{"id":10626,"date":"2021-08-22T07:32:25","date_gmt":"2021-08-22T05:32:25","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/cinema-2\/"},"modified":"2021-09-16T11:38:48","modified_gmt":"2021-09-16T09:38:48","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/cinema\/","title":{"rendered":"Cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"\n<p>Si la salle de cin\u00e9ma est obscure, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 la production industrielle actuelle, uniquement un lieu festif, un espace culturel, mais qu\u2019elle renvoie \u00e0 une autre salle \u00e0 l\u2019obscure clart\u00e9, aussi illuminante qu\u2019aveuglante, celle du r\u00eave et des cauchemars o\u00f9 se m\u00ealent et se mixent&#8230; en toute inconscience, les fantasmes et l\u2019imaginaire, le d\u00e9sir et l\u2019angoisse, les esp\u00e9rances et le d\u00e9sespoir. Le cin\u00e9ma est le miroir de la vie et de la mort en marche avant et arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On va au cin\u00e9ma pour rire et pleurer, avoir peur et aimer. Et ce, pas seulement, plus haut, plus vite et plus fort que dans la vraie vie. Plein les yeux, mais tous les sens en \u00e9veil\u2026 comme lorsqu\u2019on \u00e9prouvait, enfant, pour la premi\u00e8re fois les choses et les \u00eatres, c\u2019est-\u00e0-dire corps et \u00e2me en processus primaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La peau humaine des choses, le derme de la r\u00e9alit\u00e9, voil\u00e0 avec quoi le cin\u00e9ma joue d\u2019abord&nbsp;\u00bb, disait Antonin Artaud<\/em><sup>1<\/sup>. Et aussi son envers soit l\u2019ectoderme, la chair ajouterons-nous.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019en va ou on se rend aux s\u00e9ances de cin\u00e9ma, ces \u00e9tranges messes collectives, pour comparer ses projections internes avec celles de voyants moins n\u00e9vros\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire plus pervers&nbsp;: Pabst et Lang, Preminger et Mankiewicz, Bergman et Hitchcock, Welles et Lynch.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fameux <em>Faucon maltais<\/em> \u00e0 la recherche duquel acteurs comme spectateurs s\u2019ing\u00e9niaient \u00e0 courir ne s\u2019av\u00e9rait-il pas \u00e0 la fin du film fait de la mati\u00e8re m\u00eame dont sont faits les r\u00eaves&nbsp;: une substance affective mouvante&nbsp;? Les Mac Guffin Hitchcockiens ne sont-ils pas des objets ou des secrets qu\u2019il faut \u00e0 tout prix r\u00e9cup\u00e9rer ou d\u00e9voiler\u2026 mais qui ne se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre en fin de compte que la queue du d\u00e9sir, celle l\u00e0 m\u00eame qui fait avancer le sc\u00e9nario&nbsp;? Ainsi les miroirs sensibles qu\u2019ont propos\u00e9s ces cin\u00e9astes ont-ils permis \u00e0 chaque spectateur de se faire son propre film. La vie est un songe, le cin\u00e9ma est un r\u00eave. Et dans les r\u00eaves on ne peut pas mentir. Et paradoxalement, m\u00eame et encore plus lorsque l\u2019on ment et sauf pour ce qui concerne les r\u00eaves \u00ab&nbsp;tout faits&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019intention et \u00e0 l\u2019attention trop bienveillante du psychanalyste dup\u00e9 ou dans les su(pe)rs productions am\u00e9ricaines o\u00f9 tout est lustr\u00e9, les couleurs trop nettes, les contours trop bien d\u00e9finis\u2026 ou tout est plus r\u00e9el que la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On songe \u00e0 aller au cin\u00e9ma, et c\u2019est loin d\u2019\u00eatre accessoire, pour r\u00eaver de sortir avec quelqu\u2019un (le gar\u00e7on ou la fille d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9), c\u2019est-\u00e0-dire sortir de soi\u2026 et de ses remembrances idiotes en se faisant une toile, et cette fois un film \u00e0 deux. A l\u2019adolescence on est toujours seul\u2026 sans m\u00eame savoir avec qui (esseulement)\u2026 au cin\u00e9ma rien n\u2019est plus triste qu\u2019un spectateur isol\u00e9\u2026 dont tout le monde pense qu\u2019il attend quelqu\u2019un qui ne viendra pas ou plus. Freud le \u00ab&nbsp;pansexualiste&nbsp;\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 probablement d\u2019accord avec ce qui a \u00e9t\u00e9 dit plus haut mais, aurait \u00e9t\u00e9 un compagnon \u00e0 la fois id\u00e9al et irritant. Avec sa compulsion \u00e0 associer, il n\u2019aurait probablement pas cess\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce qu\u2019il disait de Chaplin&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est incontestablement un grand artiste&nbsp;; bien s\u00fbr, il joue toujours un seul et m\u00eame r\u00f4le, celui du gar\u00e7on souffreteux, pauvre, sans d\u00e9fense, maladroit, mais pour qui finalement tout tourne bien. Or pensez-vous que pour jouer ce r\u00f4le, il lui faille oublier son propre moi&nbsp;? Au contraire il ne repr\u00e9sente jamais que lui-m\u00eame, tel qu\u2019il \u00e9tait dans sa pitoyable jeunesse. Il ne peut se d\u00e9barrasser de ces impressions et, aujourd\u2019hui encore, cherche un d\u00e9dommagement pour les privations et les humiliations de cette \u00e9poque\u2026 les productions des artistes sont conditionn\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur par les impressions de leur enfance, la destin\u00e9e, les refoulements, et les d\u00e9ceptions<\/em><sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb. Fellini aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019accord \u00ab&nbsp;<em>Tout art est autobiographique\u2026 la perle est l\u2019autobiographie de l\u2019hu\u00eetre<\/em>&nbsp;\u00bb. Chaplin (Parents s\u00e9par\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans&nbsp;; M\u00e8re intern\u00e9e en h\u00f4pital psychiatrique&nbsp;; Vie de vagabond avec son demi-fr\u00e8re \u00ab&nbsp;naturel&nbsp;\u00bb dans les rues et institutions de Londres\u2026) n\u2019aura pu \u00eatre que Charlot m\u00eame pas Charlie. Dans tous les documents vid\u00e9os intimes, il appara\u00eet incapable d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame, jouant, s\u00fbrement \u00e0 l\u2019exc\u00e8s sa mis\u00e8re et sa qu\u00eate. Personne n\u2019aura donc vu son vrai visage qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 ses doubles, Mr Verdoux et Hyntel le dictateur\u2026 Chaplin, ses \u00ab&nbsp;<em>paradis manqu\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup> et ses \u00ab&nbsp;<em>romances sans parole<\/em>&nbsp;\u00bb h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019enfance, nous a l\u00e9gu\u00e9 des images hypnotiques que fixent de tout temps les yeux (\u00e9carquill\u00e9s) de tous les enfants. Des images qui poursuivent &#8211; c\u2019est une aventure universelle infinie, sur la toile \u00e0 travers une lanterne magique, celles projet\u00e9es sur les parois de la caverne de Platon et celles projet\u00e9es par l\u2019analysant sur les murs ou le plafond du cabinet de son analyste. Et dans sa t\u00eate de celui-ci aussi \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui d\u2019entre nous n\u2019a en t\u00eate une ou deux s\u00e9quences de films, aussi inoubliables (voir moins) que certains moments de notre propre vie, et d\u2019autres de notre cure, et pour lesquels nous ne pouvons qu\u2019\u00eatre toujours sid\u00e9r\u00e9s par la conscience suraigu\u00eb que nous e\u00fbmes de la v\u00e9rit\u00e9 de ces moments-l\u00e0 devenus \u00e9v\u00e9nements\u2026 de vie ou de projection&nbsp;? Pleinement pr\u00e9sents et d\u00e9j\u00e0 totalement pass\u00e9s. Ces sc\u00e8nes si fascinantes t\u00e9moignent de la magie du cin\u00e9ma quand il arrive non \u00e0 enregistrer le r\u00e9el (pourquoi faire&nbsp;? Pour quel d\u00e9senchantement&nbsp;?) mais \u00e0 capter, m\u00eame si c\u2019est toujours imparfaitement et uniquement l\u2019espace d\u2019un instant, l\u2019inconscient et qu\u2019il lui donne forme, le figure ou le repr\u00e9sente sur le ciel d\u2019un \u00e9cran. Comme l\u2019Autre, cet inconscient projet\u00e9 ne conna\u00eet pas la n\u00e9gation et la mort et donc ne conna\u00eet pas le temps. Aussi les personnages qui l\u2019habitent sont-ils des morts toujours vivants flottant dans le hors temps, cet espace interm\u00e9diaire entre la m\u00e9moire et la perception pr\u00e9sente. Si et seulement si, les regardant de tous nos yeux, nous les reconnaissons extr\u00eamement vivants et si nous r\u00eavons qu\u2019ils nous regardent. L\u2019homme s\u2019efface jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre quand plus personne ne le reconna\u00eet ou ne pense et surtout ne r\u00eave \u00e0 lui. A chaque fois que le lecteur lit ou relit un roman, voit et revoit un film, il r\u00e9veille et fait revivre le, les personnages qui dormaient dans son c\u0153ur. M\u00eame chose pour nos disparus.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les acteurs savent qu\u2019ils jouent \u00e0 l\u2019\u00e9cran\u2026 pour la post\u00e9rit\u00e9\u2026 leur vie. C\u2019est-\u00e0-dire leur mort et leur retour. Ces narcisses n\u2019ont pas renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Leur temps vol\u00e9 par la cam\u00e9ra revient sans cesse nous visiter. Certes dans des souvenirs forc\u00e9ment \u00e9cran, ballons rouges l\u00e2ch\u00e9s pour signaler le lieu enfoui de leur d\u00e9tresse. Et si l\u2019on veut y croire un tant soit peu, il n\u2019est pas exclu que comme pour Mia Farrow dans <em>La Rose Pourpre du Caire<\/em> (Woody Allen 1985), les protagonistes sortent de l\u2019\u00e9cran et reprennent vie. N\u2019en est-il pas de m\u00eame pour certaines de nos \u00ab&nbsp;in\u00e9vitables&nbsp;\u00bb images durant la cure&nbsp;? Ou que le spectateur rentre dans l\u2019image. N\u2019en est-il pas de m\u00eame pour certaines analyses accueillant de t\u00e9m\u00e9raires analystes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet espace-temps singulier (temps percept-mouvement et affect disait Gilles Deleuze) que constitue une s\u00e9ance de cin\u00e9ma, comme dans celui d\u2019une s\u00e9ance en analyse, ne vient-on pas v\u00e9rifier la pr\u00e9sence hors-champ de quelqu\u2019un tapi dans le noir&nbsp;? Dans les deux cas, l\u2019\u0153il, repu du miroitement laiteux de la lumi\u00e8re, \u00e9coute quelque chose que lui chuchote ou susurre de l\u2019arri\u00e8re\u2026 le d\u00e9sir ou le silence de sa m\u00e9moire o\u00f9 s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 un incertain pass\u00e9&nbsp;: le murmure des voix ch\u00e8res qui se sont tues ou qui n\u2019ont jamais parl\u00e9 et qui sont reprises ou non reprises (reconstruites) par des personnages ni tout \u00e0 fait les m\u00eames, ni tout \u00e0 fait diff\u00e9rents. La s\u00e9ance de cin\u00e9ma comme la s\u00e9ance d\u2019analyse, ultime moyen de rem\u00e9dier aux absences, est pour certains spectateurs mystiques sans Dieu (cin\u00e9philes ou homo-analyticus) un temple (avec en son centre l\u2019<em>autel des morts<\/em> de Henri James et de <em>La chambre verte<\/em> de Fran\u00e7ois Truffaut) ou un mus\u00e9e intime (au sens imaginaire et panth\u00e9onique de Malraux) qui conserve dans le noir\u2026 des ombres qui s\u2019agitent encore et parmi lesquelles le spectateur recherche les siennes d\u2019ombres. L\u2019image de ses morts (objets ou secrets) et de sa mort \u00e0 lui confondue (fondue au noir et au blanc) avec celle des disparus qui s\u2019absentent \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;; morts enfouis dans sa m\u00e9moire qu\u2019un analyste d\u00e9terre et qu\u2019un cin\u00e9aste r\u00e9anime. Le premier vous plonge dans les ab\u00eemes et les abysses\u2026 de perplexit\u00e9 et de profondeur, le second vous fait monter au ciel. Encore faut-il pour que la magie op\u00e8re et que contemplation il y ait, la qualit\u00e9 de certains acteurs mall\u00e9ables, de pouvoir toujours ressembler \u00e0 ce que le spectateur souhaite qu\u2019ils incarnent et celle de bons analystes-miroirs sensibles et r\u00e9flexifs anciens et profonds c\u2019est-\u00e0-dire pas trop phobiques des rencontres\u2026 et pas trop narcissiques.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9cran, la s\u00e9ance sont les derniers espaces o\u00f9 l\u2019on peut avoir des relations avec nos chers disparus. D\u2019o\u00f9 l\u2019inanit\u00e9 et la vulgarit\u00e9 de coloriser les vieux films ou son \u00e9quivalent de consoler \u00ab&nbsp;empathiquement&nbsp;\u00bb les patients apprentis r\u00e9silients en redonnant des couleurs factices au noir et blanc de certaines enfances grises\u2026 et d\u2019adolescences moroses. D\u2019o\u00f9 peut-\u00eatre cette croyance si vivace pendant l\u2019enfance et qui resurgit en s\u00e9ance, que le film \u00e0 l\u2019\u00e9cran ou le conte dans le livre, si on le revoit, si on le relit, c\u2019est toujours avec la crainte et l\u2019espoir m\u00eal\u00e9s que quelque chose dans le fil de l\u2019histoire n\u2019ait chang\u00e9. L\u2019analyste, ce d\u00e9sillusionneur bienveillant nous apprend que c\u2019est nous qui avons chang\u00e9 et qui lisons diff\u00e9remment\u2026 apr\u00e8s-coup. Le cin\u00e9ma ni bienveillant ni malveillant nous laisse dans une douce et sombre ind\u00e9cidabilit\u00e9 quant \u00e0 savoir si on d\u00e9lire encore, si l\u2019on voit mieux, ou si les personnages pourraient ainsi acqu\u00e9rir par magie une \u00ab&nbsp;conscience de soi&nbsp;\u00bb et modifieraient l\u2019intrigue. Autant dire que les morts redeviendraient vivants. Cette potentialit\u00e9 si active au cin\u00e9ma, certains cin\u00e9astes comme Bu\u00f1uel l\u2019ont bien \u00e9prouv\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il suffirait que la paupi\u00e8re blanche de l\u2019\u00e9cran puisse refl\u00e9ter la lumi\u00e8re qui lui est propre pour faire sauter l\u2019univers<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>. Il suffirait que le spectateur n\u00e9glige le projecteur derri\u00e8re lui et laisse jaillir de son \u0153il \u00ab&nbsp;<em>les \u00eatres disparus aux regards familiers<\/em>&nbsp;\u00bb pour faire sauter la triste r\u00e9alit\u00e9 du monde du dehors qu\u2019on dit \u00e0 ciel ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Avoir des relations intimes avec les acteurs, \u00e7a n\u2019est pas leur voler \u00e9rotomaniaquement des autographes, c\u2019est leur demander <em>ad libitum<\/em> de rejouer la sc\u00e8ne capitale qui nous avait \u00e9blouis enfant, et les voir la rejouer toujours de bonne gr\u00e2ce et m\u00eame s\u2019ils sont morts depuis longtemps. A l\u2019image des exp\u00e9riences \u00e9voqu\u00e9es par deux grands \u00e9crivains cin\u00e9philes et sc\u00e9naristes Anton Bioy Casar\u00e9s et Georges Perec o\u00f9 les morts embaum\u00e9s attendent la visite de leur famille qui, moyennant finance, peut les revoir une derni\u00e8re fois dans la sc\u00e8ne de leur choix, dans leur plus beau r\u00f4le, dans la derni\u00e8re image qu\u2019ils ont laiss\u00e9e d\u2019eux. Ou encore Raymond Roussel et les riches fantasmes de son h\u00e9ros malade dans <em>Locus Solus<\/em>, qui imagine un savant conservant les morts dans d\u2019improbables substances amniotiques (la pellicule du film) ou enfin Edgar Alan Poe et son \u00e9trange Mr Valdemar qui, absolument mort, dit \u00e0 ses visiteurs \u00ab&nbsp;Je suis parfaitement mort&nbsp;\u00bb t\u00e9moignant de sa qualit\u00e9 de nature morte (<em>Still life<\/em>). Et \u00e0 poursuivre ainsi \u00e0 rebours ses morts, l\u2019\u0153il du spectateur redevient une bouche avide et insatiable puisqu\u2019il ne se nourrit que de son manque, et t\u00eatant du regard, revoit incessamment, insatiablement, la toujours m\u00eame s\u00e9quence, celle de l\u2019incorporation du sein puis de sa s\u00e9paration<sup>5<\/sup>. Qu\u2019importe que cette s\u00e9quence ne soit qu\u2019un \u00e9cran.. elle co\u00fbte moins ch\u00e8re qu\u2019une s\u00e9ance d\u2019analyse\u2026 m\u00eame si les tarifs des places de cin\u00e9ma augmentent d\u00e9mesur\u00e9ment et effroyablement. Mais, le cin\u00e9ma n\u2019est plus cette chambre noire o\u00f9 l\u2019on ferme les yeux pour voir autrement\u2026 il n\u2019est plus que le pr\u00e9texte \u00e0 consommer, ce qui rapporte plus, \u2026 les friandises et les produits d\u00e9riv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit plus pour nous de r\u00e9pondre (non dans une illusion perdue et retrouv\u00e9e, mais dans une n\u00e9or\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e), aux signes que nous font les acteurs et de venir les rejoindre dans ce non-lieu et ce non-temps o\u00f9 l\u2019\u00e9motion esth\u00e9tique nourrit une sorte de contemplation mystique&nbsp;: on rejoignait en r\u00eavant l\u2019acteur o\u00f9 l\u2019actrice qui, on en \u00e9tait s\u00fbr, qui lui (elle) m\u00eame nous r\u00eavait. On acceptait \u00e0 la fois comme dans <em>Le Chien andalou<\/em>, accabl\u00e9 par la lumi\u00e8re blanche et crue de la lune au cours d\u2019une nuit de grande solitude, de nous faire ouvrir les yeux, fut-ce au scalpel, et comme disait Freud de \u00ab&nbsp;<em>nous maintenir en sommeil hypnotique pour mieux go\u00fbter plaisir et angoisses projet\u00e9es, en disant tout en dormant ce n\u2019est qu\u2019un r\u00eave<\/em>&nbsp;\u00bb. Ou un peu plus \u00e9veill\u00e9, en rassurant faussement notre voisine avec qui on se faisait un \u00ab&nbsp;cinoche&nbsp;\u00bb, et qui s\u2019agrippait \u00e0 notre bras, en lui susurrant en ne sachant plus de quoi l\u2019on parlait&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a n\u2019est que du cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps d\u2019une s\u00e9ance de cin\u00e9ma, d\u2019une s\u00e9ance de psychanalyse, la magie op\u00e8re gr\u00e2ce au transfert, ne serait-ce qu\u2019un temps \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais ce temps-l\u00e0 est plus r\u00e9el que bon nombre de temps morts, et le bien qu\u2019il fait est aussi r\u00e9el que la douleur qui nous a fait venir\u2026 La trag\u00e9die peut bien attendre le temps d\u2019une s\u00e9ance de cin\u00e9ma ou d\u2019analyse, que cet espace-temps miroir de nous-m\u00eame, transforme \u00ab&nbsp;<em>la douleur en appareil de connaissance<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Antonin Artaud, <em>La Coquille et le Clergyman<\/em>. Gallimard. <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>. Tome IV, 1972.<\/li><li>S. Freud, <em>Correspondance<\/em>, Gallimard, p. 442 1971.<\/li><li>Bernard Dinay.<\/li><li>Luis Bunnel, <em>Mon dernier soupir<\/em>, Ramsay, Poche, Cin\u00e9ma, 1972.<\/li><li>Lewin B., \u00ab&nbsp;Sleep, the mouth and the dream screen&nbsp;\u00bb, <em>Psychoanalytic Quaterly<\/em>, 1949. Vol. XV, p. 419-434.<\/li><li>Paul Val\u00e9ry.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10626?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si la salle de cin\u00e9ma est obscure, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 la production industrielle actuelle, uniquement un lieu festif, un espace culturel, mais qu\u2019elle renvoie \u00e0 une autre salle \u00e0 l\u2019obscure clart\u00e9, aussi illuminante qu\u2019aveuglante, celle du&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1212],"thematique":[],"auteur":[1372],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[642],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10626","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-imprecis","auteur-maurice-corcos","mode-gratuit","revue-642","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10626"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10626\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13461,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10626\/revisions\/13461"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10626"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10626"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10626"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10626"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10626"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10626"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10626"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}