{"id":10608,"date":"2021-08-22T07:32:22","date_gmt":"2021-08-22T05:32:22","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/ladolescence-un-exces-de-corps-2\/"},"modified":"2021-09-15T11:31:12","modified_gmt":"2021-09-15T09:31:12","slug":"ladolescence-un-exces-de-corps","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/ladolescence-un-exces-de-corps\/","title":{"rendered":"L\u2019adolescence, un exc\u00e8s de corps"},"content":{"rendered":"<p>Pourquoi le corps prend-il tant d\u2019importance dans la clinique de l\u2019adolescent\u00a0? Anorexie, boulimie, scarifications, piercings et tatouages. Mais aussi, musculation, exhibition, obsession du look ou au contraire camouflage. Toutes ces figures t\u00e9moignent de son importance \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n<p>Les adolescents sans difficult\u00e9s ne s\u2019inqui\u00e8tent pas de leur corps, ils en parlent en se plaignant \u00e0 la fa\u00e7on des adultes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>je suis trop\u2026. comme ci ou comme \u00e7a, je vais faire ceci ou cela, du sport, un r\u00e9gime\u2026<\/em>\u00a0\u00bb. Mais la question du corps ne prend pas l\u2019allure d\u2019une fixation, elle flotte dans une sorte de \u00ab\u00a0<em>j\u2019y pense et puis j\u2019oublie<\/em>\u00a0\u00bb, sans devenir envahissante. Paraphrasant Leriche qui \u00e9non\u00e7ait que \u00ab\u00a0<em>la sant\u00e9 est le silence des organes<\/em>\u00a0\u00bb, on pourrait dire que la sant\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence, c\u2019est le silence du corps.<\/p>\n<p>Au contraire, les troubles de l\u2019adolescence s\u2019expriment dans le corps. Comme dans une maladie, le corps devient un organe en souffrance. L\u2019adolescent se met \u00e0 s\u2019en pr\u00e9occuper, \u00e0 en parler\u00a0; le corps devient sujet de d\u00e9bat, voire d\u2019enjeu. Lorsque le corps devient le terrain d\u2019un trop grand d\u00e9saccord, on en appelle aux soignants, et c\u2019est ainsi que l\u2019adolescent consulte pour des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 son corps. Quels sont les liens mis en jeu entre corps et psychisme\u00a0? Pourquoi cet \u00e2ge de la vie est-il si propice aux exc\u00e8s de corps\u00a0? Comment accompagner les embarras du corps \u00e0 l\u2019adolescence\u00a0? Autant de questions qui se posent quand on interroge la place prise par le corps dans les avatars du processus adolescent.<\/p>\n<h2>Du corps \u00e0 la pens\u00e9e du corps<\/h2>\n<p>Du r\u00e9el \u00e0 l\u2019imaginaire, du biologique au psychique, toute une gradation conceptuelle tente de rendre compte de la repr\u00e9sentation psychique du corps. En neurologie, \u00ab\u00a0<em>l\u2019homonculus renvers\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb dessine le corps sur le cerveau dans une correspondance d\u00e9form\u00e9e mais terme \u00e0 terme du centre \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie. A chaque partie du corps correspond une aire c\u00e9r\u00e9brale constitu\u00e9e de neurones responsables de la motricit\u00e9 ou de la sensorialit\u00e9. Les neuropsychologues et les psychomotriciens, de leur c\u00f4t\u00e9 ont d\u00e9velopp\u00e9 la notion de \u00ab\u00a0<em>sch\u00e9ma corporel<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e0 partir des travaux d\u2019Henry Head, neurologue en 1911. Sp\u00e9cifique \u00e0 chaque esp\u00e8ce, repr\u00e9sentant d\u00e9j\u00e0 un pas vers le psychique, ce sch\u00e9ma r\u00e9pond \u00e0 une repr\u00e9sentation id\u00e9ique et fonctionnelle du corps. Psychologues et psychanalystes de leur c\u00f4t\u00e9 ont forg\u00e9 la notion d\u2019\u00ab\u00a0image du corps\u00a0\u00bb, image inconsciente, individuelle, impr\u00e9gn\u00e9e des troubles affectifs qui jalonnent l\u2019histoire du sujet et les heurts de son d\u00e9veloppement. Pour Freud, \u00ab\u00a0<em>le moi est avant tout une unit\u00e9 corporelle<\/em>\u00a0\u00bb (Freud, 1923). Tout ce qui est du domaine psychique passe d\u2019abord par les perceptions, et se d\u00e9veloppe en constante r\u00e9f\u00e9rence corporelle. La repr\u00e9sentation du corps s\u2019\u00e9labore \u00e0 partir du corps somatique\u00a0; il s\u2019agit donc d\u2019une primaut\u00e9 du r\u00e9el du corps sur le psychisme.<\/p>\n<p>Ces rapports entre le corps et l\u2019esprit ont de tout temps \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s. L\u2019histoire de la philosophie est travers\u00e9e par cette question, et les \u00e9coles se sont scind\u00e9es entre partisans de l\u2019unit\u00e9 du corps et de l\u2019\u00e2me, et d\u00e9fenseurs de la dualit\u00e9, monistes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 derri\u00e8re Spinoza et dualistes de l\u2019autre autour de Descartes.<\/p>\n<p>Cette interrogation infiltre m\u00eame l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie\u00a0; on h\u00e9site \u00e0 s\u00e9parer le champ de la m\u00e9decine de celui de la psychanalyse. A la m\u00e9decine reviendrait l\u2019\u00e9tude du corps somatique, \u00e0 la psychanalyse celle de l\u2019esprit. Pourtant, ph\u00e9nom\u00e9nologiquement, entre corps et pens\u00e9e, des liens se manifestent. L\u2019exemple du rougissement par exemple en t\u00e9moigne. Une \u00e9motion peut s\u2019exprimer imm\u00e9diatement sur le corps, parfois aux d\u00e9pens du sujet qui voudrait la cacher\u00a0; on ne rougit pas sans raison. Le rougissement r\u00e9v\u00e8le qu\u2019une id\u00e9e, une \u00e9motion, un d\u00e9sir ou un sentiment peuvent se traduire par une modification corporelle. A l\u2019inverse, de graves d\u00e9liaisons peuvent \u00eatre observ\u00e9es en clinique. Dans le champ des troubles du spectre de l\u2019autisme par exemple, certains enfants ne reconnaissent pas leur image dans le miroir. Une fillette fermant les yeux devant un miroir tente par exemple de soulever sa paupi\u00e8re avec sa main pour se voir les yeux ferm\u00e9s\u00a0; un gar\u00e7on donne des coups dans le miroir pour se battre avec son image. Et chez l\u2019adulte, certains patients schizophr\u00e8nes peuvent aller jusqu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer que leurs membres sont actionn\u00e9s par un tiers, comme un pantin par des ficelles.<\/p>\n<p>Les sciences cognitives, confirment la nature subjective de la repr\u00e9sentation du corps. Pour Marc Jeannerod \u00ab\u00a0<em>le corps n\u2019est pas qu\u2019un objet physique, c\u2019est aussi et surtout la manifestation principale d\u2019un soi, d\u2019un \u00eatre subjectif porteur d\u2019\u00e9tats mentaux et anim\u00e9 de comportements. La nature repr\u00e9sentationnelle est ind\u00e9pendante de la r\u00e9alit\u00e9 objective du corps propre<\/em>\u00a0\u00bb (Jeannerod, 2010).<\/p>\n<p>Toute repr\u00e9sentation, ne peut \u00eatre que subjective. L\u2019image de son propre corps comporte une grande part de subjectivit\u00e9. La repr\u00e9sentation imag\u00e9e que nous pouvons donner de notre propre corps n\u2019est jamais qu\u2019une projection. La clinique de l\u2019enfant le sait bien lorsqu\u2019elle analyse les dessins d\u2019enfant et observe que certains enfants inhib\u00e9s ou anxieux se dessinent dans la marge, ou agripp\u00e9s \u00e0 la main d\u2019un parent.<\/p>\n<p>En psychanalyse une conceptualisation de l\u2019incarnation de l\u2019image du corps a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e au travers de la notion de \u00ab\u00a0<em>stade du miroir<\/em>\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e par Wallon, reprise par Lacan. L\u2019enfant, entre 9 et 18 mois, voit son image dans le miroir et se l\u2019approprie par identification. L\u2019image vue par son regard est capt\u00e9e dans son esprit pour admettre l\u2019id\u00e9e que cette image c\u2019est bien lui, ou qu\u2019il est bien cette image. Il pourra alors \u00e9noncer \u00ab\u00a0<em>c\u2019est moi\u00a0! ou je suis cette image\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb. Cette sc\u00e8ne d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab\u00a0<em>stade du miroir<\/em>\u00a0\u00bb est une m\u00e9taphore conceptuelle visant \u00e0 illustrer le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019identification qui se d\u00e9roule tout au long du d\u00e9veloppement de l\u2019enfant. Le d\u00e9tour par le miroir n\u2019est qu\u2019un artifice d\u00e9monstratif. Bien d\u2019autres moyens sont \u00e0 la disposition du sujet pour s\u2019identifier \u00e0 son image. En l\u2019absence de miroir, le sujet voit ses membres et les fait siens, observe le visage de l\u2019autre et imagine le sien, etc\u2026 Cette \u00e9tape est fondamentale et les conditions de l\u2019environnement doivent \u00eatre optimales pour garantir son bon d\u00e9roulement. Winnicott \u00e9crira \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u00a0<em>le Moi se fonde sur un Moi-corporel, mais c\u2019est seulement lorsque tout se passe bien que la personne du nourrisson commence \u00e0 se rattacher au corps et aux fonctions corporelles, la peau intervenant comme fronti\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb (Winnicott, 1989).<\/p>\n<p>Les zones \u00e9rog\u00e8nes acqui\u00e8rent plusieurs fonctions, diff\u00e9remment li\u00e9es \u00e0 des mouvements affectifs. Comme le rappelle Christophe Dejours, si la bouche par exemple peut servir \u00e0 se nourrir, elle peut aussi servir \u00e0 mordre. Cette immixtion de l\u2019affectif dans le corps le conduit \u00e0 consid\u00e9rer la repr\u00e9sentation du corps comme celle d\u2019un \u00ab\u00a0<em>corps \u00e9rotique<\/em>\u00a0\u00bb qui proc\u00e8de d\u2019un \u00e9change de corps \u00e0 corps entre l\u2019adulte et l\u2019enfant. Sans \u00eatre donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, ce corps \u00e9rotique est le fruit d\u2019une conqu\u00eate, conqu\u00eate tributaire du bon d\u00e9roulement de la relation entre l\u2019adulte et l\u2019enfant (Dejours, 2009).<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 du corps r\u00e9el, c\u2019est la repr\u00e9sentation du corps qui est en jeu au niveau psychique, repr\u00e9sentation subjective, pour partie inconsciente, fa\u00e7onn\u00e9e par l\u2019histoire affective du sujet.<\/p>\n<h2>Corps et adolescence, le corps dans une nouvelle logique<\/h2>\n<p>La pubert\u00e9 conduit le corps \u00e0 une nouvelle condition biologique, au surgissement d\u2019un corps physique diff\u00e9rent dans son apparence, anim\u00e9 d\u2019un fonctionnement in\u00e9dit. L\u2019\u00e9quilibre ant\u00e9rieur de l\u2019enfance est rompu et l\u2019appareil psychique doit s\u2019adapter \u00e0 cette transformation impos\u00e9e, \u00e0 ce changement radical. \u00ab\u00a0<em>Passage \u00e0 l\u2019acte de la nature<\/em>\u00a0\u00bb pour Philippe Jeammet, \u00ab\u00a0<em>traumatisme pubertaire<\/em>\u00a0\u00bb pour Philippe Gutton reprenant Ferenczi, le ph\u00e9nom\u00e8ne pubertaire est un changement radical dans le r\u00e9el (Jeammet, 1991).<\/p>\n<p>La pulsion est potentialis\u00e9e par l\u2019inondation biologique hormonale, et la sexualit\u00e9 infantile appel\u00e9e \u00e0 se transformer pour se rapprocher de celle de l\u2019adulte. La notion de l\u2019apr\u00e8s-coup freudien trouve l\u00e0 toute sa place dans une \u00e9tape subjective qui devient celle d\u2019une \u00ab\u00a0<em>resexualisation de la desexualisation sublim\u00e9e de la p\u00e9riode de latence, r\u00e9activation de l\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 primaire au temps de la d\u00e9couverte de la jouissance g\u00e9nitale du corps<\/em>\u00a0\u00bb (Kestenberg, 1986). L\u2019assouvissement se cherche dans une compl\u00e9mentarit\u00e9 des sexes, r\u00e9elle ou fantasm\u00e9e, poussant \u00e0 la rencontre.<\/p>\n<p>Pulsionnalit\u00e9 et rencontre procurent \u00e0 l\u2019adolescent de nouvelles sensations, \u00ab\u00a0<em>\u00e9prouv\u00e9s pubertaires originaires<\/em>\u00a0\u00bb qu\u2019il est initialement incapable de r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un quelconque connu, \u00e9prouv\u00e9s ressentis sans repr\u00e9sentations associables, sans m\u00e9diation symbolique. Il se confronte \u00e0 un v\u00e9cu corporel difficile \u00e0 ma\u00eetriser, conduisant \u00e0 l\u2019imp\u00e9riosit\u00e9 de ses demandes et de ses comportements, \u00e0 l\u2019impulsivit\u00e9 typique observ\u00e9e \u00e0 son \u00e2ge (Gutton, 1991). Corps et psych\u00e9 doivent \u00e9tablir un nouveau contrat de liaison en \u00ab\u00a0<em>ren\u00e9gociant les conventions ant\u00e9rieures<\/em>\u00a0\u00bb (Birraux, 2004). L\u2019adolescent doit s\u2019approprier cette nouvelle image de son corps, renouveler les processus psychiques originaires des premiers d\u00e9veloppements dans une \u00e9tape de \u00ab\u00a0<em>resignification du corps<\/em>\u00a0\u00bb (Ouvry, Bidaud, 2011). Resignification comparable \u00e0 une seconde travers\u00e9e du stade du miroir, nouvelle visite qui sollicite une r\u00e9ponse de l\u2019appareil psychique en termes de liaison, liaison des \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 de nouvelles repr\u00e9sentations, nouvelles symbolisations, travail psychique de mise en sens, appropriation de la nouvelle image de son corps paridentification. Cette adaptation au changement r\u00e9el du corps survient en d\u2019autres occasions de la vie, heureuses ou malheureuses comme la grossesse, la maladie et l\u2019on conna\u00eet les d\u00e9nis qui peuvent s\u2019y opposer.<\/p>\n<p>La translation du couple corps-psychisme de l\u2019organisation infantile vers celle de l\u2019adulte s\u2019\u00e9tablit dans une nouvelle logique m\u00e9tapsychologique issue du changement d\u2019objet. L\u2019objet \u0153dipien du huis-clos familial interg\u00e9n\u00e9rationnel est \u00e9chang\u00e9 contre un objet extra-familial et intrag\u00e9n\u00e9rationnel. Les affiliations verticales intimes se d\u00e9placent pour devenir des affiliations horizontales extimes. Un monde s\u00e9pare ces deux logiques qui correspondent \u00e0 une \u00ab\u00a0<em>redistribution du monde objectal<\/em>\u00a0\u00bb (Rassial, 1990). Dans cette translation du lien parental au lien au semblable, l\u2019appui parental perd provisoirement son r\u00f4le et son efficace et n\u2019est plus l\u00e0 pour r\u00e9pondre et soutenir.<\/p>\n<p>L\u2019objet est \u00e9chang\u00e9. L\u2019\u00e9change peut se faire sur l\u2019amour bien s\u00fbr, mais aussi sur la pens\u00e9e, la philosophie, la religion, l\u2019id\u00e9ologie, ou la politique. Ces sublimations donnent de nouveaux points d\u2019ancrage face au d\u00e9faut du support ant\u00e9rieur que repr\u00e9sentaient les liens parentaux. A chaque g\u00e9n\u00e9ration les adolescents refont le monde et se lancent alors \u00ab\u00a0\u00e0 corps perdu\u00a0\u00bb dans une recr\u00e9ation symbolique au travers des expressions culturelles, dans une cr\u00e9ation d\u2019objet dont t\u00e9moignent les \u00e9volutions des styles vestimentaires, musicaux, artistiques. Ce changement d\u2019objet permet toute la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019adolescence.<\/p>\n<h2>La place du narcissisme<\/h2>\n<p>Mais les praticiens de l\u2019adolescence consid\u00e8rent qu\u2019il n\u2019y a pas de transition sans point de d\u00e9part sur lequel s\u2019appuyer. L\u2019abandon de l\u2019objet d\u2019amour infantile, de l\u2019objet \u0153dipien, du premier appui fondamental ne se fait pas sans filet\u00a0; l\u2019adolescent abandonne son premier amour et entre dans un p\u00e9riode de sollicitation narcissique. \u00ab\u00a0<em>Ainsi par-del\u00e0 les conflits d\u2019identification et le complexe d\u2019\u0152dipe, ce sont les assises les plus profondes de la personnalit\u00e9 et les premiers temps de la constitution du Soi qui sont sollicit\u00e9s et \u00e9prouv\u00e9s par l\u2019adolescence au travers de la remise en cause du premier temps de l\u2019apr\u00e8s-coup et de l\u2019\u00e9branlement de l\u2019unit\u00e9 somatopsychique<\/em>\u00a0\u00bb. Le processus adolescent se d\u00e9veloppe dans un mouvement ambivalent de va-et-vient, d\u2019essais, erreurs, sous forme d\u2019une qu\u00eate qu\u2019on a pu qualifier de \u00ab\u00a0<em>conflit narcissico-objectal<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: plus il y a de narcissisme, moins il y a d\u2019objet\u00a0; plus l\u2019adolescent va bien narcissiquement, moins il est d\u00e9pendant de l\u2019objet (Jeammet, 1983). Au contraire, l\u2019objet peut devenir primordial et l\u2019adolescent s\u2019emballe parfois dans ses premi\u00e8res relations amoureuses en s\u2019enamourant follement, effrayant les adultes qui redoutent une sorte d\u2019enl\u00e8vement par fascination de l\u2019objet.<\/p>\n<p>Freud a th\u00e9oris\u00e9 le narcissisme, comme un \u00e9tat dans lequel le moi pouvait repr\u00e9senter \u00e0 la fois le sujet qui d\u00e9sire et l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9. Cette th\u00e9orie corrobore la distinction du moi et du sujet et permet de donner sens \u00e0 la notion d\u2019\u00ab\u00a0<em>estime de soi<\/em>\u00a0\u00bb. Le corps comme partie de soi peut prendre la place de compl\u00e9ment d\u2019objet du sujet et trouver place dans son estime. Dans une telle \u00e9conomie, l\u2019estime de soi de l\u2019adolescent mesure la valeur qu\u2019il se donne et qu\u2019il offre au regard de l\u2019autre. S\u2019il fallait situer le corps dans une formule comme \u00ab\u00a0<em>Je m\u2019estime<\/em>\u00a0\u00bb, quelle place prendrait-il\u00a0? Celle du sujet ou celle de l\u2019objet\u00a0? Intuitivement sans doute plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019objet. Dans le stade du miroir le sujet inconscient habitant dans le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb regarde le moi qui \u00e0 partie prenante avec le corps. Il y a plus de corps dans le moi, que dans le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb\u00a0; le corps peut facilement prendre une place d\u2019objet dans l\u2019\u00e9conomie subjective du r\u00e9gime narcissique. S\u2019aimer peut passer par le corps, et le corps peut devenir le radeau de l\u2019adolescence naufrag\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le registre des images, dans le jeu du miroir conscient, le corps est au-devant de la sc\u00e8ne et permet d\u2019avoir l\u2019air, d\u2019avoir l\u2019air bien. L\u2019image permet la mascarade du quotidien, le camouflage de l\u2019intime.<\/p>\n<p>Dans le chapitre consacr\u00e9 aux \u00ab\u00a0<em>cassures d\u2019histoires<\/em>\u00a0\u00bb de son ouvrage <em>Le Pubertaire<\/em>, Gutton dresse un tableau des dissociations extr\u00eames surgissant entre le corps et le sujet en estimant que les transformations pub\u00e8res se d\u00e9veloppent comme des objets ext\u00e9rieurs, que les repr\u00e9sentations qu\u2019elles procurent s\u2019inscrivent hors du Moi, comme des perceptions bient\u00f4t impos\u00e9es comme des projections. Le corps devenant pub\u00e8re peut dans ces cas \u00eatre exclu par sa base de l\u2019int\u00e9gration \u00e0 la psych\u00e9, comme un objet ext\u00e9rieur constamment pr\u00e9sent, lieu de projection pubertaire, comme une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0<em>hypochondrie g\u00e9nitale<\/em>\u00a0\u00bb. Le moi est gouvern\u00e9 par son \u00e9migration (Gutton, 1991).<\/p>\n<p>La qu\u00eate identificatoire est une mode de construction essentiel de l\u2019adolescent. Cette pente qui est autant celle de l\u2019id\u00e9al, de l\u2019id\u00e9alisation que de la sublimation tend \u00e0 inhiber le courant sensuel (Gutton, 1991). S\u2019identifier, c\u2019est \u00ab\u00a0<em>\u00eatre comme<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>faire comme<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>se prendre pour<\/em>\u00a0\u00bb. Pour r\u00e9pondre aux intenses besoins identificatoires de l\u2019adolescent, la soci\u00e9t\u00e9 propose des objets, des id\u00e9es, des utopies, des mod\u00e8les, des substituts qui appartiennent \u00e0 l\u2019air du temps. Penser l\u2019adolescence devient alors aussi pr\u00eater attention \u00e0 la r\u00e9ponse sociale qui influence ses identifications. Cette qu\u00eate identificatoire vise des objets de valeur et en particulier le beau. L\u2019adolescent est captiv\u00e9 par le beau autant du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eatre que de l\u2019avoir. Le beau captive l\u2019image id\u00e9ale qu\u2019il voudrait avoir de lui-m\u00eame. Le beau se d\u00e9cline alors dans l\u2019image de soi. \u00ab\u00a0<em>Je vois une image de moi et voil\u00e0 celle que je voudrais\u00a0; je suis comme ceci, et il faudrait que je sois comme cela<\/em>\u00a0\u00bb. Telles sont les pens\u00e9es dans lesquelles sont pris les adolescents. \u00ab\u00a0<em>Comme cela pour me plaire<\/em>\u00a0\u00bb, les adolescents r\u00e9pondent souvent par cette sentence quand on les interroge sur les destinataires de leur qu\u00eate d\u2019une image id\u00e9ale du corps. Ils cherchent \u00e0 se plaire \u00e0 eux-m\u00eames comme s\u2019ils campaient tout d\u2019abord dans un stade pr\u00e9objectal. Se plaire \u00e0 soi avant de plaire aux autres, forme pr\u00e9paratoire des futures \u00e9tapes d\u2019utilisation de leur image dans les enjeux de s\u00e9duction pour un futur o\u00f9 le regard d\u00e9sirant de l\u2019autre prendra toute sa place.<\/p>\n<p>L\u2019image que l\u2019adolescent se fait de son corps est teint\u00e9e de subjectivit\u00e9. Son image vue dans le miroir est estim\u00e9e belle ou laide. Il regarde son corps comme il regarderait celui d\u2019un autre et le trouve beau un peu, beaucoup, \u00e0 la folie, ou pas du tout. La subjectivit\u00e9 agit comme un variateur qui fait passer le corps de l\u2019ombre \u00e0 la lumi\u00e8re, du laid au beau, du d\u00e9sirable au rejetable.<\/p>\n<h2>Le corps sous le regard<\/h2>\n<p>Progressivement l\u2019adolescent constate que le changement dans le r\u00e9el de l\u2019image de son corps qu\u2019imprime la pubert\u00e9 exerce un effet singulier sur l\u2019autre, un effet de s\u00e9duction. L\u2019attrait de l\u2019un par l\u2019autre sous le coup de la s\u00e9duction r\u00e9pond \u00e0 la qu\u00eate d\u2019objet men\u00e9e par la pulsion. Freud dans ses <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em> consid\u00e8re que les zones \u00e9rog\u00e8nes participent \u00e0 l\u2019induction sexuelle, et l\u2019\u0153il comme une zone \u00e9rog\u00e8ne r\u00e9pondant au stimulus de la beaut\u00e9 (Freud, 1905).<\/p>\n<p>Le corps est pris dans son propre regard mais aussi dans celui de l\u2019autre. Il peut s\u2019offrir sur un mode hyst\u00e9rique \u00e0 l\u2019autre, par la coquetterie chez la fille, la corpulence chez le gar\u00e7on. L\u2019adolescent peut travailler son image pour la faire correspondre \u00e0 tel ou tel trait des canons de la mode en vigueur. Le choix lui est laiss\u00e9 de montrer ou de cacher son corps, r\u00e9pondant au plaisir d\u2019\u00eatre vu et m\u00eame regard\u00e9. Le v\u00eatement prend alors une place majeure, celle d\u2019un accessoire, \u00ab\u00a0accessoire de mode\u00a0\u00bb pour s\u00e9duire ou au contraire s\u2019enlaidir par provocation. Les r\u00e9seaux sociaux deviennent un terrain d\u2019\u00e9lection de ce jeu de l\u2019image, l\u2019adolescent peut se cacher par des pseudos, changer ses photos de \u00ab\u00a0profil\u00a0\u00bb ou jouer avec des images excitantes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res dans des applications comme <em>Snapchat<\/em> par exemple.<\/p>\n<p>Par son image, l\u2019adolescent cherche \u00e0 \u00eatre vu par le regard de l\u2019autre. C\u2019\u00e9tait celui de ses parents dans l\u2019enfance, c\u2019est maintenant celui de ses pairs \u00e0 la pubert\u00e9. Il redoute la solitude, l\u2019abandon et se sert de son corps pour lutter contre le risque d\u2019\u00eatre d\u00e9log\u00e9 du regard de l\u2019autre, d\u2019un regard qu\u2019il souhaite respectueux. Cette recherche de portage par le regard de l\u2019autre donne lieu aux s\u00e9ries d\u2019expression \u00ab\u00a0<em>\u00catre bien vu, mal vu<\/em>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>Compter<\/em>\u00a0\u00bb pour l\u2019autre devient \u00eatre \u00ab\u00a0<em>calcul\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, entra\u00eenant une d\u00e9ception quand \u00ab\u00a0<em>on n\u2019est pas calcul\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb voire une g\u00eane quand \u00ab\u00a0<em>on est trop vus dans ce bahut<\/em>\u00a0\u00bb comme disait une adolescente r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Le corps, qu\u2019il soit objet de la m\u00e8re dans l\u2019enfance, puis objet du groupe \u00e0 l\u2019adolescence et enfin objet de l\u2019autre dans le rapport sensuel amoureux ne cesse d\u2019\u00eatre dans un entre deux, entre soi et l\u2019autre. Toute une gradation se d\u00e9ploie \u00e0 l\u2019adolescence. Le corps doit plaire \u00e0 l\u2019adolescent lui-m\u00eame en premier lieu, puis \u00e0 un grand nombre d\u2019autres indiff\u00e9renci\u00e9s en d\u00e9but d\u2019adolescence pour \u00eatre \u00ab\u00a0<em>populaire<\/em>\u00a0\u00bb, avant de plaire \u00e0 un seul de l\u2019autre sexe. Le corps est comme le trait d\u2019union \u00e0 l\u2019autre, support du lien que l\u2019adolescent cherche \u00e0 \u00e9tablir. Si le beau r\u00e9pond au d\u00e9sir du regard, la valeur du bien r\u00e9pond elle aussi \u00e0 un certain d\u00e9sir. Mais le beau et le bien ne sont pas pris en compte par les m\u00eames protagonistes de la sc\u00e8ne de l\u2019adolescence. C\u2019est du bien dont les parents vont r\u00eaver\u00a0: \u00e9tudier, respecter les bonnes m\u0153urs, les r\u00e8gles, l\u2019ordre social sont des valeurs garantes de l\u2019int\u00e9gration, de la r\u00e9ussite et d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 future alors que c\u2019est apr\u00e8s le beau que l\u2019adolescent va courir. La qu\u00eate de beaut\u00e9 se fait parfois au d\u00e9triment des valeurs du bien, et un nombre important de dissensions entre les parents et les adolescents naissent de ces conflits entre le d\u00e9sir des parents qui n\u2019est pas celui de l\u2019adolescent quand par le travail de son apparence, de son image, il s\u2019identifie \u00e0 sa classe d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<h2>Les appartenances du corps<\/h2>\n<p>S\u2019identifier entre en conflit avec l\u2019origine\u00a0; quand on s\u2019identifie \u00e0 un groupe, on se doit d\u2019en porter les embl\u00e8mes. A partir de la pubert\u00e9, \u00e0 qui appartient le corps de l\u2019adolescent\u00a0? Encore \u00e0 ses parents, \u00e0 l\u2019adolescent, ou d\u00e9j\u00e0 aux autres adolescents\u00a0? Les parents vont craindre toute atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019un corps qu\u2019ils ont choy\u00e9 et qu\u2019ils ne veulent pas voir ab\u00eemer. L\u2019adolescent le sait et ne se prive pas de saisir cet enjeu par les attaques du corps. L\u2019anorexie, les scarifications, ou plus simplement les piercings et les tatouages sont autant de figures qui permettent de mettre en jeu cette appartenance. Lorsque l\u2019adolescent inscrit des marques sur son corps, sous forme de piercings ou tatouages, il prend le pouvoir sur son corps dans un d\u00e9fi d\u2019appartenance adress\u00e9 \u00e0 ses parents. Le corps sert de support \u00e0 la construction identitaire et \u00ab\u00a0<em>la peau s\u2019\u00e9rige en instance de fabrication de soi<\/em>\u00a0\u00bb (Le Breton, 2010). Il est un lieu de pouvoir identitaire.<\/p>\n<h2>Les destins du corps<\/h2>\n<p>Si le corps ne s\u2019efface pas, il peut s\u2019oublier. Mais force est de constater que toute atteinte de la construction de l\u2019image du corps ou de l\u2019organisation narcissique au cours du d\u00e9veloppement remet le corps au-devant de la sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019adolescence. Si apr\u00e8s Freud, le moi est avant tout corporel, toute atteinte narcissique dans l\u2019enfance s\u2019exprime dans l\u2019apr\u00e8s-coup qu\u2019est la pubert\u00e9 en prenant le corps pour objet. Ou pour otage. Dans les troubles les plus s\u00e9v\u00e8res, lorsque le corps ne peut plus \u00eatre reconnu comme soi, c\u2019est l\u2019\u00e9v\u00e8nement psychotique. Le \u00ab\u00a0<em>signe du miroir<\/em>\u00a0\u00bb signe l\u2019entr\u00e9e dans la schizophr\u00e9nie de l\u2019adolescent qui fait de longues stations dans la salle de bain, observant l\u2019image dans le miroir qu\u2019il ne parvient pas \u00e0 reconna\u00eetre. Ce sont aussi les sensations psychotiques que d\u00e9crivent les adultes schizophr\u00e8nes qui prennent leur corps pour un pantin qu\u2019un autre articulerait. Mais \u00e9galement les crises de dysmorphophobie au cours desquelles une partie du corps est v\u00e9cue par l\u2019adolescent comme difforme de fa\u00e7on d\u00e9lirante.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ces ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames relevant du registre de la psychose, le corps peut \u00eatre comme objectalis\u00e9 en \u00e9tant pris pour cible de l\u2019agressivit\u00e9 instinctuelle. Il peut \u00eatre malmen\u00e9 et maltrait\u00e9. Il devient plus ou moins consciemment comme un \u00e9cran de projection des avatars du processus adolescent. Les adolescents donnent parfois l\u2019impression d\u2019avoir besoin en le maltraitant d\u2019aller le plus loin possible, comme pour tuer le corps et rena\u00eetre de ce meurtre. \u00ab\u00a0<em>L\u2019homme est l\u2019indestructible qui peut \u00eatre d\u00e9truit<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crivait Blanchot \u00e0 propos de l\u2019exp\u00e9rience limite que repr\u00e9sente la situation d\u2019exposition de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 la mort, quand il est expos\u00e9 \u00e0 un environnement naturel politique ou social extr\u00eame. \u00ab\u00a0<em>La proximit\u00e9 de la mort, ou la pr\u00e9carit\u00e9 de la vie exacerbe la volont\u00e9 de survie<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019adolescent dans des conduites ordaliques cherche au travers de son corps \u00e0 s\u2019approcher du r\u00e9el de la mort lorsque la d\u00e9faillance de ces supports imaginaires est trop forte. Il agit une forme de \u00ab\u00a0<em>pr\u00e9cipitation dans le r\u00e9el<\/em>\u00a0\u00bb au travers de ses passages \u00e0 l\u2019acte comme dans une qu\u00eate traumatophilique de \u00ab\u00a0<em>recherche d\u2019\u00e9v\u00e8nements fondateurs<\/em>\u00a0\u00bb (Rassial, 1990). Les adolescents ont parfois \u00ab\u00a0<em>besoin de se sentir r\u00e9els<\/em>\u00a0\u00bb disait Winnicott\u00a0; ils empruntent les voies dangereuses d\u2019un retour au r\u00e9el du corps comme pour revisiter le premier support psychocorporel qui permit \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de s\u2019imposer au nouveau-n\u00e9 (Gross, 2013).<\/p>\n<p>Les attaques du corps ont un sens dans l\u2019histoire personnelle de chaque adolescent. Elles participent d\u2019une \u00ab\u00a0<em>solution d\u2019opposition inconsciente<\/em>\u00a0\u00bb qui passe par l\u2019acte\u00a0; l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019\u00e9laboration ne peut venir qu\u2019apr\u00e8s le passage \u00e0 l\u2019acte. L\u2019adolescent passe d\u2019abord \u00e0 l\u2019acte sur son corps avant de comprendre pourquoi il le fait. Plus l\u2019identit\u00e9 est fragilis\u00e9e ou remise en question, plus le corps prend de l\u2019importance\u00a0; le corps s\u2019offre comme support du narcissisme fragilis\u00e9, comme une annexe identitaire, une carte d\u2019identit\u00e9 en train de s\u2019\u00e9crire. Certains adolescents qui conditionnent de fa\u00e7on trop rigide leur identit\u00e9 \u00e0 l\u2019apparence peuvent devenir obs\u00e9d\u00e9s par une partie de leur corps et chercher \u00e0 se lib\u00e9rer de telles fixations par des interventions chirurgicales plastiques.<\/p>\n<p>Le corps est aussi la premi\u00e8re victime des d\u00e9sordres alimentaires. L\u2019anorexique cherche \u00e0 se maintenir dans l\u2019illusion d\u2019une toute puissance pr\u00e9g\u00e9nitale refusant d\u2019inscrire son corps dans la chronologie biologique d\u2019un r\u00e9el qui le f\u00e9minise. Le corps peut au contraire devenir insatiable, laiss\u00e9 en proie \u00e0 la pulsion sans limite de la boulimie lorsque le manque ou la frustration renvoient \u00e0 des \u00e9tats archa\u00efques de d\u00e9privation insupportable.<\/p>\n<h2>Oublier le corps<\/h2>\n<p>Le corps chez les adolescents prend une place importante\u00a0; les adolescents l\u2019utilisent comme un instrument ou un support de leurs troubles. Il est bien inutile de leur demander pourquoi ou de leur demander d\u2019\u00e9viter ce recours au corps puisqu\u2019ils n\u2019en savent rien et qu\u2019ils en ont besoin. Le sens n\u2019appara\u00eetra que dans l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019adolescence. La mise en place d\u2019un cadre souple de psychoth\u00e9rapie ouvre au r\u00e9cit possible des fondements de leurs troubles. Dans les cas les plus graves, la pluridisciplinarit\u00e9 des professionnels au sein d\u2019institutions associant psychologues et somaticiens permet une diversit\u00e9 de discours et d\u2019attentions port\u00e9s \u00e0 cette annexe identitaire qu\u2019est devenue le corps.<\/p>\n<p>La prise en charge doit viser \u00e0 d\u00e9tendre l\u2019emprise du corps, pour r\u00e9tablir l\u2019intercurrence des objets. Pour que la m\u00e9taphore ou la sublimation, \u00e0 l\u2019image de la fonction du r\u00eave se remette \u00e0 fonctionner et qu\u2019\u00e0 la place du corps r\u00e9el puisse s\u2019am\u00e9nager une place disponible au d\u00e9fil\u00e9 possible d\u2019autres repr\u00e9sentations. Pour qu\u2019\u00e0 la place de l\u2019organisation infantile rigide mais stable des liens r\u00e9els et identificatoires aux objets \u0153dipiens puisse se construire une ouverture souple \u00e0 l\u2019infini des possibilit\u00e9s substitutives. Le corps de l\u2019adolescent en bonne sant\u00e9, comme celui de l\u2019adulte est oubliable et silencieux. Le corps de l\u2019adolescent en difficult\u00e9 est dans un espace-temps interm\u00e9diaire, en attente d\u2019une nouvelle mise en sens \u00e0 partir des premiers \u00e9prouv\u00e9s pubertaires.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Birraux A., (2004).&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le corps adolescent<\/em>, Bayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Dejours C, Corps et psychanalyse,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019information psychiatrique<\/em>, John Libbey Eurotext, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em>, Payot, 1905.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1923). Le moi et le \u00e7a.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">OCF-P<\/em>, XVI. Paris&nbsp;: PUF, 1991, p.&nbsp;270.<\/p>\n\n\n\n<p>Gross M., Passer \u00e0 l\u2019acte ou agir son corps&nbsp;?&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le Carnet Psy<\/em>, 2013\/4, n\u00b071, p.&nbsp;40-45, Ed. Cazaubon.<\/p>\n\n\n\n<p>Gutton P.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Le pubertaire<\/em>, 1991, Paris&nbsp;: PUF, Quadrige.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeammet Ph. Du familier \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Territoire et trajets de l\u2019adolescent,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Neuropsychiatrie de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence<\/em>, 31, 1983, (8-9), 361-381.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeammet P, Les enjeux des identifications \u00e0 l\u2019adolescence,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Journal de la psychanalyse de l\u2019enfant<\/em>, T 10, 140-163, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeammet P.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La psychiatrie de l\u2019adolescence aujourd\u2019hui. Quels adolescents soigner et comment&nbsp;?<\/em>&nbsp;Paris&nbsp;: PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeannerod M., De l\u2019image du corps \u00e0 l\u2019image de soi,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Revue de neuropsychologie<\/em>, 2010\/3, Vol 2, p.&nbsp;185-194.<\/p>\n\n\n\n<p>Kestemberg A., (1986). La pathologie de l\u2019adolescence&nbsp;: pr\u00e9mices, passage ou catastrophe&nbsp;? In F. Ladame, Ph. Le Breton D., Se reconstruire par la peau. Marques corporelles et processus initiatique.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychosomatique<\/em>&nbsp;2010\/2, n\u00b0&nbsp;38, p 85-95.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvry O., Bidaud E, Dysmorphophobie, pubertaire et processus adolescent,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Adolescence<\/em>, 2011\/4T.29, n\u00b04, p.&nbsp;801-818.<\/p>\n\n\n\n<p>Rassial J.-J.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">L\u2019adolescent et le psychanalyste<\/em>, Ed. Rivages, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D.,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Processus de maturation chez l\u2019enfant<\/em>. Paris&nbsp;: Payot, 1989.<\/p>\n\n\n\n<section>\n<div class=\"container\">\n<div class=\"row\">\n<div id=\"article-details\" class=\"col-xs-12 col-xs-offset-0 col-lg-10 col-lg-offset-1 clearboth\">\n<div>&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10608?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi le corps prend-il tant d\u2019importance dans la clinique de l\u2019adolescent\u00a0? Anorexie, boulimie, scarifications, piercings et tatouages. Mais aussi, musculation, exhibition, obsession du look ou au contraire camouflage. Toutes ces figures t\u00e9moignent de son importance \u00e0 l\u2019adolescence. 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