9rence anatomique ou biologique dont les cons\u00e9quences psychiques se d\u00e9veloppent \u00e0 partir de la perception des diff\u00e9rences, puis, essentiellement avec le complexe d\u2019\u0152dipe et les remaniements apr\u00e8s-coup de ces perceptions. L\u2019ancrage biologique sur lequel s\u2019\u00e9tayent les diff\u00e9rences psychiques, inscrit l\u2019\u00e9cart entre les deux sexes formul\u00e9 en termes de \u00ab&nbsp;avoir ou ne pas avoir&nbsp;\u00bb, et cette dissym\u00e9trie se d\u00e9place, se transf\u00e8re en dissym\u00e9trie psychique d\u00e9terminante quant aux destins de la psychosexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici le commentaire qu\u2019en propose J.-B. Pontalis<sup>6<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi l\u2019homme a-t-il tellement peur d\u2019\u00eatre une femme&nbsp;? (\u2026) Pourquoi la femme renoncet-elle si difficilement &#8211; voire ne renonce jamais &#8211; \u00e0 son d\u00e9sir d\u2019avoir, d\u2019obtenir, le p\u00e9nis&nbsp;? C\u2019est le roc. Il esiste une correspondance \u00e9vidente, nous dit Freud, entre les deux th\u00e8mes, le refus chez l\u2019homme, la revendication chez la femme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelque chose, qui est commun aux deux sexes a \u00e9t\u00e9 model\u00e9, du fait de la diff\u00e9rence entre les sexes, en des formes diff\u00e9rentes d\u2019expression.<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce quelque chose qui est commun, J.-B. Pontalis l\u2019appelle \u00ab&nbsp;L\u2019insaisissable entre-deux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Freud, 1932, La f\u00e9minit\u00e9, OCP<\/li><li>S. Freud, 1909,, Remarques sur un cas de n\u00e9vrose de contrainte (l\u2019Homme aux rats), OCP, X, Paris, PUF, 2009, p. 187-200<\/li><li>S. Freud,<\/li><li>S. Freud (1896) Projet d\u2019une psychologie, Lettre 52 \u00e0 Fliess 6-12-1896, in OCP, III, Paris&nbsp;: PUF, 2006.<\/li><li>S. Freud (1932) \u00ab&nbsp;XXXIII<sup>e<\/sup> Le\u00e7on&nbsp;: La f\u00e9minit\u00e9&nbsp;\u00bb, in Nouvelle suite des le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse, in OCP, XIX, Paris&nbsp;: PUF, 2004, p. 195-219.<\/li><li>J.-B&nbsp;; Pontalis (1974)n \u00ab&nbsp;L\u2019insaisissable entre-deux&nbsp;\u00bb, in Bisexualit\u00e9 et diff\u00e9rence des sexes, NRP (7) p. 19<\/li><li>S. Freud, (1937) L\u2019analyse finie et l\u2019analyse infinie, in OCP, XX, Paris, PUF, 2010, p.53<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10641?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un jour, enfin, il a rencontr\u00e9 la femme de sa vie. Il a bient\u00f4t 40 ans, il a toujours \u00e9t\u00e9 c\u00e9libataire&nbsp;: il est tomb\u00e9 follement amoureux de Laura. 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