{"id":10627,"date":"2021-08-22T07:32:25","date_gmt":"2021-08-22T05:32:25","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/freud-consultant-et-psychanalyste-2\/"},"modified":"2021-09-18T23:28:55","modified_gmt":"2021-09-18T21:28:55","slug":"freud-consultant-et-psychanalyste","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/freud-consultant-et-psychanalyste\/","title":{"rendered":"Freud, consultant et psychanalyste"},"content":{"rendered":"\n<p>Si on s\u2019appuie sur quatre des principales biographies de Freud, soit celles de Jones (1955-1957), d\u2019Ellenberger (1970), de Gay (1991) ou de Rodrigu\u00e9 (2000), on trouve tr\u00e8s peu de traces de l\u2019activit\u00e9 de consultant dans la pratique de S. Freud. Par exemple, P. Gay (1991) ne distingue pas les consultations des s\u00e9ances d\u2019analyse lorsqu\u2019il d\u00e9crit une journ\u00e9e de travail de Freud. R\u00e9cemment, un court article introductif (Bouhsira, Janin-Oudinot, 2013) \u00e0 un ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 la consultation psychanalytique ouvrait son propos par \u00ab&nbsp;une mise en perspective historique&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 7). Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 l\u2019activit\u00e9 clinique de Freud en tant que neurologue puis en tant qu\u2019hypnoth\u00e9rapeute, il est clairement indiqu\u00e9 que l\u2019apparition de la cure par la parole, \u00e0 l\u2019or\u00e9e du vingti\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9gage la consultation psychanalytique de la consultation m\u00e9dicale&nbsp;; ainsi n\u2019est-il \u00ab&nbsp;plus question de toucher ni de sugg\u00e9rer&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception classiquement lin\u00e9aire semble pourtant davantage relever d\u2019un h\u00e9ritage concernant la transmission d\u2019un mythe psychanalytique fondateur &#8211; le parcours d\u2019un h\u00e9ros comme l\u2019illustre parfois la premi\u00e8re biographie d\u2019E. Jones (<em>op. cit.<\/em>) &#8211; que de la prise en compte de r\u00e9alit\u00e9s plus complexes et parfois prosa\u00efques concernant la pratique de Freud. La d\u00e9couverte de la correspondance entre Freud et Federn (Houssier et <em>al<\/em>, 2015, 2017), qui fut \u00e0 la fois son bras droit sur le plan institutionnel \u00e0 Vienne et la personne de confiance \u00e0 laquelle il adressait des patients, offre un nouvel \u00e9clairage. Freud propose voire impose des orientations th\u00e9rapeutiques \u00e0 partir de son travail de consultant-psychanalyste qui donnent une toute autre repr\u00e9sentation que celle que nous avons int\u00e9rioris\u00e9e au fil de nos formations respectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019indique l\u2019article document\u00e9 de C. T\u00f6gel (2009), sa pratique d\u00e9bute \u00e0 Vienne le 25 avril 1886, \u00e0 son retour de Paris et de Berlin, pour s\u2019achever le 4 juin 1938, moment o\u00f9 il fut contraint d\u2019immigrer \u00e0 Londres. Freud tint tr\u00e8s t\u00f4t un \u00ab&nbsp;<em>Patient Calendar<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9nu\u00e9 de diagnostic pour contr\u00f4ler ce qu\u2019il \u00ab&nbsp;exp\u00e9rimentait&nbsp;\u00bb avec ses patients&nbsp;; ainsi figurent dans ses carnets non publi\u00e9s des d\u00e9tails concernant les noms et pr\u00e9noms des patients re\u00e7us, leur profession, leur adresse, les honoraires per\u00e7us&nbsp;; Freud laisse \u00e9galement trace de ses heures de consultations. Dans son carnet, Freud ne distinguait pas clairement les horaires de s\u00e9ance d\u2019analyse et de psychoth\u00e9rapie, comme l\u2019illustre le travail analytique r\u00e9alis\u00e9 avec G. Mahler, par exemple (T\u00f6gel, <em>ibid.<\/em>). En revanche, les consultations sont clairement distingu\u00e9es de ces s\u00e9ances&nbsp;: elles sont en effet divis\u00e9es en consultations \u00e0 son cabinet et en visites m\u00e9dicales \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 raison d\u2019un quart d\u2019heure par consultation.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des d\u00e9buts difficiles, o\u00f9 Freud se plaint que son cabinet sonne vide, L. Flem (1986) note une affluence de patients en 1909, rendant favorable l\u2019envoi de patients \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves de confiance comme Paul Federn. Freud r\u00e9duit d\u00e8s 1912 le temps imparti aux consultations. Atteint depuis 1923 de son cancer de la m\u00e2choire, il indique dans une lettre du 25 mars 1929 \u00e0 un patient non nomm\u00e9 qu\u2019il est d\u00e9sormais trop vieux pour prendre un patient en analyse, conseillant de s\u2019adresser \u00e0 Federn, qu\u2019il mentionne comme son \u00e9tudiant. Le 16 juin de la m\u00eame ann\u00e9e, il demande \u00e0 Federn de r\u00e9pondre \u00e0 une lettre, en ajoutant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) vous qui \u00eates tellement plus m\u00e9decin que moi<\/em>&nbsp;\u00bb, positionnement qu\u2019il confirme le 5 septembre en pr\u00e9cisant qu\u2019il ne prescrit plus lui-m\u00eame. Cette fin de la pratique de m\u00e9decin de Freud intervient apr\u00e8s un long parcours de m\u00e9decin-neurologue praticien, incluant un temps o\u00f9 il interroge, \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments somatiques, la probl\u00e9matique psychologique du patient, avant de laisser place au Freud d\u00e9lest\u00e9 de sa formation initiale pour assumer pleinement, une fois l\u2019essor de la psychanalyse assur\u00e9, une position de psychanalyste \u00e0 distance de toute pratique m\u00e9dicale. C\u2019est ce parcours exfiltr\u00e9 de la correspondance entre les deux hommes que nous reprenons d\u00e9sormais, laissant affleurer quelques ar\u00eates vives et autres p\u00e9pites de la pens\u00e9e freudienne \u00e0 partir de situations cliniques.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que consultant, Freud peut se r\u00e9v\u00e9ler prescriptif, dans une relation ma\u00eetre-\u00e9l\u00e8ve qui ne se d\u00e9mentira pas au fil du temps. Le transfert au p\u00e8re de la psychanalyse \u00e9tait sans doute indissociable de ce type de lien. Freud consultant se comporte parfois \u00e0 distance de ce qu\u2019il pr\u00e9conise en tant qu\u2019analyste&nbsp;: dans son article consacr\u00e9 au d\u00e9but du traitement (Freud, 1913), il est conseill\u00e9 \u00e0 l\u2019analyste de pratiquer d\u2019abord un traitement d\u2019essai d\u2019une ou deux semaines pour \u00e9valuer l\u2019indication quant \u00e0 une cure potentielle. Ces s\u00e9ances pr\u00e9liminaires ne sont pas des consultations. Or en tant que consultant, Freud alternera entre des propositions pr\u00e9cises et directes \u2013 prendre tel patient en analyse \u2013 et des suggestions de traitements vari\u00e9s, plus proches d\u2019une p\u00e9riode probatoire et d\u2019essai.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud oriente r\u00e9guli\u00e8rement des patients \u00e0 Federn d\u00e8s 1907, peut-\u00eatre avant. Il oriente certaines demandes qui lui sont adress\u00e9es en direction des coll\u00e8gues de la premi\u00e8re heure pour mieux \u00e9tendre le rayonnement de la nouvelle pratique psychanalytique&nbsp;; il se montre soucieux de cette diffusion de la psychanalyse au-del\u00e0 de sa seule personne, d\u2019autant qu\u2019il a d\u00e9pass\u00e9 depuis quelques temps d\u00e9j\u00e0 sa p\u00e9riode de \u00ab&nbsp;vaches maigres&nbsp;\u00bb. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9crivait dans son <em>Calendar Patient<\/em>, il d\u00e9livre des diagnostics pr\u00e9cis lorsqu\u2019il adresse ces patients \u00e0 son coll\u00e8gue. Ainsi, il pointe la tendance \u00e0 la m\u00e9lancolie du docteur S., alors \u00e2g\u00e9 de 29 ans, ajoutant que ce dernier se masturbe. Connaissant l\u2019int\u00e9r\u00eat de P. Federn pour la psychose, il consid\u00e8re que ce patient est \u00ab&nbsp;id\u00e9al pour investiguer la lutte contre les id\u00e9es d\u2019influence&nbsp;\u00bb (Lettre du 8 janvier 1908). Le ton de la lettre suivante (18 janvier 1908) est plus doux&nbsp;: il adresse un patient qui \u00ab&nbsp;pourrait bien avoir besoin de vos attentions et d\u2019un traitement psychologique&nbsp;\u00bb. La question de la dur\u00e9e des traitements est \u00e9galement discut\u00e9e dans l\u2019article de T\u00f6gel (2009)&nbsp;: si ce dernier exemple laisse supposer, dans ce qui reste la premi\u00e8re d\u00e9cade li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9couverte de la pratique psychanalytique, des dur\u00e9es tr\u00e8s courtes, Freud ne semble pas tant d\u00e9cider de la dur\u00e9e que t\u00e2tonner \u00e0 ce sujet. De m\u00eame, il ne pr\u00e9cise pas toujours la question diagnostique, montrant ainsi son ouverture, tr\u00e8s t\u00f4t, \u00e0 la prise en charge de conflits actuels.<\/p>\n\n\n\n<p>La lettre du 8 novembre 1909 articule les dimensions du pass\u00e9 et de l\u2019actuel&nbsp;: Melle R. est nourrice, souffrant de n\u00e9vrose d\u2019angoisse&nbsp;; celle-ci a subi un choc psycho-traumatique dans l\u2019enfance et ses fian\u00e7ailles r\u00e9centes font l\u2019objet de conflits psychiques. Freud la pr\u00e9sente comme int\u00e9ressante pour \u00e9tayer ou valider les th\u00e9ories psychanalytiques encore naissantes. Il souhaite, voire exige, une prise en consid\u00e9ration des moyens de la patiente, se montrant sensible \u00e0 la question de l\u2019argent. Il l\u2019indique ainsi <em>in fine<\/em> dans cette formule aussi courte que vive&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pas gratuit, trois fois par semaine<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019int\u00e9r\u00eat du patient n\u2019est pas toujours \u00ab&nbsp;seulement&nbsp;\u00bb clinique, mais permet aussi de faire avancer les id\u00e9es, les mettre au d\u00e9bat et faire progresser la science psychanalytique. Sur le plan clinique, l\u2019argent fut une des rares pommes de discorde entre les deux hommes, Federn, politiquement sensible aux id\u00e9es socialistes de l\u2019\u00e9poque, proposant parfois des cures gratuites ou \u00e0 bas prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lettre du 10 juin 1924, Freud semble mandat\u00e9 par le Dr Fein pour que Federn accorde une consultation m\u00e9dicale \u00e0 Mme H. Freud pense ici le travail de consultation comme une investigation fond\u00e9e sur des constats cliniques, n\u00e9cessitant ensuite de se renseigner aupr\u00e8s du m\u00e9decin traitant apr\u00e8s cette visite d\u2019allure m\u00e9dicale mais qui est vivement color\u00e9e des impressions psychologiques de Freud. Mme H. souffre de scrupules li\u00e9s \u00e0 une jeune femme \u00e0 son service, souffrant d\u2019une bronchite et suivie pour cela par le Dr Fein aupr\u00e8s de qui Freud sugg\u00e8re de se renseigner&nbsp;; sans avoir re\u00e7u cette jeune femme au service de Mme H., il soup\u00e7onne avec aplomb le fond de l\u2019affaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis certain qu\u2019il n\u2019y a l\u00e0 que la compensation d\u2019un faible \u00e9r\u00e9thisme<\/em><sup>1<\/sup> <em>envers la jeune fille<\/em>&nbsp;\u00bb, ajoutant que sa patronne ne semble pas heureuse. On retrouve ici l\u2019image de la consultation comme une enqu\u00eate \u00e0 mener, au plus pr\u00e8s d\u2019une recherche des faits et de ce qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent et cachent \u00e0 la fois, comme un sympt\u00f4me. <em>Freud Sherlock Holmes<\/em> (Meyer-Bolzinger D., 2012) a entendu le Dr Fein qui lui, a re\u00e7u la jeune fille souffrant de bronchite et a fait le r\u00e9cit de sa situation&nbsp;: telle est la reconstruction qu\u2019on peut proposer quant au contexte clinique complexe d\u00e9pli\u00e9 bri\u00e8vement dans cette lettre. Cette collaboration \u00e0 trois montre son int\u00e9r\u00eat pour un travail en r\u00e9seau, pas encore nomm\u00e9 comme tel, au cours duquel le lien avec les diff\u00e9rents interlocuteurs ou soignants est consid\u00e9r\u00e9 comme une part du traitement.<\/p>\n\n\n\n<p>La lettre du 21 ao\u00fbt 1917, envoy\u00e9e de Csorbato en Hongrie, est d\u2019une autre tonalit\u00e9. Il partage avec Federn son analyse de la situation que ce dernier rencontre avec une patiente anorexique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le d\u00e9roulement des choses avec votre patiente est tr\u00e8s int\u00e9ressant et donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00bb. Puis d\u2019ajouter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Admettons que nous ayons pu la prendre en psychanalyse sans autre \u00e9valuation, le r\u00e9sultat aurait \u00e9t\u00e9 le m\u00eame&nbsp;\u00bb, admettant ainsi les limites th\u00e9rapeutiques de la cure psychanalytique. Amical envers Federn \u00e0 propos de cette situation complexe, il en reprend les points les plus sensibles&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es, la persistance de la menace de mort, la n\u00e9cessit\u00e9 de la nourrir par la force. En bref une victoire de la malade<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb. La reconstitution par d\u00e9duction \u00e0 partir des propos de Freud laisse penser que Federn a hospitalis\u00e9 cette patiente et renonc\u00e9 \u00e0 une cure psychanalytique. Freud se met \u00e0 ce moment \u00e0 la place de Federn tout en envisageant la prise en charge psychanalytique d\u2019une telle patiente, ouvrant sur une dialectique entre l\u2019ancienne pratique psychiatrique et la nouvelle pratique psychanalytique. Il rassure Federn en esquissant une r\u00e9flexion th\u00e9orique plus g\u00e9n\u00e9rale sur la fonction de la psychanalyse, en veillant \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019elle a certes ses limites mais que pour autant tout n\u2019est pas \u00e0 jeter&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est ainsi&nbsp;: on ne peut pas utiliser l\u2019analyse comme un tour de force parce qu\u2019aucun pr\u00e9jug\u00e9 positif n\u2019est l\u00e0 pour elle et qu\u2019on ne peut pas lui imputer tous les rat\u00e9s. Cela justifie notre prudence mais notre jugement ne doit pas \u00eatre influenc\u00e9 par les pr\u00e9jug\u00e9s d\u2019\u00e9trangers qui critiquent la psychanalyse<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce qui laisse entendre \u00e0 la fois la prudence du consultant teint\u00e9e de l\u2019assurance rassurante du ma\u00eetre face \u00e0 une situation alarmante &#8211; une question de survie&nbsp;; dans ce positionnement qui s\u2019apparente \u00e0 celui d\u2019un superviseur, Freud ne souhaite pas f\u00e9tichiser la pratique psychanalytique en faisant de la cure le parangon de toute pratique clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apr\u00e8s-guerre marque un tournant&nbsp;: la disparition des indications \u00e0 partir de consultations m\u00e9dicales laisse place \u00e0 des indications ou des hypoth\u00e8ses cliniques, au moment o\u00f9 la seconde topique est en cours d\u2019\u00e9laboration&nbsp;: ici, Freud pointe l\u2019impuissance psychologique d\u2019un patient, li\u00e9e \u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019accepter la s\u00e9paration avec sa femme (le 11 juillet 1921)&nbsp;; l\u00e0, il \u00e9voque une femme d\u00e9pressive \u00e0 cause de son proche mariage, en ajoutant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Peut-\u00eatre ne se sent-elle pas soutenue&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre indice de cette \u00e9volution se pr\u00e9sente lorsque Freud introduit des aspects fondamentaux de la praxis analytique, comme l\u2019illustre la lettre du 30 d\u00e9cembre 1921. Pour ce patient d\u2019origine am\u00e9ricaine, le traitement par le Sanatorium est maintenant exig\u00e9 face \u00e0 l\u2019\u00e9chec du traitement ant\u00e9rieur&nbsp;; il est question pour Federn, sur l\u2019injonction de Freud, de r\u00e9pondre \u00e0 la lettre de la femme de ce patient. Apr\u00e8s des indications tr\u00e8s pr\u00e9cises sur le plan financier, Freud ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;(\u2026) <em>vous n\u2019allez pas au patient mais lui \u00e0 vous, si ce n\u2019est pas possible, il est pr\u00e9f\u00e9rable qu\u2019il ne vienne pas. Nous trouverons une alternative, nous devons \u00e9viter de lui donner le sentiment que nous nous l\u2019arrachons, les th\u00e9rapies doivent \u00eatre men\u00e9es en fran\u00e7ais ou en anglais.<\/em>&nbsp;\u00bb. Il pr\u00e9cise clairement son intention&nbsp;: dans la dynamique pr\u00e9-transf\u00e9rentielle, le patient ne doit pas se sentir s\u00e9duit par le fantasme qu\u2019on le d\u00e9sire au point qu\u2019on se l\u2019arrache. D\u2019hier \u00e0 aujourd\u2019hui, laisser le patient venir et d\u00e9sirer quant \u00e0 sa d\u00e9marche, ne pas cr\u00e9er trop d\u2019interf\u00e9rences entre les diff\u00e9rents interlocuteurs mais au contraire faire circuler les informations, voici quelques indications incluant des aspects transf\u00e9rentiels propres aux premi\u00e8res consultations qui sont parvenues jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour prolonger l\u2019ouverture clinique de Freud dans ses indications th\u00e9rapeutiques, poussons encore l\u2019investigation. Dans la lettre du 8 juin 1909, la dimension la plus centrale de cette lettre appara\u00eet vis-\u00e0-vis de la proposition th\u00e9rapeutique sugg\u00e9r\u00e9e par Freud&nbsp;: sa proposition de se tourner vers un coll\u00e8gue-\u00e9l\u00e8ve est accompagn\u00e9e d\u2019une suggestion d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>Hypnothisch(en)-Psychoanalyse<\/em>&nbsp;\u00bb, expression pleine d\u2019ambig\u00fcit\u00e9 qui pourrait \u00eatre traduite par \u00ab&nbsp;psychanalyse sous hypnose&nbsp;\u00bb, ou encore au choix entre hypnose et psychanalyse. On croyait que Freud avait rel\u00e9gu\u00e9 l\u2019hypnose aux oubliettes de la p\u00e9riode pr\u00e9-analytique&nbsp;? Il n\u2019en est rien, il est davantage pr\u00e9occup\u00e9 par une m\u00e9thode efficace qui, si elle doit passer par l\u2019usage suppos\u00e9 abandonn\u00e9 de l\u2019hypnose, pourra \u00eatre utilis\u00e9e. Ce positionnement se confirme lorsque, pour une patiente de 40 ans, Freud, dans le post-scriptum de cette lettre non dat\u00e9e, indique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tenter l\u2019hypnose, mais seulement en r\u00e9compense de la docilit\u00e9 \u00e0 la psychoth\u00e9rapie&nbsp;\u00bb. Dans une autre lettre (5 mai 1919), il appara\u00eet que massage, sommeil et hypnose sont int\u00e9gr\u00e9s sans contradiction dans la prise en charge d\u2019une patiente.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil de ces lettres, Freud inclut r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019importance de l\u2019environnement direct du patient dans le succ\u00e8s potentiel du processus th\u00e9rapeutique. Dans la lettre du 17 novembre 1910, il envisage que la femme d\u2019un patient puisse aider \u00e0 la gu\u00e9rison, par sa compr\u00e9hension envers la probl\u00e9matique de son mari mais \u00e9galement en passant par un entretien avec elle si n\u00e9cessaire. La pratique psychanalytique pour adultes est comme pens\u00e9e avec le support de consultations potentielles avec la femme, avec laquelle on peut \u00e9tablir un transfert lat\u00e9ral propice \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de la cure. Voil\u00e0 une conception, anticipant la psychanalyse de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent \u00e0 venir (Houssier, 2010), pour le moins originale et sans doute plus pertinente qu\u2019il n\u2019y para\u00eet si on la consid\u00e8re au cas par cas et non syst\u00e9matisable. Dans les lettres adress\u00e9es \u00e0 Pfister, relevons quelques extraits de celle du 10 mai 1925 \u00e0 propos de A. B. (Lynn, 2007), un jeune homme psychotique qui deviendra son patient&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Entre-temps, j\u2019ai fait personnellement la connaissance des parents de votre prot\u00e9g\u00e9. Ils paraissent tout pr\u00eats \u00e0 se sacrifier, ce qui pr\u00e9sage g\u00e9n\u00e9ralement un mauvais pronostic. (\u2026) Le p\u00e8re est, je crois, tr\u00e8s docile. Mais la m\u00e8re para\u00eet plus agit\u00e9e et plus port\u00e9e \u00e0 faire des projets ind\u00e9pendants.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9dagogie appara\u00eet comme une voie centrale de transmission de la pratique analytique. Les conseils prodigu\u00e9s aux analystes mais aussi ceux qu\u2019il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 donner aux parents ou aux proches de patients seront associ\u00e9s \u00e0 ceux qu\u2019il donne en tant que consultant, \u00e0 Federn, comme l\u2019illustre la lettre du 11 mai 1911 qu\u2019il conclut ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vous prie de reprendre son traitement, de lui administrer d\u2019abord de l\u2019<em>Allerin<\/em> et si les r\u00e9sultats ne suivent pas de r\u00e9soudre ce cas par une explication analytique&nbsp;\u00bb, Freud indiquant que les traitements par injonction, notamment \u00e0 base d\u2019arsenic, ont tous \u00e9chou\u00e9 jusqu\u2019ici. La tentative de gu\u00e9rison, articul\u00e9e \u00e0 une cure psychanalytique, n\u2019emp\u00eache en rien d\u2019exp\u00e9rimenter la possibilit\u00e9 d\u2019une m\u00e9dication, et d\u2019une cure qui ne saurait se priver, si cela est n\u00e9cessaire, d\u2019une dimension p\u00e9dagogique \u00e9clairante&nbsp;: l\u2019\u00e9clairage explicatif, bien au-del\u00e0 des premiers temps de la pratique psychanalytique, devient alors un des outils du traitement d\u2019ensemble, sans opposition de plusieurs \u00e9l\u00e9ments entre eux (cure, \u00e9clairage\/explication\/suggestion, m\u00e9dication). La repr\u00e9sentation selon laquelle Freud serait anti-p\u00e9dagogue (Millot, 1979) est ici largement battue en br\u00e8che.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019absence de dogmatisme clinique de Freud quant \u00e0 la m\u00e9thode th\u00e9rapeutique est frappant. Ses propositions th\u00e9rapeutiques paraissent ici davantage guid\u00e9es par le r\u00e9alisme et la perspective de prouver la valeur th\u00e9orico-clinique de la psychanalyse&nbsp;; l\u2019image qui se refl\u00e8te dans le miroir tendu par ces lettres est bien plus prosa\u00efque que le mythe du h\u00e9ros, fantasme m\u00e9galomaniaque tel qu\u2019il apparut notamment lors de l\u2019adolescence de Freud (Houssier, 2018).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>L\u2019\u00e9r\u00e9thisme <em>(Aufwallung)<\/em>, terme qui vient du latin <em>scateo<\/em> (jaillir), est d\u00e9fini par une tension excessive de l\u2019esprit, une violente passion (<em>NDRL<\/em>).<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Bouhsira J. et Janin-Oudinot M. (2013), La consultation psychanalytique, in J. Bouhsira, M. Janin-Oudinot (dir.), <em>La consultation psychanalytique<\/em>, Monographie et D\u00e9bats de psychanalyse, Paris, Presses Universitaires de France, 172 p., pp.7-9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ellenberger H. F. (1970) The discovery of the unconscious\u00a0: the history and evolution of dynamic psychiatry, United States of America, Basic Books\u00a0; trad. fr. par J. Feisthauer, <em>A la d\u00e9couverte de l\u2019inconscient. Histoire de la psychiatrie dynamique<\/em>, France, Simep, 1974, 759 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Flem L. (1986), <em> La vie quotidienne de Freud et de ses patients<\/em>, Paris, Hachette, 310 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1900), <em> L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> , trad. fr. I. Meyerson r\u00e9vis\u00e9e par D. Berger, PUF, 1980\u00a0; <em>OCF.P<\/em>, IV, 2003\u00a0; <em>GW<\/em> , II.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1913c), Le d\u00e9but du traitement, <em> La technique psychanalytique<\/em> , trad. fr. A. Berman\u00a0; Paris PUF, 1981\u00a0; <em>OCF.P<\/em>, XII, 2005\u00a0; <em>GW<\/em>, X.<\/p>\n\n\n\n<p>Gay P. (1988), <em>Freud a life for our time<\/em>, Londres Melbourne, J.M. Dent &amp; Sons\u00a0; trad. fr. par T. Jolas, Freud une vie, Paris, Hachette, 1991, 900p.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier F. (2007), De l\u2019\u00e9ducation du juste milieu aux controverses\u00a0: histoire des conceptions psychanalytiques du lien \u00e9ducatif, in <em>Dialogue<\/em> , 176, p. 11-22.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier F., Vlachopoulou X., Bonnichon B., Capart N. (2015), Freud consultant, in <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 4, p. 1198-1210.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier F., Bonnichon D., Vlachopoulou X., Blanc A. (2017), Paul Federn, un psychanalyse \u00e0 ses fronti\u00e8res, in Houssier F. et al. (sous la direction), Paul Federn. <em>Investissement du moi et actes manqu\u00e9s<\/em>, Paris, Ithaque, p. 9-32.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssier F. (2018), <em>Freud adolescent<\/em>, Campagne-Premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Jones E. (1955), <em> Sigmund Freud\u00a0: life and work<\/em> \u00a0: t.2\u00a0: years of maturity\u00a0: 1901-1919, Londres, Hogarth Press\u00a0; trad. fr. par A. Berman, <em>La vie et l\u2019\u0153uvre de Sigmund Freud<\/em> : t. 2\u00a0: les ann\u00e9es de maturit\u00e9\u00a0: 1901-1919, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, 512p.<\/p>\n\n\n\n<p>Jones E. (1956), <em> Sigmund Freud\u00a0: life and work<\/em> : t.1\u00a0: the young Freud\u00a0: 1856-1900, Londres, Hogarth Press\u00a0; trad. fr. par A Berman, <em> La vie et l\u2019\u0153uvre de Sigmund Freud<\/em>\u00a0: t. 1\u00a0: les jeunes ann\u00e9es\u00a0: 1856-1900, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, 453p.<\/p>\n\n\n\n<p>Jones E. (1957), <em>Sigmund Freud\u00a0: life and work<\/em> \u00a0: t.3\u00a0: the last phase\u00a0: 1919-1939, Londres, Hogarth Press\u00a0; trad. fr. par L. Fournoy, <em>La vie et l\u2019\u0153uvre de Sigmund Freud<\/em>\u00a0: t.3\u00a0: Les derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0: 1919-1939, Paris, Presses Universitaires de Frances, 566p.<\/p>\n\n\n\n<p>Lynn D. J. (2007) L\u2019analyse par Freud d\u2019un homme psychotique, A. B., entre 1925 et 1930, <em>Filigrane<\/em>, XVI, 1, p. 109-122.<\/p>\n\n\n\n<p>Meyer-Bolzinger D., (2012), <em> La m\u00e9thode de Sherlock Holmes\u00a0: De la clinique \u00e0 la critique<\/em>. Paris, Campagne Premi\u00e8re, 228p.<\/p>\n\n\n\n<p>Millot C. (1979), <em>Freud anti-p\u00e9dagogue<\/em>, Paris, La Biblioth\u00e8que d\u2019Ornicar, 180 p.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00f6gel C. (2009), Sigmund Freud\u2019s practise\u00a0: visists and consultation, psychoanalyses, remuneration, <em>The Psychoanalytic Quaterly<\/em>, t. LXXVIII, n\u00b04, pp.1033-1058<\/p>\n\n\n\n<p>Rodrigu\u00e9 E. (1996), Sigmund Freud\u00a0: El Siglo del psicoanalisis, Buenos Aires, Mercado Libre Argentina\u00a0; trad. fr par P. Rey, <em>Freud\u00a0: le si\u00e8cle de la psychanalyse<\/em>, Payot, 2000, 635 p.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10627?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si on s\u2019appuie sur quatre des principales biographies de Freud, soit celles de Jones (1955-1957), d\u2019Ellenberger (1970), de Gay (1991) ou de Rodrigu\u00e9 (2000), on trouve tr\u00e8s peu de traces de l\u2019activit\u00e9 de consultant dans la pratique de S. 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